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CHAPITRE 19 — [L’IMMINENCE DU CHÂTIMENT]
Leçon 1 — [Jr 19, 1-9]

408.     Ici, il menace de l’accomplissement du châtiment. Premièrement, il indique le lieu de la prédication : EN DIRECTION DE LA VALLÉE DES FILS D’ANNON, QUI EST À L’ENTRÉE DE LA PORTE DE LA POTERIE (Jr 19, 2), où habitaient les potiers. ET TU PROCLAMERAS LES PAROLES QUE JE TE DIRAI. Ez 3, 17 : Tu entendras de ma bouche une parole, et tu la leur proclameras de ma part.

409.     Deuxièmement, il présente la parole de la prédication : en premier lieu, à l’endroit déterminé à l’avance par Dieu ; en second lieu, au Temple, en cet endroit : JÉRÉMIE REVINT DE TOPHÈT (Jr 19, 14).

410.     À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, il prédit [le châtiment] par la parole ; deuxièmement, il le précise à l’avance par un geste, en cet endroit : TU BRISERAS CETTE CRUCHE [SOUS LES YEUX DES GENS QUI T’AURONT ACCOMPAGNÉ] (Jr 19, 10).

411.     À propos du premier point, il menace d’un châtiment d’une manière générale, en demandant d’être écouté : TU DIRAS : «ÉCOUTEZ !» (Jr 19, 3). Ps 2, 10 : Et maintenant, rois, comprenez ; corrigez-vous, juges de la terre ! En prédisant le châtiment : AINSI PARLE LE SEIGNEUR..., [LES OREILLES] EN TINTERONT [À QUICONQUE L’APPRENDRA], comme par un bouleversement du cœur effrayé par la secousse d’un grand bruit. 1 Sm 3, 11 : Et voici que j’adresserai une parole à Israël ; quiconque l’entendra, les deux oreilles lui en tinteront. 2 R 21, 12 : Voici que j’amène des malheurs sur Jérusalem et sur Juda : quiconque les entendra, les deux oreilles lui en tinteront. Et en précisant la cause, la faute du peuple : CAR ILS M’ONT ABANDONNÉ (Jr 19, 4). Is 1, 4 : Ils ont abandonné le Seigneur, ils ont blasphémé contre le Saint d’Israël, ils sont redevenus des étrangers. Et la faute du roi, pour ce qui est du simple homicide : ET LES ROIS DE JUDA [ONT REMPLI CE LIEU DU SANG DES INNOCENTS]. 2 R 21, 16 : Manassé a par trop versé le sang innocent, à en remplir Jérusalem jusqu’à la bouche ! Et pour ce qui est de l’homicide joint au sacrilège. CAR ILS ONT CONSTRUIT DES HAUTS LIEUX DE BAAL (Jr 19, 5). Ps 106[105], 38 : Ils ont versé un sang innocent, le sang de leurs fils et de leurs filles, qu’ils ont sacrifiés aux idoles de Canaan.

412.     Deuxièmement, il présente le châtiment d’une manière particulière. En premier lieu, pour ce qui est des maux qu’ils ont supportés lors de la prise de la ville, en présentant l’extermination des hommes : À CAUSE DE CELA, VOICI VENIR DES JOURS (Jr 19, 6), où il indique le grand nombre des tués, OÙ L’ON N’APPELLERA PLUS CE LIEU TOPHÈT. Ci-dessus (Jr 7, 32.), la même chose. [En présentant] la disparition de leur bon sens : JE FERAI DISPARAÎTRE LE BON SENS DE JUDA (Jr 19, 7), qui avait pensé combattre Nabuchodonosor, À CAUSE DE CE LIEU, car c’est là qu’ils ont été tués. Jb 5, 13 : Il prend les sages au piège de leur habileté, rend stupides les conseillers dévoyés. Et le genre d’extermination : JE LES RENVERSERAI PAR L’ÉPÉE. Ez 21, 14-15 : Voici l’épée du grand massacre, qui les a frappés de stupeur et a fait trembler leur cœur, et qui accumule les ruines. Et en présentant l’abandon des cadavres : ET JE DONNERAI LEURS CADAVRES EN PÂTURE AUX OISEAUX DU CIEL. Ps 79[78], 2 : Ils ont donné les cadavres de tes serviteurs en pâture aux oiseaux du ciel, la chair de tes saints aux bêtes de la terre. Et en présentant la destruction des villes : JE FERAI DE CETTE VILLE UN OBJET DE STUPEUR (Jr 19, 8). Ci-dessus, Jr 18, 16, la même chose. En second lieu, [il présente] les souffrances qu’ils ont endurées lors du siège : JE LEUR FERAI MANGER LA CHAIR DES FILS ET DES FILLES QUE LE SEIGNEUR T’A DONNÉS, DANS L’ANGOISSE ET LA DÉTRESSE OÙ LES RÉDUIRONT LEURS ENNEMIS (Jr 19, 9). Lm 4, 10 : Les mains des tendres femmes ont fait cuire leurs fils : ils sont devenus leur nourriture dans l’effondrement de la fille de mon peuple.

Leçon 2 — [Jr 19, 10-13]

413.     Ici, il indique le châtiment mentionné par un geste. Premièrement, il présente le geste : TU BRISERAS CETTE CRUCHE (Jr 19, 10). Is 10, 33 : Voici que le Seigneur des armées brisera la cruche dans la terreur, que les gens de haute stature seront égorgés et ceux de haute condition seront humiliés.

414.     Deuxièmement, [il présente] la signification du geste : ET TU LEUR DIRAS (Jr 19, 11). En premier lieu, pour ce qui est de l’extermination du peuple : JE VAIS BRISER [CE PEUPLE]. Is 30, 14 : Il va le réduire en miettes comme on brise une jarre de potier, mise en pièces sans piété. En deuxième lieu, pour ce qui est du lieu de sépulture : ET ILS SERONT ENSEVELIS À TOPHÈT [FAUTE DE PLACE POUR ENTERRER], en raison du grand nombre de tués. Même chose ci-dessus, Jr 7, 32. En troisième lieu, pour ce qui est de la destruction de la ville : AINSI FERAI-JE [POUR CE LIEU ET POUR SES HABITANTS] (Jr 19, 12), comme c’est le cas de Tophèt l’impure, mais sans les maisons. SUR LES TERRASSES DESQUELLES (Jr 19, 13), c’est-à-dire sur le toit des maisons, qui étaient plats et où l’on rendait un culte aux idoles. Is 22, 2 : Tu es monté, toi aussi, sur les terrasses dans un grand cri, ville bruyante, cité joyeuse !

Leçon 3 — [Jr 19, 14-15]

415.     Après avoir dit au peuple ce qui précède dans la vallée de Tophèt, il revient au Temple, afin d’annoncer ces choses au peuple qui n’a pas voulu le suivre (Jr 19, 14-15). Et cela est clair. Ac 7, 51 : Nuques raides, cœurs et oreilles endurcis, vous avez toujours résisté à l’Esprit saint ; comme vos pères ont agi, ainsi en est-il de vous.

CHAPITRE 20 — [PROPHÉTIE CONTRE LES DIRIGEANTS DU PEUPLE JUIF]
Leçon 1 — [Jr 20, 1-6]

416.     Une fois terminée la menace contre le peuple, débute la menace contre les dirigeants. Premièrement, la menace du prophète contre les dirigeants est présentée ; deuxièmement, la conspiration des dirigeants contre le prophète, plus loin, Jr 26, 1 : AU DÉBUT DU RÈGNE DE JOIAQIM, FILS DE JOSIAS, ROI DE JUDA.

417.     À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, il profère des menaces contre les dirigeants du peuple juif ; deuxièmement, contre eux et d’autres, plus loin, Jr 23, 1 : MALHEUR AUX PASTEURS QUI PERDENT ET DISPERSENT LE TROUPEAU.

418.     À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, il profère des menaces contre le plus élevé en dignité spirituelle, c’est-à-dire contre le grand prêtre. Deuxièmement, contre le roi, plus loin, Jr 21, 1 : PAROLE QUI FUT ADRESSÉE À JÉRÉMIE DE LA PART DU SEIGNEUR.

419.     À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, la menace contre le grand prêtre est présentée ; deuxièmement, en raison des dangers qui en découlaient pour le prophète, sa plainte est présentée : TU M’AS SÉDUIT, SEIGNEUR (Jr 20, 7).

420.     À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, l’occasion de la menace est présentée du fait de la persécution du prophète, là où est présentée la raison de la persécution : [LE PRÊTRE PASHEHUR ENTENDIT JÉRÉMIE] QUI PROFÉRAIT CES PAROLES (Jr 20, 1), contre la ville : en effet, c’était la fonction du grand prêtre de corri-ger ceux qui prophétisaient faussement. Plus loin : Le Seigneur t’a établi comme prêtre à la place du prêtre Joiadas, afin que tu exerces la surveillance dans le Temple du Seigneur sur tout exalté qui joue au prophète, que tu les mettes au carcan et en prison, etc. (Jr 29, 26). La persécution du prophète : [PASHEHUR] FRAPPA [LE PROPHÈTE JÉRÉMIE], PUIS LE MIT AU CARCAN (Jr 20, 2), en prison, un genre d’instrument servant à contraindre les prisonniers. [À LA PORTE] DE BENJAMIN, qui menait à la tribu de Benjamin : en effet, la ville était située aux confins des deux tribus. [À LA PORTE] HAUTE, parce qu’il y avait peut-être plusieurs portes qui menaient vers cette région. QUI DONNE DANS LE TEMPLE DU SEIGNEUR : pour cette raison, c’est à cette porte qu’on jugeait les prophètes et les ministres du Temple, et qu’on les enfermait en prison. Lm 3, 7 : Il m’a emmuré, et je ne puis sortir ; il a rendu lourdes mes chaînes. Et la libération du prophète : LE LENDEMAIN, PASHEHUR FIT TIRER JÉRÉMIE DU CARCAN (Jr 20, 3). Ac 4, 5 : Le lendemain, leurs dirigeants, leurs anciens et leurs scribes se réunirent à Jérusalem. Ps 68[67], 7 : Lui qui mena les captifs avec force.

421.     Deuxièmement, une menace est présentée. Premièrement, le châtiment est indiqué par un changement de nom : ET [JÉRÉMIE] LEUR DIT : [«CE N’EST PLUS PASHEHUR QUE LE SEIGNEUR T’APPELLE !» : il parle à la manière d’un homme apeuré, qui regarde partout. Pr 10, 29 : [La voie du Seigneur] est la frayeur des méchants. Deuxièmement, la menace du châtiment est présentée : CAR AINSI PARLE LE SEIGNEUR (Jr 20, 4). En premier lieu, pour ce qui est de leurs propres amis : [JE VAIS TE LIVRER À LA TERREUR], TOI ET TOUS TES AMIS. Ps 78[77], 64 : Leurs prêtres sont tombés sous l’épée. En deuxième lieu, pour ce qui est de ceux qui seront assujettis, en présentant la captivité des hommes : [DE MÊME, JE LIVRERAI] JUDA TOUT ENTIER. Lm 1, 3 : Juda est exilée, plongée dans l’affliction et dans une dure servitude ; elle a demeuré chez les nations sans trouver de répit. Et aussi pour ce qui est du pillage de leurs biens : JE LIVRERAI TOUTES LES RICHESSES DE CETTE VILLE (Jr 20, 5). Is 39, 6 : Tout ce qui est dans ta maison sera emporté à Babylone, et ce que tes pères avaient accumulé jusqu’à ce jour. Il ne restera rien, dit le Seigneur. En troisième lieu, pour ce qui est des hôtes de leur maison : ET TOI, PASHEHUR, AINSI QUE TOUS LES HÔTES DE TA MAISON, VOUS PARTIREZ EN CAPTIVITÉ..., [LÀ TU SERAS ENTERRÉ, TOI] ET TOUS TES AMIS À QUI TU AS PROPHÉTISÉ LE MENSONGE (Jr 20, 6). En promettant un rétablissement. Is 22, 18 : Il te roulera comme une boule, une balle vers un pays vaste et étendu. C’est là que tu mourras, etc. Am 7, 17 : Tes fils et tes filles tomberont sous l’épée, ta terre sera partagée au cordeau, et toi, tu mourras sur une terre impure, et Israël sera déporté loin de sa terre.

Leçon 2 — [Jr 20, 7-13]

422.     Ici est présentée la plainte du prophète : premièrement, il se plaint de la fonction qui lui a été confiée ; deuxièmement, du lieu de sa naissance.

423.     À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, il se plaint de la fonction qui lui a été confiée parce qu’à cause d’elle on a ri de lui ; deuxièmement, en raison de la persécution, en cet endroit : J’ENTENDAIS LES CALOMNIES DE BEAUCOUP (Jr 20, 10).

424.     À propos du premier point, il fait trois choses. Premièrement, comme pour se plaindre, il relève le mode de l’ordre : TU M’AS SÉDUIT (Jr 20, 7), c’est-à-dire que tes paroles ont été pour moi l’occasion d’être trompé : en effet, je croyais être prophète contre les nations, et non contre les Juifs dont j’endure la persécution. Mais il ne veut pas imputer à Dieu une faute de duperie, car il blasphémerait. TU T’ES IMPOSÉ À MOI, en m’imposant une fonction qui me répugnait, comme [on le lit] au chapitre premier. Et cela, principalement parce qu’il n’a pas vu le fruit de sa prédication. Is 49, 4 : J’ai travaillé pour rien ; j’ai consumé ma force sans raison et en vain.

425.     Deuxièmement, il présente le fait de sa prédication, en présentant la risée : JE SUIS DEVENU LA RISÉE..., LA FABLE DE TOUT LE MONDE, qui fronçait le nez et lançait la dérision. Lm 3, 14 : Je suis devenu la risée de tout mon peuple, leur chanson tout le jour. Et il en donne la raison, en présentant le message de sa prédication, par lequel il leur reprochait ouvertement leurs fautes et les menaçait de châtiments : CAR CHAQUE FOIS QUE JE PARLE, C’EST POUR CRIER : «INIQUITÉ ET DÉVASTATION !» (Jr 20, 8), qui n’est pourtant pas encore venue. Is 16, 7 : À ceux qui se réjouissent sur le mur dont la paroi est cuite, vous annoncez qu’ils seront blessés. Et l’opprobre qui en découle : ET LA PAROLE DU SEIGNEUR EST DEVENUE POUR MOI OPPROBRE, c’est-à-dire cause d’opprobre. Ac 26, 24 : Festus dit à Paul : «Ton grand savoir t’a conduit à la folie !»

426.     Troisièmement, il démissionne de la fonction imposée : ET J’AI DIT (Jr 20, 9). En premier lieu, il rejette la fonction : «JE NE ME SOUVIENDRAI PLUS», c’est-à-dire que je ne penserai plus à parler au peuple. En effet, il ne voulait pas jeter des perles aux pourceaux. Mt 7, 6 : Ne donnez pas aux chiens ce qui est sacré. En deuxième lieu, il reprend la fonction rejetée : MAIS C’ÉTAIT COMME UN FEU DÉVORANT [DANS MON CŒUR] : en effet, plus quelqu’un s’abstient de parler extérieurement, plus il éprouve à l’intérieur la ferveur de l’amour. Ps 39[38], 4 : Mon cœur brûlait en moi ; à force d’y songer, le feu flambait. [UN FEU DÉVORANT] DANS MES OS, au plus intime de mon esprit. JE M’ÉCARTAIS, de mon intention, CAR JE NE POUVAIS LE SUPPORTER, l’incendie intérieur.

427.     J’ENTENDAIS LES CALOMNIES D’UN GRAND NOMBRE (Jr 20, 10). Ici, il se plaint de la fonction acceptée, parce qu’il a enduré des persécutions. Premièrement, la persécution par les adversaires est présentée. En premier lieu, il présente le grand nombre des persécuteurs : [LES CALOMNIES] D’UN GRAND NOMBRE, auxquelles il ne peut résister. «PERSÉCUTONS-LE !», par quoi est indiquée leur conjuration. Il présente aussi ses proches : TOUS CEUX QUI ÉTAIENT EN PAIX AVEC MOI, par quoi est signalé le danger imminent. Ab 7 : Tous tes alliés ont ri de toi, ils se sont joués de toi, ceux qui étaient en paix avec toi. Deuxièmement, le réconfort du prophète est présenté, en présentant le secours divin : MAIS LE SEIGNEUR EST AVEC MOI (Jr 20, 11), pour me défendre. Is 50, 7 : Le Seigneur Dieu est mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas abattu. Et aussi sa fonction : [MES ADVERSAIRES] TRÉBUCHERONT, parce qu’ils [me] persécutent. Is 40, 30 : Les enfants se fatigueront et s’épuiseront, les jeunes tomberont de faiblesse. ILS SERONT CONFONDUS, parce qu’ils ont dit des choses honteuses, CAR ILS N’ONT PAS COMPRIS, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas voulu comprendre, L’OPPROBRE, de leur damnation éternelle ou de leur captivité à venir. Ps 40[39], 15 : Honte et déshonneur sur tous ceux qui cherchent mon âme pour me l’enlever ! Troisièmement, la demande est présentée, par laquelle il capte la bienveillance en faisant l’éloge de la justice [du Seigneur] : [SEIGNEUR DES ARMÉES], TOI QUI SCRUTES (Jr 20, 12), c’est-à-dire qui approuve ou qui examine et pèse (il s’agit de sa science) ; QUI VOIS LES REINS, pour ce qui est des sentiments, ET LES CŒURS, pour ce qui est des pensées. Ci-dessus, Jr 17, 10 : Moi, le Seigneur, je scrute le cœur, je sonde les reins, pour rendre à chacun selon sa conduite, etc. Il demande vengeance : JE VERRAI LA VENGEANCE QUE TU TIRERAS D’EUX ; et il en indique la cause : CAR C’EST À TOI QUE J’AI RÉVÉLÉ [MA CAUSE], non pas comme à quelqu’un qui l’ignore, mais en te remettant toute ma cause. Ci-dessus, Jr 11, 20 : Car je t’ai révélé ma cause. Quatrièmement, une action de grâce est présentée : CHANTEZ AU SEIGNEUR (Jr 20, 13). Ps 72[71], 12 : Car il a délivré le pauvre du puissant, le pauvre qui n’avait aucun soutien.

Leçon 3 — [Jr 20, 14-18]

428.     Il se plaint ici à propos du lieu de sa naissance. Mais s’oppose à cela ce qui est dit ici. En effet, c’est le propre des saints de se glorifier dans les tribulations, comme il est dit en Rm 5. Il semble donc que Jérémie n’aurait pas dû se lancer dans des malédictions en raison de ses tribulations. De plus, le jour est une créature de Dieu. Or, maudire une créature de Dieu est un péché. Donc, etc. De plus, le jour est quelque chose de passager, et lui appliquer le châtiment de la malédiction est insensé. Donc, etc. De plus, personne ne doit maudire un innocent. Or, cet homme, du fait même qu’il n’a pas tué Jérémie, est innocent. [Jérémie] a donc péché en le maudissant.

429.     À propos du premier point, il faut dire que les tribulations, considérées en elles-mêmes, sont mauvaises pour autant qu’elles s’opposent à une nature bonne, comme le dit Augustin ; et ainsi, les avoir en horreur par une haine naturelle n’est pas péché. Toutefois, si, à cause d’elle, la raison est détournée de sa rectitude, cela serait péché. Mais considérées selon qu’elles conduisent au bien, ainsi s’en glorifient les saints, comme le malade [se réjouit] de l’amputation par laquelle il est guéri.

430.     À propos du deuxième point et du troisième, [il faut dire] qu’il ne maudit pas le jour considéré selon sa propre nature, car cela serait un péché et stupide, mais selon qu’il est mauvais, parce que quelque chose de mauvais survient au cours de ce jour ; de même que, en sens contraire, c’est un jour de fête lorsque quelque chose de bien survient au cours de ce jour. Et c’est cela que veut dire cette malédiction. Toutefois, Grégoire, en considérant la nature du jour même, dit que cela ne peut s’entendre au sens littéral. Et de même faut-il dire, à propos du dernier point, qu’il ne maudit ces hommes que dans la mesure où ils ont un rapport avec son acte. Ainsi, il donne à entendre son horreur en parlant de manière hyperbolique, et le dégoût de sa vie en raison de ses tracas.

431.     À ce propos, il fait donc deux choses. En premier lieu, il présente sa malédiction contre le moment de sa naissance : MAUDIT SOIT LE JOUR [OÙ JE SUIS NÉ] (Jr 20, 14). Jb 3, 3 : Périsse le jour où l’on a dit : «Un homme a été conçu !» Contre l’annonce de sa naissance : MAUDIT SOIT L’HOMME QUI ANNONÇA À MON PÈRE CETTE NOUVELLE : «UN GARÇON T’EST NÉ !», ET LE COMBLA DE JOIE ! (Jr 20, 15). Gn 21, 6 : Le Seigneur m’a réjouie, et quiconque en entendra parler rira avec moi.

432. Et il explicite le mode de la malédiction : QUE CET HOMME SOIT SEMBLABLE AUX CITÉS QUE LE SEIGNEUR A RENVERSÉES ! (Jr 20, 16). Is 25, 2 : Tu as fait de la ville un tas de pierres, la cité fortifiée est une ruine. [Il présente aussi sa malédiction] contre celui qui lui a donné la vie, c’est-à-dire qui lui a conservé la vie : QU’IL ENTENDE LE CRI, à savoir celui de la mort, PARCE QUE MA MÈRE N’A PAS ÉTÉ MON TOMBEAU (Jr 20, 17), de sorte que je ne sois compté parmi les hommes, ET QUE SES ENTRAILLES NE M’ONT PAS PORTÉ À JAMAIS, alors que je ne serais jamais parvenu à la naissance normale. Jb 3, 11 : Pourquoi ne suis-je pas mort dans le sein, pourquoi ne suis-je pas mort à peine sorti du sein ?

433. En deuxième lieu, la raison de la malédiction est présentée : POURQUOI DONC SUIS-JE SORTI DU SEIN ? (Jr 20, 18). Ci-dessus, Jr 15, 10 : Malheur à moi, ma mère, parce que tu m’as enfanté, homme de querelle et de discorde pour tout le pays ! 1 M 2, 7 : Malheur à moi ! Suis-je né pour voir la ruine de mon peuple et la ruine de la ville sainte, et rester là assis tandis que la ville est livrée au pillage de ses ennemis ?

434.     Remarque à propos de ce passage : TU M’AS SÉDUIT, SEIGNEUR, ET JE ME SUIS LAISSÉ SÉDUIRE ; TU AS ÉTÉ PLUS FORT QUE MOI ET TU L’AS EMPORTÉ (Jr 20, 7), que le Seigneur séduit en attirant par la persuasion. 2 Co 12, 16 : En fourbe que je suis, je vous ai pris par la ruse. En engageant par des consolations. Ap 10, 10 : Quand je l’eus mangé, il remplit mes entrailles d’amertume. En réconfortant par des promesses. Ci-dessus, Jr 4, 10 : N’as-tu pas trompé ce peuple et Jérusalem, en disant : «Vous aurez la paix !», alors que l’épée nous a atteints jusqu’à l’âme ? Le Seigneur s’affirme en corri-geant. Is 8, 11 : Il m’a appris par la force de sa main à ne pas suivre le chemin de ce peuple. En écartant des dangers. Os 2, 8 : Je vais obstruer son chemin avec des ronces, je l’entourerai d’un mur. En attachant par l’amour. Os 11, 4 : Je les mènerai avec des attaches humaines, avec des liens d’amour.

CHAPITRE 21 — [PROPHÉTIE CONTRE LES ROIS DE CE PEUPLE]
Leçon 1 — [Jr 21, 1-5]

435.     Ici est présentée la menace contre les rois, qui occupent le rang le plus élevé du pouvoir séculier : premièrement, selon que les rois sont punis par le châtiment du peuple ; deuxièmement, selon qu’ils sont punis dans leur propre personne, Jr 22, 1 : AINSI PARLE LE SEIGNEUR : «DESCENDS AU PALAIS DU ROI DE JUDA.»

436.     À propos du premier point, il fait deux choses. Premièrement, il présente l’interrogation ou la demande du roi : INTERROGE [DONC LE SEIGNEUR] (Jr 21, 2), comme s’il disait : «Cherche la réponse de Dieu.» ET PRIE POUR NOUS. Ici, Pashehur (Jr 21, 1) n’est pas le même que ci-dessus, car il est né d’un autre père. Is 37, 3 : Ce jour est un jour d’angoisse, de châtiment et de blasphème : les enfants sont à terme et la force manque pour les enfanter. Et plus loin : Adresse donc une prière en faveur du reste qui subsiste encore (Is 37, 4).

437.     Deuxièmement, la réponse du prophète est présentée : JÉRÉMIE LEUR DIT (Jr 21, 3). En premier lieu, il les menace d’un châtiment pour ce qui est du temps qui a précédé la capture de la ville, contrairement aux trois choses dans lesquelles ils mettaient leur confiance : l’approvisionnement en armes : JE VAIS FAIRE REVENIR [LES ARMES DE GUERRE QUE VOUS DÉTENEZ] (Jr 21, 4), comme s’il disait : «Les armes que vous avez prises contre vos ennemis se retourneront contre vous, car vous vous combattrez les uns les autres.» Ps 7, 17 : Sa peine reviendra sur sa tête, son iniquité lui retombera sur le crâne. Ou bien : ELLES SE RETOURNERONT, comme si elles étaient sans fruit.

438. Ils mettaient aussi leur confiance dans la solidité des murailles ; à l’encontre de cela, il dit : [AVEC LESQUELLES VOUS COMBATTEZ] LES CHALDÉENS, QUI FONT LE SIÈGE TOUT AUTOUR DES MURAILLES, comme s’il disait : «Sans que les murailles constituent un obstacle.» Lm 4, 12 : Les rois de la terre et tous les habitants du monde ne croyaient pas que l’ennemi et l’adversaire franchiraient les portes de Jérusalem. Ils mettaient aussi leur confiance dans la protection divine, à propos de quoi il dit : ET JE COMBATTRAI CONTRE VOUS À MAIN ÉTENDUE (Jr 21, 5), c’est-à-dire par ma puissance prête à la vengeance, ET [À BRAS] PUISSANT, auquel on ne peut résister ; AVEC COLÈRE, contre les plus mauvais, INDIGNATION, contre ceux qui pèchent moins, ET GRANDE INDIGNATION, contre les médiocres.

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