[n° 533] Que dirons-nous donc ? La Loi est-elle péché ? Loin de là! Mais je n’ai connu le péché que par la Loi; car je ne connaîtrais pas la concupiscence si la Loi n’eût dit : "Tu ne convoiteras pas."
[n° 540] 8 Mais le péché, saisissant l’occasion, a produit en moi par le commandement toute concupiscence; [n° 544] car sans la Loi le péché était mort.
[n° 546] Et moi je vivais autrefois sans loi. [n° 547] Mais quand est venu le commandement, le péché a repris vie.
[n° 548] 10 Et moi je suis mort; [n° 549] et il s’est trouvé que le commandement qui m’était <donné> pour la vie, l’a été pour la mort.
[n° 550] "Car le péché, prenant l’occasion, m’a séduit à travers le commandement, et par lui m’a tué.
[n° 5511 12 Ainsi donc la Loi est sainte, et le commandement est saint, et juste et bon.
[n° 552] 13 Ce qui est bon est-il donc devenu pour moi la mort ? Loin de là ! Mais le péché, afin de paraître péché, a opéré en moi la mort par le bien, de sorte que par le commandement le péché devienne pécheur à l’excès.
532. — Après avoir montré que par la grâce du Christ nous sommes libérés de la servitude de la Loi [n° 518], et que cette libération est profitable, l’Apôtre répond ici à une objection dont le motif est allégué par ce qui précède. Selon ce motif, il semblerait que la Loi ancienne ne soit pas bonne. A ce propos <l’Apôtre> fait deux choses :
— Il résout d’abord l’objection selon laquelle il semblerait que la Loi n’est pas bonne.
— Ensuite, il montre que la Loi est bonne [n° 556] : 14 Nous savons en effet que la Loi est spirituelle, etc.
Touchant l’objection :
I) Il commence par l’exposer quant à la Loi elle-même.
II) Ensuite, il la résout [n° 551] : 12 Ainsi donc la Loi est sainte, etc.
533. — I. Il dit donc d’abord : On a avancé que les passions des péchés étaient occasionnées par la Loi, et qu’elle est une loi de mort : 7 Que dirons-nous donc à la suite de cela ? Est-ce que nous dirons que la Loi est péché ? On peut entendre cela de deux manières. Selon une première manière, que la Loi enseignerait le péché, comme on le dit dans Jérémie : "Les lois des peuples sont vaines ", c’est-à-dire parce qu’elles enseignent la vanité; selon une autre manière, la Loi est dite péché, parce que celui qui a donné la Loi aurait péché en portant une telle Loi. Et ces deux interprétations se rejoignent, parce que si la Loi enseigne le péché, le législateur pèche en la portant : "Malheur à ceux qui établissent des lois iniques." Or la Loi semble enseigner le péché, si les passions des péchés sont occasionnées par la Loi, et si la Loi conduit à la mort.
534. Lorsque <l’Apôtre> dit : Loin de là!, il résout cette objection. Il faut savoir ici que si la Loi causait par elle-même et directement les passions des péchés ou la mort, il s’ensuivrait qu’elle serait péché, selon l’une ou l’autre des interprétations données plus haut; mais il n’en serait pas ainsi si la Loi n’était que l’occasion du péché et de la mort. A ce propos <l’Apôtre> montre deux choses :
A) Ce que la Loi fait par elle-même.
B) Ce qui résulte occasionnellement d’elle [n° 540] : 8 Mais le péché, saisissant l’occasion, etc.
535. — A. Sur ce que la Loi fait par elle-même <l’Apôtre> donne trois explications
1. Il répond d’abord à la question en disant : Loin de là!, à savoir que la Loi est péché. Car elle-même n’enseigne pas le péché, selon ce verset du psalmiste : "La Loi du Seigneur est sans tache’"; et le législateur n’a pas péché en la portant, comme si c’était une Loi inique, selon cette parole : "Par moi les rois règnent, et les législateurs décrètent des choses justes."
536. — 2. Ensuite, <en disant :> : Mais je n‘ai connu le péché, etc., il expose ce qui en soi appartient à la Loi, à savoir donner la connaissance du péché sans le supprimer. Et tel est ce qu’il dit : Mais je n’ai connu le péché que par la Loi. — "Car par la Loi <vient> la connaissance du péché." Si toutefois ce verset est appliqué à la loi naturelle, il signifie clairement que par la loi naturelle l’homme juge en discernant le bien et le mal : "Il a rempli leur cœur de sens, et il leur a montré les biens et les maux." Mais l’Apôtre semble parler ici de la Loi ancienne, qu’il a indiquée plus haut, en disant : "Et non dans la vétusté de la lettre." Il faut donc dire que sans la Loi on pouvait avoir la connaissance du péché, en tant qu’il porte un caractère d’ignominie, c’est-à-dire en tant qu’il est contre la raison, mais non en tant qu’il implique une offense contre Dieu; car par la Loi divinement donnée, il est révélé à l’homme que ses péchés déplaisent à Dieu, en ce sens qu’il les défend et qu’il ordonne de les punir.
537. — 3. Enfin, il prouve ce qu’il avait dit, en disant : Car je ne connaîtrais pas la concupiscence si la Loi n’eût dit "Tu ne convoiteras pas." Il faut considérer à ce propos que ce mot de l’Apôtre : la connaissance du péché ne vient que par la Loi, pourrait être mis en rapport avec l’acte même du péché, que la Loi fait connaître à l’homme en le défendant. Cette interprétation est vraie pour certains péchés; car il est dit dans le Lévitique : "Une femme ne s’offrira pas à un animal pour s’accoupler à lui, parce que c’est un crime." Mais que telle ne soit pas la pensée de l’Apôtre, on le voit clairement d’après ce qu’il dit ici. Car nul n’ignore l’acte même de la concupiscence, puisque tous l’éprouvent. Il faut donc comprendre, comme on l’a dit plus haut, que par la Loi seulement <vient> la connaissance du péché, quant à l’obligation à la peine[529] et à l’offense à Dieu[530]. L’Apôtre prouve cela par la concupiscence, parce que la concupiscence dépravée[531] est généralement à l’origine de tous les péchés. Aussi la Glose[532] dit, et avec elle Augustin, que "l’Apôtre a choisi ici un péché qui a une sorte d’universalité, à savoir la concupiscence. Bonne est donc la Loi qui, tout en défendant les convoitises, défend tous les maux[533]."
538. — Toutefois on peut entendre que la concupiscence est un péché général, en tant qu’elle est prise pour la convoitise d’une chose illicite, ce qui appartient à l’essence de tout péché. Cependant ce n’est pas dans ce sens qu’Augustin[534] a appelé la concupiscence péché général, mais parce qu’il y a, à la racine et à la cause de tout péché, quelque concupiscence spéciale. C’est pourquoi la Glose[535] dit aussi que la concupiscence est un péché général, d’où procèdent tous les maux. L’Apôtre, en effet, cite un précepte de la Loi où la convoitise est spécialement défendue : "Tu ne convoiteras pas <le bien> de ton prochain[536]", ce qui est la convoitise de l’avarice dont l’Apôtre parle dans sa première épître à Timothée : "La racine de tous les maux est la cupidité." Et cela parce que "toutes choses obéissent à l’argent", comme le dit l'Ecclésiaste. Et c’est pourquoi la concupiscence, dont on parle ici, est un mal universel, non sous le rapport du genre ou de l’espèce, mais de la causalité. Et cette doctrine n’est pas contredite par ce verset de l’Ecclésiastique : "Le commencement de tout péché est l’orgueil " Car l’orgueil est le commencement du péché sous le rapport de l’aversion, tandis que la cupidité[537] est le principe des péchés sous le rapport de la conversion au bien périssable[538].
539. — On peut dire encore que l’Apôtre met spécialement le mot "concupiscence" pour prouver sa proposition, parce qu’il veut montrer que sans la Loi on n’avait pas la connaissance du péché, à savoir en tant qu’il est en rapport avec l’offense à Dieu; ce qui apparaît surtout en ce que la Loi de Dieu défend la concupiscence et que l’homme ne la défend pas. Car Dieu seul répute l’homme coupable à cause de la concupiscence du cœur, selon cette parole "Les hommes voient ce qui paraît, mais Dieu regarde le cœur[539]." Or la Loi de Dieu a défendu la concupiscence du bien d’autrui qu’on enlève par le vol, et la concupiscence de l’épouse d’autrui que souille l’adultère, plutôt que la concupiscence des autres péchés, parce que ces péchés ont dans la concupiscence elle-même une sorte de délectation qu’on ne trouve point dans les autres péchés.
540. — B. Lorsqu’il dit : 8 Mais le péché, saisissant l’occasion, etc., <l’Apôtre> montre ce qui résulte occasionnellement de la Loi. Et :
1) Il commence par exposer ce qu’il se propose.
2) Puis, il explique sa proposition [n° 544] : car sans la Loi, etc.
541. — 1. Il dit donc d’abord que le péché, saisissant l’occasion, a produit en moi par le commandement, à savoir de la Loi qui défendait le péché, toute concupiscence. Par le mot "péché" on peut entendre ici le diable[540], selon une expression emphatique, parce qu’il est le commencement du péché. Et en ce sens le diable produit dans l’homme toute concupiscence du péché : "Celui qui commet le péché est du diable, parce que le diable pèche dès le commencement." Mais parce que l’Apôtre n’a pas fait mention ici du diable, on peut dire que le péché actuel, quel qu’il soit, en tant qu’il est conçu par la pensée, produit dans l’homme sa propre concupiscence, selon ce verset de Jacques : "Chacun est tenté par sa concupiscence, qui l’entraîne et le séduit. Puis la concupiscence, lorsqu’elle a conçu, enfante le péché, et le péché, quand il a été consommé, engendre la mort."
542. — Mais, puisque l’Apôtre avait dit plus haut "par un seul homme il est entré dans ce monde ", il vaut mieux rapporter cela au péché originel, parce que avant la grâce du Christ ce péché est dans l’homme quant à la coulpe et quant à la peine, tandis que dès la venue de la grâce l’obligation â la peine est effacée, mais ce péché demeure en acte quant à son foyer, ou quant à la concupiscence habituelle, qui produit dans l’homme toute espèce de concupiscence actuelle. Ou bien ce passage se rapporte aux concupiscences des divers péchés; car autre est la concupiscence du vol, autre celle de l’adultère, et ainsi des autres; ou encore aux divers degrés de la concupiscence, selon qu’elle consiste dans la pensée, la délectation, le consentement et l’œuvre. Or pour produire cet effet dans l’homme, le péché saisit l’occasion de la Loi. Et c’est ce que dit <l’Apôtre> : saisissant l’occasion. Ou bien, parce que le commandement étant survenu, le péché revêt en plus un caractère de prévarication, car "là où il n’y a pas de Loi, il n’y a pas non plus de prévarication", comme on l’a dit plus haut; ou bien, parce que le désir du péché défendu croît, pour les raisons émises plus haut [n° 453s].
543. — [541]Il faut noter qu’il ne dit pas que la Loi a donné l’occasion de pécher, mais que le péché lui-même a pris l’occasion de la Loi. Car celui qui donne occasion scandalise, et par conséquent pèche : ce qui arrive lorsqu’on accomplit une œuvre qui manque de rectitude, et dont le prochain est offensé ou scandalisé, par exemple si l’on fréquente des lieux malséants, même sans mauvaise intention. C’est pour cela qu’il est dit plus loin : "Jugez plutôt qu’il ne faut pas mettre devant votre frère un obstacle ou <lui donner une occasion de> scandale." Mais si l’on fait une œuvre bonne, par exemple si l’on donne l’aumône et que le prochain en soit scandalisé, on ne donne pas occasion de scandale; par conséquent on ne scandalise ni ne pèche, mais le prochain prend lui-même occasion de se scandaliser et pèche. Ainsi donc la Loi a fait quelque chose de bien, puisqu’elle a défendu le péché; par conséquent elle n’a pas donné occasion de pécher, mais l’homme a pris occasion de la Loi. Il s’ensuit que la Loi n’est pas un péché, mais que le péché vient de l’homme. Il faut donc comprendre que les passions des péchés, qui appartiennent à la concupiscence du péché, ne sont pas dues à la Loi, comme si la Loi les produisait, mais que le péché les produit en prenant occasion de la Loi. Et c’est pour la même raison qu’elle est appelée loi de mort, non parce que la Loi produit la mort, mais parce que le péché produit la mort en prenant occasion de la Loi. <En gardant> le même sens on peut encore disposer différemment le texte[542] de manière à lui faire dire que le péché a produit par le commandement de la Loi toute concupiscence, et cela en prenant occasion du commandement lui-même; mais la première explication est la plus simple et la meilleure.
544. — 2. Lorsque <l’Apôtre> dit : car sans la Loi, il explique ce qu’il avait dit, et cela par l’expérience de l’effet. Et :
a) Il expose en premier lieu l’effet.
b) Puis, il récapitule la cause [n° 550] Car le péché, etc.
a. En exposant l’effet il décrit trois choses :
— D’abord, l’état antérieur à la Loi.
— Puis, l’état sous la Loi [n° 547] : Mais quand est venu, etc.
— Enfin, en comparant les deux états, il déduit l’effet de la Loi [n° 549] : et il s’est trouvé, etc.
545. — Il dit donc d’abord : le péché, saisissant l’occasion, a produit en moi par le commandement toute concupiscence; ce qui est évident par ce qui suit : car sans la Loi le péché était mort, non comme s’il n’avait pas existé, puisque "par un seul homme le péché est entré dans ce monde" avant la Loi, comme on l’a dit plus haut Mais il faut comprendre qu’il était mort, soit quant à la connaissance de l’homme, qui ne savait pas que certains points défendus par la Loi étaient des péchés, par exemple la concupiscence; soit parce qu’il était mort quant à son pouvoir de donner la mort, en comparaison avec ce qu’il fut par la suite. Car il n’avait pas une telle puissance de conduire l’homme à la mort qu’il ne l’a eue par la suite en prenant occasion de la Loi. On regarde en effet comme mort ce dont la puissance est affaiblie : "Mortifiez vos membres qui sont sur la terre : la fornication, l’impureté, la luxure, la concupiscence mauvaise, et l’avarice, qui est une idolâtrie." "Tel était donc l’état antérieur à la Loi quant au péché."
546. — Mais quel était cet état par rapport à l’homme, <l’Apôtre> le montre en ajoutant : Et moi je vivais autrefois sans la Loi. Paroles qui peuvent également être entendues de deux manières : d’abord, en ce sens que l’homme semblait vivre de lui-même, ignorant que sa mort était due au péché : "Tu as le nom de vivant, mais tu es mort." Ou bien, ces paroles sont dites par comparaison avec la mort, qui est venue à l’occasion de la Loi. Car ceux qui pèchent moins sont réputés vivre, en comparaison de ceux qui pèchent davantage[543].
547. — Puis lorsqu’il dit : Mais quand est venu le commandement, etc., il décrit l’état sous la Loi.
Et d’abord quant au péché : Mais quand est venu le commandement, c’est-à-dire quand la Loi a été donnée, le péché a repris vie. Ce qui peut se comprendre de deux manières : soit par rapport à la connaissance de l’homme, qui a commencé à reconnaître que le péché était en lui, ce qu’il ne savait pas auparavant : "Après que tu m’as montré <mon état>, j’ai frappé ma cuisse, j’ai été confondu, et j’ai rougi." Et <l’Apôtre> a dit expressément : a repris vie, parce qu’au paradis l’homme avait eu pleine connaissance du péché, bien que sans en avoir l’expérience. Ou bien : a repris vie, quant à sa puissance, parce que, la Loi ayant été donnée, la puissance du péché a été occasionnellement augmentée : "La puissance du péché, c’est la Loi."
548. — Soit par rapport à l’homme lui-même, lorsqu’il dit : 10 Et moi je suis mort. Ce qui peut également se comprendre de deux manières 1 — d’abord, selon la connaissance, de telle sorte que le sens serait : je suis mort, c’est-à-dire j’ai connu que j’étais mort; ensuite, par comparaison avec l’état antérieur, de telle sorte que le sens serait : je suis mort, c’est-à-dire je suis voué à la mort plus qu’auparavant. Aussi la parole qui a été dite à Moïse et à Aaron n’est pas sans vérité : "C’est vous qui avez tué le peuple du Seigneur."
549. — Enfin, <l’Apôtre> déduit de la comparaison de l’un et l’autre état l’effet de la Loi, en disant : il s’est trouvé, suivant ce qui précède, que le commandement qui m’était donné pour la vie, tout d’abord selon l’intention de celui qui donne la Loi, ensuite quant à la noblesse elle-même du commandement et la soumission de celui qui obéit — "Je leur ai donné mes préceptes, je leur ai fait connaître mes ordonnances, dans lesquelles l’homme qui les accomplira trouvera la vie " — ce commandement <l’a été, c’est-à-dire> m’est <donné> occasionnellement pour la mort, à savoir, par le péché qui était dans l’homme "Son pain dans ses entrailles se changera en fiel d’aspic au-dedans de lui."
550. — b. En ajoutant : 11 Car le péché, etc., <l’Apôtre> récapitule la cause et la fait en quelque sorte connaître à travers l’effet mentionné, en disant : Il arrive que le commandement mentionné qui était donné pour la vie se trouve être donné pour la mort, car le péché, prenant l’occasion, m’a séduit à travers le commandement, c’est-à-dire par la concupiscence qu’il a produite en moi, comme il est dit dans <le livre de> Daniel "La beauté t’a séduit et la concupiscence a perverti ton cœur. — Et par lui, c’est-à-dire par le commandement, le péché m’a tué occasionnellement : "La lettre tue"
551. — II. [544]En disant : 12 donc la Loi, etc., l’Apôtre tire la conclusion qu’il s’était proposée, à savoir que non seulement la Loi n’est pas péché, mais de plus qu’elle est bonne, puisqu’elle fait connaître le péché et le défend.
Et il conclut d’abord quant à toute la Loi, en disant : Comme on le voit d’après ce qui précède, donc la Loi est sainte[545]. — "La Loi du Seigneur est sans tache." — "Nous savons que la Loi est bonne si l’on en use légitimement."
Puis, quant au commandement particulier de la Loi, <l’Apôtre conclut> en disant : et le commandement de la Loi est saint, quant aux préceptes cérémoniels, qui règlent les hommes dans leur rapport au culte divin : "Soyez saints, parce que je suis saint, moi, le Seigneur " — Et juste, quant aux préceptes judiciaires qui règlent dûment l’homme dans son rapport avec le prochain : "Les jugements du Seigneur sont vrais, ils se justifient par eux-mêmes." — Et bon, c’est-à-dire honnête, quant aux préceptes moraux : "Un bien pour moi, que la Loi de ta bouche, plus que millions d’or et d’argent " Enfin, puisque tous les préceptes nous ordonnent à Dieu, <l’Apôtre> a appelé sainte toute la Loi.
552. — Lorsqu’il dit : 13 Ce qui est bon est-il donc, etc., il soulève une question quant à l’effet de la Loi.
Il commence par soulever une question, en disant : Ce qui est bon, en soi, est-il donc devenu pour moi la mort, c’est-à-dire par soi cause de mort ? C’est une fausse interprétation qu’on pouvait faire à partir de ce qui a été dit plus haut : Il s’est trouvé que le commandement qui m’était <donné> pour la vie l’a été pour la mort.
553. — Puis il résout <cette question> par une <interjection> négative, en disant : Loin de là! Ce qui en soi est bon et vivifiant ne peut être cause de mal et de mort, selon ce verset de Matthieu : "Un arbre bon ne peut produire de mauvais fruits, ni un arbre mauvais produire de bons fruits."
554. — Enfin, <en disant :> : Mais le péché, etc., <l’Apôtre> fait concorder ce qu’il dit maintenant avec ce qui a été dit plus haut [n° 540]. En effet, il s’est trouvé que le commandement <donné> l’a été pour la mort, non parce que lui-même produit la mort, mais parce que, le péché lui-même saisissant l’occasion, il produit la mort. C’est ce que dit <l’Apôtre par l’expression> Mais le péché, afin de paraître péché, ce qui veut dire : afin que ce qui est péché apparaisse comme péché par le bien de la Loi, autrement dit par son commandement, car <la Loi> produit le bien lui-même, qui donne la connaissance du péché. Et cela en tant qu’elle offre au péché l’occasion de se manifester.
555. — Cependant il ne faut pas comprendre que par la Loi le péché ait produit la mort, comme si sans la Loi la mort n’eût point existé. Car il a été dit plus haut que "la mort a régné depuis Adam jusqu’à Moïse ", c’est-à-dire alors que la Loi n’existait pas. Mais il faut comprendre que le péché a produit la mort par la Loi, en ce sens que la condamnation de la mort s’est accrue dès l’avènement de la Loi. C’est ce qu’ajoute <l’Apôtre> : Je dis que le péché a produit la mort par le bien, en sorte que le péché devienne pécheur, c’est-à-dire qu’il fait pécher par le commandement de la Loi, profitant de l’occasion. Et cela à l’excès, par rapport à <ceux qui> péchaient auparavant, soit parce que est survenue la faute de la prévarication, soit parce que la concupiscence du péché s’est accrue, comme on l’a dit plus haut [n° 540], par l’interdiction de la Loi qui est survenue. Et, par péché on doit comprendre ici, selon ce qui vient d’être dit [n° 541s], qu’il s’agit ou du diable[546] ou plutôt du foyer du péché[547].