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Note XXX
Coutume de célébrer trois messes, le jour de Noël
La permission générale accordée à chaque prêtre de célébrer trois messes en un même jour, est depuis longtemps réservée pour la fête de Noël. Dans l'Église romaine c'était autrefois un usage commun à plusieurs fêtes solennelles, comme le prouve Benoit XIV ; il existait spécialement pour la fête de Noël, au temps même de saint Grégoire le Grand, puisque cet illustre Ponlife allègue cette raison pour motiver la brièveté de son sermon sur le mystère de la Nativité. On croit communément, sur l'autorité du Liber pontificalis, que la coutume de célébrer trois messes, le jour de Noël, a été établie par le pape saint Télesphorc, de l'an 128 à 139. Le motif de cette institution n'est pas simplement de satisfaire la dévotion des peuples, mais bien plutôt d'honorer les trois naissances différentes de Jésus-Christ. Les auteurs ne s'accordent pas tous pour déterminer laquelle de ces trois naissances on honore par chacune de ces trois messes. La plupart cepcndant, avec Benoit XIV, prennent pour règle d'appréciation les différents évangiles qu'on doit lire à ces différentes messes. Ainsi, d'après le sentiment commun, à la messe de minuit où on lit l'évangile Exiit edictum, on honore la naissance temporelle de Jésus-Christ, qui s'est accomplie à cette heure même : à la messe de l'aurore, où on lit l'évangile Pastores loquebantur, on honore la naissance spirituelle de Jésus-Christ dans l'âme des justes, comme clic s'est opérée dans la personne des bergers ; à la messe du jour, où on lit l'évangile In principio, on honore la naissance éternelle de Jésus-Christ dans le sein de son Père qui l'engendre dans les splendeurs des cieux.
Cette antique coutume de célébrer ainsi trois messes, le jour de Noël, est passée de l'Église Romaine dans les Églises particulières ; car avant que Charlemagne eût introduit en France la liturgie romaine, chaque prêtre y célébrait seulement deux messes ; le privilège d'en célébrer trois y fut d'abord restreint aux évêques, puis il s'étendit insensiblement aux prêtres. Quoique les fidèles ne soient obligés par le précepte de l'Eglise, qu'à entendre une de ces trois messes, l'usage des personnes pieuses est de les entendre toutes les trois, pour honorer les trois naissances de Jésus-Christ. De ces trois naissances, nous devons considérer particulièrement la première comme l'objet de notre reconnaissance, la seconde comme l'objet de nos désirs et la troisième comme l'objet de notre foi sur la terre, en attendant qu'elle soit dans le ciel l'objet de notre éternelle contemplation.
Note XXXI
Notice sur la Grotte, la Crèche et les Langes du divin Enfant
Dès les temps apostoliques, les Chrétiens entourèrent d'un respect et d'un culte religieux les objets et les lieux qui avaient été sanctifiés par la présence ou par l'attouchement du Sauveur, et spécialement la Grotte de Bethléem, où il fit entendre ses premiers vagissements, comme l'écrit saint Jérôme à saint Paulin (Epist. 58), specu ubi quondam Christus vagiit. Pour éloigner les fidèles de ce sanctuaire vénéré, l'empereur Adrien le dédia aux mystères infâmes d'Adonis, l'an 130. Mais la profanation de cette caverne sacrée n'abolit point la mémoire de l'illustre événement qui s'y était opéré. Car Origène qui vint habiter la Palestine, l'an 213, assure, dans son premier livre contre le sophiste Celse, qu'on montrait à Bethléem la Grotte où Jésus était né, et dans cette Grotte la Crèche où il avait été emmaillotté ; que les païens eux-mêmes, ne pouvant contester un fait aussi notoire, reconnaissaient avec étonnement le lieu célèbre où le Dieu des chrétiens avait daigné prendre naissance. Lorsque les persécutions eurent cessé, sainte Hélène, mère du Grand Constantin, vint en personne à Bethléem, l'an 326, comme le rapporte l'historien Eusèbe (Vita Constant. lib. III, 43) ; elle fit démolir le temple et renverser la statue d'Adonis ; puis, à cette même place, elle fit construire une basilique recouverte de lames d'argent et revêtue des marbres les plus rares : la sainte Grotte surtout fut décorée des plus riches ornements. Cette église fut bientôt environnée de plusieurs monastères et hôpitaux pour loger les innombrables pèlerins qui s'y rendaient journellement de toutes les contrées même les plus lointaines : elle fut restaurée, vers l'an 530, par l'empereur Justinien, et depuis ce temps elle a toujours subsisté, quoiqu'elle ait beaucoup souffert des injures du temps et de la guerre.
La Crèche où le divin Enfant a voulu reposer après sa Naissnce, n'était pas simplement de brique, comme saint Chrysostôme l'a dit, ni de bois, comme l'a prétendu Baronius. Les savants modernes, d'accord avec D. Calmet et Benoit XIV, reconnaissent qu'elle était taillée ou creusée dans le roc même de la caverne, et que cette première crèche de pierre a été recouverte d'une autre crèche en bois. Celle-ci, avec quelques pierres extraites de la sainte Grotte, fut transportée en la capitale du monde chrétien, à l'époque où le mahométisme envahit la Palestine, l'an 612. Depuis cette époque, la sainte Crèche est toujours vénérée, à Rome, dans la basilique Libérienne de sainte Marie-Majeure, appelée aussi pour cette raison, sainte Marie, ad Praesepe. Cette précieuse relique est enchâssée dans un berceau d'argent, où l'on voit l'Enfant Jésus couché sur un lit de paille d'or ; les deux anges qui sont à ses côtés ont été donnés par Philippe III, roi d'Espagne. Afin que saint Jérôme ne fût pas séparé après sa mort de la Crèche dont il avait été le vigilant gardien, pendant les trente huit dernières années de sa vie, son corps repose dans cette même basilique Libérienne, où il fut apporté de Bethléem, au treizième siècle (Ben. XIV, de Canonizat. II, c. 30, n. 15).
Les Langes dont fut enveloppé Jésus naissant, ont été conservés aussi précieusement. Au cinquième siècle, Juvénal, évêque de Jérusalem, les envoya à l'impératrice Eudoxie. Pour les garder avec honneur, à Constantinople, on érigea une superbe basilique et on institua une fête annuelle, comme l'atteste saint Germain, patriarche de Constantinople, au huitième siècle. L'an 1247, l'empereur Baudoin II donna ces mêmes Langes à saint Louis, roi de France, qui les déposa dans la Sainte-Chapelle de Paris. Ils y ont été religieusement conservés jusqu'à l'époque de la grande Révolution, où ils ont disparu.
Note XXXII
Traditions judaïques relativement à Hebron, où Adam fut formé, puis enseveli
D'après une tradition judaïque que plusieurs auteurs comme Ludolphe rapportent, d'accord avec saint Jérôme (In quaest. hebr.), le corps d'Adam a été façonné par Dieu avec la terre rouge d'un champ appelé Damascine, aux environs d'Hébron. En effet, le limon d'où fut tiré le premier homme est désigné dans la Genèse par le mot hébreu adama, qui signifie terre rouge. Persuadés que cette terre est celle du champ Damascène, les Orientaux viennent la chercher avec respect prés d'Hébron, pour l'emporter au loin, comme l'atteste Mgr Mislin (Saints-Lieux, t. III, c. 57). On montre aussi dans les environs d'Hébron la vallée dite des larmes, où l'on croit qu'Adam pleura la mort d'Abel. En outre, saint Jérôme (in Matth. XXVII) s'appuie sur un passage du livre de Josué pour dire qu'Adam fut enseveli près d'Hébron Adam vero sepultum juxta Hebron et Arbe in Jesu filii Nave volumine legimus). Nous lisons en effet au livre de Josué (XIV, 15). Nomen Hebron antevocabatur Cariath-Arbe. Adam maximus ibi inter Enacim situs est. Mais beaucoup d'interprètes traduisent ce passage, en disant : Hebron s'appelait auparavant ville d'Arbe ; celui-ci fut un homme très-grand parmi les Ènacites. Néanmoins, saint Jérôme, en son Onomasticon, à l'article Arboch, traduit le nom de Cariath -Arbe, par ville des quatre ; car, d'après la tradition judaïque, les quatre grands patriarches, Adam, Abraham, Isaac et Jacob ont été ensevelis à Hebron, avec leurs femmes Eve, Sara, Rébecca et Lia ; ce qui est certain, d'après la Bible, pour les trois derniers couples et pour le patriarche Joseph (Cornélius à Lapide, in Gènes. III, 7)
Note XXXIII
Apparition de la Vierge Mère de Dieu à César-Auguste
A l'exemple de Ludolphe, Baronius, dans ses Annales ecclésiastiques, rapporte l'apparition merveilleuse de la Vierge Mère de Dieu à l'empereur Auguste, comme une tradition citée par plusieurs auteurs du moyen âge, notamment par les historiens grecs Suldas et Nicéphore, dont le témoignage n'est pas toujours bien sûr. On ajoute qu'à la suite de cette apparition, Auguste fit ériger un autel au Capitole avec cette inscription : Ara primogeniti Dei, et que plus tard sur le même lieu Constantin le Grand fit construire en l'honneur de Marie l'église appelée Ara coeli (Baron, in Apparatu Annallium. — Ben. XIV, de Canoniz. III, 46).
Note XXXIV
Fête de Noël
Après les solennités principales de Pâques et de la Pentecôte, celle de Noël occupe, sans contredit, le premier rang. Son importance se manifeste par deux privilèges spéciaux qui la distinguent entre toutes les autres. Le premier que nous avons déjà signalé, est la permission accordée à tous les prêtres de célébrer trois messes, en ce jour, depuis une très-haute antiquité dans L'Église Romaine. Le second privilège, est la permission donnée à tous les fidèles d'user d'aliments gras en cette fête, lors même qu'elle tombe un jour d'abstinencc. D'après la coutume de l'Eglise universelle, dit Honorius III, vers l'an 1220, si l'anniversaire, de la Nativité de Notre-Seigneur tombe un vendredi, tous ceux qui ne sont pas astreints par un vœu ou par une régle à faire abstinence, peuvent manger de la chair, à cause de l'excellence de la féte, propter festi excellentiam (Décret, c. Explicari 3, de observ. Jejunii).
La fête de Noël est en outre une des plus anciennes du christianisme. Les Romains avec les Occidentaux depuis les habitants de la Thrace jusqu'à ceux du Cadix, déclare saint Chrysostôme, ont toujours célébré la Naissance du Sauveur, le 25 décembre, comme étant l'anniversaire de cet heureux événement. Ils en étaient assurés d'une manière authentique, ajoute le même saint Docteur, par les tables du recensement que César Auguste avait fait dresser à l'époque précise où naquit Jésus-Christ. Aussi, c'est à ces tables, conservées pendant plusieurs siècles dans les archives romaines, que saint Justin renvoyait les païens, l'an 160, que Tertullien renvoyait les hérétiques, l'an 207, et que saint Chrysostôme renvoyait les chrétiens, l'an 386, pour constater soit le temps, soit le lieu où Notre-Seigneur était venu au monde. C'est pourquoi les Pères latins s'accordent à reconnaître avec saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme et saint Fulgence, que, d'après une tradition constante, Notre-Seigneur était né le 25 décembre.
Avant le cinquième siècle, les Orientaux étaient très-partages entr'eux pour savoir quel était le jour anniversaire de la Nativité du Sauveur. Les Églises comprises dans les patriarchats d'Alexandrie et d'Antioche célébraient la mémoire de ce mystère, le 6 janvier, conjointement avec l'Adoration des Mages, sous le titre commun d'Epiphanie ou Théophanie, lorsqu'un décret émané de Rome, vers 376, enjoignit de fêter, le 25 décembre, la Naissance du Sauveur. Cette discipline était admise en Orient avant la lin du quatrième siècle, comme l'attestent saint Grégoire de Nysse, saint Grégoire de Nazianze et saint Chrysostôme. Ce dernier, dans un sermon qu'il prononça la première année de son sacerdoce, 25 décembre 386, à Antioche, s'attache à montrer combien était fondée l'ancienne tradition de l'Église Romaine qu'il connaissait, dit-il, depuis moins de dix ans. Mais il paraît que les Arméniens n'adoptèrent pas l'usage commun des Grecs et des Latins ; car Denys Bar-Salibi, auteur syriaque qui vivait au commencement du quinzième siècle, blâme la coutume particulière des Arméniens qui célèbrent le 6 janvier, la Naissance du Sauveur avec l'Adoration des Mages.
Note XXXV
Circonstances de la Circoncision de Jésus-Christ
L'Évangile ne nous donne aucun détail sur les différentes circonstances de la Circoncision du Sauveur, par rapport au lieu, au ministre et à l'instrument de cette cérémonie. Toutefois, on peut conjecturer avec beaucoup de vraisemblance, dit Benoit XIV (De Festis), que le divin Enfant fut circoncis à Bethléem, dans l'étable où il était né. Ce sentiment exprimé par saint Epiphane et admis par de nombreux écrivains, est fondé sur l'usage ancien des Juifs qui circoncisaient les enfants dans la demeure même de leurs parents, et non point dans le temple ou dans la synagogue, comme les peintres le supposent dans leurs tableaux.
C'était aussi la coutume que les enfants fussent circoncis non point par les prêtres ou les lévites, mais par le père ou par la mère, ainsi que l'Ecriture nous en fournit plusieurs exemples (Gen. XVII et XXI. — Exod. IV. — II Mach. VI). C'est ce qui donne lieu de penser avec saint Éphrem et saint Bernard que Notre-Seigneur fut circoncis par sa très-sainte Mère ou par saint Joseph. Il convenait que la chair innocente de l'Agneau sans tache ne fût touchée que par des mains virginales et parfaitement pures. — Quoique pour-la circoncision la Loi ne prescrivit aucun instrument particulier, et que les Juifs emploient d'ordinaire un couteau de métal, les Livres saints cependant nous apprennent qu'en certaines occasions extraordinaires, les anciens employèrent de préférence un couteau de pierre (Exod. IV. — Josué, V). On figurait ainsi d'une manière plus sensible que la circoncision spirituelle devait être opérée par le Christ, cette pierre vivante dont parle saint Paul (I Corint. X) : Petra erat Christus. C'est pourquoi saint Augustin et saint Bernard pensent que Jésus-Christ a dû être circoncis avec un instrument de pierre.
Note XXXVI
Fête de la Circoncision de Notre-Seigneur
La fête de la Circoncision de Notre-Seigneur est antérieure au sixième siècle ; car dans les plus anciens sacramentaires qui nous ont été conservés depuis cette époque, on voit par les oraisons de la messe que le mystère de la Circoncision était spécialement honoré à l'Octave de la Nativité du Sauveur. Aussi, l'an 567, le Concile de Tours déclara renouveler le statut des anciens Pères qui ordonne de célébrer la messe de la Circoncision, au premier jour de janvier. — Toutefois, la manière de célébrer cette fête a beaucoup varié. Pendant longtemps, pour détruire la coutume païenne de passer en débauches et en superstitions le premier jour de l'année, en l'honneur du Dieu Janus et de la déesse Strenia, l'Église invitait les fidèles à sanctifier ce jour par le jeûne et par la prière, en signe de pénitence et d'expiation ; c'est ce que prouvent les canons des Conciles de Tours l'an 567, d'Auxerre l'an 614, de Tolède l'an 633, de Rome l'an 743. Mais, lorsque les désordres eurent cessé, l'Église supprima le jeûne dans les jours qu'elle consacre à la joie depuis Noël jusqu'à l'Epiphanie. Et pour augmenter l'allégresse de l'Octave de la Nativité, elle joignit à la solennité de la Circoncision la mémoire de la sainte Vierge qui avait eu tant de part à ces deux mystères. C'est pourquoi, pendant plusieurs siècles, on dit en ce même jour deux messes, la première de la sainte Vierge pour honorer sa divine Maternité, la seconde de la Circoncision ; c'est ce que nous apprennent le Microloge au onzième siècle, Beleth docteur de Paris au douzième siècle, et Durand évêque de Mande au treizième siècle, ainsi que plusieurs missels du moyen âge. Maintenant nous ne disons plus ces deux messes en ce même jour ; mais les différentes parties de la messe et de l'office se rapportent les unes à Notre-Seigneur et les autres à sa sainte Mère,
Note XXXVII
Dévotion au saint Nom de Jésus
Le Nom sacré de Jésus comprend tous les différents noms que les Prophètes avaient employés pour annoncer l'avènement du Rédempteur (Is. VII, 14 ; IX, 6 ; Zach. IX, 9). Car, tous ces noms, se rapportant au salut dont le Messie devait être l'auteur, se trouvent contenus dans le Nom seul de Jésus auquel s'appliquent toute la force, la puissance, la cause et la raison de notre salut. C'est pourquoi le Nom de Jésus qui réalise toute l'étendue de sa véritable signification, surpasse tellement tout autre nom par son incomparable vertu qu'à ce seul Nom tout genou doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les enfers, comme saint Paul le déclare (Philipp. II). Lui-même le portait gravé si profondément dans son cœur qu'il ne se lasse point de le répéter en ses Ëpîtres, où on le retrouve plus de deux cents fois. A l'exemple du grand Apôtre, tous les Saints ont témoigné la tendre dévotion dont ils étaient remplis à la seule pensée de ce très-doux Nom.
Pour inspirer de pareils sentiments à tous les fidèles, l'Église a de tout temps encouragé la pieuse coutume de s'incliner avec respect toutes les fois que l'on prononce ou que l'on entend cet adorable Nom. Cette louable pratique a été recommandée surtout par le deuxième Concile œcuménique de Lyon, l'an 1274 ; et les Souverains-Pontifes l'ont favorisée d'indulgences particulières, entr'autres Sixte V. Ce sont principalement les Frères-Mineurs qui ont contribué à propager et à développer la vénération des peuples chrétiens envers le saint Nom de Jésus. Ainsi, vers le commencement du quinzième siècle, saint Bernardin de Sienne, religieux Observantin, introduisit l'usage de représenter, environné de rayons glorieux, le monogramme IHS formé par les initiales des trois mots Jésus hominum Salvator. Quelques personnes blâmèrent comme une nouveauté superstitieuse le culte qu'on rendait à cette sainte image. La cause fut portée devant le pape Martin V, et fut discutée au Vatican, l'an 1427. Saint Jean de Capistran y défendit avec tant de zèle et de solidité la pratique introduite par son digne confrère que le Siège Apostolique lui donna une approbation solennelle.
Plusieurs Églises ne tardèrent pas ensuite à célébrer une fête spéciale en l'honneur du divin Nom ; car on la trouve instituée en Angleterre avant le schisme du roi Henri VIII, et on la voit encore inscrite sur le calendrier officiel de l'Église Anglicane. Malgré de pressantes sollicitations, le Siége-Apostolique différa quelques temps d'autoriser cette fête désirée ; mais enfin, l'an 1530, Clément VII, permit à tout l'Ordre Franciscain de réciter le 14 janvier l'office qui avait été composé pour cet objet par Bernardin de Bustis. Vers la fin du même siècle, les Chartreux solennisèrent la fête du saint Nom de Jésus, d'abord au 14 janvier, puis au second dimanche après l'Epiphanie, comme on le voit par une ordonnance de leur Chapitre général de 1597. Plusieurs Églises comme celles d'Espagne obtinrent ensuite des Souverains Pontifes une semblable autorisation. Enfin, à la requête de l'Empereur Charles VI, Innocent XIII rendit obligatoire pour l'Église universelle la fête du saint Nom de Jésus qui fut fixée généralement au second dimanche après l'Epiphanie, par un décret de la Congrégation des Rites l'an 1721.
Note XXXVIII
Fête de l'Épiphanie
Depuis un temps immémorial, l'Église célèbre, le 6 janvier, sous le nom d'Epiphanie, une fête solennelle pour honorer une triple manifestation de la Divinité en Jésus-Christ. Notre-Seigneur en effet s'est manifesté au monde comme Dieu par trois événements principaux, savoir : aux Mages dans l'étable de Bethléem, par l'apparition d'un astre merveilleux ; puis aux Juifs dans la cérémonie de son Baptême par la voix du Père céleste ; ensuite à ses disciples aux noces de Cana par le changement de l'eau en vin. Saint Augustin ajoute que, le 6 janvier, on honorait une quatrième manifestation, la multiplication des pains en faveur de cinq mille hommes ; car, selon le témoignage d'Origène, ce prodige fut accompli ce jour là-même. La Liturgie Ambrosienne et la Mozarabe, ont conservé la mémoire de cette quatrième manifestation ; mais l'Eglise Romaine s'est toujours bornée à rappeler dans la fête de l'Épiphanie les trois principales manifestations du divin Rédempteur, pour les opposer apparemment aux trois triomphes de l'empereur Auguste, comme le conjecturent des érudits modernes.
Or de ce que l'Église honore les trois principales manifestations de Notre-Seigneur, le 6 janvier, peut-on conclure qu'elles ont eu lieu ce même jour, quoiqu'à des années différentes ? à la suite de Baronius, de savants écrivains prouvent par des exemples que la conclusion n'est pas rigoureuse. Néanmoins, saint Augustin, saint Maxime, saint Thomas et Suarez ont pensé que Notre-Seigneur avait été adoré par les Mages, le 6 janvier, treize jours après sa naissance ; qu'il avait été baptisé trente ans plus tard, le 6 janvier, et que le 6 janvier de l'année suivante, il avait opéré son premier miracle à Cana. Mais beaucoup n'admettent point ce sentiment, soit par rapport à l'Adoration des Mages, soit par rapport au Baptême du Sauveur, soit par rapport au miracle de Cana. Cependant, il est plus probable que l'Adoration des Mages a eu lieu, le 6 janvier, d'après l'opinion la plus commune. En outre, il est presque certain que le Baptême du Sauveur est également arrivé, le 6 janvier, suivant une tradition presqu'unanime ; car parmi les anciens Pères, saint Epiphane est le seul qui assigne un jour différent, savoir, le 6 novembre. — Mais, d'après d'illustres critiques et interprêtes modernes, tels que les cardinaux Baronius et Gotti, d'accord avec Cornélius à Lapide, Tillemont, etc. il n'est pas vrai semblable que le miracle de Cana ait été opéré le 6 janvier, un an après le Baptême de Jésus-Christ. Car, après avoir reçu le baptême, Jésus-Christ n'ayant pas tardé beaucoup à prêcher son Évangile, et à réunir des disciples, il n'est pas croyable qu'il ait différé une année entière à prouver sa mission divine par un premier miracle public. Les susdits auteurs concluent que le Baptême du Sauveur et le miracle de Cana ont bien pu avoir lieu la même année, mais non pas le même jour ; et ils montrent, d'après l'enchaînement chronologique des faits racontés par saint Jean, que le miracle de Cana a dû avoir lieu deux mois environ après le Baptême du Sauveur, c'est-à-dire, vers le commencement de mars et peu avant la célébration de la Pâque. Benoit XIV déclare que ce sentiment lui parait probable, de sorte qu'on ne peut savoir positivement le jour précis où ce premier miracle s'opéra. De plus, il fait remarquer avec les précédents écrivains que l'Église n'est point contraire à ce sentiment, lorsqu'elle chante dans l'office de l'Epiphanie: Hodie vinum ex aqua factum est ad nuptias, car c'est comme si elle disait: Hodie ejus rei memoria agitur.
Note XXXIX
Circonstances relatives à la venue des Mages
Pour expliquer comment les Mages ont été appelés au berceau du Sauveur, Ludolphe rapporte une tradition qui est loin d'être authentique, bien que très-ancienne ; car elle est puisée dans le Livre apocryphe de Seth, d'où saint Êpiphane l'a tirée et d'où elle est passée dans le Commentaire imparfait sur saint Matthieu. Les saints Pères et les écrivains ecclésiastiques ont émis diverses opinions sur la nature de l'étoile qui fit connaître aux Mages la Naissance du Sauveur. Parmi ces diverses opinions, la plus vraisemblable est celle qu'ont soutenue saint Chrysostôme, saint Basile, saint Fulgence, saint Thomas, Suarez, D. Calmet et Benoît XIV. Suivant eux, l'astre nouveau qui apparut aux Mages était un météore lumineux produit, non pas dès le commencement du monde et au firmament du ciel, mais pour la circonstance et dans la région moyenne de l'atmosphère, comme autrefois la colonne de feu qui conduisait les Juifs dans le désert. Les Mages, observateurs des astres, furent frappés des qualités merveilleuses que présentait ce météore dans la direction de la Judée, et ils se rappelèrent la prophétie que Balaam, un de leurs prédécesseurs, avait prononcée 1, 500 ans auparavant. Une étoile sortira de Jacob et un Dominateur s'élèvera dans Israël. La dispersion des Juifs et la traduction des Livres saints avaient contribué à répandre dans l'Orient cette fameuse prédiction avec la persuasion générale alors qu'un grand monarque allait paraître en Judée, comme l'attestent Cicéron, l'a cite et Suétone, d'accord avec Josèphe (Tacit. hist. lib. V, 13. — Sueton. Vita Vespas. IV. — Joseph. Bell. Lib. III, 8, 3, 9 ; lib. IV, 10, 7). De plus, éclairés intérieurement par la lumière de la grâce, les Mages n'eurent pas de peine à comprendre la signification de l'étoile, et poussés en même temps par l'inspiration de Dieu, ils prirent la résolution d'aller rendre leurs devoirs au Roi désiré de toutes les nations. C'est pourquoi l'Église leur met dans la bouche ces paroles qu'elle chante dans l'office de l'Epiphanie : signum magni Régis, eamus et promanus ei mimera.
Saint Matthieu s'étant contenté de dire que les Mages vinrent d'Orient à Jérusalem, on ne peut savoir précisément de quel pays. Le sentiment le plus probable est qu'ils vinrent de l'Arabie-heureuse, habitée depuis longtemps par les enfants qu'Abraham eut de Cétura, sa seconde femme, savoir Jecsan qui fut pore de Saba, et Madian qui fut père d'Epha. David semble faire allusion à cette circonstance, en disant que le Messie sera adoré par les rois des Arabes et de Saba et qu'on lui donnera de l'or d'Arabie (Ps. LXXI). C'est aussi ce que parait témoigner Isaïe (LX) en disant que les peuples de Madian et d'Epha viendront sur des dromadaires pour le reconnaître. En effet, l'or, l'encens et la myrrhe que les Mages offrirent à Jésus-Christ, naissent spécialement en Arabie. — Comme l'Évangéliste ne détermine pas te moment précis où l'étoile commença à paraître, les auteurs sont partagés entr'eux pour savoir si les Mages partirent d'Orient avant ou après le 25 décembre et s'ils arrivèrent à Bethléem le 6 janvier au plus tard. D'après le sentiment commun que professent saint Augustin et saint Thomas, l'étoile commença à paraître en la nuit même où naquit le Sauveur, de sorte que les Mages partirent d'Orient après le 24 décembre, mais cependant arrivèrent à Bethléem pour le 6 janvier. Entrant dans la maison, dit saint Matthieu, ils trouvèrent l'enfant avec Marie sa Mère. De ces paroles, plusieurs auteurs, les uns anciens, les autres modernes, ont conclu que les Mages trouvèrent l'Enfant Jésus dans un logement commode où la sainte famille s'était retirée après la Nativité ; mais d'après le sentiment commun, que soutiennent entre autres saint Justin, et saint Jérôme, les Mages rencontrèrent l'Enfant Jésus dans la grotte même où il était né, et c'est, ce que chante l'Église dans l'office de l'Épiphanie : Hodie Stella Magos ducit ad praesepium. Cette tradition est confirmée par les peintures qui sont conservées depuis les premiers siècles dans les catacombes. Si cependant l'Évangéliste se sert du mot domus, c'est, comme le fait observer Baronius, pour désigner une habitation quelconque, selon le langage ordinaire des Juifs et des écrivains sacrés (cf. Ps. CIII, 17).
D'après le sentiment commun des Pères et des théologiens, on ne peut douter que les Mages inspirés du ciel n'aient reconnu la Divinité de Jésus-Christ, et ne lui aient rendu un culte de latrie : c'est dans cette persuasion qu'ils se prosternèrent pour l'adorer comme Dieu, et qu'ils lui offrirent de l'encens comme à Dieu même. La tradition est tellement constante sur ce point que, au témoignage de Benoît XIV, on ne saurait sans une audace téméraire expliquer dans un autre sens les paroles de saint Mathieu. Aussi l'Église professe la croyance générale à cet égard, lorsque, dans l'hymne composée par Sédulius, elle dit touchant les Mages : Deum fatentur munere ; et, dans les oraisons tirées du Sacramentaire Grégorien, elle dit : Deus, qui hodierna die Unigenitum tuum gentibus, Stella duce revelasti. . . Deus illuminator gentium, illud lumen infunde cordibus nostris, quod trium Magorum mentibus inspirasti D. N. Jesum Christum. Pour témoigner que leur foi était semblable, qu'ils reconnaissaient également Jésus-Christ comme Dieu, Roi et homme, les trois Mages lui offrirent également de l'or, de l'encens et de la myrrhe, ainsi que le déclarent entr'autres saint Paschase Ratbert et saint Anselme, Remi d'Auxerre et Denys le Chartreux.
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