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Catéchèse du 23 Février 2000
Je me rendrai à présent dans la Salle Paul VI, où je présiderai une célébration liturgique en souvenir du Patriarche Abraham, notre père dans la foi. Ce sera la première étape de ce pèlerinage dans divers lieux liés à l'histoire du salut que je poursuivrai demain en partant pour l'Égypte et le Mont Sinaï.
La place Saint-Pierre est reliée par la télévision avec la Salle Paul VI : ceux qui le souhaiteront pourront rester pour suivre sur les écrans géants disposés sur la place la cérémonie qui se déroulera dans la salle toute proche ; ils se mettront ainsi spirituellement en marche "sur les traces d'Abraham". Ils pourront revivre le moment initial de cette "histoire du salut" qui atteignit son sommet lorsque, dans la plénitude des temps, le Fils de Dieu naquit de la Vierge Marie. L'histoire d'Abraham possède une importance fondamentale pour les croyants de chaque époque et donc aussi pour nous qui nous tournons vers lui comme vers un modèle de soumission inconditionnée à la volonté de Dieu.
 
Catéchèse du 1er mars 2000
Du Mont Sinaï au Mont des Béatitudes
1. C'est avec une grande joie que j'ai pu me rendre, la semaine dernière, en pèlerinage en Égypte, sur les traces de Moïse. Le moment culminant de cette expérience extraordinaire a été la visite au pied du Mont Sinaï, la Montagne sainte : sainte, car c'est sur elle que Dieu s'est révélé à son serviteur Moïse et lui a manifesté son Nom ; sainte, également, parce que Dieu y a fait don à son peuple de sa Loi, les Dix Commandements : sainte, enfin, parce que les croyants, à travers leur présence constante, ont fait du Mont Sinaï un lieu de prière.
Je rends grâce à Dieu de m'avoir accordé de m'arrêter en prière sur le lieu où Il a introduit Moïse à une connaissance plus claire de son mystère, en lui parlant du buisson ardent, et où il lui offrit, ainsi qu'au peuple élu, la loi de l'Alliance, loi de vie et de liberté pour tout homme. De cette alliance, Dieu lui-même se fit le fondement et le garant.
2. Comme j'ai eu l'occasion de le dire samedi dernier, les Dix Commandements nous ouvrent l'unique avenir véritablement humain et cela parce qu'ils ne sont pas imposés de façon arbitraire par un Dieu tyrannique. Yahvé les a écrits sur la pierre, mais il les a gravés avant tout dans chaque cœur humain comme loi morale universelle valable et actuelle en tout lieu et en tout temps. Cette loi empêche que l'égoïsme et que la haine, le mensonge et le mépris ne détruisent la personne humaine. Les Dix Commandements, avec leur rappel constant à la divine Alliance, mettent en lumière le fait que le Seigneur est notre Dieu unique et que tout autre divinité est fausse et finit par réduire en esclavage l'être humain, le conduisant à la perte de sa dignité humaine.
"Écoute Israël [...] tu aimeras Yahvé ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. Que ces paroles, que je te dicte aujourd'hui, restent dans ton cœur !" (Dt 6, 4-7). Ces paroles, que le juif pieux répète chaque jour, retentissent également dans le cœur de chaque chrétien. "Écoute ! Que ces paroles restent dans ton cœur !". On ne peut vouloir rester fidèles à Dieu si l'on n'observe pas la Loi. Être fidèles à Dieu, par ailleurs, signifie également être fidèles à soi-même, à sa nature authentique et à ses aspirations les plus profondes et irrépressibles.
3. Je remercie l'Archevêque Damianos, Higoumène du monastère de Sainte-Catherine, ainsi que ses moines, pour la profonde cordialité avec laquelle ils m'ont accueilli. L'Archevêque, qui m'attendait à l'entrée du monastère, m'a illustré les précieuses "reliques bibliques" qui y sont conservées : le puits de Ietro et surtout les racines du "buisson ardent", à côté desquelles je me suis agenouillé en repensant aux paroles avec lesquelles Dieu a révélé à Moïse le mystère de son être : "Je suis celui qui suis". J'ai pu en outre admirer les magnifiques œuvres d'art, jaillies au cours des siècles de la contemplation et de la prière des moines.
Avant la célébration de la Parole, l'Archevêque Damianos a rappelé que, précisément au-dessus de nous s'élève le Mont Horeb, avec la cime du Mont Sinaï, le pic du Décalogue, le lieu dans lequel "dans le feu et dans l'obscurité", Dieu parla à Moïse. C'est dans ce cadre que depuis des siècles, une communauté de moines poursuit l'idéal de la perfection chrétienne dans une "constante cœrcition de la nature et un contrôle inlassable des sens", utilisant les moyens traditionnels du dialogue spirituel et de la pratique ascétique. Au terme de la rencontre, l'Archevêque et quelques-uns de ses moines m'ont accompagné cordialement jusqu'à l'aéroport.
4. Je profite volontiers de l'occasion pour renouveler mes remerciements au Président Mubarak, aux représentants des Autorités égyptiennes et à tous ceux qui ont contribué à la réalisation du voyage. L'Égypte est le berceau d'une civilisation très ancienne. La foi chrétienne y est arrivée dès les temps apostoliques, en particulier avec saint Marc, disciple de Pierre et de Paul et fondateur de l'Église d'Alexandrie.
Au cours du pèlerinage, j'ai eu des entretiens avec Sa Sainteté le Patriarche Chenouda III, chef de l'Église copte orthodoxe et avec Mohamed Sayed Tantawi, grand Cheikh d'Al-Azhar et chef religieux de la communauté musulmane. Je lui exprime ma reconnaissance, qui s'étend également à Sa Béatitude Stéphanos II Ghattas, Patriarche des Coptes catholiques, et aux autres archevêques et évêques présents.
Je renouvelle mon salut à la petite, mais fervente, communauté catholique, que j'ai rencontrée au cours de la célébration solennelle de la Messe au Caire, à laquelle ont participé toutes les Églises catholiques présentes en Égypte : copte, latine, maronite, grecque, arménienne, syrienne et chaldéenne. Autour de la Table du Seigneur, nous avons célébré notre foi commune et nous avons recommandé à Dieu l'élan de vie et d'apostolat des frères et sœurs égyptiens, qui témoignent avec tant de sacrifices et de générosité de leur adhésion fidèle à l'Évangile dans le pays où la Sainte Famille a trouvé refuge il y a deux mille ans.
Je conserve un souvenir reconnaissant de la rencontre significative que j'ai eue avec les représentants et fidèles des Églises et communautés ecclésiales non catholiques présentes en Egypte. Que les progrès œcuméniques, qui avec la grâce de l'Esprit Saint, ont été accomplis au cours du XX siècle, puissent connaître des développements supplémentaires, qui rapprochent toujours plus l'objectif de la pleine unité, pour laquelle le Seigneur Jésus a prié ardemment.
5. Le Mont Sinaï rappelle aujourd'hui à mon esprit un autre mont sur lequel, si Dieu le veut, j'aurai la joie de me rendre à la fin de ce mois : le Mont des Béatitudes en Galilée. Dans le sermon sur la montagne, Jésus dit ne pas être venu pour abolir la Loi antique, mais pour la perfectionner (cf. Mt 5, 17). En effet, depuis que le Verbe de Dieu s'est incarné et est mort pour nous sur la Croix, les Dix Commandements se font entendre à travers sa voix. Il les enracine, à travers la vie nouvelle de la Grâce, dans le cœur de celui qui croit en Lui. Le disciple de Jésus ne se sent donc pas opprimé par une multitude de prescriptions, mais, poussé par la force de l'amour, il ressent les commandements de Dieu comme une loi de liberté : la liberté d'aimer grâce à l'action intérieure de l'Esprit.
Les Béatitudes représentent le complément évangélique de la Loi du Sinaï. L'Alliance alors stipulée avec le Peuple juif trouva son perfectionnement dans l'Alliance nouvelle et éternelle scellée dans le sang du Christ. Le Christ est la Loi nouvelle et c'est en lui qu'est offert le salut de tous les peuples.
Je confie à Jésus-Christ la prochaine étape de mon pèlerinage jubilaire, qui sera la Terre Sainte. Je demande à chacun de m'accompagner par la prière dans la préparation, surtout spirituelle, de cet événement important.
 
Catéchèse du 8 mars 2000
Mercredi des Cendres
1. Le Carême représente le point culminant du chemin de conversion et de réconciliation que l'Année jubilaire, temps privilégié de grâce et de miséricorde, propose à tous les croyants pour renouveler leur adhésion au Christ, unique Sauveur de l'homme. C'est ce que j'écrivais dans le Message pour le Carême 2000 et c'est dans cet esprit que nous entreprenons aujourd'hui, Mercredi des Cendres, l'itinéraire pénitentiel du Carême. La liturgie d'aujourd'hui nous invite à prier afin que le Père céleste accorde au peuple chrétien de commencer à travers le jeûne un parcours de véritable conversion, afin d'affronter victorieusement avec les armes de la pénitence le combat contre l'esprit du mal.
Tel est le message du grand Jubilé, qui au cours du Carême, devient encore plus éloquent. L'homme, chaque homme, est invité à la conversion et à la pénitence, et est poussé à l'amitié avec Dieu, afin qu'il reçoive en don la vie surnaturelle, qui comble les plus profondes aspirations de son cœur.
2. En recevant les cendres sur le front, nous nous rappelons que nous sommes poussière et que nous redeviendrons poussière. Cette pensée, qui est une certitude humaine, n'est pas répétée afin de susciter en nous une résignation passive à notre destin. Au contraire, en soulignant que nous sommes mortels, la liturgie nous rappelle l'initiative miséricordieuse de Dieu, qui veut nous faire participer à sa vie éternelle et bienheureuse.
Dans le rite suggestif de l'imposition des cendres, retentit pour le croyant une invitation à ne pas se laisser conditionner par les réalités matérielles qui, bien qu'appréciables, sont destinées à disparaître. Il doit plutôt se laisser transformer par la grâce de la conversion et de la pénitence pour atteindre les sommets courageux et apaisants de la vie surnaturelle. Ce n'est qu'en Dieu que l'homme se retrouve pleinement soi-même et découvre la signification ultime de son existence.
La porte jubilaire est ouverte à tous ! qu'y entre celui qui se sait opprimé par la faute et qui se reconnaît pauvre de mérites ; qu'y entre celui qui se sent comme une poussière que le vent disperse ; qu'y vienne le faible et celui sans espoir pour y puiser une vigueur renouvelée dans le Cœur du Christ.
3. À l'imposition des cendres s'accompagne aujourd'hui la pratique traditionnelle de l'abstinence et du jeûne. Il ne s'agit certes pas de simples observances extérieures, d'accomplissements rituels, mais de signes éloquents d'un changement de vie nécessaire. Le jeûne et l'abstinence, en effet, fortifient le chrétien pour lutter contre le mal et pour le service à l'Évangile.
À travers le jeûne et la pénitence, on demande au croyant de renoncer à des biens et à des satisfactions matérielles légitimes, pour acquérir une plus grande liberté intérieure, en se rendant disponible à l'écoute attentive de la Parole de Dieu et à l'aide généreuse des frères dans le besoin.
L'abstinence et le jeûne doivent donc être accompagnés de gestes de solidarité envers ceux qui souffrent et traversent des moments difficiles. La pénitence devient ainsi partage avec ceux qui sont marginalisés et dans le besoin. Tel est l'esprit également du grand Jubilé, qui invite chacun à manifester de façon concrète l'amour du Christ envers ses frères privés du nécessaire, des victimes de la faim, de la violence et de l'injustice. Dans le Message pour le Carême, j'ai écrit à ce propos : "Comment pouvons-nous demander la grâce du Jubilé si nous sommes insensibles aux nécessités des pauvres, si nous ne nous engageons pas à garantir à tous les moyens nécessaires pour vivre dignement ?" (n. 5).
4. "Repentez-vous et croyez à l'Évangile" (Mc 1, 15). Ouvrons notre cœur à ces paroles, qui résonnent fréquemment au cours du Carême. Que le chemin de conversion et d'adhésion à l'Évangile, que nous entreprenons aujourd'hui, nous fasse sentir tous fils de l'unique Père et renforce le désir d'unité des croyants et de concorde entre les peuples. Je prie le Seigneur pour que chaque chrétien ressente profondément, en ce Carême jubilaire, l'engagement à se réconcilier avec Dieu, avec soi-même et avec ses frères. Telle est la voie afin que se réalise le désir de la pleine communion de tous les disciples du Christ. Que vienne bientôt le moment où, grâce à la prière et au témoignage fidèle des chrétiens, le monde reconnaisse Jésus comme unique Sauveur et, croyant en Lui, obtienne la paix.
Que la Très Sainte Vierge Marie nous guide dans ces premiers pas sur le chemin du Carême, afin que, franchissant la porte sainte de la conversion, nous ressentions tous la grâce d'être transfigurés à l'image du Christ.
 
Catéchèse du 29 mars 2000
Le pèlerinage jubilaire en Terre Sainte
Lecture : Lc 1,68-70
1. Après la commémoration d'Abraham et ma visite brève mais intense en Égypte et au Mont Sinaï, mon pèlerinage jubilaire dans les lieux saints m'a conduit dans la terre qui a vu la naissance, la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ et les premiers pas de l'Église. La joie et la reconnaissance contenues dans mon âme pour ce don du Seigneur, que j'ai tant désiré, sont inexprimables. Après avoir été en Terre Sainte au cours du Concile Vatican II, j'ai à présent eu la grâce d'y revenir, avec plusieurs de mes collaborateurs, précisément en l'Année du grand Jubilé, bimillénaire de la naissance du Sauveur. Cela a été comme un retour aux origines, aux racines de la foi et de l'Église.
Je remercie le Patriarche latin et les Évêques des diverses Églises orientales catholiques présents en Terre Sainte, ainsi que les Franciscains de la Custodie, de l'accueil chaleureux et du grand travail accompli. Je remercie vivement les Autorités jordaniennes, israéliennes et palestiniennes, qui m'ont accueilli et aidé dans mon itinéraire religieux. J'ai apprécié les efforts qu'elles ont fourni pour la bonne réussite du voyage et je leur ai renouvelé l'assurance de la sollicitude du Saint-Siège pour une paix juste entre tous les peuples de la région. Je suis reconnaissant aux populations de ces terres pour la grande cordialité qu'elles m'ont réservée.
2. La première étape - au Mont Nébo - était en continuité avec celle du Sinaï : du haut de ce mont, Moïse contempla la Terre promise, après avoir accompli la mission que Dieu lui avait confiée, et avant de Lui rendre son âme. J'ai précisément commencé mon itinéraire, dans un certain sens, par ce regard de Moïse, en ressentant sa profonde inspiration, qui franchit les siècles et les millénaires.
Ce regard se tournait vers la Vallée du Jourdain et le désert de Judée, là où, dans la plénitude des temps, devait retentir la voix de Jean le Baptiste, envoyé par Dieu, comme nouvel Elie, pour préparer la voie au Messie. Jésus voulut être baptisé par lui, révélant être l'Agneau de Dieu qui prenait sur lui le péché du monde. La figure de Jean-Baptiste m'a introduit sur les traces du Christ.
C'est avec joie que j'ai célébré une Messe solennelle dans le stade d'Amman pour la communauté chrétienne qui y réside, que j'ai trouvée riche de ferveur religieuse et bien insérée dans le contexte social du pays.
3. Après Amman, j'ai séjourné à la Délégation apostolique à Jérusalem. De là, ma première étape a été Bethléem, une ville où, il y a trois mille ans, le roi David vit le jour et où, mille ans après, selon les Écritures, naquit le Messie. En cette année deux mille, Bethléem est placée au centre de l'attention du monde chrétien : en effet, c'est de là qu'est venue la Lumière des nations, le Christ Seigneur ; de là est partie l'annonce de paix pour tous les hommes que Dieu aime.
Avec mes collaborateurs, les Ordinaires catholiques, plusieurs cardinaux et de nombreux autres évêques, j'ai célébré la Messe sur la place centrale de la ville, qui est attenante à la grotte dans laquelle Marie donna le jour à Jésus et le déposa dans une mangeoire. La joie de Noël, la joie du grand Jubilé s'est renouvelée dans le mystère. On avait l'impression d'entendre à nouveau l'oracle du prophète Isaïe : "Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné" (Is 9, 5), ainsi que le message angélique : "Je vous annonce une grande joie, qui sera celle de tout le peuple : aujourd'hui vous est né un Sauveur, qui est le Christ Seigneur" (Lc 2, 10-11).
Dans l'après-midi, je me suis agenouillé avec émotion dans la grotte de la Nativité, où j'ai senti présents spirituellement toute l'Église, tous les pauvres du monde, parmi lesquels Dieu a voulu dresser sa tente. Un Dieu qui, pour nous reconduire dans sa maison, est devenu exilé et réfugié. Cette pensée m'a accompagné alors que - avant de partir pour les Territoires autonomes palestiniens - je visitai, à Bethléem, l'un des nombreux camps où depuis trop longtemps vivent plus de trois millions de réfugiés palestiniens. Puisse l'engagement de tous permettre enfin de résoudre ce douloureux problème.
4. Le souvenir de Jérusalem est inoubliable dans mon âme. Grand est le mystère de cette ville, dans laquelle la plénitude du temps s'est faite, pour ainsi dire, "plénitude de l'espace". En effet, Jérusalem a accueilli l'événement central et culminant de l'histoire du salut : le mystère pascal du Christ. Là s'est révélé et réalisé le but pour lequel le Verbe s'est fait chair : dans sa mort sur la croix et dans sa résurrection, "tout s'est accompli" (cf. Jn 19, 30). Sur le Calvaire, l'Incarnation s'est manifestée comme Rédemption, selon le dessein éternel de Dieu.
Les pierres de Jérusalem sont les témoins muets et éloquents de ce mystère. À commencer par le Cénacle, où j'ai célébré la sainte Eucharistie, dans le lieu même où Jésus l'a instituée. En ce lieu, où est né le sacerdoce chrétien, j'ai fait mémoire de tous les prêtres, et j'ai signé la Lettre qui leur est adressée pour le prochain Jeudi Saint.
Les oliviers et le rocher du Gethsémani sont les témoins du mystère, où le Christ, pris d'une angoisse mortelle, a prié le père avant la Passion. Le Calvaire et la tombe vide, le Saint-Sépulcre, témoignent de ces heures dramatiques de façon toute particulière. Dimanche dernier, jour du Seigneur, j'ai renouvelé précisément là l'annonce de salut qui traverse les siècles et les millénaires : le Christ est ressuscité ! Ce fut le moment où mon pèlerinage a atteint son sommet. C'est la raison pour laquelle j'ai ressenti le besoin de m'arrêter à nouveau en prière, dans l'après-midi, sur le Calvaire, où le Christ a versé son sang pour l'humanité.
5. À Jérusalem, Ville sainte pour les juifs, les chrétiens et les musulmans, j'ai rencontré les deux Rabbins Chefs d'Israël et le Grand Mufti de Jérusalem. J'ai ensuite rencontré les représentants des deux autres religions monothéistes, juive et musulmane. Jérusalem est appelée, même malgré de grandes difficultés, à devenir le symbole de la paix entre ceux qui croient dans le Dieu d'Abraham et se soumettent à sa loi. Puissent les hommes rendre plus proche l'accomplissement de ce dessein !
À Yad Vashem, Mémorial de la Shoah, j'ai rendu hommage aux millions de juifs victimes du nazisme. J'ai exprimé encore une fois ma profonde douleur pour cette tragédie terrifiante et j'ai dit à nouveau que "nous voulons nous souvenir" pour nous engager ensemble - juifs, chrétiens et tous les hommes de bonne volonté - à vaincre le mal par le bien, pour marcher sur la voie de la paix.
De nombreuses Églises vivent aujourd'hui leur foi en Terre Sainte, héritières des antiques traditions. Cette diversité constitue une grande richesse, tant qu'elle est accompagnée de l'esprit de communion dans la pleine adhésion à la foi des Pères. La rencontre œcuménique, qui s'est déroulée au Patriarcat grec-orthodoxe et qui a vu une intense participation de tous, a marqué un pas important sur le chemin vers la pleine unité entre les chrétiens. Cela a été pour moi un motif de grande joie de pouvoir rencontrer Sa Béatitude Diodoros, Patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem, et Sa Béatitude Torkom II Manoogian, Patriarche arménien de Jérusalem. J'invite chacun à prier, afin que le processus d'entente et de collaboration entre les chrétiens des diverses Églises se consolide et se développe.
6. Une grâce singulière de ce pèlerinage a été de célébrer la Messe sur le Mont des Béatitudes, près du Lac de Galilée, avec de très nombreux jeunes provenant de Terre Sainte et du monde entier. Un moment riche d'espérance ! En proclamant et en remettant aux jeunes les Commandements de Dieu et les Béatitudes, j'ai vu en eux l'avenir de l'Église et du monde.
Toujours sur les rives du Lac, j'ai visité avec une grande émotion Tabgha, où le Christ multiplia les pains, le "lieu de la primauté", où il confia à Pierre la direction pastorale de l'Église, et enfin, à Capharnaüm, les restes de la maison de Pierre et de la synagogue dans laquelle Jésus se révéla comme le Pain descendu du Ciel pour donner la vie au monde (Jn 6, 26-58).
Galilée ! Patrie de Marie et des premiers disciples ; patrie de l'Église missionnaire parmi les nations ! Je pense que Pierre l'a toujours conservée dans son cœur ; et il en est de même pour son Successeur !
7. En la fête liturgique de l'Annonciation, en remontant presque aux sources du mystère de la foi, nous sommes allés nous agenouiller dans la grotte de l'Annonciation à Nazareth, où, dans le sein de Marie, "le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous" (Jn 1, 14). Là, en écho du "fiat" de la Vierge, il est possible d'entendre, dans le silence de la prière, le "oui" plein d'amour de Dieu à l'homme, l'amen du Fils éternel, qui ouvre à chaque homme la voie du salut. Là, dans le don réciproque du Christ et de Marie, se trouvent les pivots de chaque "porte sainte". En ce lieu, où Dieu s'est fait homme, l'homme retrouve sa dignité et sa Très-Haute vocation.
Je remercie ceux qui dans les différents diocèses, dans les maisons religieuses, dans les communautés contemplatives ont suivi spirituellement les pas de mon pèlerinage et je peux assurer que dans les lieux que j'ai visités, j'ai porté toute l'Église avec moi dans la prière. Alors que j'exprime encore au Seigneur ma reconnaissance pour cette inoubliable expérience, je Lui demande avec une humble confiance qu'il en extraie des fruits abondants pour le bien de l'Église et de l'humanité.
 
Catéchèse du 5 avril 2000
La gloire de la Trinité dans l’Incarnation
Lecture : Lc 1,26-33
1. "Une unique source et une unique racine, une unique forme resplendit de la triple splendeur. Là où brille la profondeur du Père, apparaît la puissance du Fils, sagesse créatrice de l'univers entier, fruit engendré par le cœur paternel ! Et là brille la lumière unifiante de l'Esprit Saint". C'est ainsi que chantait, aux débuts du V siècle, Sinesius de Cyrène dans l'Hymne II, en célébrant à l'aube d'un nouveau jour la Trinité divine, unique dans la source et triple dans la splendeur. Cette vérité de l'unique Dieu en trois personnes égales et distinctes n'est pas reléguée dans les cieux ; elle ne peut pas être interprétée comme une sorte de "théorème arithmétique céleste" dont aucune conséquence ne dérive pour l'existence de l'homme, comme le supposait le philosophe Kant.
2. En réalité, comme nous l'avons entendu dans le récit de l'évangéliste Luc, la gloire de la Trinité se rend présente dans le temps et dans l'espace et trouve son épiphanie la plus élevée en Jésus, dans son incarnation et son histoire. La conception de Jésus est précisément lue par Luc à la lumière de la Trinité : ce sont les paroles de l'ange qui l'attestent, des paroles adressées à Marie et prononcées à l'intérieur de la modeste maison du village de Nazareth en Galilée, ramenée à la lumière par l'archéologie. Dans l'annonce de Gabriel se manifeste la présence divine transcendante : le Seigneur Dieu - à travers Marie et dans la lignée de la descendance de David - donne son Fils au monde : "Voici que tu concevras dans ton sein et enfanteras un fils, et tu l'appelleras du nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père" (Lc 1, 31-32).
3. La valeur du terme "fils" est ici double, car dans le Christ s'unissent intimement le lien filial avec le Père céleste et celui avec la mère terrestre. Mais l'Esprit Saint participe également à l'Incarnation, et c'est précisément son intervention qui rend cette conception unique et inimitable : "L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu" (Lc 1, 35). Les paroles que l'ange proclame sont comme un petit Credo, qui illumine l'identité du Christ en relation avec les autres Personnes de la Trinité. C'est la foi commune de l'Église que Luc place déjà aux débuts du temps de la plénitude salvifique : le Christ est le Fils du Dieu Très-Haut, le Grand, le Saint, le Roi, l'Éternel, dont la conception dans la chair est accomplie par l'œuvre de l'Esprit Saint. C'est pourquoi, comme le dira Jean dans sa première Lettre, "quiconque nie le Fils ne possède pas non plus le Père" (1 Jn 2, 23).
4. Au centre de notre foi se trouve l'Incarnation, dans laquelle se révèle la gloire de la Trinité et son amour pour nous : "Et le Verbe s'est fait chair et il a habité parmi nous et nous avons contemplé sa gloire" (Jn 1, 14). "Car Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique" (Jn 3, 16). "En ceci s'est manifesté l'amour de Dieu pour nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde afin que nous vivions par lui" (1 Jn 4, 9). À travers ces paroles des écrits de Jean, nous réussissons à comprendre comment la révélation de la gloire trinitaire dans l'Incarnation n'est pas un simple éclair qui déchire les ténèbres l'espace d'un instant, mais une semence de vie divine déposée pour toujours dans le monde et dans le cœur des hommes.
Une déclaration de l'Apôtre Paul dans la Lettre aux Galates est emblématique à ce propos : "Mais quand vint la plénitude du temps, Dieu envoya son Fils, né d'une femme, né sujet de la Loi, afin de racheter les sujets de la Loi, afin de nous conférer l'adoption filiale. Et la preuve que vous êtes des fils, c'est que Dieu a envoyé dans nos cœurs l'Esprit de son Fils qui s'écrie : Abba, Père ! Aussi n'es-tu plus esclave mais fils ; fils, et donc héritier de par Dieu" (Ga 4, 4-7 ; cf. Rm 8, 15-17). Le Père, le Fils et l'Esprit sont donc présents et agissent dans l'Incarnation pour nous faire participer à leur vie. "À cette union avec le Christ, - a répété le Concile Vatican II - qui est la lumière du monde, de qui nous procédons, par qui nous vivons, vers qui nous tendons, tous les hommes sont appelés" (Lumen gentium, n. 3). Et, comme l'affirmait saint Cyprien, la communauté des fils de Dieu est "un peuple rassemblé par l'unité du Père, du Fils et de l'Esprit Saint" (De Orat. Dom. 23).
5. "Connaître Dieu et son Fils, c'est accueillir le mystère de la communion d'amour du Père, du Fils et de l'Esprit Saint dans notre vie qui s'ouvre dès maintenant à la vie éternelle dans la participation à la vie divine. La vie éternelle est donc la vie même de Dieu ainsi que la vie des fils de Dieu. Le croyant ne peut manquer d'être saisi d'un émerveillement toujours renouvelé et d'une reconnaissance sans limites face à cette vérité surprenante et ineffable qui nous vient de Dieu dans le Christ" (Evangelium vitae, nn. 37-38).
Dans cet émerveillement et cet accueil vital, nous devons adorer le mystère de la Très Sainte Trinité, qui "est le mystère central de la foi et de la vie chrétienne. Il est le mystère de Dieu en Lui-même. Il est donc la source de tous les autres mystères de la foi, lumière qui les illumine" (Catéchisme de l'Église catholique, n. 234).
Dans l'Incarnation, nous contemplons l'amour trinitaire qui se déploie en Jésus ; un amour qui ne reste pas clos dans un cercle parfait de lumière et de gloire, mais qui rayonne dans la chair des hommes, dans leur histoire ; qui envahit l'homme en le régénérant et en le rendant fils dans le Fils.
C'est pourquoi - comme disait saint Irénée - la gloire de Dieu est l'homme vivant : "Gloria enim Dei vivens homo, vita autem hominis visio Dei" ; elle l'est non seulement en raison de sa vie physique mais surtout parce que "la vie de l'homme consiste dans la vision de Dieu" (Adversus Haereses IV, 20, 7). Et voir Dieu signifie être transfigurés en lui : "Nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est" (1 Jn 3, 2).
 
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