[n° 619] 7 parce que la sagesse de la chair est ennemie de Dieu, car elle n’est pas soumise à la Loi de Dieu, et elle ne peut pas l’être.
[n° 624] 8 Ceux donc qui sont dans la chair ne peuvent pas plaire à Dieu.
[n° 625] Mais vous, vous n’êtes pas dans la chair, mais dans l’Esprit; si toutefois l’Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu’un n’a pas l’Esprit du Christ, celui-là n’est pas à lui.
[n° 628] 10 Mais si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, est mort à cause du péché; mais l’Esprit vit à cause de la justification.
[n° 630] 11 Que si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts vivifiera aussi vos corps mortels à cause de son Esprit qui habite en vous.
[n° 631] 12 Donc, frères, nous ne sommes pas débiteurs envers la chair, pour vivre selon la chair.
[n° 633] 13 Car si vous vivez selon la chair, vous mourrez; mais si par l’Esprit vous mortifiez les œuvres de la chair, vous vivrez.
619. — L’Apôtre, dans ce qui précède [n° 612], avait supposé que la prudence de la chair est morte, et c’est ce qu’il a main tenant l’intention de prouver.
Et :
I) Il prouve d’abord sa proposition.
II) Puis il montre que les fidèles auxquels il écrit sont étrangers à une telle prudence [n° 625] : Mais vous, vous n’êtes pas dans la chair, etc.
I. Sur le premier point il fait deux choses
A) Il prouve premièrement d’une manière abstraite sa proposition touchant la prudence de la chair.
B) Puis, il applique ce qu’il avait dit touchant la prudence de la chair à ceux qui la suivent [n° 624] : 8 Ceux donc qui sont dans la chair, etc.
A. Pour prouver sa proposition il expose trois propositions intermédiaires, dont la suivante sert de preuve à la précédente.
620. — 1. Or, par la première, il prouve ce qu’il a exposé plus haut [n° 617], à savoir que la prudence de la chair est mort, en ce sens que celui qui est ennemi de Dieu encourt la mort : "Quant à mes ennemis, qui n’ont pas voulu que je règne sur eux, amenez-les ici, et tuez-les devant moi." Et cela, parce que Dieu est notre vie : "Car lui-même est ta vie " Voilà pourquoi celui qui est ennemi de Dieu encourt la mort; or la prudence de la chair est ennemie de Dieu; donc la prudence de la chair est cause de mort.
621. — Il faut[610] noter à ce propos que ce qu’il avait appelé plus haut "prudence de la chair", il le nomme maintenant sagesse de la chair non point que la sagesse soit tout simplement la même chose que la prudence, mais parce que dans les choses humaines la sagesse est de la prudence : "La sagesse est pour l’homme de la prudence." Pour comprendre cela, il faut savoir qu’on appelle simplement sage celui qui connaît la cause la plus élevée dont toutes les choses dépendent. Or la cause suprême de toutes choses, ce ne peut être que Dieu. Voilà pourquoi la sagesse est tout simplement la connaissance des choses divines, comme le dit Augustin dans son premier livre sur La Trinité[611] — "Nous prêchons la sagesse parmi les parfaits, non la sagesse de ce siècle, ni des princes de ce siècle, qui périssent; mais nous prêchons la sagesse de Dieu dans le mystère, sagesse qui a été cachée, que Dieu a prédestinée pendant les siècles pour notre gloire qu’aucun prince de ce siècle n’a connue; car s’ils l’avaient connue, jamais ils n’auraient crucifié le Seigneur de la gloire." Dans chaque genre <de science>, on appelle sage celui qui connaît la cause la plus élevée de ce genre : ainsi, dans l’architecture, on qualifie de sage non pas celui qui sait travailler le bois et la pierre, mais celui qui conçoit et dispose convenablement la forme de l’édifice : c’est en cela que consiste tout l’art; et voilà pourquoi l’Apôtre dit : "Comme un sage architecte j’ai posé le fondement, et un autre a bâti dessus." Ainsi donc, dans les choses humaines, on appelle sage celui qui, ayant une juste appréciation de la fin de la vie humaine, l’ordonne totalement en fonction d’elle, ce qui relève de la prudence. Et c’est dans ce sens que la sagesse de la chair est la même chose que la prudence de la chair. Il est dit à propos de cette sagesse : "Ce n’est point là la sagesse qui vient d’en haut, mais une <sagesse> terrestre, animale, diabolique." Et cette sagesse est dite être l’ennemie de Dieu, parce qu’elle incline l’homme contre la Loi de Dieu : "il a couru contre <le Tout-Puissant>, la tête levée, et il s’est armé d’un cou inflexible."
622. — 2. Et dans[612] le dessein de prouver cela, <l’Apôtre> se sert d’un autre terme, en ajoutant : car elle n'est pas soumise à la Loi de Dieu. On ne peut, en effet, haïr Dieu pour ce qu’il est en lui-même, puisque Dieu est l’essence même de la bonté; mais un pécheur le hait en tant que le précepte de la Loi divine est contraire à sa volonté. Ainsi l’adultère hait Dieu, en tant qu’il hait ce précepte : "Tu ne commettras pas d’adultère." Ainsi tous les pécheurs, en tant qu’ils ne veulent pas se soumettre à la Loi de Dieu, sont ennemis de Dieu : "Tu te lies d’amitié avec ceux qui haïssent le Seigneur." <L’Apôtre> prouve donc avec raison que la prudence ou la sagesse de la chair est ennemie de Dieu, parce qu’elle n’est pas soumise à la Loi de Dieu.
623. — <L’Apôtre>[613] le prouve par la troisième proposition intermédiaire, en disant : et elle ne peut pas l’être. Car la prudence de la chair est un vice, comme on le voit d’après ce qui précède. Or, bien que celui qui est esclave d’un vice puisse en être libéré et être soumis à Dieu, selon ce qui a été dit plus haut : "Ainsi libérés du péché, vous êtes devenus esclaves de " Dieu; cependant le vice lui-même ne peut être soumis à Dieu, puisque en soi il est un éloignement de Dieu ou de sa Loi, de même que celui qui est noir peut devenir blanc, mais la noirceur elle-même ne peut jamais devenir blancheur. C’est dans ce sens qu’il est dit : "Un arbre mauvais ne peut produire de bons fruits." Il ressort de cela que les manichéens[614] s’approprient à tort ces paroles pour appuyer leur erreur, en voulant montrer au moyen de celles-ci que la nature de la chair n’est pas l’œuvre de Dieu, puisqu’elle est ennemie de Dieu et qu’elle ne peut lui être soumise. Car l’Apôtre ne parle pas ici de cette chair <qui est création de Dieu, mais de la prudence de la chair>[615], qui est un vice de l’homme, comme on l’a dit plus haut [n° 575].
624. — B. Lorsqu’il dit : 8 Ceux donc qui sont dans la chair, etc., <l’Apôtre> applique ce qu’il avait dit de la prudence de la chair aux hommes, en qui domine cette prudence. Ceux donc qui sont dans la chair, c’est-à-dire ceux qui suivent les concupiscences de la chair par la prudence de la chair, aussi longtemps qu’ils sont tels ne peuvent pas plaire à Dieu, car il est écrit dans un psaume : "<Dieu> se complaît en ceux qui le craignent" C’est pourquoi ceux qui ne lui sont pas soumis ne peuvent lui plaire, aussi longtemps qu’ils sont tels. Mais ils peuvent cesser d’être dans la chair selon la manière qui a été expliquée, et alors ils plairont à Dieu.
625. — II. En ajoutant : 9 Mais vous, vous n‘êtes pas dans la chair, etc., <l’Apôtre> montre que ceux auxquels il parle sont exempts de la prudence de la chair. Et sur ce point il fait trois choses
A. Il commence par exposer l’état des fidèles, en disant : Mais vous, vous n‘êtes pas dans la chair. Il est donc évident qu’il ne faut pas comprendre ce passage dans le sens de la nature de la chair. Car les Romains, auxquels il s’adressait, étaient des mortels revêtus de la chair. Mais il prend la chair pour les vices de la chair, selon ces paroles : "Ni la chair ni le sang ne posséderont le Royaume de Dieu[616]." C’est ce qui fait dire <ici à l’Apôtre> : vous, vous n'êtes pas dans la chair[617], c’est-à-dire vous n’êtes pas dans les vices de la chair, comme si vous viviez selon la chair : "Quoique vivant dans la chair, nous ne combattons pas selon la chair." — Mais dans l’esprit, c’est-à-dire vous suivez l’Esprit : "Je fus ravi en esprit le jour du Seigneur."
626. — B. Puis il pose une condition, en disant : si toutefois l’Esprit de Dieu habite en vous, à savoir par la charité : "Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous." Or <l’Apôtre> pose cette condition, parce que, bien qu’ils aient reçu dans le baptême l’Esprit-Saint, il pouvait cependant arriver que, le péché survenant, ils perdent l’Esprit-Saint, dont il est dit que "l’Esprit-Saint qui inspire la science fuira le déguisement, et il se retirera des pensées qui sont sans intelligence, et <l’homme> sera emporté par l’iniquité qui surviendra."
627. — C. Enfin, <l’Apôtre> montre la nécessité de cette condition en eux, en disant : Si quelqu’un n’a pas l’Esprit du Christ, celui-là n’est pas à lui. De même qu’un membre n’appartient au corps que s’il est vivifié par l’esprit du corps, ainsi celui qui n’a pas l’Esprit du Christ n’est pas membre du Christ : "A ceci nous savons que nous demeurons en lui et lui en nous, à ce qu’il nous a donné de son Esprit. Il faut cependant noter que l’Esprit du Christ et l’Esprit de Dieu le Père sont un même Esprit; mais on dit l’Esprit de Dieu le Père en tant qu’il procède du Père, et l’Esprit du Christ en tant qu’il procède du Fils[618]. Aussi le Seigneur attribue-t-il partout cet Esprit â lui-même comme à son Père, par exemple dans ces versets de Jean : "Le paraclet, l’Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit." Et encore : "Lorsque sera venu le Paraclet que je vous enverrai du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de moi."
628. — Lorsque <l’Apôtre> dit : 10 si le Christ est en vous, etc., il montre que par la grâce du Christ ou par l’Esprit-Saint nous sommes libérés de la peine." Et
— Il montre en premier lieu que nous sommes libérés par l’Esprit-Saint, pour l’avenir, de la mort corporelle.
— Ensuite, qu’en attendant et pour cette vie, nous sommes aidés par l’Esprit-Saint face aux infirmités de la vie présente [n° 686] : De même aussi l’Esprit vient en aide à notre faiblesse.
Sur le premier point :
Il commence par exposer son intention.
Il en déduit ensuite un corollaire [n° 631] : 12 Donc, frères, nous ne sommes pas débiteurs, etc.
Enfin, il prouve sa proposition [n° 634] : 14 Car tous ceux qui, etc.
Sur le premier point, il faut considérer le fait que l’Apôtre avait fait mention plus haut de l’Esprit de Dieu et de l’Esprit du Christ, bien que ce ne soit qu’un seul et même Esprit.
Il montre donc d’abord ce que nous obtenons de l’Esprit, en tant qu’il est l’Esprit du Fils.
Puis, il montre ce que nous obtenons de l’Esprit, en tant qu’il est l’Esprit de Dieu le Père [n° 630] : Il Que si l’Esprit, etc.
629. — * <L’Apôtre> dit donc : On a établi que si quelqu’un n’a pas l’Esprit du Christ, celui-là n'est pas à lui; donc, si vous, vous êtes du Christ, vous avez l’Esprit du Christ, et le Christ lui-même habitant en vous par la foi, selon ce passage <de l’Apôtre> aux Ephésiens : "Que le Christ habite par la foi dans vos cœurs" — Mais si le Christ est en vous, il est nécessaire que vous, vous soyez conformes au Christ. Mais le Christ est venu dans le monde pour être selon l’Esprit plein de grâce et de vérité; néanmoins, quant au corps, il porte la ressemblance de la chair du péché, comme on l’a dit plus haut Aussi faut-il qu’en vous le corps, c’est-à-dire votre corps, à cause du péché, qui demeure encore dans votre chair, soit mort, c’est-à-dire soit condamné à la nécessité de mourir, comme il est dit dans la Genèse : "Au jour où tu en mangeras, tu mourras de mort ", c’est-à-dire vous serez condamnés à la nécessité de mourir; mais l’esprit vit, lui qui a déjà été détourné du péché, selon ces paroles <de l’Apôtre> aux Ephésiens "Renouvelez-vous par l’esprit de votre esprit." Il vit de la vie de la grâce, à cause de la justification, par laquelle il est justifié par Dieu "Car ce que je vis maintenant dans la chair, c’est dans la foi au Fils de Dieu que je le vis." Et <il est écrit> plus haut "Le juste vit par la foi."
630. — * Lorsqu’il dit[619] — 11 Que si l’Esprit, etc., <l’Apôtre> montre ce que nous obtenons dans l’Esprit-Saint, en tant qu’il est l’Esprit du Père. Que si, dit-il, habite en vous l’Esprit de Celui, à savoir <l’Esprit> de Dieu le Père, qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts, <Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts vivifiera aussi vos corps mortels à cause de son Esprit qui habite en vous>. "Mais toi, Seigneur, aie pitié de moi et ressuscite-moi[620]" — "Vous avez même tué l’auteur de la vie, que Dieu a ressuscité d’entre les morts, ce dont nous sommes témoins." Et cependant le Christ lui-même est ressuscité par sa propre puissance parce que, la puissance du Père et la puissance du Fils étant la même, il en résulte que ce que Dieu le Père a fait dans le Christ, il le fait aussi en nous. Et tel est bien ce que <l’Apôtre> ajoute : Celui qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts vivifiera aussi vos corps mortels. Il ne dit pas "morts" mais "mortels", parce que dans la résurrection non seulement il sera enlevé à vos corps leur état de mort, c’est-à-dire la nécessité de mourir, mais aussi leur condition mortelle, c’est-à-dire la capacité de mourir, comme il en fut pour le corps d’Adam avant le péché[621], En effet, après la résurrection nos corps seront entièrement immortels : "Tes morts vivront; ceux qui m’ont été tués ressusciteront; réveillez-vous, et chantez des louanges, <vous> qui habitez la poussière; parce que ta rosée est une rosée de lumière, et que tu réduiras en ruine la terre des géants." — "Il nous vivifiera après deux jours; le troisième jour, il nous ressuscitera, et nous vivrons en sa présence." Et cela, à cause de son Esprit qui habite en nous, c’est-à-dire par la puissance de l’Esprit-Saint qui habite en nous "Voici ce que dit le Seigneur Dieu à ces ossements : Voilà que moi j’enverrai en vous un esprit, et vous vivrez." Et cela à cause de son Esprit qui habite, c’est-à-dire à cause de la dignité que nos corps ont <revêtue> en devenant des réceptacles de l’Esprit-Saint : "Ne savez-vous pas que vos membres sont le temple de l’Esprit-Saint, qui est en vous, que vous avez reçu de Dieu, et qu’ainsi vous n’êtes plus à vous-mêmes ?" Quant à ceux dont les membres n’ont pas été le temple de l’Esprit, ils ressusciteront, mais ils auront des corps passibles[622].
631. — Lorsqu’il dit : 12 Donc, frères, nous ne sommes pas débiteurs, etc., <l’Apôtre> tire un corollaire de ce qui précède. Et
* Il expose d’abord une conclusion.
* Puis, il en donne la raison [n° 633] : 13 Car si vous vivez selon la chair, etc.
632. — * Il commence donc par dire On a établi que beaucoup de biens nous proviennent par l’Esprit-Saint, et que de la prudence de la chair résulte la mort. "Donc nous sommes débiteurs" envers l’Esprit-Saint à cause des bienfaits reçus de lui, pour vivre selon l’Esprit et non selon la chair : "Si nous vivons par l’Esprit, marchons aussi selon l’Esprit."
633. — * En ajoutant : [623]13 Car si vous vivez selon la chair, etc., <l’Apôtre> donne la raison de la conclusion qu’il vient de tirer. Et en premier lieu quant à la chair, en disant : Car si vous vivez selon la chair, à savoir en suivant les concupiscences de la chair, vous mourrez, à savoir de la mort de la faute ici-bas et de la mort de la condamnation dans la vie future "<Une veuve> qui vit dans les délices est morte toute vivante " En second lieu, il donne la raison quant à l’Esprit, en disant : mais si par l’Esprit, c’est-à-dire grâce à l’Esprit, vous mortifiez les œuvres de la chair, c’est-à-dire les œuvres qui proviennent de la concupiscence de la chair, vous vivrez de la vie de la grâce ici-bas et de la vie de la gloire dans la vie future : "Mortifiez vos membres qui sont sur la terre : la fornication, l’impureté, la luxure, la concupiscence mauvaise et l’avarice, qui est une idolâtrie; choses pour lesquelles la colère de Dieu vient sur les fils de l’incrédulité, et dans lesquelles vous aussi vous avez marché autrefois, lorsque vous viviez parmi eux." — "Ceux qui sont au Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses concupiscences."
[n° 634] 14 Car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu.
[n° 637] 15 Car vous n’avez pas reçu de nouveau un esprit de servitude selon la crainte, mais vous avez reçu l’esprit d’adoption des fils, en qui nous nous écrions : Abba, Père.
[n° 645] 16 En effet, l’Esprit en personne rend témoignage à notre esprit que nous sommes fils de Dieu.
[n° 646] 17 Fils, donc héritiers; et même héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ, [n° 650] si toutefois nous souffrons avec lui, afin d’être aussi glorifiés avec lui.
634. — Après avoir exposé que la vie glorieuse nous sera donnée par l’Esprit-Saint [n° 628], cette vie qui bannira de nos corps toute mortalité, l’Apôtre en apporte ici la preuve. Et
I) Il montre d’abord que cette vie glorieuse est donnée par l’Esprit-Saint.
II) Puis, il montre la raison pour laquelle cette vie est différée [n° 650] Si toutefois nous souffrons avec lui, etc.
I. Sur le premier point il fait le raisonnement suivant : tous ceux qui sont fils de Dieu obtiennent l’éternité de la vie glorieuse; or tous ceux qui sont dirigés par l’Esprit-Saint sont fils de Dieu; donc tous ceux qui sont dirigés par l’Esprit-Saint obtiennent l’héritage de la vie glorieuse.
A) Il pose donc en premier lieu la mineure de ce raisonnement.
B) Puis, la majeure [n° 646] : Fils, donc héritiers, etc.
A. En exposant la mineure il fait deux choses
1) Il expose d’abord son intention.
2) Puis, il prouve sa proposition [n° 637] : 15 Car vous n’avez pas reçu, etc.
635. — [624]Sur le premier point[625] il faut considérer deux choses :
a. D’abord comment certains sont conduits par l’Esprit de Dieu. Et on peut interpréter <ces mots>, Tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, de la manière suivante : <sont conduits>, c’est-à-dire dirigés comme par un conducteur et un guide; <et c’est le rôle> que l’Esprit remplit à notre égard en tant qu’il nous illumine intérieurement en vue de ce que nous devons faire : "Ton Esprit qui est bon me conduira dans une terre droite." Mais parce que celui qui est conduit n’agit pas par lui-même, et que l’homme spirituel est non seulement instruit par l’Esprit-Saint sur ce qu’il doit faire, mais aussi mû quant à son cœur, ces paroles : tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, dépassent la simple compréhension des mots. En effet, cette expression "être conduit" (agi) veut dire être mû par un instinct supérieur. Aussi disons-nous des animaux sans raison qu’ils n’agissent pas, mais sont conduits, parce qu’ils sont mus par la nature et non par un mouvement propre en vue d’accomplir leurs actions. Et semblablement, l’homme spirituel n’est pas incliné à accomplir une action principalement par un mouvement de sa propre volonté, mais par un instinct de l’Esprit-Saint, selon ce passage d’Isaïe : "Lorsqu’il viendra comme un fleuve impétueux que pousse le souffle de Dieu "; et c’est ainsi que Luc dit du Christ qu’"il était conduit par l’Esprit au désert." Cependant cela n’exclut pas le fait que les hommes spirituels agissent par leur volonté et leur libre arbitre, parce que l’Esprit-Saint cause en eux le mouvement même de leur volonté et de leur libre arbitre, selon ces paroles : "C’est Dieu qui opère en nous et le vouloir et le faire, selon sa bonne volonté."
636. — b. Ensuite, il faut considérer comment ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, sont fils de Dieu. Cela se voit en les comparant aux enfants charnels, qui tirent de leur père leur génération par la semence charnelle. Mais la semence spirituelle qui procède du Père, c’est l’Esprit-Saint. Et c’est pourquoi par cette semence certains hommes sont engendrés comme fils de Dieu : "Quiconque est né de Dieu ne commet point le péché, parce que la semence divine demeure en lui, et il ne peut pécher, parce qu’il est né de Dieu."
637. — 2. Lorsque <l’Apôtre> dit : Car vous n'avez pas reçu, etc., il prouve sa proposition, à savoir que ceux qui reçoivent l’Esprit-Saint soient fils de Dieu, et <il prouve> cela de trois manières :
a) Premièrement, par la distinction des dons de l’Esprit-Saint.
b) Deuxièmement, par notre confession [n° 644] : en qui nous nous écrions, etc.
c) Troisièmement, par le témoignage de l’Esprit [n° 645] : 16 En effet, l’Esprit, etc.
638. a. À propos[626] de la distinction des dons de l’Esprit-Saint, il faut considérer qu’il produit en nous deux effets. L’un de crainte : "L’Esprit de crainte du Seigneur le remplira"; l’autre d’amour : "la charité de Dieu a été répandue en nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné." Or la crainte fait les esclaves, mais non l’amour. Pour rendre cela évident, il faut considérer que la crainte a deux objets : le mal que l’on fuit en craignant et ce qui semble nous menacer dans ce mal. Ainsi dit-on de l’homme qu’il craint et la mort et le roi qui peut tuer. Or il arrive quelquefois au mal que l’on fuit d’être opposé au bien corporel ou temporel, que l’on aime parfois d’une manière désordonnée, et qu’on répugne à souffrir <ce mal> de la part d’un homme mondain. Et telle est la crainte humaine ou mondaine qui ne vient pas de l’Esprit-Saint et que le Seigneur condamne : "Ne craignez point ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l’âme; mais craignez plutôt celui qui peut précipiter l’âme et le corps dans la géhenne."
639. — Cependant autre est la crainte qui fuit le mal parce qu’il s’oppose à la nature créée, à savoir le mal de la peine, et qu’on répugne toutefois à souffrir de la part d’une cause spirituelle, c’est-à-dire de Dieu; et cette crainte-là est louable en ce qu’elle craint au moins Dieu : "Qui leur donne d’avoir un esprit tel, qu’ils me craignent, et qu’ils gardent tous mes commandements en tout temps, afin que bien leur arrive, â eux et à leurs enfants pour jamais ?" Et quand elle est telle, elle vient de l’Esprit-Saint. Mais dans la mesure où cette crainte ne fuit pas le mal qui s’oppose au bien spirituel, à savoir le péché, mais seulement la peine, elle n’est pas louable. Et elle ne tient pas ce défaut de l’Esprit-Saint mais de la faute de l’homme. C’est ainsi que la foi informe, en tant qu’elle appartient à la foi, vient de l’Esprit-Saint, mais non son état informe. Si donc <mû> par cette crainte quelqu’un fait le bien, il n’agit cependant pas bien, car il ne le fait pas spontanément, mais contraint par la crainte de la peine, ce qui est le propre des esclaves. Voilà pourquoi cette crainte est justement appelée servile, car elle fait agir l’homme servilement.
640. — Il est une troisième crainte qui fuit le mal qui est opposé au bien spirituel, à savoir les péchés ou la séparation de Dieu, mal que cette crainte redoute d’encourir par une juste vengeance de Dieu. Ainsi, dans ce double objet, elle considère une chose spirituelle, mais garde cependant l’œil sur la peine. Et cette crainte est appelée initiale, parce qu’elle se trouve habituellement chez les hommes au début de leur conversion. En effet, ils craignent à cause de leurs péchés passés, et ils craignent d’être séparés de Dieu par le péché, en raison de la grâce infuse de la charité. Et c’est à propos de cette crainte qu’il est dit : "Le commencement de la sagesse est la crainte du Seigneur."
641. — Il est enfin une quatrième crainte, qui des deux côtés ne garde l’œil que sur le bien spirituel, parce qu’elle ne redoute que la séparation de Dieu. Cette "crainte est sainte", et "elle subsiste dans les siècles des siècles", ainsi qu’il est dit dans un psaume[627]. Or de même que la crainte initiale est causée par la charité imparfaite, cette dernière crainte est causée par la charité parfaite : "La charité parfaite chasse la crainte." Voilà pourquoi la crainte initiale et la crainte chaste ne se distinguent pas de l’amour de charité, qui est la cause de l’une et de l’autre, mais seulement de la crainte de la peine; car de même que cette dernière crainte produit la servitude, ainsi l’amour de charité produit la liberté des enfants; en effet, elle détermine l’homme à travailler volontairement pour l’honneur de Dieu, ce qui est le propre des enfants.
642. — Ainsi la Loi ancienne[628] a été donnée dans la crainte, que signifiaient les coups de tonnerre et autres manifestations du même genre qui se produisirent au moment où elle fut donnée, comme on le rapporte dans l’Exode. Et voilà pourquoi il est écrit dans <l’épître aux> Hébreux : "Ce qu’on voyait était si terrible que Moïse s’écria : "Je suis effrayé et tremblant." Et c’est ainsi que la Loi ancienne par l’infliction des peines conduisait à l’observance des commandements de Dieu, et qu’elle a été donnée dans un esprit de servitude. D’où ces paroles <de l’Apôtre> aux Galates : "La première <de ces femmes> se rattache au mont Sinaï et engendre pour la servitude."
643. — C’est pourquoi <l’Apôtre> dit ici[629] — On a avancé à juste titre que ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu, car il n’en va point dans la Loi nouvelle comme dans la Loi ancienne : vous n'avez pas reçu un esprit de servitude selon la crainte, à savoir la crainte des peines, crainte que causait l’Esprit-Saint; mais vous avez reçu l’esprit de charité, qui est l’esprit d’adoption des fils, c’est-à-dire par lequel nous sommes adoptés comme fils de Dieu : "Afin de nous conférer l’adoption filiale." Cependant cette manière de parler n’implique pas qu’il y ait des esprits différents, mais qu’il y a un même esprit, qui chez les uns produit la crainte servile pour ainsi dire imparfaite, chez d’autres un amour filial pour ainsi dire parfait.
644. — b. En disant[630] ensuite : en qui nous nous écrions, etc., <l’Apôtre> prouve la même chose par notre confession.
En effet, nous confessons, instruits que nous sommes par le Seigneur, que nous avons Dieu pour Père, lorsque nous disons en priant : "Notre Père qui es dans les cieux." Or il convient non seulement aux Juifs, mais aussi aux nations païennes de s’exprimer ainsi. Et c’est pourquoi <l’Apôtre> se sert de deux expressions qui ont la même signification, à savoir Abba, qui est <un mot> hébreu, et Père, qui est <un mot> latin ou grec, afin de montrer que ce titre convient à l’un comme à l’autre peuple. Et c’est ainsi que le Seigneur <a dit> : "Abba, Père, toutes choses te sont possibles." — "Tu m’appelleras Père." Or nous nous exprimons ainsi non point seulement avec le son de la voix, mais plus encore avec l’attention du cœur, attention qui pour son intensité est appelée cri, comme il fut dit à Moïse qui se taisait "Pourquoi cries-tu vers moi ", c’est-à-dire avec l’attention du cœur ? Mais cette intensité de l’attention procède du sentiment de l’amour filial que <l’Esprit-Saint> produit en nous. Et c’est pourquoi <l’Apôtre> dit : en qui, c’est-à-dire en l’Esprit-Saint, nous nous écrions Abba, Père. C’est ainsi que <dans le livre d’> Isaïe il est dit que des séraphins, dont le nom veut dire ardent et comme embrasé par le feu de l’Esprit-Saint, "se criaient l’un à l’autre, et disaient : Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu des armées, toute la terre est pleine de sa gloire."
645. — c. Lorsqu’il dit : 16 En effet, l’Esprit en personne, etc., <l’Apôtre> prouve la même chose par le témoignage de l’Esprit-Saint, à moins que l’on ne prétende que dans notre confession nous nous sommes trompés; aussi dit-il : J’affirme que nous nous écrions dans l’Esprit-Saint Abba, Père, car l’Esprit en personne rend témoignage [...] que nous sommes fils de Dieu. Or ce dernier rend témoignage non par une voix extérieure <qui parvient> aux oreilles des hommes, comme le Père déclare au sujet de son Fils : "<Celui-ci est mon fils bien-aimé en qui j’ai mis mes complaisances> ", mais bien par l’effet de l’amour filial qu’il produit en nous. Voilà pourquoi <l’Apôtre> dit que l’Esprit en personne rend témoignage non à nos oreilles mais à notre esprit que nous sommes fils de Dieu. — "Nous sommes témoins de ces choses, nous et l’Esprit-Saint que Dieu a donné à tous ceux qui lui obéissent."
646. — B. En disant ensuite Fils, donc héritiers, <l’Apôtre> pose la majeure <de son raisonnement>.
Et il commence par montrer que l’héritage est dû à des fils, en disant : Si nous sommes des fils, à savoir par l’Esprit, il s’ensuit que nous sommes héritiers, parce que l’héritage est dû non seulement au fils naturel, mais aussi <au fils> adoptif : "<Dieu> nous a régénérés pour une vive espérance, par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour un héritage incorruptible, qui n’est pas souillé, qui ne peut se flétrir, réservé dans les cieux pour vous, qui par la vertu de Dieu êtes gardés au moyen de la foi pour le salut qui doit être révélé à la fin des temps " — "Mon héritage est magnifique pour moi."
647. — Puis <l’Apôtre> montre en quoi consiste cet héritage.
1. Il le décrit en premier lieu quant à Dieu le Père, en disant : et même héritiers de Dieu. On dit de quelqu’un qu’il est l’héritier d’un autre, lorsqu’il reçoit ou obtient ses biens principaux, mais non point quelques médiocres présents. Ainsi lit-on dans la Genèse qu’"Abraham donna tout ce qu’il possédait à Isaac", mais qu’< aux fils de ses concubines, il fit des présents." Or le bien principal qui fait la richesse de Dieu, c’est lui-même. En effet, <Dieu> est riche de lui-même, et non pas par quelque autre trésor, car il n’a aucunement besoin de biens étrangers, comme le dit le psalmiste < : "Tu es mon Dieu, car tu n’as pas besoin de mes biens[631]."> Les fils de Dieu obtiennent donc pour héritage Dieu lui-même. Aussi <le psalmiste dit-il encore> : "Le Seigneur est la part de mon héritage et de ma coupe"; <et le prophète Jérémie> : "Mon partage est le Seigneur, a dit mon âme."
648. — Cependant, étant donné qu’un fils n’obtient l’héritage qu’après la mort de son père, il semble que l’homme ne puisse pas être l’héritier de Dieu, qui ne meurt jamais[632].
Il faut répondre qu’il en est ainsi quand il s’agit des biens temporels, lesquels ne peuvent être possédés en même temps par plusieurs personnes, aussi est-il nécessaire que l’un meure pour que l’autre lui succède. Mais les biens spirituels peuvent être possédés en même temps par plusieurs, voilà pourquoi il n’est pas nécessaire qu’un père meure pour que ses fils deviennent héritiers. Toutefois on peut dire que, pour nous, Dieu meurt en tant qu’il est en nous par la foi[633]; mais son héritage nous sera donné quand nous le verrons dans la claire vision
649. — 2. En second lieu, il décrit cet héritage par rapport au Christ, en disant : et cohéritiers du Christ, car comme lui-même est son Fils principal, et que par lui nous participons à sa filiation, ainsi il est l’héritier principal auquel nous sommes associés dans l’héritage : < Celui-ci est l’héritier, venez, tuons-le, et nous aurons l’héritage" — "Je t’amènerai encore l’héritier, à toi qui habites à Marésha, jusqu’à Adullam, la gloire d’Israël viendra."
650. — II. Lorsqu’il dit : si toutefois nous souffrons avec lui, etc., <l’Apôtre> montre la raison du délai de cette vie glorieuse. Et :
— Il donne premièrement une raison du côté des souffrances.
— Puis, <il montre> la prééminence de la gloire sur les souffrances [n° 652] : 18 Or j’estime, etc.
651. — Sur le premier point, il faut considérer que le Christ, qui est l’héritier principal, est parvenu à l’héritage de la gloire par ses souffrances : "Ne fallait-il pas que le Christ souffrît ces choses et entrât ainsi dans sa gloire[634] ?" Quant à nous, nous ne devons pas obtenir cet héritage d’une manière plus facile. Voilà pourquoi il nous faut aussi parvenir à cet héritage à travers des souffrances : "C’est par beaucoup de tribulations qu’il nous faut entrer dans le Royaume de Dieu." En effet, nous ne recevons pas tout de suite un corps immortel et impassible, afin que nous puissions souffrir avec le Christ. C’est pourquoi <l’Apôtre> dit : si toutefois nous souffrons avec lui, c’est-à-dire si en même temps nous supportons patiemment avec le Christ les tribulations de ce monde, afin d’être aussi glorifiés avec le Christ : "Si nous sommes morts avec lui, avec lui nous vivrons. Si nous souffrons <avec lui>, avec lui nous régnerons."