[n° 478] 6 sachant bien que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché soit détruit, et que désormais nous ne soyons plus esclaves du péché.
[n° 482] 7 Car celui qui est mort est justifié du péché.
[n° 484] 8 Mais si nous sommes morts avec le Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec le Christ,
[n° 487] 11 sachant que le Christ ressuscitant d’entre les morts ne meurt plus, que la mort ne dominera plus sur lui.
[n° 489] 10 Car en tant qu’il est mort au péché, il est mort une fois pour toutes; mais en tant qu’il vit, il vit pour Dieu.
[n° 491] 11 Ainsi de vous, estimez-vous comme morts au péché, mais <ne> vivant <plus que> pour Dieu dans le Christ Jésus Notre Seigneur.
478. Après avoir montré que nous ne devons pas demeurer dans le péché, étant donné que nous sommes morts au péché par le baptême [n° 470], l’Apôtre montre ici en outre que nous avons le pouvoir de mettre cela en pratique. Et à ce sujet :
I) Il commence par exposer son intention.
II) Puis il manifeste son propos [n° 482] : 7 Car celui qui est mort, etc.
I. Pour exposer son intention
A) Il fait connaître le bienfait que nous avons obtenu.
B) Puis, l’effet de ce bienfait [n° 481] afin que le corps du péché soit détruit.
479. — A. <L’Apôtre> commence donc par dire : On a avancé que nous devions marcher dans une nouveauté <de vie>, à savoir, en nous éloignant du péché. Et, pour que nul ne dise que cela est impossible, il ajoute : sachant bien que notre vieil homme, c’est-à-dire la vieillesse de l’homme amenée par le péché, avec lui, à savoir avec le Christ, a été crucifié, c’est-à-dire a été mis à mort par la croix du Christ. Car, ainsi qu’il a été dit plus haut, la vieillesse de l’homme a été introduite par le péché, en tant que par le péché le bien de la nature est corrompu. Or cette vieillesse domine dans l’homme aussi longtemps que l’homme est soumis au péché. Et puisque ce qui domine dans l’homme est regardé comme l’homme lui-même, dès lors dans celui qui est soumis au péché la vieillesse même du péché est appelée le vieil homme.
480. — Par vieillesse du péché on peut entendre soit la culpabilité elle-même, soit la tache des péchés actuels, ou aussi l’habitude de pécher qui pousse nécessairement au péché, ou encore le foyer même du péché provenant du péché du premier père.
Ainsi donc notre vieil homme est dit être crucifié avec le Christ, en tant que cette vieillesse a été ôtée par la puissance du Christ. Ou bien parce qu’elle a été totalement enlevée, comme la culpabilité et la tache du péché sont totalement enlevées dans le baptême[495]. Ou bien parce que sa puissance est affaiblie, comme cela arrive pour la puissance du foyer ou même pour la puissance de l’habitude du péché : "Effaçant la cédule du décret porté contre nous, qui nous était contraire, il l’a fait disparaître en l’attachant à la croix."
481. — B. Lorsque[496] <l’Apôtre> dit afin que le corps du péché soit détruit, etc., il expose un double effet de ce bienfait, dont le premier est la destruction des fautes commises. Et voilà pourquoi il dit : que le corps du péché soit détruit. Car on appelle corps du péché l’accumulation des œuvres mauvaises, comme l’assemblage des membres forme le corps naturel "Son corps est comme des boucliers soudés, agencé d’écailles serrées." Le second effet est de nous préserver désormais du péché. C’est ce qu’il ajoute en disant : et que désormais nous ne soyons plus esclaves du péché. Car l’homme est asservi au péché lorsque, par son consentement joint à l’œuvre du corps, il obéit à la convoitise du péché : "Qui commet le péché est esclave du péché."
482. — II. Lorsqu’il dit : 7 Car celui qui est mort, etc., l’Apôtre manifeste ce qu’il avait dit :
A) D’abord quant au premier effet.
B) Puis, quant au second [n° 484] : 8 Mais si nous sommes morts, etc.
483. — A. À l’égard du premier effet, il faut considérer que l’accumulation des péchés est détruite lorsque les péchés de l’homme sont remis. Ainsi donc <l’Apôtre> manifeste la destruction du corps du péché en disant : Car celui qui est mort, à savoir au péché par le baptême, où nous mourons avec le Christ, est justifié du péché, c’est-à-dire qu’après la rémission de ses péchés il passe à l’état de justice : "C’est ce que quelques-uns de vous ont été, mais vous avez été lavés, mais vous avez été sanctifiés, mais vous avez été justifiés au nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de Notre Dieu." Ainsi donc, du fait que par la croix du Christ l’homme meurt au péché, il s’ensuit qu’il est justifié du péché, et donc que le corps du péché est détruit.
484. — B. Lorsqu’il ajoute : 8 Mais si nous sommes morts, etc., il manifeste le second effet par la conformité à la vie du Christ, selon ce raisonnement : celui qui meurt avec le Christ mourant vit aussi avec le <Christ> ressuscitant. Or le Christ est ressuscité d’entre les morts comme si désormais il ne devait plus mourir; donc celui qui est mort au péché vit avec le Christ ressuscitant, de telle sorte qu’il a le pouvoir de ne plus jamais retourner au péché.
485. — Sur ce point <l’Apôtre> fait trois choses :
1) Il montre d’abord la conformité de l’homme fidèle à la vie du Christ ressuscitant.
2) Puis, il expose la condition de la vie du ressuscitant [n° 487] : sachant que le Christ ressuscitant, etc.
3) Enfin, il en déduit la conclusion qu’il s’est proposée [n° 491] : Ainsi de vous, etc.
486. — 1. Il commence[497] donc par dire : Mais si nous sommes morts avec le Christ, c’est-à-dire si par la puissance du Christ nous sommes morts au péché, nous croyons que nous vivrons aussi avec <lui>, c’est-à-dire à la ressemblance de sa vie. Nous vivrons, dis-je, ici-bas de la vie de la grâce, et au ciel de la vie de la gloire : "Lorsque nous étions morts par les péchés, <Dieu> nous a vivifiés dans le Christ — par la grâce duquel vous êtes sauvés —, Il nous a ressuscités avec lui, et nous a fait asseoir dans les cieux dans le Christ Jésus; pour manifester dans les siècles à venir les richesses abondantes de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus."
487. — 2. Lorsqu’il ajoute : 9 sachant que le Christ ressuscitant d’entre les morts, etc., il expose la condition de la vie du ressuscitant. Et :
a) Premièrement il l’expose.
b) Puis, il le prouve [n° 489] : 10 Car en tant qu’il est mort au péché, etc.
488. — a. <L’Apôtre> dit donc d’abord : Nous croyons ce qui vient d’être dit, sachant que le Christ ressuscitant d’entre les morts ne meurt plus, mais vit de la vie éternelle : "J’ai été mort, mais voici que je suis vivant dans les siècles des siècles, et j’ai les clefs de la mort et de l’enfer" Et, qui plus est, la mort ne dominera plus sur lui, à savoir la mort qui a sa domination sur l’homme non seulement lorsqu’il meurt par la séparation de l’âme d’avec le corps, mais aussi avant la mort, quand il endure la maladie, la faim et la soif, et tant d’autres <calamités> qui nous acheminent vers la mort. Mais la vie du Christ ressuscitant est libérée de ces <misères>. Et c’est pourquoi <le Christ> n’est pas soumis à la domination de la mort, mais il domine plutôt sur la mort : "<Il a> les clefs de la mort et de l’enfer"
489. — b. Lorsqu’il dit : 10 Car en tant qu’il est mort, etc., il prouve sa proposition, à savoir que le Christ ressuscitant ne meurt plus, et cela de deux manières [n° 490].
— D’abord, par une raison prise du côté de la mort qu’il a soufferte, en disant : Car en tant qu’il est mort au péché, il est mort une fois pour toutes. Il ne faudrait cependant pas interpréter ces paroles dans le sens où lui-même est mort au péché qu’il aurait lui-même commis ou dont il aurait contracté <la souillure>, puisque le péché ne s’est trouvé en aucune manière en lui "Lui qui n’a pas commis de péché et en la bouche de qui n’a pas été trouvée la tromperie." Mais on le dit mort au péché de deux manières. Selon une première manière, parce qu’il est mort pour supprimer le péché : "Celui qui n’avait pas connu le péché, <Dieu> l’a fait péché pour nous ", c’est-à-dire l’a fait victime pour le péché. Selon une seconde manière, parce qu’il est mort à la similitude de la chair du péché, c’est-à-dire à la vie passible et mortelle : "Dieu <a envoyé> son Fils dans une chair semblable à celle du péché " Selon l’une et l’autre manière, on peut conclure que le Christ est mort une fois pour toutes, en ce qu’il est mort au péché.
Car, quant à la première raison, il est évident que par une seule mort il a détruit tous les péchés, selon ce passage de l’épître aux Hébreux : "Par une seule oblation, il a rendu parfaits à jamais ceux qui ont été sanctifiés." Il n’y a désormais plus de nécessité pour lui de mourir pour le péché : "Le Christ est mort une fois pour toutes pour nos péchés, juste pour des injustes, afin de nous offrir à Dieu, ayant été mis à mort selon la chair, mais vivifié selon l’esprit." Quant à la seconde raison, on peut en tirer la même conclusion. Car si le Christ a enduré la mort, afin de faire disparaître en lui la ressemblance de la chair du péché, sa mort a dû être conformée à celle des autres, qui portent la chair du péché, et qui meurent une fois pour toutes. D’où cette parole de l’épître aux Hébreux : "Comme il est arrêté que les hommes meurent une seule fois, et qu’ensuite ils sont jugés, ainsi le Christ s’est offert une fois, pour effacer les péchés d’un grand nombre; et la seconde fois il apparaîtra sans le péché à ceux qui l’attendent pour les sauver."
490. — Puis, <l’Apôtre> montre la même chose à partir de la condition de la vie qu’il a acquise en ressuscitant[498], en disant : mais en tant qu’il vit, il vit pour Dieu, c’est-à-dire en conformité avec <la vie de> Dieu. Car il est dit que "bien qu’il ait été crucifié selon la faiblesse, il vit cependant par la puissance de Dieu." Or l’effet est conforme à la cause. Voilà pourquoi aussi la vie que le Christ a acquise en ressuscitant est conforme à celle de Dieu. Donc, de même que la vie de Dieu est éternelle et sans corruption, selon cette parole de l’Apôtre à Timothée : "Lui qui seul a l’immortalité et qui habite une lumière inaccessible ", ainsi la vie du Christ est elle aussi immortelle.
491. — 3. Enfin, en ajoutant : 11 Ainsi de vous, estimez-vous, etc., il en déduit la conclusion qu’il s’est proposée, c’est-à-dire que nous devons nous conformer à la vie du Christ ressuscitant, et en tant qu’il est mort au péché, c’est-à-dire à la vie mortelle qui porte la ressemblance du péché, pour n’y jamais revenir, et en tant qu’il vit en conformité avec <la vie de> Dieu. Quant au premier devoir de conformité il dit : Ainsi de vous, estimez-vous comme morts au péché, à savoir comme ne devant jamais y revenir : "Que les morts ne revivent point." Quant au second devoir de conformité, il dit : mais <ne> vivant <plus que> pour Dieu, c’est-à-dire pour l’honneur ou selon la ressemblance de Dieu, en sorte que jamais nous ne mourions par le péché : "Car ce que je vis maintenant dans la chair, c’est dans la foi au Fils de Dieu que je le vis, lui qui m’a aimé, et qui s’est lui-même livré pour moi" Et c’est pourquoi <l’Apôtre> ajoute : dans le Christ Jésus Notre Seigneur, c’est-à-dire par Jésus-Christ, par qui nous mourons au péché et vivons pour Dieu. Ou bien : dans le Christ Jésus, c’est-à-dire comme incorporés au Christ Jésus, afin que par sa mort nous mourions au péché et que par sa résurrection nous vivions pour Dieu : "<Dieu> nous a vivifiés dans le Christ, par la grâce duquel vous êtes sauvés."
[n° 493] : 12 Que le péché ne règne donc point dans votre corps mortel, en sorte que vous obéissiez à ses convoitises.
[n° 494] ‘ Et n’offrez pas vos membres au péché comme des armes d’iniquité; mais offrez-vous vous-mêmes â Dieu, comme étant vivants, de mort que vous étiez, et <offrez> à Dieu vos membres comme des armes de justice.
[n° 496] 14 Car le péché ne dominera pas sur vous : vous n’êtes pas sous la Loi, mais sous la grâce.
[n° 499] 15 <Quoi donc ?> Pécherons-nous, parce que nous ne sommes pas sous la Loi, mais sous la grâce ? Loin de là
[n° 501] 16 Ne savez-vous pas qu’en vous offrant à quelqu’un en esclaves d’obéissance, vous êtes les esclaves de celui à qui vous obéissez, soit du péché pour la mort, soit de l’obéissance pour la justice ?
[n° 502] 17 Mais grâces soient rendues à Dieu de ce que, après avoir été esclaves du péché, vous avez obéi de cœur à cette règle de la doctrine à laquelle vous avez été livrés.
[n° 503] 18 libérés du péché, vous êtes devenus esclaves de la justice.
492. — Après avoir montré que nous ne devons pas demeurer dans le péché [n° 470], et que nous en avons le pouvoir [n° 478], <l’Apôtre> conclut ici sur une exhortation morale.
I) Il donne d’abord un avertissement.
II) Puis, il en indique la raison [n° 496] Car le péché, etc.
III) Enfin, il pose une question et la résout [n° 499] Quoi donc ? Pécherons-nous, etc.
I. À propos de l’avertissement
A) Il commence par le donner.
B) Puis, il l’explique [n° 494] en sorte que vous obéissiez, etc.
493. — A. <L’Apôtre> dit donc d’abord : On a avancé que notre vieil homme a été crucifié avec le Christ afin que le corps du péché soit détruit. Il nous est donné de comprendre par là que la puissance du péché est diminuée de telle sorte qu’elle ne peut pas dominer en nous. Donc que le péché, â l’avenir, ne règne point dans votre corps mortel. Cependant <l’Apôtre> ne dit pas : Que le péché ne soit pas dans votre corps mortel, parce que, aussi longtemps que notre corps est mortel, c’est-à-dire soumis à la nécessité de la mort, il n’est pas possible que le péché, c’est-à-dire le foyer du péché, ne soit pas dans notre corps. Mais puisque nous sommes libérés par Dieu du règne du péché, nous devons faire effort pour que le péché ne récupère pas la domination qu’il a déjà perdue dans notre corps. Et d’où ces paroles <de l’Apôtre> Que le péché ne règne pas dans votre corps mortel. Cependant il est nécessaire d’y veiller, tant que nous portons un corps mortel, parce qu’il est dit : "Le corps, qui se corrompt, appesantit l’âme; et <cette> habitation terrestre abat l’esprit aux préoccupations multiples."
494. — B. En disant ensuite : en sorte que vous obéissiez, etc., <l’Apôtre> explique l’avertissement qu’il a donné. Sur ce point, il faut considérer que le péché règne dans l’homme de deux manières : selon une première manière, par le consentement intérieur de la raison[499]. Et <dans l’intention> d’écarter cela, <l’Apôtre> dit : en sorte que vous obéissiez à ses convoitises. Car obéir par le consentement de la raison aux convoitises du péché, c’est faire régner le péché en nous : "Ne va pas à la suite de tes convoitises et détourne-toi de ta volonté." Selon une seconde manière, le péché règne en nous par l’exécution de l’œuvre. Et <dans l’intention> d’écarter cela, <l’Apôtre> ajoute : 13 Et n’offrez pas vos membres au péché, c’est-à-dire au foyer du péché, comme des armes d’iniquité, c’est-à-dire des instruments pour commettre l’iniquité. Car l’homme, lorsqu’il commet le péché par ses membres, accomplit l’iniquité; et en cela, il semble combattre pour restituer la domination au péché, qui se fortifie en nous par son habitude : "Ils sont descendus dans l’enfer avec leurs armes."
495. — Lorsqu’il ajoute : mais offrez-vous vous-mêmes à Dieu, etc., <l’Apôtre> exhorte à faire le contraire, c’est-à-dire à nous offrir à Dieu.
Et d’abord quant à l’affection intérieure : mais offrez-vous vous-mêmes à Dieu, à savoir de telle sorte que votre raison lui soit soumise : "Et maintenant Israël, qu’est-ce que le Seigneur ton Dieu demande de toi, si ce n’est que tu craignes le Seigneur ton Dieu, que tu marches dans ses voies, que tu l’aimes, que tu serves le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme, et que tu gardes les commandements du Seigneur et ses cérémonies, que moi je te prescris aujourd’hui pour ton bonheur ?" Et vous devez faire cela comme étant vivants, de morts que vous étiez, c’est-à-dire en tant que ramenés de la mort de la faute à la vie de la grâce. Aussi est-il juste que "ceux qui vivent ne vivent plus pour eux, mais pour Celui qui est mort pour eux, et est ressuscité."
Puis, quant à l’acte extérieur, aussi dit-il : <offrez> à Dieu, c’est-à-dire pour son service, vos membres comme des armes de justice, c’est-à-dire comme des instruments[500] pour pratiquer la justice, au moyen desquels vous combattez contre les ennemis de Dieu : "Revêtez-vous de l’armure de Dieu, afin de pouvoir tenir contre les embûches du diable."
496. — II. En disant : 14 Car le péché, etc., <l’Apôtre> donne la raison de l’avertissement dont on vient de parler. On pourrait, en effet, s’excuser en alléguant la domination du péché, et prétexter l’empêchement d’observer cet avertissement. L’Apôtre rejette donc d’abord ce prétexte en disant : Car le péché ne dominera pas sur vous, à savoir si vous commencez à résister au péché et à vous offrir à Dieu, selon cette parole de Jacques : "Approchez-vous de
Dieu et il s’approchera de vous; résistez au diable et il s’enfuira loin de vous." Comme s’il disait : la raison pour laquelle vous pouvez observer ce qui vient d’être dit, c’est que vous ne trouverez point que le péché domine en vous pour vous faire retourner en arrière; car nous sommes libérés par le Christ, selon cette parole de Jean : "Si donc le Fils vous libère, vous serez vraiment libres "
497. — Ensuite, <l’Apôtre> explique ce qu’il avait dit : vous n'êtes pas sous la Loi, mais sous la grâce. Sur ces paroles, il faut considérer qu’il ne parle pas ici seulement de la Loi quant aux préceptes cérémoniels, mais aussi quant aux préceptes moraux. Or on peut être sous la Loi de deux manières :
A. Selon une première manière, en tant que soumis volontairement à son observance. Dans ce sens, le Christ fut aussi sous la Loi, selon cette parole <de l’Apôtre> aux Galates : "Quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, fait d’une femme, fait sujet de la Loi", parce qu’il observa la Loi non seulement quant aux préceptes moraux, mais aussi quant aux préceptes cérémoniels. Et de cette manière, les fidèles du Christ sont également sous la Loi quant aux préceptes moraux, mais non quant aux préceptes cérémoniels.
B. Selon une autre manière[501], on dit être sous la Loi lorsqu’on est comme contraint par la Loi; et ainsi dit-on qu’est sous la Loi celui qui est forcé de l’observer non volontairement par amour, mais par crainte. Or celui-là n’a pas la grâce, car si elle avait été présente, elle aurait incliné sa volonté à l’observance de la Loi, afin d’en accomplir les préceptes moraux par amour. Ainsi donc, tant que quelqu’un est sous la Loi, de telle sorte qu’il ne l’accomplisse pas volontairement, le péché domine en lui et par conséquent incline sa volonté à vouloir ce qui est contraire à la Loi; tandis que la grâce libère de cette domination, de telle sorte que l’homme observe la Loi, non en tant qu’il lui est assujetti, mais en toute liberté : "Nous ne sommes pas les fils de la servante, mais de la femme libre; et c’est par cette liberté que le Christ nous a rendus libres."
498. — Or[502] cette grâce, qui donne à l’homme d’accomplir librement la Loi, n’était pas conférée par les sacrements de la Loi <ancienne>, mais bien par les sacrements du Christ; et voilà pourquoi ceux qui se soumettaient aux cérémonies de la Loi, selon le point de vue de l’efficacité des sacrements de l’ancienne Loi, n’étaient pas sous la grâce mais sous la Loi, à moins qu’ils n’aient acquis la grâce du Christ par leur foi. Mais ceux qui se soumettent aux sacrements du Christ obtiennent la grâce par leur efficacité propre, de telle sorte qu’ils ne sont pas sous la Loi, mais sous la grâce, à moins que par leur propre faute ils se soumettent à la servitude du péché.
499. — III. Lorsqu’il dit : 15 Quoi donc, etc., <l’Apôtre> soulève une question contre ce qui vient d’être dit.
A) Et premièrement il la formule.
B) Puis, il la résout, en la poussant jusqu’à la contradiction [n° 501] : 16 Loin de là! Ne savez-vous pas, etc.
C) Enfin, il montre l’évidence de cette inconséquence [n° 502] 17 Mais grâces soient rendues à Dieu, etc.
500. — A. Sur la question formulée, il faut considérer que cette parole précédente, à savoir que les fidèles du Christ ne sont pas sous la Loi, pouvait être mal interprétée par certains, quant à l’obligation d’observer les préceptes moraux; il s’ensuivrait qu’il serait licite aux disciples du Christ de pécher, c’est-à-dire en agissant contre les préceptes moraux. C’est dans ce sens qu’il soulève cette question, en disant : Quoi donc, que dirons-nous ? Pécherons-nous, à savoir en agissant contre les préceptes moraux de la Loi, parce qu’il a été dit : nous ne sommes pas sous la Loi, mais sous la grâce. Or l’Apôtre désapprouve ce sens en disant aux Galates : "Vous, frères, vous avez été appelés à la liberté seulement ne faites pas de cette liberté une occasion pour la chair, mais soyez par la charité les serviteurs les uns des autres."
501. — B. Et c’est pourquoi, en répondant ici, il ajoute : 16 Loin de là!, à savoir que nous péchions parce que nous sommes libérés de la Loi; car si nous péchions, il s’ensuivrait cette contradiction que nous serions de nouveau réduits à la servitude du péché. Et c’est bien ce qu’il dit : Ne savez-vous pas qu’en vous offrant à quelqu’un, de votre propre volonté, en esclaves d’obéissance, vous êtes spontanément les esclaves de celui à qui vous obéissez. Car obéir est un devoir que les esclaves sont tenus de rendre à leurs maîtres : "Esclaves, obéissez à vos maîtres selon la chair, avec crainte et tremble ment, dans la simplicité de votre cœur, comme au Christ même, les servant, non parce que vous êtes vus, comme pour plaire aux hommes, mais comme des esclaves du Christ, accomplissant de cœur la volonté de Dieu. "Aussi quand on obéit à quelqu’un, on s’avoue son serviteur en obéissant. Cependant le salaire de l’obéissance diffère selon les maîtres auxquels on obéit. Car celui qui obéit au péché est conduit à la mort par la servitude du péché. Et c’est bien ce que <l’Apôtre> dit : soit du péché, à savoir que vous êtes ses esclaves en lui obéissant. Et cela pour la mort, c’est-à-dire pour être précipités dans la damnation éternelle, à propos de laquelle il est dit : "La seconde mort n’aura pas de pouvoir sur eux" Mais celui qui obéit à Dieu devient l’esclave de cette obéissance, parce que, par l’habitude d’obéir, sa raison s’incline de plus en plus à l’obéissance, et accomplit ainsi la justice. Et c’est bien ce qu’il dit : soit de l’obéissance, à savoir aux préceptes divins dont vous êtes les esclaves pour accomplir la justice, selon ce qui a été dit plus haut "les observateurs de la Loi seront justifiés." Et c’est avec assez de convenance que <l’Apôtre> oppose l’obéissance au péché, parce que, selon Ambroise le péché est la transgression de la Loi divine et la désobéissance aux préceptes célestes.
502. — C. Lorsque <l’Apôtre> dit : 17 Mais grâces soient rendues à Dieu, il montre que cela ne convient pas, à savoir qu’en obéissant au péché nous serons de nouveau réduits à l’esclavage du péché. <Et il montre cela> d’abord par une raison qui est prise du côté du bienfait que nous avons reçu. Si, en effet, par la grâce d’autrui on est libéré d’une servitude, il ne convient pas de s’y soumettre spontanément <et de nouveau>; or, puisque nous sommes libérés du péché par la grâce de Dieu, il ne convient pas que nous, nous retournions spontanément et de nouveau à la servitude du péché. Ensuite, <il montre cela> à partir de la condition dans laquelle nous sommes entrés après avoir été libérés du péché, à savoir, que <nous sommes> devenus les esclaves de la justice. Il n’est pas permis, en effet, à l’esclave d’un maître de s’assujettir à un maître rival; par conséquent il ne nous est pas permis, depuis que nous sommes devenus les esclaves de la justice, de retourner de nouveau à la servitude du péché.
503. — L’Apôtre traite de l’une et l’autre raison, en disant : Mais grâces soient rendues à Dieu, et vous devez aussi rendre grâces vous-mêmes, de ce que, après avoir été esclaves du péché — parce que "quiconque commet le péché est esclave du péché" - vous avez obéi, à savoir, en croyant : "pour <prêcher> l’obéissance à la foi à toutes les nations " et cela non par la contrainte, mais de bon cœur : "On croit de cœur pour la justice." — à cette règle de doctrine, c’est-à-dire à la doctrine de la foi catholique : "Prends pour règle les saines paroles que tu as entendues de moi dans la foi et l’amour, qui sont dans le Christ Jésus." — à laquelle vous avez été livrés, c’est-à-dire à laquelle vous vous êtes totalement soumis : "Ils se sont donnés eux-mêmes, premièrement à Dieu, ensuite à nous par la volonté de Dieu." Et 18 ainsi vous vous êtes libérés du péché, il n’est donc pas raison nable que vous désertiez la justice : "Vous avez été achetés à grand prix ", "et vous n’êtes plus à vous-mêmes."