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Catéchèse du 28 avril 1982
Continence et signification sponsale du corps
1. « Il y en a qui sont devenus eunuques à cause du royaume des cieux. » C’est ainsi que s’exprime le Christ selon l’Évangile de Matthieu (Mt 19, 12). C’est le propre du cœur humain d’accepter des exigences, même difficiles, au nom de l’amour pour un idéal et, surtout, au nom de l’amour pour une personne (par essence, l’amour est en effet orienté vers une personne). C’est pourquoi dans l’appel à la continence « à cause du royaume des cieux », d’abord les disciples eux-mêmes et ensuite la Tradition vivante ont rapidement découvert cet amour qui se réfère au Christ lui-même comme époux de l’Église et époux des âmes, auxquelles il s’est donné lui-même jusqu’au bout, dans le mystère de sa Pâque et dans l’Eucharistie. Ainsi, la continence « à cause de royaume des cieux », le choix de la virginité ou du célibat pour toute la vie sont devenus, dans l’expérience des disciples et de ceux qui suivent le Christ, un acte de réponse particulière à l’amour de l’époux divin et ils ont acquis la signification d’un acte d’amour sponsal, c’est-à-dire de don sponsal de soi dans le but de répondre de manière spéciale à l’amour sponsal du Rédempteur : un don de soi compris comme un renoncement mais surtout fait par amour.
2. Nous avons déjà tiré toute la richesse du contenu dont est chargé l’énoncé du Christ sur la continence « à cause du royaume des cieux », bien qu’il soit concis mais qui, en même temps, est si profond. Maintenant, il convient de prêter attention à la signification qu’ont ces paroles pour la théologie du corps, comme nous avons cherché à en présenter et à en reconstruire les fondements bibliques « à partir de l’origine ». L’analyse de cette « origine » biblique à laquelle le Christ s’est référé dans son entretien avec les Pharisiens sur le sujet du mariage, de son unité et de son indissolubilité (cf. Mt 19, 3-9) — peu avant d’adresser à ses disciples les paroles sur la continence « à cause du royaume des cieux »(ibid. 19, 10-12) —, nous permet de rappeler la profonde vérité sur la signification sponsale du corps humain dans sa masculinité et dans sa féminité, comme nous l’avons montré en son temps à partir des analyses de la Genèse (en particulier, à partir du chapitre 2, 23-25). C’est précisément ainsi qu’il fallait formuler et préciser ce que nous trouvons dans ces textes anciens.
3. La mentalité contemporaine s’est habituée à penser et à parler surtout de l’instinct sexuel, en transférant au domaine de la réalité humaine ce qui est propre au monde des êtres vivants, aux animaux. Or, une réflexion approfondie sur le texte concis du premier et du deuxième chapitre de la Genèse nous permet d’établir, avec certitude et conviction, que « dès l’origine » se trouve délimitée dans la Bible une frontière très claire et univoque entre le monde des animaux (animalia) et l’homme créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Bien qu’il soit relativement court, il y a cependant dans ce texte suffisamment d’espace pour montrer que l’homme a une claire conscience de ce qui le distingue de manière essentielle de tous les êtres vivants (animalia).
4. L’application à l’homme de cette catégorie, essentiellement naturaliste, qui est contenue dans le concept et dans l’expression d’« instinct sexuel », n’est donc pas du tout appropriée et adéquate. Il est évident que cette application peut se faire sur la base d’une certaine analogie. En effet, la particularité de l’homme par rapport à tout le monde des êtres vivants (animalia) est telle que, compris du point de vue de l’espèce, il ne peut pas être fondamentalement qualifié comme animal, mais comme animal rationnel C’est pourquoi, malgré cette analogie, l’application du concept d’« instinct sexuel » à l’homme, étant donné la dualité dans laquelle il existe comme homme et comme femme, limite cependant grandement et, dans certain sens, « diminue » ce que sont la masculinité et la féminité elles-mêmes dans la dimension personnelle de la subjectivité humaine. Elle limite et « diminue » également ce pourquoi les deux, l’homme et la femme, s’unissent de manière à être une seule chair (cf. Gn 2, 24). Pour exprimer cela d’une manière appropriée et adéquate, il faut utiliser également une analyse différente de l’analyse naturaliste. C’est précisément l’étude de l’« origine » biblique qui nous oblige à le faire de manière convaincante. La vérité sur la signification sponsale du corps humain dans sa masculinité et dans sa féminité, affirmée dans les premiers chapitres de la Genèse (et en particulier dans le chapitre 2, 23-25), ou la découverte à un moment de la signification sponsale du corps dans la structure personnelle de la subjectivité de l’homme et de la femme, semblent être à ce sujet un concept clé et, en même temps, le seul approprié et le seul adéquat.
5. Précisément, par rapport à ce concept, par rapport à la vérité sur la signification sponsale du corps humain, il faut relire et comprendre les paroles du Christ sur la continence « à cause du royaume des cieux », prononcées dans le contexte immédiat de cette référence à l’« origine », sur lequel il a fondé sa doctrine sur l’unité et l’indissolubilité du mariage. À la base de l’appel du Christ à la continence se trouvent non seulement « l’instinct sexuel » comme catégorie d’un besoin, je dirais, naturaliste, mais aussi la conscience de la liberté du don qui est organiquement liée à la conscience profonde et mûre de la signification sponsale du corps, dans la structure totale de la subjectivité personnelle de l’homme et de la femme. C’est seulement par rapport à une telle signification de la masculinité et de la féminité de la personne humaine que l’appel à la continence volontaire « à cause du royaume des cieux » trouve sa pleine garantie et sa pleine motivation. C’est seulement et exclusivement dans cette perspective que le Christ dit : « Qu’il comprenne celui qui peut comprendre. » (Mt 19, 12.) Par cela, il montre que cette continence — bien que dans tous les cas elle soit surtout un don — peut être aussi « comprise », c’est-à-dire tirée et déduite du concept que l’homme a de son propre « je » psychologique dans son intégrité et, en particulier, de la masculinité et de la féminité de ce « je » dans la relation réciproque qui est inscrite comme « par nature » dans toute subjectivité humaine.
6. Comme nous l’avons rappelé dans les analyses précédentes, faites sur la base du Livre de la Genèse (Gn 2, 23 25), cette relation réciproque de la masculinité et de la féminité, ce « pour » réciproque de l’homme et de la femme, ne peut être compris de manière appropriée et adéquate que dans l’ensemble dynamique du sujet personnel. Les paroles du Christ dans Matthieu (19, 11-12) montrent ensuite que ce « pour », présent « dès l’origine » à la base du mariage, peut aussi être à la base de la continence « pour » le royaume des cieux ! En s’appuyant sur la même disposition du sujet personnel grâce à laquelle l’homme se retrouve pleinement à travers un don sincère de soi (cf. GS 24), l’être humain (homme ou femme) est capable de choisir le don personnel de soi-même, fait à une autre personne dans l’engagement conjugal où ils deviennent « une seule chair », et il est également capable de renoncer librement à ce don de soi à une autre personne, afin que, choisissant la continence « à cause du royaume des cieux », il puisse se donner totalement au Christ. Sur la base de cette même disposition du sujet personnel et sur la base de cette même signification sponsale de l’être pour ce qui est du corps, masculin et féminin, il peut modeler l’amour qui pousse l’homme au mariage dans la dimension de toute la vie (cf. Mt 19, 3-10) mais il peut aussi modeler l’amour qui pousse l’homme pour toute la vie à la continence « à cause du royaume des cieux » (cf. Mt 19, 11-12). C’est précisément de cela que parle le Christ dans l’ensemble de son énoncé, en s’adressant aux Pharisiens (cf. Mt 19, 3-10) et ensuite à ses disciples (cf. Mt 19, 11-12).
7. Il est évident que le choix du mariage, tel qu’il a été institué par le Créateur « dès l’origine », suppose la prise de conscience et l’acceptation intérieure de la signification sponsale du corps, liées à la masculinité et à la féminité de la personne humaine. C’est précisément cela qui est en effet exprimé de manière lapidaire dans les versets du Livre de la Genèse. En écoutant les paroles que le Christ adresse à ses disciples sur la continence « à cause du royaume des cieux » (cf. Mt 19, 11-12), nous ne pouvons pas penser que ce second genre de choix puisse être fait de manière consciente et libre sans une référence à sa propre masculinité ou à sa féminité et à cette signification sponsale qui est propre à l’être humain, précisément dans la masculinité ou la féminité de son être subjectif personnel. À la lumière des paroles du Christ, nous devons même admettre que ce second genre de choix, c’est-à-dire la continence à cause du royaume de Dieu, se réalise aussi en relation avec la masculinité ou la féminité propre de la personne qui fait un tel choix. Il se réalise sur la base de la pleine conscience de cette signification sponsale que la masculinité et la féminité contiennent en elles. Si ce choix se réalisait par la voie d’un quelconque « laisser de côté » artificiel de cette richesse réelle de tout sujet humain, il ne répondrait pas de manière appropriée et adéquate au contenu des paroles du Christ dans Matthieu 19, 11-12. Le Christ demande ici explicitement une pleine compréhension lorsqu’il dit : « Qu’il comprenne celui qui peut comprendre. » (Mt 19, 12.)
 
Catéchèse du 5 mai 1982
La continence et l’éthos de la vie conjugale
1. Dans sa réponse aux questions des pharisiens sur le mariage et son indissolubilité, le Christ s’est référé à l’« origine » c’est-à-dire à son institution originelle par le Créateur. Comme ses interlocuteurs avaient cité la loi de Moïse qui prévoyait la possibilité de ce que l’on appelle « l’acte de répudiation », il leur a répondu : « C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de répudier vos épouses, mais il n’en était pas ainsi à l’origine. » (Mt 19, 8.)
Après l’entretien avec les pharisiens, les disciples se sont adressés au Christ avec les paroles suivantes : « Si telle est la condition de l’homme envers sa femme, il n’y a pas intérêt à se marier. » Il leur répondit : « Tous ne comprennent pas ce langage, mais seulement ceux à qui c’est donné. En effet, il y a des eunuques qui sont nés ainsi du sein maternel ; il y a des eunuques qui ont été rendus tels par les hommes ; et il y en a qui se sont eux-mêmes rendus eunuques à cause du royaume des cieux. Comprenne qui peut comprendre. » (Mt 19, 10-13.)
2. Les paroles du Christ font indubitablement allusion à un renoncement conscient et volontaire au mariage. Ce renoncement n’est possible que lorsqu’on admet une conscience authentique de cette valeur qui est constituée par la disposition sponsale de la masculinité et de la féminité au mariage. Pour que l’homme puisse être pleinement conscient de ce qu’il choisit (la continence pour le royaume), il doit être aussi pleinement conscient de ce à quoi il renonce (il s’agit ici précisément de la conscience de la valeur, au sens « idéal » ; néanmoins cette conscience est tout à fait « réaliste »). Le Christ exige certainement, de cette manière, un choix réfléchi. La forme où se trouve exprimé l’appel à la continence pour le royaume des cieux le démontre sans aucun doute.
3. Mais un renoncement pleinement conscient à la valeur ci-dessus ne suffit pas. À la lumière des paroles du Christ ainsi qu’à la lumière de toute l’authentique tradition chrétienne, il est possible de déduire que ce renoncement est pour un temps une forme particulière d’affirmation de cette valeur dont la personne qui n’est pas mariée s’abstient de manière cohérente, en suivant le conseil évangélique. Cela peut sembler un paradoxe. Or, on sait que le paradoxe accompagne de nombreux énoncés évangéliques et souvent ceux qui sont les plus éloquents et les plus profonds. En acceptant une telle signification de l’appel à la continence, nous tirons une conclusion concrète, en soutenant que la réalisation de cet appel sert aussi — et de manière particulière — à la confirmation de la signification sponsale du corps humain dans sa masculinité et dans sa féminité. Le renoncement au mariage à cause du royaume de Dieu met en évidence en même temps cette signification dans toute sa vérité intérieure et dans toute sa beauté personnelle. On peut dire que ce renoncement par les personnes, hommes et femmes, est indispensable dans un certain sens pour que la signification sponsale elle-même du corps soit plus facilement reconnue dans tout l’éthos de la vie humaine et surtout dans l’éthos de la vie conjugale et familiale.
4. Ainsi donc, bien que la continence « à cause du royaume des cieux » (la virginité, le célibat) oriente la vie des personnes qui la choisissent librement hors de la vie commune, de la vie conjugale et familiale, elle ne demeure cependant pas sans signification pour cette vie ; par son style, sa valeur et son authenticité évangélique. N’oublions pas que la clé unique pour comprendre la sacramentalité du mariage, c’est l’amour sponsal du Christ pour l’Église (cf. Ep 5, 22-23), du Christ, fils de la Vierge, qui était lui-même vierge, c’est-à-dire « eunuque pour le royaume des cieux », au sens le plus parfait du terme. Il nous faudra reprendre ce sujet plus tard.
5. Il demeure encore un problème concret à la fin de ces réflexions : l’homme qui « a reçu » l’appel à la continence pour le royaume, de quelle manière cet appel se forme-t-il en lui sur la base de la conscience de la signification sponsale du corps dans sa masculinité et dans sa féminité et, en plus, comme fruit de cette conscience ? De quelle manière se forme-t-il ou plutôt se « transforme »-t-il ? Cette question est également importante, tant du point de vue de la théologie du corps que du point de vue du développement de la personnalité humaine, développement qui a, à la fois, un caractère personnaliste et charismatique. Si nous voulions répondre à cette question de manière exhaustive — dans la dimension de tous les aspects et de tous les problèmes concrets qu’elle contient — il faudrait faire une étude spéciale sur le rapport entre le mariage et la virginité et entre le mariage et le célibat. Mais cela dépasserait les limites des considérations présentes.
6. En demeurant dans le cadre des paroles du Christ selon Matthieu (19, 11-12), il faut conclure nos réflexions en affirmant ce qui suit. Premièrement : si la continence « à cause du royaume des cieux » signifie incontestablement un renoncement, ce renoncement est en même temps une affirmation : celle qui découle de la découverte du « don », c’est-à-dire en même temps de la découverte d’une nouvelle perspective de la réalisation personnelle de soi « à travers un don sincère de soi » (GS, 24). Cette découverte se trouve alors dans une profonde harmonie intérieure avec le sens de la signification sponsale du corps, liée « depuis l’origine » à la masculinité ou a la féminité de l’être humain comme sujet personnel. Deuxièmement : bien que la continence « à cause du royaume des cieux » s’identifie au renoncement au mariage — qui dans la vie d’un homme et d’une femme donne naissance à la famille —, on ne peut en aucune manière y voir une négation de la valeur essentielle du mariage. Au contraire, la continence sert même indirectement à mettre en relief ce qui, dans la vocation conjugale, est éternel et plus profondément personnel, ce qui, dans les dimensions de la temporalité (et en même temps dans la perspective de l’« autre monde ») correspond à la dignité du don personnel, lié à la signification sponsale du corps dans sa masculinité ou sa féminité.
7. De cette manière, l’appel du Christ à la continence « à cause du royaume des cieux », associé justement au rappel de la résurrection future (cf. Mt 21, 24-30 ; Mc 12, 18-27 ; Lc 20, 27-40), a une signification capitale non seulement pour l’éthos et la spiritualité chrétienne, mais aussi pour l’anthropologie et pour toute la théologie du corps que nous découvrons à ses racines. Rappelons-nous que le Christ, en se référant à la résurrection du corps dans l’« autre monde », a dit, selon la version des trois Évangiles synoptiques : « Quand ils ressusciteront des morts… ils ne prendront ni femme ni mari… » (Mc 12, 25). Ces paroles, que nous avons déjà analysées auparavant, font partie de l’ensemble de nos considérations sur la théologie du corps et contribuent à sa construction.
 
Catéchèse du 12 mai 1982
Le Pèlerinage à Fatima
1. Soyez les bienvenus ! Je suis heureux de pouvoir vous rencontrer ce matin, avant d’entreprendre le pèlerinage à Fatima, au Portugal, où je compte arriver ce soir pour être dans ce sanctuaire demain, anniversaire de la première apparition de la Vierge en 1917 et anniversaire de l’événement, particulièrement significatif pour moi, qui a eu lieu sur cette place le 13 mai 1981.
Je vous salue tous cordialement et, tandis que j’invoque sur chacun de vous les dons de joie et de paix que le Christ ressuscité a apportés au monde, je vous invite à vous unir à moi dans la prière, pour obtenir de Dieu d’abondantes bénédictions sur ce voyage apostolique qui me conduira au milieu d’un peuple d’ancienne et profonde tradition catholique, qui a offert, au cours des siècles, tant d’expressions vivantes de civilisation et de sainteté.
Je vais à la rencontre des généreux fils du Portugal, poussé par le désir de leur témoigner mon estime et mon affection et, en même temps, de « leur communiquer quelques dons spirituels pour qu’ils en soient fortifiés » (cf. Rm 1, 11). Je vais, en particulier, comme pèlerin de fraternité et de paix, dans la terre que la Vierge a choisie pour lancer au monde son appel attristé à la prière, à la conversion et à la pénitence. En effet, ce n’est pas seulement pour exprimer ma gratitude à la Vierge que je me rends en pèlerinage à Fatima. Je vais également dans ce lieu béni pour écouter de nouveau, au nom de l’Église tout entière, le message qui a résonné, il y a soixante-cinq ans, sur les lèvres de notre Mère commune, préoccupée par le destin de ses fils. Ce message se révèle aujourd’hui plus actuel et plus urgent que jamais. Comment ne pas se sentir, en effet, désorienté face aux débordements du sécularisme et de la passivité qui menacent si gravement les valeurs fondamentales de la norme morale chrétienne ?
Nous sommes accablés, en outre, par la triste vision de tant de frères et de sœurs qui, sur la terre, meurent de faim, de maladie, de la drogue ; nous sommes troublés de constater la fascination ténébreuse qu’exercent encore sur le cœur humain les différentes formes de violence, nous sommes en particulier bouleversés de devoir prendre acte de la facilité avec laquelle, encore aujourd’hui, on cède à l’illusion que de la guerre puisse naître une paix juste et durable. Quand les hommes arriveront-ils à comprendre qu’ils perdent leur dignité chaque fois que l’on ne fait pas ce qui est possible pour que la paix triomphe et règne entre les peuples et les nations ?
C’est avec ces pensées et avec ces angoisses dans le cœur que je m’agenouillerai aux pieds de Marie pour implorer son intercession maternelle et pour lui offrir en même temps, au nom de tous les fidèles de l’Église, la promesse de prière, de repentir, de réparation. J’ai confiance que ce voyage que je fais, arrivera à réveiller chez les croyants un sens renouvelé de responsabilité en conduisant chacun à s’interroger loyalement sur sa propre cohérence avec les valeurs de l’Évangile.
En vous donnant maintenant ma bénédiction, à vous qui êtes présents ici et à tous ceux qui vous sont chers, je vous exhorte tous à intensifier votre dévotion à Marie, spécialement durant ce mois de mai que la piété des fidèles a voulu lui consacrer. Je vous exhorte à m’accompagner par vos prières.
 
Catéchèse du 19 mai 1982
Le voyage au Portugal
1. Du 12 au 15 mai dernier, il m’a été donné, avec l’aide de Dieu, de faire le pèlerinage au Portugal, acceptant l’invitation qui m’avait été faite, il y a quelque temps, aussi bien par le président de la République et les autorités civiles que par l’épiscopat et l’Église de ce pays de grande tradition catholique. Le but de ce pèlerinage était, avant tout, Fatima où je me sentais particulièrement appelé à la suite de l’attentat contre ma personne, le 13 mai de l’année dernière. J’ai déjà dit plusieurs fois que c’est seul à la miséricorde de Dieu et à la protection particulière de la Mère du Christ que je dois le salut de ma vie et la possibilité de poursuivre mon service sur le Siège de Pierre. En second lieu, ce pèlerinage, comme tous les autres, m’a permis de renforcer, par la visite à l’Église qui est au Portugal, ces liens d’unité par lesquels depuis l’origine, elle est unie à l’Église universelle à travers la communion avec l’Église de Rome : ces liens mêmes que j’ai trouvés très vifs et très cordiaux au cours de ma visite.
2. Le pèlerinage à Fatima était un besoin du cœur et, en même temps, une manifestation de la route que suit l’Église, à la fin de ce siècle, comme Peuple de Dieu lié à l’humanité tout entière, avec le sens d’une responsabilité particulière à l’égard du monde contemporain.
Le message venu de Fatima en 1917 et considéré à la lumière de l’enseignement de la foi contient en lui l’éternelle vérité de l’Évangile telle qu’elle est applicable en particulier aux besoins de notre époque.
L’invitation à la conversion et à la pénitence est la parole première et fondamentale de l’Évangile. Pour elle, il n’y a jamais prescription et, en notre siècle, elle prend des dimensions particulières du fait de la conscience croissante de la lutte, plus que jamais profonde, entre les forces du bien et du mal dans notre monde humain. Cette invitation est aussi le point central de la sollicitude de l’Église comme en témoignent les voix des pasteurs qui ont indiqué que « la réconciliation et la pénitence » étaient le sujet le plus actuel et qui ont décidé pour cela de le traiter lors de la prochaine session du Synode des évêques.
La menace des forces du mal provient en particulier des erreurs répandues précisément au cours de notre siècle, erreurs qui s’appuient sur la négation de Dieu et qui visent à détacher complètement l’humanité de lui en établissant la vie humaine sans Dieu et même contre Dieu. Au cœur même du message qui est venu de Fatima au début de notre siècle, se trouve une pénétrante mise en garde contre ces erreurs. Les paroles simples adressées à des enfants simples de la campagne sont pleines du sens de la grandeur et de la sainteté de Dieu et de l’ardent désir de la vénération et de l’amour dus à Dieu seul.
D’où également l’invitation à nous approcher de nouveau de cette Sainteté miséricordieuse par l’acte de consécration. Le cœur de la Mère du Christ, qui est plus proche de la source de cette Sainteté miséricordieuse, désire en rendre tous les cœurs plus proches : chaque homme et l’humanité tout entière, chaque nation et le monde entier.
3. Il est difficile de ne pas accueillir encore de nouveau cette grâce et cette invitation. Il y a quarante[96] et trente ans[97], le Pape Pie XII l’a fait. Paul VI s’est référé à l’acte de son prédécesseur, d’abord durant le Concile, ensuite durant son pèlerinage à Fatima en 1967. En outre, dès le Concile, il a commencé à appeler Marie du titre de Mère de l’Église et ce titre a également trouvé son expression dans la profession de foi (Credo) du Peuple de Dieu. Le Concile a développé la conscience de l’Église, en se référant, dans la Constitution dogmatique Lumen gentium, à la Mère de Dieu comme Mère et figure de l’Église. Comme le même Concile a aussi développé la conscience de la responsabilité de l’Église à l’égard du monde, celle-ci tire une impulsion du terrain du magistère conciliaire, comme un nouveau besoin de manifester cette responsabilité dans l’acte de consécration à la Mère de Dieu.
Voilà, dans les lignes principales, les pensées qui ont guidé mon pèlerinage à Fatima et qui ont trouvé une expression, le 13 mai, aussi bien dans les paroles de l’homélie que dans l’acte final de consécration. J’ai cherché à faire tout ce qui pouvait être fait dans les circonstances concrètes pour mettre en évidence l’unité collégiale de l’Évêque de Rome avec tous ses frères dans le ministère et le service épiscopal du monde.
4. À l’occasion de ce pèlerinage à Fatima, j’ai visité aussi l’Église qui est sur la terre portugaise, à son point culminant. Là aussi, à Fatima, j’ai d’abord rencontré l’épiscopat du Portugal et ensuite les ecclésiastiques : les prêtres diocésains et les religieux, les religieuses et les Frères des différentes congrégations religieuses et enfin, les séminaristes et les novices. C’était l’endroit le mieux adapté pour que nos rencontres puissent atteindre la dimension du Portugal tout entier. Dans la vie de l’Église et de la société, Fatima est cependant un phénomène relativement récent : dans l’ensemble, il appartient à notre siècle. L’Église et la nation ont, au contraire, un passe pluriséculaire qui remonte à l’époque romaine et à l’Église primitive. Ensuite, depuis plus de huit siècles, après la période de l’invasion barbare, elles ont un passé propre bien défini pour ce qui concerne l’identité historique. Le christianisme apporté de Rome s’est enraciné profondément ici et a donné, au cours des siècles, de nombreux fruits pour ce qui est du témoignage de la foi et de l’amour chrétien. Les manifestations de ce témoignage sont toujours bien visibles dans tout le Portugal, dans la culture et dans les coutumes sociales de ce pays. Il est difficile de rappeler ici tous les témoignages et toutes les figures qui composent l’histoire de l’Église et de la nation du Portugal. Je nomme seulement saint Antoine, connu comme Antoine de Padoue, mais qui est né à Lisbonne et qui a été éduqué en terre portugaise. C’est précisément le 750e anniversaire de la mort de ce saint qui a été aussi l’une des raisons du pèlerinage à la terre qui a été sa patrie.
5. La grande et pluriséculaire activité missionnaire est un secteur particulier des fruits de l’Église qui est au Portugal. Cette activité allait de pair avec les voyages et les découvertes. Il suffit de rappeler que la langue portugaise est parlée non seulement au Brésil mais aussi dans quelques pays d’Afrique et d’Extrême-Orient : ce qui représente au total plus de 150 millions d’hommes alors que le nombre actuel des habitants du Portugal ne dépasse pas les 10 millions. La langue portugaise est parmi les plus « parlées » dans l’Église catholique.
6. Tous ces aspects du passé pluriséculaire et du riche présent, j’ai pu les méditer tout au long de l’itinéraire de ma visite au Portugal, après avoir terminé le pèlerinage à Fatima. La route m’a conduit surtout à Lisbonne, la ville la plus grande, siège du patriarcat et centre de la vie civile nationale et religieuse. Elle m’a ensuite conduit vers le sud-est de Lisbonne, puis vers le nord : Coimbra, Braga, Porto. Chacune de ces étapes, où je me suis trouvé pour la première fois de ma vie, a mis devant mes yeux de nouveaux éléments de l’héritage de foi et de culture du Portugal et, en même temps, une nouvelle dimension de la vie contemporaine de l’Église et de la nation portugaises.
Presque chacun des lieux visités conserve un sanctuaire marial : ainsi Vila Viçosa, dans l’archidiocèse d’Ebora (Evora), a le sanctuaire de la Reine du Portugal ; Braga, dans le nord, a le merveilleux sanctuaire de Sameiro, situé sur une colline, où s’est déroulée la rencontre avec les époux, la ville de Porto ensuite (la deuxième ville après Lisbonne) qui s’appelle depuis des siècles la « Cité de la Vierge ». Enfin, tout le Portugal s’appelle « Terre de sainte Marie ». Comme on le voit à partir de tout cela, le terrain sur lequel Fatima a grandi en notre siècle a été préparé par des générations entières.
7. En me conformant au programme pastoral de l’épiscopat du Portugal, j’ai cherché, à l’occasion des principales rencontres, à aborder les sujets qui sont d’une particulière actualité dans la vie de l’Église et de la société. J’ai aussi cherché pour ces sujets un appui dans la divine parole et dans l’enseignement de l’Église, en particulier dans l’enseignement social.
À Lisbonne, devant une grande assemblée, j’ai abordé le problème de la jeunesse et des vocations (les participants les plus nombreux à la liturgie étaient précisément les jeunes de la capitale et de l’archidiocèse).
À Vila Viçosa, j’ai parlé du travail à la campagne à partir de la liturgie de la parole en considérant le caractère agricole de toute la région du Sud.
À Coimbra, l’inoubliable rencontre avec les professeurs de la plus ancienne université m’a donné l’occasion de m’adresser au monde de la science et de la culture au Portugal.
À Braga (sanctuaire de Sameiro), le thème était celui du mariage et de la famille dans le cadre de la liturgie eucharistique.
À Porto enfin, le thème était celui du travail dans l’industrie et dans les autres professions.
8. Je conserve profondément dans le cœur toutes ces rencontres intenses avec mes frères et sœurs qui constituent la nation et l’Église en terre portugaise. Je remercie Dieu, par l’intercession de « sainte Marie », pour tout ce que l’on a fait pour préparer cette visite et pour tout ce qui, par la grâce de Dieu, est devenu son fruit.
Je remercie les hommes pour tant d’amour et de compréhension. À tous, ma bénédiction reconnaissante.
 
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