Dans ce paragraphe, l’Évangéliste décrit les dispositions de trois sortes de personnes à l’égard de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il nous montre d’abord, VV. 20 et 21, les parents du Christ selon la chair formant à son sujet l’opinion la plus extravagante. Son tableau nous présente ensuite, VV. 22-30, les sentiments de plus en plus hostiles des Pharisiens et des Scribes. Enfin, comme pour nous consoler, nous entendons Jésus lui-même, VV. 31-35, exprimer, dans les termes les plus doux, les liens sacrés qui l’unissent aux âmes fidèles.
Ils vinrent dans la maison, et la foule s’y rassembla de nouveau, de sorte qu’il ne pouvait pas même manger du pain.
Et veniunt ad domum : et convenit iterum turba, ita ut non possent neque panem manducare.
Kαὶ έρχονται είς οί̃κον· kαὶ συνέρχεται πάλιν όχλος ώστε μὴ δύνασθαι αύτοὺς μήτε άρτον φαγει̃ν
3.20. — Et veniunt. « Jesus cum familia nova[234] », c’est-à-dire avec les douze Apôtres qu’il venait de se choisir. — Ad domum ; dans le grec, είς οί̃κον sans article, dans une maison. C’était probablement à Capharnaüm. — Convenit iterum turba. La scène racontée dans Mc·2.2 se renouvelle une seconde fois, quoique d’une manière beaucoup plus pénible pour Jésus et pour ses disciples. Cette fois, en effet, le concours dura si longtemps, que le Sauveur et les Apôtres, attentifs aux besoins de la multitude qui, accourait sans cesse, n’avaient pas même le temps de penser aux leurs. Quelle force dans ces mots : ita ut non passent neque panem manducare ! Il est peu de détails aussi expressifs dans toute l’histoire évangélique, et c’est à saint Marc que nous devons cette ligne qui en vaut mille ! — Sur la locution « panem manducare », Maldonat écrit avec justesse : « Hebræorum phrasis est, qua panis pro omni sumitur cibo, et panem sumere est cibum sumere ». — D’après le récit de notre Évangéliste, il semble que ce fait eut lieu immédiatement après le choix des douze Apôtres ; mais, si nous ouvrons une Concorde évangélique, nous voyons qu’il existe en cet endroit du second Évangile une lacune considérable. En effet, entre les deux évènements, doit se placer le Discours sur la Montagne, que saint Marc passe entièrement sous silence. Cf. Mt 5–7 ; Lc 6.20 et ss. Mais nous avons vu dans la Préface, § VII, qu’il s’inquiète beaucoup plus des actes que des discours : de là cette importante omission. « En grande partie d’ailleurs, dit très bien M. Bougaud, le Sermon sur la Montagne est juif. Il traite de l’infériorité de la Loi, de la perversité des commentaires qu’y avaient joints les Pharisiens, et du couronnement de cette Loi en Jésus-Christ : toutes choses que les Romains n’étaient point préparés à comprendre[235] ». Les points de morale universelle et éternelle que contient aussi ce discours, tels que « le sacerdoce qui est le sel de la terre, la lumière qu’il ne faut pas mettre sous le boisseau, la main droite qu’il faut couper si elle devient un scandale, l’unité et l’indissolubilité du mariage, la pureté du cœur, la prière, le pardon des injures », sont signalés en divers endroits par saint Marc, Jésus étant revenu plusieurs fois sur ces enseignements pleins de gravité.
Ses proches, ayant appris cela, vinrent pour se saisir de lui ; car ils disaient : Il a perdu l’esprit.
Et cum audissent sui, exierunt tenere eum : dicebant enim : Quoniam in furorem versus est.
καὶ άκούσαντες οί παρ’ αύτου̃ έξη̃λθον κρατη̃σαι αύτόν· έλεγον γὰρ ότι έξέστη
3.21. — Ici encore, nous avons une note propre à saint Marc, note bien étrange, assez obscure, et différemment interprétée par les commentateurs. — Cum audissent sui. Qu’est-ce à dire, les siens ? Le grec οί παρ’ αύτου̃ est assez ambigu et pourrait, au besoin, désigner les disciples, comme le veulent divers exégètes. Néanmoins, la plupart des versions anciennes et des critiques supposent à bon droit qu’il s’agit des parents du Sauveur. La Vulgate a donc bien traduit[236]. Le contexte, VV. 34 et ss., confirme cette interprétation. — Exierunt. D’où viennent-ils ? Selon les uns, de Capharnaüm, où ils se seraient fixés en même temps que Jésus ; plus probablement, selon les autres, de Nazareth, où nous retrouverons bientôt les « frères » de Notre-Seigneur. Mc 6.3. Cf. Mc 1.9. — Tenere eum. Cette expression ne peut avoir qu’un sens : se saisir de lui bon gré mal gré, le contraindre de les accompagner, et l’empêcher de se montrer en public. — Dicebant enim… C’est ici surtout qu’existent les divergences signalées plus haut. — Indiquons-en d’abord la cause principale, en empruntant des paroles très sensées de Maldonat : « Hunc locum difficiliorem pietas facit : quia omnis animus horret, non solum credere, sed cogitare etiam, Christi cognatos aut dixisse aut existimasse eum esse furiosum, pio quodam studio nonnulli rejecta verborum proprietate, alias quæ minus a pietate abhorrere viderentur interpretationes quæsierunt. Nescio an, dum pias quærerent, falsas invenerint ». Ce « nescio » est un pur euphémisme. Les fausses hypothèses, qui se sont multipliées depuis le temps de Maldonat, portent déjà sur le sujet de « dicebant ». Malgré la grammaire et la logique, qui font dépendre ce verbe de οί παρ’ αύτου̃, de même que « audissent et exierunt », on l’a tour à tour appliqué aux hommes en général (Rosenmüller), à quelques Juifs envieux (τινες φθονεροί, Euthymius), aux disciples de Jésus (Schœtten, Wolf), aux messagers qui seraient allés avertir les parents du Sauveur (Bengel), etc. — Toutefois, on a erré davantage encore sur le sens du mot grec έξέστη, que notre Vulgate a traduit par in furorem versus est. D’anciens auteurs, mentionnés par Euthymius. lui donnaient la signification de άπέστη, il s’en est allé. Selon Kuinœl, il équivaut à « maxime defatigatus est » ; d’après Grotius, il représente un évanouissement momentané ; d’après Griesbach et Valer, il désigne une apparence d’insanité, produite par un excès de fatigue. Schœttgen et Wolf lui conservent bien sa vraie signification de μαίνεται, il a perdu l’esprit ; mais ce seraient, suivant eux, les disciples qui auraient appliqué ce jugement au peuple ! etc. etc. Nous sommes heureux de voir que ces interprétations erronées sont pour la plupart le fait d’auteurs protestants, tandis que nos exégètes catholiques, anciens et modernes, ont presque toujours bien traduit et bien commenté le verbe έξέστη[237]. - Cf. Ac 26.24 ; 2Co 5.13. Les proches du Sauveur affirmaient donc hautement qu’il avait perdu l’esprit, qu’il était devenu insensé par suite de son enthousiasme religieux. Quelque surprenante que paraisse d’abord leur conduite, elle devient plus explicable si l’on se rappelle une grave déclaration de l’évangéliste saint Jean. « Neque enim fratres ejus credebant in eum », écrit-il du Sauveur, en parlant d’une époque un peu plus tardive, Jn 6.5. En ce moment, leur incrédulité commence. Ils ne se rendent pas compte de la nature et du rôle de Jésus : l’agitation qui se fait autour de son nom les inquiète ; à plus forte raison se troublent-ils en pensant aux nombreux ennemis qu’il s’est suscités, et dont la haine pourra retomber sur toute sa famille. C’est alors qu’ils formulent le jugement odieux qui nous a été conservé par saint Marc : έξέστη. Rien n’empêche du reste d’admettre, à la suite de quelques exégètes, qu’ils avaient au fond de bonnes intentions, et, qu’en se montrant au dehors si sévères pour leur parent, ils se proposaient de l’arracher par-là même plus commodément aux dangers dont ils le savaient entouré. Hâtons-nous d’ajouter que tous les proches de Notre-Seigneur Jésus-Christ ne participèrent point à cette appréciation, et qu’on ne saurait, sans blasphème, ranger sa très sainte Mère parmi ceux qui avaient de lui une telle opinion.
Et les scribes qui étaient descendus de Jérusalem disaient : « Il est possédé de Béelzébub, et c’est par le prince des démons qu’il chasse les démons ».
Et scribæ, qui ab Jerosolymis descenderant, dicebant : Quoniam Beelzebub habet, et quia in principe dæmoniorum ejicit dæmonia.
καὶ οί γραμματει̃ς οί άπὸ ̔Iεροσολύμων καταϐάντες έλεγον ότι Βεελζεϐοὺλ έχει καὶ ότι έν τω̣̃ άρχοντι τω̃ν δαιμονίων έκϐάλλει τὰ δαιμόνια
3.22. — Scribæ qui ab Jerosolymis… Ces Scribes étaient-ils les mêmes que ceux dont il a été question dans la guérison miraculeuse du paralytique, Mc 2.6, cf. Lc 5.17 ? ou bien formaient-ils une nouvelle députation ? Les deux hypothèses sont soutenables. Quoi qu’il en soit, ce sont des ennemis déclarés de Jésus. Une malice infâme les anime contre lui : il leur suffit d’ouvrir la bouche pour le montrer. — Dicebant : Quoniam Beelzebub… D’après Mt 11.22 et s., cf. Lc 10.14, le Sauveur avait guéri en leur présence un possédé qui était sourd et muet. Bien loin de voir, comme la foule, le doigt de Dieu dans ce prodige, ils osent profiter de cette occasion pour formuler contre le Thaumaturge la plus noire calomnie : Il est possédé de Béelzébub, et c’est au nom du prince des démons qu’il expulse les démons ! C’est ainsi que, ne pouvant nier la réalité de ses miracles, ils font du moins tous leurs efforts pour amener le peuple à croire qu’ils sont impurs et même sataniques dans leur source. M. Schegg cite fort à propos en cet endroit les deux proverbes : « Calumniare audacter, semper aliquid hæret. Gladius secat, calumnia separat amicos ». — Sur le nom de Béelzébub, appliqué au prince des démons, voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 10.25. M. Reuss propose une nouvelle étymologie, savoir les mots syriaques « Beël debôbo », maître de l’inimitié, c’est-à-dire l’ennemi par excellence[238]. Nous nous en tenons à celle que nous avons précédemment adoptée. — L’expression « Beelzebub habet » est spéciale à saint Marc : elle a une très grande énergie, et désigne une alliance intime de Jésus avec l’esprit mauvais. Elle dit beaucoup plus que la locution parallèle : être possédé de Béelzébub.
Jésus, les ayant appelés auprès de lui, leur disait en paraboles : « Comment Satan peut-il chasser Satan ?
Et convocatis eis in parabolis dicebat illis : Quomodo potest Satanas Satanam ejicere ?
καὶ προσκαλεσάμενος αύτοὺς έν παραϐολαι̃ς έλεγεν αύτοι̃ς Πω̃ς δύναται Σατανα̃ς Σατανα̃ν έκϐάλλειν
3.23. — Et convocatis eis. Jésus, attaqué dans sa sainteté, relève aussitôt le gant : il ne pouvait pas permettre que de pareilles accusations demeurassent sans réplique. Il commence donc une habile et vigoureuse plaidoierie, que nous avons étudiée à fond dans le premier Évangile. Saint Marc, selon sa coutume, ne nous en donne qu’un résumé rapide, bien qu’il ait très exactement reproduit les principaux arguments. — In parabolis dicebat. Il faut prendre ici le mot parabole dans le sens large, comme synonyme de figure, comparaison. Les images abondent en effet dans l’apologie du Sauveur. Cf. VV. 24, 25, 27. « Parabolas appellat, dit très bien le cardinal Cajetan, rationes subjunctas ex similitudinibus ; tum regni in se divisi, tum domus in se divisæ, tum fortis direpturi domum[239] ». Le même auteur donne ensuite une excellente division du discours de Jésus tel que nous le lisons dans saint Marc. « Prima ratio ad manifestandum quod non ejicit dæmones in Beelzebub, se tenet ex parte dæmonis : ducendo ad inconveniens, scilicet, quod dæmones agerent ad desolationem proprii regni, hoc siquidem inconveniens infertur dicendo. Quomodo ergo stabit regnum ejus ? Constat enim nullum quantumcumque tyrannum studere ad desolationem proprii regni, quia studet ad consertionem proprii boni. Secunda ratio ex parte ipsius Christi se tenet, scilicet quod ejicit dæmonia in digito Dei, et est probatio sumpta ab effectu seu fructu, introducta tamen ex metaphora bellicæ direptionis ». — Quomodo potest… C’est la première preuve ; elle va jusqu’à la fin du V. 26, et démontre l’absurdité de l’accusation portée contre Jésus : Ce que vous affirmez est tout simplement une impossibilité. Vous prétendez que je chasse les démons parce que je suis de connivence avec Béelzébeb, leur chef ; mais cela revient à dire que Satan est en guerre ouverte avec lui-même, ce qui ne saurait être, car le démon ne luttera jamais contre le démon. La phrase « quomodo potest… » ne se trouve que dans notre Évangile.
Si un royaume est divisé contre lui-même, ce royaume ne peut subsister.Et si une maison est divisée contre elle-même, cette maison ne peut subsister.
Et si regnum in se dividatur, non potest regnum illud stare.Et si domus super semetipsam dispertiatur, non potest domus illa stare.
καὶ έὰν βασιλεία έφ’ έαυτὴν μερισθη̣̃ ού δύναται σταθη̃ναι ή βασιλεία έκείνη· καὶ έὰν οίκία έφ’ έαυτὴν μερισθη̣̃ ού δύναται σταθη̃ναι ή οίκία έκείνη
3.24. et 25. — À l’appui de cette assertion, Notre-Seigneur apporte deux faits évidents empruntés l’un à la politique, V. 24, l’autre à la vie de famille, V. 25. — Si regnum in se dividatur. Un royaume divisé par des guerres intestines est un royaume ruiné. Satan ne l’ignore pas, et il se donnerait bien garde de partager ainsi son empire en accordant à quelqu’un, contre ses propres sujets, un pouvoir qui deviendrait bientôt désastreux pour l’enfer. Ούκ εικὸς άρχὴν έπὶ άρχὴν στρατεϋσαι, dit pareillement Thucydide. — La préposition « in », de même que son corrélatif grec έπὶ, employée avec l’accusatif, a souvent le sens de « contra, adversus ». — Et si domus super semetipsam… ; plus correctement, d’après le texte primitif, « si domus in semetipsam dividatur » ; car, à part οίκία au lieu de βασιλεία, les mots sont tout à fait les mêmes qu’au V. 24. — C’est donc une histoire identique : maison divisée, maison ruinée, comme maint exemple historique le démontre.
Si donc Satan se soulève contre lui-même, il est divisé, et il ne pourra subsister, mais sa puissance prendra fin.
Et si Satanas consurrexerit in semetipsum, dispertitus est, et non poterit stare, sed finem habet.
καὶ εί ό Σατανα̃ς άνέστη έφ’ έαυτὸν καὶ μεμερίσται, ού δύναται σταθη̃ναι, άλλὰ τέλος έχει
3.26. — Et si Satanas. La préposition καὶ, Repétée pour la troisième fois depuis le début de l’argument, a ici la signification de δὲ, « igitur » (cf. Mt 12.48 : εί δὲ καὶ) ; elle introduit la conclusion manifeste qui ressort des deux faits d’expérience signalés plus haut. Royaume divisé, royaume ruiné ; famille divisée, famille ruinée : « a pari », Satan divisé, Satan ruiné, finem habet : c’en est fait de lui et de sa puissance. Quelle simplicité, et pourtant quelle force d’argumentation ! — L’expression άνέστη έφ’ έαυτὸν, consurrexerit in semetipsum, propre à saint Marc, est très pittoresque.
Personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort et piller ses biens si, auparavant, il ne lie cet homme fort ; alors il pillera sa maison.
Nemo potest vasa fortis ingressus in domum diripere, nisi prius fortem alliget, et tunc domum ejus diripiet.
ού δύναται ούδεὶς τὰ σκεύη του̃ ίσχυρου̃ είσελθὼν είς τὴν οίκίαν αύτου̃ διαρπάσαι έὰν μὴ πρω̃τον τὸν ίσχυρὸν δήση̣ καὶ τότε τὴν οίκίαν αύτου̃ διαρπάσει
3.27. — Nemo potest. Nous passons à la seconde preuve, qui consiste en un nouvel exemple familier. Un guerrier armé de pied en cap monte la garde à l’entrée de sa maison. Pour qu’on y pénètre et qu’on la pille, que faudra-t-il ? Il faudra vaincre tout d’abord et garrotter le propriétaire vigilant et robuste. Mais, cela fait, on en sera le maître absolu. Or, des deux guerriers de cette parabole, l’un (fortem) représente Satan, l’autre (fortis) est Jésus lui-même ; la maison avec les objets qu’elle renferme figure les possédés que Jésus délivre du joug honteux des démons. La conclusion est claire, bien qu’elle ne soit pas exprimée : Donc, Jésus est plus fort que Satan ; par conséquent, il n’a rien à recevoir de lui.
En vérité, je vous le dis, tous les péchés seront remis aux enfants des hommes, ainsi que les blasphèmes qu’ils auront proférés ;mais celui qui aura blasphémé contre l’Esprit-Saint n’obtiendra jamais de pardon, et il sera coupable d’un péché éternel ».
Amen dico vobis, quoniam omnia dimittentur filiis hominum peccata, et blasphemiæ quibus blasphemaverint :qui autem blasphemaverit in Spiritum Sanctum, non habebit remissionem in æternum, sed reus erit æterni delicti.
Άμὴν λέγω ύμι̃ν ότι πάντα άφεθήσεται τὰ άμαρτήματα τοι̃ς υίοι̃ς τω̃ν άνθρώπων καὶ βλασφημίαι όσας ὰν βλασφημήσωσιν· ὸς δ’ ὰν βλασφημήση̣ είς τὸ πνευ̃μα τὸ άγιον ούκ έχει άφεσιν είς τὸν αίω̃να άλλ’ ένοχός έστιν αίωνίου κρίσεως,
3.28. et 29. — Après avoir ainsi réfuté leur accusation aussi insensée. qu’injurieuse, le divin Maître donne aux Pharisiens un avertissement des plus graves : Prenez bien garde à la faute que vous commettez en osant me calomnier ainsi : c’est un de ces péchés que la miséricorde de Dieu, pour infinie qu’elle soit, ne saurait pardonner. — Amen dico vobis : formule par laquelle Jésus aimait à attirer l’attention sur quelque point important de ses discours. Voyez l’Évangile selon saint Matthieu, Mt 5.18. — Omnia dimittentur… Les pécheurs contrits et humiliés, quels qu’aient été leurs méfaits, n’ont qu’à se présenter au divin tribunal : ce n’est pas un Juge sévère, mais un Père aimant, qui recevra ces prodigues. « Quiescite agere perverse, discite benefacere…, et venite, arguite me, dicit Dominus : si fuerint peccata vostra ut coccinum, quasi nix dealbabuntur ; et si fuerint rubra quasi vermiculus, velut lana alba erunt ». Es 1.16-18. — Peccata représente le genre ; blasphemiæ une espèce particulière, en vue du crime impardonnable qui va être nommé. — Blasphemaverit in Spiritum sanctum. Sur la nature de ce péché, voir Mt 12.31 et notre commentaire. Le blasphème contre l’Esprit-Saint est moins un acte qu’un état peccamineux, dans lequel on persévère sciemment et volontairement : c’est pour cela qu’il ne saurait être pardonné, le pécheur n’offrant pas les dispositions requises. — Sed reus erit… Ces mots qui terminent le V. 29 n’ont été conservés que par saint Marc. Ils forment un « confirmatur » énergique de la pensée précédente : Non, les blasphémateurs impies du Saint-Esprit n’obtiendront jamais de pardon, mais ils expieront éternellement leur faute. Cet emploi d’une proposition affirmative à la suite d’une proposition négative, pour répéter la même idée en la renforçant, est quelque chose de tout à fait oriental. — Æterni delicti. La plupart des manuscrits grecs portent αίωνίου κρίσεως, « æterni judicii » : quelques-uns ont néanmoins la leçon άμαρτήματος, qu’a suivie la Vulgate et que préfèrent plusieurs critiques (entre autres Tischendorf). Du reste ce n’est qu’une simple nuance, puisqu’un péché éternel est celui qui ne sera jamais pardonné, pour lequel, par conséquent, on subira un châtiment éternel.
Car ils disaient : « Il est possédé d’un esprit impur ».
Quoniam dicebant : Spiritum immundum habet.
ότι έλεγον Πνευ̃μα άκάθαρτον έχει
3.30. — Quoniam dicebant. Saint Marc fait ici une réflexion qui lui est propre, et il la fait en termes elliptiques. Il faudrait, pour que la pensée fût complète : « Sic loquebatur quoniam dicebant… » L’Évangéliste se propose donc d’indiquer brièvement le motif qui inspirait à Jésus un langage si sévère. — Spiritum immundum habet. En proférant ces affreuses paroles, les Pharisiens commettaient précisément, ou du moins ils couraient le risque de commettre le péché irrémissible : c’est pourquoi le Sauveur, toujours charitable, les avertissait du grand danger dans lequel ils étaient tombés au point de vue de leur salut.
Cependant sa mère et ses frères survinrent, et se tenant dehors, ils l’envoyèrent appeler.Or, la foule était assise autour de lui ; et on lui dit : « Voici que votre mère et vos frères sont dehors, et vous demandent ».
Et veniunt mater ejus et fratres : et foris stantes miserunt ad eum vocantes eum,et sedebat circa eum turba : et dicunt ei : Ecce mater tua et fratres tui foris quærunt te.
έρχονται ου̃ν οί άδελφοὶ Καὶ ή μήτηρ αύτου̃ καὶ έξω έστω̃τες άπέστειλαν πρὸς αύτὸν φωνου̃ντες αύτόν καὶ έκάθητο όχλος περὶ αύτὸν εί̃πον δὲ αύτω̣̃ 'Iδού, ή μήτηρ σου καὶ οί άδελφοί σου έξω ζητου̃σίν σε
3.31. et 32 — Et veniunt. Dans le grec, έρχονται ού̃ν, « veniunt igitur », ce qui rattache l’incident actuel au V. 21. Marthe accompagne les proches de Jésus ; mais il est inutile de répéter qu’elle n’entrait nullement dans leurs vues. — Foris stantes. Saint Luc dit pourquoi ils restèrent ainsi en dehors de la maison où se trouvait alors Notre-Seigneur (cf. V. 20) : « Non poterant adire eum præ turba ». — Miserunt ad eum. C’est là encore un de ces détails précis qui n’existent que dans le second Évangile. Il en est de même du suivant, qui est si pittoresque : et sedebat circa eum turba. — Après fratres tui, le texte grec ajoute καὶ αί άδελφαί σου, et tes sœurs, ce qui serait une nouvelle particularité de saint Marc. Toutefois, ces mots manquent dans d’importants manuscrits, tels que B, C, G, K, Sinait.
Et il leur répondit : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? ».Et promenant ses regards sur ceux qui étaient assis autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères.
Et respondens eis, ait : Quæ est mater mea et fratres mei ?Et circumspiciens eos, qui in circuitu ejus sedebant, ait : Ecce mater mea et fratres mei.
καὶ άπεκριθη αύτοι̃ς λέγων, Τίς έστιν ή μήτηρ μου ή οί άδελφοί μου καὶ περιϐλεψάμενος κύκλω̣ τοὺς περὶ αύτὸν καθημένους λέγει ̋Iδε ή μήτηρ μου καὶ οί άδελφοί μου
3.33. et 34. — Quæ est mater mea… ? Par cette question, Jésus a pour but d’attirer l’attention de la foule sur la parole qu’il va prononcer. Cela fait, il jette sur tous ceux qui l’entourent un regard plein d’affection et de douceur, circumspiciens eos ; puis il s’écrie : Ecce mater mea !… Il n’y a eu que Jésus au monde pour tenir un pareil langage. — La mention du regard est spéciale à saint Marc : saint Matthieu, Mt 12.45, avait signalé un autre geste du Sauveur : « Et extendens manum in discipulos ». C’est ainsi que les Évangélistes se complètent, tout en gardant une parfaite indépendance. — Au lieu de la leçon περιϐλεψάμενος τοὺς περὶ αύτὸν κύκλω̣, qui a été suivie par la Vulgate (circumspiciens eos qui incircuitu ejus) et qu’on lit dans plusieurs manuscrits (B, C, L, Sinait. ; etc.), le grec ordinaire porte simplement περιϐλεψάμενος κύκλω̣, ayant regardé en rond.
Car quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là est mon frère, et ma soeur, et ma mère ».
Qui enim fecerit voluntatem Dei, hic frater meus, et soror mea, et mater est.
ὸς γὰρ ὰν ποιήση̣ τὸ θέλημα του̃ θεου̃ ού̃τος άδελφός μου καὶ άδελφὴ μου καὶ μήτηρ έστίν
3.35. — Qui enim fecerit. Jésus explique son assertion si extraordinaire du verset précédent. Ce que l’identité du sang produit entre les proches, l’accomplissement parfait de la volonté divine l’opère entre tous les hommes sans distinction. C’est un lien qui les unit beaucoup plus étroitement les uns aux autres, et au Seigneur Jésus, que celui de la maternité, de la fraternité proprement dite. « Non negans matrem hæc dixit, sed ostendens quod non propter nativitatem solum digna fuerit hoc honore, sed propter omnes alias virtutes quibus prædita fuit ». Euthymius. De la sorte, Marie était donc deux fois la mère de Jésus ! — Ces paroles et cette conduite du Sauveur enseignent admirablement au prêtre ce qu’il doit être dans ses relations de famille. Mais, il y a là aussi pour lui un grand sujet de consolation, très bien exprimé dans les réflexions suivantes du vénérable Bède : « Mirandum valde est quomodo (is qui voluntatem Dei fecerit) etiam mater (Christi) dicatur… Sed sciendum nobis est quia qui Jesu frater et soror est credendo, mater efficitur prædicando. Quasi enim parit Dominum, quem cordi audientis infuderit. Et mater ejus efficitur si per ejus vocem amor Domini in proximi mente generatur[240] ».