[n° 695] 28 Or nous savons que tout coopère au bien pour ceux qui aiment Dieu, pour ceux qui, selon son propos, sont appelés saints.
[n° 7011 29 Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, pour qu’il soit le premier-né d’une multitude de frères.
[n° 707] 30 Et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés; et ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés; et ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés.
[n° 710] 31 Que dirons-nous donc à l’égard de ces choses ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
[n° 712] 32 Lui qui n’a pas épargné même son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment ne nous donnerait-il pas aussi toutes choses avec lui ?
695. — Plus haut, l’Apôtre a montré que l’Esprit-Saint nous aide au milieu des faiblesses de la vie présente à obtenir l’objet de nos désirs [n° 686], ici il montre comment il nous aide dans les événements extérieurs, en les dirigeant pour notre bien.
Et :
Il commence par exposer son intention.
— Puis il prouve sa proposition [n° 701] : 29 Car ceux qu’il a connus d’avance, etc.
— Enfin, à partir de ce qu’il a dit, il tire une conclusion [n° 721] : "Qui donc nous séparera, etc."
696. — I. Sur le premier point, il faut en l’occurrence considérer deux choses [n° 699]
A. Premièrement, la grandeur du bienfait qui est conféré par l’Esprit-Saint, à savoir que pour nous tout coopère au bien. Pour rendre cela évident, il faut considérer que tout ce qui se fait dans le monde, même le mal, tourne au bien de tout, parce que, comme Augustin le dit dans l’Enchiridion, "Dieu est tellement bon, qu’il ne permettrait aucun mal, s’il n’était assez puissant pour tirer du bien de quelque mal que ce soit." Mais le mal ne tourne pas toujours au bien de celui en qui il se trouve; par exemple la corruption d’un animal tourne au bien de tout, en ce que la corruption de l’un sert à la génération de l’autre, sans cependant tourner au bien de celui qui se corrompt. Car le bien de tout est voulu par Dieu en lui-même, et chacune de ses parties lui est ordonnée.
697. — La même raison semble déterminer l’ordre des plus nobles parties aux autres, parce que le mal de ces dernières est ordonné au bien des plus nobles. Mais tout ce qui se fait à l’égard des parties les plus nobles n’est ordonné qu’à leur bien, parce que c’est pour elles-mêmes qu’on en prend soin, et pour elles encore qu’on prend soin des autres. Par exemple, le médecin tolère la faiblesse du pied, afin de guérir la tête. Or, entre toutes les parties du tout, les saints de Dieu tiennent le premier rang, et à chacun d’eux appartient ce qui est dit dans <l’évangile de> Matthieu : "Il l’établira sur tous ses biens." C’est la raison pour laquelle tout ce qui arrive, soit à leur égard, soit à l’égard d’autres choses, tourne en tout à leur bien. Ainsi se vérifie ce qui est dit dans les Proverbes : "Celui qui est insensé servira le sage ", à savoir parce que même le mal des pécheurs tourne au bien des justes. Ce qui fait dire que Dieu a un soin particulier des justes, selon ce verset d’un psaume "Les yeux du Seigneur sont sur les justes ", c’est-à-dire en tant qu’il prend soin d’eux, de telle sorte qu’avec sa permission le mal qui leur arrive ne tourne qu’à leur bien. Et cela est manifeste quant au mal de la peine dont ils souffrent, aussi est-il dit dans la Glose[668] qu’"en eux l’infirmité sert d’exercice à l’humilité, l’affliction à la patience, la contradiction à la sagesse, la haine à la bienveillance[669]." Ce qui fait dire à Pierre : "Si même vous souffrez pour la justice, bienheureux serez-vous."
698. — Cependant les péchés coopéreraient-ils aussi à leur bien ? Certains disent que les péchés ne sont pas contenus dans ce mot "tout", parce que, selon Augustin, "le péché n’est rien et les hommes sont réduits à rien lorsqu’ils pèchent[670]."
En sens contraire, la Glose continue <en disant :> : "A l’égard de ces <justes> Dieu fait tellement coopérer toutes choses au bien que, si quelques-uns d’entre eux s’égarent et sortent de la voie, il fait servir même leur déviance à leur bien[671]." Ce qui fait dire aussi <au psalmiste> : "Lorsque <le juste> tombera, il ne sera point brisé, parce que le Seigneur met sa main sous <lui>."
Mais suivant cela, il semble que ceux qui sont tels se relèvent avec une charité plus grande, puisque le bien de l’homme consiste dans la charité, dont l’Apôtre dit que si on ne l’a pas on est tenu pour rien "Si je n’ai point la charité, je ne suis rien."
Il faut répondre que le bien de l’homme ne consiste pas seulement dans l’étendue de la charité, mais principalement dans sa persévérance jusqu’à la mort, selon cette parole de Matthieu." Celui qui persévérera jusqu’à la fin, celui-là sera sauvé." Or quand le juste tombe, il se relève et plus prudent et plus humble; aussi la Glose, après avoir dit que les chutes elles-mêmes font progresser les justes dans le bien, ajoute qu’" ils en reviennent plus humbles et plus instruits[672]." Car ils apprennent à devoir se réjouir avec tremblement, sans s’arroger l’assurance de persévérer en s’appuyant sur leur propre vertu.
699. — B. Deuxièmement, il faut considérer à qui est appliqué ce bienfait <de l’Esprit-Saint>.
1. Sur ce point, remarquez premièrement que <l’Apôtre exige> quelque chose du côté de l’homme, lorsqu’il dit : pour ceux qui aiment Dieu. En effet, l’amour de Dieu est <répandu> en nous par l’inhabitation de l’Esprit-Saint, comme on l’a dit plus haut [n° 605]. Or c’est l’Esprit-Saint lui-même qui nous dirige "dans une voie droite", comme le dit le psalmiste. Et d’où ces paroles de Pierre : "Qui est-ce qui vous nuira, si vous avez le zèle du bien ?" Et encore dans ce psaume : "Une paix abondante est pour ceux qui aiment ta Loi, et il n’y a pas pour eux de scandale." Et cela est tout à fait raisonnable, parce que, selon cette parole : "Moi, j’aime ceux qui m’aiment ", aimer c’est vouloir du bien à celui que l’on aime ; or pour Dieu vouloir c’est faire, car "tout ce qu’il a voulu, le Seigneur l’a fait " dit le psalmiste. Voilà pourquoi Dieu tourne tout au bien pour ceux qui l’aiment.
700. — 2. Deuxièmement, remarquez du côté de Dieu ce qu’il fait[673]. Il a d’abord prédestiné ses fidèles de toute éternité ensuite il les appelle dans le temps; enfin il les sanctifie. <L’Apôtre> mentionne ces trois actions, lorsqu’il dit : pour ceux qui, selon son propos, sont appelés saints, c’est-à-dire pour ceux qui ont été prédestinés, appelés et sanctifiés; de sorte que le mot "propos)> se rapporte à la prédestination, laquelle, selon Augustin, est le propos de faire miséricorde[674] — "Ayant été prédestinés selon le propos de Celui qui fait toutes choses suivant le conseil de sa volonté."
Le mot "appelés" se rapporte à la vocation : "<Qui> l’a appelé pour le suivre ?" Le mot "saints" se rapporte à la sanctification, selon ce passage du Lévitique : "Moi je suis le Seigneur qui sanctifie." Or l’Apôtre ajoute qu’il sait cela en parlant au nom des saints : nous savons, etc. — "La sagesse a donné <au juste>" la science des saints. Cette science procède soit de l’expérience, soit de la considération de l’efficacité de la charité : "L’amour est fort comme la mort s>, soit même de la prédestination éternelle : "Toute ma volonté s’accomplira et tout mon conseil s’exécutera "
701. — II. Lorsqu’il dit : 29 Car ceux qu’il a connus d’avance, etc., <l’Apôtre> prouve ce qu’il avait dit par le raisonnement suivant : nul ne peut nuire à ceux que Dieu fait progresser; or Dieu fait progresser les prédestinés qui l’aiment donc rien ne peut leur nuire, mais tout tourne à leur bien.
A) <L’Apôtre> prouve donc d’abord la mineure, à savoir que Dieu fait progresser <les prédestinés>.
B) Puis, la majeure, à savoir que pour ceux qui progressent par Dieu rien ne peut être nuisible [n° 710] : 31 Que dirons-nous donc, etc.
A. Sur le premier point <l’Apôtre> fait deux choses :
1) Il indique d’abord ce qui est préparé de toute éternité pour faire progresser les saints.
2) Puis, ce qui leur est accordé dans le temps [n° 707] : 30 Et ceux qu’il a prédestinés, etc.
702. — 1. Sur ce qui est préparé[675] de toute éternité pour faire progresser les saints, <l’Apôtre> expose deux choses : la prescience et la prédestination Car ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés.
Certains[676] prétendent que la prédestination est prise ici pour la préparation, qui se fait dans le temps, c’est-à-dire celle par laquelle Dieu prépare les saints à la grâce; ils parlent ainsi pour distinguer la prescience de la prédestination. Toutefois si l’on considère cela de près, ils sont tous les deux éternels, mais diffèrent rationnellement. Car, comme on l’a dit plus haut [n° 43s], à propos de ces mots : Qui a été prédestiné, la prédestination suppose une préordination dans la disposition de ce qu’on doit accomplir. Or Dieu a prédestiné de toute éternité les bienfaits qu’il devait donner à ses saints. La prédestination est donc éternelle. Elle diffère de la prescience rationnellement, parce que la prescience suppose seulement la connaissance des choses futures, tandis que la prédestination suppose une sorte de causalité par rapport à ces choses futures. Voilà pourquoi Dieu a la prescience même des péchés, mais sa prédestination a pour objet les biens du salut. D’où ces paroles de l’Apôtre aux Ephésiens : "<Dieu> nous a prédestinés pour lui à l’adoption de ses fils par Jésus-Christ, selon le propos de sa volonté, pour la louange de la gloire de sa grâce dont il nous a gratifiés par son Fils bien-aimé."
703. — Sur l’ordre de la prédestination[677] et de la prescience certains <auteurs> disent que la prescience des mérites des bons et des méchants est la raison de la prédestination et de la réprobation, laissant entendre que Dieu prédestine quelques hommes, parce qu’il sait d’avance qu’ils feront le bien et qu’ils croiront dans le Christ. Et c’est dans ce sens qu’on explique ainsi le texte : ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils. On dirait de cette explication qu’elle est raisonnable si la prédestination regardait seulement la vie éternelle, qui est donnée par les mérites; mais elle comprend tout bienfait dans l’ordre du salut, divinement préparé pour l’homme de toute éternité; c’est pourquoi, pour la même raison, tous les bienfaits que <Dieu> nous accorde dans le temps, il les a préparés de toute éternité. Donc avancer qu’un quelconque mérite de notre part est présupposé, et que sa prescience est la raison de la prédestination, cela revient à avancer que la grâce est donnée d’après nos mérites; que le principe des bonnes œuvres vient de nous et leur achèvement de Dieu. Il est donc plus convenable d’entendre le texte ainsi ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, en sorte que cette conformité ne soit pas la raison de la prédestination, mais son terme ou son effet. Car l’Apôtre dit aux Ephésiens : "Il nous a prédestinés à l’adoption des fils " de Dieu.
704. — En effet, l’adoption des fils n’est pas autre chose que cette conformité. Car celui qui est adopté comme fils de Dieu est conformé à son véritable Fils a. D’abord par le droit de participer à l’héritage, comme on l’a dit plus haut : "Fils, donc héritiers; et même héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ."
b. Ensuite par la participation à sa splendeur, car il est engendré du Père comme "splendeur de sa gloire." Aussi, en illuminant les saints de la lumière de la sagesse et de la grâce, il les fait devenir conformes à lui-même. D’où ces paroles du psalmiste "Dans les splendeurs des saints, avant l’étoile du matin, de mon sein je t’ai engendré ", c’est-à-dire en répandant toute la splendeur des saints.
705. — Quant à ces paroles[678] <de l’Apôtre> : conformes à l’image de son Fils, elles peuvent se comprendre de deux manières. D’abord, en considérant cette phrase comme une construction "appositive[679]" : conformes à l’image de son Fils, lequel est l’image : "Il est l’image du Dieu invisible " Ensuite, en considérant cette phrase comme une construction transitive; le sens est alors le suivant Il nous a prédestinés à être conformes à son Fils, c’est-à-dire pour que nous portions son image : "Comme nous avons porté l’image du terrestre, portons aussi l’image du céleste." D’autre part <l’Apôtre> dit ceux qu’il a connus d’avance, il les a aussi prédestinés, non point parce qu’il prédestine tous ceux qu’il a connus d’avance[680] mais parce qu’il ne pouvait les prédestiner sans les connaître d’avance : "Avant de te former dans le sein, je t’ai connu."
706. — <L’Apôtre>[681] dit ensuite quelle est la conséquence de cette prédestination, en ajoutant : pour qu’il soit le premier-né d’une multitude de frères. Car de même que Dieu a voulu communiquer à d’autres sa bonté naturelle, en les faisant participer à la similitude de sa bonté, en sorte que non seulement il soit bon, mais qu’il soit aussi l’auteur des bontés, de même le Fils de Dieu a voulu communiquer aux autres la conformité de sa filiation, pour être non seulement le Fils, mais encore le premier-né d’entre les fils. Ainsi celui qui par sa génération éternelle est le Fils unique, selon cette parole de Jean : "Le Fils unique qui est dans le sein du Père", est devenu selon la communication de la grâce le premier-né d’une multitude de frères. — "Lui qui est le premier-né des morts et le prince des rois de la terre." Le Christ nous a donc pour frères, soit parce qu’il nous a communiqué la similitude de sa filiation[682], comme on vient de le dire, soit parce qu’il a assumé la similitude de notre nature, selon ces paroles : "Il a dû être en tout semblable à ses frères "
707. — 2. Lorsqu’il dit : 30 Et ceux qu’il a prédestinés, etc., <l’Apôtre> expose ce que les saints reçoivent de Dieu <dans le temps>.
Et il mentionne d’abord la vocation, lorsqu’il dit : ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés. Or sa prédestination ne peut demeurer sans effet, selon cette parole "Le Seigneur des armées a juré, disant Certainement, comme j’ai pensé, de même il en sera. Et comme j’ai arrêté dans mon esprit, ainsi il arrivera." Or la prédestination commence à s’accomplir par la vocation de l’homme, laquelle est double[683]. L’une est extérieure et se fait par la bouche du prédicateur : "La sagesse a envoyé ses servantes pour appeler à la forteresse et aux murs de la cité." Dieu a appelé de cette manière Pierre et André, comme on le rapporte dans <l’évangile de> Matthieu : "<Or, marchant le long de la mer de Gaulée, Jésus vit deux frères, Simon qui est appelé Pierre, et André, son frère, qui jetaient leurs filets dans la mer (car ils étaient pêcheurs), et il leur dit "Suivez-moi et je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes." Et eux aussitôt, quittant leurs filets, le suivirent>." L’autre vocation est intérieure, elle n’est rien d’autre qu’un certain instinct[684] de l’esprit, par lequel le cœur de l’homme est mû par Dieu pour donner son assentiment à ce qui relève de la foi ou de la vertu : "Qui a suscité de l’Orient le juste et l’a appelé pour le suivre ?" Et cette vocation est nécessaire, parce que notre cœur ne se tournerait pas vers Dieu si Dieu lui-même ne nous attirait à lui "Nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire[685]."
— "Convertis-nous à toi, Seigneur, et nous serons convertis." Cette vocation est aussi efficace chez les prédestinés, parce qu’ils y donnent leur assentiment "Quiconque a entendu ce qui vient de mon Père et s’en instruit vient à moi.
708. En deuxième lieu[686], <l’Apôtre> mentionne la justification, lorsqu’il dit : ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés, c’est-à-dire en répandant sur eux la grâce "étant justifiés gratuitement par sa grâce." Si cette justification est rendue inutile chez quelques-uns, parce qu’ils ne persévèrent pas jusqu’à la fin, elle n’est cependant pas rendue inutile chez les prédestinés.
709. — En troisième lieu, <l’Apôtre> mentionne la glorification, lorsqu’il ajoute il les a aussi glorifiés. Et cela de deux manières : d’abord par le progrès de la vertu et de la grâce; puis par l’exaltation de la gloire : "En toutes choses, tu as glorifié ton peuple, Seigneur, et tu l’as honoré" <Paul> utilise le passé au lieu du futur, si l’on entend cette parole de la magnificence de la gloire, soit à cause de la certitude de cet avenir, soit parce que ce qui n’est que futur pour quelques-uns est réalisé pour d’autres.
710. — B. Lorsque <l’Apôtre> dit :
31 Que dirons-nous donc, etc., il prouve la majeure, à savoir que nul ne peut nuire à ceux que Dieu fait progresser.
— Et il montre d’abord qu’ils ne peuvent souffrir de dommage par le mal de la peine.
— Ensuite, par le mal de la coulpe [n° 715] : "Qui accusera les élus de Dieu ?"
711. — Le mal de la peine est de deux espèces : le premier consiste dans l’acte d’infliger des maux, le second dans l’acte de retirer des biens.
1. <L’Apôtre> montre d’abord que ceux que Dieu fait progresser ne souffrent pas de dommage de la part de celui qui s’efforce de les persécuter, et cela en disant : Que dirons-nous donc, etc. Comme s’il disait : Du moment que Dieu accorde tant de bienfaits à ses élus, que peut-on dire à l’encontre de cela ? peut-on dire que ces bienfaits sont réduits à rien ? Non, c’est impossible : "Il n’y a pas de sagesse, il n’y a pas de prudence, il n’y a pas de conseil contre le Seigneur." Ou bien Que dirons-nous ?, à savoir en considérant ces bienfaits ne faut-il pas nous en étonner ? <Il est écrit> dans Habaquq, selon une autre version "J’ai considéré tes œuvres et j’en ai été effrayé[687]." Ou encore : Que dirons-nous à l’égard de ces choses ?, c’est-à-dire que pourrons-nous dignement rendre à Dieu pour tant de bienfaits ?
— "Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu’il m’a faits ?" Et <L’Apôtre> ajoute : Si Dieu est pour nous, à savoir en nous prédestinant, en nous appelant, en nous justifiant et en nous glorifiant, qui sera contre nous, à savoir qui pourra l’être efficacement ? — "Présentons-nous ensemble qui est mon adversaire ?" Et encore "Place-moi auprès de toi : et qu’alors toute main lutte contre moi "
712. 2. <L’Apôtre> montre ensuite[688] que les saints de Dieu ne peuvent souffrir de dommage par la suppression des biens, en disant : 32 Lui qui n’a pas épargné même son propre Fils. Comme plus haut il avait fait mention de plusieurs fils, en disant : "vous avez reçu l’esprit d’adoption des fils ", il distingue <maintenant> entre tous ce fils, en disant : son propre Fils, c’est-à-dire qui n’a pas été adopté, comme les hérétiques le disent dans leurs mensonges, mais son Fils par nature et coéternel : "Le Fils de Dieu est venu, et nous a donné l’intelligence, pour que nous connaissions le vrai Dieu et que nous soyons en son vrai Fils ", Jésus-Christ, dont le Père dit : "Celui-ci est mon Fils bien-aimé."
713. — Ces paroles 3 — n’a pas épargné, doivent être entendues en ce sens que
<Dieu> ne l’a pas exempté de la peine; en effet, la coulpe n’étant pas en lui, il aurait pu en être épargné : "Celui qui épargne la verge hait son fils." Cependant Dieu le Père n’a pas épargné son Fils dans le dessein de le faire grandir, puisqu’il est Dieu parfait en tout, mais il l’a soumis à la passion en vue de notre bien (utilitatem). Et c’est bien ce que <l’Apôtre dit> en ajoutant : Mais l’a livré pour nous tous, c’est-à-dire l’a exposé à la Passion pour l’expiation de nos péchés : "lui qui a été livré pour nos fautes " — "Le Seigneur a mis sur lui l’iniquité de nous tous." Dieu le Père l’a livré à la mort en portant le décret de son Incarnation et de sa Passion, et en inspirant à sa volonté humaine le sentiment de la charité, qui l’a porté à endurer spontanément sa Passion. D’où ces paroles disant qu’il s’est livré lui-même : "Il s’est livré lui-même pour nous en oblation à Dieu et en hostie de suave odeur "; bien que Judas et les Juifs, quant aux actes extérieurs, l’aient aussi livré, comme on l’a dit plus haut [n° 380].
714. — Il faut faire attention à ces paroles <de l’Apôtre> : Lui qui n’a pas épargné, etc., autrement dit : non seulement il a exposé les autres saints à la tribulation pour le salut des hommes, selon ces paroles d’Osée : "A cause de cela, je les ai traités durement par les prophètes, je les ai tués par les paroles de ma bouche." <Et selon ces paroles de l’Apôtre> aux Corinthiens : "Si nous sommes dans la tribulation, c’est pour votre encouragement et votre salut "; mais il a encore livré son propre Fils. Or toutes choses existent dans le Fils de Dieu lui-même, comme dans leur cause primordiale et "pré opérative" — "Lui-même est avant toutes choses et tout subsiste en lui " —, c’est pourquoi à partir du moment où il a été livré pour nous, toutes choses nous ont été données; aussi <l’Apôtre> ajoute-t-il comment aussi avec lui, c’est-à-dire nous ayant été donné, ne nous donnerait-il pas toutes choses, à savoir afin que toutes choses tournent à notre bien : les réalités supérieures, c’est-à-dire les Personnes divines, pour en jouir; les esprits raisonnables pour vivre avec nous; toutes les réalités inférieures, non seulement celles qui sont prospères mais aussi celles qui sont hostiles, pour en user : "Tout est à vous, soit Paul, soit Apollos, soit Céphas, soit le monde, soit la vie, soit la mort, soit le présent, soit l’avenir; tout est à vous; mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu. "D’où l’évidence de ce qui est dit dans ce psaume : "Rien ne manque à ceux qui le craignent[689]"