Se préparer à vivre le Triduum pascal
Lecture : Mt 5, 11-12
1. Nous nous trouvons à la veille du Triduum pascal, déjà plongés dans le climat spirituel de la Semaine sainte. À partir de demain jusqu'à dimanche nous vivrons les journées centrales de la liturgie, qui nous reproposent le mystère de la passion, de la mort et de la résurrection du Seigneur. Dans leurs homélies, les Pères font souvent référence à ces journées qui - comme l'observe saint Athanase - nous introduisent "dans ce temps qui nous porte et nous fait connaître un nouveau début, le jour de la sainte Pâque, dans laquelle le Seigneur s'est immolé". C'est ainsi qu'il décrit la période que nous vivons dans ses Lettres pascales (Lett. 5, 1-2 ; PG 26, 1379).
Dimanche prochain, la Préface pascale nous fera chanter avec une grande force que "dans la résurrection du Christ la vie de chacun est ressuscitée".
Dans le cœur de ce Triduum sacré se trouve "le mystère d'un amour sans limites", c'est-à-dire le mystère de Jésus qui "ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin" (Jn 13, 1). J'ai reproposé ce mystère doux et bouleversant aux prêtres dans la Lettre que, comme chaque année, je leur ai envoyée à l'occasion du Jeudi saint.
Je vous invite vous aussi à réfléchir sur ce même amour, pour vous préparer dignement à revivre les étapes de conclusion de la vie terrestre de Jésus. Nous entrerons demain dans le Cénacle pour accueillir le don extraordinaire de l'Eucharistie, du Sacerdoce et du commandement nouveau. Vendredi saint, nous reparcourrons le Chemin de croix, la via crucis qui conduit au Calvaire, où le Christ accomplira son sacrifice. Samedi saint, nous attendrons en silence d'entrer dans la Veillée pascale solennelle.
2. "Il les aima jusqu'à la fin". Ces paroles de l'évangéliste Jean expriment et définissent de façon particulière la liturgie de demain, Jeudi saint, contenue dans la célébration de la Messe Chrismale du matin et de la Messe des vêpres in Cena Domini, qui ouvre le Triduum pascal.
L'Eucharistie est un signe éloquent de cet amour total, libre et gratuit, et elle offre à chacun la joie de la présence de Celui qui nous rend nous aussi capables d'aimer, en l'imitant, "jusqu'à la fin". L'amour que Jésus propose à ses disciples est un amour exigeant.
Au cours de notre rencontre, nous en avons à nouveau entendu l'écho dans les paroles de l'évangéliste Matthieu : "Heureux êtes-vous quand on vous insultera, qu'on vous persécutera, et qu'on dira faussement contre vous toute sorte d'infamie à cause de moi. Soyez dans la joie et l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux" (Mt 5, 11-12). Aujourd'hui aussi "aimer jusqu'à la fin" signifie être prêts à affronter les difficultés au nom du Christ. Cela signifie ne pas avoir peur des insultes, ni des persécutions, et être prêts à "aimer vos ennemis et à prier pour vos persécuteurs" (cf. Mt 5, 44). Tout cela est un don du Christ, qui s'est offert lui-même pour chaque homme comme victime en sacrifice sur l'autel de la Croix.
3. "Il les aima jusqu'à la fin". Du Cénacle au Golgotha : notre réflexion nous conduit au Calvaire, où nous contemplons un amour dont le plein accomplissement est le don de la vie. La Croix est un signe clair de ce mystère mais, dans le même temps, précisément pour cette raison, elle devient un symbole qui interpelle et qui remue les consciences. Lorsque, Vendredi prochain, nous célébrerons la Passion du Seigneur et que nous prendrons part à la Via Crucis, nous ne pourrons pas oublier la force de cet amour qui se donne sans mesure.
Dans la Lettre apostolique en conclusion du grand Jubilé de l'An 2000, j'ai écrit : "La contemplation du visage du Christ nous conduit ainsi à aborder l'aspect le plus paradoxal de son mystère, qui se révèle à l'heure extrême, l'heure de la Croix. Mystère dans le mystère, devant lequel l'être humain ne peut que se prosterner et adorer" (Novo millennio ineunte, n. 25). Telle est l'attitude intérieure la plus adaptée pour nous préparer à vivre le jour de la commémoration de la passion, de la crucifixion et de la mort du Christ.
4. "Il les aima jusqu'à la fin". Sacrifié pour nous sur la Croix, Jésus ressuscite et devient prémisse de la nouvelle création. Nous passerons le Samedi saint dans l'attente silencieuse de la rencontre avec le Ressuscité, en méditant sur les paroles de l'Apôtre Paul : "Le Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures, [...] il a été mis au tombeau, [...] il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures" (1 Co 15, 3-4). De cette façon, nous pourrons mieux nous préparer à la solennelle Veillée pascale, lorsque dans le cœur de la nuit surgira la lumière fulgurante du Christ ressuscité.
Que sur cette dernière partie du chemin pénitentiel nous accompagne Marie, la Vierge qui demeura toujours fidèle aux côtés de son Fils, en particulier au cours des journées de la Passion. Que ce soit Elle qui nous enseigne à aimer "jusqu'à la fin" en suivant les traces de Jésus, qui par sa mort et sa résurrection a sauvé le monde.
Contempler le visage du Ressuscité
Lecture : Lc 24, 28-32
1. La traditionnelle Audience générale du mercredi est aujourd'hui inondée par la joie lumineuse de la Pâque. Au cours de ces journées l'Église célèbre avec joie le grand mystère de la Résurrection. C'est une joie profonde et inextinguible, fondée sur le don de la part du Christ ressuscité de la nouvelle et éternelle Alliance, qui demeure car désormais Il ne meurt plus. Une joie qui se prolonge non seulement pendant l'Octave de Pâques, considérée par la liturgie comme un unique jour, mais qui s'étend pendant cinquante jours jusqu'à la Pentecôte. Elle va même jusqu'à embrasser désormais tous les temps et tous les lieux.
Au cours de cette période, la Communauté chrétienne est invitée à une expérience nouvelle et plus approfondie du Christ ressuscité, vivant et agissant dans l'Église et dans le monde.
2. Dans ce splendide cadre de lumière et de joie, propre au temps pascal, nous voulons à présent nous arrêter pour contempler ensemble le visage du Ressuscité, en reprenant et en actualisant ce que je n'ai pas hésité à définir comme "noyau central" du grand héritage que nous a laissé le Jubilé de l'An 2000. En effet, comme je l'ai souligné dans la Lettre apostolique Novo millennio ineunte, "si nous voulions ramener à son noyau central le grand héritage que l'expérience jubilaire nous laisse, je n'hésiterais pas à le situer dans la contemplation du visage du Christ... accueilli dans sa présence multiple dans l'Église et dans le monde, proclamé comme sens de l'histoire et lumière sur notre route" (n. 15).
De même que Vendredi et Samedi saint nous avons contemplé le visage empreint de souffrance du Christ, nous tournons à présent le regard plein de foi et d'amour reconnaissant vers le visage du Ressuscité. C'est Lui que l'Église regarde au cours de ces journées, en se plaçant sur les traces de Pierre, qui confesse son amour au Christ (cf. Jn 21, 15-17), et sur les pas de Paul, ébloui par Jésus ressuscité sur la route de Damas (cf. Ac 9, 3-5).
La liturgie pascale nous présente diverses rencontres du Christ ressuscité, qui constituent une invitation à approfondir son message et qui nous incitent à imiter le chemin de foi de ceux qui l'ont reconnu au cours des premières heures qui ont suivi la résurrection. Ainsi, nous sommes stimulés par les pieuses femmes et par Marie Madeleine à faire preuve de sollicitude en apportant l'annonce du Ressuscité aux disciples (cf. Lc 24, 8-10 ; Jn 20, 18). L'Apôtre bien-aimé témoigne de façon singulière que c'est précisément l'amour qui réussit à voir la réalité signifiée par les signes de la résurrection : la tombe vide, l'absence du corps, les draps funéraires pliés. L'amour voit et croit, et il pousse à marcher vers Celui qui porte en lui la signification de toute chose : Jésus, vivant pour les siècles des siècles.
3. Dans la liturgie d'aujourd'hui, l'Église contemple le visage du Ressuscité partageant le chemin des deux disciples d'Emmaüs. Au début de notre rencontre, nous avons écouté un passage de cette célèbre page de l'évangéliste Luc.
Même si elle est difficile, la route d'Emmaüs conduit du sentiment de désarroi et d'égarement à la plénitude de la foi pascale. En reparcourant cet itinéraire, nous sommes nous aussi rejoints par le mystérieux Compagnon de voyage. Jésus s'approche de nous le long du chemin, en nous prenant au point où nous sommes et en posant les questions essentielles qui rouvrent le cœur à l'espérance. Il a beaucoup de choses à expliquer à propos de son destin et du nôtre. Il révèle surtout que chaque existence humaine doit passer à travers sa Croix pour entrer dans la gloire. Mais le Christ accomplit quelque chose de plus : il rompt pour nous le pain du partage, en offrant cette Table eucharistique où les Écritures acquièrent leur pleine signification et révèlent les traits uniques et resplendissants du visage du Rédempteur.
4. Après avoir reconnu et contemplé le visage du Christ ressuscité, nous aussi, comme les deux disciples, nous sommes invités à nous précipiter vers nos frères, pour apporter à tous la grande nouvelle : "Nous avons vu le Seigneur !" (Jn 20, 25).
"En Lui qui est ressuscité toute la vie ressuscite" (Préface pascale II) : telle est la bonne nouvelle que les disciples du Christ ne se lassent pas d'apporter au monde, tout d'abord à travers le témoignage de leur propre vie. C'est le plus beau don que nos frères attendent de nous en ce temps pascal.
Laissons-nous donc attirer par la beauté de la résurrection du Christ. Que la Vierge Marie nous aide à goûter pleinement la joie pascale : une joie que, selon la promesse du Ressuscité, personne ne pourra jamais nous enlever et qui ne connaîtra pas de fin (cf. Jn 16, 23).
L'âme assoiffée du Seigneur
Lecture : Ps 62, 2-9
1. Le Psaume 62, sur lequel nous nous arrêtons aujourd'hui pour réfléchir, est le Psaume de l'amour mystique, qui célèbre l'adhésion totale à Dieu, en partant d'une aspiration presque physique et en rejoignant sa plénitude dans une étreinte intime et éternelle. La prière devient désir, faim et soif, car elle comprend l'âme et le corps.
Comme l'écrit sainte Thérèse d'Avila, "la soif exprime le désir d'une chose, mais un désir tellement intense que nous mourons si nous en restons privés" (Chemin de perfection, ch. XXI). La liturgie nous propose les deux premières strophes du Psaume, qui sont précisément centrées sur les symboles de la soif et de la faim, alors que la troisième strophe fait apparaître un horizon obscur, celui du jugement divin sur le mal, en contraste avec la luminosité et la douceur du reste du Psaume.
2. Nous commençons alors notre méditation avec le premier chant, celui de la soif de Dieu (cf. vv. 2-4). C'est l'aube, le soleil se lève dans le ciel limpide de la Terre Sainte et le fidèle commence sa journée en se rendant au temple pour chercher la lumière de Dieu. Il a besoin de cette rencontre avec le Seigneur de façon presque instinctive, on dirait "physique". De même que la terre aride est morte, tant qu'elle n'est pas irriguée par la pluie, et que les crevasses du terrain semblent une bouche assoiffée et desséchée, ainsi le fidèle aspire à Dieu pour être empli par Lui et pour pouvoir ainsi exister en communion avec Lui.
Le prophète Jérémie avait déjà proclamé : le Seigneur est une "source d'eau vive", et il avait reproché au peuple d'avoir construit "des citernes lézardées qui ne tiennent pas l'eau" (2, 13). Jésus lui-même s'exclamera à haute voix : "Si quelqu'un a soif qu'il vienne à moi, et qu'il boive, celui qui croit en moi" (Jn 7, 37-38). En plein après-midi d'un jour ensoleillé et silencieux, il promet à la samaritaine : "Qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura plus jamais soif ; l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source d'eau jaillissante en vie éternelle" (Jn 4, 14).
3. La prière du Psaume 62 se mêle, en ce qui concerne ce thème, au chant d'un autre Psaume merveilleux, le 41 : "Comme languit une biche après les eaux vives, ainsi languit mon âme vers toi, mon Dieu. Mon âme a soif de Dieu, du Dieu vivant" (vv. 2-3). Il faut savoir que dans la langue de l'Ancien Testament, l'hébreu, "l'âme" est exprimée par le terme nefesh, qui dans certains textes désigne la "gorge" et que dans beaucoup d'autres sa signification est plus large et indique la personne tout entière. Compris dans cette dimension, le terme aide à comprendre combien le besoin de Dieu est essentiel et profond ; sans lui le souffle manque, ainsi que la vie elle-même. C'est pourquoi le Psalmiste en arrive à mettre au deuxième plan l'existence physique elle-même, si l'union avec Dieu vient à manquer : "Meilleur que la vie, ton amour" (Ps 62, 4). Dans le Psaume 72 également, il est dit au Seigneur : "Avec toi, je suis sans désir sur la terre. Et ma chair et mon cœur sont consumés : roc de mon cœur, ma part, Dieu à jamais ! [...] Pour moi approcher Dieu est mon bien" (vv. 25-28).
4. Après le chant de la soif, voilà qu'apparaît dans les paroles du Psalmiste le chant de la faim (cf. Ps 62, 6-9). Avec les images du "banquet abondant" et de la satiété, le suppliant renvoie probablement à l'un des sacrifices qui étaient célébrés dans le temple de Sion : celui que l'on appelle "de communion", c'est-à-dire un banquet sacré où les fidèles mangeaient la chair des victimes immolées. Une autre nécessité fondamentale de la vie est ici utilisée comme un symbole de la communion avec Dieu : la faim est rassasiée lorsqu'on écoute la Parole divine et que l'on rencontre le Seigneur. En effet, "l'homme ne vit pas seulement de pain, mais l'homme vit de tout ce qui sort de la bouche de Yahvé" (Dt 8, 3 ; cf. Mt 4, 4). La pensée du chrétien se tourne ici vers la table que le Christ a dressée le dernier soir de sa vie terrestre, et dont il avait déjà expliquée la valeur profonde dans le discours de Capharnaüm : "Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui" (Jn 6, 55-56).
5. À travers la nourriture mystique de la communion avec Dieu "l'âme se serre" contre Lui, comme le déclare le Psalmiste. Encore une fois, la parole "âme" évoque l'être humain dans son ensemble. Ce n'est pas pour rien si l'on parle d'une étreinte presque physique : désormais Dieu et l'homme sont en pleine communion et sur les lèvres de la créature ne peut que jaillir une louange joyeuse et reconnaissante. Même lorsqu'on se trouve dans la nuit obscure, on se sent protégés par les ailes de Dieu, comme l'arche de l'alliance est couverte des ailes des chérubins. C'est alors que fleurit l'expression extatique de la joie : "Je jubile à l'ombre de tes ailes". La peur se dissipe, l'étreinte ne serre pas le vide mais Dieu lui-même, notre main s'entrelace avec la force de sa droite (cf. Ps 62, 8-9).
6. Dans une lecture du Psaume à la lumière du mystère pascal, la soif et la faim qui nous poussent vers Dieu, trouvent leur satisfaction dans le Christ crucifié et ressuscité, dont nous parvient, à travers le don de l'Esprit et des Sacrements, la vie nouvelle et l'aliment qui la soutient.
C'est ce que nous rappelle saint Jean Chrysostome qui, en commentant l'annotation de Jean : de son côté "sortit du sang et de l'eau" (cf. Jn 19, 34), affirme : "Ce sang et cette eau sont les symboles du Baptême et des Mystères", c'est-à-dire de l'Eucharistie. Et il conclut : "Voyez comme le Christ a uni à lui-même l'épouse ? Voyez avec quelle nourriture il nous nourrit tous ? C'est par la même nourriture que nous avons été formés et que nous sommes nourris. En effet, comme la femme nourrit celui qu'elle a engendré avec son propre sang et lait, ainsi le Christ nourrit sans cesse par son propre sang celui qu'il a lui-même engendré" (Homélie III adressée aux néophytes, 16-19 passim : SC 50 bis, 160-162).
Que chaque créature loue le Seigneur
Lecture : Cantique : Dn 3, 57-88.56
1. "Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur" (Dn 3, 57). Un souffle cosmique parcourt ce Cantique tiré du Livre de Daniel, que la Liturgie des Heures propose pour les louanges du Dimanche de la première et de la troisième semaine. Cette merveilleuse prière litanique s'adapte bien au Dies Domini, au Jour du Seigneur, qui dans le Christ ressuscité nous fait contempler le sommet du dessein de Dieu sur le cosmos et sur l'histoire. En effet, c'est en Lui, l'alpha et l'oméga, le début et la fin de l'histoire (cf. Ap 22, 13), que la création elle-même prend un sens accompli, car, comme le rappelle Jean dans le prologue de l'Évangile, "Tout fut par lui" (Jn 1, 3). Dans la résurrection du Christ l'histoire du salut atteint son sommet, ouvrant les événements humains au don de l'Esprit et de l'adoption filiale, dans l'attente du retour de l'Époux divin, qui remettra le monde à Dieu le Père (cf. 1 Co 15, 24).
2. Dans ce passage sous forme de litanie, toutes les choses sont comme passées en revue. Le regard se tourne vers le soleil, la lune, les astres ; il se pose sur l'immense étendue des eaux, il s'élève vers les montagnes, il contemple les situations atmosphériques les plus diverses ; il passe du chaud au froid, de la lumière aux ténèbres ; il considère le monde minéral et le monde végétal, il s'arrête sur les diverses espèces d'animaux. L'appel devient ensuite universel : il interpelle les anges de Dieu, il atteint tous les "fils de l'homme", mais il touche de façon particulière le Peuple de Dieu, Israël, ses prêtres, les justes. C'est un chœur immense, une symphonie dont les diverses voix élèvent leur chant à Dieu, Créateur de l'univers et Seigneur de l'histoire. Récité à la lumière de la révélation chrétienne, il s'adresse à Dieu trinitaire, comme la liturgie nous invite à le faire, en ajoutant au Cantique une formule trinitaire : "Bénissons le Père et le Fils avec l'Esprit Saint".
3. Dans le Cantique se reflète d'une certaine façon l'âme religieuse universelle, qui perçoit la trace de Dieu dans le monde, et qui s'élève dans la contemplation du Créateur. Mais dans le contexte du livre de Daniel, l'hymne se présente comme un remerciement élevé par trois jeunes Israélites - Ananias, Azarias et Misaël - condamnés à mourir brûlés dans une fournaise, pour avoir refusé d'adorer la statue d'or de Nabuchodonosor, mais miraculeusement sauvés des flammes. En arrière-plan de cet événement se trouve l'histoire particulière du salut, dans laquelle Dieu choisit Israël comme son Peuple et établit une alliance avec lui. C'est précisément à cette alliance que les trois jeunes Israélites veulent rester fidèles, même si le prix à payer est le martyre dans la fournaise ardente. Leur fidélité rencontre la fidélité de Dieu, qui envoie un ange pour éloigner d'eux les flammes (cf. Dn 3, 49).
Ainsi, le Cantique se situe dans la ligne des chants de louanges pour avoir échappé à un danger, qui sont présents dans l'Ancien Testament. Parmi ces derniers, se trouve le célèbre chant de victoire rapporté dans le chapitre 15 de l'Exode, dans lequel les antiques hébreux expriment leur reconnaissance au Seigneur pour la nuit où ils auraient dû inévitablement être écrasés par l'armée du pharaon, si le Seigneur ne leur avait pas ouvert une voie entre les eaux, en jetant "à la mer cheval et cavalier" (Ex 15, 1).
4. Ce n'est pas un hasard si, lors de la solennelle veillée pascale, la liturgie nous fait chaque année répéter l'hymne chanté par les Israélites lors de l'Exode. Cette route ouverte pour eux annonçait prophétiquement la nouvelle voie que le Christ ressuscité a inaugurée pour l'humanité lors de la nuit sainte de sa résurrection des morts. Notre passage symbolique à travers les eaux baptismales nous permet de revivre une expérience analogue de passage de la vie à la mort, grâce à la victoire sur la mort remportée par Jésus, pour notre bénéfice à tous.
En répétant, dans la liturgie dominicale des Laudes, le Cantique des trois jeunes Israélites, nous, disciples du Christ, nous voulons nous placer dans le même courant de gratitude pour les grandes œuvres accomplies par Dieu, que ce soit dans la création ou surtout dans le mystère pascal.
En effet, le chrétien entrevoit un rapport entre la libération des trois jeunes israélites, dont on parle dans le Cantique, et la résurrection de Jésus. Dans cette dernière, les Actes des Apôtres voient exaucée la prière du croyant qui, comme le Psalmiste, chante avec confiance : "Tu n'abandonneras pas mon âme à l'Hadès et ne laissera pas ton saint voir la corruption" (Ac 2, 27 ; Sal 15, 10).
Le rapprochement de ce Cantique avec la résurrection est tout à fait traditionnel. Il existe de très anciens témoignages de la présence de cet hymne dans la prière du Jour du Seigneur, Pâques hebdomadaire des chrétiens. Les catacombes romaines conservent des vestiges iconographiques dans lesquels on voit les trois enfants qui prient indemnes entre les flammes, témoignant ainsi de l'efficacité de la prière et de la certitude de l'intervention du Seigneur.
5. "Béni sois-tu dans le firmament du ciel, chanté, glorifié éternellement" (Dn 3, 56). En chantant cet hymne, le matin du Dimanche, le chrétien se sent non seulement reconnaissant pour le don de la création, mais également parce qu'il est le destinataire de l'attention paternelle de Dieu, qui, dans le Christ, l'a élevé à la dignité de fils.
Une attention paternelle qui nous permet de regarder d'un œil nouveau la création elle-même et qui nous en fait goûter la beauté, dans laquelle on entrevoit, comme en filigrane, l'amour de Dieu. C'est avec ces sentiments que François d'Assise contemplait la création et élevait sa louange à Dieu, source ultime de toute beauté. On imagine spontanément que les sommets de ce texte biblique résonnaient dans l'âme de saint Damien lorsque, après avoir atteint les sommets de la souffrance dans son corps et dans son esprit, il composa le "Cantique de frère soleil" (cf. Sources franciscaines, n. 263).
Sur les traces de Saint Paul
Lecture : 1 Co 9, 16-17.19.22b-23
1. Il y a une semaine s'est achevé mon pèlerinage sur les traces de saint Paul, qui m'a conduit en Grèce, en Syrie et à Malte. Je suis heureux de m'arrêter aujourd'hui avec vous sur cet événement, qui constitue la dernière partie de l'itinéraire jubilaire à travers les principaux lieux liés à l'histoire du salut. Je suis reconnaissant à tous ceux qui m'ont suivi par la prière au cours de cet inoubliable "retour aux sources", où puiser la fraîcheur de l'expérience chrétienne à ses débuts.
Je renouvelle mes sentiments de cordiale reconnaissance au Président de la République grecque, M. Kostas Stephanopoulos, pour m'avoir invité à visiter la Grèce. Je remercie le Président de la République arabe syrienne, Monsieur Bashar El-Assad, et le Président de la République de Malte, M. Guido De Marco, qui m'ont accueilli si courtoisement à Damas et à La Valette.
Partout, j'ai voulu témoigner aux Églises orthodoxes l'affection et l'estime de l'Église catholique, dans le désir que la mémoire des fautes passées contre la communion soit pleinement purifiée et qu'elle laisse place à la réconciliation et à la fraternité. En outre, j'ai eu l'occasion de réaffirmer l'ouverture sincère avec laquelle l'Église s'adresse aux croyants de l'Islam, auxquels nous unit l'adoration du Dieu unique.
Je ressens comme une grâce particulière d'avoir pu rencontrer, surtout dans leurs domaines de mission, les Évêques catholiques de Grèce, de Syrie, de Malte, et, avec eux, les prêtres, les religieux et les religieuses et de nombreux fidèles laïcs. Sur les traces de saint Paul, le Successeur de Pierre a pu réconforter et encourager ces communautés, en les exhortant à la fidélité et, dans le même temps, à l'ouverture et à la charité fraternelle.
2. Sur l'Aréopage d'Athènes ont retenti les célèbres paroles du discours de Paul, rapportées dans les Actes des Apôtres. Elles ont été lues en grec et en anglais, ce qui en soi a déjà été suggestif : en effet, la langue grecque était la plus courante dans le bassin méditerranéen au début du premier millénaire, comme pourrait aujourd'hui être considérée la langue anglaise au niveau mondial. La "bonne nouvelle" du Christ, Révélateur de Dieu et Sauveur du monde hier, aujourd'hui et à jamais, est destinée à tous les hommes et à toutes les femmes de la terre, selon son mandat explicite.
En ce début de troisième millénaire, l'Aréopage d'Athènes est devenu, dans un certain sens, l'"aréopage du monde", à partir duquel le message chrétien du salut est reproposé à tous ceux qui cherchent Dieu et sont emplis de crainte en accueillant son mystère infini de vérité et d'amour. À travers la lecture de la "Déclaration commune" que, au terme d'une rencontre fraternelle, j'ai signée avec Sa Béatitude Christódoulos, Archevêque d'Athènes et de toute la Grèce, il a été adressé en particulier un appel aux populations du continent européen à ne pas oublier leurs racines chrétiennes.
Le discours de Paul à l'Aréopage constitue un modèle d'inculturation et, comme tel, il conserve intacte son actualité. C'est pourquoi, je l'ai reproposé au cours de la Célébration eucharistique avec la communauté catholique en Grèce, en rappelant l'admirable exemple des saints Frères Cyrille et Méthode, originaires de Salonique. En s'inspirant avec fidélité et créativité à ce modèle, ces derniers n'hésitèrent pas à diffuser l'Évangile parmi les peuples slaves.
3. Après la Grèce, je me suis rendu en Syrie, là où, sur la route de Damas, le Christ ressuscité apparut à Saul de Tarse, le transformant de féroce persécuteur en apôtre inlassable de l'Évangile. Il s'est agi d'un retour aux origines - comme pour Abraham -, d'une remontée à l'appel, à la vocation. C'est à cela que j'ai pensé en visitant le Mémorial de saint Paul. L'histoire de Dieu avec les hommes part toujours d'un appel, qui invite à s'oublier soi-même, ainsi que ses propres certitudes, pour s'acheminer vers une terre nouvelle, en se plaçant entre les mains de Celui qui appelle. Il en a été ainsi pour Abraham, Moïse, Marie, Pierre et les autres Apôtres. Il en a été également ainsi pour Paul.
La Syrie est aujourd'hui un pays habité en majorité par des musulmans, qui croient en un Dieu unique et qui cherchent à se soumettre à Lui à l'exemple d'Abraham, auquel ils font volontiers référence (cf. Nostra aetate, n. 3). Le dialogue interreligieux avec l'Islam devient toujours plus important et nécessaire, au début du troisième millénaire. C'est pourquoi il a été vraiment encourageant de constater l'accueil chaleureux qui m'a été réservé par les autorités civiles et le Grand Mufti, qui m'a accompagné lors de la visite historique à la Grande Mosquée des Omeyyades, où se trouve le Mémorial de saint Jean-Baptiste, également très vénéré par les musulmans.
À Damas, mon pèlerinage a pris un caractère profondément œcuménique, en particulier grâce à la visite que j'ai eu la joie d'accomplir dans leurs cathédrales respectives à Sa Béatitude Ignace IV, Patriarche grec-orthodoxe, et à Sa Sainteté Mar Ignatius Zakka I, Patriarche syro-orthodoxe. Dans la cathédrale historique de la Dormition de la Vierge Marie, nous avons ensuite célébré une solennelle Rencontre de prière. Avec une profonde émotion, j'ai ainsi vu se réaliser l'un des objectifs principaux de mon pèlerinage jubilaire, c'est-à-dire celui de "nous rassembler sur les lieux de notre origine commune, pour témoigner le Christ, notre unité" (cf. Ut unum sint, n. 23) et confirmer notre engagement réciproque vers le rétablissement de la pleine communion" (Lettre sur le pèlerinage aux lieux liés à l'histoire du salut, n. 11).
4. En Syrie, je ne pouvais pas ne pas adresser à Dieu une prière particulière pour la paix au Moyen-Orient, également et malheureusement poussé par la situation actuelle dramatique, qui devient toujours plus préoccupante. Je me suis rendu sur les hauteurs du Golan, dans l'église de Kuneitra, à demi détruite par la guerre, d'où j'ai élevé ma prière. D'une certaine manière, mon esprit est resté là-bas, et ma prière continue et ne cessera pas, tant que la vengeance ne laissera pas la place à la réconciliation et à la reconnaissance des droits réciproques.
Cette espérance se fonde sur la foi. C'est l'espérance que j'ai confiée aux jeunes de Syrie, que j'ai eu la joie de rencontrer précisément le soir avant de quitter Damas. Je garde en mon cœur la chaleur de leur salut, et je prie le Dieu de la paix, afin que les jeunes chrétiens, musulmans et juifs puissent croître ensemble comme des fils du Dieu unique.
5. La dernière étape de mon pèlerinage sur les traces de saint Paul a été l'Ile de Malte, où l'Apôtre passa trois mois, après le naufrage du navire qui le conduisait en prison à Rome (cf. Ac 27, 39-28, 10). Pour la deuxième fois, j'ai fait l'expérience de l'accueil chaleureux des Maltais et j'ai eu la joie de proclamer bienheureux deux fils de leur peuple - Dom Georges Preca, Fondateur de la Société de la Doctrine chrétienne, et Ignace Falzon, laïc catéchiste - ainsi que sœur Marie Adéodate Pisani, religieuse bénédictine.
Encore une fois, j'ai voulu indiquer la voie de la sainteté comme la voie maîtresse pour les croyants du troisième millénaire. Dans le vaste océan de l'histoire, l'Église ne craint pas les défis et les dangers qu'elle rencontre au cours de sa navigation, tant qu'elle garde fermement le cap sur la route de la sainteté, vers laquelle l'a orientée le grand Jubilé de l'An 2000 (cf. Novo millennio ineunte, n. 30).
Qu'il en soit ainsi pour tous, également grâce à l'intercession de Marie, à laquelle nous avons constamment recours au cours de ce mois de mai, qui lui est consacré. Que la Vierge aide chaque chrétien, chaque famille et chaque communauté à poursuivre avec un élan renouvelé son engagement de fidélité quotidienne à l'Évangile.