PIE IX : 16 juin 1846-7 février 1878
Encyclique "Qui Pluribus", 9 novembre 1846
L'erreur du rationalisme
DS 2775
...(Vous savez que les ennemis du nom chrétien enseignent) que les mystères très saints de notre religion sont des imaginations et des inventions des hommes, et que la doctrine de l'Église catholique s'oppose au bien et aux intérêts de la société humaine
voir 2940, et qu'ils ne craignent pas même de renier le Christ et Dieu. Et pour mieux tromper les peuples, et pour abuser ceux surtout qui sont imprudents et sans expérience, et pour les entraîner avec eux dans l'erreur ils prétendent qu'eux seuls connaissent les voies du bonheur et ils n'hésitent pas à s'arroger le titre de philosophes, comme si la philosophie, dont le propre est de rechercher la nature de la vérité, devait rejeter ce que Dieu lui-même, l'auteur suprême et très clément de toute la nature, a daigné manifester aux hommes dans sa bonté et sa miséricorde insignes, pour qu'ils obtiennent la vraie félicité et le salut.
DS 2776
Par une argumentation déplacée et des plus fallacieuses, ils ne cessent d'en appeler à la force et à l'excellence de la raison humaine, de l'exalter contre la très sainte foi du Christ, et ils vont répétant avec une extrême audace que celle-ci s'oppose à la raison humaine
voir 2906. On ne peut rien imaginer ni penser de plus fou, de plus impie, de plus contraire à la raison elle-même. Car, même si la foi est au-dessus de la raison, il ne peut jamais exister entre elles aucun dissentiment réel, aucune discorde, puisque toutes deux découlent d'une seule et même source de vérité immuable et éternelle, Dieu très bon et très grand, et qu'elles s'aident mutuellement, en sorte que la raison droite démontre, protège, défend la vérité de la foi, tandis que la foi libère la raison de toute erreur et, par la connaissance qu'elle a des choses divines, elle l'éclaire, la confirme et la parfait magnifiquement.
DS 2777
C'est par une tromperie aussi grande, vénérables frères, que ces ennemis de la Révélation divine, qui décernent les plus hautes louanges au progrès humain, veulent, avec une audace vraiment téméraire et sacrilège, l'introduire dans la religion catholique, comme si la religion n'était pas l'œuvre de Dieu, mais celle des hommes ou quelque trouvaille philosophique que des procédés humains puissent perfectionner
voir 2905 ... Sur ces hommes qui délirent si misérablement, tombe avec beaucoup de justesse le reproche qu'à juste titre Tertullien faisait de son temps aux philosophes "qui ont présenté un christianisme stoïcien, platonicien, dialectique". Or comme notre très sainte religion n'est pas une invention de la raison humaine, mais une révélation faite très gracieusement par Dieu aux hommes, il est très facile à quiconque de comprendre qu'elle acquiert toute sa force de l'autorité de Dieu qui parle, et qu'elle ne peut jamais être déduite ou rendue plus parfaite par la raison humaine.
Le vrai rapport entre la raison humaine et la foi
DS 2778
Pour ne pas se tromper ni errer dans une question aussi importante, la raison humaine doit s'enquérir diligemment sur le fait de la Révélation, pour savoir avec certitude que Dieu a parlé et pour lui rendre, comme l'enseigne très sagement l'Apôtre, "un hommage conforme à la raison"
Rm 12,1. Qui donc ignore ou peut ignorer qu'il faut avoir une confiance totale en Dieu quand il parle, et que rien n'est plus conforme à la raison elle-même que d'acquiescer à ce qu'elle aura reconnu comme révélé par Dieu, qui ne peut ni se tromper ni nous tromper ?
DS 2779
(Motifs de crédibilité de la religion chrétienne) Combien nombreux, admirables, splendides sont les arguments qui doivent très nettement convaincre la raison que la religion chrétienne est divine, et que "le principe de nos dogmes s'enracine en haut, dans le Seigneur des cieux", que dès lors rien n'est plus certain que notre foi, rien n'est plus sûr ; rien n'est plus saint, rien ne repose sur des principes plus fermes.
Cette foi, maîtresse de vie, guide du salut, qui chasse les vices et qui, en mère féconde, fait naître et nourrit les vertus, a été confirmée par la naissance, la vie, la mort, la résurrection, la sagesse, les prodiges et les prophéties de celui qui en est l'auteur divin et qui l'a accomplie, Jésus Christ ; resplendissant partout de la lumière de la doctrine d'en haut, enrichie des trésors de la richesse céleste, brillant au plus haut point d'un éclat remarquable par la prédication de tant de prophètes, par la splendeur de tant de miracles, par la constance de tant de martyrs, par la gloire de tant de saints, elle publié les lois salutaires du Christ ; et acquérant chaque jour des forces plus grandes au sein des plus cruelles persécutions, elle a envahi l'univers entier, les terres et les mers, du levant au couchant, grâce au seul étendard de la croix ; ayant anéanti les mensonges des idoles, dissipé l'obscurité des erreurs, triomphé de toute espèce d'ennemis, elle a éclairé de la lumière de la connaissance divine tous les peuples, toutes les nations, toutes les races, si cruellement barbares qu'ils fussent, si divers dans leur tempérament, leurs mœurs, leurs lois, leurs institutions, et elle les a soumis au joug très doux du Christ en annonçant à tous la paix, en leur annonçant le bonheur
Is 52,7. Tous ces faits font si fortement resplendir l'éclat de la sagesse et de la puissance divines, que l'esprit et la pensée de chacun peuvent facilement comprendre que la foi chrétienne est l'œuvre de Dieu.
DS 2780
(Obligation de croire). C'est pourquoi la raison humaine, qui connaît clairement et nettement par ces preuves très lumineuses et très fermes que Dieu est l'auteur de la foi, ne peut progresser davantage, mais rejetant et repoussant toute espèce de difficulté ou de doute, elle doit lui rendre l'hommage de la foi, puisqu'elle a la certitude que c'est Dieu qui a transmis tout ce que la foi propose aux hommes de croire et de faire.
L'infaillibilité du pape
DS 2781
On voit par là dans quelle grande erreur se trouvent aussi ceux qui, abusant de la raison, et considérant les paroles de Dieu comme une œuvre humaine, osent les expliquer à leur gré et les interpréter de façon téméraire, alors que Dieu lui-même a établi une autorité vivante pour enseigner et établir le sens vrai et légitime de sa révélation céleste, et pour dirimer par un jugement infaillible toutes les controverses en matière de foi et de mœurs, afin que les fidèles ne soient pas entraînés dans les pièges de l'erreur par tout vent de doctrine tenant à la malice des hommes
Ep 4,14.
Or cette autorité vivante et infaillible n'existe que dans l'Église qui a été édifiée par le Christ, le Seigneur, sur Pierre, tête de toute l'Église, son prince et son pasteur, dont il a promis que la foi ne défaillira jamais, et qui a toujours ses pontifes légitimes qui tiennent leur origine de Pierre lui-même, qui sont établis sur sa chaire, et sont aussi les héritiers et les garants de sa doctrine, de son honneur et de son pouvoir.
Et parce que là où est Pierre, là est l'Église, et que Pierre parle par le pontife romain, vit toujours dans ses successeurs, exerce le jugement et présente la vérité de la foi à ceux qui cherchent, pour cette raison les paroles divines doivent être reçues dans le même sens qu'a tenu et que tient cette chaire romaine du très bienheureux Pierre qui, mère et maîtresse de toutes les Églises
1616, a toujours gardé intègre et inviolée la foi reçue du Christ Seigneur, et l'a enseignée fidèlement en montrant à tous le chemin du salut et la doctrine de la vérité non corrompue.
Autres erreurs de ce temps
DS 2782
Mais vous connaissez bien aussi, vénérables frères, d'autres erreurs monstrueuses et tromperies par lesquelles les fils de ce siècle s'efforcent de combattre avec violence la religion catholique et l'autorité de l'Église, ainsi que ses lois, et de fouler aux pieds les droits du pouvoir sacré aussi bien que du pouvoir civil.
DS 2783
En font partie... ces sectes clandestines qui sont sorties des ténèbres pour la ruine et la dévastation aussi bien de la communauté sacrée que de la communauté publique, et qui ont été frappées d'anathème par les pontifes romains, nos prédécesseurs, dans leurs lettres apostoliques que nous confirmons avec la plénitude de notre autorité apostolique...
DS 2784
C'est ce que veulent les très rusées sociétés bibliques qui, renouvelant l'artifice ancien des hérétiques, traduisent les livres des écrits divins dans toutes les langues vulgaires, contre les règles de la très sainte Église, les interprètent à l'aide d'explications souvent perverses, et ne cessent de les distribuer gratuitement, de les imposer à toute sorte de personnes, même aux moins cultivées, de sorte que rejetant la tradition divine, la doctrine des Pères et l'autorité de l'Église catholique, tous les interprètent selon leur jugement privé, en détournent leur sens, et tombent ainsi dans les plus grandes erreurs. Ces sociétés... Grégoire XVI... les a réprouvées, et Nous voulons de même qu'elles soient condamnées.
DS 2785
En fait partie le système épouvantable, et même profondément contraire à la lumière naturelle de la raison et même, de l'indifférence de toute religion (indifférentisme), par lequel ces fourbes, après avoir supprimé toute distinction entre vertu et vice, vérité et erreur, honnêteté et turpitude, prétendent que les hommes peuvent obtenir le salut éternel dans le culte de n'importe quelle religion..., en fait partie la doctrine exécrable, et même profondément contraire au droit naturel lui-même, de ce qu'ils appellent le communisme, qui, une fois admise, conduirait à renverser de fond en comble les droits, les biens, les propriétés de tous, ainsi que la société humaine elle-même.
Décret du Saint-Office, 21 mai 1851
Usage onaniste du mariage
DS 2791
Question : Quelle note doit être donnée aux trois propositions suivantes :
1. Pour des raisons honnêtes il est permis aux époux d'user du mariage de la manière dont en a usé Onan
Gn 38,8 s.
DS 2792
2. Il est probable que cet usage du mariage n'est pas prohibé par le droit naturel.
3. Il n'est jamais expédient d'interroger les époux des deux sexes à ce sujet, même si prudemment on peut craindre que les époux, soit l'homme, soit la femme, abusent du mariage.
Réponse : Pour 1. Scandaleuse, erronée, et contraire au droit naturel du mariage.
Pour 2. Scandaleuse, et déjà condamnée implicitement à une autre occasion par Innocent XI, proposition 49
2149 ...Pour 3. Telle qu'elle se présente, la proposition est fausse, trop relâchée, et dangereuse dans la pratique.
DS 2795
Question 1) L'usage non accompli du mariage, qu'il s'effectue de façon onaniste ou de façon condomistique (c'est-à-dire en utilisant un instrument impie communément appelé "condom"), comme dans le présent cas, est-il licite ? ...2) Une femme qui en a connaissance peut-elle se livrer de façon passive à une union condomistique ? ...Réponse (décret du 6, publié le 19 avril) : Pour 1) Non la chose est en effet intrinsèquement mauvaise. ...Pour 2) Non ; elle participerait en effet à une chose intrinsèquement illicite.
Bulle "Ineffabilis Deus", 8 décembre 1854
L'éminence de Marie en général
DS 2800
Le Dieu ineffable... a élu depuis le commencement et avant les siècles pour son Fils unique, et lui a destiné une mère de laquelle, ayant pris chair, il naîtrait lors de la bienheureuse plénitude des temps, et il lui a manifesté un tel amour au-dessus de toutes les créatures qu'il mit en elle, d'une manière singulière, ses plus grandes complaisances. C'est pourquoi, puisant dans le trésor de sa divinité, il la combla bien plus que tous les esprits angéliques et que tous les saints, de l'abondance de toutes les grâces célestes, et avec une telle profusion que, toujours exempte de toute tache du péché, toute belle et parfaite, elle manifesta une telle plénitude d'innocence et de sainteté qu'on ne peut, au-dessous de Dieu, en concevoir de plus grande, et qu'excepté Dieu, personne ne peut la concevoir en pensée.
DS 2801
Et certes il convenait bien qu'elle resplendît toujours de l'éclat de la sainteté la plus parfaite, et qu'entièrement préservée même de la tache du péché originel, elle remportât ainsi le triomphe le plus complet sur l'antique serpent ; elle, la mère si vénérable à qui Dieu le Père avait résolu de donner son Fils unique, engendré de son cœur, qui est égal à lui et qu'il aime comme lui-même, de telle manière que par nature il fût un même unique et commun Fils de Dieu et de la Vierge ; elle que le Fils de Dieu lui-même avait choisie pour en faire substantiellement sa mère, et dans le sein de laquelle l'Esprit Saint avait voulu et opéré que fût conçu et naquît celui dont il procède lui-même.
Le caractère homogène du développement du dogme
DS 2802
En effet l'Église du Christ, gardienne et protectrice des dogmes dont elle a reçu le dépôt, n'y change jamais rien, n'en retranche jamais rien ; mais ce qui est ancien, qui a pris forme aux temps anciens et que la foi des Pères a semé, elle met tout son soin à le polir et à l'affiner de manière que ces anciens dogmes de la doctrine céleste reçoivent l'évidence, la lumière, la distinction, tout en gardant leur plénitude, leur intégrité, leur caractère propre, et qu'ils croissent seulement selon leur genre, c'est-à-dire dans la même doctrine, dans le même sens, dans la même pensée.
Définition de l'Immaculée Conception de Marie
DS 2803
Pour l'honneur de la sainte et indivisible Trinité, pour la gloire et l'ornement de la Vierge Mère de Dieu, pour l'exaltation de la foi catholique et l'accroissement de la religion chrétienne, par l'autorité de notre Seigneur Jésus Christ, des bienheureux apôtres Pierre et Paul et la Nôtre, Nous déclarons, prononçons et définissons que la doctrine qui tient que la bienheureuse Vierge Marie a été, au premier instant de sa conception, par une grâce et une faveur singulière du Dieu tout-puissant, en vue des mérites de Jésus Christ, Sauveur du genre humain, préservée intacte de toute souillure du péché originel, est une doctrine révélée de Dieu, et qu'ainsi elle doit être crue fermement et constamment par tous les fidèles.
DS 2804
C'est pourquoi, s'il en était, ce qu'à Dieu ne plaise, qui eussent la présomption d'avoir des sentiments contraires à ce que nous venons de définir, qu'ils sachent très clairement qu'ils se condamnent eux-mêmes par leur propre jugement, qu'ils ont fait naufrage dans la foi et se sont séparés de l'unité de l'Église, et que, de plus, par le fait même, ils encourent les peines portées par le droit s'ils osent manifester par parole, par écrit ou par quelque signe extérieur, ce qu'ils pensent intérieurement.
Décret de la Sacrée Congrégation de l'Index, 11 (15) juin 1855.
Thèses contre le traditionalisme de Bonnetty.
DS 2811
1. " Même si la foi est au-dessus de la raison, il ne peut jamais exister entre elles aucun dissentiment réel, aucune discorde, puisque toutes deux découlent d'une seule et même source de vérité immuable et éternelle, Dieu très bon et très grand, et qu'elles s'aident mutuellement "
2776 ; voir
3019).
DS 2812
2. Le raisonnement peut prouver avec certitude l'existence de Dieu, la spiritualité de l'âme, la liberté humaine. La foi est postérieure à la Révélation, et elle ne peut donc pas être alléguée pour prouver l'existence de Dieu vis-à-vis d'un athée, ni pour prouver la spiritualité de l'âme raisonnable et sa liberté face aux partisans du naturalisme et du fatalisme (voir
2751,
2754 .
DS 2813
3. L'usage de la raison précède la foi et y conduit l'homme à l'aide de la Révélation et de la grâce
2755 .
DS 2814
4. La méthode dont se sont servis saint Thomas, saint Bonaventure et d'autres scolastiques après eux, ne conduit pas au rationalisme, et elle n'a pas été la cause de ce que dans les écoles d'aujourd'hui la philosophie incline au naturalisme et au panthéisme. C'est pourquoi il n'est pas permis de reprocher à ces docteurs et à ces maîtres de faire usage de cette méthode, surtout avec l'approbation, au moins tacite, de l'Église.
Instruction du Saint-Office au vicaire apostolique du Siam, 4 Juillet 1855.
Privilège paulin
DS 2817
Il est absolument défendu qu'une chrétienne épouse un païen ; mais si, après l'obtention de la dispense de disparité de culte par le Saint-Siège, il devait arriver qu'un tel mariage se réalise, on sait qu'il sera indissoluble quant au lien, et qu'il peut seulement être dissous parfois quant à la couche...C'est pourquoi une femme chrétienne ne pourra jamais contracter de secondes noces du vivant de cet homme non croyant, même s'il est concubinaire.
DS 2818
Mais s'il s'agit de la femme païenne d'un païen concubinaire, et qu'elle se convertit, dans ce cas, une fois faite l'interpellation (comme plus haut), s'il refuse de se convertir ou de cohabiter sans injure à l'égard du Créateur, et donc de renoncer au concubinage (dans lequel il n'est certainement pas possible de vivre sans injure à l'égard du Créateur), elle pourra faire usage du privilège concédé en faveur de la foi.
DS 2819
D'une façon générale, si la conversion du conjoint a précédé le mariage avec un non-croyant, conclu après dispense apostolique, il n'est absolument pas possible de bénéficier du privilège concédé en faveur de la foi ; mais si le mariage a précédé la conversion, alors la partie qui s'est convertie peut faire usage de ce privilège, toutes choses étant sauves, ainsi qu'il a été dit.
DS 2820
Pour ce qui est des empêchements dirimants, il faut considérer également que l'ignorance invincible ou la bonne foi ne suffisent pas pour qu'un mariage soit contracté de façon valide. Même si parfois (mais cela doit rarement être considéré comme étant le cas dans la pratique) cette ignorance et cette bonne foi peuvent excuser du péché, jamais cependant elles ne peuvent rendre valide un mariage qui a été conclu malgré un empêchement dirimant.
Encyclique du Saint-Office aux évêques, 4 août 1856.
Abus du magnétisme
DS 2823
Quelques réponses ont déjà été données par le Saint-Siège à ce sujet à propos de cas particuliers, et dans lesquelles ont été réprouvées comme illicites des expériences qui visent un but qui n'est pas naturel, ni honnête, et auquel on ne parvient pas par des moyens qui conviennent ; c'est pourquoi il a été décrété dans des cas semblables, le mercredi 21 avril 1841 : "L'usage du magnétisme, tel qu'il est présenté, n'est pas licite." De même la Sacrée Congrégation a décidé de prohiber certains livres qui répandent obstinément des erreurs de cette sorte.
DS 2824
Mais étant donné qu'au-delà des cas particuliers il devait être traité de l'usage du magnétisme en général, le mercredi 28 juillet 1847, il a été établi ce qui suit, pour servir de règle "Toute erreur, tout sortilège, toute invocation du démon, explicite ou implicite, étant écartés, l'usage du magnétisme, à savoir le simple acte d'utiliser des moyens physiques licites par ailleurs, n'est pas moralement interdit, dès lors qu'il ne tend pas à une fin illicite ou dévoyée d'une façon quelconque. Mais l'application de principes et de moyens purement physiques à des choses et à des effets réellement surnaturels, pour qu'ils soient expliqués physiquement, n'est rien d'autre qu'une tromperie absolument illicite et hérétique."
DS 2825
Bien que par ce décret général le caractère licite ou illicite de l'usage ou de l'abus du magnétisme ait été suffisamment expliqué, la malice des hommes s'est tellement accrue que, négligeant la recherche licite du savoir, ils préfèrent s'attacher à des choses étranges au grand dommage de leurs âmes et au détriment de la société civile, et qu'ils se vantent d'avoir acquis un principe de magie ou de divination. C'est ainsi que des femmes de peu, emportées par des gesticulations qui ne sont pas toujours décentes, se répandent en affirmant que, grâce aux prestiges du somnambulisme et de ce qu'elles appellent la voyance, elles voient ce qui est invisible, et dans leur entreprise téméraire elles ont l'audace de s'engager dans des propos concernant la religion elle-même, d'évoquer les âmes des défunts, de recevoir des réponses, de révéler des choses ignorées ou lointaines, et de se livrer à d'autres pratiques superstitieuses de cette sorte, de manière à s'assurer pour elles-mêmes et pour leurs maîtres un grand bénéfice par des divinations sûres. Mais quels que soient l'art ou l'illusion mis en œuvre en tout cela : dès lors que les moyens physiques sont ordonnés à des effets qui ne sont pas naturels, on est en présence d'une tromperie absolument illicite et hérétique, et d'un scandale qui porte atteinte aux bonnes mœurs.
Bref "Eximiam tuam" à l'archevêque de Cologne, 15 juin 1857.
Erreurs de Anton Günther
DS 2828
Surtout en effet Nous constatons non sans douleur que prédomine dans ces œuvres le système erroné et très pernicieux du rationalisme, souvent condamné par le Siège apostolique ; et de même nous constatons que dans ces mêmes livres et parmi d'autres choses on peut en lire d'assez nombreuses qui ne s'écartent pas peu de la foi catholique et d'une explication juste de la substance divine en trois personnes distinctes et éternelles.
De même nous avons appris que n'est pas meilleur ni plus exact ce qui est dit du mystère du Verbe incarné, et de l'unité de la personne divine du Verbe en deux natures, divine et humaine.
Nous constatons que dans ces mêmes livres il est porté atteinte à la conception et à la doctrine catholique concernant l'homme, lequel est constitué d'un corps et d'une âme de telle sorte que l'âme, c'est-à-dire l'âme rationnelle, est par elle-même la forme vraie et immédiate du corps.
Et nous n'ignorons pas qu'il y a dans ces livres des enseignements et des affirmations qui contredisent totalement la doctrine catholique concernant la liberté souveraine de Dieu, hors de toute nécessité, dans la création des choses.
DS 2829
Il faut également réprouver et condamner fortement le fait que dans les livres de Günther la raison humaine et la philosophie qui, dans les choses de la religion, ne doivent pas dominer mais rester totalement servantes, se voient attribuer de façon téméraire le droit d'un magistère, et que pour cette raison se trouve perturbé ce qui doit demeurer très ferme, aussi bien pour ce qui est de la distinction entre science et foi, que pour ce qui est du caractère constamment immuable de la foi, laquelle est toujours une et demeure la même, tandis que la philosophie et les disciplines humaines ne demeurent pas toujours identiques à elles-mêmes et ne sont pas non plus exemptes d'une grande variété d'erreurs.
DS 2830
A cela s'ajoute que les saints Pères ne sont pas considérés avec la révérence que prescrivent les canons des conciles et que méritent ces lumières très brillantes de l'Église, et qu'il n'est pas fait abstention non plus de ces sarcasmes contre les écoles catholiques que notre prédécesseur Pie VI, de vénérable mémoire, a solennellement condamnés
2679.
DS 2831
Nous ne passerons pas non plus sous silence le fait que dans les livres de Günther la saine façon de parler est blessée au plus haut point, comme s'il était permis d'oublier les paroles de l'apôtre Paul
2Tm 1,13 ou celles par lesquelles Augustin nous avertit avec beaucoup de fermeté : "Mais à nous il convient de parler selon une règle précise, de peur qu'une trop grande liberté dans les mots n'engendre une opinion impie sur les choses qu'ils désignent."
Lettre apostolique "Dolore haud mediocri" à l'évêque de Breslau, 30 avril 1860.
L'âme rationnelle comme principe de vie de l'homme
DS 2833
On a incriminé... le fait que Baltzer..., après avoir ramené toute la controverse à la question de savoir si le corps possède un principe de vie qui lui est propre, distinct en lui-même de l'âme rationnelle, s'est élevé à une telle témérité qu'il a qualifié d'hérétique la position opposée, et qu'il a expliqué par de nombreux propos qu'elle devait être considérée comme telle.
Cela nous ne pouvons que le désapprouver avec force, lorsque nous considérons que la conception selon laquelle il y a en l'homme un unique principe de vie, à savoir l'âme rationnelle, par laquelle le corps aussi reçoit et son mouvement et toute sa vie et ses sensations, est très commune dans l'Église de Dieu, et que la plupart des docteurs - et surtout les plus approuvés - la considèrent comme à ce point liée au dogme de l'Église, qu'elle en est l'interprétation légitime et la seule vraie, et que par conséquent elle ne peut être niée sans erreur dans la foi.
Instruction du Saint-Office au vicaire apostolique de Tche-Kiang, 1er (03) août 1860
Réception régulière du baptême
DS 2835
Exposé : (Un missionnaire, qui veut tenir compte aussi bien du respect dû au sacrement que du salut éternel du malade déjà proche de la mort, confère) le baptême avec cette condition : "Si tu es vraiment disposé", par quoi il a l'intention de ne pas baptiser si les bonnes dispositions n'existent pas.
Question : Une telle manière de conférer le baptême est-elle licite ou non ?
DS 2836
Réponse : C'est une chose entendue que trois dispositions sont requises chez l'adulte pour la réception régulière du baptême, à savoir la foi, le repentir et l'intention de le recevoir. Est certainement nécessaire la foi, dans laquelle l'adulte doit être instruit de façon suffisante, à la mesure de l'intelligence qui est la sienne, au sujet des mystères de la religion chrétienne, et par laquelle il doit les croire fermement ; est nécessaire également le repentir, par lequel il doit éprouver de la douleur pour ses péchés et susciter en outre la contrition et l'attrition ; et troisièmement est requise de façon nécessaire l'intention ou la volonté de recevoir ce sacrement, et si elle fait défaut, le caractère baptismal n'est pas imprimé à l'adulte.
DS 2837
Or la foi et le repentir sont requis chez l'adulte pour qu'il reçoive le sacrement de façon licite, et qu'il obtienne le fruit du sacrement ; l'intention cependant est nécessaire pour qu'il l'obtienne de façon valide, de sorte que celui qui est baptisé adulte sans la foi et le repentir, l'est de façon illicite certes, mais valide, et qu'en revanche celui qui est baptisé sans la volonté de recevoir le sacrement n'est baptisé ni licitement ni validement.
DS 2838
Cela étant présupposé, il sera facile de reconnaître que dans le présent cas, le missionnaire n'a pas agi de façon juste lorsque, administrant le baptême à un adulte moribond, il a donné même valeur aux dispositions requises pour administrer le baptême de façon licite, et à celles qui sont requises de façon nécessaire pour le recevoir de façon valide. En effet, s'il y a doute sur le point de savoir si l'adulte proche de la mort est suffisamment instruit au sujet des mystères de la foi et s'il y croit de façon suffisante, et sur le point de savoir si lui-même veut réellement recevoir le baptême, et dès lors qu'après un examen diligent il demeure encore un doute au sujet de cette intention, le baptême doit être conféré avec cette condition : dans la mesure où il est capable d'être baptisé.
DS 2839
Par ailleurs, le missionnaire n'a pas agi de façon juste lorsqu'en baptisant sous condition il a eu l'intention de ne pas baptiser si les bonnes dispositions n'étaient pas données chez celui qui reçoit le baptême, car en l'espèce le missionnaire doit seulement avoir l'intention de baptiser pour autant que celui qui reçoit le baptême est capable d'être baptisé, c'est-à-dire veut le recevoir de façon sincère.
Décret du Saint-Office, 18 septembre 1861
Erreurs des ontologistes.
Question : Les propositions suivantes peuvent-elles être enseignées de façon sûre.
DS 2841
1. Une connaissance immédiate de Dieu, au moins habituelle, est essentielle à l'intelligence humaine, de sorte qu'elle ne peut rien connaître sans elle : elle est en effet la lumière de l'intellect elle-même.
DS 2842
2. Cet être que nous connaissons en toutes choses et sans lequel nous ne connaissons rien, est l'être divin.
DS 2843
3. Les universaux, considérés dans leur réalité objective, ne se distinguent pas réellement de Dieu.
DS 2844
4. La connaissance innée de Dieu comme être pur et simple inclut toute autre connaissance de manière éminente ; de sorte que, par elle, nous connaissons implicitement tout être sous quelque aspect qu'il soit connaissable.
DS 2845
5. Toutes les autres idées ne sont rien d'autre que les modifications de l'idée par laquelle Dieu est connu comme être pur et simple.
DS 2846
6. Les réalités créées sont en Dieu comme la partie dans le tout, non pas certes dans le tout formel, mais dans le tout infini, parfaitement simple, qui pose hors de lui-même ses parties sans division ni diminution de lui-même.
DS 2847
7. La création peut être expliquée ainsi : Dieu produit la créature par cet acte spécial par lequel il se comprend et se veut distinct d'une créature déterminée, par exemple l'homme.
Censure du Saint-Office : Non.
Lettre "Gravissimas inter" à l'archevêque de Munich-Freising, 11 décembre 1862.
Erreurs de Jakob Frohschammer concernant la liberté de la science
DS 2850
(La Sacrée Congrégation de l'Index a jugé que l'auteur) s'écarte de la vérité catholique. Et cela d'une double manière surtout, d'abord parce que l'auteur attribue à la raison humaine des forces qui n'appartiennent aucunement à la raison ; ensuite parce qu'il accorde à cette même raison une liberté de juger de tout, et de toujours tout oser qui est telle que les droits, les devoirs et l'autorité de l'Église elle-même disparaissent totalement.
DS 2851
L'auteur en effet enseigne d'abord que la philosophie, si on en a une notion exacte, peut non seulement connaître et comprendre les dogmes chrétiens que la raison naturelle a en commun avec la foi (à savoir comme objet commun de connaissance), mais aussi ceux qui sont principalement et proprement constitutifs de la religion et de la foi chrétiennes, à savoir la fin surnaturelle de l'homme elle-même et tout ce qui la concerne, et aussi que le très saint mystère de l'Incarnation du Seigneur, sont du domaine de la raison et de la philosophie, et que la raison, une fois donné l'objet, peut les atteindre en connaissance de cause par ses propres principes.
Même si l'auteur introduit une distinction entre ces dogmes et les premiers, et si c'est avec un moindre droit que ces derniers se voient attribués à la raison, il enseigne néanmoins très clairement et de façon ouverte qu'ils font partie eux aussi des données qui constituent l'objet propre de la science et de la philosophie.
DS 2852
On peut et l'on doit, dès lors, conclure de l'opinion de l'auteur que, dans les mystères même les plus cachés de la sagesse et de la bonté de Dieu, même dans ceux de sa libre volonté - du moment que l'objet de la Révélation est donné - la raison peut par elle-même arriver à la science et à la certitude, et cela non pas à partir du principe de l'autorité divine, mais à partir de ses principes et de ses capacités naturelles. A quel point cette doctrine de l'auteur est fausse et erronée, tout un chacun... le voit aussitôt...
DS 2853
Si ces partisans de la philosophie défendaient les vrais principes et les vrais droits de la raison et de la philosophie et eux seuls, ils devraient recevoir des louanges méritées. Car la vraie et saine philosophie occupe une place très remarquable, puisque sa tâche est de chercher soigneusement la vérité, de former justement et sérieusement la raison humaine, obscurcie sans doute mais nullement éteinte par la faute du premier homme, et de l'éclairer ; de saisir son objet de connaissance et un grand nombre de vérités, de bien les comprendre, de les approfondir, et de démontrer nombre d'entre elles, comme l'existence, la nature, les attributs de Dieu, que la foi aussi propose à croire, par des arguments tirés des principes, de les justifier, de les défendre, et, de cette manière, d'ouvrir la voie pour qu'on tienne plus exactement ces dogmes par la foi, et même pour que les dogmes les plus cachés, que la foi est seule d'abord à connaître, soient, d'une certaine manière, compris par la raison. Voilà ce que doit faire et ce à quoi doit s'occuper la science austère mais très belle de la vraie philosophie...
DS 2854
Mais dans cette affaire des plus importantes nous ne pouvons jamais tolérer que tout soit mêlé inconsidérément, ni que la raison envahisse et trouble les réalités qui sont du domaine de la foi, alors qu'il y a des frontières très certaines et parfaitement connues de tous, au-delà desquelles la raison jamais n'a pu ni ne peut s'avancer de son propre droit. Relève notamment et clairement de ces dogmes ce qui concerne l'élévation surnaturelle de l'homme et ses rapports surnaturels avec Dieu, ainsi que ce qui est révélé à cette fin. Et comme ces dogmes dépassent la nature, il en résulte qu'ils ne peuvent être atteints ni par la raison naturelle, ni par les principes naturels. Jamais la raison ne peut être rendue capable de traiter de ces dogmes en connaissance de cause.
Mais si certains osent l'affirmer témérairement, qu'ils sachent qu'ils se séparent non pas de l'opinion de quelques docteurs, mais de la doctrine commune de l'Église qui n'a jamais changé.
DS 2855
Il est établi en effet à partir des divines Écritures et de la tradition des saints Pères que l'existence de Dieu et bien d'autres vérités peuvent certes être connues par la lumière de la raison naturelle
Rm 1, y compris par ceux qui n'ont pas encore reçu la foi, mais que les dogmes plus cachés, Dieu seul les a révélés, puisqu'il voulait faire connaître le mystère qui était caché depuis des siècles et des générations
Col 1,26...
DS 2856
... En transmettant la doctrine de l'Église, les saints Pères avaient le souci constant de distinguer la connaissance des réalités divines qui est commune à tous en vertu de l'intelligence naturelle, de la connaissance de ces choses qui est reçue par la foi moyennant le Saint-Esprit, et constamment ils ont enseigné que par elle nous sont révélés dans le Christ ces mystères qui dépassent non seulement la philosophie humaine mais également la connaissance naturelle des anges, et qui, même s'ils sont connus par la Révélation divine et reçus par la foi en elle, n'en demeurent pas moins recouverts du voile sacré de la foi et d'une ténèbre obscure aussi longtemps que dans cette vie mortelle nous cheminons loin du Seigneur.
DS 2857
Tout cela fait apparaître le caractère totalement étranger à la doctrine de l'Église catholique de cette opinion par laquelle le même Frohschammer n'hésite pas à affirmer que tous les dogmes de la religion chrétienne sont immédiatement objet d'un savoir naturel ou de la philosophie, et que, dès lors que ces dogmes sont proposés à la raison comme son objet, la raison humaine simplement experte en histoire est à même, de par ses capacités naturelles et son principe, de parvenir à la connaissance véritable de tous les dogmes, y compris de ceux qui sont plus cachés
2909
DS 2858
Mais dans les écrits de cet auteur qui ont été mentionnés prédomine une autre conception encore, qui est entièrement contraire à la doctrine et au sens de l'Église Catholique. Il attribue en effet à la philosophie une liberté qui ne doit pas être considérée comme une liberté de la science, mais comme une licence qui est à réprouver entièrement et qui ne peut pas être tolérée. Faisant en effet une distinction entre philosophe et philosophie, il donne au philosophe le droit et lui fait le devoir de se soumettre à une autorité que lui-même a reconnue pour vraie, mais il dénie l'un et l'autre à la philosophie en ce sens qu'il affirme, sans tenir compte de la doctrine révélée, que celle-ci ne peut ni ne doit jamais se soumettre à une autorité.
DS 2859
Cela serait tolérable et peut-être admissible si cela était dit seulement du droit qu'a la philosophie de faire usage de ses principes et de ses méthodes ainsi que de ses conclusions, comme le font également les autres sciences, et si sa liberté consistait à user de son droit en ce sens qu'elle n'admettrait rien en elle qui n'aurait pas été acquis par elle-même selon ses propres conditions ou qui lui serait étranger.
Mais cette juste liberté de la philosophie doit reconnaître et éprouver ses limites. Car ce n'est pas au philosophe seulement, mais également à la philosophie, qu'il ne sera jamais permis soit de dire quelque chose qui est contraire à ce qu'enseignent la Révélation divine et l'Église, soit d'en mettre quelque chose en doute parce qu'elle ne le comprend pas, soit de ne pas accepter un jugement que l'autorité de l'Église a décidé de porter sur une conclusion de la philosophie.
DS 2860
A cela s'ajoute encore que le même auteur défend la liberté de la philosophie, ou plutôt sa liberté sans limite, de façon si vive et si téméraire qu'il ne craint pas d'affirmer que l'Église ne doit pas seulement ne jamais blâmer la philosophie, mais qu'elle doit même tolérer les erreurs de la Philosophie et lui laisser le soin de se corriger elle-même
2911, d'où il résulte que les philosophes ont nécessairement part à cette liberté, et que par là ils sont eux-mêmes dégagés de toute loi. ...
DS 2861
C'est pourquoi, en raison du pouvoir qui lui a été donné par son divin fondateur, l'Église n'a pas seulement le droit, mais surtout le devoir de ne pas tolérer et au contraire de proscrire les erreurs dès lors que l'intégrité de la foi et le salut des âmes le demandent, et à tout philosophe qui veut être un fils de l'Église, et aussi à la philosophie, incombe le devoir de ne jamais rien dire contre ce qu'enseigne l'Église, et de rétracter ce au sujet de quoi ils auront fait l'objet d'une monition.
La conception en revanche qui enseigne le contraire, nous affirmons et déclarons qu'elle est totalement erronée, et qu'elle fait injure au plus haut point à la foi elle-même, à l'Église et à son autorité.
Encyclique "Quanto conficiamur moerore" aux évêques d'Italie, 10 août 1863
L 'indifférentisme
DS 2865
A nouveau nous devons mentionner et blâmer la très grave erreur dans laquelle malheureusement se trouvent certains catholiques qui pensent que des hommes vivant dans l'erreur et loin de la vraie foi et de l'unité catholique peuvent parvenir à la vie éternelle
2917. Or cela est contraire au plus haut point à la doctrine catholique.
DS 2866
Nous savons, ainsi que vous, que ceux qui souffrent d'une ignorance invincible concernant notre très sainte religion, en observant avec soin la loi naturelle et ses préceptes, gravés par Dieu dans le cœur de tous, et qui sont disposés à obéir à Dieu et mènent ainsi une vie honnête et droite, peuvent, avec l'aide de la lumière et de la grâce divines, acquérir la vie éternelle ; car Dieu, qui voit parfaitement, scrute et connaît les esprits, les âmes, les pensées et les qualités de tous, dans sa très grande bonté et sa patience, ne permet pas que quelqu'un soit puni des supplices éternels sans être coupable de quelque faute volontaire.
DS 2867
Mais nous connaissons parfaitement aussi le dogme catholique, à savoir qu'en dehors de l'Église catholique personne ne peut être sauvé, et que ceux qui sont rebelles à l'autorité de cette même Église et à ses définitions, et qui sont opiniâtrement séparés de l'unité de cette Église et du pontife romain, le successeur de Pierre, à qui a été confié le gouvernement et la garde de la vigne, ne peuvent pas obtenir le salut éternel.
Lettre "Tuas libenter" à l'archevêque de Munich-Freising, 21 décembre 1863
Soumission au magistère de l'Église
DS 2875
Nous avons appris... que certains des catholiques qui s'adonnent à l'étude des plus hautes sciences, trop confiants dans les forces de l'esprit humain, n'ont pas craint qu'en affirmant une liberté fallacieuse et aucunement authentique de la science, les dangers d'erreurs les entraînent au-delà des limites que ne permet pas de franchir l'obéissance due au magistère de l'Église, établi pour garder l'intégralité de la totalité de la vérité révélée. Il en est résulté que des catholiques ainsi malheureusement trompés, se trouvent souvent d'accord aussi avec ceux qui déclament et déblatèrent contre les décrets de ce Siège apostolique et de nos congrégations, en affirmant qu'ils font obstacle au libre progrès de la science
2912, et s'exposent au danger de rompre ces liens de l'obéissance par lesquels, de par la volonté de Dieu, il sont liés à ce même Siège apostolique qui a été institué par Dieu lui-même maître et protecteur de la vérité.
DS 2876
Nous n'ignorons pas non plus qu'en Allemagne une opinion fausse s'est développée contre l'école ancienne et contre la doctrine de ces éminents docteurs
2912 que l'Église universelle vénère en raison de leur sagesse admirable et de la sainteté de leur vie. Par cette fausse opinion l'autorité de l'Église elle-même est mise en doute, puisque l'Église elle-même, non seulement a permis, pendant des siècles, que la science théologique soit cultivée selon la méthode de ces docteurs et selon les principes consacrés par le consensus reconnu de toutes les écoles catholiques, mais a en outre très souvent accordé les plus grands éloges à leur doctrine théologique et l'a fortement recommandée comme le rempart le plus fort de la foi et comme une arme redoutable face à ses ennemis. ...
DS 2877
Puisque cependant tous les hommes de ce congrès... ont affirmé que le progrès des sciences et le bon succès dans l'effort pour éviter et réfuter les erreurs de notre triste temps dépendent totalement de l'adhésion intérieure aux vérités révélées qu'enseigne l'Église catholique, ils ont eux-mêmes reconnu et professé cette vérité que les vrais catholiques, qui se sont adonnés à l'élaboration et au développement des sciences, ont toujours tenue et transmise. Et c'est en s'appuyant sur cette vérité que ces hommes savants et vraiment catholiques ont pu élaborer ces sciences de façon sûre, les expliquer et les rendre utiles et certaines.
Cela ne peut être obtenu cependant si la lumière de la raison humaine, circonscrite par des limites, même lorsqu'elle explore les vérités qu'elle peut atteindre par ses propres forces et ses facultés, ne vénère pas au plus haut point, comme il convient, la lumière infaillible et incréée de l'intelligence divine qui brille partout de façon admirable dans la révélation divine. En effet, bien que ces disciplines naturelles s'appuient sur leurs principes propres reconnus par la raison, les catholiques qui les cultivent n'en doivent pas moins avoir devant les yeux la Révélation divine comme une étoile qui les conduit, pour que éclairés par elle ils se gardent des écueils et des erreurs lorsque, dans leurs recherches et leurs réflexions, ils perçoivent qu'ils peuvent être conduits, comme cela arrive très souvent, à affirmer ce qui contredit plus ou moins la vérité infaillible des choses qui ont été révélées par Dieu.
DS 2878
C'est pourquoi nous ne voulons pas douter que les hommes de ce congrès, puisqu'ils reconnaissent et professent cette vérité, aient voulu, à ce même moment, rejeter et réprouver cette façon récente et faussée de faire de la philosophie qui, même si elle admet la Révélation divine comme un fait historique, subordonne néanmoins les vérités ineffables proposées par la Révélation divine elle-même aux investigations de la raison humaine, comme si ces vérités étaient soumises à la raison, ou si la raison, avec ses propres forces et principes, pouvait parvenir à la connaissance et à la compréhension de toutes les vérités de notre foi très sainte, lesquelles sont à ce point au-dessus de la raison que celle-ci ne peu jamais être rendue capable de les comprendre ou de le démontrer par ses propres principes naturels
2909 .
DS 2879
Nous voulons Nous persuader qu'ils n'ont pas voulu que l'obligation à laquelle sont totalement soumis les maîtres et écrivains catholiques soit uniquement restreinte aux sujets que le jugement infaillible de l'Église propose à tous de croire comme des dogmes de foi
2922. Notre conviction est aussi qu'ils n'ont pas voulu déclarer que cette adhésion parfaite aux vérités révélées, dont ils ont reconnu l'absolue nécessité pour arriver au véritable progrès des sciences et pour réfuter les erreurs, puisse être obtenue en se contentant d'accorder foi et respect à tous les dogmes expressément définis par l'Église. Car, même s'il s'agissait de cette mission qui doit se manifester par l'acte de foi divine. Elle ne saurait être limitée à ce qui a été défini par les décrets exprès des conciles œcuméniques ou des pontifes romains de ce Siège apostolique, mais elle doit aussi s'étendre à ce que le magistère ordinaire de toute l'Église répandue dans l'univers transmet comme divinement révélé et, par conséquent, qui est retenu d'un consensus unanime et universel par les théologiens catholiques, comme appartenant à la foi.
DS 2880
Mais quand il s'agit de cette soumission qui oblige en conscience tous les catholiques qui s'adonnent aux sciences de l'esprit, pour rendre de nouveaux services à l'Église par leurs écrits, les membres de ce congrès doivent reconnaître qu'il est absolument insuffisant pour des savants catholiques de recevoir et de révérer les dogmes de l'Église dont nous avons parlé, mais qu'il est aussi nécessaire de se soumettre aux décisions touchant la doctrine qui sont édictées par les congrégations pontificales, ainsi qu'aux points de doctrine que le consensus commun et constant des catholiques tient pour des vérités théologiques et des conclusions si certaines que les opinions qui leur sont contraires, même si elles ne peuvent être dites hérétiques, méritent cependant quelque censure théologique.