11. Car la grâce de Dieu notre Sauveur a paru à tous les hommes;
12. Et elle nous a appris que, renonçant à l’impiété et aux passions mondaines, nous devons vivre dans le siècle présent arec tempérance, avec justice et avec piété.
13. Etant toujours dans l’attente de la béatitude que nous espérons et de l’avènement glorieux du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus
14. Qui s’est livré lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de nous purifier, pour se faire un peuple particulièrement sacré à son service et fervent dans les bonnes oeuvres.
15. Prêchez ces vérités, exhortez et reprenez avec une pleine autorité. Que personne ne vous méprise.
Paul, après avoir appris à Tite comment il devait instruire "les personnes libres et les serviteurs," déduit ces conclusions que Tite doit lui-même être orné de la doctrine chrétienne. Il apporte ici la raison complète de tout ce qu’il a dit, en expliquant ce qu’il entend par une bonne conduite. Et d’abord il rappelle la grâce et la doctrine de Jésus-Christ; ensuite il engage Tite à prêcher cette grâce (verset 15) : "Prêchez ces vérités, [exhortez] etc."
I° Il établit donc : "Comment la grâce s’est manifestée;" II° Les leçons qu’elle nous donne (verset (2) : "Et elle nous a appris, etc." III° Les effets qu’elle produit (verset 14) : "Il s’est livré lui-même, etc."
I. Il faut se rappeler que la grâce suppose la miséricorde, car la grâce consiste en ce qui est gratuitement donné; or ce qui est gratuitement donné, l’est miséricordieusement. La miséricorde sans doute exista toujours en Dieu, cependant elle était autrefois cachée aux hommes (Psaume XXXV, 6) : "Seigneur, votre miséricorde est dans les cieux." Car, avant Jésus-Christ, tous les hommes, quelque justes qu’ils pussent être, étaient dans un état de damnation, mais le Christ, Fils de Dieu, s’étant fait chair (verset 11) : "La grâce [de Dieu notre Sauveur] s’est manifestée." (I Timothée III, 16) : "Et sans doute c’est quelque chose de grand que ce mystère d’amour, qui est que Dieu s’est fait voir dans la chair, etc." (Ps. LXXIX, 2) : "O vous, qui êtes assis sur les chérubins, manifestez-vous! " Or, plus celui qui donne est puissant, plus sa grâce doit être vivement désirée. La grâce de Dieu est donc grandement désirable; c’est ce que dit Paul (verset (1) : "La grâce de Dieu." Cette grâce nous est donnée pour que nous opérions notre salut; l’Apôtre dit donc (verset 11) : "de Dieu notre, Sauveur." (Isaïe LI, 6) : "Le salut que je donnerai sera éternel." Mais cette grâce n’est pas proposée uniquement au peuple Juif, comme autrefois (verset 11) : "Elle a paru à tous les hommes." (Isaïe, XL, 5) : "Et toute chair verra en même temps que c’est la bouche du Seigneur qui a parlé;" (Isaïe, LII, 10) : "Toutes les nations de la terre verront le Sauveur que notre Dieu nous doit envoyer;" (I Timothée., II, 4) : "Il veut que tous les hommes soient sauvés". Or, l’on peut dire qu’à la naissance de Jésus-Christ cette grâce est apparue de deux manières. Premièrement parce que c’est par la grâce de Dieu la plus excellente que ce Sauveur nous a été donné. Aussi, bien que sa conception soit l’oeuvre de la Trinité tout entière, elle est pourtant attribuée spécialement à l’Esprit-Saint qui est le principe de toutes les grâces. Cette grâce a paru à tous les hommes, et spécialement au Christ fait homme (Jean, I, 14) : "[Le Fils unique du Père], plein de grâce et de vérité."
II. De cette première grâce en découle une autre, c'est l'instruction du genre humain, car avant Jésus-Christ le monde était dans l’ignorance et dans l’erreur (Isaïe, IX, 1) : "Ce peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière." C’est pourquoi l'Apôtre dit (verset 12) : "Et elle nous a appris," comme le père apprend à son fils. Elle nous a appris deux choses, parce que deux choses sont nécessaires à l’homme, à savoir, l’oeuvre bonne et l’intention droite. Paul établit donc comment la grâce de Jésus-Christ nous a instruits, d’abord de la première de ces choses ensuite de la seconde (verset 13) : "Etant toujours dans l’attente [de la béatitude], etc."
1° Il dit donc (verset 12) : "Elle nous a appris que, renonçant à l’impiété, et aux passions du siècle, etc." Remarquez que l’Apôtre dit : "A l’impiété et aux passions du siècle," parce que tous les péchés consistent,
soit en ce qui est directement contre Dieu, c’est l’impiété; car la piété, à proprement parler, est la vertu qui nous fait honorer nos parents et notre patrie; et Dieu étant principalement notre Père, la piété appartient par là même au culte de Dieu (Job, XXVIII, 28). Suivant une autre version, là où nous avons : "La sagesse, c’est de craindre le Seigneur," on lit : "La sagesse même, c’est la piété." Voilà pourquoi les péchés contre Dieu sont appelés des impiétés (Rom., I, 18) : "La colère de Dieu se découvre du ciel contre toute impiété." Saint Paul parle en cet endroit de l’idolâtrie,
soit encore dans l’abus des biens temporels, ce qui constitue "les passions du siècle." Or le siècle c’est l’espace mesurant la période des choses; par cette expression de siècle il faut donc entendre les choses du siècle, et tous les péchés qui se commettent, ou contre le prochain ou contre soi-même, par l’abus de ces choses terrestres. A ces mots (verset 12) : "avec sobriété," Paul explique quel bien nous avons à faire. Il dit qu’il faut vivre "avec sobriété," quant à soi-même; "avec justice," par rapport au prochain; "avec piété," devant Dieu. "Avec sobriété," quant à soi, c’est-à-dire avec une sorte de mesure. « sobrius » en effet signifie mesure. L’homme vit donc avec sobriété, quand il use, avec la mesure de la raison, des biens extérieurs et de ses propres passions. Ainsi la sobriété se prend pour tout usage mesuré des choses extérieures et des passions qui viennent du dehors (Sag., VIII, 7) : "C’est la sagesse qui enseigne la tempérance, la prudence, la justice et la force, qui sont les choses du monde les plus utiles à l’homme dans cette vie." Il faut aussi vivre avec justice envers le prochain (Psaume X, 8) : "Le Seigneur est juste et il aime la justice." Avec piété, à l’égard de Dieu (I Timothée., IV, 7) : "Exercez-vous à la piété."
2° Quand Paul ajoute (verset 13) : "Etant toujours dans l’attente de la bienheureuse espérance, etc.," il instruit Tite de la dernière fin, qui consiste en deux choses : la gloire de l’âme à la mort, et celle du corps à l’avènement de Jésus-Christ (Jean, V, 28) : "Le temps viendra où tous ceux qui sont dans les sépulcres entendront la voix du Fils de Dieu."
1. De la première de ces gloires, il dit (verset 13) : "Etant toujours dans l’attente de la bienheureuse espérance." Ceci est contre ceux qui placent la fin de l’homme dans les actes de vertus accomplis pendant cette vie présente. C’est là une erreur, car bien que nous vivions avec sobriété et justice, "nous sommes encore dans l’attente." (Job VII, 1, et XIV, 6) : "Ses jours sont comme ceux d’un mercenaire" (Isaïe XXX, 18) : "Heureux tous ceux qui espèrent en lui." C'est ce qui fait dire à Paul (verset 13) : "Nous attendons la bienheureuse espérance," paroles qu’on peut entendre de deux manières : ou parce que notre espérance a pour objet la béatitude, ou parce que la béatitude nous rend nous-mêmes heureux dans notre espérance.
2. De la seconde Paul ajoute (verset 13) : "Et de l’avènement glorieux du grand Dieu et notre Sauveur Jésus-Christ, c’est-à-dire de celui par qui nos corps ressusciteront. En effet, celui qui aime un ami l’attend avec empressement (II Timothée IV, 8) : "Non seulement à moi, mais encore à tous ceux qui aiment son avènement;" (Luc, XII, 36) : "‘Vous êtes semblables à ceux qui attendent leur maître, etc." L’Apôtre dit (verset 13) : "L’avènement glorieux" parce que son premier avènement s’accomplit dans l’humilité (Philipp., II, 8) : "Il s’est rabaissé lui-même" (Matthieu XI, 29) : "Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur." Le second se fera dans la gloire, alors que sa divinité sera manifestée à tous (Luc XXI, 27) : "Et alors ils verront le Fils de l’Homme qui viendra sur une nuée avec une grande puissance et une grande majesté." Il dit aussi (verset 13) : "Du grand Dieu, confondant Arius[3][1], qui a dit que le Fils n’était pas égal au Père.
C’est avec vérité qu’il l’appelle "Grand," car il est dit (Rom., IX, 5) : "Il est Dieu, au-dessus de tout, et béni dans tous les siècle;" (I Jean, V, 20) : "[Il nous a donné l’intelligence afin que nous connaissions le vrai Dieu] et que nous soyons en son vrai Fils." Il est aussi "Sauveur," (1 Tim., II, 3) : "Cela est bon et agréable à Dieu notre Sauveur, qui veut que tous les hommes soient sauvés, etc." car c’est pour cette fin qu’il est venu, et d’ailleurs cela ressort de son nom (Matth., I, 21) : "Ce sera lui qui sauvera son peuple de ses péchés." Paul dit encore (verset 13) : "Jésus-Christ," celui qui est oint, ce qui marque en lui l’union de la divinité à l’humanité. On dit de quelques-uns qu’ils sont unis, non pas en ce sens que leur union comprenne l’essence de la divinité, mais en tant qu’ils y participent en quelque chose. En Jésus-Christ la divinité est unie à la personne (Psaume XLIX, 8) : "[C’est pourquoi], ô Dieu., votre Dieu vous a oint."
Quand il dit ensuite (verset 14) : "Qui s’est livré lui-même [pour nous]," l’Apôtre explique l’opération de la grâce. Et d'abord il établit le bienfait de la grâce de sa passion; ensuite le fruit de cette passion (verset 14) : "Afin de nous racheter [de toute iniquité], etc."
1° Il dit donc : Je dis que Jésus-Christ est notre Sauveur, mais comment? (verset 14) : « C’est qu’il s’est livré lui-même pour nous » ; (Ephésiens V, 2) : "Marchez dans l’amour [et dans la charité] comme Jésus-Christ nous a aimés et s’est livré lui-même pour nous, comme une oblation et une victime [d’agréable odeur]."
2° Le fruit de sa mort est notre délivrance et notre sanctification. Délivrance quand l’Apôtre dit (verset 14) : "Afin de nous racheter de toute iniquité" (Jean, VIII, 34) : "Quiconque commet le péché est esclave du péché." Le premier homme, par suite de son péché, a été réduit en servitude sous le péché, et cette servitude avait pour effet de le porter à d’autres péchés; mais Jésus-Christ ayant satisfait par sa passion, nous sommes rachetés par lui de la servitude du péché (Isaïe, XLIII, 1) : "Ne craignez pas, parce que je vous ai rachetés, etc.;" et rachetés non pas seulement du péché originel, mais aussi de tous les autres péchés que chacun y a ajoutés de sa propre volonté. Paul rappelle la sanctification dans le bien, quand il ajoute (verset 14) : « Et de purifier pour lui-même un peuple qui lui appartienne, » etc., c’est-à-dire afin de sanctifier un peuple de telle sorte que nous soyons son peuple, c’est-à-dire un peuple qui lui fût consacré (I P 2.10 ) : "Le peuple qui autrefois n’était pas son peuple, est maintenant devenu son peuple." Un peuple qui lui fût (verset 14) : "Agréable," à savoir agréable à Dieu par la rectitude de sa foi et de son intention (Prov., XIV, 35) : "Le ministre intelligent est aimé du roi." Ou encore, "Digne d’être reçu," comme son peuple
particulier (Deutér., VII, 6) : "Le Seigneur votre Dieu vous a choisis, afin que vous fussiez le peuple qui lui fût propre et particulier." Il faut aussi qu’il y ait au dehors des bonnes oeuvres, voilà pour quoi l’Apôtre dit (verset 14) : "fervent dans les bonnes oeuvres" (Rom., XIII, 3) : "Faites le bien et vous recevrez des éloges (Gal, VI, 9) : "Ne nous décourageons donc pas de faire le bien."
I1° Quand enfin l’Apôtre dit (verset 15) : "Prêchez ces vérités, etc.," il engage Tite à prêcher la grâce; et sur ce point il fait trois choses : d’abord il le presse de prêcher; en second lieu il lui en indique le mode (verset 15) : "Avec une pleine autorité."
I. II dit donc (verset 15) : "Prêchez," ce qui regarde ce qu’il faut croire; "exhortez" à ce qu’il faut pratiquer (I Thessal., II, 3) : "Car notre prédication n’a pas procédé de l’erreur ou de l’iniquité, ni d’aucune fraude." - "Reprenez ceux qui font mal." (I Tim., V, 20) : "Reprenez devant tout le monde les pêcheurs publics."
II. "Faites-le avec une pleine puissance," c'est-à-dire avec autorité, car Tite parle comme l’instrument ou comme le ministre de Dieu, par conséquent avec une pleine confiance dans l’autorité divine. Cependant, dans l'exhortation, il faut quelquefois parler avec des supplications, en considérant sa propre faiblesse (Prov., XVIII, 23) : "Le pauvre ne parle qu’avec des supplications;" quelquefois avec puissance, en considérant l’autorité qui a été confiée (II Corinthiens XIII, 3) : "Est-ce que vous voulez éprouver le Christ qui parle par ma bouche?" Ou encore avec douceur aux bons, avec autorité aux obstinés. Paul devait faire à Tite cette recommandation de reprendre avec autorité, car naturellement ce disciple était enclin à la douceur (I Timothée IX, 12) : "Que personne ne vous méprise à cause de votre jeunesse."
[3][1] Comme tousles hérétiques, Arius ne dogmatisa que pour satisfaire son ressentiment personnel d’avoir été exclu du siége d'Alexandrie, sur lequel il prétendait s’asseoir après la mort du saint évêque Achilla II, il se déchaîna contre la divinité du Verbe, et pour propager plus facilement ses erreurs, il les mit en vers. A l’exemple de Valentin et d’Harmonius, il composa sur des airs lascifs, des chansons populaires qui répandirent au loin son venin. Arius prétendait rester dans l'EgIise, malgré l’Eglise elle-même et pour y parvenir il déguisait, et ses sectateurs l’imitaient, sous des termes équivoques, sa funeste doctrine. Arius, après avoir été condamné à Alexandrie, en 320, fut appelé au Concile de Nice, assemblé en 325 par les soins de l’empereur Constantin. Il y soutint avec audace ses erreurs, que s’efforcèrent en vain d’expliquer ses sectateurs. Les Pères condamnèrent d’une voix unanime, Arius et les évêques Théonas et Second, qui seuls lui demeurèrent opiniâtrement attachés, ils atteignirent l’hérésie jusque dans sa racine, par l’insertion au Symbole qui porte le nom du Concile, du mot "consubstantialem".
1. Avertissez-les d’être soumis aux princes et aux magistrats, de leur rendre obéissance, d’être prêts à faire toutes sortes de bonnes oeuvres,
2. De ne médire de personne, de fuir les contentions, d’être modérés et de témoigner toute la douceur possible à l’égard de tous les hommes.
3. Car nous étions aussi nous-mêmes autrefois insensés, désobéissants, égarés, asservis à une infinité de passions et de voluptés, menant une vie toute pleine de malignité et d’envie, dignes d’être haïs et nous haïssant les uns les autres.
4. Mais depuis que la bonté de Dieu notre Sauveur, et son amour pour les hommes a paru,
5. Il nous a sauvés, non à cause des oeuvres de justice que nous eussions faites, mais à cause de sa miséricorde, par l’eau de la renaissance, et par le renouvellement du Saint-Esprit,
6. Qu’il a répandu sur nous avec une riche effusion par Jésus-Christ notre Sauveur,
7. Afin qu’étant justifiés par sa grâce, nous devenions héritiers de la vie éternelle, selon l’espérance.
8. C’est une vérité très certaine, et dans laquelle je désire que vous affermissiez les fidèles, que ceux qui croient en Dieu doivent être toujours premiers à pratiquer les bonnes œuvres. Ce sont là des choses vraiment bonnes et utiles aux hommes.
Paul a fait plus haut des recommandations particulières convenant à chaque condition : il en fait ici qui s’adressent généralement à tous I° Il adresse ces recommandation II° Il en apporte la raison (verset 3) : "Car nous étions [aussi nous-mêmes autrefois insensés]." III° Il engage Tite à faire des uns et des autres la matière de son enseignement (verset 8) : "[C’est une vérité très certaine, et] dans laquelle je désire que [vous vous affermissiez], etc."
I° Sur le premier point, l’Apôtre donne deux règles : la première sur la conduite à tenir à l’égard des supérieurs; la seconde sur la conduite à tenir à l’égard des égaux (verset 2) : "De ne médire de personne."
La première partie se subdivise encore. Paul établit que les inférieurs doivent rendre aux supérieurs : 1° le respect qui commande la soumission; 2° l’obéissance qui fait écouter les ordres (verset I) : "De leur obéir à la parole."
1° Il dit donc : Je vous ai expliqué ce que vous avez à recommander à ceux que j’ai désignés; de plus (verset 1) : "Avertissez-les," à savoir tous les fidèles, "d’être soumis aux princes," c’est-à-dire aux supérieurs, rois et autres personnes de ce rang, "et aux puissances," c’est-à-dire ceux qui sont dépositaires de l’autorité princière (I Pierre, II, 13) : "Soyez soumis, pour Dieu, à toute institution humaine, soit au roi comme souverain, soit aux gouverneurs comme à ceux qui sont envoyés de sa part." (Rom., XIII, 1) : "Que tout le monde se soumette aux puissances supérieures." Cet avertissement est nécessaire pour détruire l’erreur qui court chez les juifs, lesquels prétendent qu’on ne doit pas obéir au commandement des hommes; ensuite pour ne susciter dans l'Eglise aucune cause d’inquiétude; enfin parce qu’ils sont tenus à l’obéissance de jussion (Hébr., XIII, 17) : "Obéissez à ceux qui vous conduisent et ayez pour eux de la déférence, etc."
2° L’Apôtre dit (verset 4) : "De leur obéir à la parole," c’est-à-dire au premier mot du supérieur (I Rois, XV, 22) : "L’obéissance vaut mieux que les sacrifices;" (II Thessal., III, 14) : "Si quelqu’un n’obéit pas à ce que nous ordonnons par notre lettre, notez-le." Non seulement la promptitude est nécessaire, mais encore la discrétion; Paul dit donc (verset 4) : "[D’être prêt à faire] toutes sortes de bonnes oeuvres," autrement ce ne serait plus obéir, car il faut plutôt obéir à Dieu qui est le plus grand des maîtres (Actes, IV, 19) : "Jugez vous-mêmes s’il est juste devant Dieu de vous obéir plutôt qu’à Dieu." C’est ainsi que les soldats, dans une guerre injuste ne sont pas tenus d’obéir.
II. A ces mots, (verset 2) : "[De ne médire] de personne," Paul donne la règle à suivre à l’égard des égaux. Et d’abord, quant au mal qu’il faut éviter, ensuite quant au bien qu’il faut pratiquer (verset 2) : "D’être et modérés, etc."
1° La recommandation porte spécialement sur les paroles, parce que dans la primitive Eglise, peu péchaient par action. Or on pèche par paroles, d’abord contre la personne d’autrui si on lui adresse des injures; c’est ce qui fait dire à Paul (2) : "De ne blasphémer contre personne." On objecte que le blasphème consiste à imputer à Dieu quelque chose d’offensant; on ne peut donc pas dire qu’on blasphème contre le prochain. Nous répondons qu’en tant que l’amour du prochain se rapporte à l’amour de Dieu, et l’honneur du prochain à l’honneur de Dieu, l’injure adressée au prochain est dirigée contre Dieu. Le blasphème est donc pris ici pour toute parole méchante, soit secrète, soit publique (II Pierre, II, 10) : "Ceux qui blasphèment, ne craignent pas de mal parler des gloires."
On pèche ensuite contre le prochain à l’occasion des biens extérieurs, c’est pourquoi Paul dit (verset 2) : "De fuir les querelles." Il faut remarquer ici que l’on peut partager les hommes en trois classes. L’une se compose des gens vertueux; les deux autres des gens vicieux. Les uns, en effet, quelles que soient les paroles qu’ils entendent, n’en sont nullement affectés et ceux-là sont les flatteurs; les autres au contraire résistent à toute parole, ceux-ci sont les querelleurs. C’est contre eux que l’Apôtre parle ici, et dans la deuxième Epître à Timothée (II, 24) : "Il ne faut pas que le serviteur de Dieu s’amuse à contester; mais il doit être modéré envers tout le monde;" (Proverbes XX, 3) : "C’est une gloire à l’homme de se séparer des contestations." Celui qui tient le milieu, de telle sorte que quelquefois il se réjouisse, quelquefois il s’attriste de ce qu’il entend, est vertueux (II Corinth., VII, 8) : "Encore que je vous aie attristés par ma lettre, je n’en suis pas fâché, etc."
2° Quand l’Apôtre dit (verset 2) : "D’être modérés," il explique comment on doit se conduire en faisant le bien, d’abord dans les actes extérieurs : d’être modérés. La modération, en effet, est la vertu par laquelle on garde la mesure dans tous les actes extérieurs, de manière à n’offenser le regard de personne ; (Phllipp., IV, 5) : "Que votre modestie soit connue de tous les hommes;" (Proverbes XXII, 4) : "Le fruit de la modestie, c’est la crainte du Seigneur, la richesse, la gloire et la vie." Or plus on est ardent dans les affections intérieures, plus il est difficile de mettre un frein, même dans les choses extérieures. Or telle est, entre toutes les affections, la colère. Voilà pourquoi l’Apôtre oppose à cet excès la mansuétude, qui modère les mouvements de la colère. Il dit donc (verset 2) : "Et de témoigner tout ce qu’il est possible de douceur à l’égard de tous les hommes" (Matth., XI, 29) : "Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur;" (Jacques I, 21) : "Recevez avec douceur la parole qui a été entée en vous, et qui peut sauver vos âme "
II° En ajoutant (verset 3) : "Car nous étions aussi nous-mêmes autrefois insensés, etc.," l’Apôtre apporte la raison des règles qu’il a données, et particulièrement de cette dernière, qu’il faut être doux. En effet, ceux à qui il écrit pouvaient lui répondre : Comment pratiquerons-nous la douceur envers les infidèles? Comment à l’endroit des méchants? Paul répond : Considérez ce que vous avez été vous-mêmes! La colère n’a donc pas de meilleur remède que l’aveu de sa propre fragilité, voilà pourquoi l’Apôtre rappelle aux juifs d’abord leur état passé; secondement comment ils sont venus de cet état à celui de la perfection (verset 4) : "Mais depuis que la bonté [de Dieu notre sauveur], etc."
De plus, il énumère les défauts qui appartiennent à l'intelligence; secondement, à l’affection (verset 3) : "Asservis dans [une infinité de désirs], etc."
1° L’intelligence peut faillir de deux manières : ou en s’écartant de la connaissance véritable par l'ignorance de ce qu’il faut nier, ou en se laissant aller à recevoir une opinion qui repose sur l’erreur. Or dans les choses divines on peut [percevoir la vérité] aussi de deux manières : les uns seulement par la foi, le autres en goûtant la vérité par la lumière de la sagesse, dans uns connaissance déjà dégagée de ténèbres De la seconde de ces manifestations, Paul dit (verset 3) : "Car nous étions aussi nous-mêmes autrefois insensés," c’est-à-dire privés de cette sagesse (Luc, XXI, 15) : "Je vous donnerai moi-même une bouche et une sagesse," De la première, il ajoute (verset 3) : "Et résistant à croire," c’est-à-dire infidèles (Ezech., I, 6) : "Les incrédules et les rebelles sont avec vous." Mais nous nous égarions dans des opinions opposées, c’est pourquoi il dit (verset 3) : "Égarés," c’est-à-dire tenant le faux pour le vrai (Isaïe, XIX, 14) : "Ils ont fait errer l’Egypte dans toutes ses oeuvres [comme un homme ivre qui ne va qu’en chancelant], etc."
2° L’Apôtre explique ensuite ce qui tient à la corruption de l’affection : et d’abord par rapport à soi-même, ensuite, par rapport aux autres (verset 3) : "Une vie pleine de malignité, etc."
1. L’affection, dans l’homme, est droite quand il se laisse conduire par la raison et qu’il use, selon cette même raison, des délectations licites. Au contraire, quand il ne suit plus cette raison, mais ses désirs, l’affection se corrompt; c’est pourquoi Paul dit (verset 3) : "Asservis à une infinité de désirs et de voluptés." Les voluptés se rapportent aux péchés des délectations charnelles, comme sont la luxure et la gourmandise ; les désirs et tous les autres vices, comme sont l’ambition, l’avarice et d’autres de ce genre (Ecclésiastique, XVIII, 29) : "Ne vous laissez pas aller à vos convoitises, et détournez-vous de votre désir;" (Rom., VI, 12) : "Que le péché ne règne pas dans votre corps mortel, en sorte que vous obéissiez à ses désirs déréglés;" (II Timothée III, 4) : "Plus amis de la volupté que de Dieu."
2. Quand il ajoute (verset 3); "Menant une vie toute pleine de malignité et d’envie," il énumère les péchés dans leurs rapports avec les autres. Et d’abord "la malignité," qui est la volonté de nuire à autrui, car l’effet prend son nom de la fin. Celui donc qui se propose de faire du mal est regardé comme ayant de la malignité (Jacques I, 21) : "C’est pourquoi, rejetant toutes ces productions impures et superflues de la malice," . Il met au second rang "l’envie," qui se chagrine du bien du prochain, comme la malice cherche à lui faire du mal (Prov., XIV, 30) : "L’envie est la pourriture des os." Troisièmement "la haine;" Il dit donc (verset 3) : "Dignes d’être haïs," soit de Dieu, par cela même qu’ils commettent le péché (Sag., XIV, 9) : "Dieu a également en horreur l’impie et son impiété;" (Rom, I, 30) : "Calomniateurs, honnis de Dieu;" soit du prochain, quand ils font ce qui donne au prochain un motif de les haïr. L’Apôtre ajoute (verset 3) : "Et nous haïssant les uns les autres;" comme s’il disait : et nous aussi nous haïssons les autres (I Jean, III, 15) : "Tout homme qui hait son frère est homicide."
II. A ces mots (verset 4) : "Mais depuis que la bonté [de Dieu notre Sauveur], etc.," Paul décrit l’état de notre salut, dont il explique l’ordre et le progrès d’abord; ensuite il confirme ce qu’il a dit (verset 8) : "C’est une vérité très certaine, etc." Sur le premier de ces points, il fait quatre choses : 1° il proclame la cause de notre salut; 2° il en explique la condition (verset 5) : "Non à cause des œuvres de justice, que nous eussions faites, etc.;" 3° le mode (verset 5) : "Par l’eau de la renaissance;" 4° la fin (verset 7) : "Après qu’étant justifiés [par sa grâce] etc."
1° La cause de notre salut est la charité de Dieu (Ephés., II, 4) : "Dieu qui est riche en miséricorde, poussé par l’amour extrême dont il nous a aimés." L’Apôtre décrit cet amour, d’abord quant à l’affection, ensuite quant à l’effet.
1. L’affection est le sentiment intérieur de la charité, exprimée par la bonté, qui est comme une bonne flamme. Le feu marque l’amour (Cant., VIII, 6) : "Ses ardeurs sont des ardeurs de feu et de flammes." La bonté est donc l’amour intérieur, versant avec abondance le bien à l’extérieur. Cette bonté est en Dieu de toute éternité, car son amour est la cause de toutes choses (Joël, II, 13) : "Il est compatissant et riche en miséricorde, etc." Mais quelquefois cette bonté ne se laissait pas voir (Isaïe LXIII, 15) : "Où est votre zèle et votre force; où est le frémissement de vos entrailles et de vos miséricordes? Il ne se répand plus sur moi! "
2. Mais elle s’est manifestée par son effet, c’est ce que Paul fait entendre quand il dit (verset 4) : "Et l’humanité," ce qui peut être entendu de deux manières : ou comme marquant la nature humaine; comme si l’Apôtre disait : « La bonté et l’humanité ont paru », quand Dieu, par son amour, s’est fait homme (Philip., II, 7) : "Etant reconnu pour homme par tout ce qui a paru de lui au dehors;" (Psaume LXIV, 12) : "Vous comblerez de bénédictions tout le cours de l’année." Ou comme désignant la vertu, qui consiste à subvenir extérieurement à ce qui manque aux autres. Ainsi être humain, c’est condescendre (Actes XXVIII, 1) : "Les barbares nous traitèrent avec beaucoup d’humanité;" c’est ainsi que Dieu condescend à nos misères (Psaume CII, 14) : "Il connaît lui-même la fragilité de notre origine." C’est l’humanité " de notre Sauveur," car, comme dit le Psalmiste (XXXVI, 39) : "Le salut des justes vient du Seigneur."
2° Quand Paul ajoute (verset 5) : "[Il nous a sauvés] non à cause des oeuvres [de justice que nous aurions faites]." il explique la condition à laquelle nous sommes sauvés. Et d’abord, il écarte une raison faussement présumée; il donne ensuite la raison véritable. La raison présumée, c’est que nous sommes saurés à cause de nos mérites propres. Or, Paul écarte cette raison, quand il dit (verset 5) : "Non à cause des oeuvres de justice que nous aurions faites" (Rom XI, 5) : "Dieu a sauvé un reste selon l’élection de sa grâce;" (Deutér., IX, 5) : "Ce n’est pas votre justice, ni la droiture de votre coeur, qui vous fera entrer dans leur pays pour le posséder, etc." La raison véritable, c’est la seule miséricorde de Dieu; il dit donc (verset 5) : "Mais à cause de sa miséricorde" (Lament., III 22) : "Si nous n’avons pas été perdus entièrement, c’est l’effet des miséricordes du Seigneur;" (Luc, I, 50) : "Et sa miséricorde s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent."
3° Le moyen d’obtenir le salut est de recevoir le baptême que l’Apôtre indique d’abord; en second lieu il en explique l’effet; troisièmement, la cause.
1. Il dit donc (verset 5) : "Par l’eau," c'est-à-dire, nous avons été sauvés par une ablution spirituelle (Ephés., V, 26) : "[Afin de la sanctifier], après l’avoir purifiée dans le baptême de l’eau par la parole de vie;" (Zachar., XIII, 1) : "En ce jour-là, il y aura une fontaine ouverte à la maison de David et aux habitants de Jérusalem, pour y laver les souillures du pécheur, etc."
2. Quant aux effets, l’Apôtre ajoute (verset 5) : "[Par l’eau] de la renaissance et le renouvellement [du Saint Esprit]." Il faut se rappeler pour entendre ceci, que l'homme dans l’état de perdition, avait besoin de deux choses, qu'il a obtenues par Jésus-Christ, à savoir de participer à la nature divine et de déposer sa nature ancienne, car il était séparé de Dieu (Isaïe LIX, 2) : "Ce sont vos iniquités qui ont mis une séparation entre vous et votre Dieu, et ce sont vos péchés qui lui ont fait cacher son visage, pour ne plus vous écouter." L’homme, de plus, avait vieilli [dans l’iniquité] (Baruch III, 44) : "Vous avez vieilli dans une terre étrangère." Mais, le premier de ces effets nous l’obtenons par Jésus-Christ, c’est-à-dire par la participation à la nature divine (II Pierre, I, 4) : "Pour vous rendre par ces mêmes grâces participants de la nature divine." Mais une nature nouvelle ne s’acquiert que par la renaissance. Toutefois, cette nature nous est donnée de telle sorte que la nôtre demeure encore, et qu’ainsi elle nous vient par surcroît. Ainsi se forme la participation qui unit au Fils de Dieu, sans pour tant que l’homme soit détruit (Jean, III, 7) : "[Ne vous étonnez pas de ce que je vous ai dit qu’]il faut que vous naissiez encore une fois." Voilà pourquoi elle s’appelle génération (Jacq., I, 18) : "C’est lui qui, par sa volonté, nous a engendrés par la parole de la vérité". Par Jésus-Christ également l’homme déposant la vieille nature du péché, a été renouvelé dans l’intégrité de sa nature; c’est ce qu’on appelle son renouvellement (Ephés., IV, 23) : "Renouvelez-vous dans votre esprit et vos pensées."
3. Mais quelle est la cause de cet effet, et comment le coeur est-il ainsi purifié? Cette efficacité vient de la sainte et indivisible Trinité (Matth., XXVIII, 49) : "Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit." Voilà pourquoi, au moment où Jésus-Christ recevait le baptême, se manifestèrent le Père par les paroles qu’on entendit, le Fils dans sa chair visible, le Saint-Esprit sous la forme d’une colombe. Voilà pourquoi aussi Paul dit : "[Par le renouvellement] du Saint-Esprit," c’est-à-dire qui est opéré par le Saint Esprit (Psaume CIII, 30) : "Envoyez votre Esprit [et ils seront créés]." Par l’Esprit-Saint également s’opère une génération (Ga., IV, 6) : "Dieu a envoyé dans vos coeurs l’Esprit de son Fils, qui vous fait crier : Abba! (Père !) :" (Rom., VIII, 15) : "Vous n’avez pas reçu l’esprit de servitude, qui vous retienne dans la crainte; mais vous avez reçu l’Esprit d’enfants adoptifs, par lequel nous crions : Abba ! (Père !)". Or, c'est Dieu le Père qui donne cet Esprit (verset 6) : "Qu’il a répandu en nous avec effusion," dit Paul, exprimant ainsi l’abondance de la grâce reçue dans le baptême, où se fait la pleine rémission des péchés (Joël, 28 [= III, 1]) : "Je répandrai mon Esprit sur toute chair ; (Is XLIV, 3 : Je répandrai mon esprit sur ta postérité, et aussi la diversité des dons de cette même grâce (Jacques I, 5) : "II donne à tous libéralement et sans rien reprocher" Mais le Saint-Esprit est aussi donné (verset 6) : "Par Jésus-Christ [notre Sauveur]," (Jean, XV, 26) : "[Lorsque] le consolateur [sera venu, cet Esprit de vérité qui procède de mon Père et] que je vous enverrai de la part du Père." Car en Jésus-Christ nous reconnaissons deux natures; or il appartient à l’une et à l’autre que Jésus-Christ donne le Saint-Esprit. D’abord à la nature divine, parce qu’il est le Verbe et que l’Esprit-Saint procède du Verbe et du Père, comme leur réciproque amour; or en nous l’amour procède d’un mouvement profond du cœur, et ce mouvement est parole ; ensuite à la nature humaine parce que le Christ en a tellement reçu la plénitude que par Lui il se communique à tous (Jean, I, 14) : " plein de grâce et de vérité;" et, un peu plus loin (verset 16) : "tous nous avons reçu de sa plénitude; et grâce pour grâce". Et au ch. III 34) : « Dieu ne donne pas son Esprit par mesure ». C’est pour cette raison que le baptême et les autres sacrements n’ont d’efficacité que par la vertu de l’humanité et de la passion de Jésus-Christ.
4° Quand l’Apôtre dit ensuite (verset 7) : "Afin qu’étant justifiés par sa grâce, etc.," il rappelle la fin de notre salut, qui est la participation à la vie éternelle. C’est ce qui lui fait dire : "[Afin que nous devenions] les héritiers [de la vie éternelle]." Ce qu’il appelle ici "justifiés," est la même chose que ce qu’il avait dit auparavant : "régénérés." Dans la justification du pécheur, il y a deux termes, à savoir, d’où elle vient : c’est la rémission de la faute et le renouvellement; et à quoi elle aboutit : l’infusion de la grâce : c’est la régénération. L’Apôtre dit donc : Le Verbe s’est fait chair," afin que nous soyons justifiés," c’est-à-dire, "renouvelés par la grâce," parce qu’il n’y a pas de justification sans, elle.
Dieu ne pourrait-il donc pas remettre la faute sans l’infusion de la grâce? Il semble qu’il le pourrait, puisque à il pouvait faire que l’homme tout à la fois et sans la grâce et sans la coulpe. Je réponds, il faut dire qu’autre est l’état d’un homme qui n'a jamais commis le mal et qui peut ainsi être et sans la grâce et sans la faute, autre celui de l’homme qui a déjà péché et qui ne peut être qu’un objet de haine ou un objet d’amour. S’il est aimé de Dieu, il faut qu’il l’aime à son tour, et s’il aime Dieu, il faut que la grâce lui soit donnée, car sans la grâce, il ne saurait aimer. C’est aussi par elle que l’homme devient héritier (I Pierre, I, 4) : "cet héritage, où rien ne peut ni se détruire, ni se corrompre, ni se flétrir, qui vous est réservé dans les cieux."
Cet héritage, c’est celui " de la vie éternelle" (Psaume XV, 6) : "Le sort m’est échu d’une manière très avantageuse, car mon héritage est excellent." Et comment héritiers? (verset 7) : "Selon l’espérance [que nous en avons]," car l’espérance n’est plus pour la vie présente (Rom., V, 2) : "Nous nous glorifions dans l'espérance de la gloire des enfants de Dieu." Quand il ajoute (verset 7) : "C’est une vérité très certaine, [et dans laquelle je désire que vous vous affermissiez]," l’Apôtre apporte la preuve de ce qu’il a dit sur notre salut et notre espérance. Comme s’il disait : ce que je vous ai dit est conforme à la foi (Apoc., XXII, 6) : "Ces paroles sont très certaines et très véritable "
III° En disant (verset 8) : "Je désire que sur ces vérités, etc," il ordonne à Tite de l’enseigner. Il impose donc d’abord un précepte; ensuite il en donne la raison (verset 8) : "Ce sont là des choses [vraiment bonnes], etc."
I. Il dit donc : "Et ces vérités," à savoir, qui se rapportent aux bienfaits de Dieu, à la correction des pécheurs, l’enseignement de la foi et des moeurs, « je veux que vous les affermissiez [dans les autres] » (Job, IV, 4) : "Vos paroles ont affermi ceux qui étaient ébranlés; (Actes XV, 32) : "Ils fortifièrent aussi les frères [ par plusieurs discours]."
II. La raison est (verset 8) : "Afin que [ceux qui croient en Dieu soient aussi les premiers] à pratiquer [les bonnes œuvres]." Ceci peut s’entendre des prélats de l’Eglise : comme si l’Apôtre disait : « je veux que vous affermissiez ceux qui sont dans la voie », c’est-à-dire les prélats, « afin qu’ils veillent à se montrer les premiers, parmi ceux qui croient en Dieu », c’est-à-dire les fidèles, dans la pratique des bonnes oeuvres (I Pierre, II, 12) : "Que les bonnes oeuvres qu’ils vous verront faire les portent à rendre gloire à Dieu;" (Matth., V, 16) : "Que voyant vos bonnes oeuvres, ils glorifient votre Père [qui est dans le ciel]." (verset 8) : "Ce sont là des choses bonnes," car il s’agit de la bonté de Dieu (Matth., XII, 35) : "L’homme qui est bon, tire de bonnes choses de son trésor qui est bon. Des choses utiles aux hommes" (Isaïe, XLVIII, 47) : "Moi, le Seigneur votre Dieu, je vous enseigne des choses utiles."