1. Mais pour vous, instruisez d’une manière qui soit digne de la saine doctrine.
2. Enseignez au vieillard à être sobre, honnête, modéré, et à se conserver dans la foi, dans la charité, dans la patience.
3. Apprenez de même aux femmes avancées en âge à faire voir dans tout leur intérieur une sainte modestie, à n’être ni médisantes, ni sujettes au vin, mais à donner de bonnes instructions.
4. En inspirant la sagesse aux jeunes femmes et en leur apprenant à suivre leurs maris et leurs enfants,
5. À être bien réglées, chastes, sobres, attachées à leur ménage, bonnes, soumises à leurs maris, afin que la parole de Dieu ne soit pas exposée aux blasphèmes.
6. Exhortez aussi les jeunes gens.
Paul, dans le chapitre précédent, a instruit Tite des qualités des ministres de l’Eglise qu’il doit établir pour résister aux hérétiques. Il lui enseigne ici ce qu’il a lui-même à faire à leur égard. Et d’abord il le lui explique en termes généraux; ensuite il descend dans les détails par parties (verset 2) : "[Enseignez] aux vieillards [à être sobres], etc."
I° Il dit donc : Je vous ai expliqué que vous aviez à établir des évêques, mais ne vous imaginez pas que, ce devoir accompli, vous puissiez vous croire dégagé de toute souci, au contraire il ne doit être que plus grand pour instruire. Ainsi donc (verset 1) : « Instruisez vous-même d’une manière qui soit digne de la saine doctrine » c'est-à-dire propre à construire une foi solide ; ci-dessus I,9 « afin d’être capable d’exhorter par un enseignement sain et de convaincre ceux qui s’y opposent."
II° Il lui explique ensuite ce devoir par parties : Il lui rappelle ce qu’est la saine doctrine opposée d’abord à la vie perverse, ensuite aux hérétiques et à leurs erreurs (III, 9) : "[Evitez] les questions impertinentes." Sur le premier de ces points, l’Apôtre premièrement instruit les hommes de diverses conditions; secondement, il les instruit d’une manière générale (III, 1) : "Avertissez [d’être soumis aux princes et aux magistrats]." La première partie se subdivise. L’Apôtre explique à Tite comment il doit instruire d’abord les personnes libres, ensuite les serviteurs (verset 9) : "Exhortez les serviteurs [à être bien soumis]." De plus il dit comment il faut instruire les personnes libres, premièrement par la parole; secondement par l’exemple (verset 7) : "[Rendez-vous] vous-même [un modèle de bonnes œuvres] en toutes choses, etc." Et d’abord comment il faut parler aux vieillards, ensuite aux jeunes femmes (verset 4) : "En inspirant la sagesse aux jeunes femmes "
I. Sur cette première partie, comment il faut instruire les vieillards, puis les femmes avancées en âge (verset 3) : "Apprenez de même aux femmes avancées en âge, etc."
1° Il faut ici observer qu’il y a certains biens auxquels la vieillesse dispose. L’Apôtre les expose d’abord; et certains autres biens auxquels la vieillesse met obstacle; Paul les expose ensuite (verset 2) : "[A se conserver] purs dans la foi." 1. Or parmi les biens auxquels la vieillesse dispose, il y a d’abord le mépris des plaisirs, ensuite la perfection de la sagesse et de la prudence. Et voici comment la vieillesse dispose d’abord au mépris des plaisirs : Le corps, dans la jeunesse, jouit d’une chaleur naturelle, qui porte aux délectations sensuelles, particulièrement au manger, au boire, et aux plaisirs de l’amour. Or la vieillesse dispose à s’en préserver, car les sens, dans les vieillards, n’ont plus la même vigueur (II Rois, XIX, 35) : "[Ayant comme j’ai, quatre-vingts ans,] peut-il me rester assez de vigueur dans les sens pour discerner ce qui est doux d’avec ce qui est amer ? ". C’est ce qui fait dire Paul (verset 2) : "[Enseignez aux vieillards] à être sobres," quant au manger et au boire, "et chastes," quant aux voluptés sensuelles (Genèse, XVIII, 12) : "Après que je suis devenue vieille et que mon seigneur est vieux aussi, connaîtrais-je encore le plaisir ?"
Mais si la vieillesse dispose à la tempérance, pourquoi Paul fait-il cette recommandation? Nous répondons qu’une grande perversité ramène quelquefois les vieillards aux péchés d’un âge moins avancé (Isaïe, LXV, 20) : "L’enfant de cent ans mourra, et le pécheur de cent ans sera maudit." Il y a deux causes à ceci, C’est d’abord que l’impulsion, qui mène à ces excès, n’est pas la même dans le vieillard que dans le jeune homme. Celui-ci est entraîné à la passion par l’instinct naturel, le vieillard par son choix délibéré, et cela par deux raisons. Nul ne veut se passer de plaisirs ; et on les désire d’autant plus vivement qu’on a davantage à souffrir d’incommodités, Or la vieillesse est pleine d’ennuis et de défaillances; quand donc elle n’a pas de plaisirs spirituels, elle recherche ceux du corps. La seconde cause c’est que le jeune homme est quelquefois retenu par la pudeur, tandis que les vieillards, suivant le philosophe, ne le sont plus autant, parce qu’ils ont l’âge et l’expérience de beaucoup de choses. Le jeune homme est vain, et naturellement timide, et par suite susceptible d’être retenu; il n’en est pas ainsi du vieillard. De plus la vieillesse dispose à la prudence, par l’expérience acquise pendant une vie déjà longue (Job, XII, 12) : "La sagesse est dans les vieillards, et la prudence est le fruit de la longue vie;" (Ecclésiastique, XXV, 5) : « Que la sagesse sied bien aux personnes avancées en âge, et une conduite éclairée à ceux qui sont élevés en gloire. L’expérience consommée est la couronne des vieillards ». L’Apôtre ajoute donc (verset 2) : "Qu’ils soient prudents." Il arrive néanmoins que la prudence manque quelquefois de sens (Ecclésiastique, XXV, 2) : "[Il y a trois sortes de personnes que mon âme hait] : un vieillard fou et insensé." Qu’un vieillard devienne tel, il y a à cela deux motifs : la prudence, en effet, s’acquiert par l’exercice; quand donc, pendant la jeunesse, on ne s’est pas occupé du bien, on manque de prudence dans sa vieillesse (Ecclésiastique, XXV, 3) : "Comment trouverez-vous dans votre vieillesse ce que vous n’aurez pas amassé dans votre jeunesse?"
Il y en a encore une autre raison, c’est que dans la jeunesse on regorge quelquefois de voluptés, surtout de mets surabondants; de là le déssèchement du cerveau (Prov., XX, 1) : "Le vin est une source d’intempérance, et l’ivrognerie est pleine de désordres. Quiconque y met son plaisir ne deviendra pas sage."
L’Apôtre explique ensuite quels sont les biens auxquels la vieillesse est plus difficilement portée. C’est d’abord la foi, ensuite l’amour, enfin la patience.
A) De la première, Paul dit (verset 2) : "Qu’ils se conservent purs dans la foi," car "sans la foi, il est impossible de plaire à Dieu." (Hébr., XI, 6). Or, si quelques vieillards ne se maintiennent pas purs dans la foi, surtout lorsqu’une chose ouvelle est proposée, cela peut venir de deux motifs. D’abord de ce que les vieillards, par une sorte de confiance présomptueuse dans leur sagesse, ne sont pas assurés quant aux croyances nouvelles, et par conséquent n’ajoutent pas foi aux autres (Job, XV, 10) : "Il y a parmi nous des hommes vénérables par leur grand âge et par leur vieillesse." Ensuite parce que c’est un défaut naturel à la vieillesse d’être incrédule, car les vieillards ont expérimenté qu’ils ont été trompés souvent. Aussi emploient-ils fréquemment des locutions comme « peut-être », « presque », expressions qui indiquent l’incertitude ou le doute. Mais l’incrédulité est l’opposé de la foi (Isaïe, XXI, 2) : "Celui qui est incrédule agit avec perfidie."
B) De l’amour, Paul dit (verset 2) : "[Qu’ils se conservent] dans la charité," et cela par la raison que la plénitude de la loi, c’est la charité. L’Apôtre fait cette recommandation pour deux motifs. Le premier est que dans les vieillards il y a peu d’amitié, car l’amour se nourrit par la vie commune. Mais personne ne veut vivre longtemps avec ceux qui sont tristes, et tels sont les vieillards; il n’y a donc pas d’amitié avec eux. Ensuite les vieillards ne s’attachent que par un motif d’utilité, tandis que les jeunes gens s’attachent à quelqu’un par un motif d’agrément. Le vieillard, en effet, a besoin d’appui.
C) De la troisième vertu l’Apôtre dit (verset 2) : "Dans la patience." Il fait cette recommandation pour trois raisons. D’abord parce que les vieillards sont environnés de maux ou d’incommodités nombreuses; la patience leur est donc nécessaire contre les tribulations. La seconde raison, c’est que les vieillards vivent de nombreux souvenirs, aussi rediront-ils souvent des choses déjà anciennes, tandis que les jeunes gens vivent de grandes espérances. Il en résulte pour les vieillards, deux motifs d’impatience : les biens dont ils ont joui, et les biens dont ils sont privés. C’est ce qui a fait dire à Boèce : La misère suprême c’est d’avoir été heureux. (Lament., I, 7) : "Jérusalem s’est souvenue des jours de son affliction, de ses désobéissances et de tout ce qu’elle avait eu dans les siècles passés de plus désirable." De plus, comme les vieillards vivent dans le souvenir, il arrive que beaucoup de ceux qui les méprisent ont été autrefois pires qu’eux; c’est là pour eux une cause de trouble (Job, XXX, 1) : "Maintenant je suis méprisé par des personnes plus jeunes que moi, dont je n’aurais pas daigné mettre les pères avec les chiens de mon troupeau." Enfin la troisième raison, c’est que plus le vieillard approche de la fin de la vie, plus il désire vivre. Quand donc il se sent décliner, il en conçoit davantage de la tristesse.
2° Quand Paul dit (verset 3) : "[Apprenez de même]aux femmes avancées en âge, etc.," il enseigne comment il faut instruire les femmes âgées, d’abord quant aux règles de la vie; ensuite quant à la doctrine :
1. De plus, dans la première partie, comment il faut les instruire par rapport à la tenue extérieure; ensuite sur la manière de vivre, enfin sur les conversations.
A) Du premier de ces points l’Apôtre dit (verset 3) : "[A faire voir] dans tout leur extérieur une tenue modeste," c’est-à-dire, une tenue où l’on ne remarque ni dissolution, ni ostentation, c’est là ce qui convient à toute femme (I Pierre, ni, 3) : "Ne mettez pas votre ornement à vous parer au dehors par la frisure des cheveux, les enrichissements d’or et la beauté des habits;" (I Tim., II, 9) : "Que les femmes aussi, étant vêtues comme l’honnêteté le demande, se parent de modestie et de chasteté, et non avec des cheveux frisés, ni des ornements d’or, ni des perles, ni des habits somptueux, etc." Or les femmes âgées doivent surtout observer ces règles, parce que celles qui sont plus jeunes peuvent se parer avec modestie pour plaire à leurs maris. Ceci s’entend dans le sens absolu de tout mouvement du corps (Ecclésiastique, XIX, 27) : "Le vêtement du corps, le rire de ses lèvres et la démarche de l’homme font connaître tel qu’il est."
B) De la manière de converser, Paul dit (verset 3) : "Qu’elles ne soient pas médisantes." Il y a, en effet, deux choses dans les vieillards, l’une qui est commune à tous, c’est d’être soupçonneux, car ils ont vu beaucoup de mal et le présument semblablement chez le prochain. L’autre, qu’on remarque spécialement dans les femmes, c’est qu’elles sont jalouses. Or, ces deux défauts se rencontrent dans les femmes âgées : à raison de leur âge elles sont défiantes; à raison de leur sexe elles sont jalouse (Ecclésiastique, XXV, 9) : "La langue de la femme jalouse est perçante; elle se plaint sans cesse à tous ceux qu’elle rencontre." Voilà pourquoi Paul dit (verset 3) : "Qu’elles ne soient pas médisantes."
C) Par rapport à la manière de vivre, l’Apôtre ajoute (verset 3) : "Qu’elles ne soient pas sujettes au vin." Il a dit des hommes : "Qu’ils soient sobres;" il dit des femmes : "Qu’elles ne soient pas sujettes au vin, ", parce qu’elles peuvent en user quelquefois à raison de leur tempérament froid.
2. Par rapport à la doctrine, l’Apôtre dit (verset 3) : "[Qu’elles apprennent] à donner de bonnes instruction " On objecte ce qui est dit dans la Ire épître aux Corinthiens (XIV, 34) : "Que les femmes se taisent dans les églises, parce qu’elles n’ont pas mission d’y parler, mais elles doivent être soumises, etc.;" et (I Timothée., II, 11) : "Que les femmes reçoivent l’instruction en silence et dans une entière soumission, lorsqu’on les instruit. Car je ne permets pas aux femmes d’enseigner."
Il faut dire que l'enseignement public qui se donne au milieu du peuple est interdit aux femmes, mais l’enseignement privé, par lequel chacun instruit sa maison, leur est permis (Proverbes XXXI, 1) : "Vision par laquelle (Bethsabée) sa mère l’a instruit;" (Prov, IV, 3);" Moi aussi j’ai été un fils pour mon père, un fils tendre et unique auprès de ma mère. Elle m’instruisait et me disait… " L’Apôtre dit avec raison (verset 4) : "Qu’elles inspirent la sagesse," parlant aux femmes âgées, plutôt qu’aux hommes, parce que souvent elles répètent des contes de vieilles plutôt que des choses profitables, et aussi parce qu’elles conversent elles-mêmes plus souvent que les hommes avec leur famille et leurs enfants.
II. A ces mots (verset 4) : "[Apprenez] aux jeunes femmes, etc.," l’Apôtre explique comment instruire les jeunes, et tout d’abord il montre à Tite comment il doit instruire les femmes qui sont jeunes; en second lieu les jeunes hommes (verset 6) : "[Exhortez] aussi les jeunes gens, etc."
La première partie se subdivise en trois. Paul enseigne d’abord comment les femmes doivent se conduire envers les personnes qui leur sont unies; ensuite envers elles-mêmes; enfin envers ceux qui dépendent d’elle
1. Du premier devoir Paul dit (verset 4) : "[En leur apprenant] à aimer leurs maris," car le mari a droit à l’amour (Prov., XII, 4) : "La femme diligente est la couronne de son mari;" (Ecclésiastique, XXV, 1) : "Trois choses plaisent à mon esprit.." et plus loin : "Un mari et une femme qui s’accordent bien ensemble." Ou bien encore (verset 4) : "en inspirant la sagesse aux jeunes femmes et à leurs maris, etc." La première explication est préférable (verset 4) : "Et qu’elles chérissent leurs enfants," car le sentiment est conforme à la nature (Isaïe XLIX, 15) : "Une mère peut-elle oublier son enfant, et n’avoir pas compassion du fils qu’elle a porté dans ses entrailles? " Remarquez ce que dit l’Apôtre : "Qu’elles aiment leurs maris et qu’elles chérissent leurs enfants;" c’est que l’amour pour un mari est plus fort, mais il est pour les enfants plus naturel.
2. Par rapport à elles-mêmes Paul recommande trois choses. L’une regarde la raison, à savoir (verset 5) : "Qu’elles soient circonspectes" (Prov., XIX, 14) : "Le père et la mère donnent les maisons et les richesses, mais c’est proprement le Seigneur qui donne à l’homme une femme sage." Cette prudence est nécessaire, car leur jeunesse et leur sexe sont opposés à cette vertu. La seconde a rapport à l’appétit de convoitise. (verset 5) : "Chastes." La troisième enfin à la propension à la colère (verset 5) : "Sobres" (Ecclésiastique XXVI, 19[15]) : "La femme sainte et pleine de pudeur, est une grâce qui passe toute grâce."
3. Par rapport à ceux qui dépendent d’elles, l’Apôtre demande en premier lieu qu’elles en aient soin; secondement il enseigne la manière; troisièmement il on donne la raison. Du premier de ces devoirs, il dit (verset 5) : "Prenant soin de leur maison." (Proverbes XIV, 4) : "La femme sage bâtit sa maison; l’insensée, détruit de ses mains celle qui était déjà bâtie." Or, dans ce soin, il y a deux choses à observer d’abord que les femmes sont ordinairement portées à la colère (Ecclésiastique XXV, 23) : "Il n’y a pas de colère plus aigre que celle de la femme;" voilà pourquoi l’Apôtre dit (verset 5) : "Qu’elles soient bonnes," en d’autres termes, qu’elles gouvernent avec mansuétude. Ensuite, que la femme, lorsqu’elle a la puissance en main, se raidit en sens contraire à son mari (Ecclésiastique XXV, 30) : "Si la femme a la principale autorité, elle s’élève contre son mari;" c’est pourquoi il est dit (verset 5) : "Qu’elles soient soumises à leurs maris;" de même (Gen., III, 16) : « Vous serez sous la puissance de votre mari, et il vous dominera ». Ainsi donc doivent se conduire les femmes, (verset 5) : "afin que la parole de Dieu ne soit pas exposée aux blasphèmes.", c'est-à-dire pour ne pas donner occasion au blasphème. Toutes ces règles sont marquées au ch. X, 13, du livre de Tobie, où il est dit que Raguel et Sara avertirent leur fille « d’honorer son beau-père et sa belle-mère, d’aimer son mari, de gouverner sa famille, de gérer sa maison et de se conserver irréprochable »
2° L’Apôtre enseigne ensuite comment il faut instruire les jeunes hommes, à savoir, en les exhortant (verset 6) : "d’être sobres," recommandation qu’il répète, car le penchant au vin est la source de tous les vices (I Pierre, V, 8) : "Soyez sobres, etc."
7. Rendez vous vous-mêmes un modèle de bonnes oeuvres en toutes choses, dans la pureté de la doctrine, dans l’intégrité de votre vie, dans la gravité.
8. Que vos paroles soient saines et irrépréhensibles, afin que nos adversaires rougissent, n’ayant aucun mal à dire de nous.
9. Exhortez les serviteurs à être bien soumis à leurs maîtres, à leur complaire en tout, à ne les pas contredire,
10. A ne détourner rien de leur bien, à leur témoigner en tout une entière fidélité, afin qu’en toutes choses ils fassent honneur à la doctrine de Dieu notre Sauveur.
I° Paul, dans ce qui précède, a dit à Tite la manière dont il devait instruire ses inférieurs libres. Et comme ce ne sont pas les paroles seulement qui sont utiles, mais encore les exemples, il lui recommande ici de se rendre le modèle de tous. Il le fait d’abord en termes généraux; ensuite d’une manière spéciale (verset 7) : "Dans la doctrine" ; enfin il en apporte la raison (verset 8) : "Afin que nos adversaires [rougissent], etc."
I. Il dit donc : comme vous êtes encore jeunes d’âge (verset 7) : "Rendez-vous vous-même un modèle de bonnes oeuvres en toutes choses." Le supérieur, en effet, doit être comme la forme préexistante du disciple (I Corinth., XI, 1) : "Soyez mes imitateurs, comme je suis moi-même l’imitateur de Jésus" (Jean, XIII, 15) : "Je vous ai donné l’exemple, [afin que ce que j’ai fait à votre égard, vous le fassiez aussi]."
II. Quand il ajoute (verset 1) : "Dans la doctrine," Paul indique spécialement à Tite ce en quoi il doit donner l’exemple.
1° Il indique d’abord quel doit être son acte principal, c’est-à-dire, sa doctrine. Il dit donc : "Dans la doctrine." C’est là, en effet, la charge de l’évêque (Jérémie, III, 15) : "Je vous donnerai des pasteurs selon mon coeur, et ils vous nourriront de la doctrine et de la science." Cette recommandation convient surtout à Tite, qui doit avoir d’autres évêques soumis à son autorité, comme il est dit (ci-dessus, I, 5) : "Etablissez des évêques, etc." Il doit donc, en instruisant les autres, leur donner l’exemple dans la doctrine (1 Timothée, IV, 43) : "faites attention à vous-même et à votre enseignement, etc."
2° En second lieu, il lui fait ses recommandations par rapport à la vie d’abord d’éviter le mal (Isaïe, I, 18) : " Cessez de faire le mal." C’est pourquoi il dit (verset 7) : "Dans l’intégrité de la vie," en se gardant sans corruption, car de même que le corps perd son intégrité par la corruption de ses membres, l’âme perd la sienne par la corruption du péché. Or, dans le supérieur spirituel, l’intégrité de l’intelligence est conservée par la prudence, celle des affections par la charité et celle du corps par la chasteté (I Thessal., V, 23) : "Que[ tout ce qui est en vous], l’esprit, l’âme et le corps, se conservent sans tache pour l’avènement de Notre Seigneur Jésus Christ." En second lieu, d’être grave dans l’exécution du bien qui se fait par la charité. Ce qui est grave a deux propriétés, l’une d’appesantir, et celle-ci est blâmable, [au sens dont il s'agit au] psaume IV, 3 : "Enfants des hommes, jusqu’à quand aurez vous le coeur appesanti? " L’autre de donner de l’aplomb et de la stabilité. Dans ce sens on appelle graves ceux qui ne se laissent pas facilement écarter du bien. C’est ce que dit ici Paul (verset 7) : "Dans la gravité." Cette disposition est louable (Psaume XXXIV, 18) : "Je vous louerai au milieu d’un peuple nombreux."
3° Paul rappelle ensuite ce que doit être la doctrine et la prédication de Tite. Il dit donc (verset 8) : "Que vos paroles soient saines, c’est-à-dire sans corruption aucune par l’erreur (II Tim., I, 13) : "Proposez-vous pour modèle les saines instructions que vous avez entendues de moi touchant la foi [et la charité qui est en Jésus Christ];" (Proverbes XVII, 7) : "La langue menteuse sied mal à un prince." Il en règle aussi le mode, quand il dit (verset 8) : "Et irrépréhensible," c’est-à-dire qu’elles soient proférées en leur temps avec la convenance nécessaire et une provocation à se corriger (Ecclésiastique, XX, 22) : "De la bouche de l’insensé, une parole sage sera mal reçue, car il ne la dira pas en son temps."
III. La fin de la doctrine, c’est (verset 8) : "Afin que nos adversaires rougissent." Comme s’il disait : "Si tous se conduisent bien, à savoir les premiers pasteurs et ceux qui leur sont soumis, nos adversaires ne pourront aucunement vous nuire (I Pierre, II, 15) : "La volonté de Dieu est que par votre bonne vie, vous fermiez la bouche aux hommes ignorants et insensés;" (I Timothée., V, 14) : "Qu’elles ne donnent aucun sujet aux ennemis [de notre religion] de nous faire des reproche"
II° A ces mots (verset 9) : "[Exhortez] les serviteurs, etc.," l’Apôtre enseigne à Tite comment il doit instruire les serviteurs. C’est ce qu’il fait d’abord; ensuite il en apporte la raison (verset 11) : "Car [la grâce de Dieu]s’est manifestée, etc." Sur le premier point : I. il engage les serviteurs à la soumission; II. il détermine le mode de cette soumission (verset 9) : "[A leur complaire] en tout;" III. Il démontre la nécessité de cette doctrine (verset 10) : "Afin [qu’en toutes choses ils fassent honneur] à la doctrine [de Dieu notre Sauveur], etc."
I. Il dit donc (verset 9) : "Exhortez les serviteurs à être bien soumis à leurs maîtres" (I Pierre, II, 48) : "Serviteurs, soyez soumis à vos maîtres, avec toute sorte de respect, non seulement à ceux qui sont bons et doux, mais à ceux qui sont difficiles;" (Colos., III 22) : "Serviteurs, obéissez en tout à ceux qui sont vos maîtres, selon la chair, ne les servant pas seulement lorsqu’ils ont l’oeil sur vous, etc." L’Apôtre répète la même recommandation dans l’Epître aux Ephésiens (VI, 5). Pourquoi donc donner si souvent cet avertissement ? Non sans raison, répondrais-je. C’est que ce fut parmi les Juifs que prit naissance cette hérésie que les serviteurs de Dieu ne devaient pas servir les hommes, et c’est de chez eux qu’elle passa chez les chrétiens. Cette hérésie prétendait qu’étant devenus, par Jésus-Christ, enfants de Dieu, les chrétiens ne devaient pas être les serviteurs des hommes ; mais Jésus-Christ n’est pas venu détruire par la foi l’ordre de la justice; la foi de Jésus-Christ, au contraire, conserve la justice. Or la justice fait que les uns sont soumis aux autres. Cette servitude, dont il est question, n’atteint que les corps; or Jésus-Christ nous a délivrés, il est vrai, de la servitude spirituelle, mais nullement de la servitude et de la corruption du corps. Cette délivrance de la corruption et de la servitude, nous la connaîtrons dans la vie future (I Corinth., XV, 24) : "Lorsque Jésus-Christ aura remis son royaume à Dieu son Père."
II. Ce que dit Paul (verset 9) : "[Soumis à leurs maîtres], en tout," peut d’abord se rapporter à ce qu’il a dit : "Aux serviteurs," en sorte que l’on entende, "en tout," par « dans toutes les choses auxquelles s’étend le droit de leur puissance ». Ou bien à ce qu’il ajoute : "S’efforçant de leur plaire," car la soumission doit avoir pour effet premièrement, de porter les serviteurs à obéir sans donner sujet de plainte, sans lenteur et sans murmure (Coloss., I, 10) : "Tâchant de plaire à Dieu en toutes choses," (I Corinth., X, 33) : "Je tâche moi-même de plaire à tous en toutes choses;" On objecte ce que l’Apôtre dit aux Galates (verset X, 10) : "Si je voulais encore plaire aux hommes, je ne serais pas serviteur de Jésus-Christ." Nous répondons que plaire aux hommes pour les hommes eux-mêmes, est un acte blâmable; mais leur plaire pour Dieu, c’est un acte louable.
Secondement, la soumission consiste à obéir sans répugnance. L’Apôtre dit donc (verset 9) : "A ne pas les contredire" (Ecclésiastique, IV, 30) : "Ne contredisez en aucune sorte la parole de la vérité," Troisièmement sans tromperie, ce qui fait dire (verset 10) : "A ne détourner rien de leur propriété." Ici Paul condamne un vice et commande une vertu : il condamne l’infidélité, car les biens du maître sont confiés à la fidélité des serviteurs (Matthieu XXV, 14) : "Il leur mit son bien entre les mains." Il commande la bonté en toutes choses; c’est pourquoi il dit (verset 10) : "Mais à leur témoigner en tout une entière, fidélité, "
III. Or, à quelle fin toutes ces recommandations? Ce n’est pas pour obtenir une faveur terrestre, mais pour la gloire de Dieu. Aussi Paul dit-il (verset 10) : "Afin qu’[en toutes choses] ils fassent honneur à la doctrine de Dieu notre Sauveur." La gloire du Maître, remarque la Glose, est la vie sainte du disciple, comme la santé du malade est l’honneur du médecin. Or, le Maître spirituel est le médecin qui guérit les âmes. Si donc nous donnons l’exemple des bonnes oeuvres, la louange en revient à la doctrine de Jésus-Christ (Isaïe LII, 5) : "Mon nom est blasphémé sans cesse pendant tout le jour;" (Matth., V, 16) : "Que voyant vos bonnes oeuvres,[ils glorifient votre Père qui est dans le ciel]."