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PROLOGUE

"Le sentier des justes est comme une lumière resplendissante, etc... " (Proverbes, IV, 18)

Dans ces paroles, la vie des saints est caractérisée par trois circonstances, premièrement sa difficulté, à ces mots Le sentier (Mt VII, 14) : "La porte de la vie est petite, etc..." et (Job, XXVIII, 7) : "L’oiseau ignore le sentier, etc." Secondement sa clarté, à ces mots : Comme une lumière resplendissante ; (Eph, V, 8) : "Vous étiez autrefois ténèbres, etc..." Les justes, en effet, sont revêtus de lumière. Leur voie donc est resplendissante de clarté. Troisièmement, son progrès, car toujours elle croît en perfection (I Pierre, II, 2) : "Afin qu’il vous fasse croître pour le salut, etc..." Ils vont ainsi jusqu’au jour parfait, c'est-à-dire celui de la gloire (1 Corinthiens XIII, 10) : "Lorsque nous serons dans l’état parfait, ce qui est imparfait sera aboli, etc..." Au contraire, la voie des méchants est large, elle est obscure, ténébreuse, pleine de dangers. Aussi lit-on dans la suite (Proverbes IV, 19) : "La voie des méchants est remplie de ténèbres, etc..." et (Mt VII, 13) : "La porte large, la voie spacieuse, conduit à la perdition, etc..."

On peut, de ce passage, déduire le sujet de cette Epître. Car les Philippiens, souffrant pour Jésus-Christ de nombreuses tribulations, marchaient dans la voie droite de Jésus-Christ. Ils étaient de plus éclairés par la foi (ci-après, II, 15) : Parmi cette nation corrompue vous brillez, etc... Leur progrès était continuel, ainsi qu’on le voit dans tout le cours de l’épître. Enfin l’épître même vient convenablement après celle adressée aux Ephésiens, dans laquelle saint Paul avait appris aux fidèles comment il fallait garder l’unité de l’Eglise. Les Philippiens sont donc proposés comme un exemple vivant de cette unité, eux qui la conservèrent d’une manière parfaite.

CHAPITRE 1 : Salutations

Leçon 1 — Philippiens 1, 1 à 7 : Actions de grâce
SOMMAIRE : L’Apôtre, au nom des Philippiens, rend grâce des dons qu’ils ont reçus : il se réjouit de leurs progrès dans la foi, dans laquelle par la vertu de Dieu, ils croîtront jusqu’au jour du jugement.

1. Paul et Timothée, serviteurs de Jésus-Christ, à tous les saints dans le Christ Jésus, qui sont à Philippes, aux Evêques et aux diacres.

2. Que Dieu notre Père et Jésus-Christ le Seigneur vous donnent la grâce et la paix.

3. Je rends grâce à mon Dieu toutes les fois que je me souviens de vous :

4. Et je ne fais jamais de prière, que je ne prie aussi pour vous tous, ressentant une grande joie

5. De ce que vous avez reçu l’Evangile, et y avez persévéré depuis le premier jour jusqu’à maintenant.

6. Car j’ai une ferme confiance que celui qui a commencé le bien en vous, ne cessera de le perfectionner jusqu’au jour du Christ Jésus.

7. Et il est juste que j’aie ce sentiment de vous tous, parce que je vous porte dans mon coeur, comme ayant tous part à ma joie, par celle que vous avez prise à mes liens, à ma défense et à l’affermissement de l'Evangile.

Cette épître comprend la salutation et le sujet que traite l’Apôtre. La seconde partie commence à ces mots (verset 3) : Je rends grâce de mon Dieu, etc...

I° Dans la première, saint Paul cite d’abord les personnes qui saluent; ensuite celles auxquelles s’adresse la salutation (verset 1) : A tous les saints, etc... ; enfin il exprime les biens qu’il souhaite (verset 2) : Que la grâce et la paix, etc...

I. Dans la première subdivision, il désigne 1° ceux qui saluent : 2° leur condition (verset 1) : serviteurs de Jésus-Christ, etc...

1° Parmi ceux qui saluent, il nomme - A) d’abord la personne principale, lorsqu’il dit (verset 1) : Moi Paul, nom qui a la même signification que Petit; ce qui montre son humilité ; (Isaïe, LX, 22) : "Mille sortiront du moindre d’entre eux, et du plus petit tout un grand peuple" - B) A ces mots (verset 1) : et Timothée, il désigne celui qui se joint à lui, parce que Timothée leur avait prêché l’Evangile (ci-après, II, 20) : Je n’ai personne qui me soit autant uni de sentiment, et qui se porte plus sincèrement à prendre soin de tout ce qui vous touche.

2° Lorsqu’il ajoute (verset 1) : serviteurs de Jésus-Christ, etc... il exprime leur condition ; (2 Co IV, 5) : "Car nous ne nous prêchons pas nous-mêmes, mais nous prêchons Jésus-Christ, et nous, nous sommes vos serviteurs en Jésus-Christ, etc..."

On objecte qu’on lit en saint Jean (XV, 15) : "Je ne vous appellerai plus serviteurs, etc..." On répond qu’il y a deux sortes de service, comme il y a deux sortes de crainte. La crainte du châtiment fait le mauvais service, et c'est de celui-ci dont il faut entendre le passage précité de saint Jean (XV, 6). La crainte légitime fait le service respectueux, et c'est de celui-ci dont parle ici saint Paul.

II. Les personnes saluées sont toutes de l'Eglise de Philippes.

1° L’Apôtre désigne d’abord les moindres. Il dit donc (verset 1) : A tous les saints qui sont à Philippes, ville fondée par Philippe, (roi de Macédoine). Saint Paul dit : aux saints, à cause de leur baptême ; (Rm VI, 3) : "Nous tous qui avons été baptisés en Jésus-Christ, nous avons été baptisés en sa mort."

2° Il désigne ceux qui sont élevés en dignité, lorsqu’il dit (verset 1) : Aux évêques, etc...

On demande pourquoi l’Apôtre fait passer kles inférieurs avant les supérieurs. C’est que le peuple précède celui qui le conduit ; (Ezéch., XXXIV, 2) : "Les pasteurs ne paissent-t-ils pas leurs troupeaux?" Les troupeaux, en effet, doivent être conduits par les pasteurs, mais non réciproquement.

On demande encore pourquoi il passe sous silence les prêtres ? Il faut répondre que les prêtres sont compris avec les évêques; car, dans une seule ville, il n’y a pas plusieurs évêques; si donc l’Apôtre parle au pluriel, il désigne implicitement aussi les prêtres. Toutefois le sacerdoce est un ordre distinct, car on lit dans l'Evangile même, qu’après avoir choisi les douze apôtres (qui sont représentés par les évêques) le Sauveur choisit aussi soixante-douze disciples, dont les prêtres tiennent la place. Saint Denis distingue aussi les évêques et les prêtres; mais dans l’origine, bien que ces deux ordres fussent distincts, les noms ne différaient pas. L’Apôtre comprend donc les prêtres avec les évêques.

III. Saint Paul exprime ensuite les biens qu’il souhaite aux Philippiens (verset 2) : Que la grâce, etc... Ces deux souhaits renferment tous les biens. Le premier de tous est, en effet, la grâce de Dieu qui remet le péché ; (Ephés., II, 8) : "C’est par la grâce de Jésus-Christ, que vous avez été sauvés, etc..." ; le dernier est la paix de l’homme ; (Psaume CXLVII, 14) : "Il vous a donné pour limites la paix, etc..." L’Apôtre leur souhaite donc tous les biens intermédiaires, biens qui viennent (verset 2) : de Dieu notre Père ; (Jean., I, 17) : "Toute grâce excellente et tout don parfait viennent d’en haut, et descendent du Père des lumières".

Ils viennent aussi du mérite de l’humilité de Jésus-Christ, c'est pour quoi saint Paul ajoute (verset 2) : et de Jésus-Christ notre Seigneur ; (Jean, I, 17) : "La grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ" ; (Ephés., II, 14) : "Car c'est lui qui est notre paix, etc..."

II° L’Apôtre aborde ici le sujet de son épître, I. d’abord il rend grâces pour le passé; II. ensuite il exhorte à faire des progrès à l’avenir, (verset 12) : Or je désire que vous sachiez, etc... Dans la première partie,

I. il rend grâce à Dieu au nom des Philippiens; II. il en énonce le motif (verset 5) : de ce que vous avez reçu l’Evangile, etc...

1° Il rend grâces de la joie qu’il a ressentie et de la prière qu’il a faite. Sur ces trois points, il dit (verset 5) : Je rends grâces à mon Dieu. Rendre grâces, c'est reconnaître la grâce qu’on a reçue (1 Thessal., V, 18) : "Rendez grâces à Dieu en toutes choses." - (verset 5) : Toutes les fois que je me souviens de vous, car rien de ce qui les concernait ne revenait à la mémoire de l’Apôtre, sans qu’il y trouvé un juste motif de rendre grâces; et c'est beaucoup ; (Proverbes X, 7) : "La mémoire du juste sera accompagnée de louanges, etc..." - Pour tous ; (Isaïe, LX, 21) : "Tout votre peuple sera un peuple de justes, etc..." Il rend donc grâce du bien qui est en eux; il prie et il supplie pour leur conservation, et tout lui fait ressentir un sentiment de joie ; (I Rois, X, 23) : "Pour moi, Dieu me garde de commettre ce péché contre lui que je ne cesse jamais de prier pour vous."

II. Quand l’Apôtre ajoute (verset 5) : à ce que vous avez reçu l’Evangile de Jésus-Christ, etc..., il indique le motif des trois points qu’il vient de traiter. Et d’abord il énonce le sujet de l’action de grâces, ensuite celui de sa joie pour l’avenir (verset 6) : Car j’ai une ferme confiance, etc...; enfin de ses supplications (verset 8) : Car Dieu m’est témoin, etc...

1° Il dit donc : Je rends grâces de ce que vous êtes entrés en participation, c'est-à-dire de ce que vous êtes entrés en partage de la doctrine de l’Evangile, en croyant et en accomplissant les oeuvres. Car c'est là la communion véritable (Hébreux XIII, 16) : "Souvenez vous d’exercer la charité et de faire part de vos biens aux autres, etc..." ; (verset 5) : depuis le premier jour, etc... ; (Ecclésiastique XXVII, 12) : "L’homme saint demeure dans la sagesse, comme le soleil, etc..."

2° (verset 6) Car j’ai une bonne confiance – je me réjouis à votre propos - que celui qui a commencé, etc... ; (Jérémie XVII, 5) : "Maudit est l’homme qui met sa confiance dans l’homme, et qui fait de la chair son bras." - (verset 7) : "béni soit l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur; et dont le Seigneur est la confiance." Et cette confiance doit reposer sur la vertu de Dieu. C’est pourquoi il dit (verset 1) : Celui qui a commencé, etc... ; (Jean, XV, 5) : "Vous ne pouvez rien faire sans moi." Tout ceci porte contre les Pélagiens qui prétendent que le principe des bonnes oeuvres est en nous, mais que la consommation vient de Dieu. Or, c'est là une erreur; car le principe de toute bonne oeuvre, en nous, est la pensée du bien mais cette pensée même vient de Dieu ; (2 Co III, 5) : "Nous ne sommes pas capables de former de nous-mêmes aucune pensée, comme de nous-mêmes, etc..." ; (verset 6) : jusqu’au jour de Jésus-Christ, où il rendra à chacun sa récompense ; (2 Tm IV, 8) : "Il ne me reste qu’à recevoir la couronne de justice qui m’est réservée, et que le Seigneur me rendra, etc..."; (1 Co I, 8) : "Dieu vous affermira jusqu’à la fin sans péché pour ce jour, etc..." Enfin l’Apôtre donne la raison de la joie, lorsqu’il dit (verset 7) : Et il est juste que j’aie ce sentiment de vous tous, etc... Ce qui fait que cela est juste, c'est que vous aussi vous vous réjouissez avec moi de ce qui m’arrive de bien, (verset 7) : parce que je vous ai dans le coeur, etc… En d’autres termes : J’ai de vous, dans ma conscience, ce témoignage que vous êtes tels, c'est-à-dire que vous avez de la joie de ce qui m’est donné à moi même; et le sujet de cette joie, c'est (verset 7) que je suis dans les chaînes, car Paul fut dans ce temps jeté dans les chaînes pour Jésus-Christ, et ce lui était un sujet de joie ; (Jacques I, 2) : "Mes frères, considérez comme le sujet d’une extrême joie, les afflictions diverses qui vous arrivent, sachant, etc..."; (Actes V, 41) : "Les apôtres sortirent du conseil, tout remplis de joie de ce qu’ils avaient été jugés dignes de souffrir des opprobres pour le nom de Jésus, etc..." - C’est, aussi ma défense, et l’affermissement de l’Evangile, C’est-à-dire ma défense est que j’ai prêché en toute liberté devant les persécuteurs et les hérétiques, et affermi l’Evangile dans le coeur des fidèles (Actes XVIII, 23) : "Il parcourut tout le pays de Galatie et de Phrygie fortifiant tous les disciples." Ou encore avec la Glose : "dans le coeur," c'est-à-dire dans le désir de vous voir partager un jour l’éternelle joie ; (Jean, XVI, 22) : "Personne ne vous ravira votre joie." Ces sentiments ne peuvent s’effacer de mon coeur, puisque même à ce moment où je suis chargé de chaînes, et appliqué tout entier à affermir l’Evangile et à le défendre, la sollicitude que j’éprouve pour vous ne s’éloigne pas de mon coeur.


Leçon 2 — Philippiens 1, 8 à 17 : Que la charité s'accroisse
SOMMAIRE : L’Apôtre désire que la charité des Philippiens s’accroisse il demande à Dieu cet accroissement; il les conjure de s’abstenir de tout mal et d’avancer de jour en jour dans le bien.

8. Car Dieu m’est témoin avec quelle tendresse je vous aime tous dans les entrailles de Jésus-Christ.

9. Et ce que je lui demande est que votre charité croisse de plus en plus en lumière et en toute intelligence,

10. Afin que vous sachiez discerner ce qui est le meilleur, que vous soyez purs et sans reproche jusqu’au jour du Christ

11. Et que pour la gloire et la louange de Dieu, vous soyez remplis des fruits de justice par Jésus-Christ.

12. Or je veux bien que vous sachiez, mes frères, que ce qui m’est arrivé a servi à un plus grand progrès de l’Evangile;

13. En sorte que mes liens sont devenus célèbres dans toute la cour de l’empereur, et dans tous les autres lieux, à la gloire du Christ,

14. Et que plusieurs de nos frères en notre Seigneur se rassurant par mes liens, ont conçu une hardiesse nouvelle pour annoncer la parole de Dieu sans aucune crainte.

15. Il est vrai que quelques-uns prêchent le Christ par envie et par contention, et que les autres le prêchent par une bonne volonté.

16. Les uns prêchent Jésus-Christ par charité, sachant que j’ai été établi pour la défense d l’Evangile

17. Et les autres le prêchent par un esprit de pique et de jalousie, avec une intention qui n’est pas pure, croyant me causer de l’affliction dans mes liens.

I° Après avoir rappelé le motif de sa joie, c.à.d. l’espérance de la récompense à venir, saint Paul explique ici l’objet de ses supplications pour les Philippiens. Il dit donc d’abord quel est son désir, et montre quelle en est la force; ensuite quel est l’objet de sa prière (verset 9) : et ce que je lui demande, etc...

I. Comme le désir du coeur n’est connu que de Dieu seul, saint Paul le prend à témoin qu’il prie pour eux avec un grand désir ; (Job, XVI, 20);" Mon témoin est dans le ciel," c'est-à-dire Dieu [que j’invoque comme témoin], etc... ; (verset 8) : de la tendresse que j’ai pour vous, moi Paul, qui vis dans les entrailles de Jésus-Christ. Ou encore, de la tendresse avec laquelle je désire que vous soyez vous-mêmes dans ces entrailles," c'est-à-dire avec laquelle je désire votre salut et votre participation à la charité intime de Jésus-Christ ; (Luc, I, 78) : "par les entrailles de la miséricorde de notre Dieu, etc..." ; en d’autres termes, parce que la force de l’amour pénètre jusqu’au plus profond et au plus intime du coeur. Ou bien, avec quelle tendresse je désire que vous soyez dans les entrailles de Jésus-Christ, c'est-à-dire que vous l’aimiez lui-même d’un amour profond, afin que, vous aussi, vous en soyez aimés : car là est toute la vie de l’homme.

II. Quand l’Apôtre ajoute (verset 9) : et ce que je lui demande, etc... , il applique sa prière à trois sortes de biens qu’il désire.

1° L’accroissement de la charité intérieure, car l’affection intérieure se perfectionne par la charité. A celui donc qui n’a pas la charité, il faut souhaiter qu’elle lui soit donnée, et à celui qui déjà la possède, il faut souhaiter qu’elle grandisse. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 9) : Que votre charité, etc... Pour que la charité s’accroisse, il faut le demander à Dieu, car Dieu seul peut lui donner l’accroissement en nous ; (2 Co IX, 8) : "Car Dieu est puissant pour vous combler de toute grâce, afin qu’ayant en tout temps et en toutes choses tout ce qui suffit, vous ayez abondamment de quoi exercer toutes sortes de bonnes œuvres, etc..." Or il est nécessaire que nous le demandions aussi nous-mêmes, parce que (Mt v, 20) : "Si votre justice n’est pas plus abondante que celle des Scribes et des Pharisiens, vous n’entrerez point dans le royaume des cieux."

2° Par rapport à l’intelligence, il dit (verset 9) : en toute science. La science vient-elle donc de la charité ? Assurément, car il est dit (I Jean II, 27) : "Pour vous, l’onction que vous avez reçu du Fils de Dieu demeure en vous, et vous n’avez pas besoin qu’aucun vous enseigne; mais en quelque sorte cette même onction vous enseigne toutes choses, etc..." De plus, la charité est l’Esprit dont il est dit (Jean, XVI, 13) : "Quand l’Esprit de vérité seras venu, il vous enseignera toute vérité, etc..." La raison en est que l’habitude de l’esprit, quand elle est droite, a pour effet de juger avec rectitude de ce qui tient à cette habitude; le jugement au contraire est erroné, quand l’habitude n’est pas droite. Ainsi des voluptés sensuelles : celui qui possède la tempérance a un bon jugement; mais le jugement de celui qui ne la possède pas est faux; or tous nos actes doivent recevoir de la charité leur forme; donc celui qui possède la charité a un jugement droit pour tout ce qui tient à la connaissance des choses. L’Apôtre dit donc en toute science, afin de reconnaître la vérité et d’adhérer à tout ce qui est de la foi. C’est la science des saints, dont il est parlé au livre de la Sagesse (ch. x). Pour les actes à produire saint Paul dit (verset 9) : et en toute intelligence, qui est la faculté de connaître les objets extérieurs;" faculté dont le caractère propre est de juger immédiatement et avec rectitude du bien sensible. C’est aussi ce qui a fait transporter cette expression au jugement intérieur de la raison, en sorte que l’on donne le nom de sensés à ceux qui portent un jugement droit sur les actes à faire ; (Sagesse I, 1) : "que vos pensées sur le Seigneur soient selon sa droiture, etc..."; et (VI, 16) : "Occuper sa pensée de la sagesse, c'est la perfection du sens." Toutefois ce sens ne doit pas seulement considérer, mais discerner entre le bien et le mal, entre le bien et le mieux. C’est pourquoi l’Apôtre ajoute (verset 10) : Afin que vous sachiez, etc... Remarquez que la charité perfectionne le sens, pour discerner ce qui est bien, mais la charité parfaite fait discerner ce qui est mieux ; (1 Co XII, 31) : "Ayez plus d’empressement pour les dons qui sont les meilleurs, etc...;" et plus loin (XIV, 1) : "Recherchez avec ardeur la charité, etc... " C’est ce qui fait dire à saint Paul : afin que vous sachiez discerner ce qu’il y a de meilleur.

3° Quant aux effets, l’Apôtre recommande d’abord de se préserver du mal; ensuite de se perfectionner dans le bien. - A) Le premier effet (verset 10) : afin que vous soyez purs, car il y a deux sortes de péchés à éviter, d’abord celui de la corruption intérieure, par laquelle l’homme se souille lui-même; on s’en préserve par la pureté ; (1 Co V, 8) : "avec les pains sans levain de la sincérité, etc..." La seconde espèce de péché est contre le prochain, à savoir l’offense, l’Apôtre dit donc (verset 10) : [afin qu’au jour de Jésus-Christ, votre course n’ait été] interrompue par aucune chute ; (I Corinth, ., X, 32) : "Ne donnez point occasion de scandale, ni aux Juifs ni aux Gentils, ni à l'Eglise de Dieu, comme je tâche moi-même, etc... " ; et (2 Co VI, 3) : "Nous prenons garde de ne donner à personne aucun sujet de scandale, etc..." Saint Paul dit : pour le jour de Jésus-Christ, c'est-à-dire jusqu’à la fin de la vie ; (Mt XXIV, 13) : "Celui-là sera sauvé, qui persévérera jusqu’à la fin." B) Quant à la grâce, l’Apôtre dit (verset 11) : et que vous soyez remplis des fruits de justice, en sorte qu’on reconnaisse dans certaines oeuvres les fruits de la justice ; (Rm VI, 22) : "le fruit de votre obéissance, c'est votre sanctification, etc..." Ou encore : remplis de fruits de justice, c'est-à-dire de la récompense de la justice, en obtenant la couronne [qui lui est réservée] ; (2 Timoth., IV, 8) : "Il ne me reste à attendre que la couronne de justice, etc…"; (Sagesse, III, 15) : "Le fruit des justes travaux est plein de gloire, etc..." Or c'est par Jésus-Christ que l’on obtient ces fruits, car tout ce que nous faisons, ne peut être bon que par lui ; (Jean XV, 5) : "Sans moi vous ne pouvez rien faire." Nous devons le faire pour la fin qu’indique saint Paul, c'est-à-dire (verset 11) pour la gloire et la louange de Dieu, car Dieu est glorifié dans les œuvres des saints, quand leurs exemples, excitent le monde à publier ses louanges ; (Psaume CL, 1) : "Louez le Seigneur dans ses saints, etc..." ; (Jérémie XXXIII, 9) : "Toutes les nations de la terre qui entendront parler de tous les biens que je leur aurai faits, en relèveront mon nom avec joie, et m’en loueront avec des cris de réjouissance, etc..."

II° Quand saint Paul ajoute (verset 12) : Or je désire que vous sachiez, etc..., il fait des recommandations pour l’avenir. Et d’abord il dit quels sont les exemples à suivre ou à éviter; il conclut ensuite son exhortation morale (IV, 1) : C’est pourquoi, mes frères très chers, etc... Sur le premier de ces points, il montre en premier lieu ce qu’il faut imiter, en second lieu ce qu’il faut éviter, (III, 4) : Au reste, etc... La première subdivision se partage : d’abord il se propose lui-même en exemple aux Philippiens; ensuite il en propose d’autres (II, 4) : Si donc il y a quelque consolation, etc... Par rapport à lui-même, il donne d’abord en exemple son progrès dans le bien ensuite la joie qu’il ressent de ce progrès (verset 18) : Mais que m’importe, etc...; enfin le fruit qu’il en retire (verset 19) : Car je sais, etc... Dans la première de ces subdivisions, il dit le progrès qu’il fait lui-même, et ensuite la manière dont il l’a fait, (verset 15) : en sorte que mes liens sont, etc...

I. Il dit donc : je vous ai recommandé de travailler à votre avancement, et de prendre pour modèle le progrès que j’ai fait moi-même. (verset 12) : Je veux donc que vous sachiez que ce qui m’est arrivé, extérieurement, puisque ce sont des tribulations, tout extérieures qu’elles soient, elles ne m’ont point troublé intérieurement, mais au contraire, ces tribulations, ont servi au progrès de l’Evangile, car par elles la foi que je prêchais a progressé davantage ; (2 Co I, 6) : "Soit que nous soyons affligés, c'est pour votre consolation et votre salut ; soit que nous soyons consolés, c’est pour votre consolation, etc... "

II. Il fait voir quel est ce progrès, d'abord pour lui-même, et ensuite pour les autres, (verset 14) : et plusieurs frères, etc…

1° Pour lui-même, le progrès avait été manifeste, puisqu’il supportait de telles tribulations pour Jésus-Christ avec tant de constance qu’il avait été jeté dans les chaînes. Aussi dit-il (verset 15) : en sorte que mes liens, etc..., ce qui contribue à la gloire de Jésus-Christ. (I Pierre, IV, 15) : "Que nul de vous ne souffre comme meurtrier, on comme voleur, ou comme envieux du bien d’autrui; s’il souffre comme chrétien, qu’il n’en ait pas de honte, etc..." - (verset 15) : et dans toute la cour, par exemple dans le palais de César, etc... Pour les autres, c'était l’accroissement de la foi commune; ce qui lui fait dire (verset 14) : Et plusieurs, etc... ; (I Maccabées, IV, de elephantibus) ; (Ecclésiastique X, 2) : "Tel qu’est le juge du peuple, tels sont ses ministres, etc..." ; (Proverbes XXVIII, 11) : "Le juste est hardi comme un lion et ne craint rien, etc..." Cependant parmi les autres, il y avait de la diversité, car quelques-uns prêchaient bien et d’autres prêchaient mal. Parmi ceux qui prêchaient bien, les uns le faisaient portés par un motif de charité, comme les autres par l’affection particulière qu’ils avaient pour l’Apôtre. Parmi ceux qui prêchaient mal, les uns y étaient entrés par la malice commune, les autres par une haine spéciale contre l’Apôtre. Or, à mon avis, Saint Paul indique ici un double motif qui déterminait certains ministres à prêcher. D’abord l’envie : l’Apôtre montre leur intention mauvaise, quand il dit (verset 15) : Il est vrai que quelques-uns prêchent par un esprit d’envie, etc... ; (Jacques III, 16) : "Où il y a de la jalousie et un esprit de contention, il y a aussi du trouble et toute sorte de mal" ; (1 Co III, 3) : "Puisqu’il y a parmi vous des jalousies, des disputes, n’est-il pas visible que vous êtes charnels ?" Ensuite l’amour de Jésus-Christ et de son Evangile; ce qui lui fait dire (verset 15) : et que les autres le prêchent par une bonne volonté, etc... ; (Psaume L, 20) : "Faites-lui sentir les effets de votre bonne volonté, etc..." L’Apôtre complète sa pensée en disant (verset 16) : Les uns prêchent Jésus-Christ par charité, c'est-à-dire par la charité qui fait la bonne volonté, etc...., attendu qu’ils prêchent pour me suppléer, quand je ne puis enseigner.

2° Il explique ensuite ce qu’il avait dit, en ajoutant (verset 17) que les autres le prêchent, non pas avec une intention pure, mais par un esprit de dispute et de jalousie. La malice de leur jalousie se fait sentir de deux manières : d’abord parce qu’en prêchant publiquement, ils devaient exciter parmi les Gentils encore plus d'irritation contre l’Apôtre, en plus de ce qu’il avait eu à souffrir; ensuite en ce qu’ils espéraient que saint Paul, apprenant qu’ils s’arrogeaient un ministère qui lui avait été confié à lui, en éprouverait du trouble, et qu’ainsi pour lui l’affliction se joindrait à l’affliction.

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