Aux récits de ces touchants mystères, les rationalistes contemporains ne peuvent opposer que les objections les plus banales. Ce sont des légendes tardives, puisque Jésus est né à Nazareth et que ses parents n’ont pas songé à le porter à Jérusalem[2229]. Divers motifs empruntés à l’Ancien Testament ont contribué à la formation de ces narrations fictives : entre autres, la loi du rachat des premiers-nés[2230], et la consécration du jeune Samuel au Seigneur par sa mère[2231]. Anne et Siméon ne sont pas autre chose que « des figures symboliques[2232] ». « Les temps anciens avaient une tendance enfantine à exposer leurs convictions sous la forme d’histoire.[2233] » Celles que raconte ici saint Luc ont pour « but véritable » de « montrer comment Jésus, déclaré Messie au moment de sa naissance, a été encore salué comme tel dans le temple par les deux vieillards inspirés[2234] ». De plus, ces histoires démontrent, elles aussi, que « l’ancienne tradition regardait la naissance de Jésus comme une naissance ordinaire, puisque sa mère avait besoin d’une purification[2235] ».
Toutes ces assertions pèchent par la base et ne sont que d’impuissants efforts pour détruire l’évangile. Jésus est né à Bethléem, non pas à Nazareth. Nous avons indiqué les raisons supérieures pour lesquelles lui et sa mère se sont humblement soumis à des lois qui ne les concernaient qu’en apparence, Anne et Siméon sont des figures très vivantes, très réelles, qu’il n’a pas été nécessaire d’inventer. Quel intérêt l’évangéliste avait-il à nous fournir à leur sujet des détails si concrets, tels que l’âge d’Anne la prophétesse, le nom de son père et celui de sa tribu, si ces personnages n’étaient qu’imaginaires ? Nous avons indiqué aussi le motif pour lequel Dieu s’est complu à faire glorifier son Fils dès les premiers jours de sa vie mortelle. Disons enfin que, si la prophétie de Siméon avait été imaginée par « la foi de l’Église primitive », elle aurait eu un tout autre aspect. Elle se serait bien gardée de présenter le Messie comme la gloire d’Israël, puisque la plupart des Juifs prirent relativement à Jésus l’attitude de l’incrédulité la plus obstinée.
[2229] , Wahrheit und Dichtung in den Evangelien [Wahrheit und Dichtung im Leben Jesu ?], p. 33.
[2230] Num., xviii, 15.
[2231] I Reg., i, 24.
[2232] , Jesus : wer er geschichtlich war, p. 6-1.
[2233] , Jesus im Unterricht, 1910, p. 13-14. Cf. , Geschichte Jesu von Nazara, t. I, p. 372-374.
[2234] , Les évangiles synoptiques, t. I, p. 355.
[2235] , Die Schriften des Neuen Testament, t. I, p. 396. Cf. , Die vier kanonischen Evangelien nach ihrem ältesten bekannten Texte, t. II, p. 189.