95. [85291] Sur les Lamentations, 3, [13-15]
[13. Hé. Il a planté dans mes reins les filles de son carquois.]
Ici, en deuxième lieu il présente le châtiment qui frappe : DANS MES REINS, qui symbolisent la luxure du peuple. LES FILLES, les flèches ou les peines diverses émanées de sa Providence. Jb 30, [11 ?] : Il a ouvert son carquois et m’a terrassé.
96. [14. Hé. Je suis devenu la risée de tout le peuple, leur chanson tout le jour.]
En troisième lieu il présente la dérision où se trouve le puni : JE SUIS DEVENU LA RISÉE DE TOUT LE PEUPLE. Cela est accompli (Jr 20, [7] : Je suis un objet de dérision tout le jour, tout le monde se moque de moi), de même aussi le peuple a été tourné en dérision par les autres.
97. [15. Hé. Il m’a saturé d’amertumes, il m’a enivré d’absinthe.]
IL M’A SATURÉ. Ici il montre avec quelle abondance, et premièrement en ce qui concerne la multitude de peines : IL M’A SATURÉ D’AMERTUMES, d’angoisses diverses, IL M’A ENIVRÉ, il n’y est pas allé de main morte.
[Voir] Jr 41[15].
Deuxièmement là : IL A BRISÉ, en ce qui concerne le nombre de gens punis.
[15] Jr 41 décrit les massacres faits par Yishmaël fils de Netanya
98. [85292] Sur les Lamentations, 3, [16-18]/
[16. Vav. Il a brisé mes dents en pièces détachées, il m’a nourri de cendre,]
Ici il décrit les coups : MES DENTS, les guerriers par qui ils étaient défendus, de même qu’une bête se défend avec ses dents, EN PIÈCES DÉTACHÉES, de sorte qu’il n’en reste plus. DE CENDRE, d’humiliation. Jb 4[10] : Les dents des lionceaux ont été brisées. Ps 101, [10] : Je mangeais la cendre comme du pain.
99. [17. Vav. Et mon âme est exclue, j’ai oublié le bonheur,]
ET MON ÂME EST EXCLUE. Ici il subit la réprobation. EXCLUE de la miséricorde de Dieu. Ps 88, [39] : Mais toi tu as repoussé et dédaigné. J’AI OUBLIÉ, à cause de l’expérience du malheur. Si 11,[27] : Une seule heure de malheur fait oublier le bien-être.
100. [18. Vav. Et j’ai dit : Mon existence est perdue, mon espérance qui venait du Seigneur.]
ET J’AI DIT. Ici il conclut sur le désespoir, comme s’il disait : parce que je suis dans l’angoisse et que le Seigneur m’a repoussé pour ne pas m’aider, J’AI DIT dans mon cœur au nom des désespérés : MON EXISTENCE EST PERDUE, sous-entendu : je n’obtiendrai pas ce que j’attendais. Jr 2 ? : J’ai désespéré, je ne vais jamais y arriver. Ml 3, [14] : Vous avez dit : Il est vain de servir Dieu.
101. [85293] Sur les Lamentations, 3, [19-21]
Ici il expose des arguments pour exclure le désespoir, et premièrement à partir de la divine miséricorde, deuxièmement à partir de la divine justice, là : Pour écraser sous les pieds tous les captifs du pays [verset 34], troisièmement à partir de la divine puissance, là : Qui donc parle pour que les choses soient ? N’est-ce pas le Seigneur qui décide ? [verset 37].
Pour le premier point il fait deux choses : en premier lieu il montre la divine miséricorde quant à la comparaison des bienfaits, en second lieu quant à la relaxe des peines, là : Car il ne repousse pas pour toujours [verset 31].
Pour le premier point il aborde trois choses : premièrement la mémoire des bienfaits passés, deuxièmement l’expérience des [bienfaits] présents, là : Les miséricordes du Seigneur car nous ne sommes pas anéantis [verset 22], troisièmement quant à l’attente des [bienfaits] futurs, là : Le Seigneur est bon pour ceux qui espèrent en lui [verset 25].
102. Pour le premier point, trois choses.
[19. Zaïn. Souviens-toi de ma pauvreté et de ma transgression d’absinthe et de fiel.]
Premièrement le prophète incite Dieu à considérer les malheurs qu’ils ont supportés, en disant : Seigneur, qui parais te cacher et nous oublier, SOUVIENS-TOI, en nous libérant DE LA PAUVRETÉ quant à la spoliation de nos biens, DE notre TRANSGRESSION, de notre faute qui est cause de tant de malheur, qui est ABSINTHE quant à l’amertume et à l’affliction humaine. Plus loin, dernier chapitre : Souviens-toi, Seigneur, de ce qui nous est arrivé [Lm 5, 1].
103. [20. Zaïn. Dans ma mémoire je me souviendrai et mon âme languira en moi,]
Deuxièmement il s’incite lui-même à se souvenir des bienfaits qu’ils ont reçus : DANS MA MÉMOIRE JE ME SOUVIENDRAI des bienfaits ET [MON ÂME] LANGUIRA, se consumera d’admiration ou de désir. Ps 41, 5 : Je m’en suis souvenu, et j’ai versé en moi mon âme.
104. [21. Zaïn. C’est pourquoi, passant cela en revue dans mon cœur, j’espérerai.]
Troisièmement, il conclut sur la confiance, PASSANT CELA EN REVUE, les bienfaits. Si 51, 8 : Je me suis souvenu de ta miséricorde, Seigneur.
105. [85294] Sur les Lamentations, 3, [22-24]
Ici il met l’expérience de la divine miséricorde dans le présent, et
[22. Het. Les miséricordes du Seigneur, car nous ne sommes pas anéantis car sa pitié n’a pas fait défaut,]
premièrement est abordée la reconnaissance de cette [miséricorde] : LES MISÉRICORDES DU SEIGNEUR, comme s'il ne punissait pas, bien qu'[il soit]sans pitié, car il a puni sans aller jusqu’à ce qui aurait été mérité, il ne nous a pas anéantis. Jr 10, 24 : Corrige-moi, Seigneur, mais avec justice, pas avec fureur, pour ne pas risquer de m’anéantir.
106. [23. Het. Je [te] connais au petit matin, grande est ta foi.]
Deuxièmement est abordée la confirmation de cette [miséricorde] par le Seigneur : JE [TE] CONNAIS[16] AU PETIT MATIN, c’est-à-dire ouvertement, moi le Seigneur. GRANDE EST TA FOI, celle de Jérémie, toi qui au milieu des supplices reconnais [mes] bienfaits. Mt 15, 28 : Grande est ta foi, qu’il soit fait pour toi comme tu veux.
107. [24. Het. Ma part, [c’est] le Seigneur, a dit mon âme, c’est pourquoi je l’attendrai.]
Troisièmement il met la conclusion visée : MA PART, [C’EST] LE SEIGNEUR, parce que contrairement à d’autres qui le méprisent, c’est lui que j’ai choisi comme part pour moi. Ps 15, 5 : Le Seigneur est ma part d’héritage, et ma coupe.
[16] Novi diluculo (version de Thomas). Novae diluculo (version Vulgate) : elles sont neuves (les miséricordes du Seigneur) chaque matin
108. [85295] Sur les Lamentations, 3, [25-27]
Ici il montre la divine miséricorde à partir de l’attente du futur, et premièrement il met l’attente, deuxièmement la condition de l’attente, là : Il sera assis, seul et en silence [verset 28].
Pour le premier point il fait trois choses.
[25. Teth. Le Seigneur est bon pour ceux qui espèrent en lui, pour l’âme qui le cherche.]
Premièrement il présente le fruit de l’attente. BON, comme s’il diffusait sa bonté propre. Ps 72, [1] : Que Dieu est bon pour Israël, pour les hommes au cœur droit.
109. [26. Teth. Il est bon d’attendre en silence le salut du Seigneur,]
Deuxièmement il présente le mode d’attente : IL EST BON D’ATTENDRE EN SILENCE, patiemment, sans murmurer. Is 30, 15 : Dans le silence et l’espérance sera votre force.
[27. Teth. Il est bon pour l’homme de porter le joug dès sa jeunesse.]
Troisièmement [il présente] le temps de l’attente : IL EST BON POUR L’HOMME DE PORTER LE JOUG de la crainte du Seigneur et de l’amour, DÈS SA JEUNESSE, pour que l’âge de l’effervescence soit calmé et plus facilement accoutumé au bien. Pr 22, 6 : [Instruis] le jeune homme selon sa voie : même quand il sera vieux il ne s’en détournera pas.
110. [85296] Sur les Lamentations, 3, [28-30]
Ici il met la condition de celui qui attend, et
[28. Yod. Il sera assis seul et en silence, car il s’est élevé au-dessus de lui-même.]
premièrement, quant à la profondeur de sa contemplation : SEUL, pour ne pas être dérangé, EN SILENCE loin du tourbillon des pensées et des désirs, CAR ainsi IL S’EST ÉLEVÉ AU-DESSUS DE LUI-MÊME pour contempler les choses divines. Os 2, [16] : Je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur. Ou bien, en cela il montre l’abaissement de celui qui attend, car il demeure à attendre. IL SERA ASSIS, SEUL ET EN SILENCE, car humilié, et IL S’ÉLÈVERA en s’enorgueillissant.
111. [29. Yod. Il mettra sa bouche dans la poussière. Si par hasard il y a de l’espoir ?]
Deuxièmement, quant à l’humilité de sa parole : IL METTRA SA BOUCHE DANS LA POUSSIÈRE, en parlant humblement. Is 29, [4] : Ta voix s’élèvera de la terre.
112. [30. Yod. Il donnera sa joue à celui qui le frappe, il se rassasiera d’opprobres.]
Troisièmement, quant à sa patience dans l’épreuve : IL DONNERA SA JOUE À CELUI QUI LE FRAPPE, [il sera] prêt à la donner. Mt 5, [39] : Si quelqu’un te frappe sur une joue, offre-lui aussi l’autre. IL SE RASSASIERA [D’OPPROBRES], il s’en délectera, les espérant comme une faveur. Rm 5, 3 : Non seulement cela, mais nous nous glorifions aussi de nos épreuves. Is 50, [6] : J’ai donné mon corps à ceux qui me frappaient et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe.
113. [85297] Sur les Lamentations, 3, [31-33]
Ici il montre la divine miséricorde quant à la cessation des peines, et
[31. Kaph. Car le Seigneur ne repoussera pas pour toujours,]
premièrement il aborde la libération par rapport aux peines : NE REPOUSSERA PAS, car il ne punira pas toujours. Ps 93, [14] : Le Seigneur ne repoussera pas son peuple. Is 28, [24] : Il ne va pas éternellement le battre comme du blé et le maltraiter.
114. [32. Kaph. Car il a abaissé et il aura pitié, dans l’abondance de ses miséricordes,]
Deuxièmement, pour cela il prend argument
- de la pitié divine : CAR IL A ABAISSÉ ET IL AURA PITIÉ, car c’est le propre d’un tendre père de consoler après avoir frappé pour corriger. Tb 3 [ ?] : S’il a été dans la correction, il sera permis à ta miséricorde d’arriver.
115. [33. Kaph. Car ce n’est pas de bon cœur qu’il a humilié et abaissé les fils d’homme.]
- et de son amour pour les hommes : CAR CE N’EST PAS DE BON CŒUR QU’IL A HUMILIÉ, c’est-à-dire chassé de son amour. Ps 35, [8] : Ainsi les fils des hommes espéreront à l’abri de tes ailes.
116. [85298] Sur les Lamentations, 3, [34-36]
Ici il prend argument de la justice divine, et
[34. Lamed. Quand on écrase sous ses pieds tous les prisonniers de la terre,]
premièrement il en exclut l’oppression tyrannique : LE SEIGNEUR A-T-IL IGNORÉ, en pratique, QUAND ON ÉCRASE, comme un tyran qui contrairement à la justice opprime LES PRISONNIERS, les affligés. Ps 68, [34] : Le Seigneur a exaucé les pauvres et n’a pas méprisé ses captifs.
117. [35. Lamed. Quand on dévie le droit d’un homme en présence du visage du Très-Haut,]
Deuxièmement il exclut la perversité du juge : QUAND ON DÉVIE - sous-entendu : de la ligne droite - LE SEIGNEUR L’A-T-IL IGNORÉ ? Jb 34, [12] : En vérité, Dieu ne condamnera pas en vain, le Tout-Puissant ne pervertira pas le droit.
118. [36. Lamed. Quand on fait tort à un homme dans un jugement, le Seigneur l’a-t-il ignoré ?]
Troisièmement il exclut l’intention perverse dans le jugement, comme elle existe chez ceux qui, sous le manteau de la justice, essaient d’opprimer autrui : QUAND ON FAIT TORT DANS UN JUGEMENT, c’est-à-dire par un jugement, LE SEIGNEUR L’A-T-IL IGNORÉ ? Pr 4 ? : Les voies qui sont à droite, le Seigneur les connaît.
119. [85299] Sur les Lamentations, 3, [37-39]
Ici il prend argument de la puissance divine, par laquelle il gouverne et prévoit tout, et
[37. Mem. Qui est celui qui a parlé pour que les choses soient ? N’est-ce pas le Seigneur qui décide ?]
premièrement contre ceux qui insultent la divine Providence, en blasphémant déloyalement : QUI EST CELUI QUI A PARLÉ POUR QUE SOIT quelque chose, mais pas tout, sans la Providence de Dieu ? Ainsi est exclue l’hérésie de ceux qui disent que la Providence de Dieu s’étend jusqu’aux choses universelles et incorporelles comme les corps célestes, et même jusqu’aux hommes à cause de la conformité de la nature humaine à Dieu, comme dit Rabbi Moïse [Maïmonide] ; mais que les autres choses particulières, Dieu ne les connaît pas.
120. [38. Mem. N’est-ce pas uniquement de la bouche du Très-Haut que sortiront les maux et les biens ?]
DE LA BOUCHE DU TRÈS-HAUT, c’est-à-dire par une sentence, LES BIENS (la prospérité), LES MAUX (l’adversité). Ainsi est exclue l’erreur de ceux qui disent que tout arrive par hasard, et aussi [de ceux] qui disent qu’aucun châtiment ne vient de Dieu, comme dit Tullius [Cicéron]. Jn 1, [3] : Par lui tout a été fait, et sans lui rien n’a été fait. Is 45, [7] : Moi le Seigneur qui fais le bien et crée le mal.
121. [39. Mem. Qu’a-t-il murmuré, l’homme, l’homme vivant, pour ses péchés ?]
Deuxièmement il parle contre ceux qui l'insultent en murmurant par impatience : QU’A-T-IL MURMURÉ, c’est-à-dire « pourquoi » ; POUR SES PÉCHÉS, c’est-à-dire pour ce qu’il souffre pour ses péchés ? Sg 1, [11] : Gardez-vous des murmures qui ne servent à rien, épargnez à votre langue les mauvais propos.
122. [85300] Sur les Lamentations, 3, [40-42]
Ici déjà, ayant pris confiance, il se met à implorer la divine miséricorde, et pour cela il fait deux choses : premièrement il aborde la préparation à la prière, deuxièmement il aborde la prière, là : Nous, nous avons péché [verset 42].
Pour le premier point, deux choses.
[40. Nun. Examinons nos chemins, et cherchons, et revenons au Seigneur.]
Premièrement, un lieu pour la prière est préparé grâce à l’amendement de la vie : EXAMINONS, en inspectant nos péchés passés, ET CHERCHONS le Seigneur avec désir de cœur et en demandant son aide ; celle-ci reçue, REVENONS en agissant bien. Jr 2, [23] : Vois tes traces dans la vallée, reconnais ce que tu as fait.
123. [41. Nun. Levons nos cœurs et nos mains vers le Seigneur aux cieux.]
Deuxièmement le lieu est préparé grâce à la dévotion : LEVONS NOS CŒURS. 1Tm 2, [8] : Je veux que les hommes prient en tous lieux en levant les mains.
Nous, nous avons mal agi [verset 42]. Ici commence une prière, et premièrement il cherche à gagner la bienveillance, deuxièmement il porte plainte pour faute, là : Tu as vu, Seigneur, l’injustice [verset 59], troisièmement il réclame vengeance, là : Rends-leur à leur tour etc. [verset 64].
Pour le premier point, trois choses : premièrement il cherche à gagner la bienveillance [en parlant]en son nom et au nom du peuple plaignant, deuxièmement en faisant parler l’adversaire, là : Ils ont ouvert contre nous leur bouche, tous nos ennemis [verset 46], troisièmement en faisant parler le juge, là : J’ai invoqué ton nom, Seigneur [verset 55]. La bienveillance en son propre nom et en celui du peuple, il la recherche en exposant ses malheurs, et pour le premier point il fait deux choses : premièrement il expose l’affliction du peuple, deuxièmement sa propre compassion, là : Mon œil est affligé [verset 49].
Pour le point 1, deux choses.
124. [42. Nun. Nous, nous avons mal agi, nous avons provoqué ta colère, c’est pourquoi tu es inflexible.]
Premièrement il reconnaît sa faute, afin que le châtiment qui en est la conséquence n’influe pas sur la cruauté du juge. MAL, en péchant contre le prochain,
TA COLÈRE, en péchant contre Dieu, INFLEXIBLE, car tu te détournes de nos prières. Jr 7, [16] : Et toi, ne prie pas pour ce peuple-là, n’élève en leur faveur ni prière ni louange, car je ne t’exaucerai pas. Jn 9, [31] : Les pécheurs, Dieu ne les exauce pas, mais si quelqu’un a un culte pour Dieu, Il l’exauce.
Deuxièmement il expose le péché.