[n° 123] 20b De sorte qu’ils sont inexcusables. [n° 126] 21 Puisque que ayant connu Dieu ils ne l’ont point glorifié comme Dieu, et ne lui ont pas rendu grâces; au contraire ils sont devenus vains dans leurs pensées, et leur cœur insensé a été obscurci.
[n° 131] 22 Ainsi, en disant : qu’ils étaient sages, ils sont devenus fous,
[n° 132] 23 Et ils ont échangé la gloire du Dieu incorruptible contre la ressemblance d’une image d’homme corruptible, d’oiseaux, de quadrupèdes et de serpents.
[n° 137] 24 C’est pourquoi Dieu les a livrés selon les désirs de leur cœur â l’impureté, en sorte qu’ils traitent leurs propres corps avec des manières avilissantes,
[n° 141] 25 eux qui ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, honoré et servi la créature de préférence au Créateur, lequel est béni pour les siècles. Amen.
123. — L’Apôtre, après avoir montré que la vérité de Dieu a été connue par les nations païennes [n° 113], montre ici que <les hommes> sont coupables d’une faute d’impiété et d’injustice.
— Et il montre cela d’abord quant à la faute d’impiété.
— Puis, quant à la faute d’injustice [n° 152] : "28 Et de même qu’ils n’ont pas approuvé, etc."
On aurait pu croire que chez les nations païennes la faute d’impiété soit excusée à cause de leur ignorance, comme l’Apôtre le dit de lui-même : "J’ai obtenu miséricorde de Dieu, parce que j’ai agi par ignorance, dans l’incrédulité."
I) Il montre donc en premier lieu que les Gentils sont inexcusables.
II) Puis, il expose leur faute [n° 132][152]. Et ils ont échangé la gloire de Dieu.
124. — I. À propos de leur culpabilité, il faut considérer d’abord le fait que l’ignorance excuse la faute dès lors que celle-ci en procède et <que l’ignorance> la cause, à condition toutefois qu’elle ne soit pas causée par une faute. Par exemple si, après avoir été dûment attentif, quelqu’un croyant frapper un ennemi frappe son père. Mais si l’ignorance est causée par une faute, elle ne peut excuser la faute subséquente. Par conséquent, si quelqu’un commet un homicide à cause de son ébriété, il n’est pas excusé pour sa faute, parce qu’il a péché en s’enivrant; aussi mérite-t-il, selon le Philosophe, une double condamnation.
125. — <L’Apôtre> énonce donc d’abord ce qu’il veut établir, en disant : 20b de sorte que, c’est-à-dire étant donné que ce qui est connu de Dieu leur a été manifesté, ils sont inexcusables, c’est-à-dire qu’ils ne peuvent être excusés par l’ignorance. <Il est écrit dans l’épître de Jacques> : "Celui qui sait le bien à faire et qui ne le fait pas, est coupable de péché." <Et dans cette même épître> : "C’est pourquoi tu es inexcusable."
126. — Puis, en disant : 21 Puisque ayant connu Dieu, etc., il prouve ce qu’il avait dit.
A. Et il montre d’abord que leur première faute n’a pas procédé de l’ignorance.
B. Puis, que c’est de cette faute que découle l’ignorance [n° 128] : au contraire ils sont devenus vains dans leurs pensées.
127. — A. Or, que leur première faute n’ait point résulté de l’ignorance, cela se voit dans le fait qu’ayant la connaissance de Dieu ils n’en ont point fait usage pour le bien. Ils ont, en effet, connu Dieu de deux manières
1. D’abord, en tant que supérieur à toutes choses, et à ce titre ils lui devaient la gloire et l’honneur dus aux supérieurs. Ces derniers sont donc qualifiés d’inexcusables, puisque ayant connu Dieu ils ne l’ont point glorifié comme Dieu, ou parce qu’ils ne lui ont pas rendu le culte qui lui est dû; ou parce qu’ils ont assigné une limite à sa puissance et à sa science, en les amoindrissant, contrairement à ce qui est dit : "Glorifiez le Seigneur autant que vous le pourrez."
2. Puis, ils le connurent comme la cause de tous les biens. Ainsi lui devaient-ils en toutes choses une action de grâces, que cependant ils ne lui rendaient pas, attribuant ses biens plutôt à leur propre savoir-faire et à leur puissance; c’est pourquoi <l’Apôtre> ajoute : Ils ne lui ont pas rendu grâces, à savoir au Seigneur "Rendez grâces en toutes choses."
128. — B. Ensuite, lorsqu’il dit : au contraire ils sont devenus vains, il montre qu’en eux l’ignorance résulte de leur faute.
1) Et il expose d’abord son intention.
2) Puis, il explique son propos [n° 131] : 22 En disant.
129. — 1. Il commence donc par exposer la faute qui est la cause de l’ignorance, lorsqu’il dit : ils sont devenus vains.
On donne le nom de vain à ce qui n’a pas de stabilité et de fermeté. Or Dieu seul est de soi immuable[153] — "Moi je suis Dieu, et je ne change pas[154]." Et c’est pourquoi l’âme humaine n’est alors seulement libérée de la vanité que lorsqu’elle s’appuie sur Dieu. Mais quand, négligeant Dieu, elle s’appuie sur une créature quelconque, elle tombe dans la vanité : "Vains sont tous les hommes en qui n’est pas la science de Dieu, et qui par les biens visibles n’ont pu comprendre Celui qui est, et n’ont pas, en considérant les œuvres, connu quel était l’ouvrier." Et : "Le Seigneur sait que les pensées des hommes sont vaines."
Ils sont devenus vains dans leurs pensées, en tant qu’ils mettaient leur confiance en eux-mêmes et non en Dieu, et s’attribuaient ses propres biens, selon ce verset du psaume : "Nos lèvres nous appartiennent, qui est notre maître[155] ?"
130. — <L’Apôtre> expose ensuite l’ignorance résultant <de cette faute>, en disant : et leur cœur insensé a été obscurci, c’est-à-dire parce qu’il a été obscurci, leur cœur est devenu insensé, en d’autres termes privé de la lumière de la sagesse, par laquelle l’homme connaît véritablement Dieu. Car, de même que celui qui détourne ses yeux corporels du soleil matériel tombe dans l’obscurité matérielle, ainsi celui qui se détourne de Dieu, présumant de lui-même et non de Dieu, s’aveugle spirituellement "Où est l’humilité", c’est-à-dire par laquelle l’homme se soumet à Dieu, "là aussi est la sagesse; où sera l’orgueil, là aussi sera l’outrage." Et : "Tu as caché ces choses aux sages", c’est-à-dire à ceux qui se croyaient tels, "et tu les as révélées aux petits ", c’est-à-dire aux humbles. Et <l’Apôtre> dit à leur sujet : "Je vous dis donc, et je vous conjure par le Seigneur de ne plus marcher comme les nations païennes, qui marchent dans la vanité de leurs pensées, qui ont l’intelligence obscurcie de ténèbres, entièrement éloignées de la vie de Dieu, par l’ignorance qui est en elles, à cause de l’aveuglement de leur cœur."
131. — 2. Ensuite, lorsqu’il précise en disant : il développe ce qu’il avait dit.
Et, d’abord, comment les païens sont devenus vains dans leurs pensées, lorsqu’il dit : en disant qu’ils étaient sages, ils sont devenus fous. — En disant, c’est-à-dire en s’attribuant la sagesse comme venant d’eux-mêmes : "Malheur à vous qui êtes sages à vos yeux." Et : "Ils sont atteints de folie, les princes de Tanis, les sages conseillers du pharaon ont donné un conseil insensé. Comment direz-vous au pharaon : Je suis fils des sages, fils des anciens rois ?"
Ensuite il développe ces autres paroles et leur cœur insensé a été obscurci, lorsqu’il dit : ils sont devenus fous, en agissant en quelque sorte contre la sagesse divine "Tout homme est devenu insensé par sa propre science ", c’est-à-dire celle dont il se présumait[156].
132. — II. Puis, lorsqu’il dit : 23 ils ont échangé la gloire, il expose le péché d’impiété <commis par> les Gentils.
A) Et d’abord en ce qu’ils ont péché contre la gloire de Dieu.
B) Ensuite, comment ils ont péché contre la vérité de sa nature [n° 141] : 25 eux qui ont échangé la vérité.
A. À propos du péché contre la gloire de Dieu il expose deux choses
1) La faute de l’impiété.
2) Leur peine [n° 137] 24. — C’est pourquoi Dieu les a livrés.
133. — 1. Leur faute fut de transformer, dans la mesure où il était en eux, l’honneur divin, selon cette parole : "Mon peuple a changé sa gloire en une idole"
a) Il expose donc premièrement ce qu’ils ont changé.
b) Ensuite ce en quoi ils l’ont changé [n° 135] : contre la ressemblance.
134. — a. Concernant ce qu’ils ont changé, trois choses sont à remarquer du côté de Dieu.
— D’abord sa gloire que <l’Apôtre> mentionne en disant : et ils ont échangé la gloire; ce qui peut se comprendre de deux manières premièrement de la gloire par laquelle l’homme glorifie Dieu, en lui rendant le culte de latrie[157] — "Au roi des siècles, immortel, invisible, au seul Dieu, honneur et gloire dans les siècles des siècles. Amen." Les Gentils ont donc changé cette gloire lorsqu’ils rendirent à d’autres le culte dû à Dieu. Secondement, cela peut se comprendre de la gloire par laquelle Dieu est glorieux en soi, gloire qui est incompréhensible et infinie "Celui qui scrute la majesté sera opprimé par la gloire." Or cette gloire n’est pas autre chose que la clarté même de la nature divine; car "<Dieu> habite une lumière inaccessible." Ils ont donc changé cette gloire en l’attribuant à d’autres : "Parce que des hommes, soit disposés à cela personnellement, soit trop complaisants pour les rois, donnèrent à des pierres et à du bois le nom incommunicable."
— Ensuite <l’Apôtre> souligne son incorruptibilité, lorsqu’il dit : incorruptible. Car lui seul est parfaitement incorruptible, parce qu’il est absolument immuable toute mutation étant en effet une sorte de corruption. Aussi est-il dit : "Lui seul possède l’immortalité."
Enfin <l’Apôtre> souligne la sublimité de sa nature, lorsqu’il dit : du Dieu, ainsi qu’il est dit dans ce psaume "Le Seigneur est le grand Dieu."
135. — b. Du côté de l’objet échangé, <l’Apôtre> expose les trois <falsifications> correspondantes.
— Car en opposition à la gloire il dit contre la ressemblance d’une image, c’est-à-dire contre une ressemblance d’un objet représenté par quelqu’un sous forme d’image. Car il est manifeste que la ressemblance de l’image est postérieure à l’objet dont elle est l’image. Or la gloire ou la clarté de Dieu est au principe de toute beauté et de toute forme. Et ainsi, en échangeant la gloire de Dieu contre la ressemblance d’une image, ils ont interverti <l’ordre établi> : "Gémissant dans un deuil amer, un père fit l’image de son fils qui lui avait été soudainement ravi."
— Par antithèse au mot : "incorruptible", <l’Apôtre> dit : corruptible. — <Il est écrit> dans un psaume : "De quelle utilité <sera> mon sang, lorsque je descendrai dans la corruption " c’est-à-dire en plus de ce qui est déjà corrompu ou mort ? <Et il est dit dans la Sagesse> : "Puisqu’il est mortel, c’est un mort qu’il forme avec des mains iniques."
— Par opposition à ce qu’il a dit de Dieu, <l’Apôtre> met : d’homme. <II est écrit au livre de Job> : "Je ne ferai acception de personne, je n’égalerai pas Dieu à un homme " Et, ce qui est plus abominable, l’homme a transporté la gloire de Dieu non seulement à l’homme, qui a été créé à l’image de Dieu, mais aussi aux créatures qui sont au-dessous de lui. Aussi <l’Apôtre> ajoute-t-il d’oiseaux, pour les volatiles; de quadrupèdes, pour les animaux capables de marcher, de serpents, pour les reptiles. Mais il passe sous silence les poissons, parce qu’ils sont davantage éloignés du commerce des hommes. Et toutes ces créatures sont subordonnées à l’homme par Dieu : "Tu as soumis sous ses pieds toutes choses." — "Entre et vois les abominations horribles que ces gens font ici. Et étant entré, je vis, et voici que toutes sortes d’images de reptiles et d’animaux, l’abomination et toutes les idoles de la maison d’Israël étaient peintes sur la muraille tout autour."
136. — Il faut remarquer, selon la Glose[158], qu’à l’arrivée d’Enée[159] la coutume <s’était introduite> en Italie d’honorer des images d’hommes, par exemple de Jupiter d’Hercule et d’autres encore. Mais au temps de César-Auguste, après avoir soumis l’Egypte, les Romains adoptèrent le culte des Egyptiens qui honoraient des images d’animaux, à cause des figures d’animaux que l’on voit dans les cieux, et auxquels les Egyptiens, adonnés à l’astrologie, rendaient un culte divin. Et voilà pourquoi le Seigneur détourne d’un pareil culte les enfants d’Israël élevés en Egypte" Garde-toi, en levant les yeux vers le ciel et en voyant le soleil, la lune et tous les astres du ciel, et que séduit par l’erreur, tu ne les adores, et tu n’offres un culte à des choses que le Seigneur ton Dieu a créées pour servir à toutes les nations qui sont sous le ciel."
137. — 2. [160]Ensuite lorsqu’il dit : 24 C’est pourquoi Dieu les a livrés, il expose la peine correspondant à la faute de cette nature.
A cet égard il faut considérer que l’homme tient le milieu entre Dieu et les animaux sans raison, et qu’il est en relation avec ces deux extrêmes : avec Dieu, par sa faculté de comprendre; avec les animaux sans raison, par sa faculté de sentir. Ainsi, de même que l’homme a reporté ce qui appartient à Dieu sur les bêtes, ainsi Dieu a-t-il soumis ce qui dans l’homme est divin, c’est-à-dire sa raison, à ce qui est animal en lui, c’est-à-dire aux désirs des sens, selon ce passage du psaume : "L’homme, lorsqu’il était en honneur, n’a pas compris", c’est-à-dire sa ressemblance avec la divine image par la raison, "il fut comparé aux bêtes sans raison Ainsi l’Apôtre dit-il Dieu les a livrés selon les désirs de leur cœur, afin que leur raison fût soumise aux désirs de leur cœur, c’est-à-dire de l’affection sensuelle, dont il est dit plus loin : "N’ayez pas soin de la chair pour <en satisfaire> les désirs " Désirs qui s’opposent à l’ordre naturel de l’homme, d’après lequel la raison domine l’appétit sensible "La concupiscence qui t’entraîne vers lui sera sous toi, et tu la domineras."
<Dieu> abandonne donc les hommes aux désirs de leur cœur comme aux mains de maîtres cruels : "Je livrerai l’Egypte à la main de maîtres cruels."
138. — Cependant, en ce qui concerne l’appétit sensible, un certain désordre bestial relève des péchés de la chair. Car les délectations du toucher, auxquelles sont assimilées la gourmandise et la luxure, nous sont manifestement communes avec les animaux sans raison. Et c’est pourquoi elles sont <en nous> d’autant plus blâmables qu’elles tiennent de la partie animale, ainsi que le remarque le Philosophe au troisième livre de son Ethique[161].
Et <l’Apôtre> l’indique lorsqu’il ajoute à l’impureté, qui appartient aux péchés de la chair, selon ces mots : "Aucun fornicateur, ou impudique ", c’est-à-dire parce que l’homme, précisément par les péchés de cette espèce, se laisse détourner et entraîner vers ce qui est au-dessous de lui. En effet, on appelle impur ou immonde ce qui est <altéré> par le mélange d’une chose plus vile, comme l’argent mélangé au plomb. Aussi <l’Apôtre> explique-t-il cela en ajoutant : en sorte qu’avec des manières avilissantes, c’est-à-dire par des actes honteux et immondes, ils traitent, c’est-à-dire ils corrompent, leurs propres corps, en d’autres termes non comme s’ils souffraient violence de la part d’autrui, par exemple de barbares, mais ils faisaient cela par eux-mêmes et de leur propre volonté : "Le potier n’a-t-il pas le pouvoir de faire de la même masse d’argile un vase d’honneur, et un autre d’ignominie ?", c’est-à-dire destiné à un usage honteux.
139. — Cependant, puisque cette sorte d’impureté est un péché, il semble que Dieu n’y livre pas les hommes, car il est dit dans <l’épître de> Jacques "Dieu ne tente point pour le mal."
Il faut répondre qu’on ne dit pas que Dieu livre directement les hommes à l’impudicité, en inclinant leur affection au mal, parce que Dieu ordonne toutes choses pour lui-même "Le Seigneur a opéré toutes choses pour lui-même." Le péché, lui, consiste en un éloignement de lui. Mais <Dieu> livre les hommes indirectement au péché, dans la mesure où il retire selon sa justice la grâce qui les préservait du péché. Comme on dirait de quelqu’un qui ôterait son soutien à autrui, qu’il provoque sa chute. Et de cette manière le premier péché est la cause du suivant, et le second est la peine du premier.
Pour plus de clarté[162], il faut savoir qu’un seul péché peut être la cause d’un autre indirectement et directement.
Directement, en tant qu’on est enclin à passer d’un péché à un autre; ce qui a lieu de trois manières. D’abord, en relation avec la cause finale; ainsi, lorsque par avarice ou par envie on est incité à commettre un homicide. Ensuite, en relation avec la cause matérielle; ainsi la gourmandise conduit à la luxure, en lui donnant la matière. Enfin, en relation avec la cause motrice; ainsi, lorsqu’à la suite d’une multitude d’actes peccamineux, on contracte un habitus qui conduit à un péché semblable.
Indirectement, en tant qu’un premier péché mérite le retrait de la grâce; cette dernière étant soustraite, l’homme tombe dans un autre péché. Et ainsi le premier péché est la cause d’un second, indirectement ou par accident, comme <cause> "rémotrice" et prohibitive.
140. — [163]Toutefois il faut remarquer que le péché, en tant que tel, ne peut être une peine, parce que nous supportons la peine contre notre volonté; or le péché est volontaire, comme le dit Augustin[164]. Mais parce que le péché entraîne certaines conséquences qui sont contre la volonté du pécheur, à raison de ces conséquences le péché est appelé peine du péché précédent. Ainsi, y a-t-il d’un côté un élément qui appartient au péché précédent, comme le retrait de la grâce qui entraîne le péché de l’homme; de l’autre un élément qui est concomitant au péché lui-même, soit intérieurement, comme le désordre de l’âme, ce qui fait dire à Augustin : "Oui, tu l’as prescrit, et c’est ainsi : Toute âme en désordre est à soi-même sa propre peine[165]", soit quant aux actes extérieurs, auxquels s’adjoignent des difficultés et des labeurs, comme le disent les impies : "Nous avons marché dans des voies difficiles, mais la voie du Seigneur, nous l’avons ignorée " Enfin, un élément qui est subséquent au péché, comme le remords de la conscience, l’infamie et autres choses semblables.
141. — B. Lorsque <l’Apôtre> dit ensuite : 25 ont échangé, il expose la faute de l’impiété que les Gentils ont commise contre la vérité de la nature divine.
Et il expose premièrement la faute.
— Puis, la peine [n° 146] : C’est pourquoi Dieu les a livrés.
142. — On peut considérer la nature divine sous deux aspects
1. D’abord en tant qu’elle est la cause de la connaissance, comme vérité première, et en rapport avec cela il dit : eux qui ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge. Ce qui peut s’entendre de deux manières
a. Ou bien, parce que, après avoir reçu la vraie connaissance de Dieu, ils se sont tournés vers de faux dogmes par la perversion de leur raison, par exemple, lorsqu’ils ont déclaré que les idoles sont des dieux, ou que Dieu n’est point tout-puissant, ou encore qu’il n’est point omniscient : "Ils ont formé leurs langues à proférer le mensonge.
b. Ou bien, ils ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge, parce que la nature divine, qui est la vérité même, ils l’ont attribuée à l’idole, qui est mensonge en tant qu’elle n’est point Dieu, ainsi qu’il est dit "Il est vrai que nos pères ont possédé le mensonge et la vanité, qui ne leur a pas été utile. Est-ce qu’un homme se fera des dieux, lesquels même ne sont pas des dieux ?"
2. Ensuite on peut considérer la nature divine en tant que, par la création, elle est le principe de l’être pour toutes choses; et sous cet aspect, l’homme doit intérieurement à Dieu un culte fondé sur un sentiment de piété : "Si quelqu’un honore Dieu et fait sa volonté, c’est celui-là qu’il exauce "; extérieurement il lui doit un culte de latrie[166], selon ce passage du Deutéronome : "Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et tu ne serviras que lui seul[167]."
143. — C’est pourquoi <l’Apôtre> ajoute, en parlant contre les Gentils : Ils ont honoré et servi la créature de préférence au Créateur. Car ils honoraient les corps célestes, et l’air, et l’eau, et d’autres éléments semblables, selon ce verset de la Sagesse : "Ou le feu, ou le vent, ou l’air subtil, ou le cercle des étoiles, ou l’immensité des eaux, ou le soleil et la lune, voilà ce qu’ils ont cru être des dieux qui gouvernaient le monde." Et en cela <Paul> réprouve les sages de la gentilité qui, sans jamais croire qu’il y eût dans leurs représentations quelque chose de divin, comme le croyaient les sectateurs d’Hermès[168], sans tenir pour vrai ce que les poètes disaient des dieux dans leurs fables, rendaient cependant à certaines créatures un culte divin. Quelques-uns de ces <sages> attribuaient un fondement à ces fables : Varron[169] par exemple, prétendit que tout l’univers est Dieu à cause de son âme, affirmant qu’on peut rendre à tout cet univers et à chacune de ses parties un culte divin à l’air, qu’on appelait Junon, et à l’eau, qu’on appelait Lyaeus[170], et ainsi de suite. De même, les platoniciens[171] prétendirent qu’un culte divin est dû à toutes les substances douées de raison, qui sont au-dessus de nous, par exemple aux démons, aux âmes des corps célestes, aux intelligences, c’est-à-dire aux substances séparées[172].
Or, bien que nous devions témoigner du respect aux êtres qui sont au-dessus de nous, cependant <nous ne leur devons> pas le culte de latrie, qui consiste surtout dans les sacrifices et l’oblation, par lequel l’homme reconnaît que Dieu est l’auteur de tous les biens, comme dans tout royaume on rend au maître suprême un honneur qu’il n’est pas permis de transférer à un autre.
144. — Et c’est pourquoi <l’Apôtre> ajoute : lequel est béni, c’est-à-dire dont la bonté est manifeste. Car nous disons de même que "nous bénissons Dieu" en tant que nous reconnaissons de cœur sa bonté et que nous la célébrons de bouche : "En bénissant Dieu, exaltez-le autant que vous pouvez[173]."
Mais il ajoute : pour les siècles, parce que sa bonté est sempiternelle; elle ne dépend de qui que ce soit, mais est principe de tout bien. Et c’est pour cette raison que le culte de latrie lui est dû tout entier.
Il ajoute aussi : Amen, pour affirmer de toutes manières la certitude "Celui qui est béni sur la terre sera béni dans le Dieu de vérité, " Amen <est un mot> qui a le même sens que "il est vrai" ou "qu’il en soit ainsi."
145. — L’Apôtre semble faire allusion ici à la triple théologie des Gentils[174] —
a. A leur théologie civile, qui était observée par les pontifes pour l’adoration des idoles dans les temples; et il dit à ce propos et ils ont échangé la gloire du Dieu incorruptible.
b. A celle de la fable, que les poètes exposaient dans les théâtres; et il dit à cet égard : eux qui ont échangé la vérité de Dieu contre le mensonge.
c. A leur théologie naturelle, que les philosophes observaient dans le monde, en honorant les parties du monde : Ils ont honoré et servi la créature de préférence au Créateur[175].