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CHAPITRE II : SIGNUM FRATERNITATIS. LA VIE CONSACRÉE, SIGNE DE COMMUNION DANS L’ÉGLISE
I. VALEURS PERMANENTES
À l’image de la Trinité
41. Au cours de sa vie terrestre, le Seigneur Jésus a appelé ceux qu’Il voulait, pour les garder près de Lui et les préparer à vivre, à son exemple, pour le Père et pour la mission qu’Il avait reçue (cf. Mc 3,13-15). Il donnait ainsi naissance à la nouvelle famille qui devait réunir au long des siècles ceux qui seraient prêts à "faire la volonté de Dieu" (cf. Mc 3,32-35). Après l’Ascension, grâce au don de l’Esprit, il se constitua autour des Apôtres une communauté fraternelle rassemblée dans la louange de Dieu et dans une expérience concrète de communion (cf. Ac 2,42-47 Ac 4,32-35). La vie de cette communauté et, plus encore, l’expérience des Douze qui avaient tout partagé avec le Christ, ont été constamment le modèle dont l’Église s’est inspirée quand elle a voulu revivre la ferveur des origines et poursuivre son chemin dans l’histoire avec une vigueur évangélique renouvelée [86].
En réalité, l’Église est essentiellement mystère de communion, "peuple uni de l’unité du Père, du Fils et de l’Esprit Saint" [87].La vie fraternelle tend à refléter la profondeur et la richesse de ce mystère, en se construisant comme un espace humain habité par la Trinité, qui prolonge ainsi dans l’histoire les dons de communion propres aux trois Personnes divines. Dans la vie ecclésiale, nombreux sont les cadres et les modalités d’expression de la communion fraternelle. La vie consacrée a certainement le mérite d’avoir contribué efficacement à maintenir dans l’Église l’exigence de la fraternité comme confession de la Trinité. En favorisant constamment l’amour fraternel, notamment sous la forme de la vie commune, elle a montré que la participation à la communion trinitaire peut changer les rapports humains et créer un nouveau type de solidarité. De cette manière, elle fait voir aux hommes la beauté de la communion fraternelle et les voies qui y conduisent concrètement. En effet, les personnes consacrées vivent "pour" Dieu et "de" Dieu, et c’est pourquoi elles peuvent confesser la puissance de l’action réconciliatrice de la grâce, qui anéantit les forces de division présentes dans le cœur de l’homme et dans les rapports sociaux.
Vie fraternelle dans l’amour
42. La vie fraternelle, comprise comme une vie partagée dans l’amour, est un signe expressif de la communion ecclésiale. Elle est cultivée avec grand soin par les Instituts religieux et les Sociétés de vie apostolique, où la vie communautaire prend un sens particulier [88]. Mais la dimension de la communion fraternelle n’est pas étrangère non plus aux Instituts séculiers ni aux formes individuelles de vie consacrée. Les ermites, dans la profondeur de leur solitude, ne se soustraient pas à la communion ecclésiale, mais ils la servent par leur charisme contemplatif spécifique ; les vierges consacrées dans le monde vivent leur consécration dans une véritable relation de communion avec l’Église particulière et universelle. Il en va de même pour les veuves et les veufs consacrés.
Toutes ces personnes, en vivant leur condition évangélique de disciples, s’engagent à pratiquer le " commandement nouveau " du Seigneur, en s’aimant les unes les autres comme Il nous a aimés (cf. Jn 13,34). L’amour a conduit le Christ au don de lui-même jusqu’au sacrifice suprême de la Croix. Parmi les disciples aussi, il n’y a pas d’unité vraie sans cet amour mutuel inconditionnel, qui demande d’être disposé à servir sans mesure, disponible pour accueillir l’autre comme il est, sans "le juger" (cf. Mt 7,1-2), capable de pardonner même "soixante-dix fois sept fois" (Mt 18,22). Pour les personnes consacrées, unies en "un seul cœur et une seule âme" (Ac 4,32) grâce à cet amour répandu dans les cœurs par l’Esprit Saint (cf. Rm 5,5), cela devient une exigence intérieure de mettre tout en commun, les biens matériels et les expériences spirituelles, les talents et les inspirations, de même que les idéaux apostoliques et le service caritatif : "Dans la vie communautaire, la force de l’Esprit qui est en une personne se communique à tous en même temps (...). On y bénéficie de ses propres dons, on les multiplie en les communiquant aux autres, et l’on jouit ainsi des dons d’autrui comme des siens propres" [89].
Dans la vie de communauté, on doit pouvoir en quelque sorte saisir que la communion fraternelle, avant d’être un moyen pour une mission déterminée, est un lieu théologal où l’on peut faire l’expérience de la présence mystique du Seigneur ressuscité (cf. Mt 18,20) [90]. Cela se réalise grâce à l’amour mutuel de ceux qui composent la communauté, amour nourri par la Parole et par l’Eucharistie, purifié par le Sacrement de la Réconciliation, soutenu par la prière pour l’unité, don de l’Esprit à ceux qui se mettent à l’écoute obéissante de l’Évangile. C’est précisément Lui, l’Esprit, qui introduit l’âme dans la communion avec le Père et avec son Fils Jésus Christ (cf. 1Jn 1,3), communion qui est source de la vie fraternelle. Par l’Esprit, les communautés de vie consacrée sont guidées dans l’accomplissement de leur mission de service de l’Église et de toute l’humanité, selon leur intuition originelle.
Dans cette perspective, les "Chapitres" généraux ou particuliers (ou les réunions analogues), revêtent une importance spéciale ; dans de tels cadres, chaque Institut est appelé à élire les Supérieurs ou les Supérieures, suivant les normes fixées par les Constitutions, et à discerner, à la lumière de l’Esprit, les modalités qui conviennent pour conserver et actualiser, dans les différentes situations historiques et culturelles, son charisme et son patrimoine spirituel propres [91].
La responsabilité de l’autorité
43. Dans la vie consacrée, le rôle des Supérieurs et des Supérieures, généraux et locaux également, a toujours eu une grande importance pour la vie spirituelle comme pour la mission. En ces années de recherche et de mutations, on a parfois ressenti la nécessité d’une révision de cette fonction. Mais il faut reconnaître que ceux qui exercent l’autorité ne peuvent pas renoncer à leurs devoirs de premiers responsables de la communauté, comme guides des frères et des sœurs sur leur chemin spirituel et apostolique.
Il n’est pas facile, dans des milieux fortement marqués par l’individualisme, de faire reconnaître et d’accueillir le rôle que l’autorité exerce au profit de tous. Il faut cependant réaffirmer l’importance de cette charge, qui se révèle nécessaire précisément pour consolider la communion fraternelle et pour ne pas rendre vaine l’obéissance professée. Si l’autorité doit être avant tout fraternelle et spirituelle et si, en conséquence, ceux qui en sont revêtus doivent savoir, par le dialogue, impliquer leurs confrères et leurs consœurs dans le processus de décision, il convient toutefois de se rappeler que le dernier mot appartient à l’autorité, à laquelle il revient ensuite de faire respecter les décisions prises [92].
Le rôle des personnes âgées
44. L’attention pour les anciens et les malades a un rôle important dans la vie fraternelle, surtout à une époque comme la nôtre où, dans certaines régions du monde, le nombre de personnes consacrées désormais avancées en âge augmente. Les égards empressés qu’elles méritent ne répondent pas seulement à un juste devoir de charité et de reconnaissance, mais ils expriment aussi la conviction que leur témoignage est très utile à l’Église comme aux Instituts et que leur mission demeure valable et méritoire, même si, pour des motifs d’âge ou d’infirmité, elles ont dû abandonner leur emploi. Elles ont certainement à donner beaucoup de sagesse et d’expérience à la communauté, si celle-ci sait leur demeurer proche, les entourer de prévenance et les écouter.
En réalité, la mission apostolique, avant d’être action, consiste en un témoignage de remise totale de soi à la volonté salvifique du Seigneur, en puisant aux sources de l’oraison et de la pénitence. Les anciens peuvent donc être appelés de multiples manières à vivre leur vocation : la prière assidue, le consentement patient à sa condition, la disponibilité pour servir comme directeur spirituel, comme confesseur et comme guide dans la prière [93].
À l’image de la communauté apostolique
45. La vie fraternelle est un élément fondamental du cheminement spirituel des personnes consacrées, pour qu’elles se renouvellent constamment et pour qu’elles accomplissent pleinement leur mission dans le monde : cela découle des motivations théologiques qui en sont la base, et l’expérience elle-même en donne une ample confirmation. J’exhorte donc les personnes consacrées à la cultiver avec zèle, selon l’exemple des premiers chrétiens de Jérusalem, qui étaient assidus à l’écoute de l’enseignement des Apôtres, à la prière commune, à la participation à l’Eucharistie, au partage des biens matériels et spirituels (cf. Ac 2,42-47). J’exhorte surtout les religieux, les religieuses et les membres des Sociétés de vie apostolique à vivre sans réserve l’amour mutuel, l’exprimant de la manière qui convient à la nature de chaque Institut, pour que chaque communauté constitue un signe lumineux de la nouvelle Jérusalem, "demeure de Dieu avec les hommes" (Ap 21,3).
Toute l’Église compte beaucoup sur le témoignage de communautés riches "de joie et de l’Esprit Saint" (Ac 13,52). Elle désire présenter au monde l’exemple de communautés dans lesquelles l’attention mutuelle aide à dépasser la solitude, la communication pousse chacun à se sentir corresponsable et le pardon cicatrise les blessures et renforce de la part de tous l’engagement à la communion. Dans des communautés de ce type, la nature du charisme oriente les énergies, soutient la fidélité et guide le travail apostolique de tous, pour l’unique mission. Afin de présenter à l’humanité d’aujourd’hui son vrai visage, l’Église a réellement besoin de telles communautés fraternelles qui, par leur existence même, représentent une contribution à la nouvelle évangélisation, parce qu’elles montrent de façon concrète les fruits du "commandement nouveau".
Sentire cum Ecclesia
46. Une tâche importante est confiée à la vie consacrée, notamment à la lumière de la doctrine de l’Église comme communion, proposée par le Concile Vatican II avec tant de vigueur. Aux personnes consacrées, il est demandé d’être vraiment expertes en communion et d’en pratiquer la spiritualité [94], comme "témoins et artisans du projet de communion qui est au sommet de l’histoire de l’homme selon Dieu" [95].Le sens de la communion ecclésiale, qui devient une spiritualité de la communion, encourage une façon de penser, de parler et d’agir qui fait progresser l’Église en profondeur et en extension. En effet, la vie de communion "devient un signe pour le monde et une force d’attraction qui conduit à croire au Christ (...). De cette manière, la communion s’ouvre à la mission, elle se fait elle-même mission", ou plutôt "la communion engendre la communion et se présente essentiellement comme communion missionnaire" [96].
Les fondateurs et les fondatrices font toujours preuve d’un vif sens de l’Église, qui se manifeste par leur pleine participation à la vie ecclésiale dans toutes ses dimensions et par leur prompte obéissance aux Pasteurs, spécialement au Pontife romain. C’est en raison de cet amour pour la sainte Église, "colonne et support de la vérité" (1Tm 3,15), que se comprennent la dévotion de François d’Assise pour "le Seigneur Pape" [97], l’audace filiale de Catherine de Sienne envers celui qu’elle appelle "le doux Christ sur la terre" [98], l’obéissance apostolique et le sentire cum Ecclesia d’Ignace de Loyola [99], la joyeuse profession de foi de Thérèse de Jésus : "Je suis fille de l’Église" [100].On comprend aussi le désir ardent de Thérèse de Lisieux : "Dans le cœur de l’Église, ma mère, je serai l’amour" [101].Ces témoignages sont représentatifs de la pleine communion ecclésiale que des saints et des saintes, des fondateurs et des fondatrices, ont vécue en des époques et des circonstances diverses et souvent très difficiles. Ce sont des exemples auxquels les personnes consacrées doivent constamment se référer, pour résister aux poussées centrifuges et destructrices, aujourd’hui particulièrement fortes.
L’adhésion d’esprit et de cœur au magistère des Évêques est un aspect déterminant de cette communion ecclésiale ; elle doit être vécue avec loyauté et clairement manifestée devant le Peuple de Dieu par toutes les personnes consacrées, particulièrement celles qui sont engagées dans la recherche théologique, dans l’enseignement, dans les publications, dans la catéchèse, dans l’usage des moyens de communication sociale [102]. Puisque les personnes consacrées occupent une place particulière dans l’Église, leur attitude à ce sujet a une grande importance pour tout le Peuple de Dieu. Leur témoignage d’amour filial donne force et intensité à leur activité apostolique qui, dans le cadre de la mission prophétique de tous les baptisés, se caractérise en général par des tâches accomplies en collaboration étroite avec l’ordre hiérarchique [103]. De cette façon, avec la richesse de leurs charismes, elles apportent leur contribution propre à la réalisation toujours plus profonde par l’Église de sa nature de sacrement d’unité des hommes avec Dieu et des hommes entre eux [104].
La fraternité dans l’Église universelle
47. Les personnes consacrées sont appelées à être des ferments de communion missionnaire dans l’Église universelle par le fait même que les multiples charismes des divers Instituts sont donnés par l’Esprit Saint, en vue du bien du Corps mystique tout entier, à l’édification duquel ils doivent servir (cf. 1Co 12,4-11). Il est significatif que "la voie meilleure" (1Co 12,31), la réalité "la plus grande de toutes" (1Co 13,13), selon la parole de l’Apôtre, soit la charité, qui harmonise toutes les diversités et donne à tous la force du soutien mutuel dans leur élan apostolique. C’est à cela que tend le lien particulier de communion des diverses formes de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique avec le Successeur de Pierre, dans son ministère d’unité et d’universalité missionnaire. L’histoire de la spiritualité montre bien comment ce lien remplit un rôle providentiel pour garantir l’identité de la vie consacrée et l’expansion missionnaire de l’Évangile. La large diffusion de l’annonce évangélique, le solide enracinement de l’Église dans bien des régions du monde et le printemps chrétien qui se lève aujourd’hui dans les jeunes Églises seraient impensables comme l’ont fait observer les Pères synodaux sans la contribution de nombreux Instituts de vie consacrée et de nombreuses Sociétés de vie apostolique. Au cours des siècles, ils ont maintenu ferme la communion avec les Successeurs de Pierre, qui ont trouvé en eux un généreux empressement dans le dévouement à la mission ainsi qu’une disponibilité qui, suivant les circonstances, a su aller jusqu’à l’héroïsme.
Ainsi se manifeste le caractère d’universalité et de communion propre aux Instituts de vie consacrée et aux Sociétés de vie apostolique. Par leur nature supra-diocésaine fondée sur leur rapport spécial avec le ministère pétrinien, ils sont aussi au service de la collaboration entre les différentes Églises particulières [105], au sein desquelles ils peuvent efficacement promouvoir "l’échange de dons" et contribuer à une inculturation de l’Évangile qui purifie, met en valeur et assume les richesses des cultures de tous les peuples [106]. Aujourd’hui, dans les jeunes Églises, la floraison de vocations à la vie consacrée montre qu’elle exprime bien, dans l’unité catholique, les attentes des divers peuples et des diverses cultures.
La vie consacrée et l’Église particulière
48. À l’intérieur des Églises particulières, les personnes consacrées ont également un rôle significatif. À partir de la doctrine conciliaire sur l’Église comme communion et mystère, et sur les Églises particulières comme portions du Peuple de Dieu dans lesquelles "est vraiment présente et agissante l’Église du Christ, une, sainte, catholique et apostolique" [107], ce fait a été approfondi et codifié dans plusieurs documents. Ces textes mettent clairement en évidence l’importance fondamentale de la collaboration des personnes consacrées avec les Évêques pour le développement harmonieux de la pastorale diocésaine. Les charismes de la vie consacrée peuvent fortement contribuer à l’édification de la charité dans l’Église particulière.
Les diverses façons de vivre les conseils évangéliques, en effet, sont l’expression et le fruit des dons spirituels reçus par les fondateurs et les fondatrices et, comme telles, elles constituent une "expérience de l’Esprit, transmise à leurs disciples pour être vécue par ceux-ci, gardée, approfondie, développée constamment en harmonie avec le Corps du Christ en croissance perpétuelle" [108]. La nature de chaque Institut comporte un style particulier de sanctification et d’apostolat, qui tend à se fixer dans une tradition déterminée, caractérisée par des éléments objectifs [109]. C’est dans ce sens que l’Église a le souci de la croissance et du développement des Instituts, dans la fidélité à l’esprit des fondateurs et des fondatrices et à leurs saines traditions [110].
En conséquence, chaque Institut se voit reconnaître une juste autonomie, grâce à laquelle il peut conserver une discipline propre et garder intact son patrimoine spirituel et apostolique. Les Ordinaires des lieux ont le devoir de préserver et de protéger cette autonomie [111]. Il est donc demandé aux Évêques d’accueillir et d’estimer les charismes de la vie consacrée, en leur donnant une place dans les projets de la pastorale diocésaine. Ils doivent être spécialement attentifs aux Instituts de droit diocésain, qui sont confiés à la sollicitude particulière de l’Évêque du lieu. Un diocèse sans vie consacrée serait privé de beaucoup de dons spirituels, de lieux réservés à la recherche de Dieu, d’activités apostoliques et de méthodes pastorales spécifiques ; de plus, il risquerait de se trouver grandement affaibli par l’absence de l’esprit missionnaire propre à la majorité des Instituts [112]. Il convient donc d’accueillir le don de la vie consacrée, que l’Esprit suscite dans l’Église particulière, en le recevant généreusement dans l’action de grâce.
Une communion ecclésiale féconde et ordonnée
49. L’Évêque est père et pasteur de l’Église particulière tout entière. Il lui revient de reconnaître et de respecter les différents charismes, de les promouvoir et de les coordonner. Dans sa charité pastorale, il accueillera donc le charisme de la vie consacrée comme une grâce qui ne concerne pas seulement un Institut, mais qui profite à toute l’Église. Il cherchera ainsi à soutenir et à aider les personnes consacrées, afin que, en communion avec l’Église, elles s’ouvrent à des perspectives spirituelles et pastorales qui répondent aux exigences de notre temps, demeurant fidèles à leur charisme fondateur. De leur côté, les personnes consacrées ne manqueront pas d’offrir généreusement leur collaboration à l’Église particulière selon leurs forces et dans le respect de leur charisme, ouvrant en pleine communion avec l’Évêque dans les domaines de l’évangélisation, de la catéchèse, de la vie des paroisses.
Il est bon de se rappeler que, dans la coordination du service de l’Église universelle avec celui de l’Église particulière, les Instituts ne peuvent invoquer leur juste autonomie et même l’exemption dont jouissent [113] beaucoup d’entre eux, pour justifier des choix qui iraient en réalité à l’encontre des nécessités de la communion organique indispensable à une saine vie ecclésiale. Il faut, au contraire, que les initiatives pastorales des personnes consacrées soient décidées et mises en ouvre dans un dialogue cordial et ouvert entre Évêques et Supérieurs des divers Instituts. L’attention spéciale des Évêques à la vocation et à la mission des Instituts et le respect de ces derniers pour le ministère des Évêques, traduit par l’accueil empressé des directives pastorales diocésaines concrètes, représentent deux formes intimement liées de cette unique charité ecclésiale, qui engage chacun au service de la communion organique - charismatique et en même temps hiérarchiquement structurée - du Peuple de Dieu tout entier.
Un dialogue constant animé par la charité
50. Pour promouvoir la connaissance mutuelle, condition nécessaire d’une coopération efficace, surtout dans le domaine pastoral, il est des plus opportuns que les Supérieurs et Supérieures des Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique restent en dialogue constant avec les Évêques. Grâce à ces contacts habituels, les Supérieurs et les Supérieures pourront informer les Évêques des initiatives apostoliques qu’ils envisagent de prendre dans leurs diocèses, pour parvenir avec eux aux accords nécessaires à leur mise en ouvre. De la même façon, il convient que des personnes déléguées par les Conférences des Supérieurs et des Supérieures majeurs soient invitées à assister aux assemblées des Conférences des Évêques et, inversement, que des délégués des Conférences épiscopales soient invités aux Conférences des Supérieurs et des Supérieures majeurs, selon des modalités à déterminer. Dans cette perspective, on pourra tirer un grand avantage, là où elles n’existeraient pas encore, de la constitution et des travaux, au niveau national, de commissions mixtes d’Évêques et de Supérieurs et Supérieures majeurs [114], qui examineront ensemble les questions d’intérêt commun. Introduire la théologie et la spiritualité de la vie consacrée dans le programme des études théologiques des prêtres diocésains, de même que prévoir, dans la formation des personnes consacrées, de traiter suffisamment la théologie de l’Église particulière et la spiritualité du clergé diocésain, tout cela contribuera aussi à une meilleure connaissance mutuelle [115].
Enfin, il est réconfortant de rappeler qu’au Synode les interventions sur la doctrine de la communion ont été nombreuses et qu’on a fait avec satisfaction l’expérience d’un dialogue vécu dans un climat de confiance et d’ouverture réciproques entre les Évêques, les religieux et les religieuses présents. Cela a suscité le désir que "cette expérience spirituelle de communion et de collaboration s’étende à toute l’Église", également après le Synode [116]. Je fais mien ce souhait en vue du progrès chez tous d’une attitude et d’une spiritualité de communion.
La fraternité dans un monde de division et d’injustice
51. L’Église confie aux communautés de vie consacrée le devoir particulier de développer la spiritualité de la communion d’abord à l’intérieur d’elles-mêmes, puis dans la communauté ecclésiale et au-delà de ses limites, en poursuivant constamment le dialogue de la charité, surtout là où le monde d’aujourd’hui est déchiré par la haine ethnique ou la folie homicide. Insérées dans les sociétés de ce monde des sociétés souvent traversées de passions et d’intérêts conflictuels, aspirant à l’unité, mais incertaines sur les voies à prendre, les communautés de vie consacrée, où se rencontrent comme des frères et des sœurs des personnes d’âges, de langues et de cultures divers, se situent comme signes d’un dialogue toujours possible et d’une communion capable d’harmoniser toutes les différences.
Les communautés de vie consacrée sont envoyées pour annoncer, par le témoignage de leur vie, la valeur de la fraternité chrétienne et la force transformante de la Bonne Nouvelle [117], qui fait reconnaître chacun comme enfant de Dieu et pousse à l’amour oblatif envers tous et spécialement envers les plus humbles. Ces communautés sont des lieux d’espérance et de découverte des Béatitudes, des lieux où l’amour, s’appuyant sur la prière, source de la communion, est appelé à devenir logique de vie et source de joie.
À notre époque, caractérisée par la mondialisation des problèmes et par le retour des idoles du nationalisme, les Instituts internationaux ont la responsabilité particulière d’entretenir le sens de la communion entre les peuples, les races, les cultures, et d’en témoigner. Dans un climat de fraternité, l’ouverture à la dimension mondiale des problèmes n’étouffera pas leurs richesses propres, et l’affirmation d’une particularité ne les mettra en opposition ni avec les autres ni avec l’unité. Les Instituts internationaux peuvent réaliser cela avec efficacité, puisqu’ils doivent eux-mêmes relever le défi de l’inculturation en faisant preuve de créativité et qu’ils doivent en même temps conserver leur identité.
Communion entre les divers Instituts
52. Les relations spirituelles fraternelles et la collaboration mutuelle entre les divers Instituts de vie consacrée et les diverses Sociétés de vie apostolique sont renforcées et nourries par le sens ecclésial de la communion. Des personnes unies par un engagement commun dans la sequela Christi et animées par le même Esprit Saint ne peuvent que manifester visiblement la plénitude de l’Évangile de l’amour, comme des sarments de l’unique Vigne. Se souvenant de l’amitié spirituelle qui a souvent lié sur la terre les divers fondateurs et fondatrices, tout en restant fidèles à la nature de leur Institut, ces personnes sont appelées à vivre une fraternité exemplaire qui soit stimulante pour les autres composantes de l’Église, dans l’engagement quotidien à témoigner de l’Évangile.
Les paroles de saint Bernard à propos des divers Ordres religieux sont toujours actuelles : "Je les admire tous (...). J’appartiens à l’un d’eux par l’obédience, mais à tous par la charité. Nous avons tous besoin les uns des autres : le bien spirituel que je n’ai pas et que je ne possède pas, je le reçois des autres (...). Dans cet exil, l’Église étant encore en pèlerinage, son unité est, pour ainsi dire, plurielle et sa pluralité unique (...). Et toutes nos diversités, qui manifestent la richesse des dons de Dieu, subsisteront dans l’unique maison du Père, qui comporte de nombreuses demeures. Maintenant il y a la répartition des grâces : alors il y aura distinction des gloires. L’unité, ici comme là-bas, réside dans une même charité" [118].
Organismes de coordination
53. Les Conférences des Supérieurs et Supérieures majeurs et les Conférences des Instituts séculiers peuvent apporter une contribution notable à la communion. Encouragés et dotés de normes par le Concile Vatican II [119] et par des documents ultérieurs [120], ces organismes ont pour but principal la promotion de la vie consacrée intégrée dans l’ensemble de la mission ecclésiale.
Par leur intermédiaire, les Instituts expriment leur communion et cherchent les moyens de la renforcer, dans le respect et la mise en valeur des particularités des différents charismes où se reflètent le mystère de l’Église et la sagesse multiforme de Dieu. J'encourage les Instituts de vie consacrée à collaborer entre eux, surtout dans les pays où, en raison de difficultés particulières, la tentation du repli sur soi peut être forte, au détriment de la vie consacrée elle-même et de l'Église. Il faut au contraire qu'ils s'aident mutuellement à chercher à comprendre le dessein de Dieu dans les vicissitudes actuelles de l'histoire, pour mieux y répondre par des initiatives apostoliques appropriées. Dans cette perspective de communion et d'ouverture aux défis de notre temps, les Supérieurs et les Supérieures, « œuvrant en harmonie avec l'épiscopat », chercheront à « recourir aux services des meilleurs collaborateurs de chaque Institut et à proposer des contributions qui n'aident pas seulement à surmonter d'éventuelles limites, mais créent un style valable de formation à la vie consacré » [123].
J’invite les Conférences des Supérieurs et Supérieures majeurs à prendre des contacts fréquents et réguliers avec la Congrégation pour les Instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie apostolique, afin de manifester leur communion avec le Saint-Siège. Il faudra aussi entretenir des relations actives et confiantes avec les Conférences épiscopales de chaque pays. Dans l’esprit du document Mutuae relationes, il conviendra que ces relations prennent une forme stable, pour rendre possible une coordination constante et opportune, au fur et à mesure des initiatives. Si tout cela est mis en ouvre avec persévérance et dans un esprit de fidèle adhésion aux directives du Magistère, les organismes de coordination et de communion se révéleront particulièrement utiles pour trouver des solutions qui évitent les incompréhensions et les tensions aussi bien sur le plan théorique que pratique [124] ; ils contribueront alors au développement de la communion entre les Instituts de vie consacrée et les Évêques, ainsi qu’à l’accomplissement de la mission même des Églises particulières.
Communion et collaboration avec les laïcs
54. Ces dernières années, la doctrine de l’Église comme communion a permis de mieux comprendre que ses diverses composantes peuvent et doivent unir leurs forces, dans un esprit de collaboration et d’échange des dons, pour participer plus efficacement à la mission ecclésiale. Cela contribue à donner une image plus juste et plus complète de l’Église, et surtout à rendre plus vigoureuse la réponse aux grands défis de notre temps, grâce à l’apport concerté des divers dons.
En ce qui concerne les Instituts monastiques et contemplatifs, les relations avec les laïcs se situent essentiellement sur le plan spirituel, alors que, pour les Instituts engagés dans l’apostolat, ils se traduisent aussi par une collaboration pastorale. Les membres des Instituts séculiers, laïcs ou clercs, entretiennent des relations avec les autres fidèles dans les formes ordinaires de la vie quotidienne. Aujourd’hui, beaucoup d’Instituts, souvent en raison de situations nouvelles, sont parvenus à la conviction que leur charisme peut être partagé avec les laïcs, qui, par conséquent, sont invités à participer de façon plus intense à la spiritualité et à la mission de l’Institut lui-même. On peut dire que, dans le sillage des expériences historiques comme celles des divers Ordres séculiers ou Tiers-Ordres, un nouveau chapitre, riche d’espérance, s’ouvre dans l’histoire des relations entre les personnes consacrées et le laïcat.
Pour un dynamisme spirituel et apostolique renouvelé
55. Ces nouvelles expériences de communion et de collaboration méritent d’être encouragées pour divers motifs. En effet, il pourra en résulter, avant tout, le rayonnement d’une spiritualité qui porte à l’action au-delà des frontières de l’Institut ; ce dernier comptera ainsi sur de nouvelles forces pour assurer dans l’Église la continuité de certaines de ses activités caractéristiques. Une autre conséquence positive pourra aussi être de faciliter une entente approfondie entre personnes consacrées et laïcs, en vue de la mission : inspirés par les exemples de sainteté des personnes consacrées, les laïcs seront introduits à l’expérience directe de l’esprit des conseils évangéliques et, en vue de la transformation du monde selon le cœur de Dieu, seront ainsi encouragés à vivre l’esprit des Béatitudes et à en témoigner [125].
La participation des laïcs suscite souvent des approfondissements inattendus et féconds de certains aspects du charisme, en leur donnant une interprétation plus spirituelle et en incitant à en tirer des suggestions pour de nouveaux dynamismes apostoliques. Dans toutes les activités ou ministères où elles sont engagées, les personnes consacrées se souviendront donc qu’elles doivent être, avant tout, des guides compétents de vie spirituelle, et, dans cette perspective, elles feront fructifier "le talent le plus précieux : l’esprit" [126].À leur tour, les laïcs offriront aux familles religieuses la précieuse contribution de leur caractère séculier et de leur service spécifique.
Laïcs volontaires et associés
56. Une expression significative de la participation des laïcs aux richesses de la vie consacrée se voit dans l’adhésion de fidèles laïques aux divers Instituts, sous la forme nouvelle de ce qu’on appelle "membres associés" ou bien, suivant les besoins actuels dans certains contextes culturels, sous la forme d’un partage temporaire de la vie communautaire et l’engagement particulier de l’Institut dans la contemplation ou dans l’apostolat, à condition évidemment que la nature de sa vie interne n’en souffre pas [127].
Il est juste d’avoir une grande estime pour ce genre de volontariat qui s’inspire des richesses de la vie consacrée ; il faut cependant veiller à la formation des volontaires, pour que, en plus de la compétence, ils aient toujours des motivations spirituelles profondes dans leurs intentions et un vif sens communautaire et ecclésial dans leurs projets [128]. Il faut ensuite se rappeler que, pour être considérées comme ouvres d’un Institut déterminé, les initiatives dans lesquelles sont impliqués des laïcs à un niveau de décision doivent en poursuivre les fins et être réalisées sous sa responsabilité. Donc, si des laïcs en assurent la direction, ils rendront compte de leur responsabilité aux Supérieurs et aux Supérieures compétents. Il est opportun que tout cela soit précisé et organisé selon des directives propres à chaque Institut, approuvées par l’autorité supérieure, en précisant les compétences respectives de l’Institut lui-même, celles de la communauté et celles des membres associés ou des volontaires.
Les personnes consacrées, envoyées par leurs Supérieurs et Supérieures, tout en restant sous leur dépendance, peuvent collaborer selon des modalités appropriées à des initiatives laïques, particulièrement dans des organisations et des institutions qui s’occupent des marginaux et qui ont pour but de soulager la souffrance humaine. Si elle est animée et soutenue par une claire et forte identité chrétienne, et si elle respecte les caractéristiques de la vie consacrée, cette collaboration peut faire rayonner la force et la lumière de l’Évangile dans les situations les plus obscures de l’existence humaine.
Au cours de ces dernières années, beaucoup de personnes consacrées sont entrées dans l’un des mouvements ecclésiaux qui se développent actuellement. En général, les intéressés tirent profit de telles expériences, particulièrement pour leur renouveau spirituel. Toutefois, on ne peut nier que, dans certains cas, cela risque de gêner ou de désorienter au niveau personnel et communautaire, notamment quand ces expériences entrent en conflit avec les exigences de la vie communautaire et de la spiritualité de l’Institut. Il faudra donc prendre soin que l’adhésion aux mouvements ecclésiaux se fasse dans le respect du charisme et de la discipline de l’Institut [129], avec la permission des Supérieurs ou des Supérieures, et en étant pleinement disposé à accueillir leurs décisions.
La dignité et le rôle de la femme consacrée
57. L’Église montre les multiples formes de sa richesse spirituelle quand, ayant surmonté les discriminations, elle accueille comme une véritable bénédiction les dons de Dieu répandus aussi bien sur les hommes que sur les femmes, tous mis en valeur dans leur égale dignité. Les femmes consacrées sont appelées de façon tout à fait spéciale à être, par le don d’elles-mêmes vécu en plénitude et avec joie, un signe de la tendresse de Dieu pour le genre humain et un témoignage particulier du mystère de l’Église, vierge, épouse et mère [130]. Leur mission n’a pas manqué d’être mise en relief au Synode ; elles ont été nombreuses à y participer et à pouvoir faire entendre leur voix, écoutée et appréciée de tous. Grâce aussi à leurs contributions, on a vu se dégager des indications utiles pour la vie de l’Église et pour sa mission évangélisatrice. Certes, on ne peut nier le bien-fondé de beaucoup de revendications concernant la position de la femme dans divers milieux sociaux et ecclésiaux. Il convient également de remarquer que la nouvelle conscience que les femmes ont d’elles-mêmes aide aussi les hommes à revoir leurs schémas mentaux, leur façon de se comprendre eux-mêmes, de se situer dans l’histoire et de l’interpréter, d’organiser la vie sociale, politique, économique, religieuse et ecclésiale.
L’Église, qui a reçu du Christ un message de libération, a la mission prophétique de le répandre, en encourageant des états d’esprit et des conduites conformes aux intentions du Seigneur. Dans ce contexte, la femme consacrée peut, à partir de son expérience de l’Église et sa vie de femme dans l’Église, contribuer à éliminer certaines conceptions unilatérales, qui entravent la pleine reconnaissance de sa dignité, de son apport spécifique à la vie et à l’action pastorale et missionnaire de l’Église. De la sorte, il est légitime que la femme consacrée aspire à voir reconnaître plus clairement son identité, sa compétence, sa mission et sa responsabilité, aussi bien dans la conscience ecclésiale que dans la vie quotidienne.
L’avenir même de la nouvelle évangélisation, comme du reste de toutes les autres formes d’action missionnaire, est impensable sans une contribution renouvelée des femmes, spécialement des femmes consacrées.
Nouvelles perspectives de présence et d’action
58. Il est donc urgent de faire quelques pas concrets, en commençant par ouvrir aux femmes des espaces de participation dans divers secteurs et à tous les niveaux, y compris dans les processus d’élaboration des décisions, surtout pour ce qui les concerne.
Il est nécessaire aussi que la formation des femmes consacrées, à l’égal de celle des hommes, soit adaptée aux nouvelles urgences et prévoie un temps et un cadre institutionnel suffisants pour une éducation systématique, portant sur tous les domaines, depuis celui de la théologie et de la pastorale jusqu’au domaine professionnel. La formation pastorale et catéchétique, toujours importante, est particulièrement utile à la nouvelle évangélisation, qui demande aussi aux femmes de nouvelles formes de participation.
On peut considérer qu’une formation, en aidant la femme consacrée à mieux comprendre ses propres dons, ne manquera pas de stimuler la nécessaire réciprocité à l’intérieur de l’Église. Dans le domaine de la réflexion théologique, culturelle et spirituelle, on attend beaucoup du génie de la femme non seulement pour la spécificité de la vie consacrée féminine, mais encore pour l’intelligence de la foi dans toutes ses expressions. À ce propos, que ne doit pas l’histoire de la spiritualité à des saintes comme Thérèse de Jésus et Catherine de Sienne, les deux premières femmes honorées du titre de Docteur de l’Église, et à tant d’autres mystiques pour l’approfondissement du mystère de Dieu et pour la mise en lumière de son action sur les croyants ! L’Église compte beaucoup sur une contribution originale des femmes consacrées pour promouvoir la doctrine, les bonnes mœurs, la vie familiale et sociale, spécialement en ce qui concerne la dignité de la femme et le respect de la vie humaine [131]. En effet, "les femmes jouent un rôle unique et sans doute déterminant : il leur revient de promouvoir un nouveau féminisme qui, sans succomber à la tentation de suivre les modèles masculins, sache reconnaître et exprimer le véritable génie féminin dans toutes les manifestations de la vie en société, travaillant à dépasser toute forme de discrimination, de violence et d’exploitation" [132].
Il y a des raisons d’espérer que, à partir d’une reconnaissance plus grande de la mission de la femme, la vie consacrée féminine prendra une conscience toujours plus vive de son propre rôle et se dévouera mieux encore à la cause du Règne de Dieu. Cela pourra se traduire par de multiples ouvres, comme l’engagement dans l’évangélisation, l’action éducative, la participation à la formation des futurs prêtres et des personnes consacrées, l’animation de la communauté chrétienne, l’accompagnement spirituel, la promotion des biens fondamentaux de la vie et de la paix. Aux femmes consacrées, avec leur extraordinaire capacité de dévouement, j’exprime encore une fois l’admiration et la reconnaissance de toute l’Église, qui les soutient parce qu’elles vivent en plénitude et avec joie leur vocation et qu’elles se sentent appelées à la haute charge d’aider à former la femme d’aujourd’hui.
II. CONTINUER L’ŒUVRE DE L’ESPRIT : FIDELITÉ DANS LA NOUVEAUTÉ
Les moniales cloîtrées
59. La vie monastique féminine et la clôture des moniales méritent une attention particulière, pour la haute estime que la communauté chrétienne nourrit envers ce genre de vie, signe de l’union exclusive de l’Église-Épouse avec son Seigneur, aimé par-dessus tout. En effet, la vie des moniales cloîtrées, qui se consacrent essentiellement à la prière, à l’ascèse et au progrès ardent dans la vie spirituelle, "n’est autre chose qu’un chemin vers la Jérusalem céleste et une anticipation de l’Église eschatologique dans la possession et la contemplation de Dieu" [133].À la lumière de cette vocation et de cette mission ecclésiales, la clôture répond à l’exigence, reconnue comme prioritaire, de demeurer avec le Seigneur. Choisissant un espace réduit comme lieu de vie, les cloîtrées participent à l’anéantissement du Christ, dans une pauvreté radicale qui s’exprime par le renoncement non seulement aux choses matérielles, mais aussi à l’"espace", aux contacts et à de nombreux biens de la création. Ce mode spécifique de donner son "corps" les introduit de manière plus sensible dans le mystère eucharistique. Les cloîtrées s’offrent avec Jésus pour le salut du monde. En plus de la dimension de sacrifice et d’expiation, leur offrande prend aussi le sens d’une action de grâce au Père, dans la participation à l’action de grâce du Fils bien-aimé.
Enracinée dans un tel dynamisme spirituel, la clôture n’est pas seulement un moyen ascétique de valeur incomparable, mais aussi une manière de vivre la Pâque du Christ [134]. D’expérience de "mort", elle devient surabondance de vie, et elle apparaît comme une annonce joyeuse et une anticipation prophétique de la possibilité offerte à toute personne et à l’humanité entière de vivre uniquement pour Dieu, en Jésus Christ (cf. Rm 6,11). La clôture évoque donc cette cellule du cœur dans laquelle chacun est appelé à vivre l’union avec le Seigneur. Accueillie comme un don et choisie comme une libre réponse d’amour, elle est le lieu de la communion spirituelle avec Dieu et avec les frères et les sœurs, où la restriction de l’espace et des contacts favorise l’intériorisation des valeurs évangéliques (cf. Jn 13,34 Mt 5,3 Mt 5,8).
Les communautés cloîtrées, placées comme une ville sur la montagne et comme une lampe sur le lampadaire (cf. Mt 5,14-15), même dans la simplicité de leur vie, évoquent de manière visible le but vers lequel chemine l’ensemble de la communauté ecclésiale qui, "pleine d’ardeur dans l’action et adonnée à la contemplation" [135],marche sur les routes de ce temps le regard fixé sur la récapitulation future de toutes choses dans le Christ, lorsque l’Église "apparaîtra avec son Époux dans la gloire (cf. Col 3,1-4) [136]",et que le Christ "remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance (...), afin que Dieu soit tout en tous" (1Co 15,24 1Co 15,28).
Ma reconnaissance va donc à ces Sœurs très chères que j’encourage à rester fidèles à la vie cloîtrée selon leur charisme propre. Grâce à leur exemple, ce genre de vie connaît encore de nombreuses vocations, attirées par la radicalité d’une existence "sponsale" totalement consacrée à Dieu dans la contemplation. Comme expression du pur amour qui vaut plus que toute action, la vie contemplative possède une extraordinaire efficacité apostolique et missionnaire [137].
Les Pères synodaux ont manifesté une grande estime pour la valeur de la clôture, en même temps qu’ils prenaient en considération les requêtes présentées ici ou là au sujet de sa discipline concrète. Les indications du Synode sur cette question et, en particulier, le souhait de donner une plus grande responsabilité aux Supérieures majeures en ce qui concerne les dérogations à la clôture pour des causes graves et justes [138], feront l’objet d’une réflexion méthodique, dans le sens du renouveau déjà accompli depuis le Concile Vatican II [139]. En ce sens, la clôture, selon ses différentes formes et ses divers degrés de la clôture papale et constitutionnelle à la clôture monastique, correspondra mieux à la diversité des Instituts contemplatifs et des traditions des monastères.
Comme le Synode l’a lui-même souligné, il convient en outre de favoriser les Associations et les Fédérations entre les monastères, déjà recommandées par Pie XII et par le deuxième Concile œcuménique du Vatican [140], surtout là où il n’existe pas d’autres formes efficaces de coordination et d’aide, afin de préserver et de promouvoir les valeurs de la vie contemplative. Restant toujours sauve l’autonomie légitime des monastères, ces organisations peuvent en effet offrir un soutien réel pour résoudre convenablement des problèmes communs, tels que le renouveau approprié, la formation initiale et permanente, le soutien économique mutuel, et aussi la réorganisation des monastères eux-mêmes.
Les religieux frères
60. Selon la doctrine traditionnelle de l’Église, de par sa nature, la vie consacrée n’est ni laïque ni cléricale [141]et, de ce fait, la "consécration laïque", masculine ou féminine, constitue en soi un état complet de la profession des conseils évangéliques [142]. Elle a donc pour la personne comme pour l’Église, une valeur spécifique, indépendante du ministère sacré.
Dans la ligne de l’enseignement du Concile Vatican II [143], le Synode a manifesté une grande estime pour cette forme de vie consacrée dans laquelle les religieux frères exercent, à l’intérieur et hors de la communauté, des services précieux et variés, participant ainsi à la mission de proclamer l’Évangile et d’en témoigner par la charité dans la vie de tous les jours. En effet, certains de ces services peuvent être considérés comme de vrais ministères ecclésiaux, que l’autorité légitime leur confie. Cela exige une formation appropriée et intégrale : une formation humaine, spirituelle, théologique, pastorale et professionnelle.
Selon la terminologie en vigueur, les Instituts qui, en vertu de l’intention du fondateur et d’une tradition légitime, ont un caractère et une finalité qui ne comportent pas l’exercice de l’Ordre sacré, sont appelés "Instituts laïques" [144].Cependant, au cours du Synode, on a fait ressortir le fait que cette terminologie n’exprime pas de manière appropriée le caractère particulier de la vocation des membres de ces Instituts religieux. En effet, tout en exerçant les nombreuses activités qu’ils ont aussi en commun avec les fidèles laïques, les religieux le font en fonction de leur identité de consacrés et ils expriment ainsi un esprit de don total au Christ et à l’Église, selon leur charisme spécifique.
Pour cette raison, de manière à éviter toute ambiguïté et toute confusion avec le caractère séculier des fidèles laïques [145], les Pères synodaux ont voulu proposer le terme d’Instituts religieux de Frères [146]. La proposition est significative, surtout si l’on considère que le terme de frère évoque aussi un riche contenu spirituel. "Ces religieux sont appelés à être des frères du Christ, profondément unis à Lui, "l’aîné d’une multitude de frères" (Rm 8,29) ; frères entre eux, dans l’amour mutuel et dans la coopération au même service pour le bien dans l’Église ; frères de chaque homme par le témoignage de la charité du Christ envers tous, spécialement envers les plus petits et les plus nécessiteux ; frères pour une plus grande fraternité dans l’Église" [147]. Vivant de manière spéciale cet aspect commun à la vie chrétienne et à la vie consacrée, les "religieux frères" rappellent efficacement aux religieux prêtres eux-mêmes la dimension fondamentale de la fraternité dans le Christ, qu’ils ont à vivre entre eux et avec tout homme et toute femme, et ils proclament à tous la parole du Seigneur : "Tous, vous êtes des frères" (Mt 23,8).
Dans ces Instituts religieux de Frères, rien n’interdit, lorsque le Chapitre général en a décidé ainsi, que certains membres reçoivent les Ordres sacrés pour le service sacerdotal de la communauté religieuse [148]. Cependant, le Concile Vatican II ne donne aucun encouragement explicite dans ce sens, précisément parce qu’il désire que les Instituts de Frères demeurent fidèles à leur vocation et à leur mission. Cela vaut aussi pour l’accès à la charge de Supérieur, puisque celle-ci reflète de manière spéciale la nature de l’Institut lui-même.
La vocation des frères dans les Instituts qui sont dits "cléricaux" est différente ; car, selon le projet de leur fondateur ou en vertu d’une tradition légitime, ces Instituts prévoient l’exercice de l’Ordre sacré, ils sont gouvernés par des clercs et ils sont reconnus comme tels par l’autorité de l’Église [149]. Dans ces Instituts, le ministère sacré est constitutif du charisme lui-même et il en détermine la nature, la fin et l’esprit. La présence des frères constitue une participation différenciée à la mission de l’Institut, avec des services assurés à l’intérieur de la communauté ou dans des tâches apostoliques, en collaboration avec ceux qui exercent le ministère sacerdotal.
Instituts mixtes
61. Certains Instituts religieux qui, dans le projet initial du fondateur, se présentaient comme des fraternités dans lesquelles tous les membres, prêtres et non-prêtres, étaient considérés comme égaux, ont évolué, à l’épreuve du temps, vers une forme différente. Il convient que ces Instituts, appelés "mixtes", examinent, à partir de l’approfondissement de leur charisme fondateur propre, l’opportunité et la possibilité de revenir à l’inspiration des origines.
Les Pères synodaux ont exprimé le vœu que dans ces Instituts soit reconnue à tous les religieux la parité des droits et des obligations, excepté ceux qui découlent de l’Ordre sacré [150]. Pour examiner et résoudre les problèmes concernant cette question, une commission spéciale a été instituée, dont il convient d’attendre les conclusions pour opérer les choix opportuns, selon ce qui sera légitimement déterminé.
Nouvelles formes de vie évangélique
62. L’Esprit, qui, en d’autres temps, a suscité de nombreuses formes de vie consacrée, ne cesse pas d’assister l’Église, soit en stimulant dans les Instituts déjà existants l’engagement à se renouveler dans la fidélité au charisme des origines, soit en prodiguant de nouveaux charismes à des hommes et à des femmes de notre temps, pour qu’ils fassent naître des institutions répondant aux défis d’aujourd’hui. Ce que l’on appelle les nouvelles fondations, aux caractéristiques dans une certaine mesure originales par rapport aux caractéristiques traditionnelles, sont un signe de cette intervention divine.
L’originalité des communautés nouvelles consiste souvent dans le fait qu’il s’agit de groupes d’hommes et de femmes, de clercs et de laïcs, de personnes mariées et célibataires, qui suivent un mode de vie particulier, inspiré parfois par l’une ou l’autre des formes traditionnelles ou bien adapté en fonction des exigences de la société actuelle. Leur engagement de vie évangélique s’exprime aussi sous des formes différentes, tandis que se manifeste, comme orientation générale, une aspiration intense à la vie communautaire, à la pauvreté et à la prière. Des clercs et des laïcs participent au gouvernement suivant leurs compétences. Les visées apostoliques s’ouvrent aux nécessités de la nouvelle évangélisation.
Si, d’une part, il faut se réjouir de l’action de l’Esprit, il est nécessaire, d’autre part, de procéder au discernement des charismes. Pour que l’on puisse parler de vie consacrée, le principe fondamental est que les traits spécifiques des nouvelles communautés et formes de vie apparaissent fondés sur les éléments théologiques et canoniques essentiels, qui sont le propre de la vie consacrée [151]. Ce discernement est nécessaire tant au niveau local qu’au niveau universel, en vue d’une obéissance commune à l’unique Esprit. Dans chaque diocèse, l’Évêque examinera l’orthodoxie et le témoignage de vie des fondateurs et des fondatrices de ces communautés, leur spiritualité, la sensibilité ecclésiale dans la réalisation de leur mission, les méthodes de formation et les modes d’entrée dans la communauté ; il évaluera avec sagesse les faiblesses éventuelles, en attendant avec patience la preuve des fruits (cf. Mt 7,16) [152], pour pouvoir reconnaître l’authenticité du charisme. De manière particulière, il lui est demandé d’établir, à la lumière de critères clairs, l’idonéité de ceux qui, dans ces communautés, demandent à accéder aux Ordres sacrés [153].
En vertu du même principe de discernement, on ne peut faire entrer dans la catégorie spécifique de la vie consacrée les formes d’engagement, cependant louables, que des couples chrétiens prennent dans certaines associations ou mouvements ecclésiaux, lorsque, dans l’intention de porter à la perfection de la charité leur amour déjà en quelque sorte "consacré" dans le sacrement du mariage [154], ils confirment par un vœu le devoir de la chasteté propre à la vie conjugale et, sans négliger leurs devoirs envers leurs enfants, ils professent la pauvreté et l’obéissance [155]. Par cette précision nécessaire sur la nature de ces expériences, on n’entend pas sous-estimer ce chemin de sanctification particulier, auquel n’est certes pas étrangère l’action de l’Esprit, infiniment riche de dons et d’inspirations.
Face à une telle profusion de dons et d’élans novateurs, il semble opportun de créer une Commission pour les questions concernant les nouvelles formes de vie consacrée, afin d’établir des critères d’authenticité qui soient utiles au discernement et aux décisions [156]. Entre autres tâches, cette commission devra voir, à la lumière de l’expérience de ces dernières décennies, quelles formes nouvelles de consécration l’autorité ecclésiastique peut reconnaître officiellement, avec prudence pastorale et pour le bien commun, et proposer aux fidèles qui aspirent à une vie chrétienne plus parfaite.
Ces nouvelles associations de vie évangélique ne remplacent pas les institutions antérieures, qui continuent à occuper la place éminente que la tradition leur a assignée. Les formes nouvelles sont elles aussi un don de l’Esprit, pour que l’Église suive son Seigneur dans un élan permanent de générosité, attentive aux appels de Dieu qui s’expriment à travers les signes des temps. Ainsi, l’Église se présente au monde, diversifiée dans ses formes de sainteté et de services, "signe et instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain" [157]. Les Instituts anciens, dont beaucoup sont passés par le crible d’épreuves très dures, supportées avec courage au long des siècles, peuvent s’enrichir grâce au dialogue et à l’échange de dons avec les fondations qui naissent en notre temps.
Ainsi, la vigueur des diverses institutions de vie consacrée, des plus anciennes aux plus récentes, de même que le dynamisme des communautés nouvelles, entretiendront la fidélité à l’Esprit Saint, qui est principe de communion et de nouveauté permanente de vie.
III. REGARD VERS L’AVENIR
Difficultés et perspectives
63. Dans plusieurs régions du monde, les changements actuels de la société et la diminution du nombre des vocations pèsent sur la vie consacrée. Les ouvres apostoliques de nombreux Instituts et leur présence elle-même dans certaines Églises locales sont mises en danger. Comme cela s’est produit en d’autres périodes de l’histoire, des Instituts courent même le risque de disparaître. L’Église universelle leur est extrêmement reconnaissante d’avoir tant contribué à sa construction, par le témoignage et par le service [158]. Leur affaiblissement actuel ne supprime pas les mérites et les fruits obtenus grâce à leurs efforts.
D’autres Instituts rencontrent plutôt le problème de la réorganisation des ouvres. Cette tâche, difficile et souvent douloureuse, exige recherche et discernement à la lumière de certains critères. Il convient, par exemple, de sauvegarder le sens du charisme propre, de promouvoir la vie fraternelle, d’être attentif aux besoins de l’Église universelle et particulière, de s’occuper de ce que le monde néglige, de répondre généreusement et avec audace, même par des actions nécessairement limitées, aux nouvelles formes de pauvreté, surtout dans les lieux les plus reculés [159].
Les différentes difficultés, résultant de la réduction du personnel et de la diminution des initiatives, ne doivent en aucune manière faire perdre confiance dans la force évangélique de la vie consacrée, qui sera toujours d’actualité et agissante dans l’Église. Si aucun des Instituts ne peut prétendre à la pérennité, la vie consacrée n’en continuera pas moins à nourrir parmi les fidèles la réponse de l’amour envers Dieu et envers les frères. Pour cela, il est nécessaire de distinguer entre le destin historique d’un Institut déterminé ou d’une forme de vie consacrée et la mission ecclésiale de la vie consacrée comme telle. Le premier peut se transformer à cause des changements dus aux circonstances, la seconde est appelée à durer.
Cela est vrai pour la vie consacrée de forme contemplative comme pour celle qui est vouée aux ouvres d’apostolat. Dans son ensemble, sous l’action toujours nouvelle de l’Esprit, elle doit toujours donner son témoignage éclairant de l’unité indissoluble entre l’amour de Dieu et l’amour du prochain, comme mémoire vivante de la fécondité, même humaine et sociale, de l’amour de Dieu. Les nouvelles situations de pénurie doivent donc être abordées avec la sérénité de ceux qui savent qu’il est demandé à chacun plus l’engagement de la fidélité que la réussite. On doit absolument éviter le véritable échec de la vie consacrée, qui ne vient pas de la baisse numérique, mais de la perte de l’adhésion spirituelle au Seigneur, à la vocation propre et à la mission. En persévérant fidèlement dans cette adhésion, on manifeste au contraire, avec une grande clarté, même face au monde, une ferme confiance dans le Seigneur de l’histoire, qui tient entre ses mains les temps et la destinée des personnes, des institutions et des peuples, et donc aussi la mise en ouvre de ses dons aux différentes époques. Les douloureuses situations de crise poussent les personnes consacrées à proclamer avec force la foi dans la Mort et la Résurrection du Christ, pour devenir des signes visibles du passage de la mort à la vie.
Nouvel élan de la pastorale des vocations
64. La mission de la vie consacrée et la vitalité des Instituts dépendent, certes, de la fidélité active avec laquelle les consacrés répondent à leur vocation, mais leur avenir est lié au fait que d’autres hommes et d’autres femmes accueillent généreusement l’appel du Seigneur. Le problème des vocations est un véritable défi, lancé directement aux Instituts, mais qui implique toute l’Église. D’importantes forces spirituelles et matérielles sont mises en ouvre dans la pastorale des vocations, mais les résultats ne sont pas toujours à la hauteur des attentes et des efforts. Malgré une augmentation dans les jeunes Églises et dans celles qui ont subi des persécutions de la part de régimes totalitaires, les vocations à la vie consacrée se font parfois rares dans les pays traditionnellement riches en vocations notamment missionnaires.
Cette situation difficile met à l’épreuve les personnes consacrées qui s’interrogent parfois : peut-être avons-nous perdu la capacité d’attirer de nouvelles vocations ? Il faut avoir foi dans le Seigneur Jésus, qui continue à appeler à sa suite, et se confier à l’Esprit Saint, auteur et inspirateur des charismes de la vie consacrée. Heureux de voir l’action de l’Esprit, qui rajeunit l’Épouse du Christ, en faisant s’épanouir la vie consacrée dans de nombreux pays, nous devons adresser une prière instante au Maître de la moisson, pour qu’il envoie des ouvriers dans son Église, afin de faire face aux urgences de la nouvelle évangélisation (cf. Mt 9,37-38). Hormis la promotion de la prière pour les vocations, il est urgent d’encourager fortement, par une annonce explicite et par une catéchèse adaptée, ceux qui sont appelés à la vie consacrée pour qu’ils donnent une réponse libre, mais prompte et généreuse, qui rend opérante la grâce de la vocation.
L’invitation de Jésus : "Venez et voyez" (Jn 1,39) demeure encore aujourd’hui la règle d’or de la pastorale des vocations. Celle-ci tend à montrer, à l’exemple des fondateurs et des fondatrices, l’attrait de la personne du Seigneur Jésus et la beauté du don total de soi pour la cause de l’Évangile. La première tâche de tous les consacrés et de toutes les consacrées consiste donc à proposer courageusement, par la parole et par l’exemple, l’idéal de la sequela Christi, en affermissant ensuite la réponse aux motions de l’Esprit dans le cœur des personnes appelées.
Après l’enthousiasme de la première rencontre avec le Christ, il faudra évidemment l’effort patient de la réponse quotidienne, qui fait de la vocation une histoire d’amitié avec le Seigneur. À cette fin, la pastorale des vocations aura recours à des aides appropriées, comme la direction spirituelle, pour nourrir cette réponse d’amour personnel envers le Seigneur, condition essentielle pour devenir disciple et apôtre de son Royaume. Cela étant, si la multiplication des vocations dans différentes parties du monde autorise l’optimisme et l’espérance, leur raréfaction dans d’autres régions ne doit pas conduire au découragement, ni à la tentation d’un recrutement facile et imprudent. Il est nécessaire que la mission de promouvoir les vocations soit accomplie de manière à apparaître toujours plus comme un engagement commun de toute l’Église [160]. Cette mission exige donc l’active collaboration de pasteurs, de religieux, de familles et d’éducateurs, car elle correspond à un service qui fait partie intégrante de la pastorale d’ensemble de chaque Église particulière. On souhaite qu’il y ait dans chaque diocèse ce service commun, qui coordonne et décuple les forces, sans toutefois compromettre l’activité de chaque Institut en ce qui concerne les vocations, et même qui la favorise [161].
Cette collaboration active de tout le peuple de Dieu, soutenue par la Providence, ne pourra qu’attirer l’abondance des dons divins. La solidarité chrétienne doit permettre de satisfaire les besoins de la formation pour les vocations dans les pays économiquement les plus pauvres. La promotion des vocations dans ces pays doit être faite par les différents Instituts en pleine harmonie avec les Églises locales, avec comme point de départ une insertion active et durable dans leur démarche pastorale [162]. La manière la plus authentique de contribuer à l’action de l’Esprit consistera à investir généreusement les meilleures énergies pour les vocations, notamment par une attention dévouée à la pastorale des jeunes.
La formation initiale
65. L’Assemblée synodale a accordé une attention particulière à la formation de ceux qui désirent se consacrer au Seigneur [163], car elle a reconnu son importance décisive. L’objectif central de la démarche de formation est la préparation de la personne à la consécration totale d’elle-même à Dieu dans la sequela Christi, au service de la mission. Répondre "oui" à l’appel du Seigneur en s’engageant personnellement dans la maturation progressive de sa vocation, cela relève de la responsabilité inaliénable de ceux qui sont appelés, qui doivent ouvrir leur propre vie à l’action de l’Esprit Saint ; cela suppose de suivre généreusement l’itinéraire de formation, en accueillant avec foi les médiations que proposent le Seigneur et l’Église [164].
La formation devra, par conséquent, imprégner en profondeur la personne elle-même, de sorte que tout son comportement, dans les moments importants et dans les circonstances ordinaires de la vie, conduise à révéler son appartenance totale et joyeuse à Dieu [165]. Du fait que la finalité de la vie consacrée consiste à être configuré au Seigneur Jésus dans son oblation totale de lui-même [166], c’est à cela surtout que doit tendre la formation. Il s’agit d’un itinéraire qui permet de s’approprier progressivement les sentiments du Christ envers son Père.
Si tel est le but de la vie consacrée, la démarche qui y prépare devra avoir et montrer un caractère de totalité : elle devra être une formation de tout l’être [167], dans les différentes composantes de sa personnalité, dans les comportements comme dans les intentions. Parce qu’elle tend précisément à la transformation de toute la personne, il est clair que la tâche de la formation n’est jamais achevée. En effet, il convient d’offrir sans cesse aux personnes consacrées des occasions d’affermir leur adhésion au charisme et à la mission de leur Institut.
Pour être complète, la formation englobera tous les domaines de la vie chrétienne et de la vie consacrée. On doit par conséquent prévoir une préparation humaine, culturelle, spirituelle et pastorale, en prenant soin de favoriser l’intégration harmonieuse des différents aspects. À la formation initiale, comprise comme une évolution progressive qui passe par toutes les étapes de la maturation personnelle - de la maturation psychologique et spirituelle à la maturation théologique et pastorale -, on doit ménager un laps de temps suffisamment long qui, dans le cas des vocations au sacerdoce, puisse coïncider et s’harmoniser avec un programme d’études spécifique, intégré dans un parcours de formation plus large.
La tâche des formateurs et des formatrices
66. Par le don incessant du Christ et de l’Esprit, Dieu le Père est le formateur par excellence de ceux qui se consacrent à Lui. Mais, dans un tel processus, il se sert de la médiation humaine et place aux côtés de ceux qu’il appelle quelques frères et sœurs aînés. La formation est ainsi la participation à l’action du Père qui, par l’Esprit, développe dans le cœur des jeunes, garçons et filles, les sentiments du Fils. Les formateurs et les formatrices doivent donc être des personnes confirmées sur le chemin de la recherche de Dieu, pour être en mesure d’accompagner aussi d’autres personnes dans cet itinéraire. Attentifs à l’action de la grâce, ils sauront signaler les obstacles les moins évidents, mais surtout, ils montreront la beauté de la sequela Christi et la valeur du charisme par lequel elle se réalise. Les connaissances de la sagesse spirituelle seront associées à celles qu’offrent les moyens humains et qui aideront au discernement de la vocation et à la formation de l’homme nouveau, pour qu’il devienne vraiment libre. L’entretien personnel est un moyen fondamental de formation auquel il convient de recourir avec régularité et avec une certaine fréquence, car il s’agit d’une pratique efficace, confirmée et irremplaçable.
Devant des tâches aussi délicates, il apparaît vraiment important de préparer des formateurs qualifiés qui veilleront à accomplir leur service dans une grande harmonie avec la démarche de toute l’Église. Il sera opportun de créer des institutions appropriées pour la formation des formateurs, autant que faire se peut en des lieux où il sera possible de rester en contact avec la culture dans laquelle les formateurs exerceront ensuite leur service pastoral. Dans cette tâche de formation, les Instituts déjà bien établis apporteront leur aide aux Instituts de fondation plus récente, grâce à la contribution de certains des meilleurs de leurs membres [168].
Une formation communautaire et apostolique
67. Puisque la formation doit être aussi communautaire, la communauté est, pour les Instituts de vie religieuse et les Sociétés de vie apostolique, son lieu privilégié. Elle permet l’initiation à l’effort et à la joie de la vie commune. Dans la vie fraternelle, chacun apprend à vivre avec ceux que Dieu a placés à ses côtés, acceptant leurs qualités en même temps que leurs différences et leurs limites. En particulier, il apprend à partager les dons reçus pour l’édification de tous, car "à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun" (1Co 12,7) [169].En même temps, la vie communautaire doit, dès le commencement de la formation, faire apparaître la dimension missionnaire intrinsèque de la consécration. Pour cela, dans les Instituts de vie consacrée, pendant la période initiale de la formation, il sera utile de procéder à des expériences concrètes et accompagnées avec prudence par le formateur ou la formatrice, afin de développer les dispositions apostoliques, les capacités d’adaptation et l’esprit d’initiative, en relation avec la culture environnante.
S’il est important que la personne consacrée se forme progressivement une conscience critique selon l’Évangile à l’égard des valeurs et des contre-valeurs de sa propre culture et de celles qu’elle rencontrera dans son futur champ d’activité, elle doit aussi s’exercer à l’art difficile de construire l’unité de sa vie, ainsi que de lier étroitement la charité envers Dieu et celle envers ses frères et ses sœurs, en saisissant que la prière est l’âme de l’apostolat, mais que l’apostolat vivifie et stimule la prière.
Nécessité d’une ratio complète et mise à jour
68. Dans les Instituts féminins comme pour les religieux frères des Instituts masculins, il est recommandé de prévoir une période réservée à la formation, qui durera jusqu’à la profession perpétuelle. Cela vaut aussi, en substance, pour les communautés cloîtrées, qui auront soin d’élaborer un programme approprié, afin de donner une formation authentique à la vie contemplative et à sa mission particulière dans l’Église.
Les Pères synodaux ont chaleureusement invité tous les Instituts de vie consacrée et les Sociétés de vie apostolique à élaborer dès que possible une ratio institutionis, c’est-à-dire un projet de formation inspiré du charisme fondateur, qui présente de manière claire et dynamique le chemin à suivre pour assimiler pleinement la spiritualité de l’Institut. La ratio répond aujourd’hui à une véritable urgence : d’un côté, elle montre comment transmettre l’esprit de l’Institut, pour qu’il soit vécu authentiquement par les nouvelles générations, dans la diversité des cultures et des situations géographiques ; d’un autre côté, elle expose aux personnes consacrées les moyens de vivre cet esprit dans les différentes étapes de l’existence, en progressant vers la pleine maturité de la foi au Christ.
S’il est donc vrai que le renouveau de la vie consacrée dépend principalement de la formation, il est aussi vrai que cette dernière est, à son tour, liée à la capacité de proposer une méthode, riche en sagesse spirituelle et pédagogique, qui conduise progressivement ceux qui aspirent à se consacrer à s’approprier les sentiments du Christ Seigneur. La formation est une démarche vitale qui amène à se convertir au Verbe de Dieu jusque dans la profondeur de l’être et, en même temps, à apprendre l’art de chercher les signes de Dieu au milieu des réalités du monde. À une époque où la culture se détache de plus en plus des valeurs religieuses, cette démarche de formation est doublement importante : grâce à elle, la personne consacrée peut non seulement continuer à "voir" Dieu avec les yeux de la foi, dans un monde qui ignore sa présence, mais elle réussit aussi à en rendre la présence d’une certaine manière "sensible", par un témoignage donné selon son charisme.
La formation permanente
69. Pour les Instituts de vie apostolique comme pour ceux de vie contemplative, la formation permanente fait partie des exigences de la consécration religieuse. Le processus de la formation, comme on l’a dit, ne se réduit pas à sa phase initiale, puisque, à cause des limites humaines, la personne consacrée ne pourra jamais considérer avoir achevé la gestation de cet être nouveau, qui éprouve en lui-même, dans toutes les circonstances de la vie, les sentiments mêmes du Christ. La formation initiale doit donc être affermie par la formation permanente, prédisposant le sujet à se laisser former tous les jours de sa vie [170].
En conséquence, il sera très important que chaque Institut prévoie, dans le cadre de la ratio institutionis, la définition, autant que possible précise et systématique, d’un projet de formation permanente, dont le but primordial est de guider toutes les personnes consacrées au moyen d’un programme continu tout au long de l’existence. Personne ne peut se dispenser de rester attentif à sa croissance humaine et religieuse ; de même, personne ne peut présumer de lui-même et conduire sa propre vie de manière autosuffisante. À aucune étape de la vie on ne peut se considérer comme assez sûr de soi et fervent pour exclure la nécessité d’efforts déterminés pour assurer sa persévérance dans la fidélité, de même qu’il n’existe pas non plus d’âge où l’on puisse voir achevée la maturation de la personne.
Dans le dynamisme de la fidélité
70. Il y a une jeunesse de l’esprit qui demeure dans le temps : elle est liée au fait que le sujet cherche et trouve, dans toutes les étapes de sa vie, une tâche différente à accomplir, une manière spécifique d’être, de servir et d’aimer [171].
Dans la vie consacrée, les premières années de pleine insertion dans l’activité apostolique constituent une période elle-même critique, marquée par le passage d’une vie guidée à une situation de responsabilité entière dans le travail. Il sera important que les personnes consacrées jeunes soient soutenues et accompagnées par un frère ou une sœur qui les aide à vivre pleinement la jeunesse de leur amour et de leur enthousiasme pour le Christ.
L’étape suivante peut présenter le risque de l’habitude et la tentation qui en découle de la déception à cause de la pauvreté des résultats. Il est alors nécessaire d’aider les personnes consacrées d’âge moyen à relire, à la lumière de l’Évangile et de l’inspiration de leur charisme, leur option première, en ne confondant pas l’absolu du don de soi avec l’absolu du résultat. Cela permettra de donner un élan nouveau et des motivations nouvelles au choix personnel. C’est le temps de la recherche de l’essentiel.
Conjointement à la croissance personnelle, l’étape de l’âge mûr peut comporter le danger d’un certain individualisme, accompagné de la peur de ne pas être adapté à son époque, ainsi que de phénomènes de raidissement, de fermeture et de relâchement. La formation permanente a ici pour but d’aider non seulement à retrouver une pratique spirituelle et apostolique plus ardente, mais encore à découvrir la spécificité de cette étape de l’existence. En effet, certains aspects de la personnalité étant purifiés, l’offrande de soi à Dieu se fait plus pure et plus généreuse et elle rejaillit sur les frères et les sœurs, plus paisible et plus discrète, et aussi plus transparente et plus riche de grâce. C’est le don et l’expérience de la maternité et de la paternité spirituels.
Avec le grand âge se posent des problèmes nouveaux, qui doivent être abordés de manière préventive grâce à un programme avisé de soutien spirituel. L’abandon progressif de l’activité et, dans certains cas, la maladie et l’inaction forcée, constituent une expérience qui peut devenir profondément éducatrice. Moment souvent douloureux, cette étape offre cependant à la personne consacrée âgée la possibilité de se laisser façonner par l’expérience pascale [172], par une configuration au Christ crucifié, Lui qui accomplit en toutes choses la volonté du Père et qui s’abandonne entre ses mains jusqu’à remettre son esprit. Cette configuration est une manière nouvelle de vivre la consécration, qui n’est plus liée à l’efficacité d’une responsabilité de gouvernement ou d’un travail apostolique.
Quand vient ensuite le moment de s’unir à l’heure suprême de la passion du Christ, la personne consacrée sait que le Père achève désormais en elle ce mystérieux chemin de formation, commencé depuis longtemps. La mort sera alors attendue et préparée comme l’acte suprême d’amour et de don de soi.
Il convient d’ajouter que l’on peut connaître des situations critiques à toutes les étapes de la vie en raison de circonstances extérieures - changement de poste ou de service, difficultés dans le travail ou échec apostolique, incompréhension ou mise à l’écart, etc. - ou de motifs plus strictement personnels maladies physiques ou psychiques, aridité spirituelle, deuils, problèmes de relations interpersonnelles, fortes tentations, crises de la foi et de l’identité, sentiment d’inutilité ou d’autres encore. Lorsqu’il lui devient plus difficile d’être fidèle, il faut offrir à la personne le soutien d’une confiance plus grande et d’un amour plus fort, au niveau personnel comme au niveau communautaire. Par-dessus tout, la proximité affectueuse du Supérieur est alors nécessaire ; l’aide expérimentée d’un frère ou d’une sœur sera d’un grand réconfort ; leur présence prévenante et leur disponibilité pourront conduire à redécouvrir le sens de l’alliance que Dieu a conclue le premier et qu’il n’entend pas renier. La personne éprouvée parviendra ainsi à accepter la purification et le dépouillement comme des voies privilégiées pour suivre le Christ crucifié. L’épreuve elle-même apparaîtra comme un moyen providentiel de formation entre les mains du Père, comme un combat non seulement psychologique, mené par le moi dans sa relation avec lui-même et avec ses faiblesses, mais aussi religieux, marqué chaque jour par la présence de Dieu et par la puissance de la Croix.
Dimensions de la formation permanente
71. Si la personne à toutes les étapes de sa vie est le sujet de sa formation, la finalité de la formation est l’être humain intégral, appelé à chercher et à aimer Dieu " de tout son cœur, de toute son âme et de tout son pouvoir " (Dt 6,5) et son prochain comme lui-même (cf. Lv 19,18 Mt 22,37-39). L’amour de Dieu et des frères est une force dynamique, qui peut constamment être source d’inspiration sur le chemin de la croissance et de la fidélité.
La vie dans l’Esprit est naturellement première. En elle, la personne consacrée retrouve son identité et une sérénité profonde ; elle accroît son attention aux appels quotidiens de la Parole de Dieu et elle se laisse guider par l’intuition originelle de son Institut. Sous l’action de l’Esprit, les temps d’oraison, de silence et de solitude doivent être préservés avec persévérance, en demandant avec insistance au Très-Haut le don de la sagesse dans le labeur de chaque jour (cf. Sg 9,10).
La dimension humaine et fraternelle implique la connaissance de soi et de ses propres limites, pour être stimulé et soutenu de manière appropriée sur le chemin de la libération totale. Dans le contexte actuel, on accordera une importance particulière à la liberté intérieure de la personne consacrée, à l’intégration de son affectivité, à la capacité de communiquer avec tous, spécialement dans sa propre communauté, à la sérénité de l’esprit, à la compassion à l’égard de ceux qui souffrent, à l’amour pour la vérité et à l’harmonisation progressive entre le dire et le faire.
La dimension apostolique ouvre l’esprit et le cœur de la personne consacrée et la dispose à un effort continuel dans l’activité, qui est le signe de l’amour du Christ qui la presse (cf. 2Co 5,14). Pratiquement, cela signifiera la mise à jour des méthodes et des buts des activités apostoliques, dans la fidélité à l’esprit et aux intentions du fondateur ou de la fondatrice et aux traditions forgées ultérieurement, dans le milieu où l’on travaille, en prenant en compte les conditions historiques et culturelles, universelles ou locales, qui ont varié.
La dimension culturelle et professionnelle, en s’appuyant sur une formation théologique solide qui rend apte au discernement, nécessite une mise à jour continuelle et une attention particulière aux différents domaines auxquels s’adresse chaque charisme. Il est donc nécessaire de garder l’esprit ouvert et le plus docile possible, pour que le service soit conçu et réalisé selon les exigences du temps, en tirant profit des moyens fournis par le progrès culturel.
Enfin, du point de vue du charisme, les autres exigences se trouvent réunies, comme en une synthèse qui demande un approfondissement continuel de la consécration particulière dans ses différentes composantes, apostoliques, mais aussi ascétiques et mystiques. Cela comporte pour tous les membres une étude assidue de l’esprit de l’Institut d’appartenance, de son histoire et de sa mission, pour mieux l’assimiler personnellement et en communauté [173].
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