TROISIÈME SERMON DE SAINT BERNARD POUR L'ANNONCIATION DE LA SAINTE VIERGE
Suzanne et Marie.
Ce sermon a été prêché en 1150. Cette année, le jour de l'Annonciation tombait le samedi d'avant le quatrième dimanche de carême ; ce jour là on lit à l'office l'histoire de Suzanne et on lit à la messe l'Évangile de la femme adultère.
25 mars 1150
1. Que vous êtes riche en miséricorde, Seigneur mon Dieu, que vous êtes magnifique en justice, et libéral en grâce ! Il n'y a personne qui puisse vous être comparé, donneur infiniment généreux, rémunérateur souverainement juste, libérateur extrêmement bon. C'est gratuitement que vous abaissez vos regards sur les humbles, c'est avec justice que vous Jugez l'innocent, et c'est avec miséricorde que vous sauvez même le pécheur. Voilà, mes frères bien aimés, les mets qui vous sont servis aujourd'hui, si nous y faisons attention, avec une abondance inaccoutumée, par les Saintes Lettres, sur la table du riche Père de famille. Cette abondance nous vient de ce que le saint temps du carême et le très-saint jour de fête de, l'Annonciation de Notre Seigneur coïncident ensemble cette année. En effet, nous avons vu aujourd'hui la femme adultère renvoyée absoute par notre indulgent Rédempteur, l'innocente Suzanne soustraite à la mort, et la bienheureuse Vierge remplie, d'une manière unique, du don gratuit de la grâce. Voilà un grand festin, mes frères, puisqu'on sert en même temps devant nous, la miséricorde, la justice et la grâce. Dira-t-on que la miséricorde n'est point une nourriture pour l'homme ? C'en est une, au contraire, excellente et souveraine pour le guérir. Et la justice n'est-elle point aussi du pain pour le cœur ? C'en est, et même c'en est un qui le fortifie admirablement, c'est pour lui un aliment tout à fait solide ; et même, heureux ceux qui en ont faim, car ils en seront rassasiés (Matt. V, 6). Enfin, ne peut-on voir un aliment pour l'âme dans la grâce de Dieu ? C'en est un des plus doux, car il a toute sorte de douceur et possède tout ce qu'il y a clé plus agréable au goût ; bien plus, réunissant en elle la vertu des deus autres, non seulement elle flatte le goût, mais elle réconforte et elle guérit.
2. Asseyons-nous donc à cette table, mes frères ; et goûtons, au moins un peu, à chacun des mets qui nous y sont servis. « Dans sa loi, Moïse nous ordonne de lapider ces femmes-là (Joan. VIII, 5), » disaient des pécheurs, en parlant d'une pécheresse, s'écriaient es Pharisiens en montrant une femme adultère. Mais, en réponse à votre cœur de pierre, pour toute parole à terre. » Seigneur, abaissez vos yeux et descendez (Psal. CXLIII, 5). » Jésus s'incline donc vers la terre, et se penche en même temps vers la miséricorde, car il n'avait pas un cœur de Juif, « et il se mit à écrire, » non content dé le faire une fois, il recommence une seconde ; c'est comme Moïse pour les deux tables de la loi. Peut-être, la première fois, écrivit-il là vérité et la gloire, et la seconde, les imprima-t-il sur la terre, selon le mot de l'apôtre saint Jean : « La Loi a été donnée par Moïse, mais la justice et la vérité ont été faites par Jésus-Christ (Joan. I, 17). » D'ailleurs, voyez s'il ne semble pas qu'il a emprunté à la tablé (le la vérité cette sentence qui devait confondre les Pharisiens : « Que celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. » C'est là un mot bien court, mais Plein de vie et d'efficacité, et qui pénètre dans l'âme comme un glaive à deux tranchants ; comme il perce d'outre en outre des cœurs de pierre. Comme cette petite pierre réduit aisément en poudre ces fruits durs comme le roc ; on va bientôt le voir à la rougeur de la honte qui va leur monter au visage, et à la façon dont ils vont discrètement s'éclipser. Sans doute cette femme adultère mérite d'être lapidée ; mais pour se hâter de la châtier, il faudrait n'être pas soi-même dans le cas d'être puni ; il n'y a que celui qui n'a point mérité le même châtiment qu'elle, qui ait le droit de se montrer rigoureux pour elle, autrement que ne commence-t-il par sévir sur le coupable qui est le plus près de lui, c'est-à-dire sur lui-même ? La première chose qu'il a à faire, c'est de se juger lui-même et d'exécuter la sentence. Voilà quel fut le langage de la vérité.
3. Mais, après tout, c'est là la moindre des choses, pour avoir confondu les accusateurs de cette femme, la Vérité ne l'a point encore renvoyée absoute. Qu'il écrive donc encore, qu'il écrive la grâce, qu'il lise la sentence, et nous écoutons : « Femme, personne ne vous a-t-i1 condamnée ? Non, personne, Seigneur. Eh bien, ni moi non plus, je ne vous condamnerai point ; allez, et désormais ne péchez plus. » Ô parole pleine de miséricorde, parole pleine de joie à entendre, parole de salut ! Faites-moi entendre de bonne heure votre miséricorde, Seigneur, parce que j'ai mis mon espérance en vous (Psal. CXLII, 8). Il n'y a, en effet, que l'espérance qui ait des droits à la miséricorde auprès de vous ; vous ne faites couler l’huile de la miséricorde que dans les vases de l'espérance. Il y a pourtant une espérance trompeuse qui ne renferme Que des malédictions dans son sein, c'est celle qui vit dans le péché. Après cela, peut-être ne doit-on point l'appeler espérance, ce n'est peut-être qu'une sorte d'insensibilité et de dissimulation pernicieuse. Qu'est-ce, en effet, que l'espérance pour quelqu'un qui n'a pas même la pensée du danger ? Et que peut être le remède de la crainte lorsqu'il n'y a point de crainte, et qu'on ne voit pas même qu'il y ail sujet de craindre ? L'espérance est une consolation ; mais quel besoin de consolation peut éprouver celui qui est heureux du mal qu'il fait, et est au comble de la joie dans les pires choses ? Prions donc, mes fières, qu'on nous dise quelles sont nos iniquités et nos fautes ; désirons qu'on nous ouvre les yeux sur nos crimes et nos délits. Scrutons nos voies et nos sentiments et pesons avec une attention scrupuleuse tous les périls qui nous menacent. Que chacun de nous répète au milieu de ses craintes : « Je vais aller jusqu'aux portes de l'enfer, pour ne plus respirer que dans la miséricorde de Dieu. » L‘espérance véritable pour l'homme est celle que la miséricorde ne repousse point, et dont parle le Prophète quand il dit : « Le Seigneur se complaît dans ceux qui le craignent, et dans ceux qui espèrent en sa miséricorde (Psal. CXLVI, 11). » Or, il n'y a point pour nous une cause petite de craindre, si nous nous considérons, et d’espérer, si nous avons les yeux élevés vers Dieu. Il est doux et bon, en effet, ses miséricordes sont abondantes ; il est facile à l'égard de notre malice, et il est bien porté à pardonner. Nous pouvons en juger, par le fait même de ses ennemis, qui n'ont point trouvé d'autre motif de jeter le blâme sur lui. Ils se disaient, en effet : « Il aura pitié de cette pécheresse, et il ne souffrira pas, si nous la lui amenons, qu'on la mette à mort. On verra alors manifestement qu'il est ennemi de la Loi, puisqu'il aura absous une personne que la loi condamne. Ô pharisiens ! votre malignité retombera tout entière sur votre tête. Vous vous défiez de votre cause, puisque vous vous retirez à la dérobée, et dès lors qu'il n'y a plus là personne pour accuser cette femme, elle reçoit son pardon sans qu'il soit porté atteinte à la Loi.
4. Mais remarquons, mes frères, où les pharisiens se sont retirés en s'éloignant. Ne voyez-vous point ces deux vieillards (vous savez qu'ils se retirèrent à commencer par les plus vieux), ne voyez-vous point ces deux vieillards allant se cacher dans le verger de Joachim ? Ils cherchent, Suzanne, son épouse, leur cœur est tout occupé d'une pensée mauvaise à son égard. « Cède à nos désirs (Daniel, XII, 20), » lui disent les deux vieillards, ces pharisiens, ces loups, qui n'ont pu dévorer tout à l'heure une autre victime, une pauvre petite brebis errante, il est vrai. « Cède à nos désirs, et laisse-nous-nous unir à toi. » Ô hommes qui avez vieilli dans le mal, tout à l'heure vous vous faisiez les dénonciateurs de l'adultère, et en ce moment, vous sollicitez une femme à ce crime. Mais, voilà votre vertu à vous, vous faites en secret ce que vous reprenez en public. Voilà pourquoi vous vous en alliez les uns après les autres, celui qui lit au fond de tons les cœurs avait frappé juste et fort sur vos consciences, quand il s'était écrié : « Que celui d'entre vous qui est sans péché, lui jette le premier la pierre (Joan. VIII, 7). » C'est donc à bien juste titre que la Vérité a dit à ses disciples : « Si votre justice n'est pas plus pleine que celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux (Matt. V, 20). » Si tu ne consens, continuent-ils, nous rendrons témoignage contre toi. Ô race de Chanaan, non de Juda, ce n'est certes pas ce que Moïse avait prescrit dans la Loi. Est-ce que celui qui a ordonné de lapider une adultère a voulu qu'on accusât une femme sage ? Est-ce qu'en réglant qu'on écraserait la femme infidèle sous les pierres, il a prescrit aussi qu'on rendrait faux témoignage contre une femme innocente ? Bien loin de là, mais il a établi que les faux témoins seraient punis de la même manière que la femme adultère (Deut. XIX, 46, et Prov. XIX, 9). Et vous qui vous glorifiez dans la Loi, vous déshonorez Dieu en prévariquant contre la Loi.
5. « Suzanne poussa un soupir et dit : Il n'y a pour moi que périls de quelque côté que je me tourne. » Partout, en effet, la mort s'offrait à ses yeux, d'un côté, la mort du corps, de l'autre, celle de l'âme. « Si je fais ce que vous voulez, dit-elle, je suis morte, et si je ne le fais point, je ne puis échapper à vos mains. » Ô pharisiens ! ni la femme adultère, ni la femme de bien n'échappe à vos mains ; ni le saint, ni le pécheur, ne sont à l'abri de vos accusations. Vous fermez les yeux sur vos propres péchés, quand les péchés d'autrui ne vous font point défaut, et s'il se trouve quelqu'un sans péché, vous lui imputez le vôtre. Mais que fit Suzanne ainsi placée entre la mort de l'âme et celle du corps, et menacée des deux côtés ? « Mieux vaut pour moi, dit-elle, ne point faire ce que vous demandez et tomber entre vos mains, que d'abandonner la loi de mon Dieu. » Évidemment, elle savait combien il est horrible de tomber dans les mains du Dieu vivant, car, pour les hommes, s'ils peuvent quelque chose sur le corps, ils ne peuvent plus rien ensuite sur l'âme (Matt. X, 28), mais celui qu'il faut craindre, c'est celui qui, après avoir frappé le corps, peut ensuite envoyer l'âme en enfer. Pourquoi les serviteurs de Joachim tardèrent-ils tant à venir ? Qu'ils fondent donc par la porte dérobée, car un cri vient de se faire entendre dans son verger, le cri de loups ravissants auquel se mêlent les bêlements d'une pauvre petite brebis qui se trouve au milieu d'eux. Mais celui qui n'a pas permis que la brebis errante qui méritait son sort périt sous leur dent, ne permettra pas non plus que l'innocente soit dévorée par eux. Aussi est-ce avec raison que même « en marchant à la mort, son cœur avait confiance dans le Seigneur, « dont la seule crainte avait chassé de son âme toute autre crainte, et lui avait fait préférer sa Loi sainte à sa vie, à sa réputation même. » Jamais il n'avait couru sur le compte de Suzanne un bruit comme celui-là ; les parents étaient aussi des gens de bien, et son mari un des plus honorables de tous les Juifs. Aussi est-ce avec justice crue cette femme, qui avait eu faim de la justice au point de mépriser pour elle la mort du corps, l'opprobre de sa famille, le deuil incontestable de ses amis, s'est vue enfin justement vengée de ses injustes accusateurs, de la main même par son juste Juge.
6. Et nous aussi, mes frères, si nous avons entendu ces paroles de la bouche du Christ. » Ni moi non plus, je ne vous condamnerai point ; » si nous sommes résolus à ne plus pécher contre lui, si enfin nous voulons mener une vie pieuse en lui, il faut que nous supportions avec patience la persécution, que nous ne rendions point le mal pour le mal, ni une malédiction pour une malédiction, sinon ceux qui n'auront point conservé la patience perdront la justice même, c'est-à-dire la vie ; en un mot, ils perdront leur âme. « Je me réserve la vengeance, dit le Seigneur, et c'est moi qui l'exercerai (Rom. XII, 19). » Il en est, en effet, ainsi. Il exercera la vengeance, mais si vous la lui abandonnez, si vous ne lui enlevez point le jugement, si enfin vous ne rendez point le mal à ceux qui vous font du mal. Il rendra la justice, mais à celui qui souffre l'injustice, il jugera avec équité, mais c'est en faveur des hommes au cœur doux sur la terre. Si je ne me trompe, vous trouvez long et pénible d'attendre les délices ; il ne faut pourtant point vous étonner de cette attente, car ce sont des délices. Elles ne chargeront point ceux mêmes qu'elles auront rassasiés, bien plus, elles ne répugneront point à ceux qui en auront encore la bouche pleine.
7. L'ange Gabriel fut envoyé de Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth (Luc. I, 26). » Vous vous étonnez qu'un aussi petite ville que Nazareth soit honorée par l'envoi d'un messager (et quel messager) d'un aussi grand Roi ? Mais c'est que dans cette humble cité est caché un trésor d'un grand prix, oui, caché, mais pour les hommes, non pour Dieu. Marie n’est-ce point, en effet, le trésor de Dieu ? Son cœur est partout où elle se trouve. Ses yeux ne cessent d'âtre abaissés sur elle, partout il regarde l'humilité de sa servante. Le Fils unique du Père connaît-il le ciel ? S'il le connaît, il connaît donc Nazareth. Pourquoi, après tout, ne connaîtrait-il point sa patrie ? Pourquoi ignorerait-il le lieu de son héritage ? Si le ciel est à lui par son Père, Nazareth est sa patrie par sa mère, car il est 'en même temps le Fils dé David et son Seigneur. « Le ciel est pour le Seigneur, mais il a donné la terre aux enfants des hommes (Psal. CXIII, 25). » Ils lui reviennent donc l'un et l'autre, parce qu'il est non-seulement le Seigneur, mais encore le Fils de l'homme. Aussi entendez comme il revendique la terre à ce titre, et comme il la partage ensuite à titre d'époux. « Les fleurs, dit-il, ont commencé à paraître dans notre terre (Cant, II, 12). » Ce langage convient bien en ce cas, puisque Nazareth signifie fleur. La fleur de la racine de Jessé aime une patrie où poussaient les fleurs ; celui qu'on appelle la fleur du champ, le lis des vallées grandit volontiers au milieu des lis. Trois choses, trois grâces se font particulièrement remarquer dans les fleurs : l'éclat, l'odeur et le fruit en espérance. Vous serez donc une fleur pour Dieu, et il se complaira en vous, si, à l'éclat d'une vie pure et sainte, et à la bonne odeur d'une foi irréprochable, vous ajoutez l'intention à la récompense future, car vous savez que le fruit de l'esprit n'est autre chose que la vie éternelle.
8. « Ne craignez point, ô Marie, car vous avez trouvé grâce devant le Seigneur. » Quelle grâce ? une grâce pleine, une grâce singulière dois-je dire singulière ou agréable ? Je dirai l'un et l'autre, attendu qu'elle est pleine, et qu'elle est d'autant plus singulière qu'elle est générale, car il n'y a qu'elle qui ait reçu la grâce générale d'une façon si particulière. Oui, je le répète, elle a reçu une grâce d'autant plus singulière qu'elle est générale, car seule entre toutes les femmes, ô Marie, vous avez trouvé grâce. Elle a donc reçu une grâce singulière, parce que, seule entre toutes, elle a reçu la plénitude de la grâce ; et elle a reçu une grâce générale, puisque c'est de sa plénitude que nous recevons tous la grâce, selon ce mot : « Vous êtes bénie entre toutes les femmes, et le fruit de vos entrailles est béni (Luc. I, 28). » Sans doute, ô Marie, il est bien le fruit de votre ventre, mais, par vous, il est allé à toutes les âmes. Voilà comment jadis, oui voilà comment toute la rosée du ciel était tombée sur la seule toison, comment aussi elle était tombée tout entière sur la terre : mais elle ne fut nulle part sur la terre aussi' entière qu'elle se trouva dans la toison. Il n'y a qu'en vous, que le grand roi, le roi riche et puissant entre nous, s'est anéanti, que le sublime s'est humilié, que l'immense s'est fait petit, plus petit même que les anges, que le vrai Dieu enfin, le vrai fils de Dieu s'est incarné. Mais quel fruit avait-il en vue de produire ? C'était de nous enrichir tous par sa pauvreté, de nous élever par son abaissement, de nous grandir par son rapetissement, de nous rattacher à Dieu par son incarnation, et de nous faire commencer à devenir un seul et même esprit avec lui.
9. Mais que dis-je, mes frères ? Quel vaisseau réclame surtout la grâce pour y être versée ? Si, comme je l'ai déjà dit, la confiance est le vaisseau où doit couler la miséricorde, et la patience celui qui doit contenir la justice ; quel est celui que nous jugerons propre à recevoir la grâce ?Le baume demande un vase aussi pur que solide. Or, où trouver un vaisseau plus pur et plus solide que l'humilité du cœur ? Aussi, est-ce avec raison que Dieu donne sa grâce aux humbles, et avec raison qu'il jette les yeux sur son humble servante. Pourquoi est-ce avec raison, me demandez-vous ? Parce qu'un cœur humble n'est occupé par aucun mérite humain qui empêché la plénitude de la grâce divine d'y couler en liberté. Mais pour atteindre à cette humilité-là, il faut gravir quelques degrés : Le premier degré est celui où le cœur de l'homme qui aime toujours le péché et n'a point encore remplacé ses mauvaises dispositions par de meilleures résolutions, est fermé à la grâce par ses propres vices. Le second est celui où, après avoir résolu de se corriger et de ne plus retomber dans ses premières iniquités, l'homme a encore le cœur fermé à la grâce par ses péchés passés, tant qu'ils restent en son âme, bien qu'ils semblent, en quelque sorte, déjà coupés flans la racine. Or, ils restent dans l'âme jusqu'à ce qu'ils soient lavés dans les eaux de la confession et étouffés par les dignes fruits de pénitence qui croissent après eux. Mais que je vous plains s'il vous arrive de tomber alors dans l'ingratitude, qui est un mal pire peut-être que tous vos vices et vos péchés ; il n'y a rien évidemment de plus contraire à la grâce. Avec le temps, nous perdons un peu de la chaleur des premiers jours de notre profession, peu à peu notre charité se refroidit, l'iniquité prend le dessus, et nous succombons sous le poids de la chair, après avoir commencé par l'esprit. C'est comme cela, en effet, que nous en venons à ne plus savoir quels biens nous avons reçus de Dieu, et à nous montrer aussi pleins d'ingratitude que vides de piété. Nous laissons la crainte de Dieu, nous négligeons la solitude religieuse ; bavards, curieux, facétieux, détracteurs même et murmurateurs, occupés de bagatelles, ennemis dit travail et de la discipline, voilà ce que nous sommes, toutes les fois que nous pouvons l'être sans nous faire remarquer, comme si, pour n'être point noté, un pareil état en était moins mauvais. Comment nous étonner ensuite de nous trouver dépourvus de la grâce, quand elle rencontre en nous de pareils obstacles ? Mais, au contraire, si, selon ce que, dit l'Apôtre, nous témoignons à Dieu notre reconnaissance, afin que la parole du Christ, la parole de la grâce habite en nous (Coloss. III, 15), si nous sommes pieux, scrupuleux, fervents, gardons-nous bien de faire fond sur nos mérites, et de nous appuyer sur nos œuvres, autrement la grâce n'entrera point dans notre cœur, elle le trouverait plein, et il n'y aurait plus de place pour elle en lui.
10. Avez-vous remarqué la prière du Pharisien ? Il n'était ni voleur, ni injuste, ni adultère (Luc. XVIII, 12). Ne vous imaginez pas non plus qu'il fût stérile en fruits de pénitence ; il jeûnait deux fois la semaine, et donnait la dîme de tous ses biens. Ne croyez pas davantage qu'il eût l'âme ingrate : Écoutez-le, en effet, s'écrier : « Mon Dieu, je vous rends grâces. » Mais, son cœur n'était pas vide, il n'était point abaissé, il n'était pas humble ; il était plein d'orgueil. En effet, ce n'est pas de voir ce qui lui manquait encore qu'il se mettait en peine, mais il s'exagérait ses mérites : aussi n'était-ce point en son âme une grosseur ferme et solide, ce n'était qu'une tumeur ; c'est pourquoi, après avoir simulé la plénitude, il revint vide. Au contraire, le Publicain qui s'était anéanti et qui avait eu à cœur de présenter un vaisseau complètement vide, remporta une grâce plus abondante. Aussi, mes frères, si nous voulons trouver la grâce, abstenons-nous d'abord de tout mal, puis faisons pénitence de nos péchés passés ; ensuite, travaillons à nous montrer au Seigneur pieux et complètement humbles ; car, c'est sur ceux qui se trouvent dans ces dispositions d'âme qu'il se plaît à abaisser les yeux, selon ce mot du Sage : « La grâce de Dieu et sa miséricorde sont sur les saints, et ses regards favorables se reposent sur les élus (Sap. IV, 15). » Peut-être est-ce pour ces motifs qu'il rappelle quatre fois à lui l'âme qui captive ses regards, lorsqu'il dit : « Revenez, revenez, ô Sunamite ; revenez, revenez afin que je vous considère (Cant. VI, 12) ; » il ne veut point qu'elle reste dans l'habitude du péché, et dans la conscience de ses fautes, ni dans la tiédeur et dans la torpeur de l'ingratitude. Puissions-nous être soustraits à ce quadruple péril et en être éloignés par Celui qui a été fait pour nous par Dieu le Père, sagesse et justice, sanctification et rédemption, par Notre-Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne en Dieu, avec le Père et le Saint-Esprit pendant les siècles infinis des siècles. Ainsi soit-il.
Homélie de Saint Ambroise, évêque (Traité sur l’évangile de saint Luc II, 1.8.15-16 : SC 45bis, 71.75.79
« Que les femmes apprennent à suivre cet exemple de pudeur » (Saint Ambroise)
« Sans doute, les divins mystères sont cachés et, au dire du prophète, il n’est facile à nul homme de connaître le dessein de Dieu. Toutefois, l’ensemble des actions et des enseignements du Seigneur notre Sauveur nous montre qu’un propos bien arrêté a fait choisir de préférence, pour enfanter le Seigneur, une femme fiancée à un homme. Pourquoi ne fut-elle pas rendue mère avant cet engagement ? Peut-être de peur qu’on ne dise qu’elle avait conçu dans l’adultère. Et l’Écriture, fort à propos, a donné ces deux indications : elle était fiancée et vierge. Sa virginité la montre exempte de tout rapport avec un homme ; les épousailles soustrairont au soupçon infamant d’une virginité perdue celle dont la grossesse eût semblé manifester la faute. Et le Seigneur a préféré que certains mettent en doute son origine à lui, plutôt que la pureté de sa mère : il savait combien délicat est l’honneur d’une vierge, et combien fragile son renom de pureté, et il n’a pas jugé à propos de fournir, au détriment de sa mère, les motifs valables de la foi en sa propre origine. L’ange entra chez elle. Reconnais la vierge à sa conduite, reconnais la vierge à sa réserve, reconnais-la dans ses paroles, reconnais-la au mystère. Il est propre aux vierges d’être craintives, de se troubler à l’approche d’un homme, de redouter qu’un homme leur adresse la parole. Que les femmes apprennent à suivre cet exemple de pudeur. Elle est seule dans l’intime de sa maison : nul homme ne peut l’apercevoir, l’ange seulement peut la trouver ; seule, sans compagnie, seule, sans témoin, pour que nul entretien peu noble ne puisse l’effleurer, elle reçoit le salut de l’ange. Le secret d’une telle mission devait tomber, non des lèvres d’un homme, mais de celles d’un ange. Aujourd’hui, pour la première fois, on entend : « L’Esprit-Saint viendra sur toi. » On entend, et on croit. Enfin : « Voici, dit-elle, la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. » Vois son humilité, vois comme elle se livre à Dieu. Elle se dit la servante du Seigneur, elle, choisie pour être sa mère, et la promesse inattendue ne l’a point exaltée. »
SERMON EXCEPTIONNEL DE SAINT AUGUSTIN
« Ô Annonciation miraculeuse » (Saint Augustin)
« Le Verbe éternel se faisant homme, et daignant habiter parmi les hommes, tel est le grand mystère que célèbre aujourd'hui l'Église universelle, et dont elle salue chaque année le retour par des transports de joie. Après l'avoir une première fois reçu pour sa propre rédemption, le monde fidèle en a consacré le souvenir de génération en génération, afin de perpétuer l'heureuse substitution de la vie nouvelle à la vie ancienne. Maintenant donc, lorsque le miracle depuis longtemps accompli nous est remis annuellement sous les yeux dans le texte des divines Écritures, notre dévotion s'enflamme et s'exhale en chants de triomphe et de joie. Le saint Évangile que nous lisions nous rappelait que l'archange Gabriel a été envoyé du ciel par le Seigneur pour annoncer à Marie qu'elle serait la Mère du Sauveur. L'humble Vierge priait, silencieuse et cachée aux regards des mortels ; l'ange lui parla en ces termes : « Je vous salue, Marie, » dit-il, « je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous » (Luc 1, 28). Ô annonciation miraculeuse ! ô salutation céleste, apportant la plénitude de la grâce et illuminant ce cœur virginal ! L'Ange était descendu porté sur ses ailes de feu et inondant de clartés divines la demeure et l'esprit de Marie. Député par le Juge suprême et chargé de préparer à son Maître une demeure digne de lui, l'ange, éblouissant d'une douce clarté, pénètre dans ce sanctuaire de la virginité, rigoureusement fermé aux regards de la terre : « Je vous salue, Marie, » dit-il, « je vous salue, pleine de grâce, le Seigneur est avec vous » ; Celui qui vous a créée vous a prédestinée ; Celui que vous devez enfanter vous a remplie de ses dons. À l'aspect de l'ange, la Vierge se trouble et se demande quelle peut être cette bénédiction. Dans son silence humble et modeste, elle se rappelle le vœu qu'elle a formé, et, jusque-là, tout à fait étrangère au langage d'un homme, elle se trouble devant un tel salut, elle est saisie de stupeur devant un tel langage, et n'ose d'abord répondre au céleste envoyé. Plongée dans l'étonnement, elle se demandait à elle-même d'où pouvait lui venir une telle bénédiction. Longtemps elle roula ces pensées dans son esprit, oubliant presque la présence de l'ange que lui rappelaient à peine quelques regards fugitifs attirés par l'éclat de l'envoyé céleste. Elle hésitait donc et s'obstinait dans son silence ; mais l'ambassadeur de la Sainte Trinité, le messager des secrets célestes, le glorieux archange Gabriel, la contemplant de nouveau, lui dit : « Ne craignez pas, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu ; voici que vous concevrez et enfanterez un fils, et vous le nommerez Jésus. Il sera grand et sera appelé le Fils du Très-Haut, et le Seigneur-Dieu lui donnera le siège de David son père ; il régnera éternellement sur la maison de Jacob, a et son règne n'aura pas de fin » (Luc 1, 30-21). Alors Marie, pesant sérieusement ces paroles de l'ange et les rapprochant de son vœu de virginité perpétuelle, s'écria : « Comment ce que vous me dites pourra-t-il se réaliser, puisque je ne connais point d'homme ? ». Aurai-je un fils, moi qui ne connais point d'homme ? Porterai-je un fruit, moi qui repousse l'enfantement ? Comment pourrai-je engendrer ce que je n'ai point conçu ? De mon sein aride, comment pourrai-je allaiter un fils, puisque jamais l'amour humain n'est entré dans mon cœur et n'a pu me toucher. L'ange répliqua : Il n'en est point ainsi, Marie, il n'en est point ainsi ; ne craignez rien ; que l'intégrité de votre vertu ne vous cause aucune alarme ; vous resterez vierge et vous vous réjouirez d'être mère ; vous ne connaîtrez point le mariage, et un fils fera votre joie ; vous n'aurez aucun contact avec un homme mortel, et vous deviendrez l'épouse du Très-Haut, puisque vous mettrez au monde le Fils de Dieu. Joseph, cet homme chaste et juste, qui est pour vous, non point un mari mais un protecteur, ne vous portera aucune atteinte ; mais « l'Esprit-Saint surviendra en vous », et, sans qu'il s'agisse ici d'un époux et d'affections charnelles, « la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre : voilà pourquoi le Saint qui naîtra de vous sera appelé le Fils de Dieu ».
O séjour digne de Dieu ! Avant que l'ange ne lui eût fait connaître clairement le Fils qui lui était promis au nom du ciel, Marie ne laissa échapper de ses lèvres pudiques aucune parole d'assentiment. Mais dès qu'elle sut que sa virginité ne subirait aucune atteinte, dès qu'elle en reçut l'attestation solennelle, faisant de son cœur un sanctuaire digne de la Divinité, elle répondit : « Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole ». Comme si elle eût dit : « Mon cœur est prêt, ô Dieu, mon cœur est prêt », puisque mon sein doit rester intact. « Qu'il me soit fait selon votre parole », ô glorieux archange Gabriel ; qu'il vienne dans sa demeure, « Celui qui a placé sa tente dans le soleil » (Ps XVIII, 6). Puisque je dois demeurer vierge, « que le Soleil de justice se lève en moi » (Malachie IV, 2) sous ses rayons je conserverai ma blancheur, et la fleur de mon intégrité s'épanouira dans une chasteté perpétuelle. « Que le juste sorte dans toute sa splendeur » (Isaïe LVI, 1), et que le Sauveur brille « comme un flambeau » (Eccli XLVIII, 1). Le flambeau du soleil illumine l'univers ; il pénètre ce qui semble vouloir lui faire obstacle, et il n'en jette pas moins ses flots de lumière. Qu'il apparaisse donc aux yeux des hommes « le plus beau des enfants des hommes » ; « qu'il s'avance comme un époux sort du lit nuptial » (Ps XLIV, 3) ; car maintenant je suis assurée de persévérer dans mon dessein. Quelle parole humaine pourrait raconter cette génération ? Quelle éloquence serait suffisante pour l'expliquer ? Les droits de la virginité et de la nature sont conservés intacts, et un fils se forme dans les entrailles d'une vierge. Lorsque les temps furent accomplis, le ciel et la terre purent contempler cet enfantement sacré auquel toute paternité humaine était restée complètement étrangère. Telle est cette ineffable union nuptiale du Verbe et de la chair, de Dieu et de l'homme. C'est ainsi qu'entre Dieu et l'homme a été formé « le Médiateur de Dieu et des hommes, l'homme Christ Jésus » (I Timothée II, 5). Ce lit nuptial divinement choisi, c'est le sein d'une Vierge. Car le Créateur du monde venant dans le monde, sans aucune coopération du monde, et pour racheter le monde de toutes les iniquités qui le souillaient, devait sortir du sein le plus pur et entourer sa naissance d'un miracle plus grand que le miracle même de la création. Car, comme le dit lui-même le Fils de Dieu et de l'homme, le Fils de l'homme est venu « non point pour juger le monde, mais pour le sauver » (Jean XII, 47).
O vous, Mère du Saint des Saints, qui avez semé dans le sein de l'Église le parfum de la fleur maternelle et la blancheur du lis des vallées, en dehors de toutes les lois de la génération et de toute intervention purement humaine ; dites-moi, je vous prie, ô Mère unique, de quelle manière, par quel moyen la Divinité a formé dans votre sein ce Fils dont Dieu seul est le Père. Au nom de ce Dieu qui vous a faite digne de lui donner naissance à votre tour, dites-moi, qu'avez-vous fait de bien ? Quelle grande récompense avez-vous obtenue ? Sur quelles puissances vous êtes-vous appuyée ? Quels protecteurs sont intervenus ? À quels suffrages avez-vous eu recours ? Quel sentiment ou quelle pensée vous a mérité de parvenir à tant de grandeur ? La vertu et la sagesse du Père « qui atteint d'une extrémité à l'autre avec force et qui dispose toutes choses avec suavité » (Sagesse VIII, 1), le Verbe demeurant tout entier partout, et venant dans votre sein sans y subir aucun changement, a regardé votre chasteté dont il s'est fait un pavillon, dans lequel il est entré sans y porter atteinte et d'où il est sorti en y mettant le sceau de la perfection. Dites-moi donc comment vous êtes parvenue à cet heureux état ? Et Marie de répondre : Vous me demandez quel présent m'a mérité de devenir la mère de mon Créateur ? J'ai offert ma virginité, et cette offrande n'était pas de moi, mais de l'Auteur de tout bien ; car tout don « excellent et parfait nous vient du Père des lumières » (Jacques I, 17). Toute mon ambition, c'est mon humilité ; voilà pourquoi « mon âme grandit le Seigneur, et mon esprit a tressailli en Dieu mon Sauveur » (Luc I, 47) ; car il a regardé, non pas ma tunique garnie de nœuds d'or, non pas ma chevelure pompeusement ornée et jetant l'éclat de l'or, non pas les pierres précieuses, les perles et les diamants suspendus à mes oreilles, non pas la beauté de mon visage trompeusement fardé ; mais « il a regardé l'humilité de sa servante ».
Le Verbe est venu plein de douceur à son humble servante, selon l'oracle du Prophète : « Gardez-vous de craindre, fille de Sion. Voici venir à vous votre Roi plein de douceur et de bonté, assis sur un léger nuage » (Isaïe LXII, 11). Quel est ce léger nuage ? C'est la Vierge Marie dont il s'est fait une Mère sans égale. Il est donc venu plein de douceur, reposant sur l'esprit maternel, humble, « calme et craignant ses paroles » (Isaïe LXVI, 1). Il est venu plein de douceur, remplissant les cieux, s'abaissant parmi les humbles pour arriver aux superbes, ne quittant pas les cieux et présentant ses propres humiliations pour guérir avec une mansuétude toute divine ceux qu'oppressent les gonflements de l'orgueil. Ô profonde humilité ! Ô grandeur infinie des trésors de la sagesse et de la science de Dieu ; que les « jugements de Dieu sont incompréhensibles et ses voies impénétrables » (Romains XI, 33). Le pain des Anges est allaité par les mamelles d'une mère ; la source d'eau vive jaillissant jusqu'à la vie éternelle demande à boire à la Samaritaine, figure de l'Église ; il ne refuse pas de manger avec les publicains et les pécheurs, lui que les Anges au ciel servent dans la crainte et la terreur. Le Roi des rois a rendu à la santé le fils de l'officier, sans employer aucun remède et par la seule efficacité de sa parole. Il guérit le serviteur du centurion et loue la foi de ce dernier, parce qu'il a cru que le Seigneur commande à la maladie et à la mort comme lui-même commandait à ses soldats. Quelque cruelles que fussent les souffrances de la paralysie, il en trouva la guérison infaillible dans la visite miséricordieuse de Jésus-Christ. Une femme affligée depuis de longues années d'une perte de sang qui faisait de ses membres une source de corruption, s'approche avec foi du Sauveur qui sent aussitôt une vertu s'échapper de lui et opérer une guérison parfaite. Mais comment rappeler tant de prodiges ? Le temps nous manque pour énumérer tous ces miracles inspirés à notre Dieu par sa puissance infinie et sa bonté sans limite. Abaissant sa grandeur devant notre petitesse et son humilité devant notre orgueil, il est descendu plein de piété, et, nouveau venu dans le monde, il a semé dans le monde des prodiges nouveaux. C'est lui que les évangélistes nous dépeignent sous différentes figures : l'homme, le lion, le bœuf et l'aigle. Homme, il est né d'une Vierge sans le concours de l'homme ; lion, il s'est précipité courageusement sur la mort et s'est élevé sur la croix par sa propre vertu ; bœuf, il a été volontairement immolé dans sa passion pour les péchés du peuple ; et comme un aigle hardi, il a repris son corps, est sorti du tombeau, a fait de l'air le marchepied de sa gloire, « est monté au-dessus des chérubins, prenant son vol sur les ailes des vents », et maintenant il siège au ciel, et c'est à lui qu'appartient l'honneur et la gloire dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il ».
DIMANCHE DES RAMEAUX