18. Mais qu’importe ? Pourvu que le Christ soit annoncé en quel que manière que ce soit, soit par vocation, soit par un vrai zèle; je m’en réjouis et je m’en réjouirai toujours.
19. Car je sais que l’événement m’en sera salutaire par nos prières et par l’infusion de l’Esprit de Jésus-Christ,
20. Selon la ferme espérance où je suis, que je ne refuserai pas la confusion d’être trompé en rien de ce que j’attends; mais que parlant avec toute sorte de liberté, le Christ en sera encore glorifié dans mon corps, comme il l’a été toujours soit par ma vie, soit par ma mort.
21. Car le Christ est ma vie, et la mort m’est un gain.
22. Que si je demeure plus longtemps dans ce corps mortel, je tirerai du fruit de mon travail; et ainsi je ne sais que choisir;
23. Je me trouve pressé de deux côtés; car d’une part je désire être dégagé des liens du corps, et d’être avec le Christ, ce qui est sans comparaison le meilleur;
24. Et de l’autre il est plus utile pour votre bien que je demeure encore en cette vie.
I° Saint Paul a fait ressortir, dans ce qui précède, son avancement propre dans le bien, il traite ici de la joie que cet avancement lui a fait éprouver. Et d’abord il expose le motif de sa joie; et ensuite cette joie elle même (verset 18) : Je m’en réjouis, etc...
I. Il arrive quelquefois qu’une joie procède d’un bon motif, directement et de soi; elle peut aussi procéder d’une mauvaise cause, indirectement et par accident. Quand elle provient d’une bonne cause, il faut se réjouir de l’effet et de la cause; par exemple, de l’aumône faite pour Dieu. Mais quand elle procède d’une mauvaise cause, il faut se réjouir de l’effet, et non de la cause; telle est la joie qu’on éprouve de la rédemption par Jésus-Christ, bien qu’elle ait été le résultat du crime de Judas et des Juifs. Ainsi arrive-t-il dans l'Eglise de Dieu, quand on obtient des avantages, tantôt par les bons prédicateurs qui le font dans une bonne intention, tantôt par les mauvais, qui le font dans une intention répréhensible : dans l’une et dans l’autre circonstance, il faut se réjouir, ainsi qu’il a été dit. C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 18) : Mais, que m’importe, etc...? On annonce Jésus-Christ par occasion, quand on ne se propose pas principalement ce but, mais un autre, par exemple, l’avantage ou la gloire qu’on en retire ; (Prov., XVIII, 1) : "Celui qui veut quitter son ami, en cherche les occasions. On annonce Jésus-Christ par zèle pour la vérité, quand on le fait avec une intention droite ; (Isaïe, XXXVII, 3) : "Souvenez-vous, je vous prie, Seigneur, que j’ai marché devant vous dans la vérité et avec un coeur parfait, etc..." Or l’une et l’autre manière tournent à l’avantage de l’Eglise. Voilà pourquoi saint Paul dit (verset 18) : pourvu que Jésus-Christ soit annoncé. Car si on annonçait un autre que Jésus-Christ, alors cela importerait beaucoup. C’est ce qui arrive, dit Saint Augustin, quand on prêche une fausse doctrine : « Le Pasteur, qui prêche par amour de la vérité, doit être aimé; celui qui le fait par intérêt, peut être toléré; il faut chasser celui qui n’est qu’un faux pasteur. »
II. Saint Paul exprime la joie qui s’en est suivie, quand il dit (verset 18) : et en cela, c'est-à-dire en ce que mes liens, devenant célèbres, ont contribué à la gloire de Jésus-Christ, en sorte que Jésus-Christ est ainsi annoncé, je m’en réjouis dans le présent ; (Jean XIV, 28) : "Si vous m’aimiez, assurément vous vous réjouiriez, etc..." - et je m’en réjouirai à l’avenir ; (Isaïe, LI, 3) : "Ils seront dans la joie et le ravissement, etc..."
II° Quand l’Apôtre dit (verset 19) : car je sais, etc..., il exprime les fruits qui résultent de son progrès. Et d’abord il énonce ces fruits mêmes. Il élève ensuite une sorte de difficulté (verset 22) : Que si je demeure plus longtemps dans ce corps mortel, etc...
I. Il dit donc 1° quel est ce fruit; 2° par quel secours on peut l’obtenir (verset 19) : par vos prières, etc... ; 3° l’objet même de ce fruit (verset 20) : en sorte que parlant en toute liberté, etc...
1° Il dit donc : Je me réjouis de ces choses, et ma joie a pour motif le fruit qu’elles produisent pour le salut éternel ; (Isaïe, XLV, 17) : "Israël a reçu du Seigneur un salut éternel, etc..." La raison en est que lorsque nous faisons nous-mêmes quelque bien par notre coopération au salut des autres, ce bien rejaillit sur notre propre salut. Car, s’il est dit (Mt XVIII, 6) : "Si quelqu’un scandalise l’un de ces petits, etc...", quelle n’est pas la gloire méritée par celui qui procure le salut d’un grand nombre ?
2° Le secours [pour obtenir ce fruit] est de trois sortes, à savoir, du côté des autres, la prière mutuelle; ce qui fait dire à saint Paul (verset 19) : par vos prières, par lesquelles j’espère être aidé devant Dieu ; (Jacques V, 16) : "Priez l’un pour l’autre, afin que vous soyez sauvés, etc..." Du côté de Dieu, d’où nous vient l’espérance du salut ; (Isaïe, XXVI, 17) : "Nous sommes devant vous, Seigneur, comme une femme qui enfante. Nous avons conçu douloureusement, nous avons été comme en travail, et nous avons enfanté l’Esprit du salut" ; l’Apôtre dit donc (verset 19) : et par l’infusion de l’Esprit de Jésus-Christ ; (Rom, VIII, 26) : "L’Esprit aide notre faiblesse." Saint Paul se sert ici d’une similitude : celui qui est faible, a besoin de quelqu’un qui le relève et le soutienne; c'est ce qu’on appelle entr’aider ; or nous sommes pleins de faiblesses; nous avons donc besoin de l’aide de l’Esprit Saint ; (Jean, XIV, 26) : "L’Esprit vous fera ressouvenir de toutes choses, etc..." à savoir en vous prêtant assistance. De notre côté, c'est l’espérance en Dieu car (Prov., XI, 28) : "Celui qui se fie en ses richesses tombera." Il faut donc placer notre espérance en Dieu, etc... ; (Psaume CXXIV, 1) : "Ceux qui mettent leur confiance dans le Seigneur sont comme la montagne de Sion, etc..." C’est pourquoi l’Apôtre dit (verset 20) : selon la ferme espérance où je suis, et dans mon attente.
Mais l’espérance n’est-elle pas elle-même l’attente de la future béatitude ? Il faut répondre que l’espérance est le mouvement de l’âme vers le bien difficile à atteindre; or ceci peut se produire de deux manières : si on espère atteindre ce bien par soi-même, l’espérance est sans attente; si on compte l’atteindre par le secours d’un autre, il y a à la fois attente et espérance; or c'est ainsi que nous attendons, avec l’espérance d’obtenir par un autre ; (Psaume XXXIX, 2) : "J’ai attendu le Seigneur avec une grande patience, etc..." ; (Rm VIII, 24) : "Car nous ne sommes sauvés qu’en espérance." Cependant l’Apôtre dit : Je sais, et ensuite : J’espère, et j’attends. Cette espérance porte-t-elle avec elle la certitude ? L’Apôtre donne la réponse, lorsqu’il dit (verset 20) : "Il en est ainsi, car je ne recevrai pas la confusion d’être trompé ; (I Machab., II, 61) : "Tous ceux qui espèrent en Dieu ne s’affaiblissent pas" ; (Rm V, 5) : "L’espérance ne trompe point" ; (Ecclésiastique II, 11) : "Sachez que jamais personne, qui espère au Seigneur, n’a été confondu." Et d’abord saint Paul en donne la raison; ensuite il l’explique (verset 21) : Jésus-Christ est ma vie, etc...
A) Cette raison est prise de ce que l’Apôtre est tout entier ordonné au service de Jésus-Christ; en d’autres termes : tout ce qui m’est arrivé tournera à mon salut, parce que je suis est sans exception consacré au service de Jésus-Christ. Il place donc en première ligne la confiance; ensuite la persévérance, et enfin la certitude de l’intention. - a) II dit donc (verset 20) : parce que, parlant avec toute sorte de liberté, etc..., comme s’il disait : beaucoup me persécutent, mais moi je mets ma confiance en Dieu ; (Isaïe, XII, 2) : "j’agirai avec confiance, et je ne craindrai point" ; (Psaume XI, 6) : "J’agirai envers eux en toute liberté." b) Il ajoute (verset 20) : comme toujours, c'est-à-dire comme depuis le premier instant de ma conversion ; (Actes IX, 27) : "Il raconta comment, depuis, il avait parlé librement, dans la ville de Damas, etc..." Ainsi (verset 20) : ferai-je maintenant ; (Job, XXVII, 6) : "Je n’abandonnerai pas la justification que j’ai commencé à faire de ma conduite." - c) L’Apôtre témoigne de la droiture de son intention, en ce que Jésus-Christ sera glorifié en lui. Car, étant vrai Dieu, Jésus-Christ ne peut en lui-même en être glorifié, ni être amoindri, mais seulement en nous, c'est-à-dire en ceux qui le connaissent. On glorifie, en effet, Jésus-Christ, quand on contribue à le faire connaître ; (Ecclésiastique XLIII, 35) : "Qui dira sa grandeur, selon qu’elle est dès le commencement ?" On peut y travailler de parole et de fait, quand la grandeur des effets divinement produits, manifeste la grandeur de celui [qui en est l’auteur]. Or parmi ces admirables effets, il faut placer la justification, qui demeurant cachée dans le coeur de l’homme, ne contribue en rien à la gloire de Jésus-Christ, si ce n’est dans ce coeur même et nullement par rapport au autres; mais en se faisant jour quelquefois à l’extérieur par des actes physiques et apparents, elle concourt alors véritablement et directement à cette gloire. C’est ce qui fait dire à saint Paul (verset 20) : dans mon corps. Jésus-Christ peut être glorifié dans notre corps de deux manières. D’abord, dans la mesure où nous consacrons notre corps à son service, en remplissant physiquement ses ministères ; (I Corinth., VI, 20) : "Glorifiez donc et portez Dieu dans votre corps." Ensuite en exposant ce même corps pour Jésus-Christ ; (1 Co XIII, 3) : "Quand j’aurais livré mon corps pour être brûlé, etc..." La première de ces consécrations se fait par la vie; la seconde par la mort. L’Apôtre dit donc (verset 20) : soit par ma vie, car c'est par celui qui vit que se font les oeuvres, soit par la mort ; (Rm XIV, 8) : "soit que nous vivions, soit que nous mourons, nous sommes toujours au Seigneur" ; On peut aussi entendre cette mort de la mort spirituelle ; (Coloss., III, 5) : "Faites mourir les membres de l’homme terrestre qui est en vous, etc..."
B) saint Paul explique à la suite comment il sera anéanti [pour Jésus-Christ] soit par la vie, soit par la mort, lorsqu’il dit (verset 21) : Jésus Christ est ma vie, etc... La vie suppose un mouvement. Aussi dit-on de ce qui se meut de soi : il vit. De là vient qu’on regarde comme constituant radicalement la vie de l’homme, ce qui est en lui le principe du mouvement. Or ce principe est ce à quoi le sentiment s’unit, dans l'homme, comme à sa fin; car tel est pour lui le point de départ pour toutes choses. C’est de là aussi que quelques-uns disent des motifs déterminants de leurs actes : c'est ma vie. Ainsi parle le chasseur de la chasse, et l’ami de son ami. Dans ce sens Jésus-Christ est notre vie, parce qu’il est le principe intégral de notre vie et de tous nos actes; c'est ce qui fait dire à saint Paul (verset 21) : Ma vie c'est Jésus-Christ, parce que Jésus Christ seul le faisait agir. Et mourir m’est un gain. L’Apôtre parle ici avec justesse : Chacun de nous ne regarde t-il pas comme un gain de pouvoir perfectionner cette vie qui est en nous imparfaite; ainsi l’infirme considère comme un gain une vie pleine de santé. Notre vie, c'est le Christ (Coloss., III, 3) : "votre vie est cachée en Dieu avec le Christ." Mais ici-bas, celle vie est imparfaite (2 Co V, 6) : "Pendant que nous habitons dans ce corps, nous sommes éloignés du Seigneur." Quand donc notre corps meurt, notre vie, c'est-à-dire Jésus-Christ, se perfectionne en nous, car alors nous lui devenons présents ; (Psaume CXXVI, 2) : "Après le sommeil qu’il aura donné à ses bien-aimés, etc..." ; (2 Tm IV, 6) : "Pour moi, je suis comme une victime, et le moment de mon départ approche, etc...
II. Quand l’Apôtre ajoute (verset 22) : Que si je demeure plus longtemps dans ce corps mortel, etc..., il élève une sorte de difficulté sur ce qu’il vient de dire. 1° Il énonce cette difficulté; 2° il en donne la solution (verset 25) : C’est pourquoi j’ai une certaine confiance, etc...
1° La première partie se subdivise; saint Paul expose d’abord la difficulté; il donne ensuite les raisons de l’une et l’autre partie (verset 25) : et je me trouve pressé des deux côtés, etc... - A) Il dit donc : Si en vivant dans la chair je dois tirer du fruit, etc..., il est certain que tant que je vis dans ce corps mortel, le Christ est glorifié; donc pour moi vivre dans cette chair, c'est-à-dire ma vie dans ce corps mortel, est un fruit de cette sorte. Il relève donc l’effet en raison de sa cause; c'est-à-dire : si la vie me procure ce fruit, à savoir de glorifier le Christ, la vie que je passe dans cette chair, est donc bonne et fructueuse ; (Rm VI, 22) : "Le fruit que vous retirez c'est votre sanctification, etc..." Si donc il en est ainsi (verset 22), je ne sais plus que choisir, ou de mourir, ou de vivre ; (Rm VIII, 26) : "Nous ne savons ce que nous devons demander à Dieu dans nos prières, etc..." ; (Sagesse, IX, 14) : "Les pensées des hommes sont timides et nos prévoyances sont incertaines." B) Mais pourquoi hésitez-vous, [Paul] ? Parce que (verset 23) : "je me trouve pressé des deux cités, etc..." D’abord il donne la raison pour l’un de ces côtés; ensuite celle du second. Il y a, en effet, dans l’homme un double mouvement : l’un de la nature; l’autre de la grâce. De la nature, pour ne pas mourir ; (2 Co V, 4) : "Nous ne voulons pas être dépouillés, mais être revêtus par dessus, etc." ; (Jean, XXI, 18) : "Un autre vous conduira où vous ne voudrez pas, etc..." De la grâce, que suggère la charité, laquelle porte à l’amour de Dieu et du prochain. Or ce premier sentiment qui porte à aimer Dieu, tend à nous unir à Jésus-Christ; c'est ce qui fait dire à l’Apôtre (verset 23) : Car je désire partir, non pas d’une manière absolue, mais pour être avec Jésus-Christ ; (2 Co V, 8) : "Dans cette confiance que nous avons, nous aimons mieux sortir de ce corps pour aller habiter avec le Seigneur, etc..." On reconnaît, dans ce passage, la fausseté de cette opinion adoptée par les Grecs, que les âmes des saints ne sont pas unies, immédiatement après la mort, à Jésus-Christ. Je désire qu’il en soit ainsi, parce que, (verset 23) : "c'est de beaucoup le meilleur d’être avec Jésus" ; (Psaume LXXII, 25) : "Car qu’y a-t-il pour moi dans le ciel ? etc… ma chair et mon coeur se consument", pour arriver à la possession du bien ; (Psaume LXXXIII, 11) : "Un seul jour vaut mieux que mille, quand on le passe dans vos tabernacles, etc..." D’autre part, l’amour du prochain porte à travailler à sa perfection; c'est ce qui fait dire à saint Paul (verset 24) : [Et il est plus utile pour votre bien] que je demeure encore en cette vie, c'est-à-dire : ma vie est nécessaire encore pour votre utilité ; (2 Co V, 13) : "Car soit que nous soyons emportés comme hors de nous-mêmes, c'est pour Dieu; soit que nous soyons de sens rassis c'est pour vous, etc..." Ou encore je me trouve pressé des deux côtés, c'est-à-dire : des deux côtés s’élève le désir de partir, etc..., - mais il vaut mieux, etc.; le sens est le même.
Cependant il ne paraît pas qu’il puisse y avoir de doute; il semble même que l’Apôtre incline pour le premier parti. Car le premier désir est excité en nous par l’amour de Dieu; le second par l'amour du prochain; or le premier est à la fois et plus grand et préférable; donc etc... Il faut répondre qu’il y a deux sortes d’amour de Dieu; à savoir l’amour de convoitise, qui porte à vouloir jouir de Dieu et à prendre en lui sa délectation, ce qui est le bien de l’homme; et l’amour d’amitié, par lequel l’homme préfère l’honneur de Dieu même à cette délectation qui le fait jouir de Dieu : c'est la charité parfaite. De là ces paroles (Rm VIII, 38) : "Ni la mort, ni la vie, ni les anges etc..." ; et il ajoute (IX, 5) : J’eusse désiré devenir moi-même anathème à l’égard de Jésus-Christ pour mes frères, etc... ; il parle ainsi afin de manifester qu’il brûle d’une charité très parfaite, comme s’il était prêt, pour l’amour de Dieu et pour sa gloire, à se voir privé de la jouissance que procure la vision de Dieu. Voilà ce qui l’a déterminé dans son choix, et avec raison puisque c'est le plus parfait.
25. C’est pourquoi j’ai une certaine confiance qui me persuade que je demeurerai encore avec vous tous, et que j’y demeurerai même assez longtemps pour votre avancement et pour la joie de votre foi;
26. Afin qu’étant de nouveau retourné chez vous, vous ayez lieu de glorifier le Christ Jésus à mon occasion.
27. Ayez soin seulement de vous conduire d’une manière digne de l’Evangile du Christ, afin que je voie moi-même étant présent parmi vous, ou que j’entende dire en étant absent, que vous demeurez fermes dans un nième esprit, combattant tous d’un même cœur pour la foi de l'Evangile;
28. Et que vous demeuriez intrépides parmi tous les efforts de vos adversaires; ce qui est pour eux le sujet de leur perte, comme pour vous celui de votre salut : et cela vient de Dieu.
29. Car c'est une grâce qu’il vous a faite, non seulement de ce que vous croyez en Jésus-Christ, mais encore de ce que vous souffrez pour lui;
30. vous trouvant dans les mêmes combats où vous n’avez vu, et où vous entendez dire que je suis encore maintenant.
Après avoir exposé son hésitation, et les raisons de part et d’autre, saint Paul donne la solution de la difficulté. Et d’abord, faisant en quelque sorte son choix, il annonce, pour ce qui le regarde, son prochain voyage à Philippes, ensuite il explique ce qu’ils doivent faire de leur côté (verset 27) : Ayez soin seulement de vous conduire d’une manière digne, etc...
I° La première partie se subdivise en trois. I. L’Apôtre parle de son arrivée prochaine; II. il dit quel en sera le fruit; III. il explique en quoi il consiste.
I. Il dit donc : "Je viens de vous faire voir qu’il est plus utile pour vous que je prolonge mon séjour dans ce corps mortel; et cela, parce que ma vie abonde en fruits pour vous." – Je sais donc que je resterai encore, mais si je le sais, c'est parce que j’ai cette confiance en Dieu ; (Proverbes XXVIII, 1) : "Le juste est hardi comme un lion, etc..." - Je demeurerai donc et je resterai, c'est-à-dire : je vivrai et je vivrai longtemps.
Objection : saint Paul n’a-t-il pas été mis à mort par Néron presque aussitôt [après avoir écrit cette épître] ? Il faut répondre que l’épître aux Philippiens a été faite ou écrite la première année de son incarcération, qui fut aussi la première année du règne de Néron. L’Apôtre vécut encore sept années.
II. (verset 25) : pour vous tous, dit-il, c'est-à-dire pour votre utilité commune ; (1 Co X, 33) : "Ne cherchant pas ce qui m’est avantageux, mais ce qui l’est à plusieurs pour être sauvés." Et cela (verset 25) afin de contribuer à votre avancement, c'est-à-dire afin que par mes exhortations vous avanciez dans la foi, (verset 25) et afin que vous vous réjouissiez de ce que vous apprenez de ma vie, joie qui serait plus grande si j’étais présent ; (Rm I, 11) : "J’ai grand désir de vous voir, etc..."
III. L’Apôtre explique ensuite ce qu’il vient de dire, en ajoutant (verset 26) : afin que vous ayez lieu de glorifier Jésus-Christ, etc..., c'est-à-dire s’il m’est donné de vous visiter de nouveau, pour que je sois pour vous l’occasion d’une joie abondante ; (Ephés., III, 20) : "Que celui qui, par la puissance dont il agit en nous, peut faire infiniment plus que tout ce que nous demandons et tout ce que nous pensons, etc..." Et cela en Jésus-Christ, car si les Philippiens se réjouissaient à l’occasion de Paul, c'était pour Jésus-Christ ; (Philémon, 20) : "Que je reçoive de vous cette joie dans le Seigneur, etc..."
II° Quand saint Paul ajoute (verset 27) : Ayez soin seulement de vous conduire d’une manière digne, etc..., il explique ce qui est nécessaire de leur part. A ce sujet, il fait trois choses. Et d’abord il donne celte explication; ensuite il expose l’avantage qui doit en résulter; enfin il explique cet avantage.
I. Il dit donc que tout ce que l’on exige d’eux, c'est qu’ils se conduisent d’une manière digne de l’Evangile de Jésus-Christ, c'est-à-dire ainsi que le demande une telle doctrine ; (1 Thes II, 12) : "Vous conjurant de vous conduire d’une manière digne de Dieu qui vous a appelés à son royaume et à sa gloire, etc..." ; (Coloss., I, 10) : "Afin que vous vous conduisiez d’une manière digne de Dieu, etc..." - de sorte que, soit que je vienne vers vous pour vous visiter, soit que je sois absent, je n’entende dire de vous que du bien ; car c'est là ma joie ; (III Jean I,4) : " Je n’ai pas de plus grande joie que d’apprendre que mes enfants marchent dans la vérité, etc..."
II. L’Apôtre leur demande spécialement 1° l’unité; 2° la constance (verset 28) : et que vous demeuriez intrépides, etc...
1° Or les saints ont besoin d'une triple unité : d'abord celle de la charité; c'est ce qui fait dire à saint Paul (verset 27) : en sorte que j'apprenne de vous que vous demeurez fermes dans un même esprit, ce qui se fait par l’amour ; (Ephés., IV, 3) : "Travaillant avec soin à conserver l’unité d’un même esprit par le lien de la paix" ; et (1 Co VI, 17) : "Celui qui demeure attaché au Seigneur, est un même esprit avec lui." Ensuite l’unité de la concorde (verset 27) : Unis de sentiments, c'est-à-dire n’ayant qu’une volonté et un seul cœur ; (Actes IV, 32) : "Toute la multitude de ceux qui croyaient n’était qu’un coeur et qu’une âme" ; (Psaume LXVII, 7) : "Il fait habiter dans un même lieu ceux qui ont des moeurs semblables, etc..." Enfin l’unité de l’action; ce qui lui fait dire (verset 27) : travaillant de concert pour l’Evangile, etc..., en sorte que l’on s’entraide les uns les autres. C’est de cette unité d'action qu’il est dit (I Rois, XXV, 1) : "Tout Israël s’assembla pour pleurer," à savoir Samuel; (Proverbes XVIII, 49) : "Le frère qui a été aidé par son frère est comme une ville forte."
2° L’Apôtre demande aux Philippiens la constance (verset 28) : de telle sorte que vous demeuriez intrépides, etc... D’abord il les engage à montrer du courage; ensuite il en donne la raison; - A) Il dit donc : en sorte que vous demeuriez intrépides, etc..., parce que vos ennemis ne peuvent rien, qu’autant que Dieu le permet ; (Luc, XXI, 18) : "Aucun cheveu de votre tête ne se perdra" ; (Psaume I, 3) : "Et sa feuille ne tombera point, etc..." ; (Isaïe, LI, 12) : "Qui êtes-vous, pour avoir peur d’un homme mortel, d’un homme qui sèchera comme l’herbe ?" -B) Or il y a une triple raison d’être courageux : la première est le fruit de la tribulation; la seconde le double don de Dieu; la troisième l’Apôtre lui-même. - a) Il dit donc (verset 28) : Ne vous laissez intimider, car il vous en reviendra du fruit, c'est-à-dire : la persécution, qui en eux, c'est-à-dire dans les persécuteurs, est le sujet de leur perte, est pour vous celui de votre salut ; (Mt XVI, 25) : "Celui qui voudra sauver sa vie, la perdra, etc..." ; (Jean, XII, 25) : "Celui qui aime sa vie, la perdra" ; (Osée, XIII, 9) : "Votre perte, ô Israël, est votre ouvrage : de moi vous ne pouvez attendre que des secours", etc... - Or ce fruit vient de Dieu, qui vous a donné comme récompense de supporter avec patience la tribulation. - b) La seconde raison, c’est afin que vous croyiez en lui ; (Ephésiens II, 8) : "C’est par la grâce de Dieu que vous êtes sauvés, au moyen de la foi, qui est un don précieux et le premier de tous. (verset 29) : et même que vous souffriez pour lui, ce qui est encore un don plus grand, puisque c'est prendre les intérêts de Jésus-Christ comme des athlètes à son service ; (Actes, V, 41) : "Alors les apôtres sortirent du conseil, tous remplis joie, etc..." Si donc on y trouve de l’avantage, il n’y a pas moins d’honneur. Combattez donc avec courage. - La troisième raison se déduit de l’exemple de l’Apôtre, car Dieu traite ceux qui combattent, comme il nous a traités nous-mêmes, qui sommes les prémices d’entre les fidèles. C’est ce qui lui fait dire (verset 30) : vous trouvant dans ces mêmes combats où vous m’avez vu, c’est-à-dire quand au milieu de vous, à Philippes, j’ai été dépouillé de mes vêtements, et battu de verges, à cause de la délivrance de la Pythonisse (Actes XVI, 25), "et comme vous entendez dire que je suis encore maintenant dans les liens."