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Audience du Pape Paul VI, 25 décembre 1969
UN HUMANISME VRAI SANS LE CHRIST N'EXISTE PAS
Salut à vous tous, hommes, auxquels arrive l'écho de Notre voix ! Salut à vous, Romains, qui Nous écoutez ici !
Salut à vous, hommes proches et lointains !
À vous, hommes responsables, qui dirigez le monde ; et à vous tous Peuples de la terre !
À vous, les anciens, les hommes d'hier ; à vous, les jeunes, les hommes de demain !
Salut à vous, les Pauvres ! à vous les souffrants ! à vous tous, Nos amis ! à vous, chrétiens et non-chrétiens !
Salut, au nom de Jésus-Christ, en la fête de sa naissance, qui aujourd'hui est notre fête, la fête de tous, la fête de Noël.
Bon Noël à tous !
Aujourd'hui nous exprimons et recevons ce souhait, qui semble un cri de joie de toute l'humanité, pour toute l'humanité : Bon Noël ! Pouvons-nous tous le faire nôtre ?
Sommes-nous tous chrétiens ? Un philosophe de renom affirmait il y a quelques années — certains d'entre vous s'en souviendront peut-être — que nous, modernes, nous pouvons tous nous dire chrétiens. Eh bien, qu'est-ce que cela signifie, être chrétien ? Voilà la demande, voilà la parole que Nous vous adressons en cette heure sereine, pour faire jaillir la réponse de vos consciences. Chacun doit se ménager aujourd'hui un moment d'intimité avec lui-même, pour répondre à la question capitale sans laquelle Noël n'aurait pas de sens : est-ce que je suis chrétien ?
Chacun explore à sa manière la signification d'une parole aussi dense. Bienheureux ceux qui peuvent l'accueillir sans réserve et qui ambitionnent de la posséder dans sa plénitude et de jouir de la naissance du Christ comme de leur propre naissance à la vie nouvelle, à la vie vraie et éternelle qui nous est communiquée par lui : oui, bienheureux ceux-là !
Mais regardons le monde comme il est. Tous ne répondent pas avec le même enthousiasme, avec la même foi, au nom de chrétien. Beaucoup le refusent. Beaucoup le vivisectionnent, le privant de sa signification mystérieuse, de son contenu religieux.
Aujourd'hui, beaucoup veulent un Christ sans Dieu ; bien plus : un homme sans Christ, même si l'on veut conserver en cet homme certains caractères supérieurs que le Christ lui a conférés : son droit à la vie, son visage incomparable de personne, sa dignité humaine, sa conscience inviolable, sa liberté responsable, sa beauté spirituelle. Beaucoup, peut-être même tous, veulent reconnaître dans l'homme déformé par la fatigue, par la pauvreté, par l'esclavage, par la faiblesse, un sujet de prédilection du droit, de la solidarité, de l'assistance, proprement comme le Christ l'avait enseigné.
On parle aujourd'hui d'humanisme. C'est à ce mot moderne que l'on semble vouloir réduire le christianisme. C'est le Noël de l'homme que l'on voudrait célébrer aujourd'hui, et non celui du Verbe qui s'est fait chair, ni celui de Jésus qui s'est fait chair, ni celui de Jésus qui est venu vers nous comme Sauveur, Maître, Frère ; c'est le Noël de l'homme qui se sauve par lui-même, de l'homme qui progresse par sa seule sagesse et sa seule force, de l'homme principe et fin à lui-même.
Voici, chers Fils et Frères, ce que Nous devons vous dire en ce jour bienheureux : un humanisme vrai sans le Christ n'existe pas. Nous supplions Dieu et Nous vous demandons à tous, hommes de notre temps : épargnez-vous la fatale expérience d'un humanisme sans le Christ. Une simple réflexion sur l'expérience historique d'hier et d'aujourd'hui suffirait à nous convaincre que les vertus humaines développées sans le charisme chrétien peuvent dégénérer en vices opposés. L'homme qui se fait géant, s'il n'est pas animé d'un souffle spirituel, chrétien, retombe sur lui-même de son propre poids. Il lui manque alors la force morale qui le fait vraiment homme ; il lui manque la faculté de juger la hiérarchie des valeurs ; il lui manque les raisons transcendantes qui fournissent en permanence un motif et un soutien à ses vertus ; il lui manque, pour tout dire, la vraie conscience de soi, de la vie, de ses raisons d'être, de ses destins : l'homme, par lui-même, ne sait pas qui il est. Il lui manque le prototype authentique de l'humanité ; il se crée des idoles, qui sont fragiles et parfois indignes de lui. Il lui manque le vrai Fils de l'homme — Fils de Dieu : modèle efficace de l'homme vrai.
Le véritable humanisme doit être chrétien. C'est notre premier devoir. C'est notre intérêt suprême.
Quel espoir de nouveauté vraie et constructive pourrait vous être donné, à vous les jeunes, sans la parole — qui ne trompe pas et qui est toujours vivante — de Celui qui, en venant au monde, peut dire : « Voici que toute chose est renouvelée » (2Co 5,17) ?
61 Quelle libération de l'oppression provoquée par la fatigue et les inégalités sociales pourra être offerte au monde du travail — qui la cherche dans le bouleversement des systèmes économiques — si la voix du Christ ne l'élève pas à un niveau humain et spirituel supérieur, en lui rappelant que « l'homme ne vit pas seulement de pain » (Mt 4,4) ?
Et vous, sages et patients artisans de la paix entre les peuples, entre les classes sociales, dans les conflits de races et de tribus, dans les rivalités de toute sorte qui rendent souvent les hommes avides, égoïstes et méchants les uns envers les autres, où trouverez-vous la force de poursuivre votre interminable et salutaire labeur, si vous n'êtes assistés par Celui qui peut dire avec une certitude triomphante : songez, hommes, que « vous êtes tous frères » (Mt 23,8).
Notre pensée se tourne enfin, avec un souhait spécial et une Bénédiction particulière, vers tous ceux qui souffrent : pour le conflit du Nigeria, en cette terre africaine qui nous est si chère ;
pour celui du Vietnam, où Nous voulons encore espérer que la trêve de ces jours-ci se prolonge et se résolve enfin honorablement dans la réconciliation ;
et finalement pour le conflit du Moyen-Orient, là où se trouve Bethléem et où la paix fut annoncée du Ciel, avec l'hymne de gloire à Dieu, en ce jour sacré de la naissance du Christ Seigneur : oh ! oui ! la paix aux hommes de bonne volonté.
Et ainsi de suite. Le message du Christ est vaste et ouvert à tous.
Écoutez-le, chers Fils et Frères. Et que chacun de vous puisse se dire à lui-même — et ait la volonté d'en porter témoignage par sa propre vie — : moi aussi, je suis chrétien.
C'est cela, Noël. C'est le bon Noël que Nous vous souhaitons, avec Notre Bénédiction Apostolique.


Audience du Pape Paul VI, 1° avril 1970
REALITE DU MYSTERE PASCAL
Chers fils et filles,
Tous ceux qui sont aujourd'hui ici, tous nous sommes encore remplis du souvenir, de l'émotion et de la grâce — que Dieu le veuille — de la célébration du mystère pascal.
Mystère pascal : voilà une expression théologique moderne et heureuse, dont le Concile s'est souvent servi pour résumer l'œuvre de la rédemption accomplie par le Seigneur moyennant son sacrifice et sa résurrection, moyennant la diffusion de sa grâce et moyennant la distribution de cette grâce aux âmes par la voie des sacrements. La célébration liturgique rappelle et renouvelle le prodige de cette économie rédemptrice, spécialement dans la Sainte Messe (cf. Sacrosanctum Concilium, SC 5). Mystère pascal : c'est une expression très dense de signification, qui devra alimenter en nous le concept synthétique des événements, des enseignements, des grâces et des devoirs, qui se réfèrent à l'histoire de notre salut et à l'actualité constante qu'elle conserve pour chacun de nous.
Nous ferons bien d'accorder la plus grande attention à ce qui se réfère au Christ dans le mystère pascal ; c'est le thème central biblique, théologique, spirituel de notre foi ; nous l'avons médité pendant la Semaine Sainte dans cette vision captivante de la figure divine et humaine de Jésus, comme Saint Paul, qui ne voulait rien savoir d'autre que le Christ crucifié (cf. 1Co 2,2) ; ou comme Saint Ignace d'Antioche : « C'est Lui que je cherche, qui est mort pour nous ; c'est Lui que je veux, qui est ressuscité pour nous » (Ad Rom. 6, 1) ; ou comme Saint François à l'Averne ; ou comme le peuple fidèle dans la Via Crucis, ou dans la Liturgie de la nuit sainte ; toujours dans une recherche et une dévotion qui fixent sur Lui, Jésus-Christ, toute l'attention.
Le plan rédempteur
Mais le mystère pascal requiert de nous une attention plus complète : nous ne pouvons considérer le drame personnel de Jésus comme s'il ne concernait que lui et était étranger aux hommes, à nous. Car le mystère pascal n'est pas un événement isolé, mais un événement lié à notre destin, à notre salut. L'ampleur de cette vision qui décèle dans la vie, la mort et la résurrection du Christ l'œuvre de la rédemption, nous oblige à voir aussitôt l'économie, c'est-à-dire le dessein agissant de son universalité et spécialement de son application à chaque homme. Cette pensée offre une trame à notre spiritualité après la célébration de la fête de Pâques ; est-ce la fête du Christ ressuscité, ou est-ce aussi notre fête, à nous, mortels ? Est-ce la sienne ou est-ce aussi la nôtre ? La réflexion devient plus profonde quant à la compréhension du plan de la rédemption, et plus joyeuse si nous pouvons vraiment l'étendre non seulement à la passion et à la mort du Seigneur, mais aussi à sa bienheureuse résurrection. Que la résurrection soit le complément nécessaire du mystère pascal, saint Paul nous le dit dans ses multiples enseignements qu'une phrase incisive résume : « Le Christ a été immolé à cause de nos fautes et est ressuscité en vue de notre justification » (Rm 4,25). Un commentateur connu dit : « La résurrection de Jésus n'est pas un luxe surnaturel offert à l'admiration des élus, ni une simple récompense accordée à ses mérites, ni seulement un soutien de notre foi et un gage de notre espérance ; elle est un complément essentiel et une partie intégrante de la rédemption elle-même » (PRAT, La théol. de Saint Paul, II, 256).
Relation entre le Christ et nous
Le mystère pascal du Seigneur étant ainsi rétabli dans son intégrité, un grand principe théologique s'insère dans le cadre de notre foi, principe auquel nous devrons attribuer la plus grande attention et la plus grande admiration ; c'est celui de la communion, celui de la solidarité, celui de l'extension, celui qui constitue justement la rédemption, c'est-à-dire le principe qui reconnaît la représentation, la récapitulation de toute l'humanité du Christ, de telle manière que nous pouvons devenir participants de ce qui s'est accompli en lui. Son sort peut devenir le nôtre ; sa passion, la nôtre ; sa résurrection, la nôtre.
Dans ce plan de salut du genre humain, tout réside dans la relation vitale que nous pouvons établir entre Lui et nous. Cette relation se fait-elle toute seule ? Survient-elle collectivement ou personnellement ? Dieu peut donner à sa miséricorde une telle ampleur que celle-ci transcende le dessein de salut que lui-même a établi ; mais pour nous ce dessein nous indique que la relation salvatrice avec le Christ exige la réponse de notre liberté, de notre foi, de notre amour, exige quelques conditions qui rendent possibles les causalités salvatrices du Christ. Cet aspect du mystère pascal nous montre que notre salut survient en phases successives, qui forment l'histoire de notre rédemption personnelle ; elles forment notre vie chrétienne.
Notre vie chrétienne, nous le savons, commence par le baptême, le sacrement de l'initiation, de la renaissance ; le sacrement qui reproduit mystiquement dans tout croyant (la foi personnelle, c'est-à-dire la foi de l'Église qui présente le néophyte, précède le baptême), la mort et la résurrection du Seigneur. « Ignorez-vous — écrit encore Saint Paul — que, baptisés dans le Christ Jésus, c'est dans sa mort que tous nous avons été baptisés ? Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle » (Rm 6,3-4 Col 2,12).
Penser et sentir avec le Christ
Et voici la seconde phase de notre régénération chrétienne, qui est liée au déroulement de notre existence dans le temps : la vie nouvelle, la vie dans le Christ, la vie dans la grâce, c'est-à-dire dans l'Esprit Saint répandu par le Christ en nous (cf. Jn 14,26 Jn 15,26 Jn 16,7), la bonne, la sainte vie chrétienne. Pouvons-nous dire : la nôtre ? vivons-nous nous, comme nous disons dans le canon de la Messe, Per Ipsum, et cum Ipso, et in Ipso, c'est-à-dire pour Lui, et avec Lui, et en Lui ? Nous rendons-nous compte de la nouveauté, de l'originalité, du sérieux de la vie chrétienne ? de l'exigence de son authenticité mystique et morale ? Nous rendons-nous compte vraiment que « faire la Pâque », avoir participé au mystère pascal requiert de nous une fidélité, une cohérence, un perfectionnement de notre manière de penser, de sentir, de vivre ? Vivons-nous notre baptême ? Vivons-nous la communion du Christ que nous avons reçu dans l'Eucharistie pascale ? Vivons-nous et vivrons-nous notre Pâque ? Nous avons souvent dilué et vidé de son sens notre appellation de chrétien jusqu'à lui enlever sa force et son engagement.
Cette adhésion effective au mystère pascal, au fond, est le problème le plus sérieux et le plus ample de notre existence actuelle ; elle se confond avec les événements, les problèmes, les expériences de notre existence naturelle, et lui inculque, après la Pâque, un sentiment d'espérance et de joie.
Ce sentiment est un don, un charisme, dont le chrétien ne devrait jamais être privé (cf. Rm 8,24 2Co 7,4) ; il est le prélude de la dernière phase du mystère pascal, c'est-à-dire de notre salut plénier, l'immersion complète de notre humble vie dans cette infinité de Dieu, dans l'au-delà.
Ce n'est pas un rêve, ce n'est pas un mythe, ce n'est pas de l'idéalisme spirituel. C'est la vérité, la réalité du mystère pascal. Souvenez-vous-en : avec notre Bénédiction Apostolique.


Audience du Pape Paul VI, 12 mai 1971
DES CORPS RESSUSCITES
Chers Fils et Filles,
Le mystère pascal que nous avons célébré récemment est extrêmement important pour la conception de notre vie et pour notre comportement moral qui doit en être la conséquence. Le caractère religieux de notre moralité en résulte évidemment. Si la règle fondamentale de la vie chrétienne est celle que proclame saint Paul : « L’homme juste vit de la foi » (Rm 1,17), cette règle trouve sa pleine et caractéristique application là où la foi a son point focal, c’est-à-dire dans le Christ et dans sa résurrection (Rm 10,9). Voici comment l’Église nous a mis sur les lèvres la prière qui exprime cette manière logique d’unir l’éthique et la religion : « Ô Dieu... accorde à tes serviteurs de manifester toujours dans leur vie le mystère de la Résurrection qu’ils ont reçu par la foi » (Collecte du Mardi de Pâques ; cf. Guéranger, Le temps pascal, 1, 33). Ce principe moral-religieux ne doit jamais être oublié : nous ne pouvons pas bâtir l’homme bon, l’homme vrai, le chrétien en somme, sans compléter les principes de l’honnêteté naturelle par les doctrines de la foi surnaturelle.
Imitation du Christ
La célébration du mystère pascal ne nous a pas seulement remis en mémoire le fait de la mort et de la résurrection du Christ, comme à des spectateurs, à des témoins, mais il nous a fait participer d’une certaine manière, encore incomplète, mais pour le moment réelle, vitale et profonde, au grand événement rédempteur qui s’est reflété sacramentellement et même reproduit en nous qui sommes morts et ressuscites mystiquement avec Lui.
Relisons notre nouvelle vocation : « Du moment donc que vous êtes ressuscites avec le Christ, recherchez les choses d’en-haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre. Car vous êtes morts et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu... Mortifiez donc vos membres terrestres, c’est-à-dire la fornication, l’impureté, la passion coupable, les mauvais désirs, etc. » (Col 3,1-5). C’est là notre destinée, à cause de laquelle nous nous appelons chrétiens, histoire déjà accomplie en partie et en partie à achever ; la transformation, opérée par la grâce, comporte sa propre loi morale. La participation au mystère du Christ exige et facilite l’imitation du Christ.
Le message de la Résurrection
Concentrons notre attention sur l’aspect caractéristique du Christ ressuscité : la vivante réalité de son corps. Son vrai corps, né de la sainte Vierge (cf. Ga 4,4) a repris vie ; ou mieux une nouvelle forme de vie ; « nuova creatura », comme dit l’Apôtre (2Co 5,17) ; non un corps sujet aux lois biologiques et animales, mais un corps incorruptible, immortel, glorieux, soutenu et dirigé par des lois spirituelles supérieures (cf. 1Co 15,42-44). Les apparitions de Jésus ressuscité nous le manifestent. Cette transformation, cette transfiguration, cette élévation dans la gloire (cf. 1Tm 3,16) du corps humain du Seigneur, ne nous dit-elle rien au sujet de cette assimilation commencée de notre vie à la sienne ?
Il est clair que la vie corporelle du Christ, même avant la résurrection, était très sainte, immaculée dans l’équilibre originel de toutes les facultés et de toutes les passions humaines (cf. st. thomas, III, 15, 4) ; celles-ci étaient parfaites, non corrompues comme dans notre nature déchue, fille d’Adam (cf. st. thomas, I, 95, 2 ad 2 ; 97, 2 ; I-II 25,0). Mais il est clair aussi que le corps du Christ, grâce à la résurrection, fut envahi d’une manière nouvelle par son âme et par l’Esprit-Saint (1P 3,18), dont il fut conçu et par qui il était conduit (cf. Mt 4,1). Répétons alors : qu’est-ce que nous offre et qu’est-ce que nous enseigne cette divine allotropie (modification), cette nouvelle condition du corps du Seigneur revenu à la vie ?
Une nouvelle pureté
L’Église et ses enfants fidèles le savent : la résurrection du Seigneur répercutée en nous par la célébration du mystère pascal, nous offre, nous enseigne et nous demande une nouvelle conception, une nouvelle élévation, une nouvelle sanctification de ce qui est notre corps. En d’autres termes : une nouvelle pureté.
Oui, la Pâque doit être pour nous un nouveau sens de la dignité de cette chair qui est nôtre, si sensible et si fragile. Elle est l’œuvre de Dieu. Elle est le temple de l’Esprit-Saint (1Co 5,19). La mentalité courante voit toujours dans la règle chrétienne une dépréciation du corps humain, comme s’il n’était pas autre chose que la source des tentations et des péchés, de la faim, des douleurs, des maladies et enfin de la mort. Et c’est vrai, mais cette disposition d’esprit ne voit qu’un aspect de la réalité corporelle de l’homme, de laquelle naît précisément un dualisme dans notre psychologie compliquée, un dualisme dangereux et souvent coupable. Personne comme saint Paul, le héraut de la liberté du chrétien (cf. Ga 4,31) n’a insisté sur ce point dramatique de la vie de l’homme : « la chair convoite contre l’esprit et l’esprit contre la chair » (Ga 5,17 et suiv. ; cf. Rm 8,1 etc. ). Nous sommes, au dedans de nous-mêmes, possédés par une tentation permanente. Nous avons continuellement besoin de nous reporter à la conscience de notre dignité d’êtres élevés à la conversation et à la communion avec Dieu, besoin donc de la maîtrise de l’homme spirituel sur l’homme animal (1Co 2,14). Nous avons toujours besoin d’implorer du Père qu’il nous préserve de la tentation et qu’il nous donne la force et la joie de notre transfiguration chrétienne.
Notre corps racheté
Nous devons ancrer dans le Christ ressuscité notre purification physique et spirituelle, notre moralité intransigeante mais humaine : d’esprit, de cœur, d’habitudes. Notre corps aussi est racheté et rendu en Lui digne du plus grand respect et des soins les plus attentifs.
Prenons garde à l’agressivité des mauvaises mœurs qui nous entourent, qui voudraient nous persuader qu’il n’y a aucun mal dans la licence qui aujourd’hui envahit tout : les vêtements, les livres, les spectacles, l’éducation, les coutumes. Et réfléchissons toujours à notre vocation chrétienne qui soumettant la chair à l’esprit, prépare même pour nos membres corporels caducs, souffrants et mortels le sort le meilleur, celui d’être au service de notre vie temporelle et d’être ensuite destinés à la plénitude de la vie céleste.
C’est ce que nous enseigne le mystère pascal.
Avec notre Bénédiction Apostolique.


Audience du Pape Paul VI, 26 mai 1971
L’EGLISE DE L’ESPRIT
Chers Fils et Filles,
Un des enseignements les plus importants, les plus caractéristiques, les plus féconds que le second Concile du Vatican ait laissé à l’Église est celui du mystère de l’Église qui consiste dans l’animation par laquelle elle vit comme Corps mystique du Christ ; et cette animation provient de l’effusion de l’Esprit-Saint, l’Esprit du Christ.
On le savait, peut-on dire, depuis toujours, depuis la Pentecôte, par la doctrine des Pères (citons pour l’Église d’Orient saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire de Nysse ; et saint Hilaire, saint Ambroise, saint Léon-le-Grand pour l’Église d’Occident), par des documents pontificaux récents (de Léon XIII, de Pie XII), et par des études théologiques remarquables (comme celles de Jean Adam Mohler, du cardinal Journet, du Père Congar...) ; mais la catéchèse ordinaire était plutôt orientée à considérer l’Église dans son aspect visible et social, revendiqué pour l’Église spécialement par le Concile de Trente contre certaines hérésies de la Réforme.
28 Sans nier cet aspect et même en l’élevant à la considération d’un signe et d’un instrument de salut (cf. Lumen Gentium, LG 1,48 Sacrosanctum Concilium, SC 26 Gaudium et Spes, GS 5 et GS 45), le récent Concile a fixé l’attention sur l’aspect spirituel, mystérieux, divin de l’Église, sur la « pneumatologie » de l’Église.
Connaître le Saint-Esprit
Si nous voulons être des disciples fidèles du magistère conciliaire, nous devons accroître notre connaissance doctrinale sur le Saint-Esprit. Il y a une vaste littérature nouvelle sur ce magnifique et très fécond sujet (nous citerons à l’usage des spécialistes et pour l’orientation des fidèles l’article sur le Saint-Esprit, dans le Dictionnaire du Concile œcuménique Vatican II, du Professeur T. Federici, Unione editoriale, 1969 ; le volume L’Église enseignée par l’Esprit-Saint, Mélanges..., Duculot 1970 ; G. philips, L’Église, 1P 87, Desclée 1968, etc.).
Cette littérature ne s’étend pas tant sur les recherches théologiques concernant le Saint-Esprit que sur les relations que la troisième Personne de la Sainte Trinité a avec l’Église et avec les âmes en particulier. Ainsi nous sont rappelés les titres qui qualifient les opérations du Saint-Esprit envers l’humanité rachetée et à racheter par le mérite du Christ : Il est par excellence le Saint et le sanctificateur ; Il est le Paraclet, ou notre défenseur et notre consolateur ; Il est le vivifiant ; Il est le libérateur ; Il est l’Amour ; Il est l’Espoir de Dieu, l’Esprit du Christ, la Grâce incréée qui habite en nous comme source de la grâce créée et de la « virtus » des sacrements ; Il est l’Esprit de Vérité et d’Unité, c’est-à-dire le principe de la communion et donc le ferment de l’œcuménisme, la joie de la possession de Dieu ; Il est celui qui donne les sept dons et les charismes, qui féconde l’apostolat, qui soutient les martyrs, l’inspirateur intérieur des maîtres extérieurs ; Il est la voix première du magistère et l’autorité supérieure de la Hiérarchie ; Il est enfin la source de notre spiritualité : fons vivus, ignis, caritas et spiritalis unctio.
Attendre l’Esprit, comme Marie et les Apôtres
Pourquoi vous parlons-nous aujourd’hui de cet immense et ineffable sujet ? Nous vous en parlons parce que nous sommes dans la fameuse « neuvaine » préparatoire à la fête de la Pentecôte ; il faut donc s’arrêter sur les dispositions des âmes pour mieux célébrer cette fête centrale de notre culte catholique, metropolim festorum comme l’appelle saint Jean Chrysostome (), et n’être pas indignes de recevoir le Don par excellence qui est justement le Saint-Esprit, le don effet et signe de l’amour (Sr. thomas, I, 38, 2). Comment reçoit-on ce Don qui est Dieu lui-même dans l’acte de se communiquer ? La préparation la meilleure nous est indiquée par cette attente que les Apôtres avec Marie et les disciples passèrent dans le Cénacle, attendant l’accomplissement de la dernière promesse du Christ, faite avant l’Ascension ; qu’ils attendent, leur dit-Il, d’être baptisés dans l’Esprit-Saint sous peu de jours (cf. Ac 1,5). Et ils attendirent : avec confiance dans la parole du Seigneur, réunis ensemble dans le recueillement et la prière. Il faut avoir les âmes ouvertes, c’est-à-dire purifiées par la pénitence (cf. Ac 2,38) et par la foi ; pénétrées par le sens du temps, de l’heure de Dieu, c’est-à-dire dans le silence et en même temps en communion de charité avec les frères, ayant avec soi Marie, la bienheureuse Mère de Jésus. La dévotion à Notre-Dame commence ici, peut-on dire, lorsqu’est prêt à naître le Corps mystique de son divin Fils, dont elle a engendré le Corps physique. Une triple vision est offerte à notre spiritualité : le Saint-Esprit, Notre-Dame, l’Église.
Ne les séparez pas. C’est une synthèse d’une merveilleuse complémentarité, prévue par le dessein divin, que le Saint-Esprit soit au sommet de votre culte, du culte intérieur spécialement ; un culte qui s’exprimera principalement par une attention vigilante, anxieuse à le posséder, à le garder — dulcis hospes animae ; en termes de catéchisme et réalistes : faites attention à être toujours, toujours dans la grâce de Dieu (cf. 1Co 11,28 Dante, Purg. 1Co 2,39). Et ne suivez pas ceux qui, sous le prétexte d’écarter des anxiétés inutiles et des scrupules fastidieux de la conscience, vous persuaderaient qu’il n’est pas besoin de remettre l’âme dans la grâce de Dieu avant de se présenter à la table eucharistique ou pour vivre en honnêtes chrétiens !
Ensuite, que ne s’attiédisse pas votre dévotion à Marie, qui a eu le privilège de porter le Christ au monde et d’être la Mère spirituelle de l’Église au Cénacle !
Et enfin, ne séparez pas l’Esprit de la Hiérarchie, de l’équipe institutionnelle de l’Église, comme s’il s’agissait de deux expressions antagonistes du christianisme, où l’une, l’Esprit, pourrait être suivie par nous sans le ministère de l’autre, l’Église, instrument qualifié de vérité et de grâce ; l’Esprit, oui, « souffle où il veut » (Jn 3,8) ; mais nous, nous ne pouvons pas présumer qu’il vienne à nous lorsque nous sommes volontairement séparés de ce qui est fixé par le Christ pour nous le communiquer. Qui n’adhère pas au corps du Christ, répéterons-nous avec saint Augustin, sort de la sphère animée par l’Esprit du Christ (cf. In Evang. Joh. Jn 27,6 PL Jn 35,82).


Audience du Pape Paul VI, 3 juin
L’EGLISE, LIEU DE L’ESPRIT DE DIEU
Chers Fils et Filles,
Nous avons célébré la Pentecôte, c’est-à-dire la fête de l’effusion du Saint-Esprit dans le monde d’une manière nouvelle et plus pleine : intention divine évidente d’éclairer les hommes dans un dessein particulier qui est celui de former une communion, une communauté, l’Église, le corps mystique du Christ.
Il vient tout de suite à l’esprit une question : toute l’humanité est-elle envahie par cette effusion ou simplement une partie ? C’est-à-dire : est-ce un plan divin universel ou particulier ? Tous les hommes y sont-ils associés indistinctement ou seulement quelques-uns ? Cette interrogation sous-entend une question personnelle : sommes-nous compris, nous, dans ce dessein providentiel ou en sommes-nous exclus ? Est-ce un don gratuit ou conditionnel ?
L’Esprit-Saint pour moi ?
Ce sont des questions théologiques très élevées, mais qui nous touchent de près et d’une manière pratique. Elles concernent l’économie du salut, elles concernent la conception du christianisme, elles concernent notre destin particulier et personnel. Nous ferons bien d’y consacrer notre réflexion qui, ici et en ce moment, se bornera à quelques phrases de réponse. Telle celle-ci : il nous a été manifesté une intention divine de salut pour tous, universel, catholique : « Dieu... veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4 Ga 3,28 Rm 10,12). Le Christ accomplit une œuvre de rédemption pour toute l’humanité ; et l’Esprit du Christ est envoyé pour « renouveler la face de la terre » (Ps 103,30). Mais l’application de cette grâce rédemptrice, par elle-même cosmique, universelle, est subordonnée à certaines conditions dont l’étude, c’est clair, est très importante : comment pouvons-nous obtenir ce salut du Père par l’action du Christ dans l’Esprit-Saint ?
Une première réponse nous plonge dans le mystère de la liberté divine : « L’Esprit souffle où il veut » (Jn 3,8) ; Dieu sauve qui Il veut (Rm 9,18). C’est le célèbre et impénétrable mystère de la prédestination (Rm 8,29 Ep 1,5 Ep 1,11 1Co 2,7) qui a donné tant de mal à l’esprit des théologiens catholiques (voir st. augustin, De corr. et gr., 8,17 ; PL 44, 925, et st. thomas, 1, 23 et 24) et non catholiques et a tant de fois occupé le magistère de l’Église (cf. Concile de Trente, denz.-schôn., 1540 [805], etc.) : toute notre chance nous est accordée gratuitement par Dieu, sans pour cela que l’exercice de notre liberté soit inutile ni qu’il y ait pour nous une prédestination fatale au mal et à la damnation.
Parole et accueil
Mais il y a d’autres conditions qu’au contraire nous pouvons connaître et même utiliser. La première est la diffusion du plan rédempteur et par conséquent de l’Esprit-Saint par l’annonce, le témoignage, la prédication, l’apostolat, l’activité missionnaire, d’une part et, d’autre part, grâce à l’audition, l’instruction, l’acceptation, la foi. Le plan divin se déroule comme un grand dialogue (cf. Rm 10,14), comme un drame de la Parole de Dieu dans la rencontre de l’effort du ministère apostolique et du libre jeu de l’accueil, de la négligence, du refus de l’homme auquel le ministère s’adresse. L’homme peut-il entrer de lui-même dans le rayon lumineux de la grâce ? Ne suffit-il pas du Livre, c’est-à-dire de l’Écriture Sainte pour le mettre en contact avec l’action salvatrice de l’Esprit du Christ ?
Dans l’Église
Dieu peut tout faire, mais l’économie historico-sociale établie par le Seigneur considère l’Église comme une condition vitale : l’Église maîtresse de vie, l’Église qualifiée dans une fonction spéciale de gardienne, d’enseignante, d’interprète de l’Écriture Sainte, dont la Parole peut être obscure, incertaine et même fausse si elle n’est pas énoncée par des lèvres qui ont le charisme de l’incarner historiquement et logiquement dans l’authentique Vérité qui n’a qu’une seule interprétation.
Paroles difficiles que celles-là ? Nous ne le croyons pas. Vous comprenez bien comment elles se reflètent sur les doctrines et sur les événements qui agitent notre temps et vous en avez peut-être vous-mêmes l’expérience. Le fait religieux, qu’on le veuille ou non, agit sur l’histoire présente du monde dans un sens positif ou négatif ; il se traduit en idéologies qui deviennent des courants, des méthodes pédagogiques, des drames politiques. L’homme moderne, peut-être sans toujours s’en rendre compte, s’oriente en se référant pratiquement au pôle extrême des philosophies humaines et des estimations morales, pôle qui est toujours la religion ; religion rendue vaine ou mythe ou gémissement vers le « Dieu inconnu », ou bien la religion voie, vérité et vie qui est celle du Christ, lumière et force et joie du Saint-Esprit dont l’Église est l’humble mais indispensable lampadaire et le sanctuaire limité mais toujours ouvert.
Heureux êtes-vous, fils et frères très chers, si vous comprenez ces simples mais sublimes choses. Vous partagerez ainsi la passion de l’Église en cette heure dramatique (cf. 2Co 7,5) dans laquelle naissent dans son sein même d’invraisemblables tribulations (qui ne les voit, qui n’en souffre ?) ; mais aussi vous participerez, et c’est cela qui a le plus de valeur, à son vrai et moderne renouvellement et à sa joie spirituelle intérieure inépuisable (2Co 7,4).
Avec notre Bénédiction Apostolique.


Audience du Pape Paul VI, 9 juin
FETER L’EUCHARISTIE
Chers Fils et Filles,
Demain c’est la « Fête-Dieu », la fête consacrée à l’Eucharistie. Chaque fois que la Sainte Messe est célébrée, on rappelle, on renouvelle, on honore le Sacrement de la présence et du sacrifice du Christ sous les signes du pain et du vin et dans l’acte de son immolation rédemptrice. Et c’est là un mystère si grand, si évident dans les symboles qui le représentent et si caché dans la réalité qui y est contenue, et si pleinement nôtre, — nourriture pour notre faim de vie, viatique pour notre pèlerinage dans le temps, amitié toujours disponible, centre et principe d’union ecclésiale, merveille religieuse incomparable et inépuisable —, qu’à un moment donné de l’histoire de l’Église, le XIII° siècle, et en un pays célèbre par l’intensité de sa vie religieuse, la Flandre, que se développa le culte de l’Eucharistie en dehors de la Messe, sur la dévote initiative de la bienheureuse Ida de Louvain, de la bienheureuse Julienne de Liège, tout spécialement, et d’autres saintes femmes émules de celles de l’Évangile qui accoururent les premières au sépulcre, le trouvèrent vide, connurent ainsi et firent connaître la résurrection du Seigneur.
Le Pape Urbain IV, ancien archidiacre de Liège, institua la fête après le miracle de Bolsena par la Bulle Transiturus (1264), restée célèbre et confirmée plus tard par Clément V, premier Pape d’Avignon (1312). C’est la fête du « Corpus Christi » que nous célébrons maintenant par le magnifique office composé par saint Thomas d’Aquin.
Nous ne devons pas nous étonner du fait de l’institution tardive de cette fête par rapport à celles des premiers siècles, et de la diffusion du culte du sacrement de l’Eucharistie : c’est un témoignage de la conscience progressive que l’Église prend des trésors de vérité et de grâce qu’elle porte en elle et de l’amour croissant avec lequel elle répond au grand et mystérieux don divin. Toujours l’Église a eu foi en la présence du Christ dans les espèces sacramentelles, même au delà et en dehors du sacrifice eucharistique (cf. l’envoi des sancta ou du fermentum de la messe pontificale aux titres presbytéraux, ou d’une messe précédente à la messe suivante ; la conservation de l’Eucharistie pour les malades, etc. Cf. Innoc., PL 20, 556 ; Duchesne, Origines..., p. 196 ; denz.-schôn., 835-452, etc.). Et c’est une des preuves que, dans la liturgie de l’Église, le contenu prévaut sur le rite, la res sur le sacramentum ; et nous, par conséquent, nous devons honorer l’Eucharistie pour la Réalité qu’elle nous offre plus encore que pour les formes historiques et rituelles avec lesquelles on la célèbre.
La Présence réelle
La piété eucharistique a une étendue plus grande que celle du bref moment de la célébration de la Cène sacrificielle du Seigneur. Le Seigneur reste dans les espèces sacramentelles, et cette permanence non seulement justifie mais exige un culte qui lui soit propre : spécialement l’adoration, la sainte communion en dehors de la messe si elle n’a pas été possible pendant celle-ci, la procession solennelle, — et c’est le rite particulier de la fête de demain (cf. Faber).
Ceci étant, nous arrêterons aujourd’hui notre attention sur un comportement spirituel de vigile : la préparation.
L’accès à l’Eucharistie demande une préparation. Il suffit de penser à ce qu’est la sainte communion à laquelle nous sommes invités d’une manière si pressante par l’Église et par le caractère particulier de ce sacrement. Toujours l’avertissement de la présence de Dieu inspire à l’homme plus de crainte que d’attrait (cf. Lc 5,8) ; mais l’Eucharistie, sous les aspects de la nourriture et de la boisson, exerce tout de suite l’attrait plutôt que la crainte ; c’est par la forme la plus familière, la plus invitante qu’elle se présente, et comme si elle nous appelait : « Venez tous à moi... » (cf. Mt 11,28 Imitation J. C., IV, Mt 1).
Mais cette rencontre ineffable de notre âme avec le Christ vivant et vrai ne peut se produire sans un profond respect, sans un effort de compréhension, sans un hommage à la volonté même de Dieu qui nous attend et nous invite. Qu’est-ce que le Seigneur veut de nous quand nous nous approchons de la sainte Eucharistie ?
31 Oh ! ici les maîtres de la dévotion ont dit tant de très belles choses... Choisissons-en trois que nous ne devrions jamais oublier.
« Mysterium fidei »
La première est la foi. C’est du « mystère de la foi » par excellence que nous osons nous approcher ; nous ne devrons jamais oublier la foi, c’est-à-dire la force agissante de la parole de Dieu, avec le témoignage de l’Église, alors que nous entrons dans cette sphère des réalités que la parole de Dieu, du Christ, nous révèle présentes et agissantes. Disons avec l’humble personnage de l’Évangile : « Je crois, Seigneur, mais viens en aide à mon incrédulité » (Mc 9,23). Quelles analyses psychologiques, quelles effusions spirituelles nous offrent de telles paroles : Et c’est ce que le Christ demande à ceux qui Le cherchent, Lui, comme aliment de vie éternelle. Il enseigne : « L’œuvre de Dieu (que vous devez faire), c’est que vous croyiez en Celui qu’il a envoyé » (Jn 6,29).
Celui qui mange et boit indignement
Et puis, il faut un examen de conscience. Saint Paul, justement lorsqu’il développe aux Corinthiens la catéchèse sur l’Eucharistie, dit gravement : « Quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du Corps et du Sang du Seigneur. Que chacun donc s’examine soi-même avant de manger ce pain et de boire à ce calice, car celui qui mange et boit indignement mange et boit sa propre condamnation, s’il n’y discerne pas le Corps du Seigneur » (1Co 11,27-29). Il faut avoir l’âme pure, il faut avoir retrouvé la grâce par la pénitence, le sacrement de la réhabilitation avant de s’approcher du baiser du Christ. Aujourd’hui il en est qui essayent de dispenser les fidèles de cette condition indispensable ; mais sont-ils « fidèles » ceux qui s’en dispensent ?
Laisse là ton offrande...
Et finalement une troisième préparation, prescrite elle aussi par le Christ. Il nous déclare dans le Sermon sur la montagne : « Quand tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens d’un grief que ton frère a contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors présente ton offrande » (Mt 5,24). C’est dire que l’on ne peut aspirer à la communion avec Dieu, avec le Christ si l’on n’est pas en communion avec ses frères. Il faut une préparation de charité fraternelle si nous voulons jouir du sacrement de la charité et de l’unité qu’est l’Eucharistie. Là aussi, quelle leçon ! Quelle transformation des cœurs exige notre fréquentation de la sainte communion ! Quelle fécondité pratique et sociale peut et doit engendrer notre piété religieuse ! la paix, le pardon, la concorde, l’amour fraternel, la bonté ! quelle atmosphère doit entourer l’acte surhumain de la communion avec le Christ ! Choses connues, oui ; mais quelles choses ! Nous vous répéterons, pour conclure, les paroles de Jésus : « Sachant cela, heureux serez-vous si vous le mettez en pratique » (Jn 13,17).
Que chacun y pense.
Il s’agit de notre préparation à la Fête-Dieu.
Que ce soit valable pour tous, avec notre Bénédiction Apostolique.
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