Ressources Catholiques Missel Romain

précédent

XI. La descendance royale de la Sainte Vierge.

Les théologiens libéraux nient presque tous que la mère de notre Seigneur Jésus-Christ ait appartenu à la famille de David. Ils ne craignent pas de dire que le sentiment contraire n’est qu’« un expédient inventé depuis le iie siècle, pour mettre les deux généalogies (du Sauveur) d’accord sur la conception surnaturelle[1991] ». Divers protestants orthodoxes se sont associés à leur négation. Parmi ces derniers, on regrette de rencontrer Th. von Zahn, dont les opinions sont habituellement conservatrices. Il va jusqu’à traiter d’« arbitraire », et même de « fable démontrée à l’aide de sophismes », la théorie d’après laquelle la mère de Jésus aurait été une « Davidide[1992] ».

Mais, comme on vient de nous le rappeler, la tradition la plus ancienne est formelle sur ce point[1993]. Saint Ignace d’Antioche[1994], saint Irénée[1995], saint Justin[1996], Tatien[1997], Tertullien[1998], et les Pères suivants[1999] la représentent avec toute la clarté désirable. Le manuscrit syriaque du Sinaï, dont nous avons signalé les originalités, transforme comme il suit le passage Luc., ii, 4 : « Parce qu’ils étaient tous deux de la famille de David[2000] ». Il n’est donc pas surprenant que plusieurs des principaux évangiles apocryphes — en particulier le Protévangile de Jacques, 10, et l’Évangile de la nativité de Marie, 1 — aient aussi rangé très explicitement la mère du Christ parmi les descendantes du roi David. Il est vrai que ni saint Matthieu ni saint Luc ne mentionnent en propres termes cette origine royale. Mais ils l’insinuent à plusieurs reprises[2001], comme le fait également saint Paul[2002]. Saint Justin faisait remarquer à bon droit qu’une « Davidide » pouvait seule transmettre réellement à Jésus le sang royal, et réaliser pleinement l’oracle qui avait promis à David que le Messie naîtrait de sa race. « Jésus ne devait-il pas à la fois paraître et être fils de ce roi ? Le paraître, par celui que le peuple envisageait comme son père ; l’être, par celle de qui il tenait sa nature humaine[2003] ».

Ceux qui refusent de regarder Marie comme une descendante de David et de Juda, la rattachent à la tribu de Lévi[2004]. Cela pour deux raisons. Puisque la mère de Jésus était, comme nous l’apprend saint Luc[2005], parente d’Élisabeth, laquelle comptait elle-même « parmi les filles d’Aaron », on conclut de là qu’elle devait appartenir aussi à la famille sacerdotale. Les néo-critiques regardent comme « décisif » cet argument, présenté dès le ive siècle par le manichéen Faustus, et réfuté par saint Augustin[2006]. Mais, ainsi qu’il a été dit plus haut, la parenté de Marie et d’Élisabeth n’implique nullement que la sainte Vierge n’ait pas été issue de la race royale. Cette affinité provenait simplement d’un mariage qui avait été contracté quelque temps auparavant entre un membre de la famille de David, dont la mère de Jésus faisait partie, et une descendante d’Aaron. De la sorte, ajoute l’évêque d’Hippone, le Sauveur appartient aux deux tribus les plus nobles d’Israël, celle de Juda et de Lévi[2007].

Les néo-critiques empruntent leur seconde raison à un livre apocryphe, le Testament des douze Patriarches, qui, en plusieurs endroits[2008], annonce que le Messie naîtra de la tribu de Lévi. Mais elle est moins valable encore que la précédente, car il est écrit dans ce même livre[2009] : « Je vis que de Juda naquit une vierge, et d’elle sortait un germe sans tache ». Ce passage, qui provient évidemment d’une main chrétienne, ne peut se rapporter qu’à la vierge Marie, mère du Christ, et elle est clairement rattachée à la tribu de Juda. Si d’autres textes du même écrit attribuent au Messie une origine lévitique, c’est dans un sens spirituel, et pour le motif qui vient d’être indiqué, c’est-à-dire afin de lui attribuer tout ensemble les augustes fonctions de prêtre et de roi. C’est ce qui est exprimé en toutes lettres dans le Testament de Siméon : « Le Seigneur fera sortir de Lévi un prêtre, et de Juda un roi, Dieu et homme ».



[1991] , Die Hauptprobleme des Lebens Jesu, 2e éd., p. 262. Cf. , Die Evangelien des Markus und Lukas, 1905, p. 181 ; , Jahrbücher für protestantische Theologie, (1891), p. 252 ; Réville, Jésus de Nazareth, t. I, p. 369 ; etc.

[1992] Zahn, Das Evangelium des Matthäus ausgelegt, 2e éd., p. 262. Voir aussi son Das Evangelium des Lucas ausgelegt, p. 76-77, et surtout ses Forschungen zur Geschichte des neutestamentlichen Kanons…, t. VI, p. 326-330.

[1993] Cf. Bauer, Das Leben Jesu im Zeitalter der neutestamentlichen Apokryphen, p. 9-17, et particulièrement , Weidenauer Studien, 1911, p. 1-116.

[1994] , Epistola ad Ephesos, xviii, 2 ; Ad Smyrn., i, 1 ; Ad Troll., ix, 1.

[1995] , Adversus hæreses, III, xvi, 2 ; xvii, 1 ; xxvi, 1.

[1996] Justin, Dialogus cum Tryphone, 43, 45, 100, 120.

[1997] , Diatessaron, xvi.

[1998] Tertullien, Adversus Marcionem, iii, 17, 20 ; iv, 1 ; v, 8 ; De carne Christi, 22.

[1999] Entre autres, Eusèbe, La Démonstration évangélique, VII, iii, 10 ; Quæst. ad Stephan., 9.

[2000] Dans le texte canonique, on lit : « Parce-qu’il (Joseph) était de la maison et de la famille de David ».

[2001] Cf. Luc., i, 27, 32, 69 ; ii, 4.

[2002] Rom., i, 3 ; II Tim., ii, 8 ; Hebr., vii, 14.

[2003] , Commentaire sur l’évangile de saint Luc, 2e éd., t. I, p. 254-255.

[2004] Cf. , Die drei ersten Evangelien übersetzt und erklärt, 1850, p. 180 ; , Der Brief des Julius Africanus an Aristides, 1877, p. 44 ; Holtzmann, Die Synoptiker, 3e éd., p. 310 ; Weiss, Die Schriften des Neuen Testament, t. I, p. 416 ; etc.

[2005] Luc., i, 36.

[2006] Augustin, Contra Faustum, xxiii, 1-4 et 9.

[2007] Cf. Origène, Selecta in Num., xxxvi, 8 ; , Comment. in Dan., i, 12 ; , Das Kindheitsevangelium…, p. 96-97.

[2008] Testament des douze Patriarches, Siméon, vii ; Gad, viii ; Lévi, ii ; Dan, v ; Joseph, xix.

[2009] Ibid., Juda, xix.