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CHAPITRE 1 — [JÉRÉMIE ET SA MISSION]
Leçon 1 — [Jr 1, 1]

14.       Selon l’usage des autres prophètes, ce livre se divise en deux parties : le titre et le traité, qui commence en cet endroit : ET LA PAROLE DE DIEU ME FUT ADRESSÉE EN CES TERMES (Jr 1, 4).

15.       Dans le titre, il fait deux choses. Premièrement, il décrit l’auteur ; deuxièmement, le moment de la prophétie, en cet endroit : [LA PAROLE DU SEIGNEUR] FUT ADRESSÉE (Jr 1, 2).

16.       Or, l’auteur est décrit de trois manières. Premièrement, par son nom : PAROLES DE JÉRÉMIE (Jr 1, 1), qui veut dire «élevé devant le Seigneur», ce qui convient à l’éminence de sa contemplation. Deuxièmement, par son ascendance prophétique : FILS DE HILCIAS ; en effet, selon la règle donnée par Jérôme, partout où le père d’un prophète est mis dans le titre, celui-ci était aussi prophète. Et [par son ascendance] sacerdotale : L’UN DES PRÊTRES, à qui il appartenait de connaître la loi. Ag 2, 11 : Interroge le prêtre au sujet de la loi. Troisièmement, il est décrit par son propre lieu de résidence : RÉSIDANT À ANATOT. En effet, dans chaque tribu, les lévites avaient reçu des maisons où ils pouvaient demeurer, comme il est dit en Nb 35. À propos de ces paroles, il est dit en Is 59, 21 : Mes paroles ne feront pas défaut. Or, il faut savoir que certains prophètes tirent leur titre d’un acte intérieur ; ainsi est-il dit : Vision d’Isaïe ou vision d’Abdias. Certains, d’un acte extérieur, et ceux-ci reçoivent leur titre par une parole, comme ici. Certains, de l’objet de la menace, et ainsi ils reçoivent leur titre par une charge, comme Habacuc et Nahum.

Leçon 2 — [Jr 1, 2-3]

17.       Ici, il décrit le moment de la prophétie, car il a prophétisé sous trois rois, dont il est question dans 2 R 20 et par la suite. Mais, puisqu’il avait dit auparavant : PAROLES, pourquoi parle-t-il ici au singulier : PAROLE (Jr 1, 2) ? Il faut dire à ce sujet que les paroles prophétiques sont multiples en elles-mêmes, mais une seule chose par leur origine, parce qu’elles tirent leur origine de la Parole incréée [le Verbe]. Mais, puisque cette Parole est éternelle, comme il est dit en Jn 1, comment est-elle dite FAITE[2] ? Il faut dire qu’elle n’est pas faite purement et simplement, mais qu’elle est faite pour quelqu’un, non pas par un changement survenu dans la Parole [le Verbe], mais en celui à qui la révélation est faite. De cette manière, on dit que Dieu devient notre refuge. De même, on demande pourquoi il n’est pas fait mention de deux autres rois, à savoir Joathan, fils de Josias, et Joachim, fils de Joakim, qui porte aussi un autre nom, Jéchonias. Et il faut dire que ces deux-là n’ont régné que trois mois, comme on le dit en 2 R 24. Et parce que la Sainte Écriture ne s’occupe pas de choses insignifiantes, ils sont inclus dans le temps des autres rois. AU CINQUIÈME MOIS (Jr 1, 3), après la destruction, bien qu’il s’agisse du quatrième mois de la captivité, comme on le dit plus loin (Jr 39, 2).


[2] La question se justifie par le texte latin : Verbum Domini factum est.


Leçon 3 — [Jr 1, 4-10]

18.       Ici commence le traité de ce livre. Premièrement, la fonction de prophétiser de Jérémie lui est assignée ; deuxièmement, l’annonce du prophète déjà établi est présentée, en cet endroit : LA PAROLE DE DIEU ME FUT ADRESSÉE (Jr 2, 1).

19.       La première partie se divise en deux [parties]. Dans la première, [le Seigneur] assigne la fonction ; dans la seconde, il lui montre la manière de l’exécuter, en cet endroit : CEINS-TOI DONC LES REINS (Jr 1, 17).

20.       La première partie est divisée en deux [parties]. Dans la première, [Jérémie] est établi dans la fonction prophétique ; dans la seconde, l’objet de sa prophétie lui est assigné, en cet endroit : LA PAROLE DE DIEU ME FUT ADRESSÉE (Jr 1, 11).

21.       La première [partie] est divisée en deux [parties]. Dans la première, la préparation du prophète est racontée ; dans la seconde, l’octroi du don de prophétie, en cet endroit : ALORS, LE SEIGNEUR ÉTENDIT LA MAIN (Jr 1, 9).

22.       La première [partie] est divisée en trois [parties]. Dans la première, la préparation est présentée du point de vue du Seigneur ; dans la deuxième, l’objection du prophète est présentée, en cet endroit : ET JE DIS : «A, A, A» (Jr 1, 6) ; dans la troisième, le rejet de l’objection, en cet endroit : ET LE SEIGNEUR DIT (Jr 1, 7).

23.       Sur le premier point, [il fait] trois choses. Premièrement, la préparation du prophète est présentée : LA PAROLE DE DIEU ME FUT ADRESSÉE (Jr 1, 4), soit de l’extérieur par une créature soumise, soit de l’intérieur par l’inspiration. Ps 85[84], 9 : J’écouterai ce que le Seigneur dit en moi. AVANT DE TE FORMER (Jr 1, 5) : en effet, dans la nature même qui forme, Dieu réalise la forme, comme la cause première dans une cause seconde. Jb 10, 11 : Tu m’as revêtu de peau et de chair. JE T’AI CONNU : d’une connaissance d’approbation. Is 49, 49 : Le Seigneur m’a appelé depuis le sein, depuis le ventre de ma mère, il s’est rappelé mon nom. Deuxièmement, la sanctification privilégiée [de Jérémie] est présentée : AVANT MÊME. Si 49, 7 : Ils ont maltraité celui qui a été consacré comme prophète depuis le ventre de sa mère, etc. Troisièmement, la prédestination à la fonction est présentée : JE T’AI ÉTABLI COMME PROPHÈTE, à savoir, comme j’en ai disposé. Is 42, 6 (et 49, 6) : J’ai fait de toi la lumière des nations, afin que tu sois mon salut jusqu’au bout de la terre.

24.       À propos de la sanctification dans le sein, voyons quatre choses. Premièrement, le moment. Il semble qu’avant l’infusion de l’âme, une telle sanctification puisse exister, du fait de ce que dit une glose d’Ambroise sur Lc 1 : «L’esprit de vie n’y était pas encore, et déjà s’y trouvait l’esprit de grâce.» De plus, il est dit : AVANT DE TE FORMER DANS LE SEIN DE TA MÈRE, JE T’AI CONNU, et cela s’entend d’une connaissance spirituelle, qui est celle de l’approbation. Avant [sa] formation, il avait donc la grâce. En sens contraire, il semble que ce ne fut pas le cas avant qu’il ne naquît, car Augustin dit : «Ne peut renaître que celui qui est déjà né.» Or, personne n’a la grâce s’il n’est pas rené, car, par la grâce, on est fait fils de Dieu. [Jérémie] n’a donc pas eu la grâce de la sanctification. Sur ce point, il faut dire que la sanctification dont nous parlons est réalisée par la grâce, dont le sujet est l’âme. C’est pourquoi, avant l’infusion de l’âme, elle ne peut exister ; mais, après l’infusion [de l’âme] et avant la naissance depuis le sein, elle se réalise par un privilège spécial. À propos du premier argument, il faut dire que c’est l’air extérieur, librement respiré, qui est appelé là l’esprit de vie. Ou bien, on dit que l’esprit est présent si on l’entend de l’âme, lorsqu’elle devient connue. À propos de l’autre [argument], il faut dire que cela s’entend de la connaissance d’approbation, qui se réalise selon la prédestination à la grâce, et dont on ne parle pas selon la justice présente. À l’autre [argument], il faut dire que, selon la loi commune, personne, avant d'être né, ne peut renaître par la régénération qui se réalise par les sacrements, car il ne peut encore être soumis aux opérations des ministres de l’Église, par lesquels cette grâce est dispensée. Mais Dieu n’a pas lié sa puissance aux sacrements. C’est pourquoi lui-même peut sanctifier quelqu’un dans le sein par un privilège spécial.

25.       Deuxièmement, on se demande à qui convient cette sanctification. Et il semble qu’elle [convienne] au Christ, dont il est dit dans la Glose, qu’«avant de sortir du sein, il a été sanctifié dès le sein». En sens contraire : être sanctifié consiste à rendre saint celui qui n’était pas saint. Or, jamais [le Christ] ne fut non saint. Donc, etc. De même, il semble que cela convienne aux choses inanimées, selon ce qui est dit dans Ps 47[46], 5 : Le Très-Haut a sanctifié son tabernacle. Mais à cela s’oppose que les choses de ce genre ne sont pas susceptibles de recevoir la grâce. Et il faut dire, à propos du premier argument, que ne pas être saint se dit de deux manières : de manière privative, et alors l’existence du sujet est requise, et cela ne convient pas ainsi au Christ ; soit de manière négative, et ainsi il convient au Christ de devenir saint après avoir été non saint, car, avant d’être un homme, il n’était pas saint d’une sainteté créée. À l’autre argument, il faut répondre qu’on appelle saint ce qui est consacré uniquement au culte divin ; et ainsi, les choses animées et inanimées peuvent être sanctifiées. Mais parfois on appelle saint ce qui est solide ou pur, soit du péché, soit de l’acte charnel ; et une telle sanctification se réalise par la grâce et n’est possible que chez les hommes. Puisque toute sanctification est ordonnée à cette conception très sainte du Fils de Dieu, sa mère, dans le sein de laquelle fut célébrée cette conception, a été sanctifiée, ainsi que Jean-Baptiste qui, encore enfermé dans le sein, indiqua celui qui était enfermé dans le sein [de Marie], et Jérémie, qui, parmi tous, a exprimé plus loin le mode de cette très sainte conception. Jr 31, 22 : Le Seigneur a fait du nouveau sur terre : la femme entourera l’homme !

26.       En troisième lieu, on s’interroge sur l’effet de la sanctification. Et il faut savoir que la sanctification est ordonnée à contrer l’impureté du péché originel, dans lequel il fait considérer la faute, qui consiste à être privé de la vision divine par manque de la justice appropriée ; et [la sanctification] enlève totalement cette [faute], pour ce qui est de l’empêchement de la personne, bien que n’ait pas été payé le prix par lequel serait enlevé l’empêchement de nature. Il faut aussi considérer l’incitation, qui est une inclination à tout mal ; et celle-ci demeure, comme un habitus entravé qui n’incline pas à ce pour quoi il existe. Mais, chez les autres, elle inclinait au [péché] véniel, et non au [péché] mortel ; chez la bienheureuse Vierge, cependant, [elle n’incline] à aucun de ceux-ci.

27.       En quatrième lieu, on s’interroge sur la comparaison de la grâce de la sanctification par rapport à la grâce sacramentelle. Et il faut dire que la grâce de la sanctification l’emporte purement et simplement, car, après la grâce sacramentelle, l’inclination au péché mortel demeure. Mais la grâce sacramentelle l’emporte sur un point, à savoir, pour ce qui est de l’impression d’un caractère et de choses de ce genre.

28.       ET J’AI DIT (Jr 1, 6). Ici est présentée l’objection du prophète. Premièrement, il présente sa stupeur : A, en raison de l’inadéquation de sa vie ; A, en raison de son manque de science ; A, en raison de son manque d’éloquence. JE NE SAIS PAS PARLER. Ex 4, 10 : Je ne suis pas doué pour la parole, ni d’hier, ni d’avant-hier. [Il fait ensuite valoir] qu’il est dans l’enfance : CAR JE SUIS UN ENFANT, de sorte que mon âge ne convient pas à la fonction de la prédication. Jb 32, 7 : J’espérais qu’avec l’âge, je parlerais davantage et que le nombre des années m’enseignerait la sagesse. Si 32, 3 : Parle, vieillard, cela te sied ! Pourquoi celui-ci refusa la fonction de la prédication, pour laquelle Isaïe se proposa, Is 6, 8, Grégoire le montre dans cette glose : «Certains, dit-il, désirent louablement la fonction de la prédication, à laquelle d’autres sont louablement contraints, etc. Car celui-ci, en raison de l’amour par lequel il était porté vers Dieu, craignait des dommages à sa contemplation, et celui-là, par amour du prochain, désirait le salut de ses proches. Toutefois, celui-ci ne se proposa pas avant d’être purifié, et celui-là ne refusa pas avec entêtement.»

29.       ET LE SEIGNEUR DIT (Jr 1, 7). [Le Seigneur] repousse cette objection. Et parce qu’il alléguait sa condition d’enfant, [le Seigneur lui] promet trois choses contre les trois déficiences des enfants. En effet, les enfants sont inconstants ; contre cela, il [lui] promet la constance : NE DIS PAS, pour t’excuser, POUR TOUT accomplir. Plus loin : Le chemin de l’homme n’est pas en son pouvoir, et il n’est pas donné à l’homme qui marche de diriger ses pas (Jr 10, 23). Pr 3, 6 : En toutes tes démarches, pense à lui ; lui-même dirigera tes pas. De même, [le Seigneur lui] promet l’éloquence, contre le fait que les enfants ne parlent pas. Sg 10, 21 : La sagesse a ouvert la bouche des muets et a délié les langues des enfants. De même, il lui promet l’audace, à l’encontre de la timidité des enfants : NE CRAINS PAS, CAR JE SUIS AVEC TOI POUR TE DÉLIVRER (Jr 1, 8), non pas que tu n’auras pas de difficultés, mais tu les supporteras toutes patiemment. Ps 24[23], 4 : Je ne craindrai pas le mal, car tu es avec moi.

30.       ET LE SEIGNEUR ENVOYA (Jr 1, 9). Ici, [le Seigneur] offre le don de prophétie par mode de sacrement. Ainsi, en premier lieu, l’action est présentée : LE SEIGNEUR ENVOYA, dans une vision imaginaire, pour que l’enfant ne soit pas effrayé en voyant des membres humains, par laquelle la libéralité de la bonté divine est signifiée. Ps 105[104], 28 : Ouvrant ta main, tu les combleras de bonté. Mais il n’est pas purifié par une roche en feu, comme Isaïe, car il n’avait aucun péché en raison de son enfance et de la grâce de sanctification.

31.       Deuxièmement, les paroles sont présentées : ET IL ME DIT. [Ces paroles] contiennent trois choses. Premièrement, [le Seigneur] exprime le don : VOICI QUE JE T’AI DONNÉ. Ps 69[68], 12 : Le Seigneur donnera la parole à ses hérauts avec grande puissance. Deuxièmement, il montre le niveau [du prophète] : JE T’AI ÉTABLI SUR LES diverses NATIONS (Jr 1, 10), auxquelles [le prophète] a prêché, comme un médiateur entre elles et Dieu. Ex 7, 1 : Voici que je t’ai établi comme Dieu pour Pharaon. Ps 18[17], 44 : Tu m’établiras comme chef des nations. Troisièmement, [le Seigneur] expose la fonction [de Jérémie] : POUR ARRACHER les maux par leur racine, POUR DÉTRUIRE l’organisation d’un ordre mauvais, POUR EXTERMINER le rassemblement des méchants, POUR DÉMOLIR la défense du mal, POUR CONSTRUIRE un ordre bon, POUR en PLANTER la racine. En effet, ils n’ont pas besoin d’une protection extérieure comme clôture. Si 49, 7 : Il a été consacré prophète pour renverser, détruire et démolir, puis pour construire et rétablir.

Leçon 4 — [Jr 1, 11-12]

32.       Ici, [le Seigneur] précise l’objet de la prophétie pour laquelle [Jérémie] est établi d’une manière spéciale, à savoir, la destruction de Jérusalem et la captivité du peuple. Premièrement, il montre la certitude de la prophétie ; deuxièmement, il montre la captivité elle-même, en cet endroit : ET IL ARRIVA (Jr 32).

33. À propos du premier point, il fait trois choses. Premièrement, l’invitation à regarder est présentée au prophète : QUE VOIS-TU ? (Jr 1, 11). Comme s’il disait : «Par le fait que tu es prophète, il t’appartient de voir.» 1 Sm 9, 9 : Celui qu’on appelle maintenant «prophète», on l’appelait autrefois «voyant». Deuxièmement, la vision est présentée : ET JE DIS : «JE VOIS, d’une vision imaginaire, UN BÂTON [DE VEILLEUR]», comme un bâton que le Seigneur portait à la main en vue de frapper. Lm 1, 14 : Le joug de mes iniquités est prêt ; elles sont entrelacées dans sa main et elles sont placées sur mon cou. Certains interprètent «une verge de veilleur» du bâton des voleurs qui sert à tirer les dépouilles des maisons à travers les fenêtres, alors qu’eux-mêmes veillent pendant que les autres dorment, mais la première [interprétation] est meilleure. Troisièmement, l’explication est présentée : ALORS, LE SEIGNEUR DIT : «TU AS BIEN VU» (Jr 1, 12), comme s’il disait : «Cela est conforme à la vérité.» CAR JE VEILLERAI, je prendrai soin. Is 55, 11 : La parole qui sortira de ma bouche.

Leçon 5 — [Jr 1, 13-19]

34.       Ici, [le Seigneur] présente la destruction même de la ville. Premièrement, il présente l’incitation à regarder : QUE VOIS-TU ? (Jr 1, 13). Comme ci-dessus.

35.       Seconde vision : ET JE DIS : «UNE MARMITE SUR LE FEU», ce qui indique la ville qui brûle ; SA FACE, le fond, EST TOURNÉE VERS LE NORD, d’où venait le feu. Ez 24, 11 : Mets la marmite vide sur les charbons afin qu’elle chauffe ; que le bronze rougisse et que fonde la souillure qui s’y trouve, et que soit consommée sa rouille.

36.       Troisièmement, l’explication est présentée : ET LE SEIGNEUR DIT (Jr 1, 14). Premièrement, une explication générale est donnée : C’EST DU NORD, c’est-à-dire du roi de Babylone, qui se trouvait au nord par rapport à la Terre sainte, [QUE VA DÉBORDER LE MALHEUR] SUR LES HABITANTS DE LA TERRE, Jérusalem ou les régions avoisinantes, qui ont été dévastées par lui. Plus loin : Voici qu’un grand bouleversement vient du Nord, qui transformera les villes de Juda en déserts et en demeures de dragons (Jr 10, 22). Deuxièmement, il poursuit [en présentant] tout l’ordre des choses. Premièrement, la convocation de l’armée est présentée : CAR VOICI QUE JE CONVOQUERAI, en les inspirant, [TOUTES LES FAMILLES] DES ROYAUMES (Jr 1, 15), sujets de Nabuchodonosor. Is 5, 26 : Il dressera un signal pour les peuples lointains. Deuxièmement, le siège de la ville est présenté : ET [CHACUN] S’ASSOIRA SUR LE SEUIL de la tente, À L’ENTRÉE DES PORTES, comme s’ils assiégeaient jusqu’aux murs [de la ville]. Is 22, 7-8 : Les cavaliers prendront position aux portes, et la protection de Juda tombera. Ou bien il présente la capture même de la ville et aborde ce qu’on trouve plus loin : Tous les princes du roi de Babylone sont entrés et se sont assis à la porte du milieu (Jr 39, 3). Troisièmement, la punition des habitants est présentée : ET JE PRONONCERAI MON JUGEMENT (Jr 1, 16), non par des paroles, mais par des peines. Ez 16, 38 : Ils te jugeront du jugement contre les adultères et contre ceux qui versent le sang.

37.       TOI DONC, CEINS-TOI (Jr 1, 17). Ici, [le Seigneur] enseigne la manière de se mettre en branle. Premièrement, partir rapidement : CEINS TES REINS, comme celui qui se prépare à partir rapidement. Jb 40, 2 : Ceins tes reins comme un homme. Deuxièmement, [à partir] calmement. À ce sujet, [le Seigneur] écarte en premier lieu la crainte : NE CRAINS PAS. Ez 3, 9 : Ne les crains pas et ne redoute pas leurs visages, car c’est une maison qui m’exaspère. Is 51, 12-13 : Qu’es-tu pour craindre un homme mortel et un fils d’homme, qui se dessèche comme un fétu ? As-tu oublié le Seigneur, ton créateur, qui a déployé les cieux et a établi la terre ? Et tu crains pendant tout le jour le visage enragé de celui qui te tourmentait et préparait ta perdition ? Où est maintenant la fureur de celui qui te tourmentait ?

38.       Deuxièmement, il promet la force pour résister : VOICI QUE JE T’AI ÉTABLI AUJOURD’HUI COMME UNE VILLE FORTIFIÉE (Jr 1, 18), pour soutenir les autres, COMME UNE COLONNE. Is 50, 4 : Le Seigneur m’a donné une langue instruite pour que je sache soutenir par la parole celui qui est tombé, afin qu’il ne défaille pas. ET COMME UN REMPART D’AIRAIN. Ez 3, 9 : Pour rendre mon visage plus dur que le diamant et que le roc.

39.       Troisièmement, [le Seigneur] promet que les ennemis seront désillusionnés : ILS COMBATTRONT CONTRE TOI, MAIS NE L’EMPORTERONT PAS (Jr 1, 19), ils ne pourront te détourner de la vérité. Plus loin : Je te donnerai à ce peuple comme un mur d’airain résistant, et ils combattront contre toi et ne l’emporteront pas, car je suis avec toi pour te sauver et te délivrer, dit le Seigneur (Jr 15, 20).

40.       À propos de ce qui a été dit[3], il faut savoir, en premier lieu, que Dieu peut avoir de quelque chose une connaissance d’approbation, comme on l’a dit. [Il peut aussi avoir une connaissance] de prévision. Si 23, 20 : Toutes choses étaient connues de Dieu avant qu’elles ne soient créées ; et de même, après qu’elles l’ont été, il observe tout. [Une connaissance] de prédestination. 2 Tm 2, 19 : Le Seigneur connaît les siens. [La connaissance] de l’infusion de la grâce. Jn 10, 14 : Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent. [La connaissance] d’une familiarité particulière. Ex 33, 12 : Je t’ai connu par ton nom. [La connaissance] de la glorification. Si 44, 23 : Il l’a connu par ses bénédictions et lui a donné l’héritage.

41.       Il faut aussi noter que le Seigneur en touche certains en les corrigeant. Jb 19, 21 : Ayez pitié de moi, ayez pitié de moi, au moins vous, mes amis, car la main du Seigneur m’a atteint. En purifiant des péchés. Mt 8, 3 : Et Jésus le toucha en disant : «Je veux que tu sois purifié.» En infusant la grâce. Ct 5, 4 : Mon bien-aimé a passé la main par la fente, et mon ventre a frémi à son contact. En renforçant par la grâce. Dn 10, 10 : Et voici qu’une main me toucha et me remit sur mes genoux et sur les paumes de mes mains. En stimulant la ferveur. Ps 144[143], 5 : Touche les montagnes, et elles fumeront.

42.       Il faut aussi noter que l’âme pécheresse est appelée «marmite» en raison de l’ardeur de la concupiscence. Jb 41, 23 : Il fera bouillonner le fond de la mer comme une marmite, et ce sera comme lorsque des parfums brûlent. En raison du caractère charnel de l’action. Mi 3, 3 : Ils ont brisé leurs os, et ils les ont découpés comme dans un bassin et comme viande dans une marmite. En raison de la noirceur de la souillure. Na 2, 10 : Le visage de tous est noir comme une marmite. Il faut encore noter que cette marmite est réchauffée par le feu d’un amour désordonné. Ps 80[79], 17 : Ils l’ont brûlée comme une ordure, et ils périront au reproche de ton visage. [Par le feu] de la colère et de la dispute. Is 50, 11 : Vous tous qui allumez un feu, vous brûlez dans les flammes. [Par le feu] de la damnation éternelle. Dt 32, 22 : Un feu a jailli de ma colère, et il brûlera jusqu’aux derniers recoins de l’enfer.

43.       De même, il faut noter que le Diable est appelé aquilon [vent du nord] en raison de la poussée de la tentation. Si 43, 16-17 : La voix du tonnerre frappera la terre, la tempête de l’aquilon et l’accumulation des vents. Parce que [le Diable] fait obstacle à la fructification de la bonne action. Ct 4, 16 : Lève-toi, aquilon ; accours, autan ! Souffle sur mon jardin, que se distillent les parfums ! Parce que [le Diable] dessèche le fleuve des larmes. Pr 25, 23 : L’aquilon chasse la pluie, et un visage triste, la langue du détracteur.

Il faut aussi remarquer que l’Église ou l’âme est protégée par le secours divin. Za 2, 5 : Je serai comme un feu qui les entoure et je serai gloire au milieu d’elle. [Elle est protégée] par la garde des anges. Is 33, 16 : Ses hauteurs sont des rochers escarpés. [Elle est protégée] par l’exemple des saints pères. Ct 4, 4 : Ton cou est comme la tour de David, élevée sur ses assises. [Elle est protégée] par l’aide des frères. Pr 18, 19 : Le frère aidé par son frère est comme une ville forte. [Elle est protégée] par le remède des sacrements. Ct 8, 10 : Je suis un mur, et mes seins en sont les tours. Ainsi ai-je trouvé la paix devant lui.


[3] On a ici un bel exemple de collatio qui accompagne et complète le bref commentaire littéral du texte biblique par Thomas d’Aquin. Ces collationes (elles commencent souvent par les mots Nota ou Notandum est) étaient sans doute destinées à regrouper des textes bibliques et des thèmes de prédication autour de certains sujets abordés dans le commentaire. On verra, à ce propos, J.-P. Torrell, Initiation à saint Thomas d’Aquin. Sa personne et son œuvre, Paris-Fribourg, 2002 (2e éd.), p. 43ss., 493.


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