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TRENTE ET UNIÈME SERMON DE SAINT AUGUSTIN SUR LA FÊTE DE PAQUES. (ONZIÈME SERMON.)
ANALYSE. — 1. Raison du mot Pâque. — 2. Jésus-Christ l'agneau de Dieu immolé pour notre salut. — 3. Les membres de Jésus-Christ ne furent pas brisés ; Jésus-Christ est mort pour Adam.
1. On regarde comme un parricide le sacrifice d'un fils immolé par son père ; tel eût été le sacrifice du Sauveur si, en mourant, il n'eût pas dû ressusciter le troisième jour. Jésus-Christ meurt, mais il est immortel, et le Père n'éprouve aucune perte puisqu'il n'est pas privé de son Fils immolé. Le Sauveur a livré son corps humain, mais il est ressuscité comme Dieu. Sa mort est donc un renouvellement et non pas un châtiment, puisqu'il sort du tombeau glorieux et immortel. Nation incrédule des Juifs, prêtez l'oreille au récit de ces prodiges et sachez ce que vous avez fait ; dans la personne du Fils de Dieu, aujourd'hui plein de vie, vous avez perdu le Nuit de votre déicide. Pour vous, chrétiens fidèles, il ne vous appartient pas de tout scruter, mais de craindre ; écoutez donc les enseignements que renferment le mystère et lenom de la fête de ce jour. En hébreu, Pâque veut dire passage ; en grec, il veut dire souffrance. Les Juifs n'y voient que le souvenir du passage qui permit à leurs ancêtres, sortant de l'Egypte, de traverser à pied sec la mer Rouge qui avait desséché son lit et suspendu le cours de ses flots ; nous, chrétiens, nous célébrons dans la Pâque l'anniversaire d'un passage et celui de la passion de Jésus-Christ. De même que, pour les Juifs, le passage de la mer Rouge assura leur délivrance de la captivité, de même la passion du Sauveur fut la rédemption des pécheurs. C'est donc ici, par excellence, le jour solennel que Dieu nous a fait, puisque c'est en son honneur qu'a été immolé l'Agneau innocent flguré dans les sacrifices judaïques.
2. Ô honte ! cette solennité réveille chaque année, dans le cœur des Juifs, le désir du déicide ; ils n'immolent plus en réalité le Fils de Dieu, mais au nom de la religion ils se sentent toujours disposés à commettre ce crime, et ils se félicitent de l'avoir commis. Que c'est donc avec raison que Jésus-Christ est désigné sous le nom d'agneau par les Prophètes ! En apercevant le Seigneur sur la terre, le saint Précurseur le salue en ces termes : « Voici l'Agneau de Dieu, voici Celui qui efface les péchés du monde » ; c'était dire clairement : Voici le véritable agneau pascal. Longtemps avant la naissance de Jésus-Christ, Isaïe l'avait ainsi dépeint « Comme l'agneau reste silencieux sous la main de celui qui le tond, ainsi il n'ouvrira pas la bouche ». Et, en effet, le Sauveur garda ce profond silence dans toute sa passion pendant que le peuple l'accablait d'injures. Le texte sacré parlait de la solennité pascale, mais il en parlait en figure ; car tout mystère, alors même qu'il est dévoilé aux yeux des peuples, conserve toujours son côté obscur. Ce texte sacré portait : « Vous aurez un agneau sans tache, mâle, et d'un an ; vous le prendrez parmi vos boucs et vos chevreaux et vous le conserverez jusqu'au quatorzième jour de ce mois, et tout le peuple de l'assemblée des enfants de Dieu l'immolera vers le soir, et ils prendront de son sang ». C'est nous qui recevons ce sang de Jésus-Christ, dont ses bourreaux ont été arrosés et qui est retombé sur eux pour leur condamnation et en exécution de ce vœu déicide : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ».
3. Le Seigneur avait dit également : « Ses os ne seront pas brisés ». Cette parole reçut son parfait accomplissement ; car, tandis que les voleurs, crucifiés avec Jésus-Christ, eurent les membres brisés, ceux de Jésus-Christ restèrent intacts. Ce ne fut là l'effet ni d'une erreur, ni d'un accident, ni du hasard ; celui-là pèche avec préméditation, qui observe dans son crime une certaine discipline. Disons enfin pourquoi Jésus-Christ est appelé victime. Adam, le premier homme, qui fut aussi les prémices de notre péché, avait porté jusque dans les limbes la malédiction d'un Dieu vengeur et attendait qu'il y fût racheté par le sang de Jésus-Christ, de telle sorte que la chair devait racheter la chair, la croix du calvaire devait racheter l'arbre du paradis terrestre, et le véritable Fils de la vierge Marie devait racheter le complice de la première femme. Voilà pourquoi, dans la personne du Fils de Dieu, l'innocent a été livré pour le coupable. Jésus-Christ est mort pour l'homme, et c'est lui-même qui s'est substitué volontairement, alors même qu'il aurait pu nous sauver sans mourir. Ainsi, ce qui est mort dans l'homme et en Jésus-Christ, c'est la chair pécheresse qui 'n'a pu recouvrer son droit à la vie que par le supplice de la chair sacrée du Sauveur. Quand donc, pour le péché de l'homme, Jésus-Christ a livré à la mort son corps destiné à la résurrection, cette mort, en réalité, n'a été qu'un véritable triomphe.


Homélie de Saint Alphonse Marie de Liguori - DIMANCHE DE PAQUES
SUR LE MISÉRABLE ÉTAT DES RÉCIDIFS.
Nolite expavescere : Jesum quœritis Nazarenum crucifixum ; surrexit, non est hic Marc. 16. 6
Ne craignez point : vous cherchez Jésus de Nazareth, qui a été crucifié ; il est ressuscité, il n'est point ici.
J'ai la confiance, chrétiens mes frères, qu'en ce saint jour de Pâques, où Jésus-Christ est ressuscité, vous êtes tous aussi ressuscites par une bonne confession. Mais remarquez ce que dit saint Jérôme : II en est beaucoup qui commencent bien, et il en est peu qui persévèrent Incipere multorum est, perseverare paucorum. Cont. Jovin. 1. 1. Or, Notre-Seigneur a déclaré que, pour être sauvé, il ne suffit pas de commencer à vivre bien, mais qu'il faut persévérer dans cette bonne vie jusqu'à la mort Qui autem perseveraverit usque in finem, hic salvus erit. Matth. 24. 13. La couronne du paradis est promise à ceux qui commencent, dit saint Bernard ; mais elle n'est donnée qu'à ceux qui persévèrent Inchoantibus prœmium promittitur, sed perseverantibus datur. de Modo bene viv. s, 6.
Maintenant donc, mes chers frères, puisque vous êtes résolus à vous donner à Dieu, écoutez cet avis de l’Esprit Saint : Mon fils, puisque tu veux embrasser le service de Dieu, sois constant dans la justice et la crainte du Seigneur, et prépare ton âme à la tentation Fili, accedens ad servitutera Dei, sta in justitia et timoré, et prsepara animam tuam ad tentationem. Eccli. 2. 1. Ne pensez pas que les tentations soient finies pour vous ; au contraire, préparez-vous à les combattre, et gardez-vous de retomber dans les péchés dont vous vous êtes confessés ; car, si vous perdez de nouveau la grâce de Dieu, il vous sera difficile de la recouvrer. c'est ce dont je veux vous convaincre aujourd'hui, en vous montrant l'état misérable des récidifs, c'est-à-dire de ceux qui, après la confession, ont le malheur de retomber dans les mêmes péchés qu'auparavant.
Maintenant que vous avez reçu l'absolution de vos fautes, chrétiens mes frères, Jésus-Christ dit à chacun de vous, comme au paralytique : Vous voilà guéri ; ne péchez plus à l'avenir, de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pire Ecce sanus factus es ; jam noli peccare, ne detérius tibi aliquid contingat. J. 5. 14.
— Par la confession que vous avez faite, votre âme est guérie, mais elle n'est pas encore sauvée ; car, si vous retournez au péché, vous la perdrez de nouveau ; or, la rechute est un mal beaucoup plus grand que les premières chutes, ainsi que l'observe saint Bernard Audis recidere, quam incidere, esse deterius. In Cant. s. 54. Si, après avoir été guéri d'une maladie mortelle, on vient à y retomber, les forces naturelles se trouvent tellement épuisées, qu'il devient impossible de se rétablir. Il en est ainsi de ceux qui retombent dans le péché : retournant à leur vomissement, c'est-à-dire, reprenant les péchés qu'ils avaient comme vomis dans la confession, ils se trouvent réduits à une telle faiblesse, qu'ils deviennent le jouet du démon. Selon saint Anselme, cet ennemi acquiert sur les récidifs un tel empire, qu'il les fait tomber et retomber comme il veut ; en sorte que ces malheureux ressemblent à des oiseaux qui servent de jouet aux enfants : ceux-ci, de temps en temps, leur permettent de s'élever déterre ; mais, les tenant liés, ils les font retomber quand ils veulent. Voilà, dit le saint, comment agit le démon avec les récidifs Ab hoste tenentur, volantes in eadera vitia dejiciuntur. Eadm. vit. Sancti. l. 2. c. 3.
Saint Paul nous avertit que nous n'avons pas à combattre contre des hommes de chair et de sang comme nous, mais contre les princes de l'enfer Non est nobis conuctatio adversus carnem et sanguinem, sed adversus principes et potestates. Ephes. 6. 12. L'Apôtre veut ainsi nous prévenir que, de nous-mêmes, nous n'avons pas la force de résister aux puissances infernales ; pour cela, le secours divin nous est absolument nécessaire ; sans ce secours nous serons toujours vaincus ; et si, au contraire. Dieu nous aide, nous vaincrons sûrement, et nous dirons avec le même Apôtre : Je puis tout en Celui qui me fortifie Omnia possura in eo qui me confortât. Phil. 4. 13. Mais ce secours, Dieu ne l'accorde qu'à ceux qui le demandent par la prière ; demandez et l'on vous donnera, cherchez et vous trouverez Petite, et dabitur vobis ; quaerite, et invenietis. Matth. 7. 7. Celui qui ne le demande pas, ne l'obtient pas. Ne nous fions donc pas à nos résolutions ; si nous y mettons notre confiance, nous nous perdrons : toute notre confiance, quand nous sommes tentés de retomber, nous devons la mettre dans le secours de Dieu, qui exauce certainement celui qui le prie.
Que celui qui se croit debout, prenne garde de tomber Qui se existimat stare, videat ne cadat. 1. Cor. 10. 12. dit saint Paul ; c'est-à-dire : que celui qui se trouve en état de grâce soit attentif à ne point tomber dans le péché ; et cela surtout, si auparavant il était déjà tombé dans des péchés mortels ; car la rechute d'un pécheur converti le met dans un état pire qu'après une première chute. L'état de cet homme, dit Jésus, devient pire qu'auparavant Et fiunt novissima hominis illius pejora prioribus. Luc. 11. 26.
On lit dans l'Écriture que l'ennemi sacrifie tout à son filet, et qu'il a une proie de choix Sacrificabit reti suo ;... et cibus ejus electus, Hàbac. 1. 16. Saint Jérôme, expliquant ce passage, dit que le démon cherche à prendre tous les hommes dans ses filets, pour les sacrifier à la justice divine par leur damnation ; et quant aux pécheurs, qui sont déjà dans ses filets, il tâche de les charger de nouvelles chaînes, en leur faisant commettre de nouveaux péchés ; mais la proie de son choix, le morceau le plus de son goût, ce sont ceux qui se trouvent dans l'amitié de Dieu ; à ceux-ci, il tend des pièges plus forts, pour les rendre ses esclaves et leur faire perdre tout le bien qu'ils ont acquis. — Denis le Chartreux fait cette remarque : Plus un fidèle s'unit à Dieu et s'efforce de le servir, plus l'ennemi s'arme de rage et cherche à rentrer dans son âme, d'où il a été chassé Quanto quis fortius nititur Deo servira, tanto acrius contra eum saevit adversarius. Du reste, c'est là ce que Notre-Seigneur nous enseigne lui-même : Quand l'esprit impur est sorti d'un homme, il s'en va par des lieux sans eau, cherchant du repos ; et n'en trouvant point, il dit : je retournerai dans ma maison, d'où je suis sorti Cum immundus spiritus exierit de bomine, ambulat per loca inaquosa, quœrens requiem ; et non inveniens, dicit : Revertar in domum meam, unde exivi. Luc. II. 24. De plus, ajoute le divin Maître, quand l'esprit immonde parvient à rentrer ainsi dans une âme, il n'est pas seul ; il a pris des auxiliaires, pour assurer sa conquête et s'y fortifier ; ce qui rend la seconde ruine de cette malheureuse plus grande que la première. Alors il s'en va prendre avec lui sept autres esprits plus méchants que lui-même ; ils entrent dans cette âme et y font leur demeure. Et l'état de cet homme devient pire que le premier Tunc vadit et assurait septem alios spiritus secum, nequiores se ; et ingressi, habitant ibi. Et fiunt novissima hominis illius pejora prioribus.
D'un autre côté, Dieu voit avec un vif déplaisir la rechute d'un ingrat, qui, appelé par lui et pardonné avec tant d'amour, oublie les miséricordes dont il a été l'objet, lui tourne le dos de nouveau, et renonce à sa grâce. « Si j'avais été offensé par un ennemi, lui dit-il par la bouche du prophète, je l'aurais supporté avec moins de peine ; mais, voir que tu te révoltes contre moi, après que je t'ai rendu mon amitié, et que je t'ai fait asseoir à ma table, pour t'y nourrir de ma propre chair, cela soulève mon indignation et me porte à te punir Si inimicus meus maledixisset mihi, sustinuissem utique... ; tu vero, homo unanimis, dux meus, et notus meus, qui simul mecum dulces capiebas cibos. Ps. 54. 13. — Malheur à celui qui, d'ami de Dieu, comblé de ses grâces, se déclare son ennemi ! qu'il tremble ! car le glaive de la vengeance divine s'apprête à le frapper : celui, dit le Sage, qui renonce à la justice pour se livrer au péché, Dieu le réserve aux coups de son épée Et qui transgreditur a justiiia ad peccatum, Deus paravit eum ad rhomphœam. Eccli. 26. 27
Mais, dira quelqu'un, si je retombe, je me relèverai promptement ; car je veux m'en confesser aussitôt. — A qui parle ainsi, il arrivera ce qui est arrivé à Samson. Trompé par Dalila, il s'était endormi, la tête sur les genoux de cette perfide, qui lui fit couper les cheveux où résidait sa force ; réveillé tout à coup, et voyant les Philistins, il se disait en lui-même : Je me tirerai du péril, comme j'ai fait tant de fois, et j'échapperai à leurs pièges ; mais il ne savait pas, ajoute l'Écriture, que le Seigneur s'était retiré de lui Diiit in animo suo : Egrediar sicut ante feci, et me excutiam ; — nesciens quod recessisset ab eo Dominus. Judic. 16. 20. Samson comptait donc se délivrer comme par le passé, des mains de ses ennemis ; mais, privé de sa force, il fut pris par eux ; ils lui crevèrent les yeux, le chargèrent de chaînes et l'enfermèrent dans une prison. Le pécheur, après sa rechute, perd la force de résister aux tentations, parce que le Seigneur se retire de lui, en le privant de son secours efficace, nécessaire pour résister ; et ainsi, le malheureux reste aveuglé, abandonné dans son péché.
Un homme, quel qu'il soit, qui met la main à la charrue et regarde en arrière, n'est point propice au royaume de Dieu Nemo mittens manum suam ad aratrum, et respiciens rétro, aptus est regno Dei. Lc. 9. 62 — Voilà le portrait du pécheur qui retombe. Qu'on remarque cette expression, quel qu'il soit : Jésus-Christ veut dire : Aucun de ceux qui se mettent à mon service et puis retournent en arrière, n'est apte à entrer en paradis. — ajouter un nouveau péché au péché commis, dit Origène, c'est ajouter à une blessure une nouvelle blessure Cum peccatum peccato adjicitur, sicut vulnus vulneri. Si l'un de nos membres vient à être blessé, il perd certainement de sa vigueur ; mais si ensuite il reçoit une seconde blessure, il perdra toute force, tout mouvement, il ne restera plus d'espoir de le guérir. Tel est le grand mal que cause la rechute dans le péché : l'âme devient si faible, qu'elle ne peut plus guère résister aux tentations ; car, dit saint thomas, tout péché, bien que pardonné, laisse toujours la blessure faite par la faute commise ; Remissa culpa, rémanent dispositiones ex prœcedentibus actibus causatae. P. 3. q. 86. a. 5. et si ensuite, à la blessure ancienne, il s'en ajoute une nouvelle, celle-ci affaiblit l'âme à tel point, que, sans une grâce spéciale et extraordinaire, il lui est impossible de surmonter les tentations.
Craignons donc, mes chers frères, tremblons de retomber dans le péché, et ne nous prévalons pas de la miséricorde de dieu pour continuer à l'offenser. Saint Augustin dit : Il est vrai que Dieu a promis le pardon à celui qui se repent de son péché ; Qui pœnitenti veniara promisit, nulli pœnitentiam promisit. mais il n'a promis à personne la grâce de se repentir da péché commis. La contrition est un pur don de Dieu ; s'il vous la refuse, comment vous repentirez-vous ? Et sans vous repentir, comment pouvez-vous obtenir le pardon de vos fautes ? Ah ! sachez que le Seigneur ne souffre pas qu'on se moque de lui Nolite errare : Deus non irridetur. Gai. 6. 7. Saint Isidore dit que, commettre de nouveau le péché qu'on a détesté, et vouloir être pénitent, c'est se moquer de Dieu Irrisor est, non pœnitens, qui adhuc agit, quod pœnitet. Sentent, l. 2. c. 16. En outre, Tertullien disait avec raison que là où l'on ne voit pas d'amendement, c'est un signe qu'il n'y a pas eu de vrai repentir Ubi emendatio nulla, pœnitentia vana. De Pœnit. initio.
Saint Pierre exhortait ses auditeurs à faire pénitence, et à se convertir, pour que leurs péchés fussent effacés Pœnitemini, et convertimini, ut deleantur peccata vestra. Act.3. 19. Plusieurs se repentent, mais ils ne se convertissent pas ; ils ont un certain regret de leur vie déréglée, mais ils ne reviennent pas réellement à Dieu ; ils se confessent, se frappent la poitrine, promettent de se corriger, mais ils ne prennent pas une ferme résolution de changer de vie. Celui qui se résout fermement à changer de vie, persévère, ou du moins, se maintient pendant longtemps dans la grâce de Dieu ; ceux, au contraire, qui retombent peu de temps après la confession, font voir, selon ce que dit saint Pierre, qu'ils se sont repentis, mais non convertis, et ils finiront par faire une mauvaise mort. D'après saint Grégoire, comme les justes éprouvent souvent des mouvements vers le mal, sans toutefois tomber dans le péché, parce que leur volonté y résiste, de même les pécheurs ont des mouvements vers le bien, mais qui ne suffisent pas pour les porter à une vraie conversion Ita plerumque mali inutiliter compungxmtur ad justitiam, sicut plerumque boni innoxie tentantur ad culpam. Pait. p. 3. adm. 31.
Le Sage nous avertit que, pour obtenir miséricorde auprès de Dieu, ce n'est pas assez de confesser ses péchés, mais qu'il faut les confesser et les quitter Qui autem confessus fuerit (scelera sua), et reliquerit ea, misericordiam consequetur. Prov. 28. 13. Ainsi, celui qui, après la confession, ne quitte point le péché, mais y retourne, n'obtiendra point miséricorde, mais mourra victime de la divine justice, comme il est arrivé à un jeune anglais. Ce malheureux avait l'habitude du vice impur ; il se confessait, et toujours il retombait. Se trouvant à la fin de sa vie, il fit sa dernière confession, et parut mourir avec des signes de salut ; mais, pendant qu'un saint prêtre célébrait ou allait célébrer la messe pour le repos de son âme, le défunt lui apparut et lui dit qu'il était damné ; il ajouta qu'au moment de sa mort, tenté par une mauvaise pensée, il s'était senti presque forcé d'y donner son consentement, et que, l'ayant fait comme par le passé, il s'était ainsi perdu.
Pour ceux qui retombent, n'est-il donc plus de remède ni de salut ? Je ne dis pas cela, mais je dis, en empruntant la maxime des médecins : Aux grands maux, les grands remèdes In magnis morbis, a magnis initium medendi sumere oportet. Les récidifs, pour se sauver, doivent se faire une grande violence, afin de se mettre dans la voie du salut ; à eux spécialement s'applique le mot de l'Évangile ; Le royaume des deux souffre violence, et les violents s'en emparent.'^ surtout au commencement de sa nouvelle vie, le récidif doit se faire violence, pour extirper les mauvaises habitudes qu'il a contractées, et pour en acquérir de bonnes ; une fois la bonne habitude formée, l'observation des divins préceptes lui deviendra facile et même agréable. Parlant un jour à sainte Brigitte Regnum cœlorum vira patitur, et violenti rapiunt illud, Matth. il. 12. {4)Eev.l. 1. c. 15 des premières difficultés à vaincre pour réprimer la révolte des sens, pour fuir les mauvaises occasions ou rompre des relations dangereuses, Notre-Seigneur lui disait que pour ceux qui ont le courage de supporter ces premières épines, elles finissent par se changer en roses.
Mais, pour mettre ce conseil à exécution et tenir une conduite bien réglée, il faut en prendre les moyens ; autrement, on ne fera rien. Voici quels sont ces moyens :
1. Le matin, en se levant, faire les actes chrétiens de remerciement, d'amour envers Dieu, et d'offrande des œuvres de la journée ; spécialement, renouveler sa résolution de ne pas offenser Dieu, en priant Jésus-Christ et sa sainte Mère, afin d'être préservé de tout péché durant ce jour. Faire ensuite la méditation, et puis entendre la messe.
2. Dans le courant de la journée, faire la lecture spirituelle et la visite au saint Sacrement.
3. Le soir, enfin, réciter le Rosaire et faire l'examen de conscience.
4. Aller à la sainte communion au moins chaque semaine, ou plus souvent, selon l'avis du directeur, que l'on ne doit pas changer.
5. C'est aussi une pratique très utile de faire chaque année les exercices spirituels dans une maison religieuse.
6. Honorer chaque jour la Mère de Dieu par quelque hommage particulier, et le samedi par le jeûne. Marie est appelée la Mère de la persévérance, qu'elle promet à ceux qui la servent Qui operantur in me, non peccabunt. Eccll. 24. 30. C'est la persévérance qu'il faut surtout demander à Dieu et à la bienheureuse Vierge chaque matin, et spécialement dans les tentations, en invoquant alors les noms de jésus et de Marie, tant que la tentation persiste. Heureux celui qui suivra constamment cette pratique, et que Jésus-Christ aura trouvé agissant ainsi, quand il viendra pour le juger ! Beatus ille servus, quera, cum venerit Dominas ejus, invenerit sic facientom. Matth. 24. 46.
Deuxième Dimanche de Pâques


SERMON CCLVIII DE SAINT AUGUSTIN PRONONCÉ À CARTHAGE, DANS LA GRANDE BASILIQUE. LE DIMANCHE DE L'OCTAVE DE PAQUES. XXIX. LE JOUR DU SEIGNEUR, OU L'ÉGLISE.
ANALYSE. — Ce n'est pas évidemment d'un jour ordinaire qu'il est dit dans l'Écriture : « Voici le jour qu'a fait le Seigneur » Jésus-Christ est représenté dans le même psaume, comme étant une tête d'angle. Pourquoi ? Parce qu'en lui viennent s'unir les juifs et les Gentils devenus chrétiens, comme deux murs viennent se réunir à l'angle. Eh bien ! voilà le jour qu'a fait le Seigneur ; ce jour est l'Église, y compris le chef et les membres. Quand on vient recevoir le baptême, n'est-on pas éclairé d'une divine lumière ? Et qui fait briller cette lumière, sinon Celui qui la fit briller dans lame de Thomas, d'abord incrédule ? .
1. Nous venons de chanter à la gloire de Dieu : « Voici le jour qu'a fait le Seigneur » ; disons sur ce texte ce que Dieu même nous accordera.
C'est ici une prophétie et nous devons y voir, non pas un jour vulgaire, non pas ce jour qui frappe les yeux, qui se lève et qui se couche, mais un jour qui a pu se lever et qui ne se couchera point.
Considérons ce qui vient d'être dit dans le même psaume : « La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la tête de l'angle. C'est le Seigneur qui l'a faite, et c'est pour nous une œuvre merveilleuse ». Viennent ensuite ces paroles : « Voici le jour qu'a fait le Seigneur ». Voyons dans la pierre angulaire le lever de ce jour.
Quelle est cette pierre angulaire rejetée par les docteurs des Juifs ? Ne sait-on pas que ces habiles docteurs l'ont rejetée lorsqu'ils criaient : « Cet homme ne vient pas de Dieu, puisqu'il viole le sabbat. » Il ne vient pas de Dieu, dites-vous, parce qu'il viole le sabbat ? « La pierre rejetée par les bâtisseurs est devenue la première pierre de l'angle ». Comment est-elle la première pierre de l'angle ? Comment dire que le Christ est une pierre angulaire ? Parce que tout angle unit en soi deux murailles venant de directions différentes. Or c'est du milieu du peuple Juif, c'est de la circoncision que sont venus les Apôtres du Christ ; de là sont venues aussi ces multitudes qui précédaient et suivaient sa monture en chantant ces paroles du même psaume : « Béni Celui qui vient au nom du Seigneur » ; de là sont venues encore toutes ces Églises que rappelle l'apôtre saint Paul quand il dit : « J'étais inconnu de visage aux Églises de Judée qui sont unies en Jésus-Christ ; seulement elles entendaient répéter que Celui qui les persécutait naguère, prêche maintenant la foi qu'il voulait détruire alors ; et à mon sujet elles glorifiaient Dieu ». C'étaient des Juifs, mais attachés au Christ, comme les Apôtres, venant d'où ils venaient, croyant au Christ comme eux et ne formant avec lui qu'une muraille. Il en fallait une autre, c'était l'Église formée par les Gentils : ces deux murailles se sont rencontrées pour jouir de la paix et de l'union dans le Christ, lequel des deux n'en a fait qu'une.
Tel est le jour qu'a fait le Seigneur. Vois ici le jour tout entier, la tête et le corps ; la tête, ou le Christ ; le corps, ou l'Église. Tel est le jour qu'a fait le Seigneur.
2. Rappelez-vous la première formation du monde. « Les ténèbres étaient au-dessus de l'abîme, et l'Esprit de Dieu était porté au-dessus des eaux. Or, Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut. Et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres ; et il donna à la lumière le nom de jour et le nom de nuit aux ténèbres ». Rappelez-vous aussi les ténèbres où étaient plongés ces enfants avant de venir recevoir la rémission de leurs péchés. C'étaient bien, avant cette rémission, les membres au-dessus de l'abîme. Mais l'Esprit de Dieu était aussi porté sur les eaux ; ces enfants sont descendus dans ces eaux, et comme l'Esprit de Dieu était au dessus, les ténèbres du péché se sont évanouies. Tel est le jour qu'a fait le Seigneur. C'est à ce jour que l'Apôtre dit : « Vous tétiez ténèbres autrefois, vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur ». Dit-il : Vous étiez ténèbres dans le Seigneur ? Non, vous étiez ténèbres en vous-mêmes ; « vous êtes lumière dans le Seigneur ». Or « Dieu a donné à la lumière le nom de jour », attendu que ce changement est l'œuvre de sa grâce. Ces enfants pouvaient, hélas ! être ténèbres par eux-mêmes ; ils n'ont pu devenir lumière que par l'action de Dieu. Aussi sont-ils le jour qu'a fait le Seigneur, et non le jour qui s'est fait lui-même.
3. Saint Thomas, l'un des disciples, n'était-il pas un homme, un homme du vulgaire en quelque sorte ? En vain ses condisciples lui disaient-ils : « Nous avons vu le Seigneur. — Si je ne le touche, si je ne mets mon doigt dans son côté, répondait-il, je ne croirai point ». Quoi ! ce sont les prédicateurs de l'Évangile qui te l'annoncent, et tu ne crois pas ? L'univers a cru sur leur témoignage, et tu n'y ajoutes pas foi ? C'est d'eux qu'il est dit : « Leur voix a retenti par toute la terre et leurs paroles jusqu'aux extrémités du globe » ; ainsi leurs paroles vont loin puisqu'elles ne s'arrêtent que là où finit le monde, et le monde entier embrasse la foi : et quand tous réunis s'adressent à un seul homme, cet homme ne croit pas ? C'est qu'il n'était pas encore le jour fait par le Seigneur ; il y avait encore des ténèbres sur cet abîme, des ténèbres au-dessus des profondeurs de ce cœur d'homme. Vienne donc, vienne le principe de ce jour sacré ; qu'il dise avec patience, avec douceur et sans colère, car il est le médecin des âmes : Approche, approche, touche et crois. Tu disais : « Si je ne touche, si je ne mets mon doigt, je ne croirai point » ; viens, touche, « mets ton doigt et ne sois plus incrédule, mais fidèle ». Viens, mets ici ton doigt. Je savais combien tu es blessé, et pour toi j'ai conservé cette large cicatrice.
Mais aussi quand il y mit son doigt, sa foi fut complète. En quoi consiste la plénitude de la foi ? À croire que le Christ n'est pas seulement homme et n'est pas Dieu seulement, mais Dieu et homme tout à la fois. La plénitude de la foi, c'est que « le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous ». Lors donc que le Sauveur lui eut offert de toucher ses cicatrices et ses membre sacrés, et que ce disciple les eut touchés réellement, il s'écria : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Il touchait un homme, et dans cet homme il reconnaissait Dieu ; il touchait une chair humaine, mais il y voyait le Verbe, car « le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous ». Ce Verbe a permis que sa chair fût suspendue au gibet, qu'elle y fût fixée avec des clous, qu'elle fût percée par une lance, et qu'elle fût déposée dans un sépulcre ; mais aussi il l'a ressuscitée et présentée à ses disciples pour qu'ils la vissent de leurs yeux et pour qu'ils la touchassent de leurs mains. Ils la touchent donc et ils s'écrient : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Ah ! ils sont le jour qu'a fait le Seigneur.

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