Pie VII : 14 mars 1800-20 août 1823
Bref "Etsi fraternitatis" à l'archevêque de Mayence, 8 octobre 1803.
La tentative de dissolution d'un mariage
DS 2705
Réponse du souverain pontife à quelques questions : La sentence de tribunaux laïcs et d'instances catholiques qui déclarent en particulier la nullité de mariages et qui tentent d'en dissoudre le lien, ne peut avoir devant l'Église aucune valeur et aucune portée. ...
DS 2706
C'est une faute très grave et une trahison de leur ministère sacré que commettraient les curés qui par leur présence approuveraient ces mariages et qui les confirmeraient par leur bénédiction. D'ailleurs on ne doit pas les appeler mariages, mais plutôt unions adultères. ...
LETTRE "Magno et acerbo " à l'archevêque de Moghilev, 3 septembre 1816.
Traduction de la Bible
DS 2710
Tu aurais dû... avoir devant les yeux... "que si la sainte Bible est admise en langue vulgaire en tous lieux, sans discrimination, il en résulte plus de dommage que d'utilité"
1854. Étant donné qu'en outre, en vertu de la prescription bien connue du concile de Trente
1506, l'Église romaine reconnaît seulement l'édition de la Vulgate, elle rejette les traductions en d'autres langues et ne permet que celles qui sont éditées avec des annotations tirées de façon appropriée des écrits des Pères et des docteurs catholiques, afin qu'un si grand trésor ne soit pas ouvert aux conceptions des innovateurs, et que l'Église répandue partout dans le monde se serve de la même langue et des mêmes mots
Gn 11,1.
DS 2711
Puisque en effet nous constatons dans la langue vulgaire beaucoup de différences, de diversités et de changements, une liberté sans frein des traductions de la Bible ébranlerait effectivement cette immutabilité qui est le propre du témoignage divin, et la foi elle-même chancellerait, d'autant que parfois une seule syllabe décide de la vérité d'un dogme.
C'est pourquoi dans leurs machinations biaisées et abominables les hérétiques avaient coutume, en éditant des bibles en langue vulgaire (dont l'étonnante diversité et les contradictions cependant font qu'ils s'accusent et se déchirent eux-mêmes les uns les autres), de chercher à imposer insidieusement leurs erreurs respectives en les enveloppant de la magnificence plus sainte de la Parole divine. "Les hérésies en effet, dit Augustin, tirent leur origine du seul fait que les Écritures qui sont bonnes ne sont pas bien comprises, et que ce qui n'a pas été bien compris en elles est affirmé en outre avec audace et témérité."
Et si nous sommes affligés de ce qu'il n'est pas rare que les hommes les plus considérés en raison de leur piété et de leur sagesse aient failli dans l'interprétation des Écritures, que ne faudrait-il pas craindre si les Écritures traduites en n'importe quelle langue vulgaire étaient livrées à la libre lecture du commun ignorant, qui le plus souvent ne juge pas en vertu d'un choix mais en vertu d'une certaine témérité".
DS 2712
(Référence est faite alors à la lettre célèbre d'Innocent III aux fidèles de l'Église de Metz : "Les mystères cachés de la foi... pour n'être pas prétentieux " :)
771 Mais on connaît bien les constitutions non seulement d'Innocent III qui vient d'être mentionné, mais également de Pie V, de Clément VIII et de Benoît XIV... Quant à ce que pense l'Église au sujet de la lecture et de l'interprétation de l'Écriture, ta fraternité le trouvera très clairement dans la très célèbre constitution Unigenitus de notre autre prédécesseur, Clément XI, dans laquelle ont été réprouvées de façon explicite ces doctrines où il était affirmé qu'il est utile et nécessaire en tout temps, en tous lieux et à toutes sortes de personnes de connaître les mystères de la sainte Écriture - dont il était affirmé que la lecture est pour tout le monde - et qu'il est dommageable d'en écarter le peuple chrétien, et que bien plus, c'est fermer aux fidèles la bouche du Christ que de leur arracher des mains le Nouveau Testament
voir 2479-2485 .
Réponse de la Sacrée Pénitencerie : 23 avril 1822.
L'usage onaniste du mariage
DS 2715
Question : Une épouse pieuse peut-elle permettre que son mari s'approche d'elle alors qu'elle sait par expérience qu'il se comporte à la manière infâme d'Onan..., surtout si dans le cas où l'épouse le refuse elle s'expose au risque de sévices ou craint que le mari aille chez les prostituées ?
Réponse : Étant donné que dans le cas présent la femme, de son côté, ne fait rien contre nature et accomplit une chose licite, et que tout le désordre de l'acte procède de la malice de l'homme qui, au lieu de consommer l'acte, se retire et se répand en dehors du vase, dès lors qu'après les admonestations qui conviennent la femme n'aboutit à rien et que l'homme s'obstine en menaçant de mort, de coups ou d'autres sévices graves, elle pourra (comme l'enseignent des docteurs éprouvés) se livrer passivement sans péché, parce que dans ces conditions elle permet simplement le péché de son mari, et cela pour une raison grave qui l'excuse ; car l'amour par lequel elle serait tenue de l'empêcher ne l'oblige pas s'il comprend un tel préjudice.
Bref "Adorabile Eucharistiae" au patriarche d'Antioche et aux évêques des Grecs melkites, 8 mai 1822
La non efficacité de l'épiclèse pour la consécration
DS 2718
(Une grande cause de douleur et de crainte a été occasionnée par ceux qui répandent) cette opinion nouvelle, soutenue par les schismatiques, qui enseigne que la forme par laquelle ce sacrement... vivifiant est accompli, ne consiste pas dans les seules paroles de Jésus Christ qu'utilisent les prêtres aussi bien latins que grecs lors de la consécration, mais que, pour que la consécration soit parfaite et consommée, il est nécessaire que soit ajoutée cette formule de prière qui chez nous précède les paroles mentionnées mais qui dans votre liturgie les suit...
En vertu de la sainte obéissance... Nous prescrivons... qu'ils n'aient plus l'audace désormais de soutenir cette opinion qui dit que, pour cette admirable conversion de toute la substance du pain en la substance du Corps du Christ et de toute la substance du vin en la substance de son Sang, il est nécessaire qu'outre les paroles du Christ soit récitée aussi cette formule de prière ecclésiastique que nous avons déjà mentionnée plusieurs fois...
LEON XII : 28 septembre 1823-10 février 1829
Encyclique "Ubi primum" 5 mai 1824
Indifférentisme
DS 2720
(Une certaine secte) qui se présente sous une apparence engageante de piété et de libéralité, professe et prône le tolérantisme (c'est ainsi qu'ils disent) ou l'indifférentisme, non seulement dans le domaine civil dont Nous ne parlons pas ici, mais également en matière religieuse, en enseignant qu'une large liberté a été donnée par Dieu à chacun, qui permet à chacun d'embrasser ou d'adopter, sans péril pour son salut, la secte ou l'opinion qui lui convient selon son jugement privé. (Référence est faite, contre cela, à
Rm 16,17 s.)
PIE VIII : 31 mars 1829-30 novembre 1830
Réponse du pape à l'évêque de Rennes, 18 août 1830.
Usure
DS 2722
Exposé : (Les confesseurs sont en désaccord) au sujet du gain perçu à partir de l'argent prêté à des gens d'affaires pour qu'ils en tirent profit. Le sens de l'encyclique Vix pervenit (voir
2546-2550) fait l'objet de vives discussions. Des deux côtés, des raisons sont mises en avant à l'appui de la position qu'on tient : favorable ou opposée à un gain de cette sorte. D'où des querelles, des dissensions, des refus des sacrements pour la plupart des gens d'affaires qui cherchent à s'enrichir de cette manière, et d'innombrables dommages pour les âmes.
DS 2723
Pour prévenir les dommages pour les âmes, certains confesseurs estiment pouvoir tenir une voie médiane entre les deux positions. Lorsque quelqu'un les consulte au sujet d'un gain de cette sorte, ils cherchent à l'en détourner. Si le pénitent persévère dans l'intention de prêter de l'argent à des gens d'affaires et objecte que la position qui est en faveur d'un tel prêt a de nombreux patronages, et que de surcroît elle n'a pas été condamnée par le Saint-Siège qui, pas une seule fois, n'a été consulté à ce sujet, dans ce cas les confesseurs demandent que le pénitent promette qu'il se soumettra avec une obéissance filiale au jugement du souverain pontife s'il se prononce, quel qu'il soit, et s'ils obtiennent cette promesse, ils ne refusent pas l'absolution, même lorsqu'ils considèrent la position opposée à un tel prêt comme plus probable.
Si le pénitent ne confesse rien au sujet d'un gain ayant son origine dans un tel prêt et semble être de bonne foi, ces confesseurs, même s'ils savent par ailleurs qu'un tel gain a été perçu et continue de l'être, lui donnent l'absolution sans l'avoir interrogé à ce sujet lorsqu'ils craignent que le Pénitent, s'il était averti d'avoir à restituer ce gain ou d'y renoncer, refuserait de le faire.
DS 2724
Questions : 1. Peut-il (l'évêque) approuver la façon de faire de ces derniers confesseurs ?
2. Lorsque d'autres confesseurs, plus rigoureux, viennent à lui pour lui demander conseil, peut-il les exhorter à suivre la façon de faire des premiers jusqu'à ce que le Saint-Siège émette un jugement explicite en cette matière ?
Réponse du souverain pontife : Pour 1 : ils ne doivent pas être inquiétés. - Pour 2 : Il est répondu sous 1.
GREGOIRE XVI : 2 février 183l - 1er juin 1846
Réponse de la Sacré Pénitencerie à l'archevêque de Besançon, 5 juillet 1831.
L'autorité d'Alphonse de Liguori dans le domaine moral
DS 2725
Question : Louis François Auguste, cardinal de Rohan-Chabot, archevêque de Besançon, s'efforce de promouvoir la sagesse et l'unité en matière de doctrine auprès de tous ceux qui, dans son diocèse, ont la charge des âmes ; étant donné que certains d'entre eux combattent et interdisent la théologie morale du bienheureux Alphonse M. de Liguori parce que trop relâchée, dangereuse pour le salut et contraire à la saine morale, il prie la Sacrée Pénitencerie de se prononcer, et lui soumet les doutes d'un professeur de théologie (à savoir Th. Gousset) pour qu'il y soit répondu.
DS 2726
1. Un professeur de la sainte théologie peut-il soutenir et enseigner sûrement les positions qu'enseigne le bienheureux Alphonse de Liguori dans sa théologie morale ?
DS 2727
2. Ou un confesseur doit-il être inquiété si, dans l'exercice du saint tribunal de la pénitence, il suit les positions du bienheureux Alphonse de Liguori pour la seule raison que le Siège apostolique n'a rien trouvé dans ses œuvres qui mériterait d'être censuré ?
Le confesseur dont il s'agit à propos de ce doute ne lit les œuvres du bienheureux docteur que pour connaître exactement sa doctrine, sans examiner les données et les raisons sur lesquelles s'appuient les diverses positions ; il pense, au contraire, qu'il agit sûrement dès lors qu'il peut estimer avec prudence qu'une doctrine qui ne contient rien qui mériterait d'être censuré est saine, sûre, et aucunement contraire à la sainteté de l'Évangile.
Réponse (confirmée par le souverain pontife le 22 juillet 1831) : Pour 1. Oui, sans qu'il faille considérer pour autant que ceux qui suivent les positions transmises par d'autres auteurs approuvés devraient être blâmés.
Pour 2. Non, compte tenu de l'intention du Saint-Siège au sujet de l'approbation des écrits du Serviteur de Dieu en vue de la canonisation.
Encyclique "Mirari vos arbitramur", 15 août 1832
Indifférentisme et rationalisme
DS 2730
Nous en venons maintenant à une autre cause, très grosse de conséquences, de ces maux dont nous déplorons que l'Église soit présentement affligée, à savoir l'indifférentisme, ou cette opinion fausse... selon laquelle on pourrait obtenir le salut éternel de l'âme par n'importe quelle profession de foi dès lors que la conduite se réfère à la règle de ce qui est droit et honnête. Et de cette source empoisonnée de l'indifférentisme découle cette maxime fausse et absurde, ou plutôt ce délire, qu'il faut procurer et garantir à chacun la liberté de conscience.
DS 2731
Et cette erreur proprement pestilentielle se voit aplanir la voie par cette liberté d'opinion complète et immodérée qui se répand de toutes parts pour la ruine de la communauté sacrée et de la communauté civile, et dont certains affirment avec la plus grande impudence qu'il en résulterait un avantage pour la religion. Mais "quelle mort est pire pour l'âme que la liberté d'errer ?" disait Augustin...
DS 2732
Entourez en premier lieu de votre affection paternelle ceux qui appliquent surtout leur esprit aux disciplines sacrées et aux questions philosophiques exhortez et conseillez-les pour qu'ils ne dérivent pas de façon imprudente du chemin de la vérité vers la voie des impies en se fiant aux seules forces de leur esprit. Qu'ils se souviennent que Dieu guide la sagesse et qu'il dirige les sages (voir
Sg 7,15), et qu'il est impossible d'apprendre Dieu sans Dieu qui par le Verbe enseigne aux hommes à connaître Dieu.
Bref "Dum acerbissimas" 26 septembre 1835
Erreurs de Georg Hermes
DS 2738
(Certains théologiens) empoisonnent les études sacrées par des doctrines étrangères... et condamnables, et ils n'hésitent pas non plus à profaner le magistère d'enseignement public qu'ils détiennent dans les écoles et les académies, et à fausser le dépôt très sacré de la foi lui-même qu'ils se flattent de défendre.
Et parmi les maîtres d'une telle erreur on compte, en raison de sa renommée constante et presque universelle en Allemagne, Georg Hermes, puisque aussi bien il a dévié avec audace de la voie royale que toute la tradition et les saints Pères avaient aplanie en expliquant et en défendant les vérités de la foi, qu'il l'a même méprisée et condamnée avec orgueil, et qu'il trace la voie ténébreuse vers toutes sortes d'erreurs par le doute positif considéré comme la base de toute recherche théologique, et par le principe qu'il a établi et selon lequel la raison est la norme première et l'unique moyen par lequel l'homme peut atteindre la connaissance de la vérité surnaturelle. ...
DS 2739
(il a été jugé que l'auteur dans ses) ouvrages assemble des choses absurdes et étrangères à la doctrine de l'Église catholique, surtout au sujet de la nature de la foi et de la règle de ce qui est à croire, au sujet de la sainte Écriture, de la tradition, de la Révélation et du magistère de l'Église, au sujet des motifs de crédibilité, au sujet des arguments par lesquels il avait coutume d'appuyer et de confirmer l'existence de Dieu, au sujet de l'essence de Dieu lui-même, de sa sainteté, de sa justice, de sa liberté, de la fin qu'il poursuit dans ses œuvres qui sont appelées "extérieures" par les théologiens, ainsi qu'au sujet de la nécessité de la grâce, de la distribution de celle-ci et des dons, l'octroi des récompenses et l'infliction des peines, au sujet de l'état des premiers parents, du péché originel et des capacités de l'homme déchu.
DS 2740
et ils ont décidé que ces livres doivent être prohibés et condamnés parce qu'ils contiennent des doctrines et des propositions qui, selon le cas, sont fausses, téméraires, captieuses, conduisent au scepticisme et à l'indifférentisme, sont erronées, scandaleuses, injurieuses à l'égard des écoles catholiques, renversent la foi divine, sentent l'hérésie, et ont déjà été condamnées par l'Église à d'autres occasions.
Réponse du Saint-Office à l'évêque de Nice, 17 janvier 1838.
Usure
DS 2743
Question (9 septembre 1837) : Des pénitents qui, sur la base d'un titre légal, ont tiré un gain modeste d'un prêt et qui doutent dans leur conscience ou ont mauvaise conscience, peuvent-ils recevoir l'absolution sacramentelle sans qu'il leur soit imposé de (le) restituer, dès lors du moins qu'ils éprouvent une douleur sincère à cause du péché qu'ils ont commis dans le doute ou avec mauvaise conscience, et qu'ils sont disposés à se conformer avec une obéissance fidèle aux commandements du Saint-Siège ?
Réponse Oui, dans la mesure du moins où ils sont disposés à se conformer aux commandements du Saint-Siège.
Constitution "In supremo apostolatus fastigio", 3 décembre 1839
Demande d'abolition de l'esclavage
DS 2745
...Nous voyons qu'il fait partie de notre sollicitude pastorale de Nous efforcer de détourner totalement les fidèles du trafic inhumain des Nègres ou d'autres hommes quels qu'ils soient.
...Il en a existé, même parmi les fidèles, qui, aveuglés de façon infâme par le désir d'un lucre sordide, n'ont pas hésité à réduire en esclavage dans des contrées écartées et lointaines des Indiens, des Nègres, ou d'autres malheureux, ou, en organisant et en développant le trafic de ceux qui ont été capturés par d'autres, à aider ceux-là dans leurs agissements abominables.
Il est vrai que plusieurs pontifes romains de glorieuse mémoire, nos prédécesseurs, n'ont pas omis de blâmer sévèrement dans l'exercice de leur fonction la manière d'agir de ces hommes comme étant préjudiciable à leur salut spirituel et ignominieuse pour le nom chrétien ; ils ont vu clairement qu'il en résulte également que les peuples des non-croyants s'en trouvent toujours confirmés davantage dans la haine pour notre vraie religion.
DS 2746
Certes, grâce à l'aide de Dieu, ces sanctions et ces mesures de nos prédécesseurs n'ont pas peu contribué à protéger les Indiens, et les autres qui ont été mentionnés, de la cruauté des envahisseurs ou de la cupidité des marchands chrétiens, mais non au point que ce Saint-Siège puisse se réjouir du plein succès de ses efforts à ce sujet, puisque au contraire le trafic des Nègres continue toujours d'être pratiqué, même si pour une part il s'est réduit.
C'est pourquoi, désireux d'éloigner cette infamie si grande de tous les territoires des chrétiens,... en vertu de l'autorité apostolique Nous avertissons tous les fidèles chrétiens, de toute condition, et Nous les conjurons instamment dans le Seigneur : que personne désormais n'ait l'audace de tourmenter injustement des Indiens, des Nègres et d'autres hommes de cette sorte, de les dépouiller de leurs biens ou de les réduire en esclavage, ou d'en aider ou d'en soutenir d'autres qui commettent de tels actes à leur égard, ou de pratiquer ce trafic inhumain par lequel des Nègres, qui ont été réduits en esclavage d'une manière ou d'une autre, comme s'ils n'étaient pas des hommes mais de purs et simples animaux, sont achetés et vendus sans aucune distinction en opposition aux commandements de la justice et de l'humanité, et condamnés à endurer les travaux parfois les plus durs...
Réponse de la Sacré Congrégation des indulgences, 28 juillet 1840.
L'efficacité de l'indulgence à un autel privilégié
DS 2750
Question : Une indulgence liée à un autel privilégié doit-elle être entendue comme une indulgence plénière qui libère aussitôt l'âme de toutes les peines du purgatoire, ou seulement comme une indulgence qui est à appliquer selon la Bienveillance de la miséricorde divine ?
Réponse : Si on considère l'intention de celui qui l'accorde et l'usage du pouvoir des clés, une indulgence liée à un autel privilégié doit être entendue comme une indulgence plénière qui libère aussitôt l'âme de toutes les peines du purgatoire ; mais si on considère l'effet de l'application, il faut la comprendre comme une indulgence dont la mesure correspond à la bienveillance de la miséricorde de Dieu et à l'acceptation par elle.
Thèses signées par Louis-Eugène Bautain à la demande de son évêque, les 18 novembre 1835 et 8 septembre 1840
Thèse sur la foi et sur la raison contre le fidéisme
(thèses de 1840)
DS 2751
1. Le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence de Dieu et l'infinité de ses perfections. - La foi, don du ciel, suppose la révélation ; elle ne peut donc pas convenablement être alléguée vis-à-vis d'un athée en preuve de l'existence de Dieu
cf. 2812 .
DS 2752
2. La divinité de la révélation mosaïque se prouve avec certitude par la tradition orale et écrite de la synagogue et du christianisme.
DS 2753
3. La preuve tirée des miracles de Jésus Christ, sensible et frappante pour les témoins oculaires, n'a point perdu sa force avec son éclat vis-à-vis des générations subséquentes. Nous trouvons cette preuve en toute certitude dans l'authenticité du Nouveau Testament, dans la tradition orale et écrite de tous les chrétiens. C'est par cette double tradition que nous devons la démontrer à l'incrédule qui la rejette ou à ceux qui, sans l'admettre encore, la désirent.
DS 2754
4. On n'a point le droit d'attendre d'un incrédule qu'il admette la résurrection de notre divin Sauveur, avant de lui en avoir administré des preuves certaines ; et ces preuves sont déduites par le raisonnement.
DS 2755
5. Sur ces questions diverses, la raison précède la foi et doit nous y conduire
cf. 2813.
DS 2756
6. Quelque faible et obscure que soit devenue la raison par le péché originel il lui reste assez de clarté et de force pour nous guider avec certitude à l'existence de Dieu, à la révélation faite aux Juifs de Moïse, et aux chrétiens par notre adorable Homme-Dieu.
Réponse de la Sacrée Pénitencerie, 8 juin 1842
L'usage onaniste du mariage
DS 2758
Questions : 1) Des époux qui usent du mariage de telle sorte qu'ils empêchent une conception, commettent-ils un acte qui par lui-même est moralement mauvais ?
DS 2759
2) Si l'acte doit être considéré comme moralement mauvais, des époux qui ne s'en accusent pas peuvent-ils être considérés comme se trouvant dans cette bonne foi qui excuse du péché grave ?
DS 2760
3) Doit-on approuver la façon de faire des confesseurs qui, pour ne pas blesser les époux, ne les interrogent pas sur la manière dont ils usent des droits du mariage ? ...Réponse : Pour 1) Étant donné que tout le désordre de l'acte procède de la malice de l'homme qui, au lieu de consommer l'acte, se retire et se répand en dehors du vase, dès lors qu'après les admonestations qui conviennent la femme n'aboutit à rien et que l'homme s'obstine en menaçant de coups ou de mort, elle pourra, comme l'enseignent des docteurs éprouvés, le permettre simplement sans péché, et cela pour une raison grave qui l'excuse ; car l'amour par lequel elle est tenue de l'empêcher ne l'oblige pas s'il comprend un tel préjudice. ...Pour 2) et 3)... que le confesseur se remémore cet adage : les choses saintes doivent être traitées saintement ; et qu'il considère également les paroles de saint Alphonse de Liguori, homme docte et très expert en ces questions, qui dit dans la Praxis confessariorum, (chap. I) Par. IV, n. 41 : "Pour ce qui est des péchés des époux concernant le devoir conjugal, le confesseur n'est pas tenu d'interroger dans le dialogue ordinaire, et cela ne convient pas, si ce n'est les épouses - et cela de la façon la plus réservée - pour savoir si elles l'ont accompli. Pour le reste, qu'il se taise, à moins d'être interrogé. De plus, qu'il n'omette pas de consulter d'autres auteurs éprouvés.
Réponse du Saint-Office 14 septembre 1842
La matière de l'onction des malades
DS 2762
...Question : Un curé peut-il en cas de nécessité utiliser pour la validité du sacrement de l'extrême-onction de l'huile bénie par lui ? ...Réponse (confirmée par le souverain pontife) : Non, conformément à la version du décret (du Saint-Office) du 13 janvier 1611 (en présence de Paul V) :
DS 2763
...Proposition : Le sacrement de l'extrême-onction peut être administré validement avec de l'huile qui n'a pas été consacrée par une bénédiction épiscopale : ...Déclaration du Saint-Office : La proposition est téméraire et proche de l'erreur.
Thèses signées par Louis-Eugène Bautain à la demande de la Sacrée Congrégation des évêques et des religieux, le 26 avril 1844.
La possibilité de démontrer les présupposés naturels de la religion chrétienne et le rapport de celle-ci au gouvernement civil.
DS 2765
Nous promettons pour aujourd'hui et pour l'avenir :
1. de ne jamais enseigner que, avec les seules lumières de la droite raison, abstraction faite de la révélation divine, on ne puisse donner une véritable démonstration de l'existence de Dieu ;
DS 2766
2. Qu'avec la raison seule on ne puisse démontrer la spiritualité et l'immortalité de l'âme, ou toute autre vérité purement naturelle, rationnelle ou morale ;
DS 2767
3. qu'avec la raison seule on ne puisse avoir la science des principes ou de la métaphysique, ainsi que des vérités qui en dépendent, comme science tout à fait distincte de la théologie surnaturelle qui se fonde sur la révélation divine ;
DS 2768
4. que la raison ne puisse acquérir une vraie et pleine certitude des motifs de crédibilité, c'est-à-dire de ces motifs qui rendent la Révélation divine évidemment croyable, tels que sont spécialement les miracles et les prophéties, et particulièrement la Résurrection de Jésus Christ ;
DS 2769
5. que la relation chrétienne ne puisse s'adapter à toute forme légitime de gouvernement politique, tout en restant la même religion chrétienne et catholique, complètement indifférente à toutes les formes du régime politique, ne favorisant pas l'une plus que l'autre, et n'en excluant aucune.
Encyclique "Inter praecipuas machinationes", 8 mai 1844.
Traductions des Écritures
DS 2771
Vous n'ignorez pas enfin quelle diligence et quelle sagesse sont requises pour traduire fidèlement dans notre langue les paroles du Seigneur, puisque aussi bien rien ne se produit plus facilement que ces erreurs très graves introduites dans les traductions multipliées par les sociétés bibliques, et qui proviennent de la sottise et de la tromperie de tant de traducteurs ; et ces erreurs, le grand nombre même et la diversité de ces traductions les occultent pendant longtemps au détriment de beaucoup. A ces sociétés elles-mêmes il importe peu ou pas du tout qu'en lisant ces bibles traduites en langue vulgaire les hommes tombent dans telles erreurs plutôt que dans d'autres, pourvu qu'ils s'accoutument peu à peu à revendiquer pour eux-mêmes un libre jugement concernant le sens des Écritures, à mépriser les traditions divines gardées dans l'Église sur la base de la doctrine des Pères, et à rejeter le magistère de l'Église elle-même.
DS 2772
Dans les règles rédigées par des pères choisis par le concile de Trente et approuvées par Pie IV
1854 ..., et qui ont été placées en tête de l'Index des livres prohibés, on lit l'ordonnance munie d'une sanction générale selon laquelle les bibles en langue vulgaire ne doivent être permises qu'à ceux pour lesquels on estime que les lire sera au bénéfice de l'accroissement de leur foi et de leur piété. A cette règle, renforcée peu après par une nouvelle sauvegarde en raison des tromperies persistantes des hérétiques, fut ajoutée enfin, en vertu de l'autorité de Benoît XIV, cette déclaration selon laquelle désormais on considérera comme permise la lecture de traductions en langue vulgaire qui ont été approuvées par le Siège apostolique, ou qui ont été éditées avec des annotations tirées des saints Pères ou d'hommes savants et catholiques.