55. [85271] Sur les Lamentations, 2, 6
Ici il pleure sur la destruction des édifices principaux, et premièrement du Temple, deuxièmement du palais royal, là : Le Seigneur a médité d’abattre le rempart de la fille de Sion [verset 8].
La première [partie se divise] en deux : premièrement il met la destruction du Temple lui-même, deuxièmement [celle] des objets qui étaient dans le Temple, là : Le Seigneur a pris en dégoût[13] son autel [verset 7].
56. [Verset 6, Vav :
Il a détruit comme un jardin sa tente, il a démoli sa tente,
Le Seigneur dans Sion a livré à l’oubli fêtes et sabbats,
Au déshonneur le roi et le prêtre dans l’indignation de sa fureur.]
Pour le premier point il fait trois choses.
Premièrement il met la destruction du Temple : LA TENTE qui avait été faite dans le désert et installée à Silo, LA TENTE que Salomon avait édifiée COMME UN JARDIN facile à détruire. Ps 77, [60] : Il a délaissé la demeure de Silo, sa tente où il a habité parmi les hommes. Jr 26, [6] : Je traiterai cette maison comme Silo, et je ferai de cette ville une malédiction.
Deuxièmement la cessation des fêtes du Temple : LE SEIGNEUR DANS SION A LIVRÉ À L’OUBLI FÊTES ET SABBATS, autrement dit, ils ne [lui] plaisent pas comme avant. Is 1, [14] Vos calendes et vos solennités, mon âme les hait.
Troisièmement la réprobation des ministres : ET (sous-entendu : il a livré) AU DÉSHONNEUR LE ROI, à qui il revenait de défendre le Temple, ET LE PRÊTRE à qui revenait son administration. Jb 12, [19] : Il conduit leurs prêtres sans gloire, et donne un croc-en-jambe aux aristocrates.
[13] En fait ici st Thomas dit « replevit », mais plus loin quand il commente le verset 7 c’est bien « repulit » comme dans la Vulgate. J’ai donc ici rectifié l’erreur.
57. [85272] Sur les Lamentations, 2, 7
[Verset 7, Zaïn :
Le Seigneur a pris en dégoût son autel, il a maudit son sanctuaire,
Il a livré à la main de l’ennemi les murs de ses tours,
Ils ont crié dans la maison du Seigneur comme en un jour de fête.]
Ici il met la destruction des édifices qui étaient dans le Temple, et premièrement de l’autel destiné au culte : L’AUTEL des holocaustes, IL L’A PRIS EN DÉGOÛT, le livrant aux ennemis pour le profaner, [IL A MAUDIT SON] SANCTUAIRE, les sacrifices d’apaisement qui y étaient offerts. 1M 4, [38] : Ils virent le sanctuaire désert, l’autel profané.
[Deuxièmement] IL A LIVRÉ À LA MAIN… 1M 2, [7] : Le sanctuaire est tombé dans la main des étrangers.
Troisièmement [il met] l’incendie du Temple par les hommes : ILS ONT CRIÉ des blasphèmes, ou des cris de guerre, COMME EN UN JOUR DE FÊTE les prêtres avaient l’habitude de louer Dieu. Is 66, [6] : Voix du peuple venant de la cité, voix venant du Temple, la voix du Seigneur, rendant leur dû à ses ennemis.
58. [85273] Sur les Lamentations, 2, 8
[Verset 8, Het :
Le Seigneur a médité d’abattre le rempart de la fille de Sion,
Il a tendu son cordeau et n’a pas détourné sa main de la destruction,
Et il a endeuillé l’avant-mur, et le mur pareillement a été détruit.]
Ici il met la destruction de la forteresse de Sion, et premièrement il met la délibération divine : IL A MÉDITÉ, autrement dit : en méditant il a décidé, sans l’accomplir aussitôt, [D’ABATTRE LE REMPART] DE LA FILLE DE SION, de sa forteresse, ou Jérusalem elle-même. Is 14, [26] : Telle est la décision prise contre toute la terre etc.; deuxièmement [il met] le juste jugement : IL A TENDU SON CORDEAU, comme pour mesurer sa justice, afin que la peine soit égale à la faute, IL N’A PAS DÉTOURNÉ [SA MAIN], car il n’a rien abandonné de la juste peine. Is 34, [11] : Sur elle sera étendue la mesure, pour qu’elle soit réduite à rien ; troisièmement il montre l’effet de la justice : ET IL A ENDEUILLÉ L’AVANT-MUR, c’est-à-dire incité les ruines au deuil, comme ci-dessus au chapitre 1 [verset 4] : Les chemins de Sion sont en deuil. Is 21 / La terre a pleuré et s’est écoulée, elle s’est affaiblie ; le monde s’est écoulé.
59. [85274] Sur les Lamentations, 2, 9
Ici il déplore la destruction des humains, et premièrement de ceux dont le malheur est extrêmement malheureux à cause de la hauteur de leur dignité, deuxièmement de ceux dont [le malheur] est malheureux à cause de leur condition respectable, là : Les vieillards se sont assis par terre, ils se sont tus [verset 10], troisièmement de ceux dont [le malheur] est malheureux à cause de leur bas âge, là : Mes yeux sont consumés de larmes [verset 11].
60. [Verset 9, Teth :
Ses portes ont été enfouies sous terre, il a détruit et brisé les barres,
Son roi et ses princes chez les païens, il n’y a plus de loi,
Et ses prophètes n’ont pas reçu de vision du Seigneur.]
Pour le premier point, deux choses.
Premièrement, pour les princes du monde, il met en tête une parabole ou métaphore : ENFOUIES SOUS TERRE, c’est-à-dire qu’ils ont été enveloppés dans les tribulations de façon à ne pas pouvoir facilement s’en dégager. Ps 68, [3] : J’enfonce dans la bourbe du gouffre, et rien qui tienne. LA PORTE [représente] les rois, à qui appartenait le pouvoir judiciaire, qui s’exerçait aux portes. IL A DÉTRUIT (par la capture) ET BRISÉ (en réduisant à la captivité) LES BARRES (les princes, par qui le royaume était consolidé comme les portes par les barres). Et il explique : SON ROI ET SES PRINCES CHEZ LES PAÏENS, parmi les païens. Ps 106, [16] : Il a brisé les portes d’airain, et broyé les barres de fer. Is 3, [26] : Ses portes pleureront et seront en deuil, et seront désertées.
Deuxièmement, pour les princes spirituels, à savoir les prêtres - IL N’Y A PLUS DE LOI que les prêtres aient fonction d’enseigner. Ml 2, [7] : Les lèvres du prêtre gardent la science et c’est de sa bouche qu’on attend la Loi - et les prophètes : ET SES PROPHÈTES N’ONT PAS REÇU DE VISION DU SEIGNEUR. Ps 75 / Il n’y a plus de prophète, et il ne nous reconnaîtra pas davantage.
61. [85275] Sur les Lamentations, 2, 10
[Verset 10, Yod :
Ils se sont assis par terre, ils se sont tus, les vieillards de la fille de Sion,
Elles ont mis de la poussière sur leur tête, elles[14] ont revêtu des sacs,
Elles ont penché la tête vers la terre, les vierges de Jérusalem.]
Ici il pleure sur la destruction de ceux qui sont malheureux à cause de leur condition respectable : premièrement les vieillards : ILS SE SONT ASSIS PAR TERRE, ILS SE SONT TUS, signes de grande tristesse. Jb 2, [13] : Ils s’assirent avec lui par terre pendant six jours, et personne ne lui disait un mot, car ils voyaient que sa douleur était violente ; deuxièmement les vierges : LES FILLES DE SION, qui étaient dans la citadelle, ou à côté du Temple les filles des prêtres, ONT MIS DE LA POUSSIÈRE SUR LEUR TÊTE en signe de tristesse.
LES VIERGES DE JÉRUSALEM, pour celles qui habitaient dans la cité, ONT REVÊTU DES SACS, ELLES ONT PENCHÉ VERS LA TERRE, de honte et de peur, LES VIERGES DE JUDA, pour celles qui habitaient un peu partout dans le royaume. Is 3, [24] : Au lieu de parfum, la pourriture, au lieu de ceinture une corde, au lieu de cheveux bouclés, la tête rase.
[14] la Vulgate dit accincti, au masculin
62. [85276] Sur les Lamentations, 2, 11
Ici il pleure sur ceux qui sont malheureux à cause de leur jeune âge, et premièrement il présente leur mort, deuxièmement le déroulement de leur mort, là : Ils ont dit à leurs mères [verset 12].
63. [Verset 11, Kaph :
Mes yeux sont consumés de larmes, mes entrailles sont bouleversées,
Mon foie s’est répandu par terre, pour le brisement de la fille de mon peuple,
Tandis que défaillaient le petit enfant et le nourrisson sur les places de la forteresse.]
Pour le premier point il fait deux choses.
Premièrement il montre sa compassion en versant des larmes. CONSUMÉS, comme s’ils ne pouvaient plus pleurer davantage. Jr 9, [23] : Qui donnera de l’eau à ma tête, et à mes yeux une source de larmes ? A cause de l’émotion de ses entrailles, ELLES SONT BOULEVERSÉES, comme s'il disait : "Je souffre tant, c’est comme une douleur d’entrailles bouleversées, ou une douleur qui va jusqu’au fond du cœur". Jr 31, [20] : Mes entrailles s’émeuvent pour lui.
Quant au foie qui se répand : MON FOIE S’EST RÉPANDU PAR TERRE, c’est-à-dire, "je souffre comme s’il s’était répandu, ou bien parce que mon amour, dont le siège est dans le foie, a été jeté par terre, car ceux que j’aime gisent par terre". Os 13, [8] : Je déchirerai l’intérieur de leur foie, et je les dévorerai.
Deuxièmement sa compassion miséricordieuse : POUR LE BRISEMENT de la place forte, c’est-à-dire de Jérusalem - car elle a été avilie - ou d’une autre quelconque. Jr 51, [22] : En toi je frapperai vieillard et enfant, jeune homme et jeune fille.
64. [85277] Sur les Lamentations, 2, 12
[Verset 12, Lamed :
Ils ont dit à leurs mères : 'Où y a-t-il du blé et du vin ?',
Tandis qu’ils défaillaient comme des blessés sur les places de la cité,
Et qu’ils versaient leur âme sur le sein de leur mère.]
Ici il expose le déroulement de leur mort, pour exciter davantage la pitié, et premièrement la réclamation qu’ils font à leurs mères : OÙ Y A-T-IL DU BLÉ ET DU VIN ? Sous-entendu : 'il n’y en a pas, donnez-nous à manger'. Voir plus loin, chapitre 4 : Les tout-petits ont demandé du pain, et il n’y avait personne pour leur en rompre [Lm 4, 4] ; deuxièmement la nécessité de demander : TANDIS QU’ILS DÉFAILLAIENT, qu’ils mouraient de faim, SUR LES PLACES, autrement dit à la vue de tous, et personne ne pouvant y remédier. Jr 21, [9] : Qui habitera dans cette ville mourra par l’épée, la peste et la famine ; troisièmement la mort très amère : ILS VERSAIENT LEUR ÂME SUR LE SEIN DE LEUR MÈRE. 2R 4, [20] : Elle le posa sur ses genoux jusqu’à midi, et il mourut.
65. [85278] Sur les Lamentations, 2, 13
Ici est abordé ce qui a suivi la destruction, ce qui habituellement arrive après l’achèvement de l’affaire, et premièrement il exclut que la plaie puisse être guérie, deuxièmement il aborde l’étonnement des spectateurs, là : Ils ont battu des mains à cause de toi, tous les passants sur le chemin [verset 15], troisièmement la recommandation du juge qui a porté une telle vengeance, là : Le Seigneur a fait ce qu’il a décidé [verset 17].
Pour le premier point il fait deux choses : premièrement il montre la plaie incurable, deuxièmement il donne la cause, là : Tes prophètes ont eu pour toi des visions fausses [verset 14].
66. [Verset 13, Mem :
A qui te comparerai-je, ou à quoi te dirai-je semblable, fille de Jérusalem ?
A qui t’égalerai-je, et te consolerai-je, vierge, fille de Sion ?
Car il est grand comme la mer, ton brisement. Qui te guérira ?]
A l’égard du premier point il fait deux choses.
Premièrement il montre que [cette plaie] ne peut être adoucie par des consolations tirées de la comparaison avec les autres, ce qui habituellement est pour les affligés une sorte de consolation. À QUI [TE] COMPARERAI-JE ? La similitude est plus que la comparaison, car toutes les choses qui se tiennent à distance d’une même essence sont comparables, pourvu qu’elles ne soient pas distantes à l’infini ni cependant semblables, si elles participent d’une même qualité, ni qu’elles aient toutes choses égales mais seulement ces choses dont une ne diverge pas de l’autre dans la participation à cette qualité. Or ses plaies divergent de celles des autres en ceci qu’elle a perdu la gloire temporelle et spirituelle, que les autres nations n’ont pas eue.
[TE] CONSOLERAI-JE, autrement dit : les autres n’ont rien souffert de pire ou de semblable à toi. [Voir] plus haut [chapitre] 1 : Tu as amené le jour de consolation, et ils deviendront comme moi [Lm 1, 21].
Deuxièmement il montre que [cette plaie] ne peut être guérie par des médicaments, à cause de sa grandeur : GRAND COMME LA MER, qui est très large et agitée. Jr 30, [15] : Incurable, ta plaie !
67. [85279] Sur les Lamentations, 2, 14
[Verset 14, Nun :
Tes prophètes ont eu pour toi des visions fausses et stupides,
Et ils ne révélaient pas ton iniquité pour t’inciter à la pénitence,
Ils ont vu pour toi des assomptions fausses et des expulsions.]
Ici il donne la cause de l’incurabilité, car les médecins à son époque (à savoir les prophètes) ont négligé de la soigner, et premièrement il montre la fausseté des prophètes
- quant aux choses fausses qu’ils prédisaient : ILS ONT EU DES VISIONS (ils disaient qu’ils avaient des visions) FAUSSES ET STUPIDES, car il était stupide de croire que Dieu ne punirait pas les pécheurs. Ez 22, [28] : Ses prophètes les tartinaient [de mensonges] sans mesure. 2P 2, [1] : Il y a eu de faux prophètes, comme aussi parmi vous il y aura de faux docteurs.
- et quant à ce qu’ils taisaient : ET ILS NE RÉVÉLAIENT PAS TON INIQUITÉ. Is 58, [1] : Crie, ne cesse pas, comme le cor élève ta voix, annonce à mon peuple leurs crimes.
68. Deuxièmement il explique de quelle sorte étaient leurs fausses visions : ILS ONT VU POUR TOI DES ASSOMPTIONS, à savoir des fardeaux écrasants, de même qu’un fardeau porté en haut comprime plus. Mi 3, [5] : Voici ce que dit le Seigneur sur les prophètes qui égarent mon peuple. DES EXPULSIONS : des libérations. Jr 28, [11] : Je briserai le joug de Nabuchodonosor roi de Babylone après deux années de jours. Ou bien DES ASSOMPTIONS parce que Dieu vous prendra avec lui, DES EXPULSIONS parce que leurs adversaires seront expulsés.
69. [85280] Sur les Lamentations, 2, 15
Ici il met l’étonnement des spectateurs, et premièrement [celui] des amis, deuxièmement [celui] des ennemis, là : Ils ont tous ouvert contre toi leur bouche [verset 16].
70. [Verset 15, Samek :
Ils ont battu des mains pour toi, tous les passants du chemin,
Ils ont sifflé et hoché la tête sur la fille de Jérusalem,
Disant : ‘Est-ce elle, la ville de parfaite beauté, la joie de toute la terre ?’]
Pour le premier point il met l’étonnement compatissant des amis, exprimé par quatre signes : l’applaudissement, ILS ONT BATTU DES MAINS, TOUS LES PASSANTS DU CHEMIN de ta terre, qui voyaient la dévastation de la terre ; le sifflement, ILS ONT SIFFLÉ ; le hochement de tête, ET HOCHÉ LA TÊTE ; la parole, EST-CE ELLE, LA VILLE DE PARFAITE BEAUTÉ (spirituelle et temporelle, car c’était une cité royale et sacerdotale), LA JOIE DE TOUTE LA TERRE ? Car ils venaient de partout pour les fêtes. Ps 47, [3] : Fondé sur l’exultation de toute la terre, le mont Sion, côté du Nord, cité du grand roi. Is 22, [2] : Ville fréquentée, cité joyeuse. Jr 22, [8] : Des nations nombreuses passeront par cette ville, et chacun dira à son voisin : 'Pourquoi le Seigneur a-t-il traité ainsi une si grande ville ?'