Ressources Catholiques Missel Romain

précédent
Le mariage vocation chrétienne
22
Nous sommes à Noël. Tous les faits, toutes les circonstances qui ont entouré la naissance du Fils de Dieu nous reviennent en mémoire, tandis que notre regard s'arrête sur la grotte de Bethléem, sur le foyer de Nazareth. Marie, Joseph, Jésus enfant, sont particulièrement présents au plus intime de notre cœur. Que nous dit, que nous apprend la vie à la fois simple et admirable de la sainte Famille ?
Nous pourrions faire à son propos de nombreuses considérations. Mais je veux, aujourd'hui, en tirer surtout un enseignement. La naissance de Jésus signifie, comme le rapporte l'Écriture, l'inauguration de la plénitude des temps, le moment choisi par Dieu pour manifester pleinement son amour pour les hommes, en nous livrant son propre Fils. Cette volonté divine s'accomplit au milieu des circonstances les plus normales et les plus courantes : une femme qui enfante, une famille, une maison. La toute-puissance divine, la splendeur de Dieu passent par l'humain et s'unissent à l'humain. Depuis lors, nous autres chrétiens, nous savons qu'avec la grâce de Dieu nous pouvons et nous devons sanctifier toutes les réalités nobles de notre vie. Il n'y a pas de situation terrestre, aussi petite et aussi banale qu'elle paraisse, qui ne puisse être une occasion de rencontrer le Christ, qui ne puisse être une étape dans notre cheminement vers le Royaume des Cieux.
Il n'est donc pas étonnant que l'Église se réjouisse, se récrée en contemplant la demeure modeste de Jésus, de Marie et de Joseph. Il est bon, dit l'hymne des Matines de cette fête, de penser à la petite maison de Nazareth et à l'existence simple qu'on y mène, de célébrer en chantant l'humble simplicité qui entoure Jésus, sa vie cachée ; c'est là qu'enfant, il apprit le métier de Joseph ; c'est là qu'il grandit et qu'il partagea son travail d'artisan. Près de Lui s'asseyait sa douce Mère ; près de Joseph vivait son épouse très aimée, heureuse de pouvoir l'aider et de lui offrir ses services.
J'aime imaginer les foyers chrétiens, lumineux et joyeux, comme le fut celui de la Sainte Famille. Le message de la Nativité résonne de toute sa force : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. Que la paix du Christ triomphe dans vos cœurs, écrit l'apôtre. La paix de nous savoir aimés de Dieu notre Père, incorporés au Christ, protégés par la sainte Vierge Marie, protégés par saint Joseph. Voilà la grande lumière qui illumine nos vies et qui, au milieu de nos difficultés et de nos misères personnelles, nous pousse à aller de l'avant avec courage. Chaque foyer chrétien devrait être un havre de sérénité où l'on perçoit, au-delà des petites contradictions quotidiennes, une affection vraie et sincère, une profonde tranquillité, fruit d'une foi réelle et vécue.
 
Sainteté de l'amour humain
24
L'amour pur et sans tache des époux est une réalité sainte que, en tant que prêtre, le bénis de mes deux mains. La tradition chrétienne a vu fréquemment une confirmation de la valeur divine du mariage dans la présence de Jésus-Christ aux noces de Cana : Notre Seigneur est allé aux noces — écrit saint Cyrille d'Alexandrie — pour sanctifier le principe de la génération humaine.
Le mariage est un sacrement qui fait de deux corps une seule chair ; comme la théologie le souligne avec force, les corps mêmes des conjoints en constituent la matière. Le Seigneur sanctifie et bénit l'amour du mari envers sa femme et celui de la femme envers son mari : c'est Lui qui a disposé non seulement la fusion de leurs âmes, mais aussi celle de leurs corps. Aucun chrétien, qu'il soit ou non appelé à la vie matrimoniale, ne peut la sous-estimer.
Le Créateur nous a donné l'intelligence : elle est comme une étincelle de l'entendement divin et nous permet avec notre volonté libre — autre don de Dieu — de connaître et d'aimer. Il a en outre donné à notre corps la possibilité d'engendrer, autrement dit de participer en quelque sorte à son pouvoir créateur. Dieu a voulu se servir de l'amour conjugal pour faire venir au monde de nouvelles créatures et augmenter le corps de son Église. Le sexe n'est pas une réalité honteuse, mais un don divin dont la juste finalité est la vie, l'amour, la fécondité.
Voila dans quelle perspective se situe la doctrine chrétienne sur la sexualité. Notre foi ne méconnaît rien de ce qu'il y a de beau, de généreux, d'authentiquement humain ici-bas. Elle nous apprend que la règle de notre vie ne doit pas être la recherche égoïste du plaisir, car seuls le renoncement et le sacrifice conduisent au véritable amour. Dieu nous a aimés ; Il nous invite à L'aimer et à aimer les autres avec la vérité et l'authenticité avec lesquelles Il nous aime. Qui aura trouve sa vie la perdra et qui aura perdu sa vie à cause de moi la trouvera, a écrit saint Matthieu dans son Évangile, en une phrase qui semble paradoxale.
Les personnes trop attachées à elles-mêmes, agissant avant tout en vue de leur propre satisfaction, risquent leur salut éternel et ne peuvent qu'être infortunées et malheureuses. Celui-là seul qui s'oublie soi-même et qui se donne à Dieu et aux autres — et dans le mariage aussi — peut être heureux sur la terre, d'un bonheur qui est la préparation et l'anticipation de celui du ciel.
Au long de notre chemin sur la terre, la douleur est la pierre de touche de l'amour. Dans l'état de mariage, en considérant les choses d'une manière descriptive, nous pourrions affirmer qu'il y a un endroit et un envers. D'une part le bonheur de se savoir aimé, la joie d'édifier et de maintenir un foyer, l'amour conjugal, la consolation de voir grandir ses enfants. De l'autre des peines et des contrariétés, le passage du temps qui consume les corps et menace d'aigrir les caractères, l'apparente monotonie des jours apparemment toujours semblables.
Celui qui estimerait qu'amour et bonheur sont réduits à néant par ces difficultés aurait une piètre idée du mariage et de l'amour humain. C'est précisément quand les sentiments qui animaient les créatures révèlent leur véritable nature, que le don de soi et la tendresse s'enracinent et apparaissent comme une affection authentique et profonde, plus forte que la mort.
 
25
Cette authenticité de l'amour requiert fidélité et rectitude dans toutes les relations matrimoniales. Dieu, commente saint Thomas d'Aquin, a joint aux diverses fonctions de la vie humaine un plaisir, une satisfaction. Ce plaisir et cette satisfaction sont donc bons. Mais si l'homme, inversant l'ordre des choses, recherche cette émotion comme une fin en soi, en méprisant le bien et la fin auxquels elle doit être liée et ordonnée, il la pervertit et la dénature, la transforme en péché ou en occasion de péché.
La chasteté — non pas la simple continence mais l'affirmation décidée d'une volonté pleine d'amour est une vertu qui maintient la jeunesse de l'amour dans n'importe quel état de vie. Il y a la chasteté de ceux qui sentent s'éveiller en eux la montée de la puberté, la chasteté de ceux qui se préparent à se marier, la chasteté de ceux que Dieu appelle au célibat, la chasteté de ceux qui ont été choisis par Dieu pour vivre dans le mariage.
Comment ne pas rappeler ici les paroles fortes et claires rapportées dans la Vulgate et qui concernent la recommandation que l'archange Raphaël fit à Tobie avant qu'il n'épousât Sarah. L'ange l'avertit en ces termes : écoute-moi et je te dirai qui sont ceux contre lesquels le démon peut se prévaloir. Ce sont ceux qui embrassent le mariage de telle façon qu'ils excluent Dieu d'eux-mêmes et de leur esprit, et se laissent entraîner par la passion comme le cheval et le mulet, qui n'ont pas de raison. Sur ceux-ci le diable a du pouvoir.
Il n'y a pas d'amour humain net, franc et joyeux dans le mariage, si l'on ne vit pas cette vertu de chasteté, qui respecte le mystère de la sexualité et l'ordonne à la fécondité et à la générosité. jamais je n'ai parlé d'impureté, et j'ai toujours évité de tomber dans des casuistiques morbides et dénuées de sens ; mais j'ai bien souvent parlé de chasteté et de pureté, de l'affirmation joyeuse de l'amour, et je dois continuer d'en parler.
En ce qui concerne la chasteté conjugale, j'assure aux époux qu'ils ne doivent pas avoir peur de manifester leur amour ; au contraire, puisque cette inclination est la base de leur vie familiale. Ce que le Seigneur leur demande c'est de se respecter mutuellement, d'être loyaux l'un envers l'autre et d'agir avec délicatesse, avec naturel, avec modestie. je leur dirai aussi que les relations conjugales sont dignes quand elles sont la preuve d'un véritable amour et, par conséquent, quand elles sont ouvertes à la fécondité, à la procréation.
Tarir les sources de la vie est un crime contre les dons que Dieu a concédés à l'humanité, la manifestation d'une conduite inspirée par l'égoïsme et non par l'amour. C'est alors que tout devient trouble entre des conjoints, qui en arrivent à se considérer comme des complices. Il se produit alors des dissensions qui, à la longue, deviennent presque toujours incurables.
Quand la chasteté conjugale est présente dans l'amour, la vie matrimoniale est l'expression d'une conduite authentique : mari et femme se comprennent et se sentent unis. Quand le bien divin de la sexualité se pervertit, l'intimité est détruite et le mari et la femme ne peuvent plus se regarder en face loyalement.
Les époux doivent édifier leur vie commune sur une affection sincère et pure et sur la joie d'avoir mis au monde les enfants que Dieu leur a donné la possibilité d'avoir Ils doivent savoir, s'il le faut, renoncer à des commodités personnelles et avoir foi dans la Providence divine : fonder une famille nombreuse, si telle est la volonté de Dieu, est une garantie de bonheur et d'efficacité, même si, dans leurs égarements, les défenseurs d'un triste hédonisme affirment le contraire.
 
En l'Épiphanie du Seigneur
31. J'ai pu contempler récemment un bas-relief en marbre qui représentait l'adoration de l'Enfant-Dieu par les Mages. Autour de la scène, quatre anges tenaient chacun un objet symbolique : un diadème, le monde couronné par la croix, une épée, un sceptre. C'est sous cette forme artistique, faisant appel à des signes connus, que l'on avait représenté l'événement que nous commémorons aujourd'hui : quelques sages — la tradition dit qu'ils étaient rois — se prosternant devant un enfant, après avoir demandé à Jérusalem : '« Où est le roi des juifs, qui vient de naître ? ' ».
Et pour moi, une telle question m'incite maintenant à contempler Jésus, couché dans une crèche dans un lieu réservé aux bêtes. Où est, Seigneur, ta royauté : le diadème, l'épée, le sceptre ? Ils lui appartiennent, et Il n'en veut pas, Il règne, enveloppé dans des langes. C'est un roi fragile, qui se montre à nous sans défense : c'est un petit enfant. Comment ne pas rappeler ces paroles de l'apôtre : Il s'anéantit Lui-même, en prenant la forme d'un esclave ?
 
Notre Seigneur s'est incarné, pour nous manifester la volonté du Père. Et voici que, dès sa naissance, Il nous instruit. Jésus-Christ nous cherche — et son appel est un appel à la sainteté — pour achever, avec Lui, la Rédemption. Considérez son premier enseignement : nous devons être corédempteurs, en recherchant la victoire, non pas sur notre prochain, mais sur nous-mêmes. Comme le Christ, nous avons besoin de nous anéantir, de nous sentir serviteurs des autres, pour les conduire jusqu'à Dieu.
 
Où est le roi ? Jésus ne désire-t-il pas régner, avant tout, sur les cœurs, sur ton cœur ? C'est pourquoi Il se fait enfant. Qui n'aimerait pas un petit être ? Où est le Roi ? Où est le Christ que l'Esprit Saint cherche à —former dans notre âme ? Il ne peut être dans l'orgueil qui nous sépare de Dieu. Il ne peut être dans le manque de charité qui nous isole. Le Christ ne peut y être, car là, l'homme reste seul.
 
Aux pieds de Jésus Enfant, en ce jour de l'Épiphanie, devant un Roi dépourvu des signes extérieurs de la royauté, vous pouvez dire : Seigneur, supprime de ma vie l'orgueil ; brise mon amour-propre, cette volonté de m'affirmer moi-même et de m'imposer aux autres. Fais que le fond de ma personnalité soit de m'identifier à Toi.
 
Le chemin de la foi
32. Le but n'est pas facile : nous identifier au Christ. Mais il n'est pas non plus difficile, si nous vivons comme le Seigneur nous l'a appris : si nous avons recours tous les jours à la Parole, si nous imprégnons notre vie de la réalité sacramentelle — l'Eucharistie qu'Il nous a laissée comme aliment, car le chemin du chrétien invite à la marche, comme le rappelle une vieille chanson de mon pays. Dieu nous a appelés d'une manière claire et sans équivoque. Comme les Rois Mages, nous avons découvert une étoile, lumière et chemin, dans le ciel de notre âme. (…)
 
Fermeté dans la vocation
 
33.
Un chemin de foi est un chemin de sacrifices. La vocation chrétienne ne nous change pas de place, mais elle exige que nous abandonnions tout ce qui entrave la volonté de Dieu. La lumière qui s'allume n'est qu'un commencement ; nous devons la suivre si nous désirons que cette clarté soit étoile, puis soleil. Quand les Mages étaient en Perse — écrit saint Jean Chrysostome — ils ne voyaient qu'une étoile ; mais, quand ils ont abandonne leur patrie, ils ont vu le soleil de la justice lui-même. On peut dire qu'ils n'auraient pas continué de voir l'étoile s'ils étaient restés dans leur pays. Dépêchons-nous donc, nous aussi ; et, même si tous nous en empêchent, courons à la maison de cet enfant.
Nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus l'adorer. À ces mots, le Roi Hérode se troubla et tout Jérusalem avec lui. Cette scène se répète encore aujourd'hui. Devant la grandeur de Dieu, devant la décision humainement sérieuse et en même temps profondément chrétienne que prennent certains de vivre avec cohérence leur propre foi, il ne manque pas de gens qui, déconcertés, s'étonnent et même se scandalisent. On dirait qu'ils ne conçoivent pas d'autre réalité que celle qui entre dans leur horizon terrestre limite. Devant la générosité qu'ils peuvent constater chez ceux qui ont entendu l'appel du Seigneur, ils sourient ironiquement, s'effraient ou — dans certains cas, qui semblent vraiment pathologiques — consacrent tous leurs efforts à détourner la décision sainte qu'une conscience a prise dans la plus complète liberté. Il m'est arrivé d'assister à une véritable mobilisation générale contre ceux qui avaient décidé de mettre toute leur vie au service de Dieu et des autres hommes. Quelques-uns sont persuadés que le Seigneur ne peut choisir qui Il veut, sans leur en demander la permission, et que l'homme n'est pas à même d'user pleinement de sa liberté pour répondre oui à l'Amour ou le repousser. La vie surnaturelle de chaque âme est quelque chose de secondaire pour ceux qui pensent ainsi ; ils s'imaginent qu'il faut lui prêter attention, mais seulement après avoir satisfait les petites commodités et les égoïsmes humains. S'il en était ainsi, que resterait-il du christianisme ? Les paroles de Jésus, pleines d'amour autant que d'exigence, sont-elles seulement bonnes à écouter, ou à écouter et à mettre en pratique ? Or Il a dit : Soyez parfaits, comme votre Père Céleste est parfait.
 
Notre Seigneur s'adresse à tous les hommes pour qu'ils viennent à sa rencontre et pour qu'ils soient saints. Il n'appelle pas seulement les Rois Mages, sages et puissants ; auparavant, Il avait déjà envoyé aux bergers de Bethléem non pas une étoile, mais l'un de ses anges Mais tous, les pauvres et les riches, ceux qui sont savants et ceux qui le sont moins, doivent disposer leur âme à écouter avec humilité la voix de Dieu.
 
(…) Avant tout, il y a la vocation. Dieu nous aime avant même que nous sachions nous adresser à Lui, et c'est Lui qui infuse en nous l'amour que nous Lui rendons. La bonté paternelle de Dieu vient à notre rencontre. Notre Seigneur n'est pas seulement juste, Il est beaucoup plus que cela. Il est miséricordieux. Il n'attend pas que nous allions à Lui ; Il s'avance, avec des marques évidentes d'affection paternelle.
 
Bon Pasteur, Bon guide
34.
La vocation vient en premier lieu. C'est l'étoile qui a commencé à luire pour nous orienter sur notre chemin d'amour de Dieu. Il ne serait donc pas logique de douter si, parfois, à certains moments de notre vie intérieure, presque toujours par notre faute, il arrivait, comme dans le voyage des Mages, que l'Étoile disparaisse. Alors que nous connaissons déjà la splendeur divine de notre vocation et que nous sommes persuadés de son caractère définitif, il se peut que la poussière que nous soulevons en marchant — nos misères — forme un nuage opaque, qui empêche le passage de la lumière.
Que faire alors ? Suivre les pas de ces hommes saints : demander. Hérode se servit de la science pour se comporter injustement ; les Rois Mages l'utilisèrent pour faire le bien. Mais, nous autres chrétiens, nous n'avons pas besoin d'interroger Hérode ou les sages de la terre. Le Christ a donné à son Église la sécurité de sa doctrine, le courant de grâce des Sacrements ; Il a prévu qu'il y ait des personnes pour nous orienter, pour nous conduire, pour nous rappeler constamment le chemin. Nous disposons d'un trésor infini de science : la Parole de Dieu gardée dans l'Église ; la grâce du Christ, administrée dans les sacrements ; le témoignage et l'exemple de ceux qui vivent à coté de nous avec droiture et qui ont su faire de leur vie un chemin de fidélité à Dieu.
Permettez-moi de vous donner un conseil : s'il vous arrivait de perdre la lumière, ayez toujours recours au bon Pasteur. Mais qui est le bon Pasteur ? Celui qui entre par la porte de la fidélité à la doctrine de l'Église ; celui qui ne se comporte pas comme le mercenaire qui, voyant venir le loup, abandonne les brebis et s'enfuit ; et le loup les emporte et disperse le troupeau. Croyez que la parole divine n'est pas vaine ; et l'insistance du Christ — ne voyez-vous pas avec quelle affection Il parle de pasteurs et de brebis, du bercail et du troupeau ? — est une démonstration pratique de la nécessite d'avoir un bon guide pour notre âme.
S'il n'y avait pas de mauvais pasteurs, écrit saint Augustin, Il n'aurait pas précisé, et parle du bon. Qui est le mercenaire ? Celui qui voit le loup et s'enfuit. Celui qui n'ose pas réprouver les pécheurs avec liberté d'esprit. Le loup saisit une brebis par le cou, le diable incite un fidèle à commettre un adultère. Et toi, tu te tais, tu ne réprouves rien. Tu es un mercenaire ; tu as vu venir le loup et tu as fui. Peut-être dira-t-il : non, je suis ici, je n'ai pas fui. Et je réponds : non, tu as fui parce que tu t'es tu ; et tu t'es tu parce que tu as eu peur.
La sainteté de l'épouse du Christ s'est toujours manifestée — comme elle se manifeste encore aujourd'hui — par une abondance de bons pasteurs Mais la foi chrétienne, qui nous apprend à être simples, ne fait pas de nous des naïfs. Il y a des mercenaires qui se taisent, et il y a des mercenaires qui prononcent des paroles qui ne viennent pas du Christ. C'est pourquoi, si le Seigneur permet que nous restions dans l'obscurité, même dans les petites choses ; si nous sentons que notre foi n'est pas ferme, courons au bon Pasteur, à celui qui entre par la porte en exerçant son droit, à celui qui, en donnant sa vie pour autrui veut être, dans sa parole et sa conduite, une âme éprise de Dieu : un pécheur aussi, peut-être ; mais qui a toujours confiance dans le pardon et la miséricorde du Christ.
Si votre conscience vous reproche quelque faute même si elle ne vous semble pas grave — si vous avez un doute, accourez au sacrement de la pénitence. Allez trouver le prêtre qui vous dirige, celui qui sait exiger de vous une foi robuste, une âme délicate, une véritable force chrétienne. Dans l'Église, chacun est absolument libre de se confesser avec n'importe quel prêtre, pourvu qu'il ait les pouvoirs requises ; mais un chrétien à la vie claire accourra librement vers celui qu'il sait être le bon Pasteur, qui peut l'aider à lever les yeux pour voir de nouveau, là-haut, l'étoile du Seigneur.
 
Or, encens et myrrhe
35. Videntes autem stellam, gavisi sunt gaudio magno valde, dit le texte latin dans une admirable redondance : découvrant de nouveau l'étoile, ils se réjouirent avec une très grande joie. Pourquoi tant de joie ? Parce que, eux, qui n'ont jamais douté, reçoivent du Seigneur la preuve que l'étoile n'avait pas disparu : ils avaient cessé de la contempler avec leurs yeux, mais ils l'avaient toujours conservée dans leur âme. Il en est ainsi de la vocation du chrétien : s'il ne perd pas la foi, s'il maintient son espérance en Jésus-Christ, qui sera avec nous jusqu'à la consommation des siècles, il voit réapparaître l'étoile. En constatant une fois de plus la réalité de sa vocation, il sent naître en lui une joie plus grande, qui augmente sa foi, son espérance et son amour.
Entrant dans la maison, ils virent L'Enfant avec Marie, sa Mère et, s'agenouillant, ils l'adorèrent Nous nous agenouillons, nous aussi, devant Jésus, Dieu caché sous son humanité : nous lui redisons que nous ne voulons pas tourner le dos à son appel divin, que nous ne nous éloignerons jamais de Lui ; que nous enlèverons de notre chemin tout ce qui constitue un obstacle à notre fidélité ; que nous désirons sincèrement suivre ses inspirations. Toi, dans ton âme, et moi aussi — dans ma prière intime, qui est comme un grand silence qui crie — nous racontons à l'Enfant Jésus que nous voulons être d'aussi bons exécutants que les serviteurs de la parabole, pour qu'Il puisse nous dire comme à eux : réjouis-toi, serviteur bon et fidèle.
Et, ouvrant leurs trésors, ils lui offrirent des présents : de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Arrêtons-nous un peu pour comprendre ce passage du saint Évangile. Comment pouvons-nous, nous qui ne valons rien, offrir quelque chose à Dieu ? L'Écriture dit : tout don excellent, toute donation parfaite vient d'en haut. L'homme ne réussit peut-être même pas à découvrir entièrement la profondeur et la beauté des dons du Seigneur : Si tu savais le don de Dieu !' répond Jésus à la Samaritaine. Jésus-Christ nous a appris à attendre tout du Père, à chercher, avant tout, le royaume de Dieu et sa justice, car tout le reste nous sera donné par surcroît, et Il sait bien, Lui, ce dont nous avons besoin.
 
Dans l'économie du salut, Notre Père soigne chaque âme avec une délicatesse pleine d'amour : chacun reçoit de Dieu son don particulier, l'un celui-ci, l'autre celui-là. Il peut paraître inutile, par conséquent, de s'efforcer d'offrir à Dieu quelque chose dont Il n'a pas besoin ; dans notre situation de débiteurs insolvables, nos dons ressembleraient à ceux de l'Ancienne Loi, que déjà Dieu n'acceptait pas : Sacrifices, obligations, holocaustes pour les péchés, tu ne les as voulus ni agrées et cependant ils sont offerts d'après la Loi.
 
Mais le Seigneur sait que donner est le propre de ceux qui aiment, et Lui-même nous montre ce qu'Il désire de nous. Ni les richesses, ni les fruits, ni les animaux de la terre, de la mer ou de l'air, ne lui importent, parce que tout est sien ; Il veut quelque chose d'intime, que nous devons librement Lui donner : mon fils, donne-moi ton cœur. Vous voyez ? Il ne se satisfait pas du partage : Il veut tout. Il ne cherche pas ce qui nous appartient. je le répète : c'est nous-mêmes qu'Il veut. C'est de là, et de là seulement que proviennent tous les autres présents que nous pouvons offrir au Seigneur.
 
Offrons-Lui, par conséquent, de l'or : l'or fin de notre détachement de la fortune et des biens matériels. N'oublions pas que ce sont des choses bonnes, puisqu'elles viennent de Dieu. Mais le Seigneur a voulu que nous les utilisions sans y attacher notre cœur, en les faisant fructifier pour le bien de l'humanité.
 
Les biens de la terre ne sont pas mauvais ; ils se corrompent quand l'homme les érige en idoles, et quand il se prosterne devant eux ; ils s'ennoblissent quand nous les utilisons pour faire le bien, en œuvrant chrétiennement pour la justice et la charité. Nous ne pouvons poursuivre les biens à la manière d'un homme qui va à la recherche d'un trésor ; notre trésor, il est là, couché dans une crèche : c'est le Christ, et tous nos amours doivent se joindre en Lui, car là ou est notre trésor, là aussi est notre cœur.
 
37
Et voici qu'avec les Rois Mages, nous offrons aussi la myrrhe, c'est-à-dire le sacrifice indispensable à la vie chrétienne. La myrrhe nous rappelle le souvenir de la passion du Seigneur : sur la Croix on Lui donne à boire de la myrrhe mêlée à du vin, et c'est avec de la myrrhe que son corps est oint pour la sépulture. Mais ne pensez pas que de réfléchir à la nécessité du sacrifice et de la mortification puisse ajouter une note de tristesse à la joie de cette fête que nous célébrons aujourd'hui.
La mortification n'est ni pessimisme ni aigreur. La mortification ne vaut rien sans la charité : c'est pourquoi nous devons chercher des mortifications qui, en nous aidant à dominer les choses de la terre, ne mortifient pas ceux qui vivent avec nous. Le chrétien ne peut être ni un bourreau ni un misérable ; c'est un homme qui sait à la fois aimer et le montrer, et pour qui la douleur est la pierre de touche de l'amour.
Mais j'ajoute, encore une fois, que cette mortification ne saurait consister en de grands renoncements, qui d'ailleurs se présentent rarement. Il doit s'agir plutôt de petites luttes : sourire à qui nous importune, refuser au corps les caprices de biens superflus, nous habituer à écouter autrui, faire fructifier le temps que Dieu met à notre disposition... Et tant d'autres détails, insignifiants en apparence, qui surgissent sans que nous les cherchions — contrariétés, difficultés, chagrins — au fil de chaque jour.
 
Sancta Maria, Stella Orientes
38
Je termine en reprenant quelques mots de l'Évangile d'aujourd'hui : entrant dans la maison, ils virent l'Enfant avec Marie, sa mère. Notre Dame ne se sépare pas de son Fils. Les Rois Mages ne sont pas reçus par un roi juché sur son trône, mais par un enfant dans les bras de sa mère. Demandons à la Mère de Dieu, notre Mère, de nous préparer le chemin qui conduit au plein amour : Cor Mariæ dulcissimum, iter para tutum ! Son doux cœur connaît le chemin le plus sûr pour rencontrer le Christ.
Les Rois Mages ont une étoile ; nous, nous avons Marie, Stella maris, stella Orientis. Nous lui disons aujourd'hui : Sainte Marie, Étoile de la mer, Étoile du matin, aide tes enfants. Notre zèle pour les âmes ne doit pas connaître de frontières, car personne n'est exclu de l'amour du Christ. Les Rois Mages ont été les précurseurs des gentils ; mais, la Rédemption consommée, il n'y a plus désormais ni juif, ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme ; il n'existe de discrimination d'aucun type, car tous vous ne faites qu'un dans le Christ Jésus.
Nous autres chrétiens, nous ne pouvons être exclusifs, ni séparer ou classer les âmes ; beaucoup viendront d'Orient et d'Occident. Dans le Cœur du Christ, il y a de la place pour tous. Ses bras — nous en avons un exemple admirable dans la crèche — sont ceux d'un Enfant, mais ce sont les mêmes qui, étendus sur la croix, attireront tous les hommes.
Une dernière pensée pour notre Père et Seigneur saint Joseph, l'homme juste, qui, dans la scène de l'Épiphanie, est une fois de plus passé inaperçu. je l'imagine recueilli dans la contemplation, protégeant avec amour l'Enfant Dieu qui, fait Homme, a été confié à ses soins paternels. Avec la merveilleuse délicatesse de celui qui ne pense pas à lui-même, le saint Patriarche se dépense dans un service aussi silencieux qu'efficace.
Nous avons parle aujourd'hui de vie de prière et de désir d'apostolat. Quel meilleur maître que saint Joseph ? Si vous voulez un conseil, voici celui que je prodigue inlassablement depuis des années : Ite ad Ioseph, allez à saint Joseph. Il vous montrera des chemins concrets, des moyens humains et divins d'approcher Jésus. Et, comme il l'a fait, vous irez porter dans vos bras, embrasser, vêtir, soigner cet Enfant-Dieu qui nous est né. Avec l'hommage de leur vénération, les Mages offrirent à Jésus de l'or, de l'encens et de la myrrhe ; Joseph, lui, a donné tout entier son cœur, jeune et plein d'amour.
suivant