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Leçon 3 — Romains 7, 14-20 — La loi de la chair en nous
SOMMAIRE : L’Apôtre démontre la bonté de la Loi par la répugnance que l’homme éprouve pour le bien, répugnance que la Loi ne saurait enlever. Comment la loi ancienne peut-elle être appelée spirituelle, et l’homme charnel ? Avons-nous de nous-mêmes le commencement des bonnes œuvres ?

[n° 557] 14 Nous savons en effet que la Loi est spirituelle; mais moi je suis charnel, vendu au pouvoir du péché.

[n° 5621 15 Car ce que je fais, je ne le comprends pas; car le bien que je veux, je ne le fais pas; mais le mal que je hais, je le fais.

[n° 567] 16 Or si je fais ce que je ne veux pas, je donne mon consentement à la Loi parce qu’elle est bonne.

[n° 5681 Mais en réalité ce n’est plus moi qui le fais, mais le péché qui habite en moi.

[n° 572] ‘ je sais que le bien n’habite pas en moi, c’est-à-dire dans ma chair : [n° 577] en effet, vouloir est à ma portée; mais accomplir le bien, je ne le puis.

[n° 581] ‘ je ne fais pas le bien que je veux, mais le mal que je ne veux pas, je le fais.

[n° 582] 20 si je fais ce que je ne veux pas, ce n’est plus moi qui le fais, mais le péché qui habite en moi.

556. — Après avoir écarté[548] ce qui pouvait faire paraître la Loi mauvaise et produisant de mauvais effets [n° 532], l’Apôtre prouve ici que la Loi est bonne. Et dans ce but il fait deux choses

— Il prouve d’abord la bonté de la Loi par la répugnance même que l’homme éprouve pour le bien, <répugnance> que la Loi ne peut ôter.

— Puis, il montre quelle sorte de loi peut ôter la répugnance [n° 589] 24 "Moi, homme, misérable, etc."

Pour prouver la bonté de la Loi, <l’Apôtre> commence par exposer son intention.

Puis, prouve sa proposition [n° 562] 15 Car ce que je fais, etc.

Enfin, il en déduit la conclusion qu’il s’est proposée [n° 583] : "Je trouve donc cette Loi, etc."

Sur le premier point :

* Il expose la bonté de la Loi.

* Puis, la condition de l’homme [n° 558] : mais moi je suis charnel, etc.

557. — * Il commence donc son exposition ainsi : après avoir dit que la Loi est sainte, il ajoute : 14 Nous savons en effet, nous qui avons la sagesse des choses divines, que la Loi, l’ancienne, est spirituelle, c’est-à-dire met les hommes en accord avec l’esprit." La Loi du Seigneur est sans tache." Ou bien : est spirituelle, c’est-à-dire donnée par l’Esprit-Saint, qui est appelé le doigt de Dieu dans les Ecritures 2 — "Si c’est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, c’est que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous." C’est pourquoi il est dit "Le Seigneur donna à Moïse les deux tables de pierre du témoignage, écrites du doigt de Dieu." Cependant la Loi nouvelle est non seulement appelée spirituelle, mais aussi Loi de l’Esprit, comme on le voit plus loin, au chapitre 8 — "<En effet, la Loi de l’esprit de vie dans le Christ Jésus m’a libéré de la loi du péché et de la mort> ", parce que non seulement elle vient de l’Esprit-Saint, mais il l’imprime dans le cœur qu’il habite.

558. — En ajoutant : mais moi je suis charnel, etc., il montre la condition de l’homme. Et ces paroles peuvent être expliquées de deux manières. Selon une première manière, en ce sens que l’Apôtre parle au nom de l’homme en état de péché. C’est ainsi qu’Augustin l’expose dans son livre Des quatre-vingt-trois questions[549]. Mais ensuite, dans son livre Contre Julien[550], il explique ces paroles en faisant parler l’Apôtre en son propre nom, c’est-à-dire en celui d’un homme constitué en état de grâce. Continuons donc en expliquant comment ces paroles et les suivantes peuvent être interprétées diversement dans l’un et l’autre sens, bien que la seconde explication soit préférable.

559. — Donc ces paroles : mais moi, etc., doivent être comprises de manière à ce que ce <pronom> "moi’> soit pris pour ce qui dans l’homme est principal, c’est-à-dire la raison; aussi chaque homme semble-t-il être sa raison ou son intelligence[551], comme le gouverneur d’une cité semble être la cité même, en sorte que la cité semble faire ce que fait son gouverneur[552].

560. — L’homme est appelé charnel, parce que sa raison est charnelle, et pour deux raisons. D’abord, parce qu’elle est soumise à la chair en consentant à l’instigation de la chair, selon ce <que dit l’Apôtre> dans sa première épître aux Corinthiens : "Puisqu’il y a parmi vous jalousie et esprit de contention, n’êtes-vous pas charnels et ne marchez-vous pas selon l’homme ?" On l’entend ainsi de l’homme qui n’est pas encore rétabli par la grâce. Ensuite, la raison est appelée charnelle en ce qu’elle est combattue par la chair, selon ces paroles <de l’Apôtre> aux Galates : "La chair convoite contre l’esprit." Et ainsi la raison charnelle s’entend aussi de l’homme établi dans la grâce. Car l’un et l’autre état d’homme charnel proviennent du péché; aussi <l’Apôtre> ajoute-t-il : vendu au pouvoir du péché.

561. — Mais il faut toutefois remarquer que l’état d’homme charnel qui suppose une rébellion de la chair contre l’esprit provient du péché du premier père, parce qu’il appartient au foyer dont la corruption découle de ce péché. Mais l’état d’homme charnel, qui implique l’assujettissement à la chair, provient non seulement du péché originel, mais aussi de l’actuel, par lequel l’homme, en obéissant aux concupiscences de la chair, s’en constitue l’esclave. C’est pourquoi <l’Apôtre> ajoute : vendu au pouvoir du péché, c’est-à-dire soit à celui du premier père, soit au sien propre. Et il dit : vendu, parce que le pécheur se vend lui-même comme esclave du péché, au prix de la satisfaction de sa propre volonté "Voilà que pour vos iniquités vous avez été vendus."

562. — Lorsque <l’Apôtre> ajoute : 15 Car ce que je fais, je ne le comprends pas, etc., il montre ce qu’il avait exposé. Et

I) Premièrement, que la Loi est spirituelle.

II) Secondement, que l’homme est charnel, vendu au pouvoir du péché [n° 568] : 17 Mais en réalité ce n'est plus moi.

I. En montrant que la Loi est spirituelle, il fait deux choses :

A) Il en donne d’abord la preuve.

B) Puis, il en tire une conclusion [n° 5671. — 16 Or si je fais ce que je ne veux pas, etc.

A. La preuve que la Loi est spirituelle se fonde sur la faiblesse de l’homme. Et l’Apôtre

1) Commence par l’exposer.

2) Puis, il en donne la démonstration [n° 564] : car le bien que je veux, etc.

563. — 1. Or la[553] faiblesse de l’homme est manifeste et elle se voit en ce qu’il fait ce qu’il sait ne devoir point être fait; aussi <l’Apôtre> dit-il : Car ce que je fais, je ne le comprends pas, à savoir comme devant être fait. Ce qui peut être interprété de deux manières : Soit en l’appliquant à celui qui est assujetti au péché, qui comprend en général qu’il ne faut pas commettre le péché, mais qui vaincu par la suggestion du démon, ou par sa passion, ou encore par l’inclination de l’habitude mauvaise, le commet. Voilà pourquoi on dit qu’en agissant contre sa conscience il fait ce qu’il sait ne devoir pas être fait : "Ce serviteur, qui a connu la volonté de son maître, et ne s’est pas tenu prêt, et de cette manière n’a pas agi selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups; celui qui ne l’a pas connue, et qui a fait des choses dignes de châtiment, recevra peu de coups." Ou bien on peut comprendre ces paroles en les appliquant à celui qui est établi dans la grâce, qui fait le mal non pas, à la vérité, en l’accomplissant en acte ou par un assentiment de l’esprit, mais seulement en le désirant selon la passion de l’appétit sensible. Et cette concupiscence l’emporte sur la raison et l’intelligence, parce qu’elle prévient le jugement qui, en survenant, empêche une pareille exécution. Et c’est pourquoi <l’Apôtre> ne dit pas expressément : "Je comprends que cela ne doit pas être fait", mais : "Je ne comprends pas", parce que l’intellect n’ayant pas encore délibéré, ou sans sa perception, une telle action de la concupiscence surgit : "La chair convoite contre l’esprit, et l’esprit contre la chair."

564. — 2. Quand[554] <l’Apôtre> dit : Or si je fais ce que je ne veux pas, etc., il prouve ce qu’il avait dit, par la division et par l’effet.

Par division d’abord. Il a dit : Car ce que je fais, etc. ; ce qui contient deux termes : ne pas faire le bien, et faire le mal, car celui qui ne fait pas le bien est réputé commettre le péché, par omission.

En disant ensuite : je ne le comprends pas, il le prouve par l’effet; parce que l’intelligence meut la volonté[555], vouloir est l’effet, de ce qui est acte d’intellection[556].

565. — Il dit donc d’abord quant à l’omission du bien : car le bien que je veux, je ne le fais pas. Ce qui peut s’entendre en premier lieu de l’homme en état de péché. Et dans ce sens le mot "faire" doit être pris pour l’action complète, qui s’accomplit extérieurement par le consentement de la raison. Mais le mot "vouloir" doit être entendu non pas de la volonté parfaite, à laquelle il appartient de prescrire l’œuvre, mais d’une sorte de volonté imparfaite, par laquelle les hommes veulent le bien d’une manière générale, comme ils portent aussi un jugement droit sur ce même bien, quoique par l’habitude ou la passion mauvaise ce jugement se pervertisse et la volonté se déprave à tel point dans l’acte particulier qu’on ne fait point ce qu’en général on sait devoir être fait et qu’on voudrait faire.

Mais si l’on applique ce passage à l’homme rétabli par la grâce, il faut, au contraire, entendre ce mot <de l’Apôtre> "je veux", c’est-à-dire d’une volonté parfaite qui persévère dans l’élection de l’œuvre particulière, en sorte que par les mots "je fais", on comprenne l’action incomplète, qui consiste seulement dans l’appétit sensible et ne parvient pas jusqu’au consentement de la raison. Car l’homme en état de grâce veut en vérité préserver son esprit des concupiscences mauvaises, mais il ne fait pas le bien à cause des mouvements désordonnés de la concupiscence qui surgissent dans l’appétit sensible. Et c’est dans le même sens qu’il dit <dans l’épître> aux Galates : "La chair convoite contre l’esprit, et l’esprit contre la chair en effet, ils sont opposés l’un à l’autre, de sorte que vous ne faites pas tout ce que vous voulez."

566. — Ensuite, en ce qui concerne l’accomplissement du mal, il ajoute : mais le mal que je hais, je le fais. Si l’on entend ce passage de l’homme pécheur, lorsqu’il dit : je hais, il faut comprendre une sorte de haine imparfaite, en tant que tout homme hait naturellement le mal. Mais quand il dit : je le fais, il faut comprendre l’action rendue parfaite par l’exécution de l’œuvre, suivant le consentement de la raison. Car cette haine du mal en général disparaît, dans l’élection de l’acte parti culier, par l’inclination de l’habitude ou de la passion.

Mais si l’on entend ce passage de l’homme en état de grâce, lorsqu’il dit : je le fais, il faut comprendre au contraire l’action imparfaite, qui consiste dans la seule concupiscence de l’appétit sensible[557]. En disant : je hais, il faut comprendre la haine parfaite, par laquelle on persévère dans la détestation du mal jusqu’à sa réprobation finale, dont il est dit : "Je les haïssais d’une haine parfaite ", c’est-à-dire les méchants, en tant qu’ils sont pécheurs. <Et encore> : "Lorsque les lois étaient encore parfaitement observées, à cause de la piété d’Onias, le pontife, et des esprits, qui avaient en haine le mal."

567. — B. En disant ensuite[558] : 16 Or si je fais ce que je ne veux pas, etc., il conclut, en se fondant sur la disposition de l’homme qu’il vient d’exposer, que la Loi est bonne. De quelque manière qu’on entende ces paroles, par le fait même que je ne veux pas le mal, je donne mon consentement à la Loi, parce qu’elle est bonne, en ce sens qu’elle interdit le mal, que naturellement moi je ne veux pas. Il est évident, en effet, que l’inclination de l’homme, selon la raison, le porte à vouloir le bien et à fuir le mal, selon la nature’ ou la grâce, et que l’une et l’autre sont bonnes[559]; Aussi la Loi, qui en prescrivant le bien et en défendant le mal est d’accord avec cette inclination, est-elle également bonne : "Je vous accorderai un don excellent; n’abandonnez pas ma Loi."

568. — II. En ajoutant : 17 Mais en réalité ce n'est plus moi, etc., il prouve ce qu’il avait dit de la condition de l’homme, à savoir qu’il est charnel et vendu au pouvoir du péché. Et sur ce point il fait trois choses

A) Il énonce son intention.

B) Puis, il prouve sa proposition [n° 572] : 18 Car je sais que le bien, etc.

C) Enfin, il en déduit la conclusion qu’il s’est proposée [n° 582] : 20 Or si je fais ce que je ne veux pas, etc.

569. — A. Que l’homme charnel soit vendu au pouvoir du péché, qu’il soit en quelque façon l’esclave du péché, on le voit dans le fait que ce n’est pas lui qui agit, mais qu’il est mû par le péché. Car celui qui est libre agit de lui-même et par lui-même, et n’est point mû par un autre[560]. Voilà pourquoi <l’Apôtre> déclare : J’ai dit que par l’intelligence et la volonté je donne mon consentement à la Loi [...]. Mais en réalité, lorsque j’agis contre la Loi, ce n’est plus moi qui fais ce que je fais contre la Loi, mais le péché qui habite en moi. Ainsi il est évident que moi je suis esclave du péché, dans la mesure où il opère en moi comme s’il avait un pouvoir.

570. — On peut appliquer cette doctrine avec vérité et facilité à l’homme en état de grâce, car le mal qu’il convoite selon l’appétit sensible appartenant à la chair ne procède pas de l’acte rationnel, mais de l’inclination due au foyer <du péché>. Or l’homme est réputé faire ce que la raison opère, parce que l’homme est selon la raison. C’est pourquoi les mouvements de la concupiscence, qui ne procèdent point de la raison, mais du foyer <du péché>, ne sont pas l’œuvre de l’homme mais de ce foyer que l’Apôtre appelle ici péché : "D’où viennent les guerres et les procès entre vous ? N’est-ce pas de là ? de vos concupiscences qui combattent dans vos membres ?" Mais on ne peut à proprement parler appliquer cette doctrine à l’homme en état de péché, parce que sa raison consentant au péché, il l’opère par lui-même. Aussi Augustin dit-il, et ce passage figure dans la Glose : "Il commet une grossière erreur, l’homme qui, tout en consentant à la concupiscence de sa chair et en prenant la ferme décision d’accomplir ce qu’elle désire, se croit en droit de déclarer : Ce n’est pas moi qui le fais[561]."

571. — On peut toutefois, mais en forçant le sens, expliquer ce passage en l’appli quant aussi à l’homme pécheur. Car un acte est attribué surtout à l’agent principal qui meut selon sa propriété, et non à l’agent qui se meut et qui agit selon la propriété d’un autre dont il reçoit le mouvement. Or il est manifeste que la raison de l’homme, selon qu’elle lui est propre, n’est pas inclinée vers le mal, mais selon qu’elle est mue par la concupiscence. Et c’est pourquoi l’exécution du mal due à la raison, en tant que vaincue par la concupiscence, n’est pas attribuée principalement à la raison, qui est ici prise pour l’homme mais plutôt à la concupiscence elle-même ou à l’habitude, par laquelle la raison est inclinée au mal. On dit que le péché habite dans l’homme, non comme si le péché était un être réel, puisqu’il n’est que la privation du bien[562], mais pour désigner la permanence de cette absence dans l’homme[563].

572. — B. Lorsqu’il dit : 18 Car je sais, <l’Apôtre> prouve que le péché, habitant dans l’homme, opère le mal que fait l’homme. Et :

1) Il expose d’abord un moyen terme pour prouver sa proposition.

2) Puis, il explique ce moyen terme [n° 577] : en effet, vouloir est à ma portée, etc.

573. — 1. <L’Apôtre> prouve donc d’abord que le péché, habitant dans l’homme, opère le mal que fait l’homme. La preuve est manifeste si ces paroles se réfèrent à l’homme en état de grâce, lequel est libéré du péché par la grâce du Christ, comme on l’a dit plus haut. Et donc pour l’homme en qui la grâce du Christ n’habite pas, ce dernier n’est pas encore libéré du péché. Or la grâce du Christ n’habite pas dans la chair, mais dans l’esprit, ce qui fait dire à <l’Apôtre> que si le Christ est en nous, "le corps, il est vrai, est mort à cause du péché; mais l’esprit vit à cause de la justification." Il domine donc encore dans la chair le péché qui opère par la concupiscence de la chair. Car <l’Apôtre> donne ici au mot "chair" la même acception que puissances sensibles. C’est ainsi, en effet, que la chair se sépare de l’esprit et qu’elle combat contre lui, selon que l’appétit sensible tend vers le contraire de ce que la raison demande, suivant ce passage <de l’épître aux> Galates : "La chair convoite contre l’esprit, et l’esprit contre la chair en effet, ils sont opposés l’un à l’autre, de sorte que vous ne faites pas tout ce que vous voulez."

574. — J’ai dit que ce qui est en moi, même ce qui a été rétabli par la grâce, c’est le péché qui l’opère; mais il faut comprendre en moi, selon que la chair est jointe à l’appétit sensible. Car je sais, par la raison et par l’expérience, que le bien, à savoir celui de la grâce par laquelle j’ai été reformé, n‘habite pas en moi. Mais de crainte que l’on comprenne <en moi> selon la raison[564] et comme on l’a exposé plus haut il explique : C’est-à-dire dans ma chair. Car ce bien habite en moi, c’est-à-dire dans mon cœur, selon cette parole : "Que le Christ habite par la foi dans vos cœurs."

575. — On voit[565] par là que les manichéens[566] ne peuvent se prévaloir de cette parole, eux qui prétendent que la chair n’est pas bonne selon la nature, et que par conséquent la créature de Dieu ne l’est pas, alors qu’il est écrit : "Toute créature de Dieu est bonne." Or l’Apôtre ne traite pas ici du bien de la nature, mais du bien de la grâce, par laquelle nous sommes libérés du péché.

576. — Mais si[567] l’on rapporte ces paroles à l’homme en état de péché, il est superflu de dire ce qui suit : c’est-à-dire dans ma chair; parce que dans l’homme pécheur le bien de la grâce n’habite ni quant à la chair, ni quant à l’esprit; à moins peut-être qu’on ne veuille forcer l’explication de ces paroles, parce que le péché, qui est la privation de la grâce, s’étend de la chair à l’esprit.

577. — 2. Quand il dit ensuite : en effet, vouloir est à ma portée, etc., <l’Apôtre> explique ce qu’il avait dit. Et

a) D’abord, par une faculté de l’homme.

b) Puis, par l’action de l’homme, qui montre <l’existence de> cette faculté [n° 581] : Car je ne fais pas le bien que je veux, etc.

578. — a. [568]La faculté de l’homme est décrite d’abord quant à la volonté, qui semble être en son pouvoir; aussi dit-il : en effet, vouloir est à ma portée, c’est-à-dire est proche de moi et comme sous mon pouvoir. Car il n’est rien d’aussi établi dans la volonté de l’homme que sa volonté, comme le dit Augustin[569]. Puis il expose la faculté de l’homme ou plutôt sa difficulté à effectuer l’action, lorsqu’il ajoute : mais accomplir le bien, je ne le puis, c’est-à-dire ce n’est pas en mon pouvoir, selon ce passage : "C’est à l’homme de préparer son âme è, et plus loin : "Le cœur de l’homme dispose sa voie; mais c’est au Seigneur de diriger ses pas."

579. — Cette parole[570] semble au contraire favoriser les pélagiens, eux qui prétendaient que le commencement de la bonne œuvre vient de nous-mêmes, en tant que nous voulons le bien[571]. Et il semble que ce soit la pensée de l’Apôtre : mais accomplir le bien, je ne le puis. Mais l’Apôtre rejette cette interprétation, lorsqu’il dit aux Philippiens : "C’est Dieu qui opère en vous et le vouloir et le faire "

580. — Quand donc <l’Apôtre> dit vouloir est à ma portée, à savoir de moi qui ai été restauré déjà par la grâce, cela vient de l’opération de la grâce divine, par laquelle non seulement je veux le bien, mais je fais aussi quelque chose de bien, parce que je résiste à la concupiscence et que j’agis contre elle sous la conduite de l’Esprit; mais je ne trouve pas en mon pouvoir le moyen d’accomplir ce bien, afin de détruire totalement la concupiscence. Et en cela, il est manifeste que le bien de la grâce n’habite pas dans ma chair, parce que s’il y habitait, de même que j’ai la faculté de vouloir le bien par la grâce habitant dans mon esprit, ainsi aurais-je la faculté d’accomplir le bien par la grâce habitant dans ma chair. Mais si l’on rapporte ce passage à l’homme en état de péché, on pourrait l’expliquer en prenant "vouloir" dans le sens d’une volonté incomplète qui, par l’instinct de la nature, porte au bien tous ceux qui pèchent. Mais ce vouloir est à la portée de l’homme, c’est-à-dire gisant près de lui comme un infirme, à moins que la grâce ne donne à la volonté l’efficacité d’accomplir <le bien>.

581. — b. Lorsque <l’Apôtre> dit : Car je ne fais pas le bien que je veux, il explique ce qu’il avait dit par l’action de l’homme, qui est le signe et l’effet de la faculté humaine. Par là, en effet, on voit que l’homme ne trouve pas le moyen d’accomplir le bien, parce qu’il ne fait pas le bien qu’il veut, tandis qu’il fait le mal qu’il ne veut pas; et ce sens a déjà été exposé plus haut [n° 564s].

582. — c. En disant ensuite : 20 Or si je fais ce que je ne veux pas, ce n'est plus moi qui le fais, mais le péché qui habite en moi, <l’Apôtre> tire la conclusion qu’il s’était proposée plus haut; et cela a aussi été expliqué précédemment. Mais il faut noter cependant qu’à partir d’un seul et même moyen terme, à savoir, je fais ce que je ne veux pas, l’Apôtre tire les deux conclusions qu’il avait établies auparavant, à savoir la bonté de la Loi, lorsqu’il dit : Or si je fais ce que je veux pas, je donne mon consentement à la Loi de Dieu, parce qu’elle est bonne; et d’autre part le règne du péché dans l’homme, quand il dit ici : Or si je fais ce que je ne veux pas, ce n'est plus moi qui le fais, mais le péché qui habite en moi. La première de ces deux conclusions se rapporte à ce qu’il avait dit La Loi est spirituelle; la seconde, à ce qu’il avait dit, au même endroit : mais moi je suis charnel, vendu au pouvoir du péché. Mais la première conclusion sur la bonté de la Loi, <l’Apôtre> la tire de ce moyen terme, sur la base de cette parole je ne veux pas, parce que sa raison ne veut pas ce que la Loi défend, d’où il est évident que la Loi est bonne. Et en se fondant sur cette parole je fais, il conclut que le péché règne dans l’homme, puisqu’il opère contre la volonté de la raison[572].

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