Note XL
Détails sur les Mages
L'Évangile racontant la venue des Mages au berceau du Messie, omet tout ce qui regarde leur personne, leur qualité, leur nombre, leurs noms particuliers. Ces divers détails ont été la matière de traditions historiques et de recherches critiques que nous allons indiquer.
1° Les illustres personnages que Dieu choisit parmi les Gentils pour être les premiers adorateurs du Sauveur naissant, n'étaient pas des magiciens ou devins, comme quelques auteurs l'ont supposé ; mais c'étaient des hommes distingués par leurs dignités, leurs talents, leurs connaissances dans les choses divines et humaines, et spécialement dans l'astronomie, comme la plupart le croient avec fondement ; car les peuples Orientaux, parmi lesquels ces illustres personnages ont été choisis, donnaient à leurs docteurs, à leurs sages le titre de Mages.
2° De plus la royauté des mages est proclamée par de nombreux écrivains et par des saints Pères, dont plusieurs appartiennent aux quatre premiers siècles ; elle est admise par la masse des fidèles et par la plupart des érudits ; elle est même reconnue par l'Église qui, depuis un temps immémorial, applique à l'Adoration des Mages, dans la fête de l'Epiphanie, les paroles d'Isaïe LX, 8, et du Psaume LXII, 10. Cependant, comme Baronius le fait remarquer, les Mages ont pu être appelés rois, selon l'usage de l'Écriture, qui attribue ce titre à tous les seigneurs indépendants, à tous les princes souverains des plus petits comme des plus grands états.
3° Les Mages, sans compter leur suite, étaient au nombre de trois, si nous en croyons une tradition ancienne attestée par les auteurs ecclésiastiques à la suite de saint Léon, et confirmée par les peintures conservées dans les catacombes de Rome depuis les premiers siècles de l'Église. Elle est proclamée dans cette oraison tirée du Sacramentaire Grégorien : Deus illuminator gentium. . . illud lumen infunde cordibus nostris quod trium Magorum mentibus inspirasti, Dominum nostrum Jesum Christum. Cependant, le Commentaire incomplet sur saint Matthieu compte, d'après le Livre apocryphe de Seth, jusqu'à douze Mages ; mais on peut comprendre dans ce dernier nombre ceux qui ont accompagné les trois principaux chefs ou conducteurs de la troupe entière.
4° Quant aux noms particuliers des Mages, Bollandus assure qu'il n'en est fait aucune mention dans les écrivains grecs ou latins, avant le douzième siècle. Depuis ce temps, on leur a prêté différents noms ; et les plus connus sont ceux de Gaspar, Balthazar et Melchior, sous lesquels ils sont honorés dans l'Église de Cologne.
5° Les Mages reconduits dans leur pays par la même Providence qui les avait amenés à Bethléem, racontèrent à leurs peuples ce qu'ils avaient vu et entendu des merveilles du Verbe incarné pour le salut des hommes. Le Commentaire incomplet sur saint Matthieu rapporte qu'ils convertirent à la foi chrétienne un grand nombre de personnes avant même la Résurrection de Notre-Seigneur, et que saint Thomas étant venu dans leur pays, ils se joignirent à lui, reçurent le baptême de ses mains et l'assistèrent dans la prédication de l'Évangile.
6° D'après une tradition beaucoup plus récente, les restes sacrés des trois Mages furent d'abord portés à Constantinople où ils furent placés avec pompe dans la basilique de sainte Sophie, sous le règne de Constantin ; puis, dans le sixième siècle, ils furent transférés à Milan, dans l'église que l'évêque saint Eustorge avait fait construire en leur honneur ; enfin, l'an 1163, l'empereur Frédéric Barberousse, ayant pris et saccagé Milan, permit à Raynold, son chancelier, alors archevêque de Cologne, de les transporter en cette dernière ville, où depuis ce temps ils ont toujours été vénérés, sous le célèbre dôme de la métropole.
Note XLI
Fête de la Purification
Conformément à la proscription du Lévitique qui fixe la purification de la mère au quarantième jour après la naissance du fils, nous célébrons la Purification de la très-sainte Vierge quarante jours après la Naissance de Jésus-Christ, c'est-à-dire le d'eux février. Selon la remarque de Benoît XIV, l'Église Romaine place cette fête parmi celles de la sainte Vierge, en ne l'appelant pas autrement dans ses livres liturgiques que la Purification de Marie. Cet usage est fondé sur ces paroles de saint Luc qui sont comme l'annonce du mystère de ce jour : Lorsque les jours de sa Purification furent accomplis ; postquam impleti sunt dies Purgationis ejus. Et comme le mot ejus pouvait paraître ambigu, l'Église, à laquelle il appartient d'interpréter les Livres saints, fait lire à la messe dans l'évangile de cette fête Maria au lieu de ejus.
Il serait difficile d'assigner avec précision l'époque où cette fête a commencé ; il paraît néanmoins qu'elle était établie en Orient avant le cinquième siècle, notamment dans les Églises de Phénicie, de Syrie, de Chypre et d'Egypte. On voit dans la vie du célèbre abbé saint Théodose, que, vers le commencement du cinquième siècle, on avait coutume de célébrer à Jérusalem la solennité de la Purification, Plusieurs auteurs, à la suite de Baronius, pensent qu'elle fut établie à Rome, vers la fin du cinquième siècle, par le pape S. Gélase, à l'époque où il abolit les restes honteux de la fête des Lupercales que les païens célébraient au mois de février, en l'honneur du dieu Pan ; mais il y a tout lieu de croire que S. Gélase ne fit qu'augmenter la solennité de la Purification pour détourner plus efficacement le peuple des superstitions païennes. L'an 512, afin d'obtenir la délivrance d'une peste qui désolait plusieurs provinces et dépeupla presqu'entièremcnt Constantinople, l'empereur Justinien ordonna de célébrer désormais dans tout l'Empire avec une grande pompe la fête de la Purification de la sainte Vierge, qui était déjà célébrée en beaucoup d'Eglises. Aussitôt que le décret fut rendu, le fléau cessa dans la capitale, où il enlevait chaque jour cinq mille et même quelquefois dix mille victimes.
L'usage de porter des cierges allumes en cette fête était déjà commun aux Églises d'Orient et d'Occident, dans le septième siècle, comme nous l'apprennent les discours que prononcèrent à cette occasion saint Sophrone, patriarche de Constantinople, vers 630, saint Ildefonse archevêque de Tolède, et saint Eloi, évêque de Noyon, vers 660. Ces deux derniers auteurs disent que dans cette fête du 2 février, le clergé et le peuple de Rome parcouraient la ville en portant des cierges et chantant des hymnes, à l'honneur de Marie toujours Vierge Mère de Dieu. Et ils déclarent que cette pieuse coutume avait été instituée pour remplacer la cérémonie païenne des Amburbales, dans laquelle on sacrifiait une victime, après l'avoir conduite avec grande pompe, autour de la ville, en tenant des flambeaux à la main. Cette explication est admise par Raban Maur, Innocent III, Guillaume Durand, Benoit XIV, et plusieurs érudits modernes. Par conséquent, saint Sergius Ier qui occupait le siège Apostolique, à la fin du septième siècle, n'a pas institué la procession de la fête de la Purification, comme quelques-uns le soutiennent ; il l'a seulement réglée, en statuant que cette procession aurait lieu de l'église de saint Adrien à celle de sainte Marie-Majeure, comme il est prouvé par le texte du Liber pontiificalis.
Note XLII
Le Temple du Seigneur et l'église de la Présentation à Jérusalem
Le monument remarquable que Ludolphe décrit ici, d'après les auteurs contemporains des Croisades, est celui que les Musulmans appellent la mosquée d'El-Sachrah, c'est-à-dire de la Roche, à cause de la fameuse pierre qu'ils y révèrent, sous la coupole placée au centre. On l'appelle aussi la Mosquée d'Omar, parce que, après s'être emparé de Jérusalem, il la fit bâtir sur l'emplacement même de l'ancien Temple. Ses successeurs firent reconstruire, réparer et décorer cet édifice avec la plus grande magnificence. Lorsque Godefroi de Bouillon fut maître de la Ville-Sainte, l'an 1099, il s'empressa de consacrer au culte chrétien ce riche monument qui fut orné de nombreuses inscriptions, et confié aux Chanoines-réguliers de saint Augustin, comme Ludolphe le rapporte ici. L'an 1136, un légat du pape Innocent II lit la dédicace solennelle de cette Église alors appelée le Temple du Seigneur. Mais Jérusalem ayant été reprise par les Musulmans, l'an 1187, le sultan Saladîn commença par rendre à sa première destination le Temple qu'il fit restaurer avec somptuosité ; et depuis cette époque, il fut défendu à tout chrétien d'y pénétrer ou mêm d'en approcher, sous peine de mort. Mais, depuis quelques années, plusieurs chrétiens ont obtenu la permission d'y entrer.
Sur le mont Moriah, à côté de ce monument octogone, on en voit s'élever un autre rectangulaire qui n'est guère moins remarquable. Les Musulmans l'appellent la mosquée al-Aksa, c'est-à-dire la plus éloignée, parce qu'elle est la plus septentrionale des trois mosquées les plus saintes de l'islamisme, savoir, celles de la Mecque, de Médine et de Jérusalem. Les Juifs, prétendant que le roi Salomon avait coutume de rendre la justice en ce lieu, l'appellent Midrasch Salomo, le Palais de Salomon. Les Chrétiens la nomment Église de ta Présentation, car, comme l'indiquent évidemment les sept nefs formées par quarante colonnes environ c'est là cette magnifique basilique que l'empereur Justinien fit bâtir l'an 530, dans la partie méridionale de l'ancien Temple, au lieu même où les parents de Marie avaient présenté au Seigneur leur fille âgée de trois ans. — (Saints-Lieux, par Mgr Mislin, T. 2, 27.)
Note XLIII
Massacre des enfants à Bethléem
Le nombre des victimes égorgées par Hérode à l'occasion du Messie ne paraît pas s'être élevé à plusieurs mille comme quelques-uns l'ont supposé ; car Bethléem, étant la plus petite ville de Juda, ne devait comprendre dans son enceinte et dans son voisinage que quelques mille habitants. Or, comme le fait observer le docteur Sepp, pour un millier d'habitants on ne peut compter plus de quinze à vingt naissances masculines par an. Le nombre des enfants massacrés par Hérode n'a donc pas dû dépasser une centaine.
Si nous en croyons Macrobe, auteur païen, l'empereur Auguste ayant appris qu'Hérode avait fait tuer beaucoup d'enfants à la mamelle sans épargner son propre fils, dit ironiquement : « Il vaudrait mieux être le porc d'Hérode que son fils ». Il faisait ainsi allusion à la loi juive qui défend de tuer aucun porc. L'historien Josephe, précisant le fait relatif au meurtre du fils d'Hérode, nous apprend que ce tyran fit mourir comme conspirateurs trois de ses fils déjà grands. Ainsi, il fit étrangler à Samarie Alexandre et Aristobule, peu de temps avant le massacre des Innocents, puis Antipater à Jéricho, cinq jours avant qu'il mourût lui-même. Celse, cet ennemi acharné des chrétiens, avait aussi connu par les Juifs le massacre de Bethléem et la fuite en Égypte, comme Origène le rapporte (lib. adversus Celsum, LVIII).
Note XLIV
Jésus-Christ a-t-il opéré des miracles avant son baptême ?
D'après le sentiment commun des saints Pères, fondé sur le témoignage de saint Jean (II, 11), il est certain que Notre-Seigneur Jésus-Christ n'a point opéré de miracles en public avant son baptême. Aussi, dans un Concile de Rome, l'an 494, le pape saint Gélase rejeta comme un ouvrage fabriqué par les hérétiques le Livre intitulé De infantia Salvatoris, dans lequel sont racontées les œuvres merveilleuses de Jésus enfant. Néanmoins, selon la remarque de Maldonat, il n'est pas également certain que Notre-Seigneur Jésus-Christ n'ait pas opéré de miracles en particulier avant son baptême. Il a pu en faire pour consoler et pour assister ses parents dans leurs besoins, comme plusieurs l'ont conjecturé. Mais on répond qu'il a aussi bien pu subvenir à toutes leurs nécessités par une providence spéciale, sans miracle proprement dit. Il parait donc plus probable qu'il n'a opéré absolument aucun miracle avant de commencer sa mission évangélique. Tel est le sentiment de saint Chrysostôme (Hom. XVI et XXII in Evang. Joan.) et de saint Thomas (Ben. XIV. De Beat, et Canoniz. 1. 4, part. I, c. 2, n. 4).
Note XLV
Jésus artisan
Quelques écrivains modernes ont supposé que jusqu'à sa trentième année Jésus avait vécu dans une retraite et une solitude profondes, exclusivement appliqué aux prières et aux jeûnes, sans exercer aucun art ou métier. Mais presque tous s'accordent à penser avec les anciens Pères, que s'il a consacré spécialement à l'oraison ou contemplation la majeure partie de sa vie privée, il ne s'est pas cependant abstenu de toute compagnie humaine et de toute relation sociale, mais qu'il a prêté secours à Marie dans ses occupations et à Joseph dans ses travaux. Autrement, ses concitoyens qui le voyaient chaque jour et qui l'observaient de près, n'auraient pas manqué de l'accuser de paresse et de négligence à l'égard de ses parents et de ses affaires. Néanmoins, les habitants de Nazareth qui connaissaient sa conduite et sa famille, disaient plus tard avec étonnement lorsqu'ils furent témoins de ses prédications et de ses miracles : N'est-ce pas le fils de l'artisan ? (Matth. XIII, 55). N'est-ce pas l'artisan fils de Marie ? (Marc. VI, 3).
D'après saint Hilaire et saint Ambroise, il aurait travaillé le fer ; mais, d'après saint Chrysostôme et saint Thomas qui expriment le sentiment commun, il a travaillé le bois. Saint Justin qui, au second siècle, avait recueilli en Palestine les traditions chrétiennes, ne craint pas d'avouer au juif Tryphon que Jésus avait été comme Joseph ouvrier en bois, qu'il avait confectionné des charrues et des jougs, pour nous apprendre à vivre dans la soumission et non point dans l'oisiveté.
Aussi, dans l'Évangile, Notre-Seigneur tire souvent ses comparaisons des instruments qu'il parait avoir fabriqués. Prenez sur vous mon joug, dit-il (Matth. XI). Celui qui, après avoir mis la main à la charrue, regarde en arrière, n'est pas propre au royaume de Dieu, dit-il encore (Luc. IX, 62). C'est pourquoi Celse le philosophe et Julien l'apostat reprochaient aux Chrétiens d'avoir pour maître un charpentier.
On connaît l'anecdote rapportée par Sozomène dans l'Histoire Tripartite (lib. VI, 44). Le rhéteur Libanius, comptant sur une victoire prochaine de l'empereur Julien, demandait à un philosophe chrétien : Que fait à cette heure le fils du charpentier ? Sophiste, repartit celui-ci, le Maître de l'univers que vous appelez le fils du charpentier, prépare en ce moment une bière pour Julien. Et Julien succomba quelques jours après.
Note XLVI
Nourriture de saint Jean
L'abstinence et la sobriété de saint Jean-Baptiste étaient tellement extraordinaires que les Pharisiens jaloux de sa réputation et de sa vertu le disaient possédé du démon. Car non-seulement il ne buvait pas de vin, comme l'Ange l'avait prédit, mais encore il ne mangeait point de pain, comme Jésus-Christ l'assure, (saint Luc. VII, 33). Content de ce que la nature lui fournissait d'elle même dans le désert, il se nourrissait de ce qui est appelé ----- dans le texte grec et locustae dans la Vulgate latine. À l'exemple d'Origene, saint Hilaire, saint Ambroise, saint Augustin, saint Jérôme, et presque tous les commentateurs entendent par ce mot les sauterelles que la Loi mosaïque permettait de manger comme animaux purs (Lévit. XI, 22). Elles s'abattent comme des nuées dans le désert ou l'on peut facilement les prendre avec les mains. Aussi, elles servent de mets ordinaire au petit peuple, dans plusieurs contrées orientales telles que la Palestine, l'Arabie, l'Ethiopie et la Lybie. Mais tandis que, pour les rendre moins insipides, les pauvres gens les font rôtir au feu ou frire dans l'huile, saint Jean, comme on le présume, les mangeait toutes crues, sans apprêt ni assaisonnement, de sorte qu'il trouvait en ce vil aliment un moyen très-propre de pratiquer la tempérance, la pauvreté et la pénitence.
D'après saint Chrysostôme, saint Isidore de Péluse, Théophylacte et Euthymius, le miel sauvage dont saint Jean se nourrissait aussi, avait le goût amer de celui que les mouches sauvages recueillent sur les plantes des montagnes et qu'elles déposent dans les fentes des rochers ou dans le tronc des arbres. D'après le cardinal Jacques de Vitry, patriarche de Jérusalem au milieu du XIIIe siècle, le miel dont usait saint Jean était le suc de la calamelle que l'on trouvait abondamment à 1 époque des Croisades dans l'oasis de Jéricho ; mais cette canne à sucre, comme on l'appelle vulgairement, n'a été importée de la Susiane en Palestine, qu'à une époque postérieure à celle où vivait le saint Précurseur (v. les Saints-Lieux, par Mgr Mislia, t, 3, pag. 112).
Note XLVII
Récitation de l'Évangile selon saint Jean à la fin de la messe
Le commencement de l'Évangile selon saint Jean est la dernière addition qui ail été faite communément au saint sacrifice. Elle fut introduite par la piété des prêtres et des fidèles qui en ont fait une coutume longtemps avant que l'autorité des prélats ordinaires ou des Souverains-Pontifes en ait fait une obligation. Les peuples ont toujours eu une grande vénération pour cet Evangile. Dès l'an 1022 le concile de Selingstad nous apprend que les laïcs et les femmes surtout avaient dévotion d'entendre tous les jours à la messe l'Évangile de saint Jean. Dans les fondations qu'ils faisaient, les fidèles recommandaient expressément qu'on le dit à la fin de la messe. Dans les grandes actions qui étaient accompagnées du serment, on faisait réciter par le prêtre à la fin de la messe, l'Évangile de saint Jean sur lequel ensuite on prêtait le serment. Aussi Ludolphe constate que la louable coutume de réciter cet Évangile à la fin de la messe existait de son temps, c'est à-dire, au commencement du quatorzième siècle. Mais, on voit par plusieurs anciens missels, qu'à cette époque, et jusque dans le quinzième siècle, cet usage n'était pas général ni uniforme dans toutes les Églises ; qu'il était facultatif dans les unes et obligatoire dans les autres. Les Statuts des Chartreux, l'an 1368, prescrivent de terminer par l'Évangile de saint Jean la messe sèche de la Sainte Vierge que chacun doit réciter en cellule après Prime. On voit aussi par des livres liturgiques imprimés avant le seizième siècle pour l'Église Romaine qu'elle avait adopté l'usage de réciter l'Évangile de saint Jean à la fin de la messe. Cette coutume est devenue une loi pour tous ceux qui se servent du Missel Romain, depuis que saint Pie V a mis l'Évangile de saint Jean parmi tout ce que les prêtres doivent réciter à la messe. (1570) (voir Explication de la messe par Lebrun.)
Note XLVIII
Chaussure de Notre-Seigneur
Ludolphe supposant que Notre-Seigneur ne portait point de souliers, prend pour une métaphore ces paroles de saint Jean-Baptiste : Je ne suis pas digne de dénouer ou de porter ses souliers (calceamenta). Mais d'autres interprètes, prenant à la lettre ces mêmes paroles, en concluent que Notre-Seigneur portait des souliers : telle parait être l'opinion de saint Augustin, (serm. CI, 6, §7). Saint Jérôme semble croire que Notre-Seigneur marchait les pieds nus, sans aucune chaussure (Hieron, epist. XXII, 8). Il est plus probable qu'il allait avec des sandales ; car, quand il envoya les soixante-douze disciples prêcher en Judée, il leur recommanda de ne point porter des souliers mais des sandales. (Matth. X, 10, neque calceamenta — Marc. VI, 9, calceatos sandalis). Après l'Ascension, les Apôtres suivaient encore cet avis ; car l'Ange qui réveilla S. Pierre dans sa prison, lui dit de prendre ses sandales, sandalia, d'après le texte grec (Act. XII). Aussi les premiers chrétiens imitant de pareils exemples, ne portaient point ordinairement de souliers, mais simplement des sandales, comme nous l'apprennent Lucien, Tertullien et Clément d'Alexandrie. Saint Paschase Ratbert atteste que de son temps, au neuvième siècle, on conservait à Rome les sandales de Notre-Seigneur (Pasch. Ratbert. in Matth. lib. VI, Biblioth. Patrum t. 14). Cornélius a Lapide dit qu'on lui a montré à Trêves une sandale de saint André (Cornel. in Matth. X, 10). Les plus anciennes images que nous ayons de Notre-Seigneur, comme celle de Rome qui a été peinte par saint Luc, nous le représentent avec des sandales.