71. [85281] Sur les Lamentations, 2, 16
[Verset 16, Pé :
Ils ont ouvert contre toi leur bouche, tous tes ennemis,
Ils ont sifflé, grincé des dents, disant : ‘Nous l’avons dévorée,
Voici le jour que nous attendions. Nous l’avons atteint, nous l’avons vu’.]
Ici il met les insultes des ennemis : TES ENNEMIS, les Iduméens, Moabites et autres, ONT OUVERT [LEUR BOUCHE] avec des accusations, ILS ONT SIFFLÉ avec mépris, GRINCÉ DES DENTS menaçantes : NOUS LA DÉVORERONS d’insultes. Ps 21, [14] : Contre moi ils ont ouvert la bouche, comme un lion vorace et rugissant. Jr 51, [34] : Il m’a dévorée, consommée, Nabuchodonosor roi de Babylone. Ps 34, [21] : [La bouche large ouverte contre moi], ils ont dit : Bravo, bravo à notre âme ! Nos yeux ont vu !
72. [85282] Sur les Lamentations, 2, 17
[Verset 17, Aïn :
Le Seigneur a fait ce qu’il a décidé, il a accompli sa parole
Qu’il avait décrétée depuis les jours anciens, il a détruit, il n’a pas épargné,
Il a réjoui l’ennemi à tes dépens et il a élevé la corne de tes ennemis.]
Ici il met la délibération du juge, et premièrement est abordée sa constance dans le propos : LE SEIGNEUR A FAIT CE QU’IL A DÉCIDÉ. Is 14, [24] : Comme j’ai projeté, cela se fera. Deuxièmement il est montré véridique en parole : IL A ACCOMPLI, car IL AVAIT DÉCRÉTÉ la destruction du peuple DEPUIS LES JOURS ANCIENS (Dt 28). Ou aussi par les prophètes précédents. Nb 23, [19] : Il a dit et ne fera pas ? Il a parlé et n’accomplira pas ? Troisièmement il est montré juste en acte : IL A DÉTRUIT la Judée, IL N’A PAS ÉPARGNÉ, ce qui aurait été renoncer à la rigueur de sa justice. LA CORNE, la puissance. Ps 88, [43] : Tu as élevé la droite de ses agresseurs.
73. [85283] Sur les Lamentations, 2, 18
Ici il se tourne vers la prière pour implorer la pitié du juge, et premièrement il invite à prier, deuxièmement il présente la prière, là : Vois, Seigneur, et considère [verset 20].
Pour le premier point, deux choses : premièrement il enseigne à préparer par les larmes la place pour la prière, deuxièmement il enseigne la manière de prier, là : Lève-toi, loue [verset 19].
74. [Verset 18, Sadé :
Leur cœur a crié vers le Seigneur par-dessus les murs de la fille de Sion,
Laisse couler tes larmes comme un torrent jour et nuit,
Ne te donne pas de repos, et que la pupille de ton œil ne se taise pas.]
Pour le premier point il fait trois choses.
Premièrement il aborde la raison des pleurs : LEUR CŒUR, celui des ennemis, A CRIÉ en blasphémant VERS LE SEIGNEUR, c’est-à-dire contre lui, PAR-DESSUS LES MURS, comme si la destruction de la cité était une occasion de blasphème, comme si Dieu n’était pas capable de la défendre. Ex 16, [8] : Ce n’est pas contre nous mais contre le Seigneur que va votre murmure. Ou bien LEUR CŒUR, celui des Juifs, de sorte qu’il enseigne à la douleur du cœur à sortir sous forme de prière avec larmes. Ps 118, [145] : J’ai crié de tout cœur, exauce-moi, Seigneur !
Deuxièmement il invite à pleurer abondamment : LAISSE COULER TES LARMES COMME UN TORRENT. Jr 9, [17] : Que nos yeux versent des larmes, que nos paupières laissent ruisseler de l’eau.
Troisièmement il invite à continuer le deuil JOUR ET NUIT, c’est-à-dire dans la prospérité et dans l’adversité, ou bien littéralement : tout le temps, en acte, dans le vêtement…Jr 15 / Que mes yeux laissent couler des larmes jour et nuit.
75. [85284] Sur les Lamentations, 2, 19
[Verset 19, Qoph :
Lève-toi, loue dans la nuit au début des veilles,
Répands ton cœur comme de l’eau devant le visage du Seigneur,
Lève vers lui tes mains pour l’âme de tes petits enfants qui ont défailli de faim à la tête de tous les carrefours.]
Ici il enseigne la façon de prier, et à cet égard il fait deux choses.
Premièrement il enseigne la façon de prier,
- d'abord quant au moment : LÈVE-TOI du sommeil, LOUE Dieu par la prière, DANS LA NUIT, quand on a plus de temps libre et à cause de la tranquillité du moment, AU DÉBUT DES VEILLES.
Les veilles de la nuit se distinguaient selon la garde de ceux qui gardaient la ville, comme il est dit en Ct 3, [3] : Les vigiles m’ont rencontrée, ceux qui gardaient la ville. Il y en avait quatre :
La première s’appelle « la veille du silence », quand on couvre le feu.
La deuxième, vers minuit, s’appelle intempestum, « le fond de la nuit inerte », car ce temps n’est pas opportun pour faire quelque chose. En effet tempestum pour les anciens signifie « opportun ».
La troisième : « le chant du coq ».
La quatrième s’appelle « avant-lumière ».
Donc il dit de se lever AU DÉBUT DES VEILLES, c’est-à-dire à la première veille ; ou au début de n’importe quelle veille. Is 26, [9] : Mon âme t’a désiré pendant la nuit, et avec mon esprit dans mes entrailles le matin je veillerai vers toi.
76. - ensuite quant à la dévotion du cœur, RÉPANDS [TON CŒUR] COMME DE L’EAU, autrement dit : qu’il devienne liquide d’amour et de dévotion, comme de la glace [qui fond]. Ps 41, [5] : Je me souviens, et j’ai déversé mon âme en moi.
- et quant au signe de dévotion, LÈVE VERS LUI. 1Th 2, [8] : Je veux que les hommes prient en tout lieu, levant des mains pures, sans colère ni discussions.
77. Deuxièmement, il aborde la matière de la prière, POUR LES ÂMES, c’est-à-dire pour les âmes séparées des corps, ou bien ÂME est mis pour « la vie » elle-même. DES CARREFOURS, c’est-à-dire de quatre routes qui se rencontrent. Plus haut dans ce chapitre, [verset 12] : Tandis que le petit enfant défaillait, et le nourrisson sur les places de la ville.
78. [85285] Sur les Lamentations, 2, 20
Ici il présente la prière, et premièrement il incite à la pitié à cause de la cruauté du châtiment, deuxièmement à cause de son universalité, là : Ils étaient couchés par terre dehors, vieillard et enfant [verset 21], troisièmement à cause de l’impossibilité d’y échapper, là : Tu as convoqué comme pour un jour de fête [verset 22].
79. [Verset 20, Resh :
Vois, Seigneur, et regarde : qui as-tu vendangé ainsi ?
Les femmes mangeront-elles donc leur fruit, les tout-petits à la mesure de la paume ?
Le prêtre et le prophète seront-ils tués dans le sanctuaire du Seigneur ?]
Pour le premier point il aborde deux choses.
Premièrement l’attention : QUI AS-TU VENDANGÉ [AINSI] ? Sous-entendu : personne d’autre que moi. Ou bien : qui [est] comme moi ? Car [j’ai été] choisi parmi mes pères. Plus haut chapitre 1 [verset 12] : Le Seigneur m’a vendangée dans la colère de sa fureur.
Deuxièmement il présente la cruauté du châtiment,
- contraire aux sentiments naturels : LES FEMMES MANGERONT-ELLES DONC LEUR FRUIT ? Sous-entendu : vas-tu supporter cela ? Nous lisons que cela fut accompli au siège des Romains contre Joseph et Hégésippe (2R ch 5 et 7 ??) et au siège de Samarie [2R 6]. Plus loin chapitre 4 [verset 10] : Les mains des femmes compatissantes ont fait cuire leurs enfants ;
- et aussi contraire à la morale de la religion : LE PRÊTRE ET LE PROPHÈTE SERONT-ILS TUÉS DANS LE SANCTUAIRE DU SEIGNEUR ? Autrement dit : vas-tu supporter qu’ils soient tués ? Ez 9, [6] : Commencez [l’extermination] à partir de mon sanctuaire.
80. [85286] Sur les Lamentations, 2, 21
[Verset 21, Shin :
Ils étaient couchés par terre dehors, l’enfant et le vieillard,
Mes jeunes filles et mes jeunes gens sont tombés sous l’épée,
Tu as tué, au jour de ta fureur, tu as frappé, tu n’as pas eu pitié.]
Ici il aborde l’universalité du châtiment, et à cet égard il fait trois choses.
Premièrement il aborde le châtiment commun à tous : ILS ÉTAIENT COUCHÉS, morts ou abattus, DEHORS, sur les places ou hors de la ville. Jr 51, [22] : En toi j’ai écrasé vieillard et enfant, jeune homme et jeune fille.
Deuxièmement l’indignation de celui qui punit, TU AS TUÉ, de ton autorité, quoique par les services des Chaldéens. Is 63, [3] : Je les ai foulés dans ma fureur, je les ai piétinés dans ma colère.
Troisièmement il exclut la pitié : TU AS FRAPPÉ, TU N’AS PAS EU PITIÉ. Dt 32, [39] : C’est moi qui tue et moi qui fais vivre, moi qui blesse et moi qui guéris. Jb 5, [18-19] : Sa main frappe et guérira. En six épreuves il te délivrera, et à la septième le mal ne te touchera pas.
81. [Verset 22, Tav :
Tu as convoqué comme pour un jour de fête ceux qui me terrifiaient de tous côtés,
Et il n’y a eu, au jour de la fureur du Seigneur, ni rescapé ni survivant.
Ceux que j’avais élevés et nourris, mon ennemi les a exterminés.]
Ici il expose l’impossibilité d’échapper, et à cet égard il fait trois choses.
Premièrement il présente le siège : COMME POUR UN JOUR DE FÊTE, c’est-à-dire que de même que les Juifs avaient l’habitude de venir aux solennités, de même à présent, inspirés par toi [les ennemis] sont venus assiéger. Is 29, [3] : Je camperai en cercle autour de toi, je ferai un remblai contre toi, j’installerai des fortifications pour t’assiéger.
Deuxièmement l’impossibilité d’échapper : NI RESCAPÉ. Is 41, [25] : Je les ai suscités du Nord, et ils viendront de l’Orient.
Troisièmement la destruction des encerclés : CEUX QUE J’AI ÉLEVÉS ET NOURRIS, MON ENNEMI LES A EXTERMINÉS. Ba 4, [11] : Je les ai nourris avec joie.
82. [85287] Sur les Lamentations, 3, 1[-3]
Ici, après l’énumération de nombreux châtiments, il exclut le désespoir du peuple. Et [le chapitre] se divise en trois parties.
Dans la première, il présente ce qui provoque le désespoir.
Dans la deuxième, des arguments pour prendre confiance, là : Souviens-toi de ma pauvreté [verset 19].
Dans la troisième, ayant pris confiance, il se met à implorer pitié, là : Scrutons nos voies [verset 40].
Pour le premier point, il fait trois choses : premièrement il expose l’affliction, deuxièmement il subit la honte, là : Mon âme est exclue [verset 17], troisièmement il conclut sur le désespoir, là : J’ai dit : Je suis mort [verset 54]
Pour le premier point, deux choses : premièrement il présente les coups qu’ils ont subis de la main qui les frappait, deuxièmement la façon de les infliger, là : Un ours aux aguets [verset 10].
Pour le premier point, trois choses : premièrement il présente le fouet de la souffrance venue de Dieu, deuxièmement l’effet de la flagellation, là : Il a fait vieillir ma peau [verset 4], troisièmement il exclut la possibilité d’évasion, là : Il m’a emmuré [verset 7].
83. Pour le premier point, trois choses :
[1. Aleph. Moi, homme voyant ma pauvreté sous la verge de son indignation,]
- il présente l’indignation de celui qui frappe : MOI, HOMME VOYANT MA PAUVRETÉ. Jérémie parle soit en son propre nom, car lui aussi avait été frappé avec les autres, soit au nom du peuple, dont il considérait le malheur comme le sien propre. Ap 3, [17] : Tu ne sais pas que tu es aveugle et pauvre et malheureux et misérable.
Au sens allégorique, [cela représente] le Christ et l’Église ; au sens moral, l’âme.
84. [2. Aleph. Il m’a menacé et conduit dans les ténèbres, non dans la lumière.]
- il présente la suppression de la consolation : IL M’A MENACÉ ET CONDUIT DANS LES TÉNÈBRES des épreuves, NON DANS LA LUMIÈRE de la consolation, car après les coups de fouet il n’a pas appliqué de consolation comme il fait d’habitude. Jb 3, [ ?] : Dieu m’a entouré de ténèbres.
85. [3. Aleph. Contre moi seul il tourne et retourne sa main tout le jour.]
- les conditions où ces coups de fouet sont donnés : CONTRE MOI SEUL (il suit la coutume des affligés, qui ne considèrent que leurs propres blessures) IL TOURNE ET RETOURNE, frappant et refrappant. Is 8, [11] : Sa main m’a saisi et il m’a appris.
Et dans ce chapitre, la même lettre est mise en tête de trois versets de suite, et la [lettre] suivante en tête de trois autres, chacune à son tour…
86. [85288] Sur les Lamentations, 3, [4-6]
[4. Beth. Il a fait vieillir ma peau et ma chair, il a brisé mes os.]
Ici il aborde l’effet des coups divins, comme les bleus causés par les coups de baguette, et à ce propos il fait trois choses.
Premièrement l’épuisement des forces dans tout le peuple, car LA PEAU (elle représente le peuple, qui se tient à la périphérie), LA CHAIR (elle représente les gens délicats et frêles), LES OS (ils représentent les hommes forts du peuple, les guerriers), bref, tout vieillit et dépérit. Ba 3, [10] : Pourquoi, Israël, es-tu au pays de tes ennemis, vieillissant en terre étrangère ?
87. [5. Beth. Il a construit en rond autour de moi, il m’a entouré de fiel et de peine.]
Deuxièmement l’assiègement de gens déjà affaiblis : IL A CONSTRUIT EN ROND AUTOUR DE MOI une armée d’assiégeants. DE FIEL, c’est-à-dire d’une armée qui m’a apporté peine et amertume. Jb 7, [12] : Suis-je la mer ou un monstre marin, que tu m’as enfermé en prison ?
88. [6. Beth. Il m’a mis dans les ténèbres comme les morts éternels.]
Troisièmement la captivité de ceux qui sont déjà pris : DANS LES TÉNÈBRES (en prison), COMME LES MORTS, ceux qui ont été condamnés à mort. Ps 142, [3] : Il m’a mis dans le noir comme ceux qui sont morts à jamais. Ils peuvent aussi se comprendre comme Jérémie en personne qui dans une foule d’angoisses a été affaibli physiquement et enfermé en prison.
89. [85289] Sur les Lamentations, 3, [7-9]
Ici il exclut la possibilité d’évasion,
[7. Gimel. Il a construit tout autour de moi et je ne peux sortir, il a alourdi mes chaînes.]
premièrement à cause du siège ennemi : IL A CONSTRUIT TOUT AUTOUR une armée d’assiégeants, MES CHAÎNES (même signification que le siège), comme [on fait] à ceux qui sont jetés en prison, pour les empêcher de s’enfuir. Ps 87, [9] : Je suis enfermé et je ne peux sortir. Jb 13, [27] : Tu as mis mes pieds dans les fers, tu as observé tous mes sentiers.
90. [8. Gimel. Mais même quand je crie et implore, il exclut ma prière.]
Deuxièmement à cause de l’exclusion de la prière : MAIS MÊME QUAND JE CRIE ET IMPLORE, IL EXCLUT MA PRIÈRE. Ps 21, [3] : Le jour j’appelle, et tu ne réponds pas.
[9. Gimel. Il a barré mes chemins avec des pierres de taille, il a fait dévier mes sentiers.]
Troisièmement à cause de l’obstacle aux projets : IL A BARRÉ MES CHEMINS, mes projets d’évasion, AVEC DES PIERRES, avec de gros obstacles. Os 2, [8] : Je borderai de ronces tes chemins.
91. [85290] Sur les Lamentations, 3, [10-12]
Ici il montre la façon dont ils sont frappés, et c’est en premier lieu insidieusement, en deuxième lieu ouvertement, là : Il a bandé son arc [verset 12], en troisième lieu abondamment, là : Il m’a saturé [verset 15].
92. Pour le premier point il fait deux choses.
[10. Dalet. Il s’est fait pour moi ours aux aguets, lion à l’affût.]
Premièrement il présente les embûches des ennemis : IL S’EST FAIT POUR MOI Nabuchodonosor qui me combat par des embuscades, OURS (qui symbolise sa cruauté) et LION (qui symbolise sa puissance). Os 13, [7] : Moi je serai pour eux comme une lionne, comme un léopard sur la route des Assyriens.
93. [11. Dalet. Il a fait dévier mes sentiers, il m’a brisée, il m’a rendue déserte.]
Deuxièmement il exclut les embuscades, ou les projets qu’ils font pour repousser les embûches des ennemis : IL A FAIT DÉVIER MES SENTIERS. Plus haut [Lm 1, 13] : Il m’a rendue déserte, accablée de chagrin tout le jour.
94. [12. Dalet. Il a bandé son arc et m’a pris pour cible de sa flèche.]
IL A BANDÉ. Ici il montre que [Dieu] l’a affligé publiquement et ouvertement, et à cet égard il fait trois choses.
Premièrement il aborde le projet : L’ARC ; le jugement ou l’armée ennemie : POUR CIBLE vers laquelle tous envoient publiquement leurs flèches. Ps 7, [13] : Il a bandé son arc. Jb 16, [12] : Il m’a brisé et m’a pris pour cible de ses flèches.