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Note XX
Translation de la sainte Maison de Nazareth
Ludolphe, parlant des deux églises de Nazareth, répète textuellement sans nommer personne, ce qu'avaient dit saint Jérôme (De locis hebraicis) et le Vénérable Bède (De locis sanctis, XVI). — De ces passages équivoques, quelques critiques modernes ont voulu conclure qu'au temps de ces écrivains, la Maison de la bienheureuse Vierge Marie n'avait pas été conservée. Mais, si, comme l'attestent ces auteurs, une église existait à Nazareth au lieu même où était la Maison de Marie, il ne s'ensuit pas nécessairement que cette Maison fût alors détruite ; elle pouvait bien avoir été changée en église ou même renfermée dans une plus vaste église. Or, c'est précisément ce que nous apprennent l'histoire et la tradition.
On croit en effet que les Apôtres dressèrent un autel et offrirent le saint sacrifice en ce même lieu, où s'était opéré le grand mystère de l'Incarnation. Les premiers chrétiens, sans dénaturer cette demeure, se bornèrent à y ajouter quelques ornements pour la convertir en oratoire, de sorte que ce fut tout à la fois une maison et une église. Après que les persécutions furent apaisées, la digne mère du grand Constantin, sainte Hélène vint à Nazareth pour satisfaire sa dévotion, vers l'an 326 ; et non contente de vénérer l'habitation que la sainte famille avait occupée, elle la fit enfermer dans une église magnifique dont le frontispice portait cette inscription : C'est ici le sanctuaire où a été jeté le premier fondement du salut des hommes.
Depuis cette époque jusqu'à la fin du treizième siècle, cet auguste sanctuaire ne cessa d'être fréquenté par de pieux pèlerins. Les plus célèbres sont l'illustre docteur saint Jérôme, les dames romaines sainte Paule et sainte Eustochium, le séraphique saint François d'Assise, et spécialement saint Louis, roi de France qui, le 25 mars 1252, reçut la sainte communion dans l'église de Nazareth, à l'autel même de l'Annonciation. Presqu'aussitôt après que ce monarque fut retourné dans son royaume, les Sarrasins d'Égypte, faisant irruption sur le territoire de la Palestine, renversèrent le superbe temple de Nazareth et laissèrent au milieu des ruines la modeste habitation de Marie. La prise de Ptolemaïde consomma la perte de la chrétienté dans la Terre Sainte, l'an 1291, de sorte que les Lieux saints, exposés au pillage et à la profanation, ne pouvaient, être conservés et visités qu'avec de très-grandes difficultés et moyennant d'énormes contributions.
Ce fut au milieu de ces circonstances désastreuses que les Anges enlevèrent aux infidèles la sainte Maison ou plutôt la Chambre sacrée de Marie (Santa Casa). Traversant la Méditerranée, ils la transportèrent sur le bord oriental de la mer Adriatique, près de Tersatz, en Dalmatie, 10 mai 1291. Ensuite, le 10 décembre 1294, ils la transférèrent sur la rive occidentale de l'Adriatique, près de Recanati, dans la Marche d'Ancône, en un bois de lauriers (lauretum), d'où elle prit le nom de Laurette. Selon d'autres historiens, elle tira ce nom de la pieuse dame à laquelle ce bois appartenait. Quoi qu'il en soit, l'année suivante 1295 les Anges la transportèrent deux fois encore ; d'abord, en dehors de cette foret sur le terrain de deux frères ; puis, sur une colline du voisinage, au milieu de la voie publique, où elle est restée jusqu'à présent l'objet de la vénération universelle.
Avant qu'elle fût déposée sur terre pendant ces diverses translations, plusieurs personnes l'aperçurent venir en l'air entourée d'une lumière extraordinaire. Plusieurs serviteurs de Dieu, comme saint Nicolas de Tolentino, connurent alors par révélation que le mystérieux édifice était celui de Nazareth, où Marie avait pris naissance et avait passé son enfance, où Gabriel l'avait saluée, et où le Verbe s'était incarné. Ils apprirent aussi d'où provenaient les objets religieux, que contenait encore ce premier oratoire dédié par les Apôtres à la Mère de Dieu : l'autel en pierre avait été dressé par saint Pierre pour y célébrer l'auguste sacrifice ; le crucifix sur toile et la statue en cèdre qui représente la sainte Vierge portant Jésus enfant, avaient été faits par saint Luc. Ces révélations furent immédiatement confirmées par de nombreux miracles, et d'abord par la guérison subite d'Alexandre le vertueux pasteur de Tersatz, qui fut délivré d'une maladie mortelle au moment même où la Mère de Dieu lui apparut, pour lui annoncer la dignité incomparable du sanctuaire mystérieux.
Des preuves aussi évidemment surnaturelles de la vérité du fait n'empêchèrent pas les autorités civiles et ecclésiastiques d'employer tous les moyens juridiques, pour constater authentiquement, aux yeux de tout le monde et de la postérité, un événement aussi extraordinaire. Dès la première translation, le gouverneur de Dalmatie, avec l'autorisation de l'empereur Rodolphe 1er, envoya quatre personnages distingués pour prendre des informations en Palestine. On leur montra la place qu'avait occupée la sainte Maison à Nazareth ; ils en virent les fondements, mais ils n'en virent point les murs ; entre les fondements qui étaient restés en ce lieu et les murs qui avaient été transportés en leur pays, ils trouvèrent une exacte conformité, soit pour les dimensions, soit pour les pierres ; et ils remarquèrent que l'édifice avait disparu à Nazareth le même jour qu'il avait apparu près de Tersatz. À leur retour, ils publièrent un rapport officiel de leurs observations, confirmé par un serment solennel. Un pareil témoignage ne fit qu'accroître la dévotion générale. On accourait de tous côtés pour visiter la sainte Maison, à Tersatz, lorsque les pieux habitants eurent la douleur de perdre le précieux trésor qu'ils s'applaudissaient de posséder depuis plus de trois ans.
L'année qui suivit la seconde translation à Lorette, l'évêque de Recanati, selon l'avis du pape Boniface VIII, chargea l'assemblée générale de la province de choisir seize notables, pour aller en Dalmatie et en Palestine examiner tout ce qui concernait la sainte Maison. D'après les renseignements qu'ils allèrent recueillir sur les lieux, les députés s'assurèrent que le sanctuaire nouvellement déposé à Lorette éait identiquement le même qu'on avait vu naguère à Tersatz, et qui était venu primitivement de Nazareth. Ils consignèrent le résultat de leur commission en un procès-verbal qui fut inséré dans les archives de Lorette. Ces actes accompagnés d'autres témoignages contemporains ont servi de bases incontestables aux nombreux historiens, qui, depuis cette époque, ont raconté les translations miraculeuses de la sainte Maison.
Les deux premières enquêtes que les autorités de Dalmatie et de la Marche d'Ancône avaient fait exécuter dès l'origine, furent accréditées davantage par la troisième enquête que Clément VII ordonna deux siècles après l’événement. L'an 1530, ce pontife envoya trois de ses principaux cameriers pour examiner les lieux consulter les traditions, d'abord à Lorette, puis en Dalmatie, et à Nazareth. Leurs relations furent en tous points conformes aux précédentes. Ils vérifièrent de nouveau ce fait important qui a été souvent vérifié depuis, et reconnu même au dernier siècle par des observateurs attentifs ; c'est que les murs ne sont point, comme beaucoup l'ont cru au premier aspect, en brique ou terre cuite, mais en pierres rougeâtres et veineuses dont les analogues ne se trouvent point dans la Marche d'Ancône ; tandis qu'elles se rencontrent fréquemment dans les carrières et les édifices de Palestine.
Un autre fait non moins frappant a été constaté à différentes époques, particulièrement sous le pontificat de Benoit XIV. L'an 1751, lorsqu'on présence de quatre évêques accompagnés de plusieurs architectes, on fit des fouilles pour restaurer le pavé de la sainte Maison, on reconnut que les murs reposaient, sans fondement et sans appui, sur un sol mouvant et inégal, et alors on remarqua qu'au lieu d'être élevés perpendiculairement, ils étaient légèrement inclinés vers le couchant : il fut ainsi constaté que la sainte Maison se soutient par elle-même depuis plusieurs siècles, contre toutes les règles de l'architecture. Ce miracle perpétuel de conservation ne prouve-t il pas d'une manière permanente le miracle primitif de la translation, et par conséquent la vérité de la tradition touchant l'origine de cette sainte Maison ? Elle est aussi prouvée surnaturellement d'une manière toujours nouvelle par les éclatants prodiges que le Tout-Puissant opère depuis plus de cinq cents ans dans ce sanctuaire vénéré.
Voilà pourquoi, depuis cette époque éloignée, les princes et les peuples ne cessent point d'honorer et d'invoquer Notre-Dame de Lorette, ainsi que le concours des pèlerins et l'affluence des dons le manifestent chaque jour. Voilà pourquoi, depuis Boniface VIII, il n'y a presque pas de Souverain Pontife qui n'ait témoigné sa croyance et sa dévotion par rapport à l'habitation sacrée de Marie, soit en la visitant avec piété, soit en la décorant avec magnificence, soit en la comblant de présents, soit en lui octroyant des prérogatives dans l'ordre spirituel ou temporel. La plupart des Constitutions apostoliques qui accordent de nouveaux privilèges à la Sainte Maison de Lorette, la représentent comme la propre Maison de la très-sainte Vierge, d'après l'ancienne tradition appuyée sur d'innombrables merveilles. C'est ce qu'on remarque surtout dans les Constitutions publiées, sur ce sujet, par les papes Paul II, Jules II, Léon X, Paul III, Pie IV, Sixte V.
Non contents de favoriser la pieuse croyance des fidèles sur la translation miraculeuse de la Sainte Maison, plusieurs Souverains Pontifes, depuis Urbain VIII, l'an 1632, ont expressément autorisé la fête qu'on en célèbre chaque année, le 10 décembre, en certaines Églises. L'an 1669, Clément IX fit insérer dans le Martyrologe romain, pour le 10 décembre, un article ainsi conçu : Laureti in Piceno ; translatio sacrae domus Dei Genitrixis Mariae, in qua Verbum caro factum est. L'an 1699, Innocent XII, pour donner plus d'éclat à cette solennité, lui assigna une messe propre avec un office spécial où l'histoire de la Translation est racontée dans la sixième leçon des Matines. On y déclare que la Maison de Lorette est celle même de Nazareth où Marie prit naissance et où le Verbe se fit chair.
A l'imposante autorité des Souverains Pontifes vient se joindre le sentiment presque général des savants catholiques qui ont admis comme certain le fait de cette Translation. Quelques estimables auteurs tels que D. Calmet qui, avant de l'avoir examiné de près, en avaient parlé comme d'un fait suspect et douteux, ont reconnu plus tard qu'il était établi sur des preuves solides et irrécusables. Si donc ce miracle est un des plus extraordinaires dans les Annales de l'Église, il est aussi un des mieux attestés aux yeux de la saine critique. Néanmoins Ludolphe qui écrivait peu de temps après la merveilleuse Translation, semble contredire ce fait contemporain. Car, il dit qu'on voyait à Nazareth l'église de l'Annonciation. Mais le pieux solitaire, séparé du monde et retiré en sa cellule, connaissait peu les changements nouveaux qui étaient survenus en des pays lointains, continuellement exposés aux ravages des Barbares. Car, il est certain, d'après Urbain IV écrivant à saint Louis, l'an 1261, que les Sarrasins venaient de raser la magnifique église de l'Annonciation. Si néanmoins Ludolphe parait ignorer la destruction de ce temple bâti par sainte Hélène, il n'est pas étonnant qu'il ignorât la Translation de la sainte Maison contenue dans son enceinte. Plus tard, les fidèles de Palestine, pour se consoler d'avoir perdu la sainte Maison, construisirent une nouvelle église de l'Annonciation où sont contenus les fondations du précieux sanctuaire.
Note XXI
Fête de l'Annonciation
L'autorité de l'Église, dit saint Augustin (de Trinit, lib. IV, cap. 5), garde comme une tradition des temps antérieurs la croyance que Jésus-Christ fut conçu, le 8 des calendes d'avril, le même jour qu'il mourut plus tard. Cette ancienne tradition est confirmée par l'usage constant des Églises orientales qui ont toujours célébré la fête de l'Annonciation, aussi bien que l'Eglise latine, le 25 mars. L'accord général sur ce point depuis la plus haute antiquité, prouve que les Apôtres eux-mêmes ont fixé à ce jour la célébration de cette solennité ; car, comme le font observer les liturgistes, c'est ici le cas d'appliquer la règle énoncée par saint Augustin (de Baptis. Lib. 11, 24), qu'on doit attribuer aux Apôtres la première institution des pratiques observées depuis un temps immémorial dans l'Église universelle. — On peut même conjecturer avec les Bollandistes que cette fête doit son origine à la vive reconnaissance de la très-sainte Vierge qui ne pouvait manquer de célébrer chaque année, avec une singulière dévotion, la mémoire du grand mystère opéré dans son sein pour le salut du monde. Les Apôtres, témoins de cette pieuse pratique de la divine Mère, crurent devoir s'y conformer, en célébrant eux-mêmes un si précieux anniversaire. Cette fête de l'Annonciation ayant un double objet, d'abord le message de l'Ange à Marie, puis l'incarnation du Verbe en Marie, semble être une des principales fêtes non-seulement de la sainte Vierge, mais encore de Jésus-Christ. Cependant, comme le font remarquer Suarez (de Vera Relig. I. 2, 5) et Benoit XIV (de festis), d'après le titre ordinaire qu'elle porte et d'après l'office propre qu'on récite dans la liturgie romaine, la fête de l'Annonciation se rapporte particulièrement à la sainte Vierge, tandis que celle de Noël se rapporte spécialement à Jésus-Christ. Car, c'est seulement après que la sainte Vierge eut consenti à devenir Mère de Dieu, que Jésus-Christ daigna devenir Fils de l'homme pour nous racheter. — Cette époque de l'Incarnation est tellement capitale dans l'histoire de l'humanité, comme principe de notre réparation, qu'elle sert de base à l'ère chrétienne, fixée depuis l'an 526, d'après le calcul du moine Denys-le-Petit. Souvent même, au moyen âge, par respect pour la mémoire du Sauveur, on comptait chaque année de grâce, à partir du jour anniversaire de son Incarnation, le 25 mars, ou bien de sa Nativité, le 25 décembre.
Note XXII
Circonstances de la Visitation de Marie
Saint Luc, après avoir dit que l'ange se retira, ne rapporte pas que Marie partit aussitôt, ce jour-là même, mais en ces jours, comme pour nous faire entendre, selon la remarque des interprètes, qu'entre la visite de l'Ange et le départ de Marie, il y eut un intervalle où elle demeura dans la contemplation du grand mystère, pour payer à Dieu le tribut de sa vive reconnaissance. Ensuite, elle partit de Nazareth pour aller sur les montagnes de la Judée.
Plusieurs auteurs supposent, avec beaucoup de vraisemblance, que Joseph accompagna Marie dans ce long et difficile voyage qu'elle ne pouvait convenablement faire seule ; et que, l'ayant conduite chez Zacharie, il revint à Nazareth continuer ses travaux ordinaires. D'autres, comme Ludolphe, pensent que Marie a pu se faire accompagner, dans son voyage, par quelqu'une de ses parentes ou de ses voisines. Ce qui parait certain du moins, c'est que saint Joseph n'était pas présent à l'entretien de la sainte Vierge et de sainte Elisabeth, au moment de leur première entrevue ; autrement il n'aurait pas ignoré, depuis ce moment, le mystère de l'Incarnation ; et il n'eût pas été aussi étonné que l'Évangile le suppose, en s'apercevant de la grossesse de son épouse. Aussi blâme-t-on les peintres qui représentent saint Joseph comme assistant au colloque des deux saintes femmes.
Comme l'Évangile ne nomme point la ville de Juda où demeuraient Zacharie et Elisabeth, beaucoup de savants auteurs, comme Baronius et Benoit XIV, présument que c'était Hébron, ville sacerdotale, située sur les montagnes, dans la tribu de Juda, à dix lieues environ de Jérusalem. Mais, d'après la tradition constatée sur les lieux mêmes par les voyageurs et géographes de la Palestine, la maison où la sainte Vierge visita sainte Elisabeth était placée près du village que les chrétiens appellent maintenant saint Jean de la montagne, à deux lieues environ de Jérusalem. Dans ce village est bâti le couvent des Franciscains, au lieu môme où naquit le saint Précurseur (V. Cornélius à Lapide. — Saints Lieux par Mgr Mialin, (t. II, c. 34, p. 118).
Note XXIII
Fête de la Visitation de Marie
Le mystère de la Visitation de la B. V. Marie est l'objet d'une fête spéciale, depuis un temps immémorial en Orient, et depuis le treizième siècle en Occident. Elle était établie, l'an 1263, dans l'Ordre de saint François qui avait alors saint Bonaventure pour général. Urbain VI, l'an 1386, et son successeur Boniface IX, l'an 1389, en ordonnèrent la célébration pour obtenir, par l'intercession de la très-sainte Vierge, la cessation du schisme qui désolait alors l'Église partagée entre deux papes compétiteurs. Ce décret ne fut d'abord observé que dans les pays soumis aux papes de Rome ; mais la fête fut généralement célébrée en Italie et en France, depuis que, l'an 1441, le Concile de Bâle en eut fixé la solennité au second jour de juillet, pour assurer à l'Église la protection de Marie contre les invasions des Turcs. Il est vrai que ce Concile n'était plus légitime, à l'époque où il publia ce décret ; mais l'autorité qui lui manquait, fut suppléée dans la suite par celle des Souverains Pontifes qui insérèrent la fête de la Visitation dans le Bréviaire roumain. L'office qu'on y récite maintenant a été réformé d'abord sous S. Pie V, puis, sous Clément VIII, vers la fin du seizième siècle. Selon la remarque de Benoit XIV, il eut été peut-être plus naturel de placer la fête de la Visitation dans les jours qui suivent celle de l'Annonciation, mais, comme l'Annonciation tombe ordinairement dans le temps du Carême ou de la Passion, pour ne pas multiplier les solennités à cette époque de pénitence et de deuil, on a préféré renvoyer celle de la Visitation, au mois de juillet, vers la fin des trois mois que la très-sainte Vierge passa chez sa cousine sainte Elisabeth.
Note XXIV
Fête de saint Jean-Baptiste
Comme pour accomplir la prédiction de l'ange Gabriel, L'Église ne tarda pas d'honorer par une fête solennelle l'heureuse Naissance du saint Précurseur. Au cinquième siècle, cette fête était déjà généralement établie, d'après une antique tradition, comme saint Augustin l'atteste en plusieurs de ses sermons. Le concile d'Agde, l'an 506, la compte parmi les plus solennelles, après celles de Notre-Seigneur ; et plusieurs anciens sacramentaires nous apprennent qu'on célébrait autrefois trois messes en ce jour, comme on fait encore au jour de Noël. — La vigile de cette solennité n'est guère moins ancienne que la fête elle-même. Durand de Mende assure qu'autrefois on observait un Carême entier avant la Nativité de saint Jean-Baptiste, comme avant celle de Jésus-Christ, parce que cette fête marquait la fin de l'Ancien Testament et le commencement du Nouveau. Le concile de Salgunstadt, l'an 1022, suppose aussi qu'en certains endroits on s'y préparait par un jeûne de plusieurs jours. Depuis longtemps, cette fête est célébrée avec Octave dans presque toute l'Église. Dans plusieurs Eglises particulières, on a célébré aussi une fête particulière dite de la Conception de saint Jean-Baptiste ; elle est ainsi désignée, sous la date du 24 septembre, dans plusieurs anciens martyrologes latins ; et sous la date du 23 septembre dans le Rituel des Grecs. Mais il est certain qu'on ne prétendait honorer par là que la sanctification de saint Jean dans le sein de sa mère, et non lui attribuer l'exemption du péché originel, privilège que personne n'a jamais attribué qu'à la très-sainte Vierge Mère de Dieu. — L'hymne que l'on chante dans la Liturgie romaine à la Nativité de saint Jean-Baptiste est due à la dévotion de Paul Diacre, secrétaire de Charlemagne et moine du Mont-Cassin. Un jour qu'il devait bénir le cierge pascal, sa voix auparavant sonore devint enrouée ; et afin qu'elle lui fût rendue, il composa en l'honneur du saint Précurseur l'hymne célèbre Ut queant Iaxis resonare fibris. La grâce qu'il demandait au début de cette pièce, lui fut accordée comme jadis à Zacharie, par les mérites de saint Jean.
Note XXV
Conciliation des deux Généalogies de Jésus-Christ
Les généalogies que saint Matthieu et saint Luc nous ont laissées de Jésus-Christ, présentent des difficultés qui exigent quelques explications pour écarter les objections.
1° Afin de prouver que Jésus-Christ descend de David, pourquoi les deux Évangélistes ne donnent-ils pas directement sa généalogie par Marie, mais par Joseph, puisque Jésus-Christ n'est point le fils propre de Joseph, mais de Marie seulement ?
On répond d'abord que les Juifs, comme plusieurs autres peuples, n'avaient point coutume de tirer les généalogies des enfants par les femmes, mais exclusivement par les hommes. D'ailleurs, décrire la généalogie de Joseph, c'était décrire celle de Marie, parce que tous deux appartenaient à la même famille, de façon qu'ils avaient les mêmes ancêtres. C'est ce que les auteurs catholiques s'accordent à reconnaître et ce que les Juifs eux-mêmes pouvaient facilement constater, soit par les témoignages, soit par les registres publics, à l'époque des Évangélistes. Aussi, saint Matthieu et saint Luc présupposent comme un fait notoire ce qu'une tradition très-ancienne nous rapporte, savoir que Marie, étant fille unique et seule héritière de son père, fut obligée d'épouser son plus proche parent, comme la loi mosaïque le requérait, au livre des Nombres (XXXVI, 7).
2° Pourquoi les deux Évangélistes ne donnent-ils pas à Jésus-Christ la même généalogie ? Saint Matthieu qui écrivait en Palestine pour les Juifs spécialement, a tracé la généalogie de Joseph par Jacob son propre père, ainsi qu'on l'a toujours cru généralement. C'est aussi, comme beaucoup le pensent, la généalogie de Marie par sa propre mère Anne qui était vraisemblablement sœur de Jacob ; car Mathan était tout à la fois père de Jacob et d'Anne, si nous en croyons une tradition soutenue par divers auteurs, soit Orientaux, soit Occidentaux, consignée dans le Ménologe des Grecs pour la Nativité de la sainte Vierge, et attestée au troisième siècle par saint Hippolyte, martyr, évêque de Porto (v. Cornélius à Lapide in Luc. III). — Saint Luc qui écrivit dix ans après saint Matthieu pour les Gentils spécialement, traça la généalogie de Joseph par Héli qui était son beau-père, suivant l'opinion communément admise aujourd'hui. C'était par conséquent la généalogie de Marie par son propre père Joachim ou Héli. Car Héli n'est que le diminutif d'Héliachim qui est synonyme de Joachim, comme les hébraïsants le prouvent facilement d'après les étymologies. Aussi, on voit dans la Bible que ces deux derniers noms sont attribués au même roi fils de Josias ; le grand-prêtre qui vivait au temps de Manassès est nommé également Helcias, Heliachim et Joachim, comme l'a montré D. Calmet, en sa Dissertation sur les Généalogies de Jésus-Christ. C'est pourquoi, la sainte Vierge est appelée Marie fille d'Héli, d'après la tradition des Juifs que rapporte le Thalmud de Jérusalem ; tandis qu'elle est appelée fille de Joachim, d'après la tradition des chrétiens que les Pères ont conservée, que les Eglises ont adoptée, et que Mahomet lui-même a constatée dans l'Alcoran. — En rapportant ainsi diverses généalogies de Jésus-Christ, les deux Evangélistes ont voulu montrer que, comme les Prophètes l'avaient annoncé, il était véritablement fils et successeur de David à divers titres et de différents côtés à la fois, tant par son père adoptif et sa propre mère, que par son grand-père et sa grand1 mère.
3° Voici les principales difiérences que l'on remarque dans les deux généalogies de Jésus-Christ. La première généalogie paraît ne comprendre que les pères proprement dits par le sang et la nature, comme l'indique évidemment le terme genuit dont saint Matthieu se sert constamment. La seconde peut renfermer au moins quelques pères par alliance ou par adoption ; car l'expression qui fuit que saint Luc emploie exclusivement, ne marque pas nécessairement une filiation naturelle ; c'est ce qu'il insinue assez clairement, lorsqu'il dit Adam qui fuit Dei. En outre, la première généalogie descend par quarante générations, d'Abraham jusqu'à Jésus-Christ, au lieu que la seconde remonte par soixante quinze générations, de Jésus-Christ jusqu'à Adam, pour montrer que les promesses faites aux anciens patriarches et à nos premiers parents ont été réalisées en Jésus-Christ. De David à Jésus-Christ, suivant la branche de Salomon, saint Matthieu ne compte que vingt-huit générations, tandisque saint Luc, suivant la branche de Nathan, en énumère quarante et une. Ce nombre différent de générations n'est ni surprenant, ni rare entre deux lignes collatérales qui proviennent de souches si éloignées. Si saint Matthieu a omis les trois générations d'Ochosias de Joas et d'Amasias, c'est vraisemblablement pour se conformera l'usage des Juifs qui, à cause de la malédiction prononcée contre la postérité d'Achab, n'avaient point admis dans leurs registres les trois premiers descendants de Joram et d'Athalie, fille d'Achab et de Jézabel ; car suivant la loi de Moïse, la malédiction devait s'étendre jusqu'à la troisième génération. On doit imputer à la négligence des copistes dans la généalogie selon saint Matthieu la disparition du nom de Joakim, fils de Josias et père de Jéchonias : aussi les érudits ont trouvé des manuscrits où cette génération est marquée à sa place. De même, dans la généalogie de saint Luc, les générations de Mathat et de Lévi, mentionnées deux, fois en remontant d'Héli à David, doivent être imputées à une autre inattention des copistes. Cette répétition qui n'existait pas au temps de saint lrénée, ne se rencontre pas dans tous les exemplaires, (v. Bible vengée par Du Clot. 1 note sur les Évangélistes).
Dans l'intervalle de dix siècles qui se sont écoulés depuis David jusqu'à Jésus-Christ, les deux branches de Salomon et de Nathan se sont rencontrées deux fois ; d'abord dans le mariage de Salathiel avec la fille de Néri, puis dans celui de Joseph avec la fille d'Héli. Salathiel et Joseph qui avaient également épousé leur proche parente, ont ainsi réuni dans leurs personnes les droits des deux branches de la famille royale de David, et ils les ont transmis à leurs successeurs immédiats et légitimes héritiers Zorobabel et Jésus-Christ.
Note XXVI
Notre-Seigneur ne descend point d'Aaron par sa Mère
La parenté de la sainte Vierge et de sainte Elisabeth qui était de la race d'Aaron, d'après saint Luc (I, 5), a induit quelques Pères anciens, comme saint Hilaire et saint Ambroise, à croire que saint Luc donnait la généalogie sacerdotale de Jésus-Christ, tandis que saint Matthieu décrivait la généalogie royale. Mais cette opinion plus spécieuse que solide est depuis longtemps combattue et abandonnée, comme n'étant point fondée en raison, et n'étant point conforme à l'Écriture. En effet, pour que la sainte Vierge et sainte Elisabeth fussent cousines, il n'était point nécessaire, comme le supposent les auteurs susdits, que le père de Marie fût un prêtre descendant d'Aaron ; mais il suffisait que le père d'Elisabeth, prêtre descendant d'Aaron, eût épousé une parente de Marie, appartenant à la famille de David. C'est précisément ce que constate la tradition rapportée précédemment par Ludolphe, d'après laquelle Ismeria, mère d'Elisabeth, était sœur de sainte Anne. Or, comme nous avons vu que sainte Anne, mère de la sainte Vierge était sœur de Jacob, issu de David, il s'ensuit que Ismeria l'était également, de sorte que sainte Elisabeth, appartenant à la race d'Aaron par son père, appartenait aussi à la race de David par sa mère, comme la sainte Vierge.
D'ailleurs, si Jésus Christ était non pas simplement allié à la race sacerdotale, mais issu de cette même race, saint Paul commentant aux Hébreux le verset quatrième du psaume CIX, n'aurait pu dire que Jésus-Christ n'était point prêtre selon l'ordre d'Aaron, mais bien selon l'ordre de Melchisédech (Heb. VII, 11). Afin de prouver cette assertion, l'Apôtre n'aurait pu ajouter (Ibidem, 14) Il est notoire en effet que Notre-Seigneur est sorti de Juda, tribu à laquelle Moïse n'a jamais attribué le sacerdoce. De plus, si notre divin Sauveur était descendu d'Aaron par sa Mère, il ne serait pas né selon la chair, du sang et de la race de David, ainsi que saint Paul le répète plusieurs fois dans ses épitres (Rom. I, 3 — II Timot. II, 8). Donc, le propre père de la sainte Vierge ou le grand'père de Jésus-Christ n'appartenait point à la race d'Aaron, mais à celle de David.
Note XXVII
Paix générale et recensement universel à la Naissance de Jésus-Christ
Lorsque le Sauveur vint au monde, l'univers goûtait une tranquillité extraordinaire qu'il n'avait pas connue depuis bien des siècles ; car Suétone, biographe d'Octave, atteste que depuis la fondation de Rome, jusqu'au temps de César-Auguste, c'est-à-dire, pendant plus de sept siècles, le temple de Janus n'avait été fermé que deux fois à peine, en signe de paix, tandis qu'il fut fermé jusqu'à trois fois, sous l'empire d'Auguste. Tous les peuples alors se soumirent à un même pouvoir politique, pour se soumettre bientôt au royaume spirituel que Jésus-Christ allait établir par toute la terre. Dans ce calme universel, à l'époque où Jésus-Christ naquit, les saints Pères ont reconnu l'accomplissement merveilleux de ce qui avait été prédit par Isaïe (II, 4), et par David (Ps. LXXI, 7). — Suétone rapporte que César-Auguste profita de ce calme universel, pour ordonner un recensement d'après lequel fut dressée une statistique générale de l'empire romain, en quatre volumes. Aussi, pour constater authentiquement la Naissance de Jésus-Christ, saint Justin, dans la deuxième apologie adressée à Antonin-le-Pieux, l'an 166, renvoie les païens aux registres que l'on conservait, à Rome, du premier dénombrement effectué en Judée par le procureur Cyrinus, qu'il nomme d'accord avec saint Luc. Dans son quatrième livre contre Marcion, l'an 207, Tertullien renvoie également les hérétiques aux archives romaines qui contenaient, dit-il, les tables du recensement opéré sous Auguste, par Saturninus. On prouve en effet, par l'histoire et la numismatique, que Saturninus était gouverneur titulaire de la Syrie, lorsque l'empereur Auguste députa Cyrinus, personnage consulaire, pour commencer en cette province le dénombrement, que Saturninus fut chargé de continuer, au temps du roi Hérode le Grand. Dix ans après la mort d'Herode, lorsqu'Archélaüs successeur de ce prince eut été exilé en Gaule, Cyrinus lui-même, devenu gouverneur réel de la Syrie, essaya d'opérer un second dénombrement ou plutôt d'achever le précédent recensement que des troubles civils avaient contraint d'interrompre (v. Dr Sepp, Vie de Jésus-Christ. — Ben. XIV. de Festis).
Note XXVIII
Le bœuf et l'âne a la crèche du Sauveur
C'est une pieuse et constante tradition, dit Benoit XIV, en son Traité des Fêtes, que dans l'étable où le Sauveur naquit, il y avait un bœuf et un âne, bien que l'Évangile n'en parle point. Cette tradition est attestée, dans les quatrième et cinquième siècles, par saint Grégoire de Nazianze et saint Grégoire de Nysse, saint Jérôme, saint Cyrille d'Alexandrie, saint Paulin de Nole ; car ils prennent dans le sens littéral deux passages des Prophètes à ce sujet ; l'un d'lsaïe (I, 3.), cognovit bos possessorem suum, et asinus praesepe domini sui ; et cet autre d'Habacuc, selon les Septante (III, 2) : In medio duorum animalium cognosceris. Il est vrai que beaucoup de saints Pères donnent une explication allégorique de ces textes ; mais bien loin d'exclure l'interprétation littérale, ils la présupposent au contraire, quand ils montrent les deux peuples, le Juif et le Gentil, figurés par le bœuf et l'âne, à l'étable de Bethléem. Dans les catacombes et en d'autres lieux, on a trouvé ces deux animaux représentés auprès du Sauveur naissant, par des peintures et des sculptures qui remontent aux premiers siècles. Aussi, l'Église Romaine, suivant cette ancienne et commune tradition, chante à l'office de Noël : Ô magnum mysterium, et admirable sacramentum, ut animalia vidèrent Dominum natum jacentem in praesepio. Dans l'office de la Circoncision, elle s'écrie remplie d'admiration : Jacebas inter duo animalia et fulgebas in coelo.
Note XXIX
Origine et antiquité du Gloria in excelsis
On a nommé Hymne Angélique, ce cantique de louange dont les esprits célestes prononcèrent les premières paroles à la Naissance du Sauveur. Des docteurs ecclésiastiques ajoutèrent les autres paroles qui suivent celles ci, comme l'affirment les Pères assemblés au quatrième concile de Tolède (633). Ces additions paraissent avoir été faites dés les temps apostoliques ; car on les trouve à peu près semblables depuis la plus haute antiquité chez les Grecs et les Latins. Le Gloria in excelsis est apparemment une de ces hymnes que les premiers chrétiens chantaient en l'honneur de Jésus-Christ vrai Dieu, comme on le voit par la lettre de Pline à l'empereur Trajan et par les témoignages du philosophe Lucien et de l'historien Eusèbe. Vers la fin du second siècle, on se servit de ces mêmes hymnes pour réfuter l'hérésie d'Artémon qui niait la divinité de Jésus-Christ. Le Gloria in excelsis, tel que nous l'avons conservé, à quelques variétés près, est contenu tout entier, sous ce titre, prières du matin, dans les Constitutions Apostoliques qui remontent certainement aux premiers siècles. Dans le quatrième siècle, saint Athanase recommande aux vierges chrétiennes de réciter celte hymne de grand matin, après avoir, dit le psaume Deus, Deus meus, et le cantique Benedicite que nous disons encore à Laudes. Saint Chrysostôme rapporte également que les ascètes ou les moines avaient coutume de la réciter à l'office du matin. Depuis un temps immémorial, les Latins l'ont aussi récitée à l'office du matin, le dimanche du moins, en beaucoup d'Églises, ainsi que le prouvent plusieurs manuscrits liturgiques très-anciens, où elle est insérée sous ce titre : Hymne du dimanche à Matines c'est-à-dire à Laudes.
A la suite de l'anonyme surnommé le faux Alcuin, plusieurs auteurs latins du moyen âge, ainsi que Ludolphe, ont faussement attribué à saint Hilaire de Poitiers cette hymne, comme étant une profession très claire de la foi en la sainte Trinité, dont il lut le principal champion. Mais, dans le Liber Pontificalis, chronique contemporaine de saint Hilaire, on lit que le pape saint Télesphore, vers l'an 130, ordonna de chanter l'hymne angélique en la nuit de Noël, au commencement de la messe. Dans un autre catalogue des Pontifes Romains, on voit que le pape saint Symmaque, vers l'an 500, enjoignit de dire le Gloria in excelsis les dimanches et les fêtes. Mais cette règle ne fut généralement appliquée qu'aux messes pontificales, jusqu'au commencement du onzième siècle ; car les sacramentaires écrits avant cette époque marquent que les prêtres disent seulement à Pâques le Gloria in excelsis. Après certaines réclamations, les prêtres obtinrent la permission de réciter le Gloria in excelsis les mêmes jours que les évêques. C'est ce que prouvent le Micrologue composé vers 1090, les coutumes de Cluny, rédigées au douzième siècle, par le moine Udalric et les coutumes des Chartreux, écrites par Dom Guigue, vers 1130.
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