Note X
Présentation de Marie au Temple
La tradition nous apprend que la très-sainte Vierge, à peine âgée de trois ans, se consacra publiquement au Seigneur dans le Temple de Jérusalem, où ses pieux parents la conduisirent, en exécution du vœu qu'ils avaient fait, pour obtenir l'heureuse fécondité de leur mariage. Outre la présentation ordinaire des premiers-nés qui était prescrite par la Loi, les parents mus par quelque motif de dévotion, faisaient quelquefois une autre présentation de leurs enfants, pour qu'ils fussent élevés dans l'enceinte du Temple, où ils demeuraient, pendant un temps plus ou moins considérable, attachés au service des prêtres. On voit par divers passages des Livres saints, que, depuis Moïse jusqu'à Jésus-Christ, il y avait autour du Tabernacle ou du Temple des appartements où logeaient les personnes qui s'étaient vouées elles-mêmes, et les enfants qui étaient destinés au service du Lieu Samt (Exod. XXXVIII, 8 — Judic. XI, 39 — I Reg. II, 22 — II Mac. III, 19 — Luc. II, 37). C'est ainsi que le jeune Samuel fut consacré à Dieu par sa pieuse mère Anne, et que Joas fut élevé pendant six ans dans le Temple où il était caché. Le second livre des Machabées parle des vierges qui étaient habituellement renfermées dans le Temple ; et l'historien juif Josèphe dit que de son temps elles y étaient en assez grand nombre. Plusieurs anciens Pères, rappellent cet usage, entre autres saint Grégoire de Nysse et saint Ambroise. Or, la Présentation de Marie au Temple n'est pas attestée seulement par les livres apocryphes des premiers siècles, mais par plusieurs saints docteurs ou auteurs ecclésiastiques, notamment par saint Grégoire de Nysse, saint Épiphane, saint Jean Damascène, saint Germain de Constantinople, saint André de Crète, etc.. Il fallait que cette tradition fût bien répandue en Orient, au septième siècle, puisqu'on la retrouve dans le Coran et dans les plus anciens auteurs musulmans, avec plusieurs autres traditions chrétiennes, que Mahomet crut devoir conserver, pour attirer plus facilement les chrétiens à son parti.
La fête de la Présentation de Marie était célébrée dans L'Église grecque longtemps avant le neuvième siècle ; c'est ce qui résulte clairement de plusieurs homélies prononcées le jour même de cette fête par Georges de Nicomédie, alors patriarche de Constantinople. Emmanuel Commêne qui monta sur le trône impérial, l'an 1145, mentionne cette fête, sous la date du 21 novembre, dans une constitution qui en ordonne l'observation, avec celle de plusieurs autres fêtes alors établies dans l'Église grecque. L'Eglise latine n'a commencé à la célébrer qu'au quatorzième siecle. Philippe de Maizières, ambassadeur du roi latin de Chypre, ayant sollicité Grégoire XI d'approuver l'office de cette solennité qu'il lui proposait, ce Pontife la fit célébrer d'abord dans la ville d'Avignon, où il résidait ; puis il invita le roi de France, Charles V, à la faire célébrer dans son royaume, le 21 novembre. Ce prince écrivit dans ce but aux professeurs et aux élèves de l'Université de Paris, l'an 1374. L'établissement de cette fête fut ensuite confirmé par plusieurs Souverains Pontifes, spécialement au quinzième siècle par Pie II et Paul II, enfin par Sixte V et Clément VIII qui en rendirent l'office obligatoire pour toute L'Église.
Note XI
Vœu de Virginité de Marie
Il est certain, d'après l'Écriture et la Tradition, qu'avant de concevoir en son chaste sein le Verbe incarné, la Bienheureuse Marie avait fait au Seigneur le vœu de Virginité perpétuelle. Le sentiment général des saints Docteurs et des théologiens catholiques à cet égard est fondé sur la réponse de Marie à la déclaration de l'ange Gabriel. Ce messager céleste lui ayant annoncé qu'elle allait devenir mère : Comment, dit-elle, cela pourra-t il se faire, puisque je ne connais point d'homme ! c'est-à-dire évidemment, puisque j'ai promis de n'en connaître aucun. Car si cette réponse devait avoir un autre sens, elle ne serait pas raisonnable. De ces paroles ainsi entendues, les SS. Pères ont conclu que Marie, en donnant au monde le premier exemple d'un pareil engagement, avait levé sur la terre l'étendard de la Virginité. — Mais parmi les docteurs catholiques, les uns prétendent qu'avant d'épouser saint Joseph, Marie avait fait simplement un vœu conditionnel, d'autres soutiennent qu'elle avait fait un vœu absolu de Virginité. Benoit XIV (de Festis) estime qu'elle s'engagea de différentes manières, selon les temps. Avant son mariage, dit-il, Marie exprima souvent à Dieu, le désir ardent qu'elle éprouvait de faire un vœu absolu de Virginité pour lui être entièrement consacrée ; mais, comme elle voyait qu'un tel engagement n'était pas conforme à la coutume légale, elle ne fit d'abord qu'un vœu conditionnel, en promettant de garder la chasteté parfaite, autant qu'il plairait à Dieu. Le Seigneur lui ayant révélé qu'il agréait ce sacrifice, elle s'empressa de le lui offrir d'une manière irrévocable sans aucune condition, avant même d'épouser saint Joseph.
Note XII
Notice sur l'Histoire Scolastique
Citée plusieurs fois par Ludolphe, l'Histoire Scolastique est ainsi appelée, parce qu'elle était communément adoptée pour l'enseignement dans les écoles au moyen âge. Elle contient le récit suivi des faits rapportés dans les livres saints de l'Ancien et du Nouveau Testament, dont elle donne diverses explications, tantôt littérales, tantôt allégoriques, en y ajoutant plusieurs traits empruntés aux écrivains juifs ou païens. Cet ouvrage dédié à Guillaume, alors archevêque de Sens et ensuite archevêque de Reims, a été composé avant 1176, par Pierre Comestor qui passait pour l'un des plus habiles docteurs du douzième siècle. Ce personnage célèbre, né en Champagne, fut d'abord doyen de la cathédrale de Troyes, puis chancelier de l'Église de Paris qui lui confia l'école de théologie, l'an 1164. Il la gouverna jusqu'à ce qu'en 1169 il la laissa à Pierre de Poitiers. Sur la fin de ses jours, il se retira en l'abbaye de Saint-Victor de Paris où il fut enseveli, l'an 1178, laissant par son testament tous ses biens aux pauvres et aux églises. Son épitaphe, formée de quatre vers hexamètres, nous apprend qu'il fut surnommé Comestor, c'est-à-dire le Mangeur, surnom dont on ne connaît pas bien la raison. Il s'était fait une telle réputation par son savoir, surtout dans les matières théologiques, que ses ouvrages furent reçus du public avec un applaudissement presque général. Pendant plus de trois siècles, son Histoire Scolastique principalement fut regardée comme ce qu'il y avait de plus parfait en son genre. Aussitôt que l'art typographique fut inventé, on la mit sors presse, et on la réimprima souvent depuis lors.
Note XIII
Mariage de la sainte Vierge
La difficulté d'expliquer comment la sainte Vierge a pu contracter mariage avec saint Joseph, après avoir consacré au Seigneur sa Virginité, a porté plusieurs auteurs à penser qu'elle n'avait été unie à saint Joseph que par de simples fiançailles. Mais l'enseignement commun ne permet pas de douter qu'ils aient été unis ensemble par un véritable Mariage. L'opinion contraire doit être considérée comme tout au moins téméraire, d'après Benoît XIV, et même comme hérétique d'après Suarez ; puisque l'Évangile appelle plusieurs fois Joseph l'époux de Marie (virum), et Marie l'épouse de Joseph (conjugem, uxorem). Et en effet, malgré le vœu de Virginité, rien n'empêche que leur Mariage ne fût véritable, licite, très-convenable et très-saint. Il fut véritable, puisqu'il avait ce qui constitue l'essence du mariage, savoir le consentement des parties et l'union des cœurs. Il fut licite, puisque, comme on le croit avec saint Augustin, la sainte Vierge avait été avertie par une lumière surnaturelle que saint Joseph n'exigerait jamais rien de contraire au vœu qu'elle avait fait. Vraisemblablement, la sainte Vierge aussi révéla à saint Joseph le vœu qu'elle avait fait, et il consentit, ou même il s'engagea à ne pas le contrarier. Enfin, ce Mariage fut très-convenable et très-saint, ainsi que les auteurs le prouvent avec saint Thomas par plusieurs raisons prises, soit du côté de Jésus-Christ, soit du côté de Marie, soit de notre côté ; car il avait pour but de donner à Marie un gardien de son honneur et un témoin de sa chasteté, à Jésus un père nourricier et un tuteur vigilant, à nous mêmes un modèle de parfaite continence et une preuve de la sainteté du mariage. — Mais pour que le voile du mariage pût écarter tout soupçon injurieux au Fils et à la Mère, il fallait que Joseph et Marie fussent reconnus publiquement pour époux, neuf mois au moins avant la naissance de Jésus-Christ. C'est pourquoi, d'après le sentiment de saint Thomas, que Benoit XIV préfère comme le plus commun et le plus probable, la sainte Vierge avait contracté mariage avant le jour même de l' Annonciation, où elle conçut dans son sein le Verbe incarné.
Suivant l'opinion commune, la sainte Vierge était âgée de quatorze ans, lorsqu'elle épousa saint Joseph. — Certains auteurs prétendent que saint Joseph était alors octogénaire ; mais ce sentiment est combattue et rejeté comme invraisemblable par beaucoup d'autres écrivains, notamment saint Epiphane (de haeresibus) et Benoit XIV (de Feslis). Car, si saint Joseph eût été aussi vieux que les peintres le représentent, comment aurait-il pu supporter les fatigues des voyages qu'il dût entreprendre ? Comment la sainte Vierge et son divin Fils eussent-ils pu échapper aux calomnies des Juifs ? D'ailleurs, l'opinion qu'on s'est formée sur la prétendue vieillesse de saint Joseph, vient surtout de ce que plusieurs anciens écrivains ont supposé qu'avant d'épouser la sainte Vierge, il avait eu plusieurs enfants d'un premier mariage. Mais ce sentiment est réfuté avec force par saint Jérôme et rejeté par la plupart des savants théologiens, comme entièrement dénué de preuves, et peu conforme à l'auguste dignité de saint Joseph, qui a été choisi de toute éternité pour contracter une si étroite liaison avec le Verbe incarné et avec sa Mère immaculée. Aussi, Benoit XIV assure que, suivant une pieuse tradition de l'Église, saint Joseph ne contracta jamais aucun mariage avant d'épouser la sainte Vierge. Saint Pierre Damien n'hésite pas à déclarer que la perpétuelle virginité de saint Joseph est la croyance même de l'Église.
L'Église a déterminé dans le Martyrologe le 23 janvier, pour célébrer la fête du Mariage de la très-sainte Vierge. Jean Gerson, chancelier de l'Université de Paris, au commencement du quinzième siècle, a composé pour cette fête un office que le légat du Pape ordonna de réciter dans l'Église de Chartres. Au seizième siècle, Paul III permit aux Frères-Mineurs de réciter un semblable office ; et depuis cette époque, une pareille autorisation a été accordée à plusieurs Églises d'Italie et d'autres pays. Benoît XIII en fait même une obligation pour toutes les Eglises de ses États, par un bref de 1725. — Depuis bien des siècles, on conseve à Pérouse l'anneau que saint Joseph, dit-on, avait mis au doigt de la sainte Vierge.
Note XIV
Glose
Le premier auteur de la Glose souvent citée par Ludolphe, est le célèbre Walafride Strabon, moine de Fulde, puis abbé de Rcichenau au neuvième siècle. La Glose marginale qu'il composa sur la Bible, fut longtemps accréditée sous le nom de Glose ordinaire. C'est un recueil abrégé des explications littérales et mystiques que son maître Raban Maur, abbé de Fulde, puis archevêque de Mayence, avait tirées des saints Pères, pour former ses commentaires sur l'Écriture sainte. Anselme, évêque de Laon, au douzième siècle, ajouta à la Glose ordinaire, une autre Glose dite interlinèaire ; elle fut complétée successivement par plusieurs auteurs, surtout au quatorzième siècle par le franciscain Nicolas de Lyre et au quinzième par Paul, évêque de Burgos, qui étaient deux rabbins convertis.
Note XV
Tour de Baris
La tour de Baris avait été bâtie par Hircan Machabée, sur un rocher qui dominait le Temple de Jérusalem. Elle fut la demeure des grands prêtres jusqu'au règne d'Hérode dit le Grand. Ce prince, après y avoir fait des travaux considérables qui la rendaient comme inexpugnable, la fit appeler forteresse Antonia, du nom de son ami Marc-Autoine. Pendant leur domination, les Romains y tinrent continuellement une garnison ; car elle était la citadelle du Temple, comme le Temple était la citadelle de la ville (v. Josèphe Antiq. lib. XV, 14. — Lieux Saints par Mgr Mislin, 2 vol. p. 411).
Note XVI
Rapports mystérieux du nombre six avec les temps de l'Incarnation et de la Rédemption
Ludolphe, faisant remarquer les rapports mystérieux du nombre six avec les temps de l'Incarnation et de la Rédemption, commence par déclarer, à l'exemple des anciens écrivains mystiques, que le nombre six est parfait. Car, ce nombre signifie la perfection des œuvres, comme saint Augustin l'explique longuement par rapport aux six jours de la Création (De Civît. Dei, lib. XI, 30). Ludolphe dit ensuite que le Sauveur a été conçu dans le sixième âge ; car, à la suite des saints Pères, les historiens ecclésiastiques ont coutume de diviser la durée du monde en six âges. Le premier âge s'étend depuis la création jusqu'au déluge, le second depuis le déluge jusqu'à la vocation d'Abraham, le troisième depuis la vocation d'Abraham jusqu'au règne de David, le quatrième depuis le règne de David jusqu'à la captivité de Juda à Babylone, le cinquième depuis la captivité de Juda jusqu'à l'avènement de Jésus-Christ, le sixième depuis l'avènement de Jésus-Christ jusqu'à la fin du monde. — Ludolphe dit aussi que Jésus Christ a été conçu dans le sixième millénaire ; car les nombreux écrivains qui ont adopté le calcul d'Eusèbe, d'après la version des Septante, comptent 5, 200 ans environ depuis la Création jusqu'à Jésus-Christ. Nous avons fait observer précédemment ce qu'il fallait penser de cette chronologie. — Ludolphe ajoute que Jésus-Christ a été conçu dans le sixième mois. C'était, en effet, comme l'ange Gabriel l'avait annoncé à Marie, le sixième mois depuis la Conception miraculeuse du saint Précurseur, qui avait eu lieu le 24 septembre ; mais c'était aussi le sixième mois de l'année naturelle ou vulgaire qui, chez les Juifs, comme chez d'autres peuples orientaux, commençait à partir du 22 septembre, à l'équinoxe d'automne, tandis que l'année sacrée commençait à partir de Pâque, vers l'équinoxe du printemps.
Note XVII
Fête du saint Nom de Marie
Si nous en croyons une ancienne tradition rapportée par plusieurs auteurs ecclésiastiques, notamment par saint Antonin, archevêque de Florence, le Nom de Marie avait été imposé à la B. Vierge par Dieu lui-même et révélé à ses parents par un messager céleste. Quelle que soit son origine, ce Nom, à cause de sa sainteté et de son efficacité, a toujours inspiré une grande vénération aux fidèles chrétiens, de telle sorte qu'en certains pays, comme autrefois en Espagne et en Pologne, on n'osait le donner à aucune femme, ni à quelque princesse, de crainte d'affaiblir la dignité de ce Nom glorieux. La dévotion des peuples porta l'Église à rendre un culte spécial au Nom de Marie, en instituant une fête particulière en son honneur. Cette fête établie d'abord à Cuenza, en Espagne, avec approbation de Léon X, l'an 1513, fut bientôt adoptée en plusieurs autres Églises. Elle était alors fixée au 22 septembre, pour se conformer à l'opinion de ceux, d'après lesquels les anciens Juifs n'imposaient de nom à une fille que quinze jours après sa naissance. Maintenant, cette fête est célébrée le dimanche dans l'Octave de la Nativité de Marie, depuis que le pape Innocent XI l'a rendue obligatoire par un décret daté de 1683. Ce fut pour remercier la très sainte Vierge de la victoire insigne que l'armée chrétienne, commandée par le roi de Pologne, Jean Sobieski, avait remportée sur les Turcs, en les forçant de lever le siège de Vienne, le 12 septembre 1683, pendant l'Octave même de la Nativité. Cette victoire arrêta pour toujours les prétentions des infidèles qui menaçaient d'envahir l'Europe.
Note XVIII
Origine de la Salutation angélique, du Rosaire et de l'Angelus
La Salutation angélique, telle que les fidèles ont coutume de la réciter depuis longtemps, se compose de plusieurs parties qui ont été successivement réunies. Les paroles de l'ange Gabriel et celles de sainte Elisabeth à Marie, paraissent avoir été réunies d'abord par saint Grégoire le Grand, qui, vers la fin du sixième siècle, en a composé l'offertoire pour la Messe du quatrième dimanche de l'Avent. Cependant, cette première partie de la Salutation angélique ne semble pas avoir été d'un usage commun avant le onzième siècle ; car les ordonnances antérieures qui déterminent ce que chaque fidèle doit apprendre et savoir, ne mentionnent que l'Oraison dominicale et le Symbole des Apôtres. Mais, l'an 1096, Eudes de Sully, évêque de Paris, publia un décret par lequel il exhortait le peuple à joindre la Salutation angélique aux formules susdites. Vers le milieu du même siècle, saint Pierre Damien rapporte qu'un certain clerc avait coutume de la réciter chaque jour. Mais rien ne contribua plus à propager la Salutation angélique que l'institution du Rosaire favorisé de nombreuses indulgences par les Souverains Pontifes. Au commencement du treizième siècle, pour combattre l'hérésie des Albigeois, saint Dominique établit ce mode de prière qui consiste à répéter cent cinquante fois la Salutation angélique et quinze fois l'Oraison dominicale, en méditant sur les quinze principaux mystères de Jésus-Christ et de sa divine Mère.
Une autre pieuse pratique ne tarda pas à rendre familière la Salutation angélique. Vers le milieu de ce même siècle, saint Bonaventure, dans un Chapitre général de l'Ordre séraphique, recommanda à ses religieux d'exhorter les fidèles à réciter tous les soirs à genoux, au son de la cloche, trois Ave Maria, en l'honneur du mystère de l'Incarnation. Cette dévotion était déjà établie à Saintes au commencement du siècle suivant, lorsque le pape Jean XXII l'approuva, en la favorisant de dix jours d'indulgence. Plusieurs autres Pontifes y attachèrent de nouvelles indulgences, qu'ils permirent de gagner d'abord deux fois par jour, et enfin jusqu'à trois fois par jour. Cette dévotion n'était pratiquée que par quelques personnes, lorsque le Pape Calixte III, effrayé des conquêtes de Mahomet II, la recommanda spécialement, afin d'implorer le secours de Dieu, par la puissante intercession de la sainte Vierge. Peu de temps après, Louis XI ordonna que dans tout son royaume, on sonnât la cloche, le matin, à midi et le soir, pour avertir les fidèles de réciter l'Angélus. C'est au pape Benoit XIII qu'on doit les indulgences attachées maintenant à la récitation de l' Angélus. Par un bref de 1724, ce Pontife accorda à tous les fidèles cent jours d'indulgence, chaque fois qu'ils réciteront cette prière, à genoux, au son de la cloche, et de plus une indulgence plénière, chaque mois, à tous ceux qui l'auront ainsi récitée au moins une fois par jour, dans le cours du mois.
La première partie de la Salutation angélique se termine par ces paroles de sainte Elisabeth benediclus fruclus veniris tui, auxquelles le pape Urbain IV fit ajouter Jésus. L'invocation Sancta Maria, si nous en croyons les cardinaux Baronius et Bona, a été jointe à la Salutation angélique dans le Concile œcuménique d'Éphèse, lorsque, l'an 431, la bienheureuse Vierge Marie y fut proclamée Mère de Dieu, contrairement à l'erreur de Nestorius. Il est certain du moins que cette addition ne devint vulgaire que longtemps après ; car on ne la trouve dans aucun ouvrage connu en Occident avant le seizième siècle, comme l'atteste D. Mabillon. Cependant le docteur Grancolas rapporte que, dans l'Eucologe de Sévère patriarche d'Alexandrie, l'an 647, à la fin de son livre de Ritibus Baptismi, on lit cette oraison : Pax tibi Maria ; gratia plena, Dominus tecum, benedicta tu inter mulieres et benedictus fructus qui est in utero, Jésus Christus. Sancta Maria, mater Dei, ora pro nobis, inquam, peccatoribus. Amen. Cette prière est sans contredit le type de notre Ave Maria. Dans les bréviaires des Trinitaires et des Camaldules imprimés l'an 1514, on voit à la suite de la Salutation angélique ces paroles : Sancta Maria, mater Dei, ora pro nobis peccatoribus. Amen. Puis, dans le bréviaire franciscain de 1515, on lit l'invocation tout entière que nous récitons aujourd'hui : Sancta Maria, mater Dei, ora pro nobis peccatoribus, nunc et in hora mortis nostrae. Amen. On la retrouve ensuite dans le bréviaire cartusien de 1521, puis dans le bréviaire romain autorisé par Paul III, l'an 1535, et enfin dans celui que promulgua saint Pie V, l'an 1567.
Note XIX
Pourquoi Ludolphe n'a pas admis la doctrine de l'Immaculée Conception
Comme nous l'avons déjà fait remarquer, on ne peut plus dire que Marie a été purifiée de la tache originelle, mais on doit croire absolument qu'elle en a été préservée dès le premier instant de son existence. Si Ludolphe ne s'exprime pas exactement à ce sujet, c'est que, pendant trente ans, il avait appartenu à l'Ordre des Dominicains, parmi lesquels la doctrine de l'Immaculée Conception comptait ses principaux adversaires. Dans l'Ordre des Chartreux où il passa plus tard, la croyance au glorieux privilège de la Vierge Mère de Dieu avait eu pour interprète principal saint Bruno lui-même. Car, dans le commentaire sur les Psaumes qui lui est attribué communément avec raison, le Bienheureux Patriarche applique à l'admirable Vierge le premier verset du Psaume 101, en disant : Elle est cette terre sans corruption qui a reçu la bénédiction du Seigneur, et qui n'a subi la contagion d'aucun péché. Haec est incorrupta terra illa cui benedixit Dominus ; ab onmi propterea peccati contagione libera.