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Audience du Pape Paul VI, 2 avril
ACTUALITE DE LA PASSION DU CHRIST TOUJOURS VECUE PAR L'EGLISE
Chers Fils et Filles,
Ces jours-ci sont pour vous, chers visiteurs, des jours de repos, de distraction, de fête ; vous venez à Rome durant cette semaine, et profitez, pour la plupart, des vacances scolaires ou professionnelles qui vous sont accordées à l'occasion de Pâques. Mais si vous voulez, comme le démontre votre présence à cette audience, participer quelque peu à l'état d'âme de l'Église durant cette semaine qui précède la célébration du plus grand événement de l'histoire et du destin de l'humanité, c'est-à-dire la résurrection du Seigneur Jésus, vous trouverez l'Église non en fête, mais tout entière plongée dans une méditation grave et douloureuse, celle de la Passion du Christ, de ses souffrances ineffables, de sa Croix, de sa mort. Méditation très douloureuse, car elle oblige son esprit à voir dans le Christ — le premier-né de l'humanité (cf. Rm 8,29 Col 1,15) — les mystères les plus obscurs et les plus révoltants, et cependant très réels, ceux de la douleur, du péché, de la mort. Cette méditation ne se fait pas seulement en référence à Jésus et à l'inconcevable tragédie de la fin de sa vie terrestre, mais aussi en référence à nous, à chacun de nous, dans un rapport direct et inévitable au point de répéter et même de renouveler d'une façon mystique en nous ce drame infini jusqu'à ce que nous le saisissions — dans la mesure de nos possibilités — comme le drame par excellence, le sacrifice de l'agneau de Dieu. Il est encore le sacrifice de l'amour incomparable du Christ pour nous, et en même temps comme la source très aimée de notre destinée, c'est-à-dire de notre Rédemption.
Fils très chers, comprenez-Nous (cf. 2Co 1,2). L'Église, dans cette liturgie mystérieuse, est prise d'une immense peine. Elle rappelle, elle répète dans ses rites, elle revit dans ses sentiments la Passion du Christ. Elle-même en prend conscience, en souffre, en pleure. Ne troublez pas son deuil, ne détournez pas sa pensée, ne vous moquez pas de son remords, ne prenez pas son angoisse pour de la folie. Vous aussi, accompagnez de votre silence son cri de douleur ; plaignez-la ; honorez-la de votre participation à son affliction spirituelle.
À cette invitation, que chaque fidèle ressent dans son cœur en cet instant solennel et rempli d'amertume, « dies magna et amara valde », comme le chante la liturgie avec une émotion toute lyrique, Nous pouvons ajouter deux considérations.
La Croix au centre du christianisme
La première, comme il est de coutume dans nos rencontres hebdomadaires, nous ramène aux enseignements du Concile. On a très justement noté qu'à partir du Concile s'est diffusée dans l'Église et dans le monde une vague de sérénité et d'optimisme ; un christianisme réconfortant et positif, pourrions-Nous dire ; un christianisme ami de la vie, des hommes, des valeurs terrestres même, de notre société, de notre histoire. Nous pourrions presque voir dans le Concile une intention de rendre le christianisme acceptable et aimable, un christianisme indulgent et ouvert, dépouillé de tout rigorisme médiéval, et de toute interprétation pessimiste sur les hommes, leurs habitudes, leurs transformations et leurs exigences. Ceci est vrai. Mais prenons garde. Le Concile n'a pas oublié que la Croix se trouve au centre du christianisme. Lui aussi s'est montré rigoureusement fidèle à la parole de saint Paul : « Que ne soit pas réduite à néant la Croix du Christ » (1Co 1,17) ; lui aussi, comme l'Apôtre, s'est dit à lui-même : « Je n'ai rien voulu savoir parmi vous, sinon Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié » (1Co 2,2). Nous pourrions rappeler combien les pages conciliaires sont empreintes des grandes lignes théologiques, mystiques et ascétiques destinées à associer les fidèles à la Passion du Seigneur (que l'on regarde par exemple, dans la grande constitution dogmatique sur l'Église Lumen gentium les nn. 7, 8, 11, 34, 49...) ; que cette citation suffise : « Comme c'est dans la pauvreté et la persécution que le Christ a opéré la Rédemption, l'Église elle aussi est donc appelée à entrer dans cette même voie pour communiquer aux hommes les fruits du salut... » (ib., 8).
La Passion se renouvelle dans la vie de l'Église
Ici se présente à notre esprit une deuxième considération qui dérive de la première, c'est-à-dire du rapport qui existe entre le Christ souffrant et son Église, entre la tête et le Corps mystique, entre l'Évangile de la Passion du Seigneur et l'histoire douloureuse de l'Église non seulement par le témoignage qu'elle lui rend par son enseignement et sa prédication ; non seulement par l'imitation que l'exemple héroïque et généreux du Christ imprime sur les chrétiens, les poussant à le suivre (cf. Abélard) ; non seulement par la communication sacramentelle qui confère à chaque fidèle une assimilation mystique à la mort et à la résurrection du Seigneur (cf. Rm 6,3) ; mais d'une certaine manière elle se renouvelle, se reproduit, se répète ; et non seulement dans chacun des disciples du Christ (cf. Col 1,24) : « Je complète en ma chair, dit saint Paul, ce qui manque aux épreuves du Christ »), mais dans l'Église entière, considérée comme communauté, comme ensemble dés membres du Christ, comme sa vie prolongée dans l'histoire et ainsi perpétuée.
Cette Passion se perpétue et dure encore. Et dans cette période de Pâques, l'Église, plus qu'à tout autre moment, prend conscience de ses douleurs, les sent, les subit, les accepte humblement, cherche à les sanctifier, et à en tirer la preuve de son identité au Christ Seigneur et Maître, de son amour désireux de confondre ses propres peines avec celles du crucifié (cf. le thème revenant sans cesse dans le « Stabat Mater ») ; elle cherche enfin à transformer ses propres défaites en mérites de pénitence, de purification, de rédemption, de plus grande vertu, de plus grand courage, de plus grande espérance.
Les souffrances actuelles de l'Église
En est-il ainsi ? L'Église souffre-t-elle aujourd'hui ? Fils, Fils très chers ! Oui, aujourd'hui l'Église est en proie à de grandes souffrances ! mais comment ? Après le Concile ? Oui, après le Concile ! Le Seigneur la met à l'épreuve. L'Église souffre, vous le savez, de l'opprimant manque de liberté légitime dans tant de pays du monde. Elle souffre à cause de l'abandon de la part de tant de catholiques de la fidélité que mériterait une tradition séculaire, et que l'effort pastoral plein de compréhension et d'amour devrait obtenir. Elle souffre surtout du soulèvement inquiet, critique, indocile et démolisseur de tant de ses fils, les préférés — prêtres, enseignants, laïcs, dédiés au service et au témoignage du Christ vivant dans l'Église vivante —, contre sa communion intime et indispensable, contre son existence institutionnelle, contre ses normes canoniques, sa tradition, sa cohésion interne ; contre son autorité, principe irremplaçable de vérité, d'unité, de charité ; contre ses propres exigences de sainteté et de sacrifice (cf. Bouyer, La décomposition du catholicisme, 1968) ; elle souffre par la défection et le scandale de certains ecclésiastiques et religieux qui crucifient aujourd'hui l'Église.
Fils très chers, ne Nous refusez pas votre solidarité spirituelle et votre prière. Ne vous laissez pas prendre par la peur, par le découragement, par le scepticisme, et encore moins par le mimétisme qui aujourd'hui détruit, par la suggestion des moyens de communication sociale, tant d'esprits fragiles et impressionnables, et parfois aussi des esprits forts et jeunes. Mais souffrez et aimez avec l'Église. Avec l'Église, travaillez et espérez, et que vous réconforte Notre Bénédiction Apostolique, avec Notre meilleur et plus joyeux souhait de Pâques.
Audience du Pape Paul VI, 9 avril
LA FETE DE PAQUES DANS NOTRE VIE CHRETIENNE
Chers Fils et Filles,
De quoi pouvons-Nous vous parler en ces jours qui suivent la grande célébration de la résurrection de Jésus-Christ, sinon du mystère pascal. Nous ne voulons pas Nous aventurer, bien sûr, dans une discussion délicate et érudite, qui a occupé durant ces dernières décennies les savants sur le thème du « mystère chrétien », sur les relations affirmées, niées, précisées, qu'il a eues avec les mystères païens. Il suffit de Nous en remettre à la conclusion, acquise aujourd'hui par les chercheurs, les historiens, les philosophes, sur l'originalité biblique de cette parole et sur sa signification chrétienne, cultuelle et théologique, même si dans la littérature chrétienne des premiers siècles, elle fut employée avec une référence purement littéraire et analogique au langage hellénistique courant (cf. Bouyer, Le mystère pascal, PP 453 ss. ; La vie de la liturgie, pp. 115ss.).
14 Nous vous parlons du mystère pascal avec les mots simples et familiers qui sont ceux de Notre conversation habituelle avec les visiteurs de cette audience hebdomadaire d'abord parce qu'elle se produit au cours de l'octave de Pâques et ensuite, parce que cette parole, le « mystère pascal », est devenue d'un usage courant, parce que le Concile l'a mise à l'honneur, et la répète souvent dans ses documents, spécialement dans la constitution sur la sainte liturgie (cf. Sacrosanctum Concilium, SC 5, 6, 61, 106).
Sens du mystère pascal
Que veut-on dire par mystère ? Il faut avoir présent à l'esprit le double sens scripturaire de ce mot. La première signification est celle de notre langage courant, c'est-à-dire d'une chose cachée, d'une vérité enfouie : « À vous le mystère du Royaume de Dieu a été donné » a déclaré une fois le Maître (Mc 4,11) et S. Paul parlera du « mystère qui n'avait pas été communiqué aux hommes des temps passés » (Ep 3,5 Col 1,26). Le mystère, dans ce sens, est l'objet d'une révélation qui dévoile un secret de Dieu aux « saints », c'est-à-dire à ses fidèles, à qui il a voulu « faire connaître de quelle gloire est riche ce mystère chez les païens : c'est le Christ parmi vous, l'espérance de la gloire » (Col 1,27). Et voici qu'apparaît l'autre signification du mot « mystère » dans le langage scripturaire et chrétien et c'est la signification la plus importante. Le mystère est le dessein divin en action, c'est l'économie de l'Évangile, cachée en Dieu depuis des siècles et, à un moment donné, rendue évidente et agissante dans le Christ (cf. Ep 1,9 Ep 3,9). C'est l'œuvre nouvelle et divine qui s'accomplit, sur cette terre, dans le temps pour les croyants ; c'est la réalité prodigieuse du rapport vital rétabli, dans un ordre transcendant, l'ordre vital, entre Dieu et l'humanité, par le Christ, dans l'Amour divin vivant qu'est l'Esprit Saint.
Pourquoi cette nouveauté étonnante, pourquoi ce mystère, s'associe-t-il habituellement avec l'adjectif « pascal » ? Parce que le mystère du salut s'est réalisé à travers la mort et la résurrection du Christ, à travers la croix, et parce qu'il se perpétue à travers le sacrifice eucharistique : eucharistie, passion, résurrection sont la Pâque salutaire accomplie par Jésus : « Le Christ immolé est notre Pâque » (1Co 5,7) notre libérateur, notre sauveur. Le mystère pascal n'est autre que la rédemption : « temporalis dispensatio divinae providentiae pro salute generis humani », c'est-à-dire l'histoire du salut (cf. S. augustin, De vera Rel. VII, 13 : PL 34,128 ; cf. vagaggini, Il senso teologico della liturgia, PP 672 ss.), qui a son foyer dans la mort et la glorification du Christ. Le secret de ce mystère est le Verbe de Dieu fait homme et, par amour de l'homme, mort et ressuscité.
Le mystère pascal a donc une valeur de synthèse : synthèse historique, parce qu'en lui se concentre tout le développement des événements humains et des destinées de l'humanité ; synthèse biblique, la clef de toute la Bible (Origène) ; synthèse christologique et sotériologique, où tout l'Évangile se concentre sur l'« heure » attendue par Jésus (cf. Jn 12,23 Jn 13,1 Jn 17,1 Lc 22,15 etc. ) ; synthèse religieuse parce que c'est le sacrifice du Christ par sa résurrection qui nous réconcilie avec Dieu et parce que c'est par lui que nous sommes justifiés (Rm 5,10 Rm 4,25) ; synthèse cultuelle et liturgique, parce que, dans la célébration du mystère pascal, survit dans la nouvelle réalité ce qui était symbole et prophétie dans la Pâque hébraïque (cf. Duchesne, Origines, p. 248). Le drame rédempteur du Christ s'actualise, relié intimement à la célébration de la cène pascale transformée en sacrement sacrificiel, explicitement destiné à perpétuer la mémoire de Jésus, par sa décision explicite (Lc 22,19 1Co 11,24-25) et par une référence explicite à sa mort rédemptrice.
La place de la Pâque
Tirons de ces quelques réflexions trop rapides une première conclusion que la nouvelle ordonnance de la liturgie rend évidente : le primat de la Pâque dans notre calendrier cultuel et spirituel. Nous devons replacer la Pâque, ses sacrements et ses rites, plus clairement au premier plan de notre évaluation religieuse, comme ce qui est au centre du dessein divin de notre salut. Les deux principaux sacrements par lesquels nous recevons ce salut, le baptême et l'eucharistie, dérivent avec une évidence toujours plus claire du mystère pascal : « Le baptême, écrit saint Thomas, en référence à saint Paul (Rm 6,3), est le sacrement de la mort et de la passion du Christ, dans la mesure où l'homme est régénéré dans le Christ par la force de sa passion. L'Eucharistie est le sacrement de la passion du Christ dans la mesure où l'homme est intégré dans l'union au Christ souffrant. Comme le baptême est appelé le sacrement de la foi, sur laquelle se fonde la vie spirituelle, ainsi l'eucharistie s'appelle le sacrement de la charité qui est le lien de la perfection » (Col 3,14 S. thomas, III ). « Jusqu'au IV° siècle, écrivait Jungmann (Trad. lit. 342), la Pâque était la fête par excellence, l'unique fête qui fût célébrée par toutes les chrétientés. Chaque dimanche était considéré comme une réplique de la fête pascale ».
Réalité du mystère pascal
Et ici apparaît une autre conclusion, plus profonde, qui nous fait pénétrer dans la réalité théologique et ontologique du mystère pascal : la célébration de ce mystère n'est pas une simple commémoraison. Pour les chrétiens croyants, purifiés de leurs fautes, et vivant dans la grâce de l'Esprit Saint, elle est une reviviscence de la mort et de la résurrection du Seigneur ; c'est une actualisation toujours nouvelle dans l'unique drame de la rédemption, c'est une réalité permanente extra temporelle, à laquelle il nous est donné de participer effectivement, encore que sacramentellement ; parce que participer au mystère pascal n'est rien d'autre que se mettre en communion réelle avec Lui, mourir avec Lui, ressusciter avec Lui. On a d'ailleurs parlé de « contemporanéité de Dieu » (Kierkegaard). C'est ce que le Concile nous a recommandé de nous rappeler, par la célébration de la sainte liturgie, « les mystères de la rédemption de manière à les rendre présents à tous les temps » (Sacrosanctum Concilium, 102). Et c'est ce que Nous vous recommanderons : avoir présent, avoir en honneur, conserver vivant dans votre authenticité chrétienne, le mystère de Notre salut, le mystère pascal. Avec Notre Bénédiction Apostolique.
Audience du Pape Paul VI, 30 avril
CATHERINE DE SIENNE, MODELE EXEMPLAIRE D'ATTACHEMENT À L'EGLISE
Chers Fils et Filles,
Aujourd'hui, 30 avril, c'est jour de fête pour nous. C'est la fête de Sainte Catherine de Sienne. Pie II, qui était lui aussi de Sienne, la proclama sainte en 1461 (rappelez-vous la magnifique fresque de Pinturicchio qui illustre cet événement, et qui se trouve dans la Bibliothèque Piccolomini de Sienne). Pie IX la déclara deuxième Patronne de Rome (1866) ; Pie XII la voulut aussi, comme saint François d'Assise, patronne de l'Italie (1939). Et le Pape ne peut oublier tout ce que les pontifes romains et l'Église tout entière doivent à cette femme si particulière, dont la vie ne fut jamais assez étudiée et louée. Il est beau qu'une statue d'elle ait été placée, il y a quelques années, entre le château Saint-Ange et le début de la Via della Conciliazione, en direction du Vatican. Il est beau que tant de familles religieuses et d'Associations féminines catholiques l'aient choisie comme protectrice et guide. Peut-être vous aussi connaissez-vous quelque chose de beau d'elle, ce qui suffit au moins pour insérer le nom de sainte Catherine de Sienne parmi les plus doux, les plus originaux, les plus grands de l'histoire. On le sait, elle mourut très jeune ici à Rome ; mais ses trente années de vie (1347-1380) furent si intenses de vie intérieure et si dramatiques de vie extérieure, si fécondes d'expressions littéraires, si importantes parmi les événements politiques et ecclésiastiques du XIV° siècle, qu'elles obligent le théologien, l'historien, le lettré, l'artiste, à considérer Catherine comme un phénomène unique en son genre, et à voir en elle une maîtresse des choses divines, une mystique inspirée et stigmatisée, une femme hardie, simple et capable en même temps, qui osa avoir des initiatives diplomatiques aussi candides que sages, un auteur illettré, qui dicte des livres et divulgue un ensemble de correspondance apostolique très vivante, une vierge en extase dans sa prière et tout entière consacrée à aider les souffrants, capable de fasciner par ses paroles qui transformaient ses auditeurs en disciples, en amis très fidèles. Nous devrons toujours nous rappeler que ce fut elle, Catherine, qui convainquit le jeune pape français Grégoire XI (il avait quarante ans), qui avait une mauvaise santé et un esprit craintif, de quitter Avignon, où le Siège apostolique s'était transféré en 1305 après la mort soudaine de Benoît XI sous le Pape Clément V, et à retourner en 1376 en Italie, pays qui était en proie à d'amères divisions, à Rome, qui était dans des conditions très agitées. Et ce fut Catherine qui, aussitôt après la mort de Grégoire XI, soutint son successeur Urbain VI dans les difficultés du fameux « schisme d'Occident », qui commença avec l'élection de l'antipape Clément VII.
Son histoire est extrêmement complexe et très documentée. Cette histoire sera toujours trop longue à raconter en détail ; le cadre historique dans lequel elle se déroule est si caractéristique et dramatique que quiconque essaie de le décrire par rapport à cette humble et splendide protagoniste, est obligé de choisir ou de résumer.
Un grand amour de l'Église...
De cette vie exceptionnelle un aspect surtout nous intéresse : celui que nous croyons le plus caractéristique, son amour pour l'Église. C'est un aspect qui imprègne, au-dedans et au-dehors, toute la personnalité de Catherine. Les biographes et les hagiographes ne peuvent pas ne pas le noter : Catherine est la Sainte met à la première place l'amour de l'Église et spécialement l'amour du Pontificat. On pourrait remplir un livre de citations comme celle-ci : « ô Dieu éternel, reçois le sacrifice de ma vie dans ce corps mystique de la sainte Église. Je n'ai rien d'autre à donner que ce que Tu m'as donné ». « Prends mon cœur donc et serre-le sur cette Épouse... » (Lett. 371).
« L'Église est donc, écrit Joergensen, du point de vue intellectuel et moral, le centre de l'existence, elle est la parole d'énigme de la vie et elle en est la valeur absolue, la valeur essentielle. Dans ce monde de relativité, elle seule, est positive... (P. 511). L'Église est le plus grand amour de Catherine. Aucun saint, peut-être, n'a autant aimé l'Église qu'elle. Dans l'âme de Sainte Catherine, l'Église s'identifie au Christ » (Tincani, p. 39).
d'une Église réelle
Dans ces quelques mots nous remarquerons trois points. D'abord, sainte Catherine a aimé l'Église dans sa réalité qui, comme nous le savons a un double aspect : le premier, mystique, spirituel, invisible, l'aspect essentiel et confondu avec le Christ Rédempteur glorieux, qui ne cesse de répandre son sang (qui a autant qu'elle parlé du Sang du Christ ?), sur le monde à travers son Église ; le second aspect est humain, historique, institutionnel, concret, mais jamais séparé de l'aspect divin. Il faut se demander si nos critiques actuelles de l'aspect institutionnel de l'Église sont en mesure de noter cette simultanéité, et si de leurs longues dissertations ou vivisections du Corps mystique du Christ qu'est l'Église (non seulement céleste mais terrestre, cette Église dans le temps, juridique, personnifiée par des hommes faits de l'argile d'Adam, et animés des dons de l'Esprit Saint), pourrait venir une expression semblable à celle qu'on a souvent citée et qui qualifie le Pape : « Ô Pape, doux Christ sur la terre... » (Lett. 185). Catherine aime l'Église comme elle est (cf. Taurisano, Dialogo, cit. Cordovani, p. il).
Ajoutons un second point. Catherine n'aime pas l'Église pour les mérites humains de qui lui appartient ou la représente. Si on pense aux conditions dans lesquelles se trouvait l'Église alors, on comprend bien que son amour avait bien d'autres motifs ; et on le déduit du langage libre et franc avec lequel Catherine dénonce les plaies de l'organisation ecclésiastique de cette époque en invoquant la réforme. Sainte Catherine ne cache pas les fautes des hommes d'Église, mais tout en s'élevant contre cette décadence, elle la considère comme une raison supplémentaire et une nécessité d'aimer davantage.
Alors apparaît le vrai motif — et c'est le troisième point — : la mission de l'Église, la dignité sacerdotale, la fonction sacramentelle, « la vérité première et fondamentale que l'Église conserve et communique aux âmes, la réalité de l'amour de Dieu pour ses créatures » (Tincani, 37). « Cette grandeur — écrit Catherine dans le splendide chapitre 110 de son Dialogue — est donnée en général à toute créature raisonnable (elle fait peut-être allusion au « sacerdoce des fidèles »), mais parmi ces créatures j'ai élu (c'est Dieu qui parle) mes ministres pour votre salut, afin que par eux vous soit administré le Sang de l'Agneau Unique, humble et immaculé, mon Fils. À ceux-là est donné d'administrer le Soleil, en leur donnant la lumière de la science, la chaleur de la charité divine ». Le Concile ne parle pas différemment (cf. Lumen gentium, LG 24).
Offrande d'une vie pour l'Église
C'est cela l'amour de Catherine : l'Église hiérarchique est le ministère indispensable pour le salut du monde. Et c'est pour cette raison que sa vie deviendra un drame, mystique et physique, de souffrance, de prière, d'activité. « La croix au cou et l'olivier à la main » (Lett. 219) devint sa mission spirituelle et sociale. La définition que Catherine donna d'elle-même est bien connue. « Dans Ta nature, Dieu éternel, je connaîtrai ma nature », dit-elle dans son oraison (24) ; « et quelle est ma nature ? C'est le feu » (cf. Joergensen, 495).
Il est bon de rappeler le dernier épisode mystique de sa vie. Exténuée, et en proie au jeûne et à la maladie, Catherine venait chaque jour à Saint-Pierre ; la Basilique avait encore son ancienne construction, c'est-à-dire dans l'atrium un jardin, sur la façade une mosaïque connue, exécutée par Giotto pour le jubilé de 1300, et appelée la « navicella » (maintenant à l'intérieur de la nouvelle Basilique) qui reproduisait la scène de la barque de Pierre, secouée par la tempête nocturne, et représentait l'apôtre qui ose aller à la rencontre du Christ marchant sur les vagues, symbole de la vie toujours dangereuse et toujours miraculeusement sauvée du divin Maître mystérieux. Un jour, c'était le 29 janvier 1380, vers l'heure des vêpres, le dimanche de sexagésime, — ce fut la dernière visite de Catherine à Saint-Pierre, — elle vit, absorbée en extase dans sa prière, que Jésus, se détachant de la mosaïque, s'approchait d'elle et posait sur ses faibles épaules la barque, la barque lourde et agitée de l'Église ; et Catherine tomba, comme opprimée par un si grand poids, perdant les sens. Le sacrifice de Catherine, historiquement, parut un échec. Mais qui peut dire que son amour brûlant s'éteignit inutilement, si des myriades d'âmes vierges et des foules de prêtres et de laïcs fidèles et actifs en firent le leur. Il brûle encore, avec les paroles de Catherine : « Doux Jésus, Jésus amour » ?
Que ce feu reste le nôtre, qu'il nous donne la force de répéter la parole et le don de Catherine : « J'ai donné ma vie pour la sainte Église » (Raimondo da Capua, Vita, III, 4). Avec Notre Bénédiction Apostolique.
Audience du Pape Paul VI, 2 juin
LE SENS DE LA FETE-DIEU ET DE LA FETE DU SACRE-COEUR
Chers Fils et Filles,
Nous profitons de l'occasion fournie par les deux prochaines fêtes liturgiques, la Fête-Dieu et celle du Sacré Cœur, pour vous faire réfléchir à un aspect fondamental de la révélation chrétienne, c'est-à-dire de la compréhension que nous pouvons avoir de ce que le Christ a manifesté sur le plan divin. Nous parlons avec la simplicité et la brièveté habituelles, mais c'est un sujet de très grande importance.
En face de la Révélation
La révélation des vérités religieuses surnaturelles (et d'autres vérités naturelles liées à elles) est survenue d'une façon bien différente de la présentation d'un texte de doctrines théologiques déjà claires et formulées. Elle a été progressive, résultat de Paroles et de faits, de manière à inviter les hommes à connaître Dieu, quelque chose de Dieu, pour les unir à Lui et ainsi pourvoir à leur salut (cf. Dei Verbum, DV 2). La révélation est une ouverture sur des Réalités mystérieuses. Citons, parmi tant d'autres, la parole de saint Paul : « Il m'a été accordé... de mettre en pleine lumière la dispensation (en grec : economia ; en latin : dispensatio) du "mystère", du "sacrement" caché depuis des siècles en Dieu » (Ep 3,9). Cette exposition, cette présentation alors qu'elle est ouverte, sûre, très claire, n'est pas contraignante, n'est pas comparable à une démonstration scientifique, mais est offerte de manière à respecter la liberté de l'homme auquel la révélation est présentée. Elle n'est pas impénétrable, elle n'est pas équivoque, mais elle est encore voilée. Voilée par la nature ineffable et transcendante, propre à la pensée divine, elle est voilée également à cause de la manière dont elle a été présentée. Jésus lui-même le fera remarquer à propos de ses propres enseignements, donnés en paraboles (cf. Mc 4,11 cf. pascal, Pensées, Mc 194). La vérité, la réalité divine nous est manifestée par la voie des signes. Il y aurait beaucoup à dire à ce sujet.
24 Mais maintenant une chose nous suffit : pour bénéficier de la Révélation, il faut aussi un acte de la part de l'homme. Pour voir, il faut ouvrir les yeux. Pour recevoir la révélation, il faut croire. Croire, sous cet aspect, signifie non seulement accepter passivement et paresseusement, mais découvrir ; c'est-à-dire chercher à pénétrer le sens de la Parole de Dieu, le monde, le voile, qui la présente et la contient, et en même temps la soustrait à la curiosité de notre connaissance spontanée et naturelle.
Dieu est Amour
Un autre chapitre immense de la vie chrétienne ! Arrêtons-nous sur une page de ce chapitre, que nous pouvons considérer comme le résumé des questions religieuses fondamentales. Cette page est celle-ci : quelle découverte le fidèle arrive-t-il à faire en cherchant le sens total et profond de la révélation divine ? La découverte est celle de l'Amour. Dieu s'est surtout révélé Amour. Toute l'histoire du salut est Amour. Tout l'Évangile. Nous pourrions citer bien des paroles de la Sainte Écriture à cet égard. Une de ces paroles qui Nous vient aux lèvres fait partie de l'Ancien Testament : « De loin Yahvé lui est apparu. D'un amour éternel je t'ai aimé, aussi, t'ai-je conservé ma faveur » (Jr 31,3). Toute l'épopée de la rédemption est Amour, miséricorde, effusion de la charité de Dieu envers nous. Et l'histoire du Christ est résumée dans la célèbre synthèse de saint Paul : « Je vis dans la foi au Fils de Dieu qui m'a aimé et s'est livré pour moi » (Ga 2,20). Il faut comprendre ! Nous recommandons aux esprits attentifs une autre phrase merveilleuse de l'Apôtre : « Vous recevrez la force de comprendre avec tous les saints ce qu'est la largeur, la longueur, la hauteur et la profondeur (aujourd'hui nous dirions les dimensions, et ici il y en a quatre !), vous connaîtrez l'Amour du Christ qui surpasse toute connaissance et vous entrerez par votre plénitude dans toute la plénitude de Dieu » (Ep 3,17-19).
Comment Dieu nous aime
Arrêtons-nous là. Cela suffit pour que nous puissions célébrer les deux fêtes que Nous avons rappelées, l'Eucharistie et le Sacré Cœur, et qui nous conduisent à ce point de convergence qui nous les offre et nous fait goûter, sinon comprendre, quelque chose de leur vrai sens religieux, de leur réalité profonde : « Ainsi Dieu a aimé... » (cf. Jn 3,16).
Cela nous touche, nous émeut, nous bouleverse. Si quelqu'un comprend qu'il a été aimé, aimé jusqu'à un point suprême et impensable, jusqu'à la mort, silencieuse, gratuite, cruelle et subie jusqu'à la consommation totale (Jn 19,30), par quelqu'un que nous ne connaissons même pas, et après l'avoir connu, que nous avons nié et offensé ; si quelqu'un — disions-Nous — a compris qu'il est l'objet d'un tel amour, de tant d'amour, il ne peut plus rester indifférent. Dante le disait également : « amor che a nullo amato amar perdona » (Inf. 5, 103) ; l'hymne liturgique le dit : « Quis non amantem redamet ? ». Voilà l'origine du culte au Sacré Cœur de Jésus, quand nous savons que le mot « cœur » est symbole, signe, synthèse de notre Rédemption, vue dans l'intériorité divine et humaine du Christ (cf. l'Encyclique de pie XII, Haurietis aquas, de 1956 ; cf. à propos de l'aumônier puritain de Cromwell, Thomas Goodwin : Bremond, Hist sent, rel., III, 641).
Jésus nous a aimés, dit le Concile, aussi « avec un cœur d'homme » (Gaudium et spes, GS 22). Et comment ! Voici le thème de Notre dialogue aujourd'hui. Fils très chers, savez-vous cela ? Y pensez-vous ? Comment comptez-vous y répondre ?
Que Notre Bénédiction Apostolique vous aide à y répondre avec amour.
Audience du Pape Paul VI, 8 octobre
RENOUVEAU DE LA PRIERE MARIALE
Chers Fils et Filles,
Encore une fois revient à Notre esprit la question que Nous vous posons : de quoi l'Église a-t-elle besoin aujourd'hui ? Nous sentons en effet que l'Église en ce moment se trouve soumise à des besoins particuliers et pressants, pour deux motifs opposés, celui des maux intérieurs et extérieurs qui l'affligent, et celui de sa mission à accomplir et des possibilités d'offrir au monde d'aujourd'hui un témoignage chrétien renouvelé. Cette expérience de ses propres nécessités et cette conscience de ses devoirs poussent l'Église à chercher de l'aide au-delà du domaine humain et temporel, l'invitent à la prière, à l'invocation de l'assistance divine, à la recherche de cette aide mystérieuse et prodigieuse que Jésus Christ, à la fin de sa vie terrestre, a promise à ses apôtres : « Je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin des siècles » (Mt 28,20).
Marie Médiatrice
Et voici que dans ce recours implorant à l'action immanente du Seigneur, se produit dans l'âme de l'Église, dans la psychologie du peuple chrétien, un fait très connu, très commun, quasi spontané pour nous, mais toujours étonnant (au point que beaucoup de nos Frères chrétiens encore séparés de nous sont encore critiques quant à sa légitimité et à son efficacité), le fait de recourir à une intercession, à une médiation, et en termes familiers Nous pourrions dire à une recommandation. À qui recourons-nous, pour arriver à qui ? Nous recourons à Marie pour arriver à Jésus. Pour nous tous, disciples de l'école spirituelle et doctrinale de l'Église, ce recours n'a rien d'étrange, rien d'illogique, rien d'inutile. Nous savons très bien qu'« unique est le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même qui s'est livré en rançon pour tous » (1Tm 2,5). Seul le Christ est cause de notre salut (He 5,9) ; mais nous savons aussi que l'économie du salut comprend une coopération humaine « dispositive et ministérielle », comme dit saint Thomas (S. Th. III, 26, 1), laquelle admet une préparation, une introduction à la source de la grâce, une intervention qui ne soit pas la cause mais la facilite, étonnante propriété de la circulation de la charité dans la communion et la solidarité existant dans le plan divin de notre salut.
Nous appelons intercession cette intervention qui a tant de valeur dans le culte des saints et évidemment d'une manière éminente dans le culte rendu spécialement et justement à la Mère du Christ (cf. Lumen gentium, LG 66), à celle qui plus que n'importe quelle autre créature prit part — et quelle part unique, active, très sainte — à l'incarnation (Ga 4,4) et à la passion rédemptrice de Jésus (Lc 2,35 Jn 19,25).
Reprendre en mains le chapelet
Nous répéterons donc, avec notre grand Prédécesseur Léon XIII, que notre tâche apostolique et « la condition très difficile des temps présents Nous conduisent chaque jour davantage et Nous poussent avec d'autant plus de force à la sauvegarde et à l'intégrité de l'Église que ses épreuves sont plus grandes » (Enc. Supremi apostolatus, 1er sept. 1883), que le moment est plus délicat et que plus urgent est le besoin de la paix blessée et menacée dans le monde, comme au Vietnam, en Afrique, au Moyen-Orient, en Irlande et en d'autres points douloureux de la terre. C'est cet ensemble de raisons qui Nous a poussé à adresser à l'Église une exhortation, qui a été publiée avant-hier, à invoquer le patronage maternel de Notre Dame, d'une manière spéciale durant le mois d'octobre, au cours duquel on célèbre la fête du Saint Rosaire. Nous devrions parler ici du Rosaire et dire pourquoi une pieuse pratique de dévotion est devenue le motif plus que l'objet d'une fête particulière ; mais ce qu'il importe de rappeler à votre attention et à votre piété est qu'il convient à tous de reprendre en mains le chapelet, que nous avons tous à le réciter avec la simplicité et la ferveur des humbles, des petits, des dévots, des affligés et des âmes confiantes, pour la paix dans l'Église et dans le monde. La mise au point autorisée, quatre fois centenaire, de la forme de cette dévotion mariale, faite par le Pape Saint Pie V, nous stimule à la reprise de cette pratique que le Concile lui-même a tacitement recommandée (cf. Lumen gentium, LG 67) ; de plus, certaines formes de la musique populaire moderne, fondée sur le rythme vibrant, autour d'une parole, d'une pensée, nous font dépasser la difficulté, que rencontre parfois la récitation du chapelet, de la répétition et de la monotonie (cf. Senghor, Négritude et humanisme, p. 35).
Le Rosaire : un dialogue et une contemplation
Nous avons besoin de l'aide de la sainte Vierge. Un auteur célèbre et tourmenté, spiritualiste et réaliste, Charles Péguy, comparait les Pater et les Ave à des navires en route victorieuse vers le Père (cf. Le mystère des Saints Innocents, 1912). Nous devons essayer nous aussi cette entreprise mystique.
Il ne faut pas dire qu'en agissant ainsi nous « instrumentalisons » la prière, le culte à la Vierge, au bénéfice de nos besoins temporels, et que nous cédons à l'utilitarisme, qui pénètre toutes les formes de la vie moderne, en pratiquant ainsi notre religion. D'ailleurs il n'y a rien de mal à faire de la prière une confession de nos limites, de nos besoins ; de notre confiance de recevoir d'en-haut ce que nous ne pouvons obtenir par nos propres forces. Le Christ ne nous l'a-t-il pas enseigné lui-même : « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et l'on vous ouvrira ... » (Mt 1,7).
Mais Nous pouvons ajouter deux choses à propos du chapelet : la prière de demande que le chapelet représente pour celui qui le récite, se fond et se transforme presque en une prière de contemplation, du fait de la présentation au regard spirituel de celui qui prie, de ce qu'on appelle les « mystères du Rosaire » ; ceux-ci font de ce pieux exercice mariai une méditation christologique et nous habituent à étudier le Christ à partir du meilleur point de départ qui soit, Marie elle-même : le Rosaire nous centre sur le Christ, sur le cadre de sa vie et de son enseignement, non seulement avec Marie mais aussi, pour autant que cela nous est possible, comme Marie, qui certainement est celle qui, plus que tout autre, l'a compris, l'a aimé, l'a vécu (cf. Lc 2,19 Lc 2,51 Lc 8,21 Lc 11,28).
En deuxième lieu, le chapelet, pour qui y est habitué, introduit au dialogue avec Notre-Dame ; met à son niveau, oblige à subir son attrait, son style évangélique, son exemple éducateur et transformant. C'est une école qui nous rend chrétiens. C'est un avantage imprévisible, mais combien précieux, et combien inscrit dans la série de nos besoins fondamentaux.
Écoutez donc, fils très chers, notre invitation à la prière, qui, par la chaîne de ses invocations répétées et riches de méditation, nous assimile au Christ et nous obtient la patience, la paix, la joie du Christ. Que Notre-Dame veuille exaucer Notre vœu et donner de la valeur à Notre Bénédiction Apostolique.
Audience du Pape Paul VI, 17 décembre
NOËL : FETE DES FOYERS CHRETIENS
Chers Fils et Filles,
Il Nous vient spontanément aux lèvres, en ces jours proches de Noël, le vœu qui lui est propre : bon Noël.
Oui, chers visiteurs, bon Noël à tous et à chacun de vous ! Que de pensées, que de souvenirs, que d'émotions, que de désirs, que d'espérances suscite, en Notre cœur, cette sainte et douce fête de Noël ! Nous prierons pour vous, pour que cette fête ne passe pas comme un jour quelconque, mais qu'elle soit remplie pour vous de ces expériences spirituelles, qui font goûter les réalités profondes de la foi et de la vie.
De la foi et de la vie. C'est sur ces objectifs, qui ne sont autres que les réalités dans lesquelles nous sommes plongés, que Nous invitons votre attention à être particulièrement vigilante à l'occasion de cette fête. C'est-à-dire que Nous appuyons notre vœu d'une exhortation : célébrez bien la fête de Noël.
De Saint François d'Assise à Pascal
La première condition pour bien célébrer la fête de Noël est de lui conserver son authenticité religieuse. Nous ne voulons pas parler ici du danger d'étouffer la vraie signification de Noël par les manifestations extérieures et profanes, auxquelles cette fête donne l'occasion, en leur donnant la priorité et en en transformant le caractère. Chacun sait comment peut survenir cette transformation de Noël, même en partant de formes innocentes et sympathiques du folklore ou d'habitudes familiales ou populaires ; la crèche elle-même peut devenir un spectacle centré sur des finalités esthétiques et fantaisistes plus que sur le rappel de la représentation de l'humble et sublime fait de la naissance du Sauveur. Ce cadre de fête, artistique, peut aussi avoir son utilité poétique et pratique. Mais ne nous arrêtons pas au cadre : regardons le tableau, et dans le tableau voyons le mystère.
Essayons de voir, de contempler le tableau, c'est-à-dire la scène de Bethléem, en transparence. Ce moment d'attention est tout à fait conforme à l'attitude mentale de notre époque, avide de connaître la signification réelle des faits et des choses, de connaître la réalité d'un événement aussi important et central que la naissance de Celui qui s'appelle Sauveur. Jésus veut dire Sauveur ; Christ veut dire Messie, c'est-à-dire Celui sur lequel se centrent et dans lequel s'accomplissent les desseins divins relatifs à la destinée de l'humanité. Le regard contemplatif devient théologique, (c'est-à-dire révèle la vérité divine et les finalités, les buts de ce que nous contemplons). Nous devons alors considérer Noël comme une apparition. C'est une révélation. Quelle apparition ? Saint Paul nous le dit : « Il apparut la bonté, l'amour de Dieu notre Sauveur envers les hommes » (Tt 3,4). C'est le secret de Dieu : Dieu est Bonté, Dieu est Amour. Nous comprenons que saint François tombât en extase devant la Crèche ; et que nous-mêmes nous puissions nous sentir transformés devant une découverte qui nous émerveille et nous émeut ; nous sommes aimés, aimés de Dieu ! Nous comprenons Pascal : « Joie, joie, joie ; pleurs de joie ! » car « le Verbe de Dieu s'est fait homme et est venu habiter parmi nous » (Jn 1,14). Voilà Noël ! Le Noël de la Foi.
Cela compris, nous pouvons comprendre quelque chose de très beau aussi sur l'autre aspect : le Noël de la vie, de notre vie. La naissance virginale du Christ dans le monde répand sur toute l'humanité une vague régénératrice : toute la vie humaine est atteinte par cette présence, même sur le plan naturel. Un Frère comme le Christ illumine d'une lumière divine le visage de chaque être mortel : chaque homme reflète le visage du Christ. La génération humaine reçoit cette dignité sublime de devenir le véhicule d'une vie appelée à devenir humanité du Christ. La Famille trouve dans la fête de Noël sa propre fête. Si la Famille est chrétienne, c'est un fleuve de grâce, de joie, de paix, qui l'envahit. Oui, soyez en fête, soyez en fête, Familles chrétiennes, le jour où Jésus-Christ est venu habiter dans une famille humaine, former un foyer, le sanctifier par sa présence. Exaltez dans la conscience de son être, de son rôle, de son destin, le concept de Famille, communauté d'amour, source de la vertu créatrice de Dieu, signe et effusion de la charité, par laquelle le Christ aima et aime l'humanité rachetée, l'Église.
Une humanité nouvelle
Nous répéterons ce que Nous avons déjà écrit, quand Nous étions Chargé du soin pastoral de l'Église Ambrosienne, à propos de la Famille (1960). Aujourd'hui, ce discours est de nouveau opportun. Noël Nous le permet.
Le rêve et l'effort de l'Église est toujours d'aspirer à une humanité nouvelle, rendue à son dessein primitif, tournée vers un développement ordonné et harmonieux, qui célèbre la vie dans son ascension progressive et l'éduque à sa vocation surnaturelle, qui soit si conforme à son modèle, le Christ Seigneur, qu'elle résolve en Lui ses problèmes, valorise en Lui ses efforts et ses douleurs, et trouve enfin en Lui sa plénitude et son bonheur. Ce n'est pas un rêve, mais un programme, que la caducité humaine ralentit et bouleverse, mais que la mission de l'Église reprend continuellement — et donc aussi en cette heure critique de l'histoire —, et avec confiance.
Un appel aux familles
Pratiquement Nous voudrions adresser aux familles chrétiennes une parole d'exhortation et de réconfort : qu'elles reprennent conscience de leur dignité et de leur mission, qu'elles s'engagent résolument à professer les vertus particulières qui caractérisent le foyer, qu'elles retrouvent dans les sources purifiées de l'amour chrétien leur force et leur bonheur, qu'elles ne craignent pas de servir les lois de la vie qui les rendent ministres de l'œuvre créatrice de Dieu, qu'elles comprennent le rôle régénérateur qu'elles ont dans la vie civile, et qu'elles sentent combien dans l'Église elles peuvent occuper une place d'une beauté admirable.
Cette invitation s'adresse en particulier aux jeunes qui pensent à la famille comme à l'état de vie qui leur est destiné. Nous voudrions que le concept de famille prenne dans leur âme une splendeur idéale ; Nous voudrions qu'ils mettent toute leur force limpide à la réalisation de cet idéal ; Nous voudrions qu'ils comprennent la vocation qui se cache et s'annonce dans l'attrait de fonder une famille ; Nous voudrions que pensées impures et habitudes incorrectes ne dévastent pas la veille de leur mariage ; Nous voudrions que des calculs égoïstes n'attristent pas les desseins de leur futur foyer ; Nous voudrions que la science du véritable amour leur vienne du Christ, qui donne sa vie pour la grâce de son épouse, destinée à s'étendre à toute l'humanité ; et que la grâce du sacrement jaillisse comme une fontaine intarissable, en chaque jour de leur vie conjugale. Nous Nous attendons à un nouveau genre de famille de la part de la génération des jeunes, auxquels les terribles expériences de l'histoire actuelle doivent avoir enseigné que seul un christianisme authentique et fort possède la formule de la vraie vie.
Bon Noël, ainsi ! avec Notre Bénédiction Apostolique.
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