COMMENTAIRE DU PSAUME 21
1 Pour la fin. Pour l'assomption.
2 Dieu, mon Dieu, tourne-toi vers moi:
pourquoi m'as-tu abandonné ? Loin de mon salut [sont] les paroles de mes fautes.
3 Mon Dieu, je crierai pendant le jour, et tu ne m'exauceras pas: et pendant la nuit, et ce n'est pas une folie pour moi.
4 Mais toi, tu habites dans un sanctuaire, [au milieu de] la louange d'Israël.
5 En toi ont espéré nos pères: ils ont espéré, et tu les as libérés. 6 Vers toi ils ont crié, et ils ont été sauvés: en toi ils ont espéré, et ils n'ont point été confondus.
7 Mais moi, je suis un ver et non un homme; l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple.
8 Tous ceux qui m'ont vu m'ont tourné en dérision: ils ont parlé de leurs lèvres, et ils ont hoché la tète.
9 Il a espéré dans le Seigneur, qu'il le délivre; qu'il le sauve, puisqu'il l'aime.
10 Car c'est toi qui m'as tiré du ventre [de ma mère, tu es] mon espérance dès les
11a mamelles de ma mère, sur toi j'ai été déposé dès le sein [maternel].
11b Depuis le ventre de ma mère, tu es mon Dieu; 12a ne t'éloigne pas de moi.
12b Parce que la tribulation est proche, parce qu'il n'y a personne qui me porte secours.
13 De jeunes taureaux en grand nombre m'ont environné; des taureaux gras m'ont assiégé. 14 Ils ont ouvert sur moi leur gueule comme un lion ravisseur et rugissant.
15 Je me suis épanché comme de l'eau, et tous mes os ont été disloqués. Mon cœur est devenu comme une cire fondant au milieu de mon ventre.
16 Ma force s'est desséchée comme un tesson, et ma langue s'est attachée à mon palais; et tu m'as conduit à la poussière de la mort.
17 Parce que des chiens nombreux m'ont environné; le conseil des méchants m'a assiégé. Ils ont percé mes mains et mes pieds; 18a ils ont compté tous mes os.
18b Mais ils m'ont eux-mêmes considéré et regardé attentivement. 19 Ils se sont partagé mes vêtements, et sur ma robe ils ont jeté le sort.
20 Mais toi, Seigneur, n'éloigne pas ton secours de moi, prends soin de ma défense.
21 Arrache, ô Dieu, mon âme à l'épée à double tranchant; et mon unique à la griffe du chien.
22 Sauve-moi de la gueule du lion, et ma faiblesse des cornes de licornes.
23 Je raconterai ton nom à mes frères; je te louerai au milieu de l'assemblée.
24 Vous qui craignez le Seigneur, louez-le, race entière de Jacob, glorifiez-le. 25a Que toute la race d'Israël le craigne.
25b Parce qu'il n'a pas méprisé ni dédaigné la supplication du pauvre; et qu'il n'a point détourné sa face de moi, et que, lorsque je criais vers lui, il m'a exaucé.
26 Devant toi sera ma louange dans la grande assemblée; j'accomplirai mes vœux en présence de ceux qui le craignent.
27 Les pauvres mangeront et seront rassasiés; et ils loueront le Seigneur, ceux qui le recherchent; leurs cœurs vivront dans les siècles des siècles.
23. Ils se souviendront et se convertiront au Seigneur tous les confins de la terre; et toutes les familles des nations adoreront en sa présence.
29 Farce que la royauté est au Seigneur; et lui-même dominera sur les nations.
30 Tous les riches de la terre ont mangé et ont adoré; en sa présence tomberont tous ceux qui descendent dans la terre.
31 Et mon âme vivra pour lui; et ma postérité le servira.
32 La génération qui doit venir sera annoncée au Seigneur; et les cieux annonceront sa justice au peuple qui naîtra, [et] que le Seigneur a fait.
* * *
1 Pour la fin. Au vainqueur pour le réconfort matinal.
2 Dieu, mon Dieu, tourne-toi vers moi: pourquoi m'as-tu abandonné ? Loin de mon salut [sont] les paroles de mes fautes.
Dans les psaumes précédents, il semble qu'il soit d'abord question de la tribulation que David eut à souffrir de la part de son fils et de Saül; ici maintenant, dans cette troisième décade, il s'agit de la persécution qu'il eut à subir de la part du peuple tout entier, qui le rejeta sur l'ordre de Saül.
Cette troisième décade se divise en trois parties.
Dans la première partie, le psalmiste raconte sa tribulation; dans la deuxième, il expose sa prière à Dieu pour sa libération; dans la troisième, il exprime l'action de grâce.
La deuxième partie débute avec le psaume 24: "Vers toi, Seigneur, j'élève mon âme"; la troisième avec le psaume 28: "Rapportez au Seigneur."
Dans la première partie de cette troisième décade le psalmiste fait deux choses: il commence par exposer sa tribulation; puis il montre comment il obtient le secours de Dieu dans sa tribulation: "Le Seigneur me conduit."
Ainsi qu'on l'a dit plus haut, il en va ici comme dans les autres prophéties: il s'agit de certains personnages alors présents, mais qui étaient des figures du Christ, et de certains faits relevant de la prophétie elle-même. Et il arrive donc parfois que l'on présente certaines choses concernant le Christ, qui échappent aux limites de l'histoire. Et parmi elles, il y a ce psaume-ci, qui traite d'une manière spéciale de la Passion du Christ. Et tel est justement son sens littéral. C'est spécialement ce psaume que le Christ a dit lors de sa Passion, lorsqu'il s'écria: "Eli, Eli, lema sabaqthani", ce qui veut dire: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?", selon les premiers mots du même psaume. Aussi, bien que ce psaume, au sens figuré, soit dit de David, il doit spécialement être référé au Christ, au sens littéral. Au synode de Tolède, un certain Théodore de Mopsueste, qui interprétait ce psaume littéralement en le référant à David, a été condamné, à cause de cette erreur et de beaucoup d'autres. C'est donc en référence au Christ qu'il faut l'exposer.
On doit donc faire remarquer ici que cinq psaumes traitent de la Passion du Christ de façon très développée: ce psaume-ci en est le premier, les autres n'en donnent que de brèves allusions. Le deuxième est celui-ci: "Juge, Seigneur, ceux qui me font du mal"; le troisième: "Exauce, ô Dieu, ma prière, et ne méprise pas ma supplication"; le quatrième: "Sauve-moi, ô Dieu, parce que les eaux sont entrées dans mon âme"; le cinquième: "Dieu, ne tais pas ma louange." Et cela, au sens mystique, à cause des cinq blessures du Christ, ou encore des cinq effusions de sang. Et dans tous ces psaumes, la manière de procéder est la même: ils commencent par une plainte et finissent avec le salut des peuples; car c'est à partir de la Passion du Christ que s'est opéré le salut pour tous les hommes.
Le titre de ce psaume est, selon Jérôme: "Victori pro cervo matutino (Au vainqueur pour le cerf matinal)"; selon notre version: "Victori pro assumptione vel cerva matutina (Au vainqueur pour le réconfort matinal ou pour la biche de l'aurore)." Dans ce psaume, il est question principalement de la Passion du Christ, et secondairement de la résurrection - mais le titre se réfère à la résurrection - parce que c'est par elle que l'on comprend la Passion, et la Passion est elle-même ordonnée à la résurrection. Un peu comme si je dis: cet homme-là est affranchi, indiquant du même coup qu'il a été esclave. Ainsi donc ce psaume, en se référant à David, se réfère en même temps au Christ. Et il est destiné à l'assomption, c'est-à-dire à la résurrection, qui a lieu le matin. "Pour la biche", c'est-à-dire pour la nature humaine; ou bien "pour le cerf matinal", c'est-à-dire pour le Christ: "Que j'éveille l'aurore." Ce titre fait allusion au temps où David allait errant et se cachait dans les déserts comme un cerf; c'est pourquoi il est dit plus haut: "Il a disposé mes pieds comme ceux des cerfs." C'est donc en raison de cette tribulation, qui figurait la passion du Christ, que l'on a donné un tel titre à ce psaume. On comprend encore mieux cette référence au Christ si l'on pense que le cerf signifie la nature humaine dans le Christ; de même que le cerf traverse les buissons d'épines sans se blesser les pieds, ainsi le Christ a traversé cette vie présente sans aucune souillure. Pareillement, le cerf sait très bien sauter; ainsi le Christ est monté de la fosse de la mort à la gloire de la résurrection. C'est pourquoi il a été appelé cerf, et "cerf matinal" parce qu'il ressuscita le matin.
Ce psaume se divise en trois parties:
I) La première rapporte la plainte.
II) La deuxième fait le récit de la Passion: 7 Mais moi, je suis un ver;
III) La troisième expose la demande de libération: 20 Mais toi, Seigneur, n'éloigne pas ton secours de moi.
I. La première partie contient trois considérations: la première concerne la plainte ou la question; la deuxième en est l'exposition: Loin de mon salut; la troisième en explique la raison: 4 Mais toi, tu habites dans un sanctuaire, etc. La version que nous utilisons est celle des Septante. Mais dans le texte grec et le texte hébraïque, on ne trouve pas les mots: Tourne-toi vers moi; on lit seulement: "Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?", car le Christ a prononcé ces paroles sur la croix. Mais entre ces mots on a intercalé: respice (regarde).
Le psalmiste expose donc la demande lorsqu'il dit: Dieu, mon Dieu. S'il répète deux fois Dieu, c'est pour marquer une plus grande certitude: "Et si le songe [de Pharaon] s'est renouvelé deux fois, c'est que la chose est bien décidée de la part de Dieu." tourne-toi vers moi, c'est-à-dire aie pitié de moi: "Tourne-toi vers moi, aie pitié de moi, parce que moi je suis solitaire et pauvre." pourquoi m'as-tu abandonné ? Ce furent les paroles du Christ en croix. Ces mots ont été pour Arius une occasion d'erreur, à savoir que dans la mort du Christ la divinité a été séparée de l'humanité. Selon lui, c'est de cela que se plaint le Seigneur lorsqu'il dit: "Pourquoi m'as-tu abandonné ?" Mais cela est faux. Il faut savoir, en effet, que l'on dit de quelqu'un qu'il est abandonné par Dieu lorsque Dieu ne lui est pas présent, tout comme il paraît être présent quand il le protège et exauce ses demandes: "Mais mon Seigneur est avec moi comme un guerrier puissant; mes adversaires vont trébucher, vaincus." En vérité, le Christ ne fut pas exempt de souffrance corporelle lors de sa Passion, et de cette manière on peut dire qu'il fut pour un instant abandonné, c'est-à-dire exposé à la passion: "Dieu qui n'a pas épargné même son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous, comment ne nous aurait-il pas donné toutes choses avec lui ?" De même, cette demande: "Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi", comme on le rapporte en Matthieu, ne semble pas avoir été exaucée, parce qu'elle venait de la partie charnelle: "Un court instant, je t'avais délaissée", c'est-à-dire je t'ai exposé à la passion, "mais, ému d'une immense pitié, je te rassemblerai" c'est-à-dire dans la résurrection. Ainsi donc il dit: pourquoi m'as-tu abandonné ?, c'est-à-dire pourquoi m'as-tu exposé à la passion ?
A. Loin de mon salut [sont] les paroles de mes fautes. Ici commence l'exposition de la plainte ou question; et d'abord en général, puis en détail: Mon Dieu, je crierai.
Il a dit: tu m'as abandonné, et cela parce que les paroles de mes fautes sont loin de mon salut, de moi vrai homme de par la nature humaine que je possède: "Il est loin des impies le salut." Ces expressions: tu m'as abandonné, loin, et pourquoi, ne semblent pas convenir à l'homme juste ou à l'homme de justice; elles paraissent être plutôt les paroles de mes fautes, c'est-à-dire de l'homme pécheur, et elles montrent que je ne suis pas un juste, mais un pécheur. Ainsi donc le Christ a proféré ces mots en personnifiant le pécheur, ou encore l'Église. Et c'est là une des règles posées plus haut au début du psautier: les choses qui concernent les membres, le Christ les dit de lui-même, pour cette raison que le Christ et l'Église forment comme un seul corps mystique; conséquemment, ils parlent comme une même personne: le Christ se transforme (transformat se) en Église et l'Église en Christ: "Ainsi nous, à plusieurs, nous ne formons qu'un seul corps dans le Christ." Or dans les membres du Christ, c'est-à-dire dans l'Église, on trouve des fautes ou des péchés; mais dans la Tête, c'est-à-dire dans le Christ, il n'y a aucune faute, sinon seulement une similitude (un semblant) de péché: "Dieu a envoyé son Fils avec une chair semblable à celle du péché, et en vue du péché, a condamné le péché dans la chair." - "Celui qui n'avait pas connu le péché, il l'a fait péché pour nous, afin qu'en lui nous devenions justice de Dieu." Au cours de sa Passion, le Christ a fait cette prière à son Père: "Père, s'il est possible, que ce calice passe loin de moi; toutefois, non ma volonté, mais la tienne." Mais ces paroles du Christ en prière peuvent s'expliquer d'une double manière. D'abord, en ce sens que le Christ les a proférées comme s'il avait tenu la place des membres faibles de l'Église: il devait arriver en effet que certains de ces faibles membres, devant l'imminence des souffrances à supporter, seraient saisis d'une grande peur. D'une autre manière, en ce sens qu'il proféra cette demande au nom de la faiblesse charnelle dans le Christ, laquelle, tout naturellement, craint et fuit la mort. On peut donc dire que s'il a demandé d'être délivré, ce fut en des mots qui provenaient, soit des membres dans lesquels la faute peut exister, soit de la chair du Christ dans laquelle se trouve une similitude (un semblant) de faute ou de péché, et c'est pourquoi il dit: les paroles, avec lesquelles j'ai demandé d'être libéré, sont celles de mes fautes, c'est-à-dire les fidèles dont les péchés sont la raison de ma Passion; ou encore, ces paroles sont celles de la faible chair du Christ dans laquelle il existe une similitude (un semblant) de faute, et elles sont loin du salut corporel, car le calice, ou la Passion, n'est pas passé loin de moi comme je l'ai demandé. Autrement dit: je n'obtiendrai pas le salut que je cherche à accomplir, si ma prière de demande est exaucée: "Père, que ce calice passe loin de moi." Ainsi s'explique la version qu'en donne Jérôme: "Longe a salute mea verba gemitus mei (Loin de me sauver les paroles de mon gémissement)."
Augustin expose différemment ce passage, dans son livre De gratia novi Testa-menti: "Ces paroles, par lesquelles je demande d'être libéré de la passion et qui expriment ma plainte de me trouver livré à la passion, elles sont loin de me sauver et de produire l'œuvre de salut que je me dois d'accomplir en ma qualité de Dieu." - "C'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés." Et il donne la raison pour laquelle il est abandonné. Il y a en effet deux sortes de salut: l'un, corporel, commun aux hommes et aux bêtes: "Tu sauveras, Seigneur, les hommes et les animaux"; l'autre, spirituel et éternel, qui est propre au Christ. S'il dit ainsi: mon salut, c'est parce que le salut du Nouveau Testament a été opéré par le Christ: "Israël a été sauvé par le Seigneur d'un salut éternel." Et ces deux types de salut diffèrent en ceci que le premier était attendu dans l'Ancien Testament, tandis que le second est recherché dans le Nouveau. Pourquoi alors a-t-il été abandonné, exposé à la passion ? c'est qu'il est venu dans le Nouveau Testament; et les paroles qu'il profère maintenant sont loin de mon salut, spirituel, parce qu'elles visent le salut corporel.
Sont loin. Le Christ parle en la personne des pécheurs, qui parfois à cause de leurs fautes sont délaissés par Dieu; c'est pourquoi il dit: les paroles de mes fautes, c'est-à-dire des pécheurs, sont loin du salut, spirituel, car la raison pour laquelle les pécheurs ne sont pas sauvés, c'est qu'ils sont pécheurs: "Dieu n'exauce pas les pécheurs." Ou encore, selon Augustin, les mots loin de mon salut signifieraient: "En me délaissant, tu m'as éloigné de mon salut, corporel; et ces paroles sont celles de mes fautes."
3 Mon Dieu, je crierai pendant le jour, et tu ne m'exauceras pas: et pendant la nuit, et ce n'est point une folie pour moi.
B. Ici, le psalmiste expose sa plainte en détail. Les mots jour et nuit peuvent être interprétés de deux manières. Au sens littéral, ils signifient le jour et la nuit temporels; et ainsi crier veut dire: crier assidûment; c'est pourquoi il dit: tu ne m'exauceras pas, autrement dit: bien que je crie continuellement, je ne suis pas exaucé. Une version de Jérôme lit comme suit: "Et nocte et non est silentium mihi (Et de nuit et il n'y a pas pour moi de silence)"; autrement dit: je ne cesse de prier et le jour et la nuit. Dans un autre sens, on peut entendre par le jour la prospérité, et par la nuit l'adversité. Et selon Augustin, les paroles (prières) qui sont dites en vue du salut corporel sont proférées (faites) le jour, c'est-à-dire pour des prospérités, et la nuit pour que cesse le malheur. Ainsi le Christ crie le jour quand il est dans la prospérité, et il n'est pas exaucé, parce qu'il demande alors de ne point perdre sa prospérité; et il crie la nuit, afin que disparaisse l'adversité et elle ne disparaît pas.
Cependant il est dit du Christ qu'"il a été exaucé pour son humble respect."
Il faut considérer ici que la prière est un acte de la raison, et alors toute prière du Christ procédant du jugement de la raison est exaucée. Il en va autrement de la prière exprimant la faiblesse de la nature passible et le mouvement de ses membres; et dans ce cas, lui-même (le Christ) n'a pas voulu que sa prière soit exaucée: "Maintenant, mon âme est troublée, et que dirai-je ? Père, sauve-moi de cette heure. Mais c'est pour cela que je suis venu en cette heure." Et pourquoi il ne fut exaucé ni dans les moments favorables, ni dans les malheurs, il le montre lorsqu'il dit: et ce n'est point une folie pour moi. En effet, cette prière ne vise pas le salut du Nouveau Testament, que moi je cherche à obtenir et qui est le salut éternel, mais elle concerne le salut de l'Ancien Testament. Donc pour que tu apprennes cette sagesse, sache bien que le salut temporel n'appartient pas au Nouveau Testament, mais à l'Ancien. Voilà la sagesse, qui est folie aux yeux des hommes: "Nous, nous sommes fous à cause du Christ." Et encore: "N'a-t-il pas frappé de folie la sagesse de ce monde ?"
4 Mais toi, tu habites dans un sanctuaire, [au milieu] de la louange d'Israël.
C. Plus haut, le psalmiste a exposé la question du Christ s'interrogeant sur la cause de sa Passion; ici il montre qu'une telle question est raisonnable, et qu'il est raisonnable qu'il ait été délaissé.
1) Il dit d'abord que cela est étonnant de la part de Dieu.
2) Puis il montre cela en s'appuyant sur une expérience ancienne: En toi ont espéré.
1. Ces mots se réfèrent à ce qui précède selon trois explications.
a. La première, c'est qu'il est loin du salut temporel, et c'est ainsi qu'a lieu cette séparation. En conséquence, cela s'avère étonnant de la part de Dieu pour deux raisons.
- D'abord, puisque Dieu habite dans un sanctuaire et qu'il ne nous défend pas: "Si le Seigneur est avec nous, pourquoi tous ces maux nous sont-ils arrivés ? Où sont ses merveilles que nous ont racontées nos pères ?" Et c'est pourquoi il dit: Mais toi, tu habites dans un sanctuaire. - "Toi, tu es au milieu de nous, Seigneur", mais il habite spécialement dans le Christ.
- L'autre raison est que tout ce que nous avons de bien, tout cela contribue à la louange de Dieu. Et c'est pourquoi si c'est bien pour nous, Dieu est davantage loué par nous. Et d'où ce qui suit: louange d'Israël. - "Guéris-moi, Seigneur, et je serai guéri; sauve-moi, et je serai sauvé, parce que ma louange, c'est toi."
b. Selon une autre explication: pourquoi m'as-tu abandonné ? C'est parce que les paroles de mes fautes sont loin de mon salut, au sens spirituel; mais moi je crie en vue du bien temporel, tandis que toi tu habites dans un sanctuaire, puisque tu es la louange d'Israël, et tu n'exauceras pas, car tu n'exauces que si l'on crie en vue du salut éternel.
c. Ou bien, selon une troisième explication, en tant que le Christ parle dans la personne du pécheur, autrement dit: Tu es loin de mon salut, parce que tu n'habites pas dans les pécheurs, mais dans [le] sanctuaire.
5 En toi ont espéré nos pères; ils ont espéré, et tu les as libérés. 6Vers toi ils ont crié, et ils ont été sauvés: en toi ils ont espéré, et ils n'ont point été confondus.
2. Ici le psalmiste expose une autre raison qui se fonde sur une coutume ancienne et sur l'expérience grâce à laquelle les saints pères étaient libérés des tribulations en invoquant Dieu; comme on le voit dans l'Exode, puisqu'ils ont été libérés de la persécution des Égyptiens; et aussi à propos de Suzanne qui fut libérée de l'injuste sentence des vieillards ~ et de Daniel qui fut libéré de la gueule ou de la fosse des lions. Comment donc suis-je abandonné par toi, et ne suis-je pas libéré de la Passion ? Le psalmiste fait donc mention de deux choses à ce propos:
a) D'abord du mal de l'affliction corporelle.
b) Puis du mal de la confusion.
a. En ce qui concerne le premier mal, les pères faisaient deux choses.
- Ils espéraient d'abord en lui; c'est pourquoi il dit: En toi, non dans le monde, ont espéré nos pères. - "Tu as espéré dans le Seigneur durant les siècles éternels, dans le Seigneur puissant à jamais." et tu les as libérés; et tel est le fruit de l'espérance, car tu les as libérés.
- Puis ils criaient, aussi dit-il: Vers toi ils ont crié, avec un grand élan du cœur, et ils ont été sauvés. - "Vers le Seigneur j'ai crié, et il m'a exaucé."
b. En ce qui concerne le second mal il dit: en toi ils ont espéré, et ils n'ont point été confondus.
Cependant il est écrit: "Il n'est point de confusion pour ceux qui se confient en toi." Et encore: "L'espérance ne confond point."
On répondra en disant que les pères avaient en vue l'Ancien Testament dans lequel on donnait des biens temporels; c'est pourquoi, afin de montrer que la Providence divine dispense aussi les biens temporels, il les libère également temporellement. Mais le Christ promet et donne des biens spirituels; et afin de montrer que les biens temporels doivent être méprisés et les biens éternels espérés, il a refusé la libération temporelle selon sa sagesse: et cependant dans le Nouveau Testament certains ont été libérés temporellement, et dans l'Ancien Testament certains ont été instruits par des peines spirituelles, afin de montrer que Dieu est l'auteur des deux Alliances.
7 Mais moi je suis un ver et non un homme; l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple. 8 Tous ceux qui m'ont vu m'ont tourné en dérision: ils ont parlé de leurs lèvres, et ils ont hoché la tête.
II. Ici il expose la Passion.
A) Et il fait d'abord mention de la confusion dont il a souffert.
B) Puis il l'expose: Tous ceux qui m'ont vu.
C) Enfin il en donne la cause: Car c'est toi qui m'as tiré, etc.
A. On peut lire la première partie de deux manières.
1. Selon une première manière, en tant qu'il fait d'abord mention d'un semblant de confusion. Ensuite, en tant qu'il expose son opprobre.
Ainsi dit-il: ceux-là sont libérés, mais moi je ne suis pas délivré de la confusion; mais je suis broyé avec mépris comme si j'étais un ver et non un homme: "L'homme n'est que pourriture, le fils de l'homme un ver." - "Je suis devenu la raillerie de tout mon peuple, leur chanson durant tout le jour." Et comment, il l'explicite en disant: l'opprobre des hommes et l'abjection du peuple. - "Les passants le blasphémaient, branlant la tête, et disant: "Ah ! toi qui détruis le temple de Dieu et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi même." Et ceux qui avaient été crucifiés avec lui, l'outrageaient de même. "Il en a sauvé d'autres, et il ne peut se sauver lui-même."" - "Ayant tressé une couronne d'épines, ils la mirent sur sa tête, et le couvrirent d'un vêtement de pourpre." Et c'est pourquoi je suis devenu l'opprobre des hommes, dans leurs paroles, ainsi qu'on l'a dit, et l'abjection du peuple, parce qu'ils l'ont méprisé, et que l'ayant rejeté ils demandèrent Barabbas. - "Tu as fait de moi un rebut parmi les peuples."
2. Selon une seconde manière, en tant que cela regarde la dignité du Christ; car le ver n'est pas engendré par un accouplement, mais de la terre à la faveur de la seule chaleur du soleil: "C'est lui qui, comme le ver le plus tendre du bois, tua huit cents hommes en une seule fois", selon les paroles du deuxième livre des Rois. Ainsi le Christ fut-il engendré par la seule opération du Saint-Esprit: "Le Seigneur accordera sa bonté, et notre terre donnera son fruit." C'est pourquoi il dit: Mais je suis un ver et non un homme, à savoir uniquement, mais aussi Dieu. Ou bien, selon cette interprétation d'Augustin: Par homme, on entend le vieil homme, c'est-à-dire Adam, qui fut homme sans être fils de l'homme. Par ver on entend le Christ, qui fut homme aussi bien que fils de l'homme, c'est-à-dire de la Vierge; aussi dit-il: je suis un ver et non un homme, c'est-à-dire se réjouissant des choses temporelles, mais bien fils de l'homme se réjouissant des réalités spirituelles. l'abjection du peuple. Ceci ne varie pas dans son explication.
B. Ensuite il expose la moquerie:
1) Et il montre d'abord comment elle est universelle.
2) Ensuite comment elle est considérable.
1. Qu'elle est universelle, il le montre en disant: Tous ceux qui m'ont vu m'ont tourné en dérision. - "Durant tout le jour tous se moquaient de moi", c'est-à-dire les peuples et les princes; et cet emploi du mot Tous s'entend pour tout le peuple, c'est-à-dire pour figurer le mal.
2. Que la raillerie a été considérable, il le montre, car ce fut en paroles, aussi dit-il: ils ont parlé de leurs lèvres. - "Les passants l'outrageaient." - "De qui vous moquez-vous ? Contre qui ouvrez-vous la bouche et tirez-vous la langue ?" - "S'il est véritablement fils de Dieu, il l'assistera." De même, ce fut en actions: et ils ont hoché la tête. - "Hochant la tête et disant (c'est-à-dire en signe de dérision): "Il en a sauvé d'autres, et il ne peut se sauver lui-même: s'il est le roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui.""
9 Il a espéré dans le Seigneur, qu'il le délivre; qu'il le sauve, puisqu'il l'aime.
Il montre que ce sont ces paroles qu'ils prononçaient au milieu de sa confusion: car ils lui reprochaient d'abord l'espérance qu'il mettait en Dieu; aussi dit-il: Il a espéré dans le Seigneur, qu'il le délivre. - "Il se confie en Dieu, qu'il le délivre s'il le veut." Autrement dit: s'il avait espéré dans le Seigneur, il l'aurait délivré, car plus haut il est dit aussitôt: En toi ont espéré nos pères, [...] et tu les as libérés. Mais ils se sont trompés, car il ne s'agissait pas du salut ou de la délivrance temporelle. Ensuite ils outrageaient le Christ en disant qu'il n'était pas agréable à Dieu; aussi dit-il: qu'il le sauve, puisqu'il l'aime. - "Il se nomme Fils de Dieu."
10 Car c'est toi qui m'as tiré du ventre [de ma mère, tu es] mon espérance, dès les 11a mamelles de ma mère, sur toi j'ai été déposé dès le sein [maternel].
C. Il expose ensuite la cause de sa confusion; et à cet égard il fait deux choses.
1) Il expose d'abord la cause.
2) Puis il se répand en prière: ne t'éloigne pas de moi.
1. La cause de la moquerie relève habituellement de la sottise. Ainsi les mondains tiennent-ils les hommes bons pour des sots, parce qu'ils ne mettent pas leur confiance dans le monde: "Vous avez confondu le dessein du pauvre, parce que le Seigneur est son espérance." En exposant cette cause il fait deux choses.
a) Il expose d'abord le bienfait divin qui meut l'espérance.
b) Ensuite l'espérance elle-même: mon espérance, autrement dit: ils se moquent de moi, parce que mon espérance est en toi; et c'est pourquoi il dit: Car c'est toi qui m'as tiré du ventre [de ma mère].
a. Il fait d'abord mention de ce qui concerne la tête. Tous les êtres qui naissent naturellement et universellement du sein d'une mère sont créés par l'action divine, et elle est elle-même cause de toutes choses: "Lui qui m'a mis a part dès le sein de ma mère, et m'a appelé par sa grâce." Mais il souligne spécialement que le Christ a été tiré du sein de sa mère, car il a été conçu de manière extraordinaire, et né sans semence, la virginité de la mère ayant été préservée: tel est le bienfait, et il en résulte l'espérance.
b. À ce propos il expose trois choses:
- D'abord l'espérance elle-même.
- Puis sa perfection.
- Enfin sa raison.
- Ainsi dit-il: mon espérance dès les mamelles de ma mère, c'est-à-dire toi tu es mon espérance, grâce à laquelle je suis homme et j'ai sucé les mamelles de ma mère; car lorsque le Verbe était auprès de Dieu, il ne lui convenait pas d'espérer: "Mon espérance depuis ma jeunesse." Cependant, le Christ a joui de son libre arbitre au premier instant de sa conception, donc il a espéré dès ce moment. Il faut répondre en disant que les mamelles, c'est-à-dire le lait des mamelles fut préparé au moment même où il fut conçu, aussi les mamelles se réfèrent-elles à sa conception proprement dite.
sur toi j'ai été déposé dès le sein [maternel]. Cependant, si après être sorti du sein maternel il a été déposé sur Dieu, alors avant de sortir du sein, il ne fut pas déposé sur Dieu.
- On répondra que celui-ci a reposé dans l'un et l'autre cas, car il ne s'appuie pas sur lui-même, mais sur Dieu: "Rejetant sur lui toute votre sollicitude"; ainsi j'ai été déposé dès le sein, parce que je m'appuie sur toi seul. Et voilà pour la description de la perfection de l'espérance.
11b Depuis que j'étais dans le ventre de ma mère, tu es mon Dieu; 12a ne t'éloigne pas de moi.
- Le psalmiste expose ici la raison de l'espérance, autrement dit: en toi j'ai espéré, car je t'ai toujours regardé comme Dieu: "Mon cœur a espéré en Dieu, et j'ai été secouru"; et c'est pourquoi il dit: tu es mon Dieu depuis le ventre de ma mère, c'est-à-dire que depuis celui-ci je suis devenu homme, car auparavant le Fils de Dieu n'était pas homme. Mais si on explique cela à propos des membres du Christ, l'acte de déposer ou de tirer se fait de l'un à l'autre selon la chair; tandis que le Christ tendait toujours vers Dieu. Mais le psalmiste parle des membres qui selon la chair sont toujours dans le ventre charnel, c'est-à-dire dans les convoitises du monde; cependant, par l'intermédiaire de Dieu ils sont arrachés à de telles convoitises, et sont déposés sur Dieu, pour qu'ils n'espèrent et ne cherchent rien d'autre que Dieu.
2. Ensuite il conclut par une prière lorsqu'il dit: ne t'éloigne pas de moi, c'est-à-dire en défendant ou ma personne, ou mes membres quant aux réalités spirituelles, autrement dit: tu m'as abandonné, en m'exposant par ton secours spirituel.
12b Parce que la tribulation est proche, parce qu'il n'y a personne qui me porte secours.
Ce mot parce que, selon Jérôme, marque le début du verset suivant; et c'est pourquoi il peut, comme on l'a dit, être lu en le reliant aux versets précédents, tout comme avec les suivants. Et comme le dit Jérôme, on lit ce verset d'une manière plus juste en le reliant avec les suivants; car ce psaume, en personnifiant le Seigneur et en exposant sa Passion, mentionne d'abord sa prière, puis le déroulement de sa passion: De jeunes taureaux en grand nombre m'ont environné, etc.
Touchant sa prière il fait deux choses:
a) Il commence par la formuler.
b) Puis il montre la nécessité de prier: Parce que la tribulation.
a. Ainsi dit-il: tu es mon Dieu dès le ventre de ma mère, et c'est pourquoi je prie pour que tu ne t'éloignes pas, car la tribulation est proche. Ces paroles en effet doivent être interprétées dans le sens où le Christ parle dans la personne de ses membres, afin que Dieu ne les abandonne pas dans leur tribulation: "Dieu est fidèle, et il ne souffrira pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces." - "Ne me rejette pas au temps de ma vieillesse; lorsque ma force me manquera, ne m'abandonne pas. Parce que mes ennemis ont parlé de moi, et ceux qui observaient mon âme ont tenu conseil ensemble, disant: "Dieu l'a délaissé, poursuivez-le, saisissez-le: parce qu'il n'est personne qui le délivre.""
b. Mais il ne dit pas cela pour soi. En effet la nécessité est double: la tribulation qui est imminente, et le secours qui fait défaut; c'est pourquoi il dit: la tribulation est proche, c'est-à-dire dans le temps: "Voici que l'heure approche, et le Fils de l'homme sera livré aux mains des pécheurs."
Mais on objectera que puisque ces paroles sont proférées par le Christ déjà en croix, comment dit-il: Parce que la tribulation est proche, etc. ?
Nous pouvons dire que David change les temps. Augustin, lui, a résolu cela autrement. Parfois, dit-il, la tribulation est proche, parfois elle est éloignée; le corps est proche de l'âme, tandis que les biens extérieurs sont éloignés. Donc, lorsqu'un malheur s'abat dans les choses extérieures, la tribulation n'est pas proche; mais lorsqu'il atteint le corps lui-même, alors elle est proche et toute proche, et il est impossible que l'homme ne la ressente pas. Le Christ, lui, était affligé dans son propre corps: "J'ai trouvé l'affliction et la douleur." De même le secours fit défaut: "Car il n'y a personne qui me porte secours". Et c'est pourquoi il faut s'appliquer sans relâche à la prière: "J'ai regardé autour de moi, et il n'y avait personne pour m'aider; j'ai cherché, et je n'ai pas trouvé de secours", car les apôtres, l'ayant aussi abandonné, s'enfuirent.
13 De jeunes taureaux en grand nombre m'ont environné; des taureaux gras m'ont assiégé. 14 Ils ont ouvert sur moi leur gueule comme un lion ravisseur et rugissant.
II' Plus haut le psalmiste a montré dans la personne du Christ que sa plainte ou son reproche était justifié, aussi bien du côté de Dieu que du côté de l'usage ou de l'expérience des anciens; mais ici il poursuit en exposant le déroulement de la Passion quant à l'affliction de la chair.
A) Et il mentionne d'abord les persécuteurs.
B) Puis il expose l'effet de la persécution: comme de l'eau.
C) Enfin le déroulement de la persécution: des chiens nombreux m'ont environné.
A. Les persécuteurs sont donc d'abord mis en scène en train de faire irruption; certains d'entre eux sont de moindre importance, comme le peuple et les serviteurs; et il dit à leur sujet: De jeunes taureaux en grand nombre m'ont environné.
- "Infini est le nombre des insensés." Ils m'ont environné, car ils firent irruption de tous côtés: "Elles m'ont environné comme des abeilles." D'autres sont plus importants, aussi dit-il: "Ne t'élève pas dans ta pensée comme un taureau", qui par sa graisse et sa force n'est pas asservi au joug, engendre beaucoup et s'enorgueillit. On dit que le taureau est un animal obstiné (melancholicum), et qu'en vertu de son obstination il contient pendant longtemps sa colère. Et de même que les plus petits ont de l'audace en raison de leur nombre, ainsi en est-il des plus grands en raison de leurs richesses. Et c'est pourquoi il dit: gras. - "Il s'est armé d'un cou épais." m'ont assiégé. "Ils ont assiégé ma tente tout autour."
Puis il montre les persécuteurs s'insurgeant par la bouche, aussi dit-il: Ils ont ouvert sur moi leur gueule. Et précisément de multiples manières, en le tentant: "Hypocrites, pourquoi me tentez-vous ?" En l'accusant, en l'enviant, en revendiquant sa mort, en disant: "Crucifie-le."
- "Mes ennemis ont ouvert leur bouche contre moi." Le psalmiste use ensuite d'une comparaison: comme un lion ravisseur et rugissant, à qui les persécuteurs sont comparés à cause de leur cruauté: "Mon héritage est devenu pour moi comme un lion dans la forêt; il a poussé des cris contre moi." C'est le propre du lion de rugir une fois sa proie ravie: "Est-ce que le petit d'un lion fera entendre sa voix de sa tanière, s'il n'a rien saisi ?" Et il dit: ravisseur, en épiant, et rugissant, en recherchant manifestement la mort avec avidité: "Comme un lion rugissant et ravissant une proie, ils ont dévoré les âmes."
15 Je me suis épanché comme de l'eau, et tous mes os ont été disloqués. Mon cœur est devenu comme une cire fondant au milieu de mon ventre.
B. Le psalmiste expose ensuite l'effet de la persécution.
1) Et il commence par exposer cet effet.
2) Puis il l'explique: disloqués.
1. Ainsi dit-il: Ils me persécutent, et me nuisent, car ils l'ont emporté totalement sur la vie corporelle; et c'est pourquoi il dit: Je me suis épanché comme de l'eau. Si de l'huile se répand, il en reste quelque chose dans le récipient; si du vin se répand, il en subsiste au moins l'odeur dans le récipient; mais pour l'eau il n'en reste rien, autrement dit: Je me suis totalement épanché selon leur opinion: "Nous nous écoulons comme des eaux qui ne reviennent point sur la terre." De même que l'eau est facilement répandue et projetée, ainsi moi je me suis épanché. Tout comme les Juifs se sont efforcés non seulement de détruire le Christ sur terre, mais ils ont aussi voulu ruiner sa renommée. Ou bien le Christ est assimilé à l'eau, parce que l'eau lave; ainsi en est-il de la Passion du Christ pour tous les péchés, et elle lave toutes les souillures: "Il nous a aimés et nous a lavés de nos péchés dans son sang." De même l'eau irrigue et fait fructifier, ainsi en est-il de la Passion du Christ: "J'ai dit: J'arroserai mon jardin de plantations, et j'enivrerai le fruit de ma prairie." Et elle donne le fruit de la vie éternelle: "Mes fleurs (c'est-à-dire de ma Passion) sont des fruits d'honneur et de richesse." L'eau rend aussi le chemin glissant, ainsi la Passion du Christ dispose-t-elle les Juifs à la chute: "Et nous, nous prêchons le Christ crucifié; pour les Juifs, il est vrai scandale, et pour les païens folie; mais pour ceux qui sont appelés, Juifs et Grecs, c'est le Christ puissance de Dieu et sagesse de Dieu."
2. Ensuite il explique cet effet; et c'est pourquoi il dit: ont été disloqués, etc., autrement dit: tout ce qui semblait être fort en moi, a été anéanti, tout ce qui semblait beau, s'est fané. Et c'est pourquoi il dit: ont été disloqués, etc. Il y a deux sortes de force dans l'homme. La première est la force corporelle, et elle est faite d'os et de nerfs; et à cet égard il dit: tous mes os ont été disloqués, autrement dit: toute ma force corporelle est tombée en défaillance. Cependant on applique cela spirituellement au Christ, car les Apôtres, qui sont les os du Christ, ont été dispersés: "Je frapperai le pasteur, et les brebis du troupeau seront dispersées." La seconde est la force de l'âme qui se trouve dans le cœur, aussi dit-il: Mon cœur est devenu comme une cire. Augustin s'interroge sur la vérité de ce verset appliqué au Christ tête; car cet effet semble provenir d'une crainte excessive qu'on ne doit pas attribuer au Christ; car bien qu'il y ait eu en lui une crainte naturelle, elle ne fut pas telle qu'elle fasse fondre le cœur. Aussi faut-il l'entendre du Christ non quant à lui-même mais dans ses membres, qui sont véritablement le cœur du Christ, et qu'il aime avec prédilection: "Parce que je sens dans mon cœur que, soit dans mes liens, soit dans la défense et l'affermissement de l'Évangile, vous êtes tous participants de ma joie." Et la suite: "Dieu m'est témoin combien je soupire après vous dans les entrailles de Jésus-Christ." Ceux-ci ont été les Apôtres qui furent les os pour nourrir les faibles dans l'Église, à la manière dont les os nourrissent les chairs: "Nous devons, nous qui sommes plus forts, supporter la débilité des faibles." Et ils furent leur cœur comme la cire fondante. D'abord par une mauvaise fonte à cause de la crainte, comme dans la fuite des disciples: "Alors tous, l'abandonnant, s'enfuirent." Et aussi dans la négation de Pierre: "Et celui-là nia, en disant: "Homme, je ne sais ce que tu dis."" Ensuite par une bonne fonte, comme dans la conversion des disciples, ainsi qu'on le voit chez Pierre et André. Ou bien il faut dire que la fonte est aussi due à l'amour: "Mon âme se fondit." Une chose, avant qu'elle ne fonde, est dure et contractée en elle-même; dès qu'elle fond, elle se répand et tend d'elle-même vers l'extérieur. De même la crainte durcit, dans la mesure où elle n'est pas importante, et ainsi en est-il aussi de l'amour, car lorsque l'amour survient, alors l'homme s'ouvre à l'extérieur, puisqu'auparavant il était enfermé en lui-même. Et l'on peut aussi appliquer cette fonte au Christ en tant qu'il est la tête: par ailleurs l'acte de fondre, c'est aussi l'œuvre de l'Esprit-Saint, et cela se fait au milieu du ventre, c'est-à-dire au siège des passions. Ou bien par le cœur du Christ on entend la Sainte Écriture qui révèle son cœur. Mais ce cœur était fermé avant la Passion, parce que l'Écriture était obscure; mais elle est ouverte après la Passion, puisque ceux qui la comprennent à présent considèrent et discernent de quelle manière les prophéties doivent être interprétées.
16 Ma force s'est desséchée comme un tesson, et ma langue s'est attachée à mon palais; et tu m'as conduit à la poussière de la mort.
Le psalmiste montre ici que tout ce qui fut beau dans le Christ a disparu. Trois choses semblaient être florissantes dans le Christ avant sa Passion: l'accomplissement des miracles, l'éloquence de la doctrine, la renommée et l'honneur donnés par les foules.
Au sujet de l'accomplissement des miracles d'abord: "Une grande multitude le suivait, parce qu'ils voyaient les miracles qu'il faisait sur ceux qui étaient malades." Et ce pouvoir se dessécha au moment de la passion, selon leur opinion; aussi criaient-ils: "Il en a sauvé d'autres, et il ne peut se sauver lui-même." s'est desséchée, c'est-à-dire est devenue méprisable, comme un tesson. Ou bien: un tesson, lorsqu'il se dessèche, il durcit; ainsi dans la Passion la puissance du Christ se rétracta pour endurer ses souffrances: "La fournaise éprouve les vases du potier, et l'atteinte de la tribulation les hommes justes."
À propos de l'éloquence de la doctrine: "Il les instruisait comme ayant autorité"; mais dans sa Passion: ma langue s'est attachée à mon palais, à cause de son silence: "Je ferai que ta langue s'attachera à ton palais, et tu seras muet." Et cela eut lieu dans sa Passion car il ne répondait pas à Hérode: "Il l'interrogeait avec force paroles, mais lui ne lui répondait rien."
Au sujet de la renommée et de l'honneur: "La plus grande partie du peuple étendit ses vêtements le long du chemin. D'autres coupaient des branches d'arbres et en jonchaient le chemin. Or la foule qui précédait et celle qui suivait criaient, disant: "Hosanna au fils de David: béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux !"" Alors s'accomplit ce que David avait prophétisé touchant le Christ, en disant: "Ô Seigneur, sauve-moi, ô Seigneur, fais-moi bien prospérer. Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Nous vous avons béni de la maison du Seigneur. Le Seigneur est Dieu, et il a fait luire sa lumière sur nous."
Mais il a été avili dans sa Passion, aussi dit-il: tu m'as conduit à la poussière de la mort, c'est-à-dire tu m'as fait endurer une mort déshonorante: "Condamnons-le à la mort la plus honteuse." Ou bien, si l'on réfère cela aux membres: tu m'as conduit à la poussière de la mort, c'est-à-dire mes membres qui ont été réduits en cendres, mais non ceux du Christ. Ou bien: à la poussière, etc., c'est-à-dire tu m'as livré au pouvoir des Juifs qui sont comme la poussière, etc.
17 Parce que des chiens nombreux m'ont environné; le conseil des méchants m'a assiégé. Ils ont percé mes mains et mes pieds; 18a ils ont compté tous mes os.
C. Le psalmiste expose ici le déroulement de la Passion.
1) Et il mentionne d'abord ce qui eut lieu avant la crucifixion.
2) Ensuite ce qui eut lieu au cours de la crucifixion elle-même.
3) Enfin ce qui eut lieu après la crucifixion.
1. Avant la crucifixion, deux événements eurent lieu.
a. D'abord, il fut pris, et à cet égard il dit: des chiens nombreux m'ont environné.
- "Gardez-vous des chiens, gardez-vous des mauvais ouvriers." - "Ces chiens d'une impudence extrême n'ont pas connu le rassasiement."
b. De même, il dit ensuite comment il fut outragé, d'où ces paroles: le conseil des méchants m'a assiégé.
2. Ensuite il mentionne les faits qui eurent lieu au cours de la crucifixion proprement dite.
a. Et d'abord l'acte de planter les clous: Ils ont percé mes mains et mes pieds, en les fixant avec de gros clous au bois de la croix: "Que sont ces plaies au milieu de tes mains ?"
b. De même quant à l'extension il dit: Ils ont compté tous mes os, c'est-à-dire ils firent en sorte qu'on puisse les compter.
18b Mais ils m'ont eux-mêmes considéré et regardé attentivement. 19 Ils se sont partagé mes vêtements, et sur ma robe ils ont jeté le sort.
3. Ici sont exposés les faits qui eurent lieu après la passion; aussi dit-il: Mais ils m'ont eux-mêmes considéré, se réunissant en spectacle pour l'outrager: "Les soldats aussi l'insultaient, lui présentant du vinaigre, et disant: "Si tu es le roi des Juifs.""Ils ont regardé attentivement, à savoir ce qui m'arriverait. Ils se sont partagé mes vêtements, qui étaient nombreux et partageables. et sur ma robe, sans couture, ils ont jeté le sort, et ils firent cela par cupidité, ou bien en vertu d'une certaine dérision. À travers ces vêtements partagés sont signifiés les sacrements de l'Église, mais par la robe qui n'est pas déchirée, est signifiée l'unité de l'Église que quiconque croit détenir; mais il n'en existe pas à l'exception d'une seule, car unique est l'unité de l'Église: "Unique est ma colombe, ma parfaite."
20 Mais toi, Seigneur, n'éloigne pas ton secours de moi, prends soin de ma défense.
III. Après avoir décrit la Passion, le psalmiste poursuit en parlant de la prière; et à ce propos il sollicite deux choses.
A) Il demande d'abord le secours divin.
B) Puis il demande le fruit du secours accordé: 23 Je raconterai ton nom, etc.
A. En sollicitant le secours divin il fait deux choses.
1) Il demande d'abord le secours divin d'une manière générale.
2) Puis en particulier pour lui-même: 21 Arrache, ô Dieu, mon âme à l'épée à double tranchant.
1. Concernant le secours divin en général il fait deux choses:
a) Il demande d'abord la rapidité du secours.
b) Puis il en montre la nécessité.
a. Quant à la rapidité du secours il dit donc: ainsi firent-ils: Ils ont percé mes mains et mes pieds, etc., Mais toi, Seigneur, n'éloigne pas ton secours de moi, c'est-à-dire ne retarde pas de m'accorder, à moi qui suis le Christ homme, le secours de la divinité, autrement dit: cela se réalisera, puisqu'il fut libéré de la mort par la gloire de la résurrection, qui n'a guère tardé puisqu'il ressuscita après trois jours. Et le Christ ressuscita: "Le Christ est ressuscité d'entre les morts, comme prémices de ceux qui se sont endormis." - "Je me lèverai au point du jour."
b. prends soin de ma défense, autrement dit: Ton secours m'est nécessaire en vue de cela, c'est-à-dire pour ma défense: "À l'ombre de tes ailes protège-moi." Défends-moi, c'est-à-dire contre ceux qui me persécutent à mort, et contre les démons afin qu'ils ne me détiennent pas captif dans les limbes. Ainsi donc demanda-t-il que son corps ne soit pas réduit en cendres, et que son âme ne soit pas retenue captive en enfer: "Ayant été délivré des douleurs de l'enfer, car il était impossible qu'il y fût retenu." - "Ne m'abandonne pas, Seigneur mon Dieu; ne t'éloigne pas de moi."
21 Arrache, ô Dieu, mon âme à l'épée à double tranchant; et mon unique à la griffe du chien.
2. Le psalmiste fait ici connaître en particulier contre quoi il demande d'être défendu.
a) Et d'abord contre la mort.
b) Puis contre l'épreuve de la mort: à la griffe du chien.
a. Ainsi dit-il: prends soin de ma défense, et: ô Dieu, arrache mon âme, qu'eux-mêmes cherchent, à l'épée à double tranchant, c'est-à-dire au glaive qui est brandi avec frémissement.
Et cependant le Christ ne fut pas tué par un glaive, mais par une lance, et même il fut frappé de la lance après sa mort.
Mais il faut dire que le glaive divise par son côté tranchant: "Plus acérée que tout glaive à deux tranchants, allant jusqu'à séparer l'âme et l'esprit, les jointures et les moelles"; et ainsi parce que la mort sépare l'âme du corps, et le père du fils et réciproquement, et le frère de son frère, on l'appelle glaive: "Ô épée à deux tranchants", c'est-à-dire la mort," réveille-toi contre mon pasteur"; et il en fut délivré à la résurrection. Ou bien: l'épée à [deux] tranchants, c'est la langue des adversaires: "Leur langue est un glaive acéré." Ou bien le Christ parle au nom de ses membres, dont plusieurs furent mis à mort par le glaive: "Il fit mourir par le glaive Jacques, frère de Jean."
b. Et à la griffe du chien. Il prie ici contre les tentateurs, et il les décrit de trois manières:
- Comme dépourvus de raison, et il le fait en usant de la comparaison du chien, qui se met à aboyer avant de voir contre qui il doit aboyer, et ce, en raison de sa colère soudaine. Ainsi les Juifs, avant de savoir pourquoi ils invectivaient le Christ, criaient: "Gardez-vous des chiens, gardez-vous des mauvais ouvriers"; et plus haut: des chiens nombreux m'ont environné. Cela concernait surtout les Juifs qui, en invectivant le Christ, "criaient: "Crucifie-le, crucifie-le.""
22 Sauve-moi de la gueule du lion, et ma faiblesse des cornes des licornes.
- Ici il les décrit cruels, en usant de la comparaison du lion qui est un animal cruel; et cela se réfère à Pilate qui exerce son pouvoir comme un lion, c'est-à-dire son pouvoir de gouverneur, et que l'Apôtre qualifie de lion: "J'ai été délivré de la gueule du lion." Ou bien cela se réfère au diable: "Comme un lion rugissant, il rôde autour de vous cherchant qui dévorer."
- et ma faiblesse des cornes des licornes. Ici il les décrit orgueilleux; et cela se réfère aux princes des prêtres et aux scribes, qui sont comparés à la licorne signifiant l'orgueil; et il signifie cela parce que la licorne a une corne sur la tête, et qu'elle a un tel orgueil qu'elle ne souffre en aucune manière la soumission, mais qu'aussitôt prise, elle se laisse mourir: "Est-ce qu'un rhinocéros", c'est-à-dire une licorne, "voudra te servir, ou demeurera-t-il à ton étable ? Est-ce que tu lieras un rhinocéros à tes traits, pour qu'il laboure ? ou rompra-t-il les glèbes des vallons après toi ? Est-ce que tu auras confiance en sa grande force, et lui laisseras-tu tes travaux ? Est-ce que tu croiras qu'il te rendra tes semailles, et qu'il remplira ton aire ?" Et à travers cela sont signifiés les chefs des Juifs qui se glorifiaient particulièrement de leur connaissance de Dieu. Or quiconque s'élève en se singularisant est semblable au Pharisien qui disait: "Je ne suis pas comme le reste des hommes." - "N'élevez pas en haut votre corne." Le psalmiste dit cela expressément. En effet les licornes ne se scandalisaient pas du Christ à l'exception de son humilité, puisqu'ils le voyaient extérieurement déshonoré, mais d'autre part ils étaient scandalisés parce qu'ils le voyaient dire et accomplir de grandes choses: "Il s'est humilié lui-même, s'étant fait obéissant jusqu'à la mort, et la mort de la croix." Et il décrit expressément ceux qui s'adonnèrent avec cruauté à la mort du Christ, tel ce chien de peuple juif, tel ce lion de Pilate, telles ces licornes de princes.
23 Je raconterai ton nom à mes frères; je te louerai au milieu de l'assemblée.
B. Le psalmiste montre ensuite le fruit du secours divin.
1) Et d'abord quant au Christ lui-même.
2) Ensuite quant aux autres: 27 Les pauvres mangeront.
1. Au sujet du Christ il fait deux choses.
a) Il expose d'abord un double fruit.
b) Puis il explique l'un et l'autre: Vous qui craignez [Dieu].
a. Il commence donc par exposer le double fruit résultant de la libération du Christ.
- Le premier fruit de la libération du Christ fut la prédication à travers le monde entier. Il dit donc: Sauve-moi de la gueule du lion, etc., car il fut sauvé et libéré de leurs gueules. Je raconterai ton nom à mes frères, c'est-à-dire aux Apôtres: et il fit cela après la résurrection. Or les Apôtres sont ses frères, et par la nature assumée, et par la grâce de la vocation à l'apostolat: "Ceux qu'il a connus par sa prescience, il les a aussi prédestinés à être conformes à l'image de son Fils, afin qu'il fût lui-même le premier-né entre beaucoup de frères. Et ceux qu'il a prédestinés, il les a appelés."
Mais le Christ n'a-t-il pas fait connaître le nom de Dieu avant sa Passion ? Puisqu'il le dit lui-même: "J'ai manifesté ton nom aux hommes que tu m'as donnés; ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole."
Il faut répondre que oui, mais davantage après sa passion et sa résurrection. D'abord en vérité il l'a fait connaître à ses disciples de sa propre bouche, lorsqu'il leur ouvrit l'esprit pour qu'ils comprennent les Écritures. Puis en leur donnant l'Esprit Paraclet: "Quand le Paraclet, et l'Esprit de vérité, sera venu, il vous enseignera toute vérité." Et: "Lorsque sera venu le Paraclet, l'Esprit-Saint que mon Père enverra en mon nom, celui-là vous enseignera toutes choses." Mais il le fera connaître plus parfaitement lorsqu'il manifestera sa divinité au jugement dernier: "Je me manifesterai à lui." - "Alors ils verront le Fils de l'homme venant avec une grande puissance et une grande majesté." C'est alors qu'ils connaîtront le Père dans le Fils: "En ce jour-là, vous connaîtrez que moi je suis dans le Père, que le Père est en moi, et moi en vous." Et cela ne convient qu'au Fils lui seul: "Nul ne connaît le Père, si ce n'est le Fils."
- Le second fruit de la libération du Christ fut la louange divine, aussi dit-il: je te louerai au milieu de l'assemblée. - "Sa louange aux extrémités de la terre." Mais il dit: au milieu de l'assemblée. Ce qu'Augustin commente de la manière suivante en disant d'abord: nous disons d'une chose qu'elle est au milieu, parce qu'elle est en évidence. Dans l'Ancien Testament Dieu est loué de manière cachée, c'est-à-dire dans ses mystères; mais dans le Nouveau il est loué publiquement, parce qu'il est dévoilé dans sa pleine vérité: "Pour nous, contemplant à visage découvert la gloire du Seigneur", grâce à l'enlèvement du voile. Quelquefois nous disons que se trouve au milieu ce qui est intime. Dans l'Église les intimes sont les hommes parfaits qui louent Dieu spécialement dans leur cœur: je te louerai au milieu de l'assemblée, c'est-à-dire parmi les docteurs et les hommes parfaits.
24 Vous qui craignez le Seigneur, louez-le, race entière de Jacob, glorifiez-le. 25a Que toute la race d'Israël le craigne.
b. Il traite à présent de l'un et l'autre fruit.
- Et d'abord du premier.
- Puis du second: Devant toi.
- Concernant le premier fruit il expose toute la prédication du Nouveau Testament, comment on fait connaître le nom du Seigneur. Et il commence par montrer vers quoi sont amenés les hommes dans le Nouveau Testament. Puis ce qu'on leur fait connaître: Parce qu'il n'a pas méprisé.
Les hommes sont amenés à trois choses dans le Nouveau Testament: à la confession de la bouche, à rechercher la gloire de Dieu, et à le craindre.
· Touchant la confession de la bouche il dit: Vous qui craignez [Dieu], louez-le. Or il y a deux sortes de crainte: l'une est filiale, celle qui craint d'offenser Dieu et d'en être séparé, et elle lui manifeste du respect; et cette dernière procède de la charité. Mais l'autre est la crainte servile, celle qui craint le châtiment; et cette dernière ne procède pas de la charité: "La charité [parfaite] chasse la crainte." La Loi ancienne est une loi de crainte, tandis que la nouvelle est une loi d'amour. Vous donc qui craignez le Seigneur, c'est-à-dire qui accomplissez la loi avec crainte, louez-le, car celui qui ne loue pas, c'est qu'il n'aime pas, autrement dit: louez-le avec amour: "Louez le Seigneur, parce qu'il est bon, parce qu'éternelle est sa miséricorde."
· Touchant la gloire de Dieu il dit: race entière de Jacob, glorifiez-le. - "Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, ou quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu." Et il dit: race entière de Jacob, car c'est aux fils de Jacob, c'est-à-dire aux Juifs que la Loi de l'Ancien Testament fut donnée, dans laquelle est promise la gloire humaine; mais dans le Nouveau Testament est promise la gloire de Dieu. Et il dit: toute, afin d'inclure les fils de la promesse qui sont comptés dans la race, comme on le dit dans les Galates, c'est-à-dire les païens.
· Enfin touchant la crainte, il dit: Que toute la race d'Israël le craigne, d'une crainte révérentielle accompagnée de dilection: "Et maintenant, Israël, que demande de toi le Seigneur ton Dieu, si ce n'est que tu le craignes, et marches en ses voies ?" Israël veut dire la même chose que Jacob.
25b Parce qu'il n'a pas méprisé ni dédaigné la supplication du pauvre; et qu'il n'a point détourné sa face de moi, et que, lorsque je criais vers lui, il m'a exaucé.
Le psalmiste montre ici ce qui leur est annoncé, c'est-à-dire la puissance du Christ, en tant qu'il parle dans la personne du Christ priant. Car parfois quelqu'un refuse d'exaucer des prières, c'est-à-dire lorsqu'il ne veut pas prendre en considération l'objet proprement dit de la demande, ou bien lorsqu'il ne veut pas prendre en considération celui qui demande; et parfois, s'il veut bien prendre en considération celui qui demande, il ne veut cependant pas exaucer sa demande.
Il écarte le premier refus lorsqu'il dit: il n'a pas méprisé, comme en négligeant, ni dédaigné la supplication du pauvre, c'est-à-dire l'humilité de celui qui ne met pas son espérance dans les choses temporelles, à savoir du Christ.
Il montre ensuite qu'il prend en considération celui qui demande: il n'a point détourné sa face de moi, comme s'il n'acceptait pas: "Ne détourne pas ta face de ton serviteur; parce que je suis dans la tribulation, exauce-moi promptement."
Enfin il montre qu'il exauce la demande lorsqu'il dit: et que, lorsque je criais vers lui, il m'a exaucé, car le juge a admis ce que j'ai demandé pour moi et pour les miens: "Si vous demandez quelque chose au Père en mon nom, il vous le donnera."
- "J'ai crié vers le Seigneur au milieu de la tribulation, et il m'a exaucé; du sein de l'enfer j'ai crié, et tu as entendu ma voix." Et remarquez qu'avant la Passion il dit avoir souffert de trois choses. Il dit en effet avoir été rejeté: 7 Mais moi, je suis un ver, etc. Abandonne: pourquoi m'as-tu abandonné ? De même il dit qu'il n'a pas été exaucé: 3 je crierai pendant le jour, et tu ne m'exauceras pas; et pourquoi ? Parce qu'alors il disait les paroles de [ses] fautes, c'est-à-dire des paroles relatives à la faiblesse de la chair, selon laquelle on recherche plutôt les choses temporelles; mais à présent, puisque par sa résurrection il a amené la nature humaine à rechercher les réalités spirituelles, il dit le contraire. Car plus haut il a dit: moi je suis un ver, etc., et ici il dit: il n'a pas méprisé, etc. Plus haut il a dit: je crierai pendant le jour, et ici il dit: lorsque je criais vers lui, il m'a exaucé.
26 Devant toi sera ma louange dans la grande assemblée; j'accomplirai mes vœux en présence de ceux qui le craignent.
- Plus haut le psalmiste, en personnifiant le Christ, a promis qu'il parlerait de deux choses: de la manifestation du nom divin et de la louange de Dieu. Il a déjà parlé de la manifestation du nom divin, aussi traite-t-il ici de la seconde chose, c'est-à-dire de la louange divine. À cet égard il fait deux choses:
· Il montre d'abord en quoi consiste la louange de Dieu.
· Puis comment l'action se joint à la louange: j'accomplirai mes vœux, etc.
· En montrant en quoi consiste la louange de Dieu il dit: Devant toi sera ma louange. Et cela peut se comprendre de deux manières. Selon une première manière comme suit: la louange dont moi je suis loué est devant toi, non devant les hommes dont je ne reçois pas la louange, mais elle vient de toi: "Ce n'est pas celui qui se recommande lui-même qui est un homme éprouvé; c'est celui que le Seigneur recommande." Selon une autre manière comme suit: ma louange, c'est-à-dire celle dont je te loue, est devant toi, non devant les yeux des hommes: "Il a loué Dieu de tout son cœur, et il a aimé le Seigneur", et cela, dans la grande assemblée, rassemblée par moi et en mon nom. grande en puissance: "Sur cette pierre j'édifierai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux; et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aussi dans les cieux; et tout ce que tu délieras sur la terre sera aussi délié dans les cieux." En dignité: "Les rois de la terre y apporteront leur gloire et leur honneur."
· j'accomplirai mes vœux en présence de ceux qui le craignent. Le psalmiste montre ici comment il joint l'action à la louange. Le vœu du Christ fut de se donner pour le salut des croyants: et lui-même voulut cela en tant qu'homme: "Que j'accomplisse ta volonté. Mon Dieu, je l'ai voulu." En vérité la volonté de Dieu, c'est notre sanctification. - "Je suis descendu du ciel, non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé." Le Christ s'est acquitté de ces vœux en se donnant à la passion, et une nouvelle fois lorsqu'il donna son corps en nourriture pour ses fidèles; aussi dit-il: vœux, c'est-à-dire sacrifices. je [les] accomplirai, sur l'autel de la croix et en sacrifice pour les fidèles; et je ferai cela en présence de ceux qui le craignent. - "Celui qui craint le Seigneur honore ses parents."
27 Les pauvres mangeront et seront rassasiés; ils loueront le Seigneur, ceux qui le recherchent; leurs cœurs vivront dans les siècles des siècles.
2. Ici le psalmiste expose ensuite l'effet de la Passion qui est endurée pour les autres:
a) Et il mentionne d'abord les divers effets de la Passion.
b) Puis il montre qu'ils ont trait à l'avenir: La génération qui doit venir sera annoncée.
a. À propos des effets variés de la passion il fait deux choses:
- Il mentionne d'abord les effets qui concernent les Apôtres.
- Puis il montre que ces effets sont communiqués aux autres par les Apôtres: Ils se souviendront.
- Aux Apôtres revient le ministère du saint sacrifice, lequel est signifié lorsqu'il dit: Les pauvres mangeront, c'est-à-dire les humbles et ceux qui méprisent les réalités du monde: "Bienheureux les pauvres en esprit, car c'est à eux qu'appartient le royaume des cieux." Ceux-ci mangeront le sacrifice, c'est-à-dire le sacrement du corps et du sang, sacramentellement et spirituellement. Et il en résulte un triple effet: le rassasiement spirituel, la louange et la vie.
· Au sujet du premier effet il dit: Et ils seront rassasiés, car leur désir se reposera dans la plénitude des grâces qu'ils auront acquises par ce sacrement: "Mon âme est rassasiée comme de moelle et de graisse."
· Au sujet du deuxième effet il dit: Et ils loueront le Seigneur, ceux qui le recherchent. Il n'est pas étonnant que la louange résulte de l'allégresse: "Ils viendront à Sion chantant des louanges; une allégresse éternelle couronnera leurs têtes." Mais le rassasiement du désir engendre le plaisir: "Votre âme se délectera en s'engraissant", a savoir de graisse spirituelle: "Parmi les chants d'allégresse et de louange [pareils) au bruit d'un festin." Mais ce n'est pas le premier venu qui loue Dieu, mais bien ceux qui le recherchent, c'est-à-dire ceux qui ne recherchent rien d'autre que le Christ ou Dieu: "Cherchez le Seigneur tandis qu'on peut le trouver, invoquez-le tandis qu'il est proche."
Au sujet du troisième il dit: leurs cœurs vivront dans les siècles des siècles. - "Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement." Et c'est pourquoi il dit: vivra, autrement dit: bien qu'ils meurent dans leur corps en imitant la passion du Seigneur, cependant leurs âmes vivront: "Cherchez Dieu et votre âme vivra."
28 Ils se souviendront et se convertiront au Seigneur tous les confins de la terre; et toutes les familles des nations adoreront en sa présence.
- Le psalmiste montre ici que ces effets sont communiqués aux autres.
· Et d'abord à tous en général.
· Puis aux hommes charnels: ils ont mangé.
· Enfin aux spirituels: Et mon âme.
· Or il y a un triple effet:
Le premier est la connaissance divine à laquelle les nations accèdent par les Apôtres.
Le deuxième consiste en la conversion au Christ.
Le troisième effet est manifesté à travers l'achèvement de l'œuvre.
Au sujet du premier effet il dit: Ils se souviendront. Une certaine connaissance de Dieu a été naturellement inculquée aux hommes; mais ils oublient le Seigneur à cause du péché: "Tu as oublié le Seigneur, ton Créateur." Les nations avaient eu une certaine connaissance de Dieu, mais ils l'avaient oublié à cause de leurs péchés; cependant par les Apôtres ils furent ramenés au souvenir de la connaissance naturelle: "Souvenez-vous de loin du Seigneur."
Touchant le deuxième effet il dit: se convertiront au Seigneur, c'est-à-dire par l'amour. Et cela, les Juifs ne furent pas les seuls à le faire, mais aussi tous les confins de la terre. - "Si vous cherchez, cherchez; convertissez-vous, venez"; et ces deux effets sont également en relation avec le sacrement de l'autel, qui est un mémorial de la Passion du Seigneur, comme le dit l'Apôtre dans la première épître aux Corinthiens. C'est pourquoi il dit: Ils se souviendront, car la conversion de l'âme à Dieu est un effet du sacrement de l'autel: "Il m'a amené près d'une eau fortifiante." L'adorant non point dans des cérémonies, mais en Sa présence, c'est-à-dire par un culte spirituel: "Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité." et toutes les familles des nations. - "Les hommes l'adoreront en leur lieu, ainsi que toutes les îles des nations"; ce qui signifie que les nations païennes ont adoré le Dieu d'Israël, et aussi que les prosélytes, allant habiter avec les Juifs, s'éloignèrent de leur lieu.
29 Parce que la royauté est au Seigneur; et lui-même dominera sur les nations.
La puissance spirituelle du monde entier appartient au Christ: "Et il lui donnera la puissance, et l'honneur et le royaume." Et non point seulement aux Juifs, selon ce qui est écrit: "Sur le trône de David il s'assiéra"; et de plus lui-même dominera sur les nations. - "Demande-moi, et je te donnerai les nations en héritage."
30 Tous les riches de la terre ont mangé et ont adoré; en Sa présence tomberont tous ceux qui descendent dans la terre.
· Le psalmiste expose ici l'effet obtenu chez les hommes charnels; et il expose deux choses.
D'abord leur bien.
Ensuite leur faute: en Sa présence tomberont, les charnels.
Et ces derniers ont reçu un double bien: la participation au sacrement et l'adoration de Dieu dans le culte. Au sujet du premier bien il dit: ils ont mangé, bien qu'indignement, puisqu'ils sont charnels: "Ni la chair ni le sang ne peuvent posséder le royaume de Dieu." À propos des bons il a dit plus haut qu'ils seront rassasiés, qu'ils loueront le Seigneur, et qu'ils vivront, parce qu'ils ont vénéré le sacrement de la foi qu'ils ont.
Mais ces hommes charnels, parce qu'ils sont les riches de la terre, c'est-à-dire attachés aux choses terrestres, non élevés vers les réalités spirituelles, tomberont en Sa présence, c'est-à-dire celle de Dieu: "J'enivrerai l'âme des prêtres de graisse, et mon peuple sera rempli de mes biens." Ceux-ci sont signifiés par" les vaches grasses". - "Le bien-aimé s'est engraissé, et a regimbé", car "celui qui mange et boit indignement, mange et boit son propre jugement", comme le rapporte la première épître aux Corinthiens. Et il dit bien: tous ceux qui descendent, c'est-à-dire dans la mesure où ils s'enfoncent par la passion dans les choses terrestres, car quoique ces derniers semblent se tenir debout en présence des hommes, cependant ils tomberont en présence de Dieu: "Le plus grand nombre d'entre eux se heurteront et tomberont." Ou bien: tomberont en Sa présence, c'est-à-dire même ses ennemis s'étendront à ses pieds, tous ceux qui descendent dans la terre, c'est-à-dire dans la corruption du péché: "Qu'au nom de Jésus, tout genou fléchisse."
31 Et mon âme vivra pour lui; et ma postérité le servira.
· Le psalmiste expose ici l'effet relatif aux spirituels. L'âme du Christ, ce sont ceux en qui repose l'Esprit-Saint, c'est-à-dire les spirituels, qui se comportent de deux manières vis-à-vis de Dieu.
D'abord quant à leur cœur, parce que ceux-là vivent pour Dieu ou pour le Christ: "Moi je vis, non plus moi, mais le Christ vit en moi." - "Ceux qui vivent ne vivent plus pour eux, mais pour celui qui est mort pour eux."
Puis quant à leurs actions: et ma postérité. La bonne postérité sont les fils du royaume, autrement dit: les fils du royaume que moi j'ai engendrés, ont servi Dieu seul; car toutes les œuvres qu'ils accomplirent, ils les rapportèrent à sa gloire.
32 La génération qui doit venir sera annoncée au Seigneur, et les cieux annonceront Sa justice au peuple qui naîtra, [et] que le Seigneur a fait.
b. Ici le psalmiste explique quand cela aura lieu, car ce ne sera pas en son temps, mais dans les temps à venir; et il expose trois choses.
- D'abord, il annonce à l'avance la proclamation de la foi.
- Puis il dit par qui elle doit être prêchée.
- Enfin à qui elle est prêchée.
- Au sujet de l'annonce de la proclamation de la foi il dit: La génération qui doit venir sera annoncée au Seigneur; et cela peut être expliqué de deux manières. Selon une première manière avec Jérôme; autrement dit: La génération qui doit venir sera annoncée, c'est-à-dire sera évangélisée. Et ce, afin qu'ils se convertissent au Seigneur, ou même sera annoncée passivement, autrement dit:
- par la prédication des Apôtres cette génération sera amenée au Seigneur: "Des pauvres sont évangélisés." Ou bien, de la manière suivante: le bien de la génération sera annoncé à Dieu lui-même par les anges; non point qu'il l'ignore ou qu'il en ait besoin, mais c'est afin que l'ordre établi soit observé, comme le dit Denys, et comme on le rapporte dans le livre de Tobie: "Moi je suis l'ange Raphaël, l'un des sept qui nous tenons devant le Seigneur." et les cieux annonceront, c'est-à-dire les Apôtres célestes: "Notre cité est dans les cieux." Sa justice, non une justice humaine mais celle de Dieu, que les Juifs repoussent: "Ignorant la justice de Dieu, et cherchant à établir la leur, ils ne se sont pas soumis à la justice de Dieu."
- À qui sera-t-elle annoncée ? au peuple qui naîtra, d'une génération spirituelle: "Si quelqu'un ne renaît de l'eau et de l'Esprit-Saint, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu." Ce peuple ne renaît pas par une intervention humaine, mais divine: "Qui ne sont pas nés du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu", et c'est pourquoi il dit: que le Seigneur a fait. - "C'est lui-même qui nous a faits, et non pas nous-mêmes; son peuple et les brebis de son pâturage."