Ressources Catholiques Missel Romain

précédent
Dans l'atelier de Joseph
39.
Saint Joseph est vraiment Père et Seigneur. Il protège et accompagne dans leur chemin sur terre ceux qui le vénèrent, comme il a protégé et accompagné Jésus enfant et adolescent. En le connaissant mieux, on découvre que le saint Patriarche est aussi maître de la vie intérieure, car il nous apprend à connaître Jésus, à vivre avec Lui, et nous fait découvrir que nous appartenons à la famille de Dieu.
 
La figure de saint Joseph dans l'Évangile
40. Saint Matthieu et saint Luc nous parlent de saint Joseph comme d'un homme qui descendait d'une lignée illustre : celle de David et Salomon, rois d'Israël. Historiquement, les détails de cette ascendance sont quelque peu confus. Des deux généalogies rapportées par les évangélistes, nous ne savons quelle est celle qui revient à Marie — Mère de Jésus selon la chair — et celle qui revient à saint Joseph, qui était son père selon la loi juive. Nous ne savons pas non plus si la ville natale de Joseph était Bethléem, où il alla se faire recenser, ou Nazareth, où il a vécu et travaillé.
Nous savons, par contre, qu'il n'était pas riche : c'était un travailleur comme des millions d'autres hommes du monde entier. Il exerçait l'humble métier que Dieu avait choisi pour Lui-même, lorsqu'Il prit notre chair et voulut vivre pendant trente ans comme l'un d'entre nous.
La Sainte Écriture nous dit que Joseph était artisan ; plusieurs Pères de l'Église ajoutent qu'il était charpentier, et saint Justin, en parlant de la vie de travail de Jésus, affirme qu'il faisait des charrues et des jougs. C'est peut-être en se fondant sur ces dires que saint Isidore de Séville en conclut qu'il était forgeron. De toute façon, c'était un artisan qui travaillait au service de ses concitoyens et dont l'habileté était le fruit d'années de durs efforts.
La forte personnalité humaine de Joseph se détache des récits évangéliques : il n'apparaît jamais comme un homme timide ou craintif devant la vie ; il sait au contraire faire face aux problèmes, sortir des situations difficiles et assumer avec responsabilité et initiative les taches qui lui sont confiées.
Je ne suis pas d'accord avec l'iconographie classique qui représente saint Joseph comme un vieillard, même si elle s'explique par l'excellente intention de mettre en valeur la virginité perpétuelle de Marie. Moi, le me l'imagine jeune, fort, avec quelques années de plus que la Vierge peut-être, mais dans la plénitude de l'âge et des forces humaines.
Pour vivre la vertu de la chasteté, il n'est pas nécessaire d'attendre d'erre vieux ou de manquer de force. La chasteté naît de l'amour et, pour un amour pur, la force et la joie de la jeunesse ne sont pas un obstacle. Saint Joseph était jeune, de cœur et de corps, quand il épousa Marie, quand il connut le mystère de sa Maternité divine et vécut près d'Elle, en respectant l'intégrité que Dieu voulait léguer au monde comme un signe de plus de sa venue parmi les créatures. Qui ne sait pas comprendre un tel amour est bien ignorant de ce qu'est l'amour véritable, et méconnaît le sens chrétien de la chasteté.
Joseph, nous l'avons dit, était un artisan de Galilée, un homme comme tant d'autres. Et que petit attendre de la vie un habitant d'un village perdu comme Nazareth ? Rien d'autre que le travail, jour après jour, et toujours avec le même effort ; et, à la fin de la journée, une maison petite et pauvre, pour y refaire ses forces et recommencer sa tâche le jour suivant.
Mais Joseph, en hébreu, signifie Dieu ajoutera. Dieu ajoute à la vie sainte de ceux qui accomplissent sa volonté des dimensions insoupçonnées : l'important, ce qui donne valeur à toute chose, le divin. À la vie humble et sainte de Joseph, Dieu ajoutera, si je puis dire, la vie de la Vierge Marie et celle de Jésus Notre Seigneur. Dieu ne se laisse jamais gagner en générosité. Joseph pouvait faire siennes les paroles de Sainte Marie, son Épouse, quia fecit mihi magna qui potens est : le Tout-Puissant a fait en moi des merveilles, quia respexit humilitatem, car il a remarqué ma petitesse.
Joseph était en effet un homme ordinaire, auquel Dieu fit confiance pour accomplir de grandes choses. Il sut vivre comme le Seigneur le lui demandait tous les événements qui composèrent sa vie, et c'est pourquoi la Sainte Écriture loue Joseph en disant qu'il était juste. Pour un Hébreu, juste veut dire pieux, serviteur irréprochable de Dieu, fidèle à la volonté divine ;
d'autres fois, juste veut dire bon et charitable avec le prochain En un mot, le juste est celui qui aime Dieu et démontre cet amour en accomplissant ses commandements au service de ses frères, les hommes.
 
42.
(…)
La foi de Joseph ne chancelle pas, son obéissance est toujours stricte et prompte. Pour mieux comprendre la leçon que nous donne ici le saint Patriarche, il est bon que nous considérions combien sa foi est active, et combien son obéissance ressemble peu à celle d'un homme dépassé par les événements. Car la foi chrétienne s'oppose radicalement au conformisme ou à la passivité et à l'inertie intérieures.
 
Joseph s'abandonna sans réserve entre les mains de Dieu, mais il ne refusa jamais de chercher à comprendre le sens des événements : aussi put-il obtenir du Seigneur ce qui est la véritable sagesse, le don d'intelligence des œuvres de Dieu. Il apprit ainsi que les plans surnaturels ont une cohérence divine, parfois en contradiction avec les plans humains.
 
Le Patriarche ne renonce pas à penser, dans les diverses circonstances de sa vie ; il n'abandonne pas non plus ses responsabilités ; il met au contraire toute son expérience humaine au service de sa foi. Quand il revint d'Égypte, apprenant qu'Archélaé¼s régnait sur la Judée à la place d'Hérode son père, il craignit de s'y rendre. Il a appris à agir selon le plan divin et, pour confirmer que ce qu'il entrevoit est la volonté de Dieu, il reçoit l'indication de se retirer en Galilée.
 
 
Sanctifier le travail, se sanctifier dans le travail, sanctifier par le travail
45
En décrivant l'esprit de l'Opus Dei, à qui j'ai consacré ma vie, j'ai dit qu'il se fonde sur le travail ordinaire, sur le travail professionnel exercé au milieu du monde, comme sur un pivot Notre vocation divine nous confère une mission et nous invite à participer à la tache unique de l'Église porter témoignage du Christ devant les hommes et ramener toute chose à Dieu.
La lumière que nous donne la vocation nous fait reconnaître le sens de notre existence. C'est la conviction, avec la splendeur de la foi, de la raison d'être de notre réalité terrestre. Notre vie tout entière, présente, passée, future, acquiert un nouveau relief et une profondeur auparavant insoupçonnée. Tous les faits, tous les événements, occupent maintenant leur véritable place : nous comprenons où le Seigneur veut nous conduire et nous nous sentons comme entraînes par cette charge qui nous est confiée.
Dieu nous tire des ténèbres de l'ignorance, de notre marche incertaine livrée aux hasards de l'histoire, et, quelle que soit notre place dans le monde, Il nous appelle d'une voix forte, comme Il appela un jour Pierre et André : Venite post me, et faciam vos fieri piscatores hominum, suivez-moi et je ferai de vous des pêcheurs d'hommes.
Celui qui vit de foi peut rencontrer des difficultés, la lutte, la douleur, l'amertume même, mais jamais le découragement ni l'angoisse, car il sait que sa vie est utile, il sait pourquoi il est venu sur terre. Ego sum lux mundi — a affirmé le Christ — ; qui sequitur me non ambulat in tenebris, sed habebit lumen vitae Je suis la lumière du monde ; qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie.
Pour mériter de Dieu cette lumière, il faut aimer, avoir l'humilité de reconnaître que nous avons besoin d'être sauvés, et dire avec Pierre : Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de vie éternelle. Nous croyons, nous, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. Si telle est vraiment notre conduite, si nous laissons l'appel de Dieu pénétrer en nos cœurs, nous pourrons aussi vraiment répéter que nous ne marchons pas dans les ténèbres, car au-delà de nos misères et de nos défauts, brille la lumière de Dieu comme le soleil sur la tempête.
 
51
Mais ce service humain, cette capacité que l'on pourrait appeler technique, cette compétence dans le travail, doivent aussi être renforcés par un trait qui fut fondamental dans le travail de saint Joseph, et qui devrait l'être chez tout chrétien : l'esprit de service, le désir de travailler pour contribuer au bien des autres. Saint Joseph ne cherchait pas dans sa tache une occasion de s'affirmer, bien que sa consécration à une vie de travail ait forgé en lui une personnalité mûre et bien dessinée. En travaillant, le Patriarche avait conscience d'accomplir la volonté de Dieu ; il pensait aux siens, à Jésus et à Marie, et il avait présent à l'esprit le bien de tous les habitants de la petite ville de Nazareth.
À Nazareth, Joseph devait être l'un des rares artisans, s'il n'était pas le seul. Charpentier, probablement ; mais, comme il arrive habituellement dans les petits villages, il devait réaliser d'autres taches : remettre en marche le moulin en panne, ou réparer les fissures d'un toit avant l'hiver.
Sans aucun doute, Joseph, grâce à un travail soigné, tirait d'embarras bien des gens. Son travail professionnel avait pour but de servir et de rendre la vie agréable aux autres familles du village ; il s'accompagnait d'un sourire, d'un mot aimable, d'un commentaire, fait comme en passant, mais qui rendait la foi et la joie à ceux qui étaient sur le point de les perdre.
 
Les rapports de Joseph avec Jésus
54
Depuis longtemps déjà, J'aime réciter une émouvante prière à saint Joseph, que l'Église elle-même nous propose dans les oraisons préparatoires à la messe : Joseph, homme bienheureux et fortuné, à qui il fut concédé de voir et d'entendre le Dieu que de nombreux rois voulurent voir et entendre et n'ont ni vu ni entendu, et non seulement de Le voir et de L'entendre, mais aussi de Le porter dans tes bras, de L'embrasser, de Le vêtir et de veiller sur Lui : prie pour nous. Cette prière nous servira de préambule pour le dernier thème que je vais aborder aujourd'hui : les rapports ineffables de Joseph avec Jésus.
Pour saint Joseph, la vie de Jésus fut une continuelle découverte de sa propre vocation. Nous rappelions tout à l'heure ses premières années, pleines de circonstances contradictoires en apparence : glorification et fuite, majesté des Mages et pauvreté de la crèche, cantique des anges et silence des hommes. Quand arrive le moment de présenter l'Enfant au Temple, Joseph, qui apporte la modeste offrande d'un couple de tourterelles, voit comment Siméon et Anne proclament que Jésus est le Messie : Son père et sa mère écoutaient avec admiration, dit saint Luc. Plus tard, lorsque l'Enfant demeure dans le Temple sans que Marie ni Joseph le sachent, le même évangéliste nous rapporte qu'ils s'émerveillèrent, en le retrouvant après trois jours de recherche.
Joseph est surpris, il s'étonne. Peu à peu, Dieu lui révèle ses desseins, et il s'efforce de les comprendre. Comme toute âme qui veut suivre Jésus de près, il découvre tout de suite qu'il n'est pas possible de marcher avec nonchalance, qu'il n'y a pas de place pour la routine. S'arrêter à un certain niveau et se reposer sur ses lauriers ne satisfait pas Dieu. Il exige sans cesse davantage, et ses voies ne sont pas les nôtres.
Saint Joseph a appris de Jésus, comme jamais aucun homme ne l'a fait, à ouvrir son âme et son cœur, et à se maintenir en éveil pour reconnaître les merveilles de Dieu.
 
55
Mais si Joseph a appris de Jésus à vivre de manière divine, je me permettrai de dire que, sur le plan humain, c'est lui qui a enseigné beaucoup de choses au Fils de Dieu. Le titre de père putatif, sous lequel on désigne parfois saint Joseph, ne me plaît pas, car il risque de faire penser que les relations entre Joseph et Jésus étaient froides et superficielles. Notre foi, certes, nous dit qu'il n'était pas son père selon la chair. Mais cette paternité n'est pas la seule.
On doit non seulement donner à Joseph le nom de père — lisons-nous dans un sermon de saint Augustin — mais on doit le lui donner plus qu'à tout autre. Et il ajoute. Comment était-il père ? Sa paternité était d'autant plus profonde qu'elle était plus chaste. Certains pensaient qu'il était le père de Notre Seigneur Jésus Christ de la même façon que le sont les autres, qui engendrent selon la chair, et ne reçoivent pas leurs enfants seulement comme fruits de leurs sentiments. D'où ces mots de saint Luc : on pensait qu'il était le père de Jésus. Pourquoi dit-il seulement qu'on le pensait ? Parce que la pensée et le jugement humains se réfèrent à ce qui arrive d'ordinaire chez les hommes. Et le Seigneur n'est pas né de la semence de Joseph ; et pourtant, de sa piété et de son amour, Joseph eut un fils de la Vierge Marie, qui était le Fils de Dieu.
Joseph a aimé Jésus comme un père son fils, et il prit soin de Lui, en Lui donnant ce qu'il avait de meilleur. Joseph s'occupa de cet Enfant comme il lui avait été ordonné, et fit de Jésus un artisan, en Lui transmettant son métier ; c'est pourquoi, les voisins de Nazareth allaient parler de Jésus en l'appelant indistinctement faber ou fabri filius, l'artisan ou le fils de l'artisan. Jésus a travaillé avec Joseph, dans son atelier. Comment devait être Joseph, et comment la grâce avait dû agir en lui, pour qu'il fût capable de mener à bien la tâche d'éduquer, sur le plan humain, le Fils de Dieu ?
Car Jésus devait ressembler à Joseph, par les traits de son caractère, par sa façon de travailler et de parler. Dans son réalisme, dans son esprit d'observation, dans sa manière de s'asseoir à table et de partager le pain, dans son goût pour exposer la doctrine d'une manière concrète, en prenant pour exemple les choses de la vie ordinaire, se reflète ce que furent l'enfance et la jeunesse de Jésus, ce que furent par conséquent ses rapports avec Joseph.
On ne peut méconnaître la sublimité du mystère Ce Jésus qui est un homme, qui parle avec l'accent d'une région déterminée d'Israël, qui ressemble à un artisan nommé Joseph, est bien le Fils de Dieu. Et qui peut apprendre quelque chose à Dieu ?
Cependant Il est vraiment homme, et sa vie est normale : un enfant d'abord, un jeune homme ensuite, qui aide dans l'atelier de Joseph, et enfin un homme mûr, dans la plénitude de l'âge : Jésus croissait en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes.
 
 
La conversion des enfants de Dieu
La sécurité risquée du chrétien
58
Qui habitat in adiutorio Altissimi, in protectione Dei cœli commorabitur, habiter sous la protection de Dieu, vivre avec Dieu : telle est la sécurité '« risquée ' »du chrétien. Il nous faut être réellement persuadés que Dieu nous entend, qu'Il est à l'écoute de nos besoins : alors notre cœur se remplira de paix. Pourtant, vivre avec Dieu, c'est indubitablement un risque, parce que le Seigneur ne se contente pas d'un partage : Il veut tout. S'approcher un peu plus de Lui, signifie être disposé à une nouvelle conversion, à un nouveau redressement, être disposé à écouter plus attentivement ses inspirations, les saints désirs qu'Il fait jaillir dans notre âme, et à les mettre en pratique.
Depuis notre première décision consciente de vivre, dans toute son intégralité, la doctrine du Christ, nous avons sûrement beaucoup avancé sur le chemin de la fidélité à sa Parole. Et pourtant, n'est-il pas vrai qu'il reste encore beaucoup à faire ? N'est-il pas vrai qu'il nous reste surtout trop d'orgueil ? Nous avons besoin, sans aucun doute, d'une nouvelle conversion, d'une loyauté plus entière, d'une humilité plus profonde, pour que le Christ croisse en nous et que notre égoïsme diminue, puisque illum oportet crescere, me autem minui, il faut que Lui grandisse et que moi je diminue.
Il n'est pas possible de rester immobiles. Nous devons avancer vers le but que saint Paul nous indiquait : Si je vis, ce n'est plus moi, mais le Christ qui vit en moi. Haute et noble ambition que cette identification avec le Christ, qui suppose la sainteté. Mais il n'y a pas d'autre chemin si l'on désire être cohérent avec la vie divine que Dieu a fait naître dans notre âme par le baptême. Avancer, c'est progresser en sainteté ; reculer, c'est se refuser au développement normal de la vie chrétienne. Car ce feu de l'amour de Dieu a besoin d'être alimenté, de s'intensifier chaque jour en s'enracinant dans notre âme ; et c'est en brûlant de nouveaux éléments que le feu demeure vivant. C'est pourquoi, s'il ne s'étend pas, il est près de s'éteindre.
Rappelez-vous ces mots de saint Augustin : Si tu dis : ça suffit, tu es perdu. Aspire toujours à davantage, chemine sans cesse, progresse toujours. Ne reste pas au même endroit, ne recule pas, ne dévie pas.
Le Carême nous place, à présent, devant des questions fondamentales : est-ce que je progresse en fidélité au Christ ? En désirs de sainteté ? En générosité apostolique dans ma vie quotidienne, dans mon travail ordinaire parmi mes collègues ?
Que chacun, tout bas, réponde à ces questions ; et il verra à quel point est nécessaire cette nouvelle transformation, pour que le Christ vive en nous, pour que son image se reflète, limpidement, dans notre conduite.
Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, se charge de sa croix chaque jour, et qu'il me suive. Le Christ nous le dit de nouveau, comme à l'oreille, dans l'intimité : la croix chaque jour. Non seulement — ajoute saint Jérôme — dans les temps de persécution ou lorsque se présente l'éventualité du martyre, mais en toute circonstance, tâche, pensée, parole, renions ce que nous étions auparavant, et confessons ce que nous sommes désormais, puisque nous sommes nés de nouveau dans le Christ.
Ces considérations-là ne sont, en réalité, que l'écho de celles qui nous viennent de l'Apôtre : jadis, vous étiez ténèbres, mais à présent, vous êtes lumière ; car le fruit de la lumière consiste en toute bonté, justice et vérité. Discernez ce qui plaît au Seigneur....
La conversion est œuvre d'un instant, la sanctification est la tâche de toute la vie. La semence divine de la charité, que Dieu a déposée dans notre âme, aspire à croître, à se manifester en œuvres, à produire des fruits qui répondent à tout moment à ce qui est agréable au Seigneur. Il est indispensable, pour cela, que nous soyons disposés à recommencer, à retrouver dans chaque nouvelle situation de notre vie — la lumière, l'élan de la première conversion. Voilà pourquoi nous devons nous y préparer par un examen profond, en demandant au Seigneur son aide pour mieux Le connaître et mieux nous connaître. Il n'y a pas d'autre chemin pour nous convertir de nouveau.
 
Le temps opportun
59
Exhortamur ne in vacuum gratiam Dei recipiatis. Nous vous exhortons à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu. En effet, la grâce divine pourra remplir nos âmes en ce temps de Carême, pourvu que nous ne lui fermions pas notre cœur. Nous devons faire preuve de ces bonnes dispositions, du désir de nous transformer vraiment, de ne pas jouer avec la grâce du Seigneur.
Je n'aime pas beaucoup parler de crainte, car ce qui meut un chrétien, c'est l'amour de Dieu qui s'est manifesté à nous en la personne du Christ et qui nous apprend à aimer tous les hommes et la création entière ; en revanche, nous devons parler de responsabilité, de sérieux. Ne vous y trompez pas ; on ne se moque pas de Dieu, nous dit l'Apôtre lui-même.
Il faut se décider. On ne peut pas vivre en gardant allumés les deux cierges dont, selon un dicton populaire, tout homme se munit : un pour saint Michel, l'autre pour le diable. Il faut éteindre le cierge du diable. Notre vie doit se consumer en brûlant, tout entière, au service du Seigneur. Si notre désir de sainteté est sincère, si nous sommes assez dociles pour nous abandonner dans les mains de Dieu, tout ira bien. Car Lui, de son coté, est toujours disposé à nous donner sa grâce, et, spécialement maintenant, la grâce d'une nouvelle conversion, d'une amélioration de notre vie de chrétiens.
Nous ne pouvons considérer le Carême comme une période quelconque, répétition cyclique de l'année liturgique. Ce moment est unique ; c'est une aide divine à accueillir. Jésus passe à côté de nous, et attend de nous — aujourd'hui, maintenant —, un grand changement.
Ecce nunc tempus acceptabile, ecce nunc dies salutis Le voici, maintenant, le temps favorable ; le voici, maintenant, le jour du salut. Une fois de plus, on entend le pipeau du Bon Pasteur et son appel affectueux : Ego vocavi te nomme tuo. Il nous appelle chacun par notre nom, par le diminutif familier qu'emploient ceux qui nous aiment. La tendresse de Jésus pour nous, il n'y a pas de mots qui puissent l'exprimer.
Considérez, avec moi, cette merveille de l'amour de Dieu : le Seigneur vient à notre rencontre. Il attend, Il se place au bord du chemin pour que nous ne puissions pas ne pas le voir. Et Il nous appelle, personnellement, en nous parlant de nos affaires, qui sont aussi les siennes, en invitant notre conscience au repentir intime, en l'ouvrant à la générosité, en imprimant dans nos âmes le désir ardent d'être fidèles, de pouvoir nous appeler ses disciples. Il suffit de percevoir ces appels intérieurs de la grâce, qui sont souvent comme un affectueux reproche, pour nous rendre compte qu'Il ne nous a pas oubliés, Lui, pendant tout le temps où, par notre faute, nous ne l'avons pas vu. Le Christ nous aime, de toute l'inépuisable affection contenue dans son Cœur de Dieu.
Voyez comme Il insiste : Au temps favorable, je t'ai exauce ; au jour du salut, je t'ai secouru. Puisqu'Il te promet la gloire, son amour, et qu'Il te les donne, le moment venu ; puisqu'Il t'appelle, que vas-tu Lui donner, toi, au Seigneur ? Comment répondras-tu, comment répondrai-je, moi aussi, à cet amour de Jésus qui passe près de nous ?
Ecce nunc dies salutis, le voici devant nous, ce jour de salut. L'appel du Bon Pasteur parvient jusqu'à nous : Ego vocavi te nomine tuo, je t'ai appelé par ton nom. Il faut Lui répondre — car à l'amour doit répondre l'amour — en lui disant : Ecce ego quia vocasti me, tu m'as appelé, me voici. je suis décidé à ne pas laisser passer ce temps de Carême sans laisser de traces, comme passe l'eau sur les pierres. je me laisserai imprégner, transformer ; je me convertirai, je me tournerai de nouveau vers le Seigneur en L'aimant comme Il désire être aimé.
Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Qu'est-ce qui demeure dans ton cœur, qui te fasse encore t'aimer toi-même ? —commente saint Augustin, qu'est-ce qui demeure dans ton âme ? et dans ton esprit ? Ex toto, a-t-Il dit. Totum exigit te, qui fecit te ; celui qui t'a créé t'exige tout entier.
 
Les tentations du Christ
61.
Le Carême commémore les quarante jours que Jésus a passés dans le désert, comme une préparation aux années de prédication qui culminent avec la Croix et la gloire de Pâques. Quarante jours de prière et de pénitence. Et, à la fin, se déroula la scène que la liturgie d'aujourd'hui offre à notre méditation, en la reprenant dans l'Évangile de la Messe : les tentations du Christ.
Scène pleine de mystère, que l'homme essaie vainement de comprendre — Dieu qui se soumet à la tentation, qui laisse agir le Malin —, mais que nous pouvons méditer en demandant au Seigneur de nous faire découvrir l'enseignement qu'elle contient.
Jésus-Christ soumis à la tentation. La Tradition éclaire cette scène, en considérant que Notre Seigneur a voulu, pour nous donner l'exemple en tout, subir aussi l'épreuve de la tentation. Il en est ainsi parce que le Christ a été Homme Parfait, semblable à nous en tout, sauf pour ce qui est du péché. Après quarante jours de jeûne, avec pour seule nourriture — peut-être — de l'herbe, des racines et un peu d'eau, Jésus a faim, vraiment faim, comme n'importe quelle créature. Et lorsque le diable Lui propose de transformer les pierres en pain, non seulement Notre Seigneur repousse l'aliment que son corps demande, mais encore, Il éloigne de Lui une incitation plus grave : celle de se servir de son pouvoir divin pour résoudre un problème personnel, si l'on peut dire.
Vous l'aurez remarqué, tout au long des Évangiles : Jésus n'accomplit pas de miracle dans son propre intérêt. Lorsqu'Il transforme l'eau en vin, c'est pour les époux de Cana ; lorsqu'Il multiplie les pains et les poissons, c'est pour nourrir une foule affamée.. Mais Lui gagne son pain, de longues années durant, par son propre travail. Et plus tard, au cours de ses pérégrinations à travers la terre d'Israël, Il vit de l'aide de ceux qui Le suivent.
Saint Jean relate qu'au terme d'une longue marche, en arrivant au puits de Sichar, Jésus envoie ses disciples vers le village pour acheter de la nourriture ; et lorsqu'Il voit s'approcher la Samaritaine, Il lui demande de l'eau, car Lui n'avait pas de quoi la puiser. La fatigue du chemin qu'Il a parcouru pèse sur son corps harassé et, en d'autres circonstances, Il recourt au sommeil pour refaire ses forces.
Générosité du Seigneur, qui s'est humilié, qui a accepté pleinement la condition humaine, qui n'utilise pas son pouvoir de Dieu pour fuir les difficultés ou l'effort. Il nous apprend à être énergiques, à aimer le travail, à apprécier ce que le don de soi comporte de noblesse, tant du point de vue humain que divin.
À la seconde des tentations, quand le diable Lui suggère de se jeter du haut du Temple, Jésus repousse de nouveau l'idée de se servir de son pouvoir divin. Le Christ ne veut pas de la vaine gloire, de l'ostentation. Il ne joue pas une comédie humaine qui chercherait à se servir de Dieu pour mettre en relief sa propre excellence. Jésus-Christ veut accomplir la volonté de son Père, sans hâter la venue du temps, ni anticiper sur l'heure des miracles, mais en foulant, pas à pas, la dure route des hommes, l'aimable chemin de la Croix.
Ce que nous voyons, dans la troisième tentation, est très semblable : on Lui offre royaumes, pouvoir, gloire. Le démon prétend élargir à des ambitions humaines une attitude réservée à Dieu seul : il promet une vie facile à qui se prosterne devant lui, devant les idoles. Mais Notre Seigneur ramène l'adoration à sa seule et véritable finalité : Dieu, et Il réaffirme sa volonté de servir : Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : C'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, c'est Lui seul que tu serviras.
Tirons la leçon de l'attitude de Jésus. Durant sa vie sur la terre, Il a refusé la gloire qui Lui revenait, car Lui, qui avait le droit d'être traité comme Dieu, a assumé l'apparence d'un serviteur, d'un esclave. Le chrétien apprend ainsi qu'à Dieu seul revient toute gloire, et qu'il ne peut faire de la grandeur sublime de l'Évangile un instrument au service d'ambitions et d'intérêts humains.
 
62.
Apprenons de Jésus. Son attitude, qui se refuse à toute gloire humaine, est en parfaite corrélation avec la grandeur d'une mission unique : celle du Fils bien-aimé de Dieu qui s'incarne pour sauver les hommes. Une mission que l'affection du Père a entourée d'une sollicitude toute pleine de tendresse : Filius meus es tu, ego hodie genui te. Postula a me et dabo tibi gentes hereditatem tuam ; tu es mon fils, moi, aujourd'hui, je t'ai engendré. Demande, et je te donne les nations pour héritage.
Le chrétien qui, suivant le Christ, vit dans cette attitude d'adoration complète du Père, reçoit lui aussi du Seigneur l'assurance d'une amoureuse sollicitude : Puisqu'il s'attache à moi, je l'affranchis, je l'exalte puisqu'il connaît mon nom.
 
63.
Jésus a dit non au démon, au prince des ténèbres. Et aussitôt vient la lumière. Alors, le diable Le quitta. Et voici que des anges s'approchèrent, et ils Le servaient. Jésus est venu à bout de l'épreuve. Une réelle épreuve parce que, commente saint Ambroise, Il n'a pas agi en tant que Dieu, faisant usage de son pouvoir (car alors, de quelle utilité nous eût été son exemple ?), mais Il s'est servi, en tant qu'homme, des moyens qu'Il possède en commun avec nous.
Le démon, hypocritement, a cité l'Ancien Testament : Il a, pour toi, donne ordre à ses anges de te garder dans tous tes chemins Mais Jésus, refusant de tenter son Père, rend à ce passage biblique son véritable sens. Et en récompense de sa fidélité, l'heure venue, les messagers de Dieu son Père se présentent pour Le servir.
Il est intéressant d'observer la méthode qu'a suivie Satan avec Notre Seigneur Jésus-Christ : il tire ses arguments de passages de Livres Saints, en forçant, en défigurant leur sens d'une manière blasphématoire. Jésus ne se laisse pas abuser : le Verbe fait chair connaît bien la Parole divine, écrite pour le salut des hommes et non pour leur confusion et leur condamnation. Celui qui est uni à Jésus-Christ par l'Amour, pouvons-nous en conclure, ne se laissera jamais tromper par une manipulation frauduleuse de la Sainte Écriture, car il sait que c'est une manœuvre caractéristique du diable, que d'essayer d'abuser la conscience chrétienne en argumentant insidieusement avec les mêmes termes qu'emploie l'éternelle Sagesse, en essayant de changer la lumière en ténèbres.
(…) nous devons nous remplir de courage, étant donné que la grâce du Seigneur ne nous fera pas défaut, parce que Dieu sera à nos côtés et enverra ses anges pour être nos compagnons de voyage, nos prudents conseillers tout au long du chemin, les collaborateurs de toutes nos entreprises.
 
Filiation divine
64
Comment s'explique cette prière confiante, cette certitude que nous ne périrons pas dans la bataille ? C'est une conviction qui découle d'une réalité, que jamais je ne me lasserai d'admirer : notre filiation divine. Ce Seigneur qui, en ce temps de Carême, nous demande de nous convertir, n'est pas un maître tyrannique, ni un juge rigoureux et impitoyable : c'est notre Père. Il nous parle de nos péchés, de nos erreurs, de nos manques de générosité ; mais c'est pour nous en libérer, pour nous promettre son Affection et son Amour. La conscience de notre filiation divine imprègne de joie notre conversion, elle nous dit que nous sommes en train de revenir vers la maison du Père.
La filiation divine est le fondement de l'esprit de l'Opus Dei. Tous les hommes sont enfants de Dieu. Mais, face à son père, un enfant peut réagir de mille manières. À nous de nous efforcer, comme des enfants, de nous rendre compte que le Seigneur, en nous voulant pour enfants, nous fait vivre dans sa maison, au milieu de ce monde ; nous intègre à sa famille, fait nôtre ce qui est sien, et sien ce qui est nôtre ; nous vaut cette familiarité et cette confiance qui nous font Lui demander, comme des petits enfants, l'impossible.
Un enfant de Dieu traite le Seigneur comme un Père. Ses relations ne se réduisent pas à un hommage servile, à une politesse purement formelle, de simple courtoisie, mais sont pleines de sincérité et de confiance.
 
Dieu n'est pas scandalisé par les hommes. Dieu n'est pas lassé de nos infidélités. Notre Père du Ciel pardonne n'importe quelle offense lorsque l'enfant retourne vers Lui, lorsqu'il se repent et demande pardon. Notre Seigneur est Père à tel point qu'Il prévient nos désirs d'être pardonnés et qu'Il prend les devants en nous ouvrant les bras.
Croyez bien que je n'invente rien. Rappelez-vous cette parabole que le Fils de Dieu nous a contée, pour nous faire comprendre l'amour du Père qui est aux Cieux : la parabole de l'enfant prodigue.
Comme il était encore loin, son père l'aperçut et fut touche de compassion ; il courut se jeter à son cou et l'embrassa longuement. Ce sont là les propres termes du Livre Saint : il l'embrassa longuement, il le dévorait de baisers. Peut-on employer langage plus humain ? Y a-t-il manière plus expressive de décrire l'amour paternel de Dieu pour les hommes ?
Devant ce Dieu qui s'élance à notre rencontre, nous ne pouvons nous taire. Nous allons Lui dire avec saint Paul : Abba, Pater ! ; Père, mon Père ! Car, tout Créateur de l'Univers qu'Il soit, peu Lui importe que nous fassions usage de titres imposants. Il n'a que faire de la reconnaissance légitime de sa domination souveraine ! Ce qu'Il veut, c'est que nous l'appelions Père, que nous savourions ce terme et qu'Il nous remplisse l'âme de joie.
D'une manière ou d'une autre, la vie humaine est un perpétuel retour vers la maison de notre Père, à l'aide de la contrition, cette conversion du cœur, qui suppose le désir de changer et la ferme décision d'améliorer notre vie. Cela se traduira, logiquement, par des œuvres de sacrifice et de don de soi. Revenir à la maison du Père au moyen de ce sacrement du pardon où, en confessant nos péchés, nous nous revêtons du Christ et devenons ainsi des frères, membres de la famille de Dieu.
Dieu nous attend, comme le père de la parabole, les bras ouverts, bien que nous ne le méritions pas. Notre dette n'a pas d'importance. Comme l'enfant prodigue, nous n'avons qu'à laisser parler notre cœur, éprouver la nostalgie du foyer paternel, nous émerveiller, et nous réjouir de ce don que Dieu nous a fait de pouvoir nous appeler et d'être vraiment, malgré tant de manquements à la grâce, ses enfants.
 
 
66
La liturgie de Carême prend parfois des accents tragiques, lorsque nous réfléchissons à ce que signifie, pour l'homme, le fait de s'écarter de Dieu. Mais cette conclusion n'est pas le dernier mot. Le dernier mot, c'est Dieu qui le dit, et c'est l'assurance de notre filiation divine. Voilà pourquoi je répète aujourd'hui avec saint Jean : Voyez quel grand amour nous a donné le Père, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu — car nous le sommes. Fils de Dieu, frères du Verbe fait chair, de Celui dont il a été dit : de tout être Il était la vie et la vie était la lumière des hommes. Des enfants de la lumière, des frères de la lumière, voilà ce que nous sommes. Des porteurs de l'unique flambeau capable d'embraser les cœurs faits de chair.
Maintenant que je laisse revenir le silence pour continuer la sainte Messe, que chacun de nous s'applique à considérer ce que lui demande le Seigneur, quelles résolutions, quelles décisions l'action de la grâce veut faire surgir en lui. Et, en relevant ces exigences surnaturelles et humaines de don de soi, de lutte, souvenez-vous que Jésus-Christ est notre modèle. Et que Jésus, tout Dieu qu'Il fût, permit qu'on le tentât, pour qu'ainsi nous nous remplissions de courage et soyons sûrs de la victoire. Lui ne perd pas de batailles, et si nous nous trouvons unis à Lui, jamais nous ne serons vaincus, mais nous pourrons nous attribuer le titre de vainqueurs et l'être vraiment : être de bons enfants de Dieu.
Soyons contents. Pour ma part, je le suis. Je ne devrais pas l'être si je jette un regard sur ma vie, en faisant cet examen de conscience personnel que nous demande ce temps liturgique du Carême. Mais je me sens content, parce que je constate qu'une fois de plus, le Seigneur me cherche, que le Seigneur reste toujours mon Père. je sais que vous et moi, avec détermination, avec la lumière et l'aide de la grâce, nous allons découvrir ce qu'il faut brûler, et nous le brûlerons : ce qu'il y a à arracher, et nous l'arracherons ; ce qu'il y a à donner, et nous le donnerons.
Certes, la tache n'est pas facile. Mais nous pouvons compter sur un chemin bien indiqué et sur cette réalité merveilleuse, dont nous ne devons, ni ne pouvons, nous passer : l'amour de Dieu pour nous ; et nous laisserons l'Esprit Saint agir en nous et nous purifier, pour pouvoir étreindre le Fils de Dieu sur la Croix, et ressusciter ensuite avec Lui, car la joie de la Résurrection est enracinée dans la Croix.
Marie, Notre Mère, auxilium christianorum, refugium peccatorum, intercède auprès de ton Fils pour qu'Il nous envoie l'Esprit Saint, qui ranime en nos cœurs la décision de cheminer à pas fermes et sûrs, en faisant résonner, au plus profond de notre âme, cet appel qui combla de paix le martyre d'un des premiers chrétiens : veni ad Patrem, viens, reviens à ton Père qui t'attend.
 
Nous avons lu pendant la sainte Messe un texte de l'Évangile selon saint Jean : le récit de la guérison miraculeuse de l'aveugle de naissance. je pense que nous avons été émus, une fois de plus, en considérant la puissance et la miséricorde de Dieu, de ce Dieu qui n'est pas indifférent à la misère humaine. Mais c'est à autre chose que je voudrais m'arrêter maintenant. Nous remarquons en effet que, quand il est pénètre de l'amour de Dieu, le chrétien n'est pas, lui non plus, indifférent au sort des autres hommes, et sait traiter tout le monde avec respect. Mais que vienne à disparaître cet amour, et ce même chrétien risque d'exercer une pression fanatique et acharnée sur la conscience des autres.
Jésus vit en passant, dit le saint Évangile, un homme aveugle de naissance. Jésus qui passe : j'ai souvent admire cette façon toute simple de relater la clémence divine. Jésus passe et se rend tout de suite compte de la douleur. Mais comme les pensées des disciples étaient différentes ! Ils lui demandent : Maître, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ?
suivant