Ces quatre cantiques, dont toute âme chrétienne admire la beauté noble et simple[2236], le caractère si bien approprié aux circonstances dans lesquelles ils furent improvisés, sont aussi, tous ensemble et isolément, l’objet d’attaques réitérées de la part des rationalistes. Nous avons donc à nous occuper de leur défense.
On le devine aisément, d’après la théorie hétérodoxe, ils ne seraient pas l’œuvre des personnages dont ils portent les noms ; mais ils auraient été composés ou par saint Luc, ou par quelque autre membre de la chrétienté primitive. On a même été jusqu’à dire que leur origine ne serait pas chrétienne, mais juive.
Citons, selon notre coutume, les principales appréciations portées sur eux par l’école libérale la plus récente. « Les cantiques improvisés sont aussi fréquents dans le récit de Luc que les songes révélateurs dans celui de Matthieu[2237] » ; par conséquent, ils n’ont pas plus de réalité historique que ces songes. Ils « appartiennent à la sphère de l’imagination religieuse[2238] ». Ils ne s’adaptent pas véritablement aux récits parmi lesquels ils ont été introduits ; ils n’ont pas de connexion intime avec eux : preuve manifeste qu’« ils ont dû être ajoutés par le rédacteur évangélique[2239] ».
Nous protesterons d’abord contre cette dernière affirmation. Une étude attentive des quatre cantiques révèle au contraire qu’ils sont parfaitement à leur place et s’enchaînent très régulièrement avec le contexte, qu’ils s’harmonisent à souhait avec la situation des personnages sur les lèvres desquels ils sont placés. Chacun d’eux, nous l’avons indiqué en les expliquant, décrit avec des nuances très appropriées les bienfaits nombreux du Messie, et ouvre des horizons nouveaux sur son rôle futur. Il y a en cela un argument d’une grande force en faveur de leur authenticité. Ajoutons que les deux principaux de ces cantiques, le Magnificat et le Benedictus, ont un coloris judaïque très marqué. Comment donc saint Luc, qui, était païen d’origine, moins au courant par lui-même des choses juives, aura-t-il pu s’assimiler si bien, soixante ans environ après les faits qu’il décrit, les sentiments religieux et les espérances messianiques des Juifs à l’époque de la naissance du Sauveur, et les exprimer si exactement dans le langage israélite d’alors, sans y mêler des conceptions chrétiennes proprement dites ? On a nié à bon droit que ce problème fût réalisable[2240].
Les contradictions réciproques des néo-critiques suffiraient d’ailleurs, à elles seules, pour montrer qu’ils sont loin d’être sûrs de leur fait. De qui sont les cantiques, s’ils n’ont pour auteurs ni Marie, ni Zacharie, ni les anges, ni Siméon ? Ce sont des « psaumes juifs », disent les uns[2241] ; des chants judéo-chrétiens, c’est-à-dire ébionites, certifient les autres[2242] ; selon d’autres encore[2243], des poèmes purement chrétiens, des restes de l’hymnologie de l’Église primitive. Quel parti prendre ? de quel côté nous rangerons-nous, puisque les partisans de ces opinions très diverses prétendent avoir seuls raison ? Mais examinons successivement chacun des cantiques.
1. Le Magnificat. — Nous avons à trancher d’abord une question de critique textuelle, qui, il y a peu d’années (vingt-cinq ans au plus), intéressait à peine quelques rares érudits, mais qu’une assertion hardie des néo-critiques a presque fait entrer dans le domaine public. Au dire de ces derniers, l’auteur du troisième évangile aurait attribué lui-même la composition du Magnificat non pas à Marie, mais à Élisabeth. Voici les faits. En avant du cantique[2244], on lit la petite formule d’introduction : « Et Marie dit ». Mais Origène nous apprend[2245] que, de son temps, plusieurs manuscrits grecs, au lieu du nom de la sainte Vierge, mentionnaient celui d’Élisabeth. D’autre part, trois anciens manuscrits latins[2246] ont aussi la leçon Elisabeth, au lieu de Maria. De plus, Nicétas de Rémésiana (contrée voisine de la Pannonie) écrivait, au milieu du viie siècle : « Élisabeth, longtemps stérile, … ne cesse pas de glorifier ( magnificare) Dieu de toute son âme[2247] » ; et un peu plus bas[2248] : « Avec Élisabeth, notre âme glorifie ( magnificat) le Seigneur ».
C’est sur ces documents qu’on a essayé de baser l’opinion nouvelle[2249]. Toutefois, sans parler de leur petit nombre, ce sont là des témoins plutôt singuliers par leur nature, et, d’après les règles de la critique textuelle, ils ne représentent pas même une tradition, mais seulement une variante sans autorité, que les néo-critiques se seraient bien gardés de signaler, si elle n’avait pas favorisé en apparence leurs tendances négatives.
On leur oppose cinq arguments irréfutables : le témoignage de presque tous les manuscrits grecs[2250], celui de toutes les versions, l’interprétation clairement exigée par le contexte, l’état d’âme de Marie et la tradition constante de l’Église.
Bornons-nous à quelques brèves explications, portant sur les trois derniers de ces arguments. Il est d’abord certain que, d’après l’ensemble du récit, c’est Marie, et non Élisabeth, qui doit avoir prononcé les paroles du Magnificat. L’un des chefs de l’école protestante libérale le reconnaît[2251], « ce qui est décisif en faveur de Marie, c’est la circonstance qu’en cet endroit un chant de louange de la part d’Élisabeth serait trop tardif ; sa vraie place serait après le verset 25[2252]. Ici, au contraire, l’harmonie des faits exige que la prochaine naissance du Messie soit célébrée ». Entre la situation d’Élisabeth et le thème du Magnificat, on ne saurait établir aucune liaison satisfaisante. Ce thème est trop au-dessus d’elle, car il annonce la réalisation d’un fait qui est de beaucoup supérieur à la nativité du précurseur. Et quelle exagération ce serait, de la part d’Élisabeth, d’annoncer que toutes les générations la proclameraient bienheureuse ! .
Au contraire, dans le Magnificat, tout convient à la situation psychologique de Marie. On ne comprendrait guère qu’elle fût demeurée silencieuse en un tel moment, après les chaudes félicitations de sa cousine. Et, de même que les paroles du cantique sembleraient trop calmes, trop suaves pour la nature ardente d’Élisabeth, et peu en rapport avec l’émotion qu’elle a manifestée, dans un langage entrecoupé, à l’arrivée de la sainte Vierge[2253], de même elles sont en harmonie, parfaite avec le caractère de celle-ci. Marie, en effet, plus maîtresse d’elle-même, sait exprimer sa joie et sa reconnaissance en termes plus mesurés, qui se succèdent à la façon d’une méditation douce et pieuse, sans cesser d’être vraiment à la hauteur de ce moment auguste.
La tradition de l’Église est très nette et très ancienne. En Orient comme en Occident, en Égypte comme en Syrie, à Rome comme à Constantinople et à Jérusalem, elle est partout uniforme. Si Origène mentionne la variante « Et Élisabeth dit », c’est pour montrer qu’elle est négligeable, fausse même. En fait, la leçon « Et Marie dit » est la seule qu’on puisse constater avant le iiie siècle.
Nous avons signalé les échos de l’Ancien Testament qui se font entendre çà et là dans le Magnificat, et nous avons dit, en même temps, combien ils étaient naturels sur les lèvres d’une pieuse Israélite. Les néo-critiques, qui d’ailleurs en exagèrent le nombre, les apprécient tout autrement, et ils en concluent que le cantique de Marie est dénué de toute originalité[2254]. Ils trouvent que la mère du Christ a trop emprunté aux anciens poèmes hébreux, surtout au cantique d’Anne, mère de Samuel. Ils vont même jusqu’à lui dicter le langage qu’elle aurait dû tenir. Pourquoi ne fait-elle aucune allusion aux paroles de l’ange Gabriel et à l’incarnation du Verbe dans son sein ? Pourquoi ne mentionne-t-elle pas même le Messie ? Conclusion : « l’hymne a peut-être été composé d’abord comme action de grâces d’une mère à l’occasion de l’heureuse victoire de son fils, qui avait triomphé des oppresseurs d’Israël[2255] ». Voilà ce qu’on propose à notre intelligence, comme étant beaucoup plus digne de foi que le récit évangélique !
Sans entrer dans des détails inutiles, nous répondrons à nos adversaires : 1° qu’il existe une différence aussi marquée entre le cantique d’Anne et celui de Marie qu’entre un chant de triomphe orgueilleux, personnel, et un chant d’humble reconnaissance, de sorte que le Magnificat demeure très original malgré ses quelques emprunts ; 2° que les mots : « Il a jeté les yeux sur la bassesse de sa servante[2256] » rappellent le titre d’humilité que Marie avait pris en répondant à l’ange : « Ecce ancilla Domini[2257] » ; 3° que, dans son cantique, la mère du Christ ne parle pas au point de vue chrétien — les rationalistes auraient eu le droit de s’en étonner —, mais comme une Israélite à qui Dieu vient d’accorder le plus grand honneur qui pût se concevoir ; 4° que son chant rappelle de la façon la plus heureuse les promesses messianiques faites aux patriarches et aux prophètes, et qui allaient maintenant s’accomplir.
Le Magnificat ne pouvait pas être mieux accommodé aux circonstances.
2. Le Benedictus, les néo-critiques en sont certains, ne provient pas plus de Zacharie que le Magnificat n’est l’œuvre de Marie. Lorsqu’un père, disent-ils, se met à composer une poésie, religieuse ou autre, sur la naissance de son fils, c’est à celui-ci qu’il consacre ses premières pensées et ses premières paroles ; il ne songe point, comme c’est ici le cas, à s’occuper d’abord de toutes sortes de choses étrangères, qui n’ont pas encore eu lieu. La première partie du cantique[2258], qui est de beaucoup la plus considérable, n’a donc aucun rapport avec la circoncision du précurseur ; c’est un cantique exclusivement juif. La deuxième partie[2259] est un chant chrétien, composé par un auteur très différent[2260]. Le rédacteur du troisième évangile a groupé les deux poèmes en un seul[2261], qui « a été glissé après coup et intercalé dans le récit ; c’est pourquoi il décrit des faits et des états d’âme qui n’ont pu exister sous cette forme que pour la chrétienté subséquente[2262] ».
Qui a raison ? Le Benedictus, pas plus que les trois autres cantiques dont nous devons la conservation à saint Luc, ne saurait être tout à la fois juif et chrétien. Il est vrai de dire qu’il se compose de deux parties distinctes, l’une plus générale, qui s’adresse au peuple israélite tout entier, et l’autre plus spéciale, qui concerne le fils de Zacharie. Mais il existe entre elles l’unité la plus rigoureuse, puisque, d’un côté, le poète indique ce que sera la rédemption messianique pour sa nation, et que, de l’autre côté, il trace le rôle de son fils par rapport au Messie. Le Benedictus est donc vraiment le chant d’un Juif des derniers temps, nourri de la Bible et des prophètes, et qui prédit les futurs bienfaits du rédempteur. Il n’est pas permis d’y voir autre chose ; aussi les hypothèses des néo-critiques sont-elles vaines et forcées.
3. Le Gloria in excelsis n’est pas plus « superposé au récit » de saint Luc que le Benedictus et le Magnificat ; il y est parfaitement à sa place, quoi qu’on affirme en sens contraire, sans en donner aucune preuve. Si les deux notes d’ont il se compose retentirent plus tard aussi dans des bouches humaines, au moment de l’entrée solennelle de Jésus à Jérusalem[2263], c’est qu’elles exprimaient à merveille — les disciples du Maître l’avaient compris comme les anges — ce double effet de la rédemption : la gloire procurée à Dieu et la paix donnée au monde.
4. On adresse des reproches analogues et aussi peu mérités au Nunc dimittis du vieillard Siméon. Tel néo-critique prétend qu’il est également très facile de le « détacher de son contexte[2264] » ; mais un de ses collègues lui répond que ces « paroles poétiques s’harmonisent fort bien avec la situation[2265] : » ce qui est très exact. On dit encore qu’« il ne dépasse pas l’idéal messianique précédemment exprimé par l’ange Gabriel et dans les cantiques d’Élisabeth (c’est-à-dire de Marie) et de Zacharie[2266]. Le Dr F. Spitta[2267] va beaucoup plus loin, en certifiant que, dans le Nunc dimittis, il n’est « pas même question de la personne du Messie ».
Contentons-nous de relever ces deux dernières assertions. Elles sont assurément étranges, puisque Siméon ne parle que du Messie dans son touchant cantique, et qu’au thème des bénédictions conférées à Israël par le divin Enfant, thème déjà exposé par Marie et par le père de Jean-Baptiste, le saint vieillard ajoute celles que Jésus va répandre spécialement sur les païens.
Pour en finir avec les rationalistes à propos des cantiques de l’Enfance, citons encore ce raisonnement que propose l’un des plus modérés d’entre eux. Rien ne montrera mieux la fragilité de leurs hypothèses. F. Spitta se demande[2268] comment ces poèmes religieux qui, d’après lui, sont d’anciens psaumes juifs, ont pu être attribués à la sainte Vierge, au père du précurseur, au vieillard Siméon. Peut-être, répond-il, saint Luc, ou le rédacteur du troisième évangile, les aura-t-il trouvés dans un recueil de chants chrétiens, avec les titres « τῆς Μαρίαμ, de Marie », « τοῦ Ζαχαρίου, de Zacharie », « τοῦ Συμεῶνος, de Siméon », l’Église primitive les ayant regardés comme l’œuvre de ces saints personnages. Peut-être aussi ces titres ne représentaient-ils d’abord ni la mère de Jésus, ni le mari d’Élisabeth, ni le vieillard associé au mystère de la Présentation, les noms de Marie, de Zacharie et de Siméon étant alors très communs chez les Juifs. Mais saint Luc aura été induit en erreur par cette identité des appellations.
De telles raisons sont-elles sérieuses, surtout quand on connaît les procédés si consciencieux de l’auteur du troisième évangile ? Non, nos quatre cantiques ne sont point une parure tardive, destinée à embellir l’histoire préliminaire du Sauveur. Une tradition très sûre les a notés de bonne heure et les a conservés fidèlement, chose facile, grâce à leur simplicité et à la mémoire tenace des Orientaux[2269]. On ne saurait alléguer aucun motif historique pour lequel nous devrions regarder ces poèmes exquis avec plus de défiance que les autres parties des évangiles. Nous rejetons donc les assertions, dénuées de preuves, suivant lesquelles ils n’auraient pas plus de réalité que les discours prêtés par Tite-Live à ses héros.
[2236] « Ces cantiques si purs, si doux, Magnificat, Gloria in excelsis, Nunc dimittis, Benedictus Dominus Deus Israel…, qui vont servir de base à une liturgie nouvelle ». (. Les évangiles et la seconde génération chrétienne, p. 278.)
[2237] , Jésus de Nazareth, t. I, p. 370.
[2238] , The first three Gospels, p. 111.
[2239] , Les évangiles synoptiques, t. I, p. 145. Cf. , Zeitschrift für die Neutestamentliche Wissenschaft…, t. VII, p. 316.
[2240] Voir , Einleitung in das Neue Testament, t. II, p. 404.
[2241] , Jahrbücher für protestantische Theologie, t. XVII (1901), p. 192-261 ; , Zeitschrift für die neutestamentliche Wissenschaft, t. VII, p. 316, etc.
[2242] H. J. Holtzmann, J. Weiss, A. Loisy, etc.
[2243] Notamment, , pour le Magnificat et le Benedictus, dans l’opuscule Lukas der Arzt, p. 69.
[2244] Luc., i, 46.
[2245] , Homilia in Lucam, 5.
[2246] Le Vercellensis, du ive siècle ; le Veronensis, du ve siècle, et le Rhedigeranus-Vratislaviensis, un peu plus récent.
[2247] , De psalmodiæ bono, ix.
[2248] , Ibid., xi.
[2249] Ses principaux défenseurs sont , Jahrbücher für protestantische Theologie, t. XVII, p. 197-200 ; , Theologisch Tijdschrift, 1896, p. 254-256 ; , Sitzungsberichte der königlich preußischen Akademie der Wissenschaften, t. XXVII (1900), p. 437-440 ; , Revue d’histoire et de littérature religieuses, 1897, p. 424-432, et Les évangiles synoptiques, t. I, p. 299, 301-305. Plusieurs écrivains catholiques ont énergiquement riposté, entre autres , Revue biblique, t. VII, p. 74-77 ; , L’Université catholique, recueil religieux, philosophique, scientifique et littéraire, nouvelle série, t. XXXIX, p. 213-242 ; , Revue d’histoire ecclésiastique, 1903, p. 623-644 ; , Ist Elisabeth die Sängerin des Magnificat ?, 1901. Voir aussi , « Das Magnifikat ein Psalm der Maria und nicht der Elisabeth » dans Theologische Abhandlungen, 1902.
[2250] Nous disons presque, à cause de la remarque d’Origène, car tous les manuscrits grecs actuellement connus ont la leçon Μαρίαμ.
[2251] , Die Schriften des Neuen Testament, t. I, p. 389.
[2252] Luc., i, 25. C’est-à-dire au moment où Élisabeth sut qu’elle allait devenir mère.
[2253] Luc., i, 42-45.
[2254] , Jahrbücher für protestantische Theologie, t. XVII, p. 199 : « Si l’on admet que Marie a été inspirée par l’Esprit Saint, je m’étonne avec Strauss qu’un produit de l’Esprit Saint ne soit pas plus original ». Cf. , Die Schriften des Neuen Testament, t. I, p. 389.
[2255] , Ibid., p. 200. Voir aussi , Zeitschrift für die neutestamentliche Wissenschaft, t. VII, p. 316.
[2256] Luc., i, 48.
[2257] Luc., i, 38.
[2258] Luc., i, 68-75.
[2259] Luc., i, 76-79.
[2260] , Jahrbücher für protestantische Theologie, t. XVII, p. 206-213.
[2261] , Zeitschrift für die neutestamentliche Wissenschaft, t. VII, p. 316.
[2262] , Die Schriften des Neuen Testament, t. I, p. 391.
[2263] Luc., xix, 38.
[2264] , Les évangiles synoptiques, t. I, p. 357.
[2265] , Die Schriften des Neuen Testament, t. I, p. 398.
[2266] , Les évangiles synoptiques, t. I, p. 357.
[2267] , Zeitschrift für die neutestamentliche Wissenschaft, t. VII, p. 316.
[2268] , Ibid., p. 316-317.
[2269] « Les cantiques eux-mêmes avaient pu se conserver jusqu’alors fidèlement. Nul besoin pour cela d’autographe. Le cœur de Marie avait tout conservé, l’écrivain en rend lui-même le témoignage et ses paroles ne sont pas de vains mots. Plus les impressions sont profondes, plus les pensées qui les reproduisent se gravent ineffaçables dans l’âme, et le souvenir des expressions caractéristiques qui les formulent reste indissolublement lié à celui de ces pensées elles-mêmes ; chacun a fait cette expérience dans les moments graves de sa vie. » (, Commentaire sur l’évangile de saint Luc, 2e éd., t. I, p. 203.)