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COMMENTAIRE DU PSAUME 19
1 Pour la fin. Psaume de David.
2 Que le Seigneur t'exauce au jour de la tribulation; que le nom du Dieu de Jacob te protège.
3 Qu'il t'envoie du secours du sanctuaire; et que de Sion il te défende.
4 Qu'il se souvienne de tout ton sacrifice et que ton holocauste devienne gras.
5 Qu'il te rende selon ton cœur, et qu'il confirme tout ton dessein.
6 Nous nous réjouirons dans ton salut, et dans le nom de notre Dieu nous serons glorifiés.
7a Que le Seigneur accomplisse toutes tes demandes; maintenant j'ai reconnu que le Seigneur a sauvé son Christ. Il t'exaucera du ciel, son sanctuaire.
7b Dans ses pouvoirs est le salut de sa droite.
8 Ceux-ci sont sur des chars, et ceux-là sur des chevaux; mais nous, nous nous exalterons dans le nom du Seigneur notre Dieu.
9 Eux se sont trouvés liés et ils sont tombés; alors que nous, nous nous sommes relevés et nous nous sommes dressés.
10 Seigneur, sauve le roi, et exauce-nous au jour où nous t'aurons invoqué.
* * *
Au cours des psaumes précédents, le psalmiste avait traité de sa libération de la persécution, et il a rendu grâce pour cette libération; ici, étant libéré, ou se trouvant dans l'espérance de sa libération, il demande d'être élevé à des biens supérieurs.
Ce psaume se divise en deux parties.
I. Dans la première partie il expose une demande d'exaltation.
II. Dans la deuxième est énoncée la promesse: ((Seigneur, le roi se réjouira dans ta force."
I. En demandant son exaltation il fait trois choses.
A) Car il commence par exposer sa demande.
B) Puis l'espérance de son exaucement: maintenant j'ai reconnu, etc.
C) Enfin il expose la conclusion du psaume: 10 Seigneur, sauve le roi.
A. En exposant sa demande il fait deux choses.
1) Il formule d'abord une demande à l'égard des maux.
2) Ensuite pour son progrès dans le bien: 5 Qu'il te rende.
1. Ce psaume procède d'une autre manière que les précédents. Car dans les autres psaumes David est présenté comme formulant une prière de demande pour lui-même, tandis qu'ici il est présenté comme formulant la prière d'autrui pour lui-même. Et bien que les choses rapportées ici selon le sens littéral s'appliquent en quelque manière à David, cependant elles concernent le Christ en particulier et selon la vérité. Mais selon le sens mystique ces choses concernent l'Église et l'homme juste. Et elles s'entendent de quelque manière que ce soit.
1 Pour la fin. Psaume de David.
2 Que le Seigneur t'exauce au jour de la tribulation; que le nom du Dieu de Jacob te protège. 3 Qu'il t'envoie du secours du sanctuaire; et que de Sion il te défende. 4 Qu'il se souvienne de tout ton sacrifice et que ton holocauste devienne gras.
Touchant cette première partie, le psaume expose deux choses:
a) D'abord l'exaucement de celui qui supplie.
b) Puis le motif de l'exaucement: qu'il protège.
a. Ainsi dit-il: Ô David, ou bien ô Christ, Que le Seigneur t'exauce. - "Qu'il exauce vos prières, et qu'il se réconcilie avec vous et qu'il ne vous abandonne point au temps mauvais." Que le Seigneur t'exauce. David a souffert des tribulations et le Christ semblablement dans sa passion; et c'est pourquoi il dit: au jour de la tribulation. - "Jour de tribulation, et de reproche, et le jour de blasphème." Et en ce jour le Christ a été exaucé pour lui et pour les autres: "Dans les jours de sa chair, ayant offert avec larmes et grands cris des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, il a été exaucé pour son humble respect." Et l'homme juste dit: "Lorsque j'étais dans la tribulation, j'ai crié vers le Seigneur et il m'a exaucé."
b. Il y a précisément trois raisons pour lesquelles une prière est digne d'être exaucée.
- La première est la bonté divine.
- La deuxième, les suffrages des saints.
- La troisième, le mérite personnel, car il est écrit dans l'évangile de Jean: "Dieu n'exauce pas les pécheurs; mais si quelqu'un honore Dieu, c'est celui-là qu'il exauce."
La raison de l'exaucement est exposée lorsqu'il dit: que le nom du Dieu de Jacob te protège.
- La première raison, c'est à cause de son nom, à cause de sa bonté, qu'il te protège; cette protection se réfère alors au Christ. Mais si elle concerne autrui, on l'expose ainsi: que le nom du Dieu de Jacob te protège toi qui pries, c'est-à-dire le Dieu que lui-même adora quand il lui apparut à Béthel. Le Dieu de Jacob qui conduit les choses terrestres vers les cieux, et qui des cieux vient au secours des choses terrestres. Que celui-ci donc te protège. - "Le nom du Seigneur est une tour très forte."
- "Tu les protégeras dans ta tente contre les attaques des langues." Ce nom est tout-puissant: "Le Seigneur est comme un combattant, le Tout-Puissant est son nom." Il est aussi celui de la miséricorde: "Saint", c'est-à-dire miséricordieux, "est son nom". - "Ton nom est une huile répandue." Ainsi donc nous sommes protégés par la puissance et la miséricorde de Dieu: "À l'ombre de sa main il m'a protégé." - "Sous l'ombre de tes ailes, protège-moi."
- La deuxième raison: Qu'il t'envoie du secours du sanctuaire, c'est-à-dire de la communauté des saints. Et il y a une double communauté des saints. L'une se compose de ceux qui règnent avec Dieu dans la gloire; l'autre de ceux qui militent sur la terre. Et nous sommes aidés par les uns et les autres, car les anges intercèdent pour nous: "Nous avons un avocat", c'est-à-dire la société des anges: "La fumée des parfums composée des prières des saints monta de la main de l'ange devant Dieu." La fumée est faite de vapeur et de chaleur. De même le Christ, qui est leur roi, nous assiste: "S'approchant de Dieu par son intermédiaire, afin qu'il intercède pour nous." Et c'est pourquoi il dit: Qu'il t'envoie du secours du sanctuaire, c'est-à-dire du Fils incarné, qui selon le sens anagogique est appelé saint: "L'être saint qui naîtra de toi, sera appelé Fils de Dieu." - "Et que soit oint le saint des saints." Ou bien: du sanctuaire, c'est-à-dire du Christ qui a souffert, car dans sa Passion il s'est sanctifié pour nous: "Pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu'eux aussi soient sanctifiés en vérité." - "Demain, le salut sera pour vous, lorsque le soleil sera devenu chaud." Ou bien: Qu'il t'envoie [son] secours du sanctuaire, c'est-à-dire de la société des bienheureux: "Pour toi, tu habites dans le lieu saint." et que de Sion il te défende. Sion, c'est-à-dire le lieu d'observation , c'est-à-dire depuis la citadelle de David, où se trouvait l'arche et où Dieu était honoré. Autrement dit: par les prières de ceux qui en ce monde contemplent les réalités célestes. Qu'il te défende, c'est-à-dire qu'il fasse que tu sois en sécurité. Ou bien le contraire: du sanctuaire, c'est-à-dire de la société de ceux qui sont dans le monde. Et que de Sion, c'est-à-dire de ceux qui sont dans la gloire, il te défende. Ou bien: du sanctuaire, pour ceux qui sont dans la vie active. Et de Sion, pour ceux qui sont dans la vie contemplative, c'est-à-dire qu'il te défende grâce à toutes leurs prières.
- La troisième raison est que toutes ses œuvres plaisent à Dieu, c'est pourquoi il dit: Qu'il se souvienne de tout ton sacrifice. Toute œuvre bonne est comme un sacrifice, car toutes choses doivent être offertes à Dieu: "Faites tout pour la gloire de Dieu." Donc toutes nos actions sont en quelque manière un sacrifice; soit l'aumône: "N'oubliez pas la bienfaisance et la communication de vos biens, car c'est par de telles hosties qu'on se concilie Dieu"; soit le jeûne: "Je vous conjure donc, mes frères, par la miséricorde de Dieu, d'offrir vos corps en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu, pour que votre culte soit raisonnable." Dans l'ancienne Loi, on accomplissait certains sacrifices qui n'étaient pas totalement consumés, mais une partie de ceux-ci revenait à l'usage de ceux qui les offraient, ainsi en était-il des victimes pacifiques; d'autres sacrifices qui étaient consumés totalement, étaient dits très saints et on les appelait holocauste, du grec ólon, qui signifie "tout", et kaúma, signifiant "chaleur ardente". Et c'est pourquoi il y a deux genres de bonnes œuvres. Certaines sont appelées sacrifice lorsque quelqu'un consacre ses biens à Dieu, par exemple si quelqu'un de marié garde la continence à certains moments: "Il y a un temps pour embrasser, et un temps pour s'abstenir d'embrassements." Mais lorsque quelqu'un donne tout, ne se réservant rien, ou bien s'il garde totalement la continence, on appelle cela holocauste. C'est pourquoi il dit: Qu'il se souvienne de tout ton sacrifice.
- "Le sacrifice qui plaît à Dieu c'est un esprit contrit." Et que ton holocauste devienne gras, c'est-à-dire agréé par Dieu: "L'oblation du juste engraisse l'autel, et c'est une odeur de suavité en présence du Seigneur." Et il dit: gras, parce que l'holocauste était brûlé et répandait une odeur, car les matières grasses dégagent plus d'odeur; et c'est pourquoi celui qui offre un sacrifice avec plus de piété est davantage agréé, quel que soit ce sacrifice. Ces choses peuvent s'appliquer au sacrifice du Christ, qui s'offrit tout entier sur l'autel de la croix. Et ainsi: Qu'il se souvienne, c'est-à-dire qu'il fasse que nous nous souvenions de sa passion et de sa mort: "Souviens-toi de ma misère et de mon angoisse, absinthe et fiel." Ou bien: Qu'il se souvienne de toutes nos bonnes œuvres que nous lui avons sacrifiées.
5 Qu'il te rende selon ton cœur, et qu'il confirme tout ton dessein.
2. Plus haut le psalmiste a demandé en priant son progrès dans le bien, ce qui est un bien désiré extérieurement; ici il demande ce bien qui est sollicité intérieurement. À cet égard il fait deux choses.
a) Il commence par demander que s'accomplisse l'objet de sa requête.
b) Ensuite il en donne le motif: Nous nous réjouirons dans ton salut.
a. En demandant la réalisation de l'objet de sa requête, il fait deux choses.
- Il demande d'abord ce qui est dans le mouvement intérieur de l'âme, selon la volonté voulant la fin.
- Puis il demande que soit accompli son dessein touchant ces choses qui se rapportent à la fin: Et qu'il confirme tout ton dessein.
- Ainsi dit-il: Qu'il te rende selon ton cœur, c'est-à-dire selon la volonté ordonnée à la fin, autrement dit: qu'il te conduise à la fin que tu te proposes, qui doit être Dieu: "Aux justes sera accordé leur désir."
- et qu'il confirme tout ton dessein, c'est-à-dire ce qui regarde la fin. En effet tous nos desseins sont faibles, car nous ne pouvons pourvoir à toutes choses: "Les pensées des mortels sont timides, et incertaines nos prévisions." Mais Dieu est celui qui confirme, en dirigeant notre dessein qui doit se fonder sur la recherche des réalités éternelles: "Demandez pour que votre joie soit complète", et en donnant l'efficacité à nos desseins qui doivent être accomplis. Mais "il dissipe le dessein des pervers."
6 Nous nous réjouirons dans ton salut, et dans le nom de notre Dieu nous serons glorifiés.
b. Ici est exposé le motif de l'exaucement; Dieu accorde volontiers des biens à ceux qui les communiquent aux autres: "Mettant au service les uns des autres cette grâce." Et c'est pourquoi il y a un motif d'exaucement lorsqu'on donne aux autres le bien qu'on est prié de communiquer. Et cela se fait d'abord pour la joie d'une multitude, autrement dit: nous, ayant été exaltés, Nous nous réjouirons dans ton salut, non en nous. Selon Grégoire, "il est juste que connaisse toujours la tristesse en lui-même, celui qui ayant abandonné Dieu cherchait la joie en lui-même". et dans le nom de notre Dieu nous serons glorifiés, par l'invocation de celui qui t'a exalté: "En toutes choses tu as glorifié ton peuple, tu l'as honoré, et tu ne l'as pas dédaigné, en tout lieu et en tout temps te tenant près de lui." Et c'est pourquoi il dit: nous serons glorifiés, etc., c'est-à-dire nous serons grands.
7a Que le Seigneur accomplisse toutes tes demandes; maintenant j'ai reconnu que le Seigneur a sauvé son Christ. il l'exaucera du ciel, son sanctuaire.
Le psalmiste traite ici des demandes extérieures, qui trouvent leur accomplissement lorsque Dieu exauce ce que nous demandons, puisque le Christ a fait de nombreuses demandes pour nous.
B. maintenant j'ai reconnu. Ici est exposée l'espérance de l'exaucement, et il dit: considérant qu'ils seront enrichis de tout bien, maintenant j'ai reconnu que le Seigneur a sauvé son Christ; ce qui s'entend soit du Christ, par lequel beaucoup ont été élevés, soit de David, que le Seigneur sauva selon la prédestination. maintenant, autrement dit: dès maintenant avant que cela ne se réalise: "C'est ce salut qu'ont recherché [...] les prophètes [...] indiquant les souffrances réservées au Christ et les gloires qui devaient les suivre." Et il n'y a pas seulement le fait que le Seigneur a sauvé le Christ Jésus en le ressuscitant des morts: "Tu ne permettras pas que ton saint connaisse la corruption", et ainsi la tête ayant été sauvée, les membres seront sauvés; mais Il l'exaucera, c'est-à-dire le Christ, priant pour ses membres: "Pour moi je savais que tu m'exauces toujours." Ou bien, il s'agit de David. Et il l'exaucera aussi du ciel son sanctuaire. - "Tu l'exauceras de ta tente dans le ciel."
7b Dans ses pouvoirs est le salut de sa droite.
8 Ceux-ci sont sur des chars, et ceux-là sur des chevaux; mais nous, nous nous exalterons dans le nom du Seigneur notre Dieu.
Ici le psalmiste fait valoir la puissance de celui qui exauce.
1) Et il commence par exposer cette puissance.
2) Ensuite il montre l'expérience qu'il fait de cette puissance: Ceux-ci sont sur des chars.
1. Le mot pouvoir désigne l'étendue de la puissance ou de la force. Le pouvoir est l'œuvre puissante de celui qui domine, et on peut l'appliquer aux hommes; le sens est alors: le salut de ta droite, par laquelle tu sauves le Christ et nous à travers lui, apparaît dans ses pouvoirs, c'est-à-dire en tout lieu, qui en nous est principe de force et de puissance. Ou bien on peut l'appliquer à Dieu; le sens est alors: le salut de ta droite est dans [tes] pouvoirs, c'est-à-dire dans la grandeur de ta puissance: "Lui qui fait sortir par sa puissance les prisonniers." Et il dit: de ta droite, car double est le salut de Dieu. L'un procède de sa gauche, par laquelle il sauve dans les choses temporelles, en donnant largement tous les biens temporels: "Tu sauveras, Seigneur, les hommes et les animaux." L'autre est le salut de sa droite, qui relève des réalités éternelles, par laquelle il sauve les justes en accordant des biens: "Dieu a rendu à ses saints la récompense de leurs travaux."
2. Ensuite il expose l'expérience qu'il fait de cette puissance.
a) Et il traite d'abord de la diversité de confiance et de gloire chez les hommes.
b) Puis de ce qui en résulte pour les uns et les autres: Eux se sont trouvés liés.
a. Il y a deux genres d'hommes. Certains en effet mettent leur espérance dans le pouvoir séculier; contre ces derniers il est écrit dans Jérémie: "Maudit l'homme qui se confie dans l'homme." - "les justes le verront, et ils craindront; et ils riront de lui, et diront: "Voilà un homme qui n'a pas pris Dieu pour son aide, mais qui a espéré dans la multitude de ses richesses."" D'autres mettent leur espérance en Dieu: "Il est bon d'espérer dans le Seigneur." Et c'est pourquoi il dit: Ceux-ci sont sur des chars, et ceux-là sur des chevaux, ce qui revient à dire: certains mettent leur confiance dans le pouvoir séculier; à propos de ces derniers il est dit: Ceux-ci sont sur des chars, etc. Ou bien cela se réfère au combat, ou aux triomphes, car certains combattent sur des chars, d'autres sur des chevaux: "Pharaon est entré à cheval dans la mer avec ses chars et ses cavaliers." Ou bien aux triomphes, et alors ils ne se confient pas mais ils se glorifient, car selon la Glose il y avait dans l'Antiquité deux genres de triomphes: l'un était plus solennel, l'autre plus modeste. Le premier était dit orné de lauriers, parce que le vainqueur était couronné de lauriers; et cela se faisait sur un char. Le second était dit ovation, et cela se faisait sur un cheval. Certains mettent leur gloire dans des choses importantes, d'autres dans des petites choses, c'est-à-dire dans les chevaux, comme c'est le cas dans l'ovation. Le verbe ovare a le même sens que laetari (se réjouir); et le vainqueur est tiré par des enfants qui se réjouissent quand on leur donne un œuf. Guillaume Le Breton enseignait cela. Mais nous, nous nous exalterons, c'est-à-dire nous nous glorifions, dans le nom du Seigneur. Le mot triumphus (triomphe) vient de tris, qui veut dire "trois", et de phonos, qui veut dire "acclamation"; car on faisait retentir une triple acclamation pour ceux qui revenaient vainqueurs. En effet c'était d'abord tout le peuple qui allait à sa rencontre. Puis tous les prisonniers suivaient son char les mains liées. Enfin lui-même revêtu de la tunique de Jupiter était assis sur un char que tiraient quatre chevaux blancs, et il était conduit au Capitole. Mais sur le char était placé à ses côtés un esclave qui le souffletait en disant: "Gnôthi seautón, c'est-à-dire "connais-toi toi-même." Breton s'exprime ainsi, parce qu'en ce jour n'importe qui disait à l'adresse du triomphateur tout ce qu'il voulait de manière outrageuse et licencieuse.
9 Eux se sont trouvés liés et ils sont tombés; alors que nous, nous nous sommes relevés et nous nous sommes dressés.
b. Ici le psalmiste expose ce qui résulte de cette diversité; parce qu'il y a une conséquence de la conduite des méchants. Une version de Jérôme lit: incurvati (ils se sont courbés), et alors le sens est clair, car l'action de se courber est une voie menant à la chute, et ainsi la puissance du monde s'affaiblit peu à peu. Ou bien: se sont trouvés liés, parce que les biens temporels lient, et surtout les pécheurs: "Les créatures de Dieu lui sont devenues un objet de haine, et un piège pour les pas des insensés", c'est-à-dire des pécheurs. C'est pourquoi il dit: et ils sont tombés, parce qu'à la fin ils se briseront: "Ils tomberont, et ils seront brisés, et ils s'embarrasseront dans des filets, et ils seront pris." De même il expose la conséquence de la conduite des bons, lorsqu'il dit: alors que nous, nous nous sommes relevés, peu à peu: "Je suis tombée, je me relèverai lorsque je serai assise dans les ténèbres, le Seigneur est ma lumière." et nous nous sommes dressés. De même que l'action de se courber mène à la chute, ainsi l'action de se dresser est la voie qui mène à un état de droiture, et cela correspond à la sainteté.
10 Seigneur, sauve le roi, et exauce-nous au jour où nous t'aurons invoqué.
C. Le psalmiste expose enfin la conclusion. Tout ce psaume semble avoir une double intention. Car ou bien il demande pour le Christ réellement, ou bien pour le Christ de manière figurée. Dans le premier cas il dit: Seigneur, sauve le roi, c'est-à-dire le Christ. Ou bien pour David. Et alors, il implore pour ceux-là même qui le prient: exauce-nous au jour où nous t'aurons invoqué. - "Au jour où je t'invoquerai, exauce-moi."


COMMENTAIRE DU PSAUME 20
1 Pour la fin. Psaume de David.
2 Seigneur, dans ta force le roi se réjouira, et à cause de ton salut, il tressaillira d'allégresse grandement.
3 Tu lui as donné le désir de son cœur; et tu ne l'as pas frustré de la volonté de ses lèvres.
4 Puisque tu l'as prévenu des plus douces bénédictions; tu as mis sur sa tête une couronne de pierres précieuses.
5 Il t'a demandé la vie et tu lui as accordé une longueur de jours jusqu'à un siècle et jusqu'à un siècle de siècles.
6 Grande est sa gloire en ton salut; tu le couvriras de gloire et de grande beauté.
7 Car tu en feras un objet de bénédiction pour les siècles des siècles: tu le rempliras de joie avec ton visage.
8 Parce que le roi espère dans le Seigneur et dans la miséricorde du Très-Haut il ne sera pas ébranlé.
9 Que ta main se trouve sur tous tes ennemis; que ta droite trouve tous ceux qui te haïssent.
10 Tu les rendras comme une fournaise de feu, au temps de ton visage; le Seigneur dans sa colère les remplira de trouble, et un feu les dévorera.
11 Tu feras disparaître leur fruit de la terre et leur semence d'entre les fils des hommes.
12 Parce qu'ils ont fait tomber des maux sur toi; ils ont conçu des desseins qu'ils n'ont pu rendre fermes.
13 Parce que tu leur feras tourner le dos; tu prépareras leur visage avec ce qui te reste.
14 Èlève-toi, Seigneur, dans ta puissance; nous chanterons et nous célébrerons tes hauts faits.
* * *
1 Pour la fin. Psaume de David.
2 Seigneur, dans ta force le roi se réjouira, et à cause de ton salut, il tressaillira grandement.
Plus haut, dans le psaume précédent, une demande du psalmiste a été faite en vue de l'exaltation du roi, mais ici, comme s'il était déjà exaucé, il l'annonce. Son titre est: Pour la fin. Psaume de David. Ce psaume se divise en deux parties.
I. Dans la première, le psalmiste annonce à l'avance l'exaltation du roi.
II. Dans la seconde l'abaissement des ennemis.
I. En parlant de l'exaltation du roi il fait trois choses.
A) Il annonce d'abord à l'avance la joie du roi.
B) Ensuite il expose la cause de cette joie.
C) Enfin le mérite de cette cause.
A. On commente ce psaume en l'appliquant au Christ qui est roi, et à David qui en est sa figure; et c'est pourquoi on peut l'appliquer en le rapportant aux deux: au Christ selon la vérité, à David selon la figure.
Il y a donc une double joie: l'une vient de Dieu, l'autre du bienfait de Dieu.
1. Concernant celle qui vient de Dieu il dit: Seigneur, Dieu père, le roi, c'est-à-dire le Christ, se réjouira dans ta force, c'est-à-dire de ta divinité: "Dieu, donne ta justice au roi." Et il s'est alors réjoui quand il vainquit le diable, et la mort par sa propre mort, et lorsqu'il fit des miracles et qu'il monta au ciel: "Dieu est monté dans la jubilation." - "Un roi régnera et il sera sage, et il rendra le jugement et la justice sur la terre." - "Le Christ est vertu de Dieu et sagesse de Dieu." Semblablement si on l'applique à David: Seigneur Dieu le roi, c'est-à-dire David et les autres saints, se réjouiront dans ta force.
- "Nous exulterons et nous tressaillirons d'allégresse en toi, nous souvenant de tes mamelles."
2. À propos de la joie qui vient du bienfait de Dieu il dit: et à cause de ton salut, etc., c'est-à-dire à cause de l'acquisition du salut fait par toi. Le Christ exultera principalement parce que par lui, Seigneur, tu sauves le genre humain: "C'est lui qui sauvera son peuple."
3 Tu lui as donné le désir de son cœur; et tu ne l'as pas frustré de la volonté de ses lèvres.
B. Le psalmiste expose ici la cause de cette joie qui est l'accomplissement du désir: "Un désir, s'il s'accomplit, réjouit l'âme." Comme le désir se comporte vis-à-vis de la joie, ainsi en est-il du mouvement à l'égard du repos, auquel on parvient par le mouvement. Aussi expose-t-il d'abord l'accomplissement du désir. Puis il dit en quoi il a accompli ce désir: Puisque tu l'as prévenu.
Il y a deux sortes de désirs. L'un qui est seulement dans le cœur, l'autre qui s'exprime par la bouche; et l'un et l'autre est accompli, parce que Dieu, avant qu'on ne le prie, exauce.
Concernant le désir du cœur il dit: Tu lui as donné le désir de son cœur. - "J'ai désiré d'un grand désir de manger cette pâque avec vous"; et cela s'applique à n'importe quel homme juste.
Concernant le désir qui s'exprime par la bouche il dit: et de la volonté de ses lèvres, c'est-à-dire qu'il a exprimée par les lèvres, tu ne l'as pas frustré, parce que tu l'as exaucé: "Il a été exaucé pour son humble respect." - "Ma résolution sera inébranlable, et toute ma volonté s'exécutera."
4 Puisque tu l'as prévenu des plus douces bénédictions; tu as mis sur sa tête une couronne de pierres précieuses. 5 Il t'a demandé la vie et tu lui as donné une longueur de jours jusqu'à un siècle et jusqu'à un siècle de siècles.
1) Le psalmiste expose ici en quoi le désir est accompli.
a) Et il parle d'abord de l'accomplissement du désir du cœur.
b) Puis de l'accomplissement du désir de la prière, qui est le même que le désir des lèvres.
a. Et c'est pourquoi il expose en premier lieu le bienfait spirituel intérieurement: c'est le bienfait de la grâce. Et à ce propos il dit: Puisque tu l'as prévenu des plus douces bénédictions. Bénir, c'est dire du bien; et dire du bien de Dieu, c'est le faire sien. C'est pourquoi dans la bénédiction de Dieu on comprend l'effusion de sa bonté: "Je te bénirai et je multiplierai ta descendance comme les étoiles du ciel, et comme le sable qui est sur le rivage de la mer; ta postérité possédera les portes de ses ennemis, et seront bénies en ta postérité toutes les nations de la terre, parce que tu as obéi à ma voix." - "Je le bénirai, et je le multiplierai et je le ferai croître grandement." Cette bénédiction est donc douce: "Qu'il est bon et doux ton esprit en nous." Donc, des plus douces bénédictions, c'est-à-dire des biens de la grâce, et de la préservation des péchés, tu l'as prévenu, c'est-à-dire le Christ, au moment de son incarnation, car dès le début de sa conception il fut rempli de toute grâce: "Nous l'avons vu plein de grâce et de vérité, comme un Fils unique reçoit de son Père", car aussitôt qu'il fut conçu, il fut uni à la nature divine, et il fut aussitôt rempli de la grâce. De même: tu l'as prévenu, par la grandeur, car il a reçu la grâce de préférence à tous les autres, et non avec mesure. Les saints aussi sont dits être prévenus: "Ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés le premier." - "Elle prévient ceux qui la désirent." Et ainsi dans la figure du Christ, David est prévenu d'une grâce spéciale, car il fut oint comme roi alors qu'il était encore enfant, avant que lui-même ne songeât au royaume.
Il montre le bienfait extérieurement en disant: tu as mis sur sa tête une couronne de pierres précieuses. Si on applique ces choses au Christ, alors en voici le sens: tu as mis sur sa tête une couronne de pierres, etc., c'est-à-dire tu l'as établi. Or la couronne est le signe de la dignité royale, car, ainsi que le dit Isale: "Ils verront un roi dans sa beauté." - "Sortez filles de Sion, et voyez le roi avec le diadème dont le couronna sa mère", c'est-à-dire la divinité. À cause de cela il dit: de pierres précieuses, c'est-à-dire de la divinité, car "son Royaume n'est pas de ce monde". La version iuxta Hebraeos de Jérôme lit: "De auro obrizo (De l'or éprouvé au creuset)", c'est-à-dire très pur: "Une couronne lui fut donnée." Ou bien: une couronne de pierres précieuses, c'est-à-dire les Apôtres qui sont appelés pierres précieuses à cause du prix de leur enseignement: sur sa tête, c'est-à-dire du Christ, "une couronne de douze étoiles". - "La couronne des vieillards est une grande expérience." C'est pourquoi l'assemblée des Apôtres est comme une couronne du Christ. Ou bien: tu as [posé] sur sa tête une couronne, c'est-à-dire l'Eglise: "Une femme", c'est-à-dire l'Eglise, "est une couronne pour son mari", c'est-à-dire pour le Christ. Ou bien cela peut se dire de n'importe quel saint; car la couronne, ou la récompense, c'est Dieu lui-même: "En ce jour-là le Seigneur sera une couronne de gloire." De pierres, à cause de sa solidité, précieuses, car David au sens littéral a été couronné par Dieu lui-même.
b. Ensuite il montre comment s'accomplit la demande de ses lèvres; c'est pourquoi il dit: il t'a demandé la vie, lorsqu'il t'a demandé la résurrection: "Mais toi, Seigneur, aie pitié de moi et ressuscite-moi." Et cela lui a été donné: "Demande-moi et je te donnerai les nations en héritage." - "Quiconque demande, reçoit." Semblablement aussi n'importe quel saint demande cela, c'est-à-dire la vie et surtout la vie éternelle: "J'ai demandé une seule chose au Seigneur, je la rechercherai: c'est d'habiter dans la maison du Seigneur tous les jours de ma vie; c'est de contempler les délices du Seigneur et de visiter son temple." Et David demande également cela. Puis on montre comment s'accomplit la demande par rapport aux autres; c'est pourquoi il dit: tu lui as accordé, etc. Il a demandé que son corps, c'est-à-dire l'Eglise, soit gardé pour une longueur de jours. Et Dieu le lui a accordé: "Voici que moi je suis avec vous jusqu'à la consommation du siècle." David demandait aussi cela: "En outre il a parlé aussi de la maison de son serviteur pour les temps lointains."
6 Grande est sa gloire en ton salut, tu imposeras sur lui gloire et grande beauté. 7 Car tu en feras un objet de bénédiction pour les siècles des siècles: tu le rempliras de joie avec ton visage.
2) Le psalmiste expose ici l'accomplissement des biens. Et à ce propos il fait deux choses.
a) Il expose d'abord l'exaltation de ce roi prévenu de grâces, en qui la bénédiction est commencée.
b) Puis il expose sa grandeur.
a. Je dis que tu l'as prévenu, etc., mais plus encore, car sa gloire, c'est-à-dire du Christ et de l'homme, est grande en ton salut, c'est-à-dire dans le Verbe auquel la nature humaine est unie. Ou bien: Grande est sa gloire, auprès des hommes; et cela, en ton salut, car tu l'as ressuscité: "Dans les jours de sa chair, ayant offert avec larmes et grands cris des prières et des supplications." Ou bien: Grande est sa gloire en ton salut, c'est-à-dire dans ton secours, dans lequel il a été établi afin qu'il ait une grande gloire; et il fait connaître cette dernière quant à trois choses.
- D'abord par rapport à lui-même, et c'est pourquoi il dit: tu imposeras sur lui gloire et grande beauté; en vérité la beauté a recouvert le Christ dans sa résurrection, et la gloire dans l'admiration des autres. Ou bien en tant qu'il en est revêtu pour lui-même: tu imposeras sur lui gloire et grande beauté. - "Environne-toi de beauté, et élève-toi dans les airs, et sois glorieux."
- Ensuite par rapport aux autres, c'est pourquoi il dit: Car tu en feras un objet de bénédiction pour les siècles, car à travers lui-même la bénédiction est descendue sur tous les autres: "Dans ta postérité seront bénies toutes les nations."
- Enfin par rapport à Dieu, c'est pourquoi il dit: tu le rempliras de joie avec ton visage, c'est-à-dire Dieu réjouit le Christ homme de la joie éternelle. Et: avec ton visage, c'est-à-dire dans la vision de ton visage: "Tu me rempliras de joie par ton visage." Ou bien il a imposé la gloire sur lui, lorsqu'il a donné à ses saints le pouvoir de faire des miracles; et cela "sur le Christ", parce que tout se fait à la gloire du Christ, c'est-à-dire qu'il les a bénis, et qu'il les a conduits à sa propre vision: "Vous verrez et votre cœur se réjouira." - "Personne ne vous ravira votre joie."
8 Parce que le roi espère dans le Seigneur et dans la miséricorde du Très-Haut il ne sera pas ébranlé.
C. Plus haut le psalmiste a annoncé l'exaltation du Christ roi, mais ici il est question du mérite, car le Christ en tant qu'homme, et tout homme juste, ne met son espérance qu'en Dieu: "Bienheureux l'homme qui espère dans le Seigneur, et dont le Seigneur sera l'espérance." Et c'est pourquoi, parce qu'il a espéré dans le Seigneur, il ne sera pas ébranlé. - "Ceux qui se confient dans le Seigneur sont comme la montagne de Sion." Car l'espérance en Dieu est un soutien: "Tous ceux qui espèrent en lui ne s'affaiblissent point." C'est pourquoi cette espérance est comparée à une ancre. Mais il faut noter qu'il y a trois raisons qui doivent susciter l'espérance dans le Seigneur.
1. D'abord la providence divine. L'homme n'a pas l'habitude d'espérer dans les choses vers lesquelles son attention ne le porte pas. Mais notre attention s'applique à Dieu, c'est pourquoi il dit: il espère dans le Seigneur, dont le propre est de gouverner.
2. Ensuite c'est la miséricorde: "Sa miséricorde s'étend d'âge en âge."
3. Enfin c'est la puissance, et c'est pourquoi il dit du Très-Haut: "Celui qui habite dans le secours du Très-Haut."
9 Que ta main se trouve sur tous tes ennemis; que ta droite trouve tous ceux qui te haïssent.
II. Plus haut le psalmiste a annoncé à l'avance l'exaltation du roi, mais ici il traite de l'abaissement des ennemis. Et à cet égard il fait deux choses.
A) Il expose d'abord l'abaissement des ennemis.
B) Puis il conclut: Élève-toi.
A. En traitant de l'abaissement des ennemis il fait deux choses:
1) Il fait d'abord connaître le châtiment des ennemis.
2) Puis leur faute.
1. En faisant connaître leur châtiment il fait deux choses:
a) Il expose en premier lieu l'infliction du châtiment.
b) Puis le châtiment proprement dit: Tu les rendras comme une fournaise, etc.
a. Celui qui inflige le châtiment, c'est la main de Dieu, c'est pourquoi il dit: Que ta main se trouve sur tous tes ennemis. Une version de Jérôme lit: "Inveniat manus dexterae Dei inimicos odiens (Que la main de la droite de Dieu trouve [tes] ennemis, etc.)"; mais cela semble être une répétition du psalmiste, car la main et la droite de Dieu sont une même chose, tout comme l'ennemi et celui qui hait. Et cela est habituel dans les psaumes. Ou bien, si l'on introduit une distinction, toute sa droite est la main, mais ce n'est pas toute la main qui est la droite. Donc, par la main de Dieu, on entend la puissance opérative de Dieu, et cette main est une droite avec laquelle il exalte les bons dans les biens spirituels: "La longueur des jours est dans sa droite." Elle est appelée gauche, parce qu'elle punit les méchants, ou dispense des biens temporels: "Dans sa gauche sont les richesses." Il dit donc: Que ta main, c'est-à-dire ta puissance, trouve, c'est-à-dire livre à souhait, tous tes ennemis. - "Avec toutes ces choses sa fureur n'a pas été détournée, mais sa main est encore étendue." Et que ta droite, car le fait que Dieu punisse les méchants concerne sa droite, en tant qu'une telle punition est ordonnée au salut des élus. Ainsi donc en tant qu'il punit les méchants, on parle de la main, et en tant qu'il l'ordonne au bien des justes, on parle de la droite. Ou bien, il est la droite, le Christ est la main, c'est pourquoi il est écrit: Que ta main, c'est-à-dire le Christ, trouve, c'est-à-dire reconnaisse dans le bien ceux qui sont tes amis, à savoir les nations: "Ils m'ont trouvé ceux qui ne m'ont pas cherché." Ou bien dans le mal: trouve, etc., c'est-à-dire reconnaisse, tes ennemis, c'est-à-dire les Juifs au jugement, lorsqu'il viendra pour le jugement: "Ils verront le Fils au jugement", lorsqu'il viendra pour le jugement: "Ils verront le Fils de l'homme venant dans une nuée, avec une grande puissance et une grande majesté." Et que ta droite, c'est-à-dire ton fils, trouve, c'est-à-dire punisse, tous ceux qui te haïssent.
10 Tu les rendras comme une fournaise de feu, au temps de ton visage; le Seigneur dans sa colère les remplira de trouble, et un feu les dévorera.
b. Le psalmiste expose ici le châtiment des ennemis.
- Et d'abord quant aux maux qui leur sont infligés.
- Ensuite quant aux biens qui leur sont ôtés: leur fruit.
- Il expose successivement trois choses concernant leur châtiment: et si on applique cela au sens mystique, l'évidence apparaît, car au jugement dernier trois choses auront lieu.
Il y aura d'abord un feu embrasant la surface du monde: "Il embrasera tout autour ses ennemis", c'est pourquoi il dit: Tu les rendras comme une fournaise de feu, c'est-à-dire au temps de ton visage, c'est-à-dire du Christ, au temps où il apparaîtra pour le jugement: "Que de ton visage émane mon jugement; que tes yeux voient l'équité." Et il dit: comme une fournaise, comme s'ils étaient oppressés par le feu: "Comme l'herbe qui est aujourd'hui et qui demain sera jetée dans le four." Ou bien: comme une fournaise, contenant en soi du feu; et à travers cela on comprend le feu dont les méchants souffrent intérieurement à cause de leur mauvais désir et de leur irritation. La bonne affection est un bon feu: "D'en haut il a envoyé un feu dans mes os, et il m'a châtiée; il a tendu un filet à mes pieds, et il m'a fait tomber en arrière; il m'a rendue désolée, accablée de chagrin tout le jour." La mauvaise affection est un mauvais feu: "Un feu est tombé sur eux, et ils n'ont pas vu le soleil", c'est-à-dire qu'ils brûlent toujours dans la conscience de leur impiété: "Tous sont adultères, semblables à un feu allumé par le boulanger." Ils sont tous adultères la plupart de ceux qui s'allient à Dieu de manière désordonnée. Le diable est un boulanger rôtisseur qui fournit de mauvaises pensées, comme le boulanger s'occupe de son bois à brûler: "Notre peau comme un four a été brûlée par les ardeurs de la faim." Et cela, au temps de ton visage, c'est-à-dire au temps de ta manifestation au jugement.
Ensuite est exposée la sentence du jugement au cours de laquelle il reprochera aux impies leurs péchés, et proférera la sentence de damnation, soit de manière vocale, soit de manière mentale. Et c'est pourquoi le Seigneur dans sa colère les remplira de trouble, c'est-à-dire jettera le trouble de sa tristesse sur les maux perpétrés, et sur les biens enlevés.
Enfin ils seront enveloppés par le feu, c'est pourquoi il dit: et un feu les dévorera. - "Un feu qui ne s'allume point les dévorera", c'est-à-dire non par un souffle humain, mais il sera allumé par la puissance divine; c'est pourquoi une version de Jérôme lit: "Deiiciet eos (Il les précipitera)." Toutes ces choses peuvent assez bien convenir à David.
11 Tu feras disparaître leur fruit de la terre et leur semence d'entre les fils des hommes.
- Le psalmiste expose ici la privation des biens. Parmi les biens que les hommes possèdent en ce monde, il en est certains dont ils désirent jouir en cette vie, et d'autres qu'ils désirent laisser après eux; or ils perdront les uns et les autres.
Aussi dit-il à propos des premiers biens: Tu feras disparaître leur fruit de la terre, fruit dont ils recherchaient la jouissance: "Vaine est leur espérance, leurs travaux sont sans fruit et leurs œuvres inutiles." - "Quel fruit avez-vous donc tiré alors des choses dont vous rougissez maintenant ? Car leur fin, c'est la mort."
Au sujet des seconds biens il dit: leur semence, c'est-à-dire périra, d'entre les fils des hommes, c'est-à-dire de la société des saints: "Je perdrai le nom de Babylone, et les restes et le germe, et la race, dit le Seigneur." - "Toute œuvre corruptible à la fin disparaîtra." - "Car la fin d'une nation inique est cruelle."
12 Parce qu'ils ont fait tomber des maux sur toi; ils ont conçu des desseins qu'ils n'ont pu rendre fermes. 13 Parce que tu leur feras tourner le dos; tu prépareras leur visage avec ce qui te reste.
2. Le psalmiste exposé ici la faute des pécheurs, et cette faute sera décrite à propos de deux choses.
a. D'abord quant à l'effort de leur entreprise; et à ce sujet il dit ici: Parce qu'ils ont fait tomber, etc., car bien qu'ils ne puissent pas le faire, ils s'efforcent cependant, autant qu'ils le peuvent, de causer des maux: "Ils me rendaient le mal pour le bien." Ou bien: ils ont fait tomber, car les maux qui les menacent, ils veulent les causer aux autres. Or un double mal menaçait les Juifs, à savoir le mal du châtiment; et ils se sont efforcés de faire retomber cela sur le Christ, lorsque de crainte que les Romains n'enlèvent leur pouvoir, ils tuèrent le Christ. Puis le mal de la faute les menaçait: "Vous, vous êtes issus du diable votre père", et ils fulminaient cela contre le Christ lorsqu'ils disaient: "Ne disons-nous pas avec raison que tu es un Samaritain, et que tu as un démon ?" Eux-mêmes étaient démoniaques, et ils chargeaient le Christ de péché.
b. Ensuite la faute sera décrite quant à l'effort de leur dessein, c'est pourquoi il dit: ils ont conçu des desseins, etc., c'est-à-dire ils ont pensé qu'ils détruiraient sa foi: "Ils ont formé contre moi des conseils, disant: "Mettons du bois dans son pain, rayons-le de la terre des vivants, et que son nom ne soit plus rappelé dans la mémoire."" À propos de ce bois il est écrit: "Béni est le bois par lequel est faite la justice"; mais ils n'ont pas rendu ferme, c'est-à-dire n'ont pu accomplir leur dessein: "Formez un dessein, et il sera dissipé; dites une parole, et elle ne sera pas exécutée, parce qu'avec nous est Dieu." Pourquoi ? Parce qu'"il n'y a pas de dessein contre le Seigneur". Et il donne une raison à ce qui vient d'être dit, à savoir pourquoi les contradicteurs n'ont pas rendu ferme leur dessein: Parce que tu leur feras tourner le dos. La version iuxta Hebraeos de Jérôme est plus claire: "Quoniam pones eos humerum, fines tuos firmabis contra facies eorum (Tu leur feras tourner l'épaule, tu affermiras tes limites contre leur visage)." Il arrive de deux manières que des ennemis ne rendent pas fermes leurs desseins contre quelqu'un. Selon une première manière, s'ils sont vaincus par lui. Selon une autre manière, si les limites des ennemis ne sont pas fermes; et c'est pourquoi il dit: ils n'ont pu rendre ferme leur conseil. Parce que tu leur feras tourner le dos, c'est-à-dire ils fuiront devant toi. De même ces mots de la version iuxta Hebraeos: "Tu affermiras tes limites contre leur visage", se comprennent au sens spirituel en l'appliquant au Christ, dont personne ne peut violer les limites: "Nul ne les ravira de ma main." Et dans notre version on lit: "In reliquiis tuis praeparabis vultum eorum (Tu prépareras leur visage avec ce qui te reste)", c'est-à-dire contre leur visage, selon la Glose.
Plus haut le psalmiste a exposé le châtiment futur des méchants, mais ici il expose leur châtiment présent. Il y a un double châtiment spirituel qui est dans l'âme, c'est-à-dire quant à sa séparation de Dieu, et son attachement au mal.
Concernant sa séparation de Dieu il dit: toi, selon ta providence, tu leur feras tourner le dos.
Concernant son attachement au mal il dit: tu prépareras leur visage avec ce qui te reste. Et cela s'explique de différentes manières, selon la Glose. Selon une première manière, à propos des choses que le Christ a abandonnées, à savoir les biens temporels qu'il méprisa: "Mon royaume n'est pas de ce monde", car tu abandonneras leur visage au désir des choses temporelles, c'est-à-dire tu prépareras leur intention de telle sorte que pour ce motif ils tuent le Christ, comme lorsqu'ils dirent: "Les Romains viendront et ruineront notre pays et notre nation." Ou bien: avec ce qui te reste, c'est-à-dire avec les nations que tu laisses à convertir: "C'est en lui que les nations mettront leur espérance." tu prépareras leur visage, c'est-à-dire ta connaissance, qui leur appartient, à savoir aux Juifs, et qui leur a été promise. On appelle restes du Christ les derniers moments de sa vie, c'est-à-dire sa Passion et sa mort, et en ces restes leur intention mauvaise fut préparée en vue de sa Passion. Ou bien, il s'agit de la préparation de leur visage dans le bien, c'est-à-dire dans les restes des Juifs qui se convertiront: "Le reste sera sauvé." Et bien qu'ils te tournent le dos, cependant les restes se convertiront et te connaîtront.
14 Élève-toi, Seigneur, dans ta puissance; nous chanterons et nous célébrerons tes hauts faits.
B. Le psalmiste expose ici la conclusion.
1) Et il demande d'abord ce qui relève de Dieu.
2) Puis il promet ce qui relève de notre côté.
1. Ainsi dit-il: Élève-toi, Seigneur, dans ta puissance, c'est-à-dire afin qu'en elle le roi se réjouisse: "Que ta main s'élève, et qu'ils ne voient pas; qu'ils voient et qu'ils soient confondus, ceux qui sont jaloux de ton peuple, et qu'un feu dévore tes ennemis." Mais selon le sens mystique: Elève-toi, ô Christ dans ta résurrection, qui se fera dans ta puissance. - "J'ai le pouvoir de déposer mon âme, et pouvoir de la reprendre", par la résurrection et l'ascension. Elève-toi, ce qui se fera dans ta puissance. - "Marchant dans la grandeur de sa puissance."
2. Et nous, nous chanterons, c'est-à-dire intérieurement, et nous célébrerons, extérieurement, tes hauts faits. Ou bien: nous chanterons, c'est-à-dire nous prêcherons et nous annoncerons l'excellence de ton pouvoir: "Afin que vous annonciez les hauts faits de celui qui des ténèbres vous a appelés à son admirable lumière."

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