COMMENTAIRE DU PSAUME 18
1 Pour la fin. Psaume de David.
2 Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament annonce les oeuvres de ses mains.
3 Le jour au jour profère la parole, et la nuit à la nuit en donne connaissance.
4 Ce ne sont point langages, ni discours, dont on n'entende point les voix.
5 Leur bruit s'est répandu dans toute la terre, et leurs paroles jusqu'aux limites du globe de la terre.
6 Il a placé sa tente dans le soleil. Et lui, comme un époux qui sort de la chambre nuptiale, s'élance joyeux, tel un géant, pour parcourir sa voie.
7 À l'extrémité du ciel est sa sortie ; et le terme de sa course à l'autre extrémité ; et il n'y a personne qui se cache à sa chaleur.
8 La Loi du Seigneur est sans tache, elle convertit les âmes ; le témoignage du Seigneur est fidèle, il donne la sagesse aux tout-petits.
9 Les justices du Seigneur sont droites, elles réjouissent les coeurs ; le précepte du Seigneur est pur, illuminant les yeux.
10 La crainte du Seigneur est sainte, elle subsiste dans les siècles des siècles ; les jugements du Seigneur sont vrais, équitables par eux-mêmes.
11 Ils sont désirables plus que l'or et que beaucoup de pierres précieuses, et plus doux que le miel, qu'un rayon de miel.
12 Mais ton serviteur les garde ; en les gardant on trouve une grande récompense.
13 Qui connaît ses délits ? Purifie-moi de mes péchés secrets,
14a et des étrangers préserve ton serviteur.
14b S'ils n'ont pas domination sur moi, alors je serai sans tache et je serai purifié d'un très grand péché.
15 Alors que les paroles de ma bouche te soient agréables, et que la méditation de mon coeur soit toujours en ta présence. Seigneur, mon aide et mon rédempteur.
* * *
1 Pour la fin. Psaume de David.
Plus haut le psalmiste a rendu grâce de multiples manières pour les bienfaits accordés et espérés, mais ici, en considérant ces bienfaits, il s'élève pour louer le bienfaiteur. Le titre de ce psaume est explicite : Pour la fin. Psaume de David. Selon le sens littéral il se réfère à David, mais selon le sens mystique il se rapporte au Christ : Pour la fin.
Ce psaume se divise en deux parties.
I) Dans la première partie Dieu est loué pour sa doctrine avec laquelle il nous instruit. Et cela de deux manières. L'une d'une manière générale, selon qu'il s'adresse à tous avec égalité ; et cela est manifesté à travers ses oeuvres : « Les réalités invisibles de Dieu, rendues compréhensibles depuis la création du monde par les choses qui ont été faites, sont devenues visibles aussi bien que sa puissance éternelle et sa divinité. » L'autre, d'une manière particulière, par la législation, qui est uniquement destinée aux fidèles.
II) La seconde partie commence ici : 8 La loi du Seigneur est sans tache.
I. On expose ce psaume selon la vérité en l'appliquant au Christ, car l'Apôtre fait valoir à ce sujet son autorité en l'accommodant au mystère du Christ : « Leur bruit s'est répandu dans toute la terre, et leurs paroles jusqu'aux limites du globe de la terre. Néanmoins, de même que les mystères du Christ sont parfois représentés allégoriquement dans les figures de l'Ancien Testament, ainsi sont-ils désignés quelquefois par avance, allégoriquement, dans les figures des saints. Et c'est pourquoi ce psaume est d'abord exposé selon le sens figuré. Puis selon la vérité.
2 Les cieux racontent la gloire de Dieu, et le firmament annonce les oeuvres de ses mains.
A. Le psalmiste parle d'abord des cieux. Ensuite du soleil. Par les cieux sont figurés les Apôtres ; par le soleil on entend le Christ.
Les cieux racontent, etc. À cet égard il fait deux choses :
1) Il expose d'abord la doctrine avec laquelle Dieu nous instruit à travers les cieux ; cieux qui sont en quelque sorte intellectuels.
2) Ensuite il écarte les obstacles à cette doctrine : Le jour au jour profère la parole, etc.
1. Il est nécessaire de connaître deux choses à propos de Dieu.
a) La première est la gloire dont Dieu est enveloppé.
b) Puis ce sont ses oeuvres.
a. Si nous regardons les cieux matériels, ceux-ci nous font connaître la gloire de Dieu : parce qu'en eux se trouve un ornement éclatant et ordonné, qui est une surabondance de cette gloire dans sa subtilité : « C'est la beauté du ciel que l'éclat des étoiles ; le Seigneur illumine le monde aux lieux les plus élevés. » Et parce que le soleil illumine il embrasse toutes choses, et son oeuvre est pleine de la gloire du Seigneur ; c'est pourquoi ces cieux matériels sont conçus pour nous faire découvrir la gloire de Dieu, non comme s'il s'agissait d'animaux matériels, ainsi que le dit Rabbi Moïse, mais dans sa beauté grâce à laquelle nous est davantage encore révélée leur créateur. Et le firmament nous montre combien Dieu est glorieux. Le firmament est appelé ciel, comme le rapporte la Genèse : « Dieu appela le firmament ciel. » Or c'est d'après l'éclat qu'il est appelé ciel ; et ainsi dans l'éclat des cieux apparaît la sagesse divine : Si on prend tout à la fois, il fait ainsi connaître sa puissance, aussi le psalmiste dit-il que Les cieux racontent, c'est-à-dire manifestent, la gloire de Dieu, et le firmament annonce les oeuvres de ses mains, oeuvres à travers lesquelles apparaît sa puissance.
Mais selon la vérité, par cieux on comprend les Apôtres, dans lesquels Dieu habite comme dans les cieux. Et ils sont appelés cieux à cause de la hauteur de la cité : « Notre cité est dans les cieux. » Ils sont aussi étoilés en raison de l'abondance de leurs vertus : « C'est la beauté du ciel que l'éclat des étoiles. » - « Autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre, autant sont élevées mes voies au-dessus de vos voies et mes pensées au-dessus de vos pensées. » Car ils sont lumineux par la doctrine et par l'exemple : « Qu'ainsi votre lumière brille devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes oeuvres, et glorifient votre Père qui est dans les cieux. » Car ils sont empressés dans l'obéissance et volubiles dans le discours de leur prédication : « J'ai fait seule le tour du ciel, et j'ai marché sur les flots de la mer, et j'ai pénétré le profond de l'abîme, et j'ai posé le pied sur toute la terre, et chez tous les peuples, et chez toutes les nations j'ai eu le premier rang. » Ceux-ci racontent la gloire de Dieu, c'est-à-dire du Père, gloire dans laquelle est le Christ, et parce qu'il est égal au Père, et parce qu'il est Dieu et qu'il remet gratuitement les péchés : « Vous avez été vendus pour rien, et sans argent vous serez rachetés. » De même les Apôtres sont appelés firmament, parce qu'ils ont été affermis par la force du Saint-Esprit : « Restez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la force d'en haut. »
b. et le firmament annonce les oeuvres de ses mains, c'est-à-dire les merveilles que le Christ a faites, à savoir sa nativité, sa passion, sa résurrection et son ascension : « Dieu n'a-t-il donné pouvoir aux saints de raconter toutes ses merveilles ? » - « Annoncez cela dans toute la terre. »
- « Annoncez parmi les nations sa gloire, au milieu de tous les peuples ses merveilles. » Ou bien : les cieux racontent, parce que les cieux ont envoyé une nouvelle étoile, annonçant la naissance du Sauveur : « Nous avons vu son étoile en Orient. »
3 Le jour au jour profère la parole, et la nuit à la nuit en donne connaissance. 4 Ce ne sont point langages, ni discours, dont on n'entende point les voix. 5 Leur bruit s'est répandu dans toute la terre, et leurs paroles jus qu'aux limites du globe de la terre.
2. Ici le psalmiste écarte l'obstacle à la doctrine ; et il écarte trois sortes d'obstacles : parfois la doctrine est empêchée lorsqu'elle ne peut être apprise à cause du temps, parfois en raison de la variété des langues, parfois à cause de la diversité des lieux.
a. Le premier empêchement est dû à la nuit, car ce n'est pas le moment de lire puisque c'est le temps du repos ; aussi convient-il d'enseigner et d'apprendre à des moments divers. Et il faut d'abord parler des jours matériels qui, selon leur nature, sont causés par le mouvement du ciel ; et c'est pourquoi il faut non seulement considérer la substance des cieux, mais aussi le mouvement du firmament, et ainsi faut-il recevoir dans cette succession la sagesse : « Pourquoi un jour l'emporte-t-il sur un jour, de même la lumière sur la lumière, une année sur une année, venant [tous] du soleil ? Ils ont été distingués par la science du Seigneur" », c'est-à-dire établis l'un au-dessus de l'autre. Et c'est pourquoi il dit : Le jour, se succédant, au jour profère la parole, c'est-à-dire manifeste l'ordre et la bonté de la sagesse divine, en tant qu'un jour est plus grand qu'un autre jour, etc. Un jour est plus chaud qu'un autre, et ainsi en est-il de chacun. et la nuit. Le psalmiste a montré plus haut la sagesse divine et l'ordre de sa disposition, car la nuit succède à la nuit selon un ordre ; et il le dit parce que Le jour profère, car le temps du jour est le temps de converser, et c'est pourquoi il est le temps consacré à la parole. C'est la raison pour laquelle le psalmiste dit : profère la parole. Mais le temps de la nuit est le temps propre à la méditation à cause du repos ; et c'est pourquoi dans le repos de la nuit l'homme médite et découvre une multitude de choses qui lui procurent la science ; et c'est pourquoi c'est le temps consacré à la connaissance. Aussi dit-il : et la nuit, succédant, à la nuit en donne connaissance, c'est-à-dire Dieu ; car une nuit a une autre disposition qu'une autre nuit, et tout cela est disposé par la connaissance de Dieu.
Selon la vérité, les Apôtres sont appelés jour ; et c'est ce qu'il dit : Le jour, c'est-à-dire les Apôtres, profère la parole de la sagesse divine, au jour, c'est-à-dire aux parfaits : « Nous prêchons la sagesse parmi les parfaits » ; car toutes choses ne sont pas prêchées à tous, mais ils prêchent les choses illustres aux gens illustres, les choses saintes aux saints, les choses magnanimes aux grands. De même l'Apôtre, dans la mesure où il est la nuit, c'est-à-dire vivant dans la chair et mortel, condescend à l'infirmité et à l'ignorance des gens incultes, comme la nuit donne à la nuit, c'est-à-dire la connaissance aux imparfaits, mais à propos des réalités humaines : « Je n'ai pu vous parler comme à des hommes spirituels, mais comme à des hommes charnels. Comme à des petits enfants dans le Christ, je vous ai donné du lait, non de la nourriture. » Ou bien : Le jour, c'est-à-dire Gabriel, profère la parole au jour, c'est-à-dire à la Vierge Marie la parole du Sauveur ; mais, la nuit, c'est-à-dire le diable, donne connaissance à la nuit, c'est-à-dire à Eve : « Vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. »
b. En second lieu, la doctrine est aussi empêchée en vertu de la variété des langues, mais cette doctrine n'est pas empêchée par cet obstacle, car Ce ne sont point langages, ni discours, c'est-à-dire quelles que soient ces langues ou nations, elles peuvent être instruites de la sagesse divine et de sa puissance : et cela, soit par les cieux, soit par les Apôtres ; mais selon la vérité, il faut dire que Ce ne sont point langages, ni discours, dont on n'entende point les voix, car les voix, ou les prédications, ou la doctrine des Apôtres sont entendues par n'importe qui.
Mais il y a deux opinions à propos du langage des Apôtres. Car certains disent que les Apôtres ne parlaient qu'une seule langue, mais d'autres disent qu'ils les comprenaient toutes.
Cependant à l'encontre de ces opinions l'Apôtre dit dans sa première épître aux Corinthiens : « Je rends grâce à mon Dieu de ce que je parle les langues de vous tous. » D'où : Ce ne sont point langages, qu'on n'entende pas parler. Les langages signifient les langues principales, mais les discours signifient les variétés des idiomes dans une même langue. Ou bien : langages, c'est-à-dire des langues, et discours, c'est-à-dire des manières de parler. Or il y a une triple manière de parler. La première est humble, c'est celle que nous parlons communément ; une autre, lorsqu'elle est déguisée ; et une autre lorsqu'elle est seulement ornée. La première convient à celui qui enseigne. La deuxième à celui qui persuade. La troisième à celui qui séduit ; et les Apôtres s'exprimaient selon toutes ces manières : « Dans une [autre] expression des lèvres et une autre langue, je parlerai à ce peuple. »
L'obstacle à la doctrine est aussi dû à la diversité et à l'éloignement du lieu : car parfois l'enseignement ne va pas jusqu'aux régions éloignées, mais il n'en est pas ainsi pour celui-ci, car dans toute la terre s'est répandu leur bruit, c'est-à-dire des cieux, ou des Apôtres, car en tout lieu se trouve la doctrine que les cieux prodiguent ; mais cela convient mieux aux Apôtres, puisque le psalmiste a dit : s'est répandu, et non pas se sont répandus, leur bruit, c'est-à-dire leur réputation, et leurs paroles jusqu'aux limites du globe de la terre. - « Chantez le Seigneur, car il a agi avec magnificence ; annoncez cela dans toute la terre. » - « Allez donc, enseignez toutes les nations. » Et c'est pourquoi il dit : jusqu'aux limites du globe de la terre leurs paroles, car le bruit parvient jusqu'aux lieux éloignés, et les paroles aux lieux proches. Mais il n'en est pas ainsi pour les Apôtres ; bien plus, même leurs paroles, c'est-à-dire la perception du bruit, parviennent jusqu'aux limites du globe de la terre, ou bien quelque prophétie, ou bien la réputation de leurs miracles.
6 Il a placé sa tente dans le soleil. Et lui, comme un époux qui sort de la chambre nuptiale, s'élance joyeux, tel un géant, pour parcourir sa voie.
B. Plus haut le psalmiste a fait mention des cieux, mais ici pour montrer la louange du Créateur il traite du soleil. Et de même que par les cieux on entend les Apôtres, ainsi par le soleil on entend le Christ : « Pour vous qui craignez mon nom, se lèvera un soleil de justice. » Et certaines prophéties disent cela du Christ sous la figure du soleil ; c'est pourquoi le psalmiste expose d'abord une figure à travers laquelle il commence à expliquer la vérité au sujet du Christ. Il mentionne trois choses à propos de cette figure.
1) D'abord la place du soleil.
2) Ensuite son mouvement : Et lui, comme un époux.
3) Enfin son effet : il n'y a personne qui se cache à sa chaleur.
1. Il faut d'abord savoir que cette autre version de Jérôme lit : « Soli posuit tabernaculum in eis (Il a placé sa tente au soleil en eux) », autrement dit : ainsi Les cieux racontent, etc. Et pour eux, c'est-à-dire pour les cieux, Il a placé sa tente [au] soleil, c'est-à-dire l'a placée dans les cieux. Sa tente est placée comme il convient, parce que ce monde est le lieu des voyageurs, non de ceux qui habitent en un lieu déterminé, car ils sont dans un mouvement continuel. Mais notre version lit : « In sole posuit tabernaculum suum (Dans le soleil il a placé sa tente). » La maison d'un seigneur est plus belle dans une cité qu'à la campagne ; ainsi la tente de Dieu paraît-elle plus belle dans le ciel ; et c'est pourquoi il dit : dans le soleil il a placé sa tente, autrement dit : le soleil est sa tente, non que Dieu soit contenu en un lieu, mais parce que, comme le dit Denys, dans le soleil sont principalement représentées la bonté et la puissance de Dieu, ou les réalités divines.
2. À propos du mouvement du soleil il dit deux choses. À l'extrémité du ciel. Remarquez qu'il parle du ciel en tant qu'il est dans son mouvement, qui est la fin de la nuit et le commencement du jour. Et selon qu'il est la fin de la nuit, il n'est qu'en tant que sortie de l'obscurité vers la clarté ; car il ne prend pas naissance comme s'il commençait à exister, mais parce qu'il est alors dévoilé. Et c'est pourquoi il le compare à l'époux sortant de la chambre nuptiale ; car de même que l'époux est caché dans la chambre nuptiale, ainsi le soleil est caché en sortant de la nuit, aussi dit-il : lui, comme un époux qui sort de la chambre nuptiale. Mais selon qu'il marque le commencement du jour, il expose quatre choses : sa propriété ou son effet, sa grandeur, sa rapidité, et la régularité de son mouvement.
a. Sa propriété, parce que la nuit signifie la tristesse, tandis que le jour cause la joie : « Au soir seront réservés les pleurs, et au matin la joie », et c'est pourquoi il dit : il s'élance joyeux.
b. Sa grandeur, parce qu'il est grand au milieu de tous les corps célestes particuliers, et c'est pourquoi il dit : tel un géant.
c. Sa rapidité, c'est pourquoi il dit : pour parcourir.
d. Sa régularité, c'est pourquoi il dit : sa voie, car il ne dévie pas de la direction de sa voie, comme certaines planètes.
Il expose aussi cette similitude lorsqu'il dit : À l'extrémité du ciel. Et ce qui est dit ici peut se comprendre de deux manières.
Selon une première manière, parce qu'il y a deux points, selon les astrologues, à savoir le sommet des cieux, là où se trouve le soleil quand il est au milieu du jour, et le point opposé qui est l'angle de la terre, là où se trouve le soleil au milieu de la nuit ; et c'est ce qu'il dit : À l'extrémité du ciel est sa sortie, selon ceux qui font commencer le jour au milieu de la nuit, et le terme de sa course à l'autre extrémité, quant à l'angle du ciel, où il se trouve au milieu du jour.
Mais si le sommet n'est que l'unique point de référence, alors il n'y a qu'un point, là où se trouve le soleil au milieu du jour. Et c'est que, selon les astrologues, un plus grand nombre de jours sont comptés à partir du milieu du jour, autrement dit : c'est à partir du point méridional que se situe son retour, à savoir du soleil, jusqu'à ce lieu : « Le soleil se lève et il se couche, et il retourne à son lieu. »
3. Son effet est manifesté lorsqu'il dit : il n'y a personne qui se cache à sa chaleur, autrement dit : le soleil de midi brûle tellement la terre, et il est si chaud que dans certaines contrées l'homme y subsiste à peine : « En son midi il brûle la terre, et en présence de son ardeur qui pourra subsister ? » Mais selon la réalité signifiée les mystères du Christ sont représentés.
a) Et en premier lieu est représentée sa conception.
b) Puis sa nativité.
c) Ensuite son pèlerinage.
d) Enfin son ascension.
a. Sa conception est représentée lorsqu'il dit : dans le soleil il a placé sa tente. Il est habituel que par la tente on entende le corps : « Je suis certain que bientôt se fera l'enlèvement de ma tente, comme Notre Seigneur Jésus-Christ me l'a signifié. »
- « Pendant que nous sommes dans cette tente, nous gémissons. » Donc quand il dit : Il a placé sa tente dans le soleil, cela veut dire il a placé son corps dans le soleil, c'est-à-dire dans la Vierge Marie, qui n'a eu aucune obscurité de péché : « Tu es toute belle mon amie, il n'y a pas de tache en toi. »
Ou bien il y a trois propriétés dans le soleil : il éclaire, il brûle, et il est à l'origine de la distinction dans la succession des temps.
Il a placé sa tente dans le soleil, c'est-à-dire dans la clarté, car puisqu'il était invisible, il est devenu visible en ayant pris un corps : « Le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous. »
De même : dans le soleil, c'est-à-dire dans l'ardeur, il a placé sa tente, c'est-à-dire son corps, parce qu'il a assumé un corps passible : « Il a vraiment pris lui-même nos langueurs, et il a lui-même porté nos douleurs. »
De même il s'est lui-même soumis au changement : lui qui en tant que Dieu était éternel, en tant qu'homme il est devenu temporel : « En tes mains sont mes destinées. » Ou bien : sa tente, c'est-à-dire l'Église : « Voici la tente de Dieu avec les hommes. » Il a placé dans le soleil, c'est-à-dire en pleine lumière : « Une ville ne peut être cachée quand elle est située sur une montagne. »
b. Sa nativité est signifiée lorsqu'il dit : lui, comme un époux qui sort de la chambre nuptiale. La chambre nuptiale est le sein virginal : il est sorti de ce lieu comme un époux, parce que dans cette union perpétuelle il a épousé la nature humaine ; aussi dans sa mort sa divinité demeura unie à son âme et à son corps : « Je te fiancerai à moi dans la fidélité. »
c. La marche de son pèlerinage sera décrite par la joie. D'où ce qui est écrit : s'élance joyeux, intérieurement, c'est-à-dire avec une joie spirituelle, que ni la mort ni aucune tristesse dans la sensibilité ne purent troubler ; car il jouissait même dans la passion : « Il ne sera point triste, ni troublé. » Il n'y eut pas de tristesse sensible dans la partie supérieure de son âme ; cependant elle souffrait tout entière dans sa constitution naturelle, mais non en tant qu'elle était tournée vers Dieu. Elle sera aussi décrite par la grandeur, car tel un géant il est d'une double nature, puisqu'il est de nature divine, dans laquelle il est grand : « Quel Dieu est grand comme notre Dieu ? », et il est de nature humaine, dans laquelle il est également grand : « Il sera grand, et sera appelé le fils du Très-Haut, et le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père. » Par la rapidité : pour parcourir sa voie. - « Il a passé en faisant le bien et en guérissant », comme avec rapidité.
7 À l'extrémité du ciel est sa sortie ; et le terme de sa course à l'autre extrémité ; et il n'y a personne qui se cache à sa chaleur.
d. Ici le psalmiste poursuit en traitant de l'ascension du Christ ; et à cet égard il fait trois choses.
- Il expose d'abord l'ascension qui lui est due.
- Puis son terme.
- Enfin l'effet qui en est dû.
- Il expose la première chose lorsqu'il dit : À l'extrémité du ciel est sa sortie. Il est naturel à n'importe quelle chose de tendre vers le lieu qui lui est connaturel. Le lieu naturel le plus élevé est dû à celui qui a la nature la plus élevée. Or le Christ est né du Père ayant la nature la plus élevée : « Celui qui est descendu est celui-là même qui est monté, « Et c'est pourquoi il dit : À l'extrémité du ciel est sa sortie, c'est-à-dire par sa génération éternelle. Et il dit : À l'extrémité, non de l'éther, ou de l'empyrée, ou d'autre chose ; mais de l'être de la Trinité, parce qu'il est consubstantiel au Père, le même dans son essence.
- Ensuite il expose le terme de son ascension. Il dit donc : et le terme de sa course à l'autre extrémité. - « Je suis sorti du Père et je suis venu dans le monde ; je quitte de nouveau le monde et je vais au Père. »
- Enfin son effet : il n'y a personne qui se cache à sa chaleur. - « Il a donné des dons aux hommes. » Et de même un peu plus loin : « Il est monté au-dessus de tous les cieux, afin qu'il remplît toutes choses. » Quand le soleil est au plus haut du ciel, il réchauffe toutes choses. Ainsi le Christ en montant envoie l'Esprit-Saint aux disciples ; c'est pourquoi le psalmiste dit : il n'y a personne qui se cache à sa chaleur L'Esprit-Saint réchauffe : « Ses lampes sont des lampes de feu. » Mais beaucoup ne reçoivent-ils pas sa chaleur ? Il faut dire que ce qui s'applique ainsi au soleil matériel, concerne pareillement l'Esprit-Saint. Beaucoup peuvent se cacher, et ne pas recevoir la chaleur du soleil, mais le soleil quant à lui se manifeste à tous ; ainsi l'Esprit-Saint est répandu partout, et demande d'être reçu par tous les hommes, à moins qu'on ne s'en cache par malice. Ou bien : il n'y a personne qui se cache, etc., car bien que le pécheur ne le reçoive pas, cependant il ne peut se cacher sans être connu de lui, etc.
- « L'enfer et la perdition sont à nu devant le Seigneur. »
8 La loi du Seigneur est sans tache, elle convertit les âmes ; le témoignage du Seigneur est fidèle, il donne la sagesse aux tout-petits. 9 Les justices du Seigneur sont droites, elles réjouissent les coeurs ; le précepte du Seigneur est pur, illuminant les yeux.
II. Plus haut le psalmiste a traité de l'enseignement général qui se communique par les créatures, maintenant il traite de l'enseignement particulier qui se communique par la législation ; et à cet égard il fait deux choses.
A) Il commence par faire valoir la Loi.
B) Puis il traite des délits qui sont commis contre la Loi : 13 Qui connaît ses délits ?
A. Et comme il sied, après les mystères de l'Incarnation du Christ, le psalmiste traite de la Loi ancienne, qui est accomplie et nouvellement transmise par le Christ ; et à ce propos il fait deux choses.
1) Il montre d'abord la bonté ou la rectitude de la Loi.
2) Puis sa suavité ou sa dilection : désirables.
1. En traitant de la bonté ou de la rectitude de la loi, le psalmiste fait trois choses :
a) Il fait d'abord valoir la Loi d'une manière générale.
b) Puis les choses qui y sont contenues : le témoignage du Seigneur.
c) Enfin il fait valoir les choses touchant la loi : La crainte du Seigneur
a. Or il faut considérer que le Seigneur dit deux choses à propos de la Loi : qu'elle est sans tache, et qu'elle convertit ; et cela peut s'appliquer à l'une et l'autre Loi, c'est-à-dire à la nouvelle et à l'ancienne. Et elles sont établies en se distinguant de la loi humaine, dans laquelle les choses illicites sont permises, comme l'usure et la prostitution, car elle ne peut pas corriger toutes choses. Cependant telle n'est pas la Loi du Seigneur, car elle est sans tache, c'est-à-dire excluant tous les maux : « Les paroles du Seigneur sont des paroles pures, [comme] l'argent éprouvé par le feu, s'épurant à la terre, purifié sept fois. »
- « Vous ne trouverez pas d'iniquité sur ma langue, et dans ma bouche la folie ne retentira pas. » De même la loi humaine ne s'étend qu'aux choses qui regardent le jugement humain, c'est-à-dire seulement aux choses extérieures : « L'homme voit ce qui paraît, mais le Seigneur regarde le coeur. » Et c'est pourquoi la loi humaine détourne des choses extérieures, mais la Loi divine tourne le coeur vers Dieu ; et c'est pourquoi il dit : convertit, non seulement les actes extérieurs, mais aussi les âmes. Mais la Loi ancienne accomplissait imparfaitement, la Loi nouvelle parfaitement ; car la Loi ancienne réprime par des peines temporelles, qui châtient la main, mais la Loi nouvelle réprime par des peines éternelles, qui châtient le coeur. Or trois choses sont contenues dans la Loi : les témoignages, les jugements, et les préceptes.
Les témoignages, parce que la Loi divine vient d'une nécessité se fondant sur la croyance : « Il faut que celui qui s'approche de Dieu croie. » Et c'est pourquoi sont nécessaires les témoignages grâce auxquels la rectitude de la foi est éprouvée ; et ainsi dans cette Loi sont contenus les témoignages et les cérémonies. Et il dit deux choses à leur sujet : que les témoignages ou les préceptes ont quelque chose de véridique et qu'ils donnent la sagesse. Tandis que les doctrines humaines ont quelque chose qui n'est pas véridique et ne donnent pas la sagesse. Non véridique, car dans l'Antiquité les hommes consignèrent dans les lois des choses fausses, dans la mesure où elles leur semblaient utiles aux cités : par exemple que certains hommes sont nés des dieux, afin de donner naissance à de grands esprits ; et qu'après avoir bien gouverné, ils étaient transférés auprès des dieux, afin d'animer le bien de la République.
b. Mais le témoignage du Seigneur, c'est-à-dire la doctrine, ou le commandement divin, est fidèle, c'est-à-dire possède la vérité ; tandis que celle-là, à savoir la doctrine de ces hommes, est fausse : « Tes témoignages », Seigneur, « sont infiniment dignes de créance ». Et cela, parce que cette loi régit les choses qui relèvent de cette vie seulement, tandis que la Loi divine ordonne en vue de la vie future : « Les souffrances du temps présent ne sont pas dignes de la gloire future qui sera révélée en nous. » Dans cette loi on appelle à proprement parler témoignages les choses qui suscitent l'autorité de celui qui commande au coeur de ses sujets, pour qu'ils obéissent aux préceptes : à savoir, que Dieu est unique, et qu'il est le créateur du ciel et de la terre, et des vérités du même genre. Et parce que les préceptes cérémoniels sont dus à la seule autorité divine, ils peuvent être appelés témoignages, tandis que les préceptes moraux se fondent sur l'obligation résultant de toute vertu ; les préceptes judiciaires, quant à eux, se fondent sur l'obligation qui lie les hommes entre eux par un contrat. Mais cette loi humaine ne donne pas la sagesse. Car il y a une sagesse dans les réalités humaines, là où se trouve une certaine vérité, comme la vérité philosophique ; et il y a une certaine sagesse dont usaient les prêtres dans le temple, or celle-ci est fausse et elle était proposée à la multitude, tandis que cette sagesse philosophique l'était à un petit nombre. Mais la sagesse divine s'adresse aux tout-petits, car elle est destinée aux peuples : « Telle est votre sagesse et votre intelligence devant les peuples. » Ou bien : aux tout-petits, c'est-à-dire aux humbles : « Tu as caché ces choses aux sages et aux prudents, et tu les as révélées aux tout-petits. » Les justices du Seigneur sont droites, ou ce qu'on appelle jugements : « Si un homme dérobe un boeuf ou un agneau, et qu'il l'égorge ou le vende, il restituera cinq boeufs pour le boeuf, et quatre agneaux pour l'agneau. »
- « Droit est le chemin où le juste doit marcher. » - « C'est une joie pour le juste de faire justice ; mais c'est l'effroi pour ceux qui opèrent l'iniquité. » Et il dit deux choses à propos de ces jugements : qu'ils sont droits et agréables. Droits, parce qu'ils contiennent la justice. On appelle droit ce qui est juste : « Tous mes discours sont justes, il n'y a rien en eux de dépravé ni de pervers. Ils sont droits pour ceux qui ont de l'intelligence, et équitables pour ceux qui trouvent la science. » Agréables, non rigoureux et troublants, car ils sont unis à l'équité, aussi dit-il : [réjouissant] les coeurs, à cause de l'équité et de l'espérance de la récompense : « Quant à moi je me réjouirai au sujet de tes promesses. » Quant aux préceptes moraux ils sont purs et lumineux, c'est pourquoi il dit : le précepte du Seigneur est pur. On dit qu'il est pur (lucidum), parce qu'il est en soi manifeste et évident, comme ce précepte-ci : « Tu ne tueras point, tu ne commettras pas d'adultère, et tu ne commettras point de vol », et autres choses semblables, qui ont en elles la clarté, et que n'importe qui est tenu d'observer : « Le commandement est une lampe, et la loi une lumière. » On appelle précepte ce vers quoi on tend selon l'ordre d'un supérieur ; et il regarde la conduite à tenir, et il implique un devoir d'agir en celui à qui l'on commande : car en vérité le devoir est considéré ou bien du côté de la règle divine que nous sommes tenus de suivre, et de la sorte ce précepte tombe sous le devoir, sans lequel l'ordre de la raison ne peut être maintenu ; ou bien le devoir est considéré du côté de celui qui commande, à qui nous sommes tenus d'obéir ; ou bien il est considéré du côté de la fin que nous voulons absolument, qui nous est fixée d'avance, et alors tombe sous le précepte ce devoir sans lequel nous ne pouvons observer la soumission à celui qui commande, ou sans lequel nous ne pouvons atteindre la fin proposée. Car on appelle précepte ce qui est pour ainsi dire conçu avec précision, c'est-à-dire en vue de son accomplissement, autrement dit, ce que nous sommes tenus d'accomplir avec précision ; c'est pourquoi un tel précepte [illumine] les yeux, c'est-à-dire de la raison ; yeux qui s'obscurcissent par le désir des choses extérieures et les convoitises des passions intérieures : et le précepte du Seigneur écarte cela, et c'est pourquoi il [illumine] les yeux. - « Illumine mes yeux afin que je ne m'endorme jamais dans la mort. »
10 Là crainte du Seigneur est sainte, elle
subsiste dans les siècles des siècles ; les jugements du Seigneur sont vrais, équitables par eux-mêmes.
c. Il expose ici les choses relatives à la Loi : la première de celles-ci se situe de notre côté, à savoir la crainte qui nous conduit à l'observation des préceptes : « Crains Dieu, et observe ses commandements. » Et à propos de cette crainte il dit deux choses.
- Il dit d'abord qu'elle est sainte.
- Puis il dit qu'elle est permanente.
- Toute crainte est causée par l'amour, parce que l'homme craint de perdre ce qu'il aime. Aussi, de même qu'il y a deux sortes d'amour, il y a deux sortes de crainte : une sainte crainte qui est engendrée par un amour saint ; une crainte non sainte qui est engendrée par un amour non saint.
L'amour saint est celui avec lequel Dieu est aimé : « La charité de Dieu est répandue en nos coeurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné. » Cette sainte crainte fait trois choses. Elle craint d'abord d'offenser Dieu. Ensuite elle se refuse à être séparée de lui. Enfin elle se soumet à Dieu par respect. Et cette crainte est appelée chaste et filiale.
N'est pas sainte la crainte qui est engendrée par un amour non saint, un amour qui est selon le monde ; et un tel amour non saint est engendré par une double crainte non sainte. La crainte servile, qui est issue d'un amour de soi, et la crainte mondaine qui procède de l'amour du monde : « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps et ne peuvent tuer l'âme ; mais craignez plutôt celui qui peut précipiter l'âme et le corps dans la géhenne. » À propos de la crainte sainte il est écrit : « Craignez le Seigneur, vous tous ses saints, parce qu'il n'y a pas d'indigence pour ceux qui le craignent. » La crainte mondaine ne subsiste pas si ce n'est avec le monde ; la servile subsiste chez les méchants pour l'éternité, mais la sainte crainte subsiste chez les bons. À propos de cette crainte le psaume 18 dit : La crainte du Seigneur est sainte, elle subsiste dans les siècles.
- Cependant il est écrit : « La charité parfaite chasse la crainte. »
Il faut dire que la charité chasse la crainte servile, mais que la crainte filiale subsiste de deux manières :
Dans la Patrie. Avant tout quant à sa récompense : « La patience des pauvres ne sera pas toujours vaine. » Non point qu'il y ait là de la patience, car il ne s'y trouve pas de tribulation, mais son fruit ; et c'est ainsi que le fruit de la crainte subsiste : « À celui qui craint Dieu, bien sera dans ses derniers moments ; et au jour de son décès il sera béni. » Ou bien elle subsiste selon un acte qui lui est propre : non qu'il craigne d'offenser, car en ce lieu il ne craint ni le péché ni la séparation, mais elle subsiste quant au respect, car ils se soumettent à Dieu, et n'oseront pas s'égaler à lui : « Les colonnes des cieux frémissent et elles tremblent à son clin d'oeil. »
Du côté de Dieu c'est différent, il s'agit de son jugement, qui est appelé exécution de la justice : « Jusqu'à ce que la justice revienne dans le jugement. » Et ces jugements s'exécutent selon qu'il punit ou récompense ; et c'est pourquoi les jugements du Seigneur sont appelés vrais et équitables ; vrais à cause de leur rectitude, car la vérité se trouve toujours en eux : « Le jugement de Dieu s'exerce selon la vérité en ceux qui font de telles choses. » Car ils ne suivent pas les témoignages humains. Mais ils sont appelés équitables par eux-mêmes, car ils ne suivent pas une autre loi supérieure, mais une loi qui est en eux-mêmes. Ou bien parce qu'en eux-mêmes les jugements de Dieu ont une justice manifeste : « Il fera éclater ta justice comme la lumière, et ton jugement comme le milieu du jour. »
11 Ils sont désirables plus que l'or et que beaucoup de pierres précieuses, et plus doux que le miel, qu'un rayon de miel. 12 Mais ton serviteur les garde ; en les gardant on trouve une grande récompense.
2. Plus haut le psalmiste a fait valoir la loi divine quant à sa rectitude, mais ici il la fait valoir quant à sa douceur et à son charme. À cet égard il fait deux choses.
a) Il commence par exposer sa valeur.
b) Puis il prouve cette valeur : aussi ton serviteur.
a. Il fait prévaloir la loi quant au désir de l'âme sur toutes les choses du monde. Or dans les choses du monde sont désirés les richesses extérieures et les plaisirs corporels. Et au-dessus de ceux-ci se trouve la délectation de la Loi divine.
En relation avec les richesses extérieures il dit ce qui vient d'être mentionné : désirables plus que l'or. - « Mieux vaut la sagesse que toutes les choses les plus précieuses ; et tout ce qu'il y a de désirable ne peut lui être comparé. » - « C'est pourquoi j'ai aimé tes commandements plus que l'or et la topaze. » Et il fait allusion à ces deux choses que les hommes désirent : les richesses, aussi dit-il : l'or, et les vanités du monde, aussi dit-il : pierres précieuses. Les pierres précieuses ne servent qu'à l'apparence ; aussi l'adverbe beaucoup peut-il se rapporter soit au mot pierres, soit à l'adjectif précieux.
De même, en relation avec le charme de la Loi divine, il dit : et plus doux que le miel, qu'un rayon de miel ». - « Que tes paroles sont douces à mon palais. » On parle de miel et de rayon de miel pour signifier les délectations corporelles. Le miel est extrait de la cire, mais le rayon de miel est composé de miel et de cire. Les délectations corporelles sont parfois visibles, et il en est ainsi du miel ; parfois cachées et douces, et ainsi en est-il du rayon de miel : « Des eaux dérobées sont plus douces. » Ou bien ils sont préférés au rayon de miel en raison de l'Ancienne Alliance, dans laquelle le miel est contenu comme dans un rayon, comme la vérité est contenue dans une figure ; au miel en raison de la nouvelle Alliance, où la vérité est manifeste.
Mais les délectations spirituelles sont-elles plus délectables ?
Il faut dire que oui, et pour une triple raison.
La première raison se fonde sur le bien dont on se délecte, lequel est un bien préféré, et sur la cause de la délectation, qui est un plus grand bien, donc plus délectable. La deuxième raison se fonde sur le pouvoir de celui qui procure la délectation, parce que la puissance intellective est plus forte que la sensitive. La troisième raison se fonde sur le mode des délectations. Les délectations corporelles consistent dans le devenir et le mouvement, comme dans les nourritures et autres choses. Or le mouvement est quelque chose d'imparfait, et il implique quelque chose de futur et de passé, car on n'obtient pas tout à la fois. Quant aux délectations spirituelles, elles ne sont pas dans le mouvement, car elles consistent dans l'acte d'aimer et de saisir le bien, qui n'est pas dans le mouvement ; mais ces dernières sont plus désirées accidentellement, en tant que certaines abondent dans les sens et font défaut dans l'intelligence.
b. Ou bien les hommes saints aiment davantage les commandements de Dieu qu'eux-mêmes. Et les saints sont représentés par l'or et les pierres précieuses : « Que si on élève sur ce fondement qu'est le Christ Jésus un édifice d'or, d'argent, de pierres précieuses, l'ouvrage de chacun sera manifesté. » De même, par miel et rayon de miel sont signifiés ceux qui sont étrangers aux choses du monde ; mais le rayon de miel, ce sont ceux qui se délectent encore des choses du monde, et ces derniers, parce qu'ils ne sont pas totalement étrangers, s'aiment davantage que les commandements ; d'autres aiment plus les commandements qu'eux-mêmes. Et le psalmiste prouve cela de deux manières. D'abord par l'expérience. Puis par l'effet.
- Par l'expérience, lorsqu'il dit : aussi ton serviteur les garde, autrement dit : je puis dire qu'ils sont doux, parce que je les ai éprouvés ; car moi je les aime et je les connais. Or nul ne peut porter un témoignage à moins qu'il ne connaisse : « Si quelqu'un veut faire sa volonté, il connaîtra touchant ma doctrine, si elle est de Dieu ou si je parle de moi-même. »
- « Mon pas a suivi ses traces. »
- Par l'effet, c'est-à-dire qu'il prouve la même chose par la récompense, lorsqu'il dit : « En les gardant on trouve une grande récompense. » - « Réjouissez-vous et tressaillez de joie, parce que votre récompense est grande dans les cieux. » Et il ne dit pas pour la garde, mais en gardant, car la garde elle-même de ces commandements est une grande récompense, à savoir la gloire du coeur et la pureté : « Notre gloire, c'est le témoignage de notre conscience. » Et ainsi la loi est mise en valeur par l'honnêteté, lorsqu'il dit : en les gardant, etc., car l'honnêteté est la même chose que la vertu, et elle est par elle-même désirable.
13 Qui connaît ses délits ? Purifie-moi de mes péchés secrets, 14a et des étrangers préserve ton serviteur.
B. Ici le psalmiste prie eu égard aux délits de ceux qui transgressent la loi.
1) Et il expose d'abord la dissimulation des péchés.
2) Puis il demande leur rémission : des péchés secrets.
3) Enfin il donne la raison de cette demande : S'ils n'ont pas domination sur mot, etc.
1. Ainsi dit-il : nous violons fréquemment la loi, mais Qui connaît ses délits ?, autrement dit : personne. Et cela pour trois raisons.
a. D'abord, parce que le péché aveugle les yeux de celui qui pèche, aussi les péchés qui commencent ne se voient-ils pas facilement : « Leur malice les aveugla. »
b. Puis, parce que les péchés sont nombreux : « Des maux sans nombre m'ont environné, mes iniquités m'ont investi, et je n'ai pu en soutenir la vue. »
c. De même à cause de leur subtilité : « Ils se sont multipliés plus que les cheveux de ma tête », à cause de leur subtilité ; et il ne dit pas peccata (péchés), mais delicta (péchés au sens de transgression). Le péché est double : de transgression, et cela se discerne plus facilement, car l'homme sait qu'il a commis un acte mauvais. Également d'omission, et cela se voit difficilement, parce que ces actes n'obligent pas sans cesse, mais ils ont lieu en une circonstance déterminée et à un moment donné. Quand la circonstance et le moment se présentent-ils, il est difficile de l'affirmer ; et quand l'aumône doit-elle être faite, de quelle manière, etc., et où ?
2. Ensuite il expose la rémission des péchés. Il y a deux genres de péchés : Le premier prend son origine en nous, et c'est principalement le péché originel ; et ces péchés qui viennent de la corruption du foyer, c'est le cas des péchés charnels ; et ceux-ci souillent l'âme, parce qu'ils l'unissent aux choses terrestres. Et c'est pourquoi il dit : de mes péchés secrets purifie-moi, c'est-à-dire de ceux qui procèdent d'une origine cachée, ou qui se commettent en cachette, ou bien qui naissent d'une volonté secrète : « Ce qu'ils font en secret est honteux même à dire. » Parfois ils tirent leur origine d'autrui, c'est pourquoi il dit : des étrangers préserve ton serviteur.
Mais peut-on imputer à quelqu'un le péché d'autrui ? - « L'âme qui a péché mourra elle-même. »
Il faut dire que non dans la mesure où il est totalement d'autrui, mais oui lorsqu'il se transmet à toi par imitation : « Celui qui touche de la poix en sera souillé. » Ou par la persuasion, ou encore par le consentement : « Mon fils, si des pécheurs veulent t'attirer, n'y acquiesce pas. » Et cela se voit surtout chez les supérieurs lorsqu'ils dissimulent sciemment les impiétés de leurs sujets. Et il dit : préserve ton serviteur, parce que ces péchés semblent être dus à la colère divine, en sorte que de telles occasions de péché nous soient données. Ou bien : des étrangers, c'est-à-dire des hommes orgueilleux : « Des fils étrangers m'ont menti. »
14b S'ils n'ont pas domination sur moi, alors je serai sans tache et je serai purifié d'un très grand péché. 15 Alors que les paroles de ma bouche te soient agréables, et que la méditation de mon coeur soit toujours en ta présence. Seigneur, mon aide et mon rédempteur.
3. Ici est exposée la raison de la demande.
a) Et David demande pour sa part la préservation du mal.
b) Puis la perfection dans le bien : Alors que les paroles de ma bouche te soient agréables.
a. Il demande ainsi la préservation du mal. Et cela de deux manières : du futur et du passé.
Ainsi dit-il : S'ils n'ont pas domination (dominati), ou bien dominati, c'est-à-dire peccata (les péchés) ». - « Dès le matin je tuais tous les pécheurs de la terre », c'est-à-dire tous les péchés, qui sont appelés terre, à cause des nombreuses propriétés de la terre : « Afin d'exterminer de la cité du Seigneur tous ceux qui opèrent l'iniquité », c'est-à-dire toutes les oeuvres impies. Ou bien : n'ont pas domination, c'est-à-dire les orgueilleux. Ou bien : étrangers, c'est-à-dire les pécheurs, ou les démons qui sont dits dominer dès lors qu'ils attirent au consentement : « Qui commet le péché, est esclave du péché. » Donc S'ils n'ont pas domination, alors je serai sans tache, c'est-à-dire je me préserverai de la tache du péché mortel, mais non du péché véniel : « Qu'est-ce qu'un homme, pour qu'il soit sans tache ? »
À propos du péché passé il dit : et je serai purifié d'un très grand péché. - « Si vos péchés sont comme l'écarlate, comme la neige ils deviendront blancs. » - « Si tu ôtes de toi l'iniquité qui est en ta main, et que l'injustice ne demeure pas dans ta tente, alors, étant sans tache, tu pourras lever ta face. » Ou bien : très grand, c'est-à-dire de « l'orgueil qui est le principe de tout péché. » Il n'est pas de plus grand péché que de se détourner de Dieu, et cela se fait par l'orgueil. C'est pourquoi le péché qui est dû à l'orgueil est plus important que celui qui se commet par l'ignorance, ou par la faiblesse : car l'orgueil est le principe et la cause de tout péché ; et celui qui en est exempt, est vraiment sans tache.
b. Ensuite il expose ce qui a trait à sa perfection dans le bien. Et d'abord celle de la bouche, aussi dit-il : Alors que les paroles de ma bouche te soient agréables. Aussi longtemps que l'homme est en état de péché, ses paroles ne plaisent pas à Dieu : « La louange n'est pas belle dans la bouche du pécheur. » - « Mais au pécheur Dieu a dit : "Pourquoi racontes-tu mes justices, et [pourquoi] ta bouche annonce-t-elle mon alliance ?" » De même, il expose la perfection du coeur qui se soucie de plaire à Dieu, c'est pourquoi il dit : et que la méditation de mon coeur soit toujours en ta présence, c'est-à-dire en présence des anges ; ou bien, en présence de toi qui vois intérieurement et examines la conscience. Et je dis cela, parce que toi, Seigneur, tu es mon aide, dans la garde des biens, et mon rédempteur, dans la préservation des maux : « Reviens à moi, parce que je t'ai racheté. »