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Audience du Pape Paul VI, 8 septembre 1971
LORSQUE VIENDRA LE TEMPS DE LA RESTAURATION UNIVERSELLE
Chers Fils et Filles,
Toujours fidèles à Vatican II, Nous estimons que pour en comprendre la doctrine générale, il est utile de méditer sur un terme qui revient fréquemment dans les documents conciliaires : Eschatologie. D’origine grecque, ce mot résonne mal à l’oreille d’un profane, peu accoutumé au langage biblique et théologique. Il signifie : science des fins dernières ; en effet, « escatos » veut dire dernier. Toute la conception de la vie chrétienne en est imprégnée ; son influence est grande sur l’histoire et le temps. Il embrasse la destinée humaine au-delà ; de la mort, ce que le catéchisme appelle novissimi, les fins dernières, c’est-à-dire la mort, le jugement, l’Enfer et le Paradis. Mais l’eschatologie domine surtout la conception du dessein de Dieu sur l’humanité, sur le monde, sur l’épilogue glorieux et éternel de la mission du Christ ; cette conception nous rappelle une Église en marche vers une autre vie, non pas établie définitivement sur la terre, mais provisoire et tendue dans un messianisme qui se réalisera au-delà du temps.
Tendus vers l’au-delà
La vision de l’au-delà est d’une importance considérable : existe-t-il un au-delà ? Lequel ? Comment pouvons-nous le connaître ? Quelle influence les réponses à ces questions auront-elles sur l’existence terrestre ? Notre vie, s’achève-t-elle ici, sur la terre ou continue-t-elle, en quelque sorte, dans un autre monde ? L’évaluation des valeurs humaines et temporelles, c’est-à-dire la philosophie de la vie, dépend de la certitude ou même de la supposition de l’existence d’une vie future (cf. pascal), elle dépend de l’immortalité de l’âme et de sa responsabilité face à un Dieu qui juge. De plus, le sort de chaque vie humaine n’échappe pas au dessein général de l’humanité. Et, si Dieu en a pressenti le but, la réalisation de ce but, c’est-à-dire la fin de la scène humaine dans le temps, devient, de par la curiosité légitime et implacable qu’elle éveille, extrêmement intéressante.
L’au-delà, la réalité eschatologique, revêt donc trois sens : la condition de notre être personnel après la mort ; le royaume de Dieu et du Christ après sa résurrection et la fin du monde ; en troisième lieu la réalité surnaturelle. Voici tout l’intérêt de l’eschatologie : la fin de l’homme et du temps qui atteint le but ultime de l’humanité et de l’histoire, préétabli par Dieu.
Voyons comment le Concile nous présente les choses. La lumière de la foi éclaire l’immense tableau mystérieux du temps présent et de l’au-delà, où l’Église n’est autre que le dessein de Dieu tracé dans le champ de l’univers et où Elle révèle son propre caractère eschatologique.
La Constitution conciliaire qui concerne l’Église affirme : « L’Église, à laquelle nous sommes tous appelés en Jésus-Christ, et, dans laquelle, par la grâce de Dieu, nous acquerrons la sainteté (notre finalité personnelle), ne s’accomplira que dans la gloire du Ciel, lorsque viendra le temps de la restauration universelle (cf. Ac 3,21) et lorsque, avec le genre humain, le monde, qui est intimement uni à l’homme et qui, avec lui, atteint son but, sera totalement restauré dans le Christ (cf. Ep 1,10 Col 1,20 P Col 3,10-13).
Le temps de l’espérance
Que de vérités avons-nous donc à apprendre ! Une sagesse gouverne le monde et développe en lui un plan providentiel pour l’humanité. Ce plan devient logique et agissant dans le Christ et, par Lui, dans l’Église.
L’Église est in fieri, en devenir ; elle n’a pas atteint son état complet et parfait, elle est en marche sur terre et dans le temps. Il existe une vie future. Il existe un règne à venir, où la lumière, la vie, le bonheur seront donnés pleinement et sans limites. Même la création dépassera cet état présent, toujours en processus d’évolution et qui subira une métamorphose pour une nouvelle perfection (cf. Rm 8-22). Nous traversons la phase de notre existence, comprise entre un stade initial et un état supérieur, eschatologique. Nous sommes dans le temps de l’espérance (ibid. 8, 23-25).
Ainsi, nous sommes à même de répondre à ceux qui, dans leur interprétation des événements eschatologiques du Nouveau Testament, soutiennent, qu’avec la venue du Messie, ces derniers sont déjà réalisés et qu’il n’y a rien d’autre à attendre. Le Christianisme, disent-ils, concerne le présent, non l’avenir. Nous nous en tenons aux paroles du Seigneur qui nous assurent qu’avec sa venue dans le monde, le Royaume de Dieu est déjà parmi nous (cf. Lc 17-21). Au sein de l’Église, animée par le Saint-Esprit, nous possédons les immenses richesses de la vie nouvelle. Mais, ensuite, par l’inspiration prophétique qui anime tout l’Évangile, le Christ nous avertit que sa venue dans l’histoire n’est pas la dernière. La dernière, la venue eschatologique, que nous appelons aussi Parousie, c’est-à-dire présence, avènement, apparition, aura lieu « au jour du Seigneur » (cf. Is 2,12 Is 13,6 etc. ), lorsque le Christ reviendra pour juger les vivants et les morts, pour inaugurer la théophanie finale, la vision béatifique de l’éternité.
53 Sur ce thème apocalyptique, nous nous souvenons tous des grands discours du Seigneur dans lesquels les prévisions se superposent mystérieusement et sur lesquels un examen attentif et conforme aux interprétations de l’Église s’impose.
Nous avons la certitude des catastrophes eschatologiques, mais nous ignorons quand et comment (cf. Mt 24,36-44 Ap 3,3 etc. ).
Par un châtiment éternel possible
Nous ne pourrons jamais nous faire une image, fût-elle fantastique, du monde eschatologique ; les prophéties de l’Apocalypse s’expriment dans un langage figuré, difficile à interpréter. Les artistes et les poètes, dans leurs tentatives les plus véhémentes, en restent à des représentations arbitraires (Divine Comédie de Dante et Paradis Perdu de Milton). Cette ombre de mystère, qui cache la vision du monde futur, est à l’origine de théories inacceptables sur le messianisme de Jésus, comme s’il était, selon Weiss et Loisy, purement eschatologique et imminent. Cette ombre a donné lieu à des critiques très négatives sur l’interprétation de l’Évangile et sur la mentalité des premiers chrétiens. Le monde moderne y trouve prétexte à éluder le problème du destin de l’homme ; on parle peu des fins dernières et peu sont ceux qui osent en parler. Mais le Concile nous rappelle les vérités eschatologiques nous concernant, y compris cette vérité terrible d’un châtiment éternel possible, l’Enfer, dont le Christ a parlé sans réticences (cf. Mt 22,13 Mt 25,41). Le chapitre VII de Lumen Gentium résume clairement la doctrine eschatologique de l’Église, doctrine qui revient également, dans d’autres textes conciliaires (Ad Gentes, Gaudium et Spes, Lumen Gentium) pour nous, expliquer le dessein divin de notre Salut, dont tout l’enseignement du Concile veut être l’expression.
« Viens, Seigneur Jésus »
Aujourd’hui, la sécularisation tend à nous faire oublier la peur du risque où se joue notre destin. Un recours facile aux attitudes charismatiques et prophétiques donne à certains l’illusion ambitieuse de pouvoir légiférer à leur gré sur toute la morale chrétienne et la destinée de l’homme. Mais, les enseignements du Concile sur les buts eschatologiques de notre existence, dont la réalité nous est garantie par la Parole de Dieu et le Magistère de l’Église, guident notre marche dans le temps, tandis que notre cœur soupire : « Viens, Seigneur Jésus » (Ap 27,20). Répétons, nous aussi, la conclusion eschatologique du Nouveau Testament : « Viens, Seigneur Jésus ».
Avec notre Bénédiction Apostolique.


Audience du Pape Paul VI, 15 septembre
LE MYSTÈRE DE LA CROIX
Chers Fils et Filles,
L’Église a célébré hier l’Exaltation de la Sainte Croix. D’origine très ancienne, cette fête a été instituée, selon les historiens, à Jérusalem, où l’empereur Constantin avait fait construire deux basiliques, l’anastasis et le martyrion qui chaque année accueillaient évêques, ecclésiastiques et fidèles venus de toute part vénérer les reliques de la Croix du Seigneur. Cette cérémonie a prévalu sur celle de la consécration et a donné le nom à la fête que nous célébrons encore aujourd’hui. De la Palestine, elle est arrivée jusqu’en Occident et a été célébrée à Rome en la Basilique du Sauveur au Latran et à Ste Croix en Jérusalem. L’autre solennité (3 mai), celle de la découverte de la Croix, Inventio, plus récente, d’origine gallicane, a été effacée du Calendrier, réformé après le Concile, réalisant ainsi un projet proposé en vain, voici près de deux siècles, par le Pape Benoît XIV.
Après cet aperçu liturgique, nous voulons faire deux considérations conformes au style de nos audiences générales. Sur ce thème aussi, interrogeons le Concile. Que nous dit-il sur la Croix du Christ ? Par cette question même, nous passons du culte de la Croix, instrument de la Passion du Christ, au mystère de la Croix, symbole de la Rédemption, marque de honte pour Jésus crucifié et signe de l’unique et suprême Salut pour nous et pour le monde (cf. st. thomas, III, 25, 4 à 1).
54 Les documents conciliaires ne parlent pas de la crucifixion et n’énoncent pas les dogmes de la Rédemption ; ils ne constituent pas une histoire et encore moins un catéchisme ou un traité de théologie ; ils sont imprégnés de la doctrine du Salut, d’où leur référence continue à la Croix qui a vu s’accomplir le sacrifice rédempteur, et de laquelle, comme d’un symbole des plus expressifs, rayonnent l’histoire, la mémoire, l’efficacité et le mystère du Christ Sauveur. La Croix est le signe de notre religion, l’image sensible de notre foi.
Mystère pascal
Le Concile dit que, sur la Croix, s’est accompli un vrai sacrifice religieux de Jésus, Prêtre et Victime à la fois (c’est, là, un aspect théologique profond), Saint Sacrifice qui, dans la Messe, se reflète et se renouvelle pour nous (cf. Sacrosanctum Concilium, SC 5, 7, 47 ; Lumen Gentium, LG 3) ; il répétera, plusieurs fois (Lumen Gentium, ibid. ; Dignitatis Humanae, DH 11), les Paroles du Seigneur : « Et moi, élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12,32-33), qui voulaient signifier, par là, de quelle mort il allait mourir. Nous pourrions trouver, dans les textes du Concile, d’autres passages se référant à là Croix, tirés de citations bibliques ; Croix, instrument de réconciliation et de paix entre Juifs et Gentils (cf. Ep 2,16 Nostra Aetate, NAE 4), instrument de libération de l’esclavage du péché (Gaudium et Spes, GS 2) et de purification des activités humaines (Gaudium et Spes, GS 37).
Mais l’œuvre de Rédemption de Jésus, accomplie sur la Croix, devient une idée-force, englobant théologie et spiritualité, dans l’expression « Mystère Pascal » qui synthétise tous les faits composant l’œuvre de Salut du Christ : Sa Passion et Sa Mort, la Résurrection et l’Ascension au Ciel ; faits accomplis non seulement dans la Sainte Humanité du Seigneur Jésus, mais dans sa vertu de communiquer avec tous ceux qui croient en Lui (cf. Sacrosanctum Concilium, SC 5 Rm 4,23-25). Mystère Pascal veut donc dire : passage (Pâques, en effet, signifie « Phase », transit, passage du Seigneur ; cf. Ex 12,11) de la mort à la vie, de l’état présent à l’état surnaturel, eschatologique, passage effectué par le Christ à travers Sa Passion et Sa Mort et célébré, ensuite, par Sa Résurrection et Son Ascension à la Droite du Père. Nous aussi, nous pouvons franchir ce passage par notre foi, par les sacrements, en suivant le Christ.
La Croix et la Gloire
La Croix ne décrit pas toute la réalité du Salut ; cette dernière comprend aussi cette nouvelle vie qui suit la tragédie du Calvaire et constitue la Gloire du Christ. Cette nouvelle vie nous est donnée par la grâce, avec la promesse de nous faire participer à la même Gloire de Notre Seigneur.
C’est le Mystère Pascal, mentionné désormais dans tous les discours religieux. La Croix y occupe une place visible et décisive que nous pouvons mieux connaître : c’est l’union de la faute avec l’innocence, la rencontre entre la cruauté et la bonté ; c’est le duel entre la mort et la vie ; c’est aussi la composition de la justice avec la miséricorde ; c’est la rançon de la douleur dans l’espérance ; c’est le triomphe de l’amour dans le sacrifice. Le peuple fidèle comprend toutes ces réalités et d’autres encore, le Vendredi Saint, lorsqu’il suit pieusement le Chemin de la Croix auquel il ne manque qu’une seule station pour compléter le Mystère Pascal : la Station de la Résurrection.
La Croix nous parle en silence
Un examen de conscience s’impose ici : Voyons-nous le reflet de la Croix du Christ sur l’écran de notre vie moderne et le vivons-nous dans la pensée et dans l’action ? La Croix est toujours présente dans les esquisses de nos paysages ruraux ; elle n’a pas disparu et orne encore dignement de nombreux établissements civils et les murs de nos maisons. Le Christ est là, présent, mourant, et nous parle en Silence, avec son langage de souffrance rédemptrice, d’espérance qui ne s’éteint pas, d’amour qui gagne et qui vit. Ceci est beau, fort. Au moins, par ce signe encore, nous sommes chrétiens.
On tente d’abattre la Croix
Mais cet arbre tragique et lumineux de la Croix, domine-t-il encore nos consciences ? Le Christ crucifié n’est-il pas devenu, pour nous aussi, « scandale et folie » comme pour les Juifs et les Grecs ? (cf. Co 1, 23-25 ; Ga 5,11 Ep 2,14-16).
55 Nous savons, tous, que si nous sommes vraiment chrétiens, nous devons participer à la Passion du Seigneur (cf. Col  1,24) et porter notre Croix, chaque jour, comme Jésus (cf. Ga 6,14). Hélas ! aujourd’hui, nous constatons que partout et même dans les milieux chrétiens, on tente d’abattre la Croix, là où elle est nécessaire, dans la conscience du péché auquel, elle seule, peut porter remède. Mais, de nos jours, le remède n’est qu’indifférence morale, absence de préjugés ; le péché n’existe pas, il est « tabou », fruit de la fantaisie des faibles ; il s’annule, ôtant toute sensibilité morale, abolissant tout scrupule, étouffant tout remords. Que reste-t-il alors à l’homme, s’il trompe et dégrade ainsi sa propre personne ? Et tout notre effort de réconcilier l’homme avec le monde imprégné de mal ? (cf. Jn 5,19). N’est-ce pas, là, une manière hypocrite de faire disparaître la Croix pour rétablir maladroitement la barrière qu’elle avait dressée aux confins des deux royaumes, de Dieu et du Démon ? Pour nous sentir hommes, nous glissons sur les sentiers équivoques de la sécularisation et croyons sauver le monde en nous confondant avec ses goûts, ses coutumes. Ne risque-t-on pas, ainsi, de réduire à néant la Croix du Christ ?
Réfléchissons, si nous voulons être authentiques. Ne craignons pas que la Croix affaiblisse ou attriste notre vie, si elle porte avec amour les stigmates douloureux et glorieux : « Le Christ crucifié est la vertu de Dieu, la Sagesse de Dieu ».
À vous, par le signe de la Croix, notre Bénédiction Apostolique.


Audience du Pape Paul VI, 22 décembre
NOËL : EXHORTATION À LA RECHERCHE DE DIEU
Chers Fils et Filles,
Noël nous engage à la recherche de Dieu. Nous savons très bien qu’il s’agît là d’un problème complexe qui se pose toujours sous des formes nouvelles, même si on a tendance à le considérer désormais dépassé. Pourquoi ? Les réponses sont si nombreuses qu’elles laissent des doutes sur leur valeur. Dieu est mort, ose-t-on dire. Comment cela se fait-il ? on l’a écrit. Dit et écrit par d’autres ; qu’en pensez-vous ? Nous ne savons pas très bien mais... on peut s’en passer. Qui peut s’en passer ? Le monde, le cosmos, l’être des choses sont-ils une raison suffisante de leur existence ?
Il est tout à fait absurde de penser cela sans sombrer dans le panthéisme. On admet alors que le problème est insoluble et qu’il est par conséquent inutile dé se le poser. On finit par conclure que la folle déclaration sur la mort de Dieu se réfère non pas au monde dans lequel nous vivons et dont nous ignorons comment et pourquoi il existe, mais à notre esprit dans lequel la pensée de Dieu n’est plus. Nous, modernes, nous ne serions plus capables d’exercer notre intelligence sur cet Objet impossible à atteindre ; nous nous contentons de l’expérience sensible, aujourd’hui si favorisée par la technique des sons et des images et par le plaisir des sens et des sentiments. Nous nous contentons de la connaissance scientifique qui, de nos jours, envahit notre pensée et dont les applications en ont fait la dominatrice du monde. Cela vous suffit-il ? Oui, nous n’en demandons pas davantage ; telle est actuellement la réponse la plus commune.
Mais, nous, nous disons que ce n’est pas suffisant. Et pour soutenir cette conviction, nous avons le témoignage de ceux-là mêmes qui la réfutent. Le discours serait long et peut-être polémique mais il peut conduire à cette conclusion : l’athéisme, dans sa logique propre, doit parvenir à une nouvelle affirmation ou au moins à la recherche d’un Principe, immanent ou transcendant, mais être en soi et cause de soi, que nous devrons appeler à nouveau, Dieu. C’est la nécessité intrinsèque de la rationalité qui exige que l’on dépasse cet arrêt de l’esprit. Cela est d’autant plus vrai que nous sommes convaincus que plus l’homme avance dans le progrès, l’expérience, la connaissance, l’usage des choses, plus il sera contraint de terminer son effort dans l’adoration. Car, de tout ce qui est conquis par cet effort, jaillit, impératif et doux, le besoin religieux. Plus les choses sont connues, plus elles parlent et « annoncent la gloire de Dieu » ; elles se déclarent d’elles-mêmes les effets d’une Cause supérieure, démontrent d’être les signes d’une Pensée dominante, nous rapprochent de l’Etre Suprême et Unique qui, selon la synthèse de St. Augustin est « la cause de l’existence, la raison de la connaissance et l’ordre de l’action » (cf. st. augustin, De Civ. Dei, VIII, 4 ; PL 41, 228). Dieu lui-même « a mis sa lumière dans nos cœurs pour nous montrer la grandeur de ses œuvres ; nous louerons son Saint Nom racontant la grandeur de ses œuvres » (cf. Eccl Qo 17,8).
Victoire de Dieu ? Triomphe de la religion ? Attention : toute cette étude sublime et tourmentée, connaissance et amour, concerne la rationalité naturelle qui arrive à la certitude de l’existence de Dieu mais demeure encore nébuleuse, disons même ignorante quant à l’essence de Dieu (ST. thomas, Summa Contra Gent., 1, III). Dieu est mystère. Nous ne pouvons avoir de Lui qu’une notion indirecte ; nous le connaissons comme principe par le rapport que toute chose doit avoir avec Lui. Dieu en lui-même ne peut être l’objet d’une science purement naturelle. Ce fait peut expliquer pourquoi tant de penseurs reculent devant les conclusions insuffisantes de cette religion, construite avec les seules forces de la raison humaine. Parfois ils retombent dans le doute ou dans le scepticisme ou même dans la négation. La religion devient alors pour les savants, les esprits rationnels, pour tant d’hommes de notre temps, un tourment, une inquiétude, un problème non résolu et marginal, plutôt qu’une paix de l’âme.
C’est le premier point dont nous voulions vous parler à l’approche de Noël. Il existe dans l’esprit humain une aspiration profonde, une nostalgie mystique, une certaine disposition innée à comprendre Dieu davantage ; il existe un espoir de pouvoir l’atteindre. L’esprit humain a l’intuition que la plus petite goutte de la connaissance du Dieu vivant le remplirait d’une joie ineffable. Les mystiques connaissent bien cette insomnie de l’âme humaine. Nous pourrions en citer quelques-uns : rappelons par exemple deux juifs, Bergson (Les deux sources) et Simone Weil (Attente de Dieu) ; et tous les hommes au cœur pur sont, dans un certain sens, mystiques, car comme le Christ l’a proclamé, ils sont appelés à « voir Dieu ». En ce Noël, nous devrions tous avoir le cœur pur, nous faire humbles et petits, afin de jouir du don tant soupiré et inattendu de la Révélation du Dieu fait Homme. Savoir attendre, savoir vouloir, savoir recevoir.
Nous arrivons au deuxième point qui nous tient à cœur. Oui, Dieu s’est révélé. Dieu s’est manifesté, Dieu est venu vivre et demeurer parmi nous. C’est là le prodige. C’est Noël. C’est la vie chrétienne, commencement et gage de notre union à la vie de Dieu. Depuis des siècles, tout au long de l’Ancien Testament, Dieu avait commencé à chercher l’homme. Nous étions des chercheurs myopes et incapables « d’escalader » le Royaume de Dieu. Le Royaume de Dieu est venu avec le Christ à notre recherche, recherche universelle de l’humanité, recherche personnelle de chacun de nous.
C’est Noël, soyons présents à cette rencontre.
Avec notre Bénédiction Apostolique.


Audience du Pape Paul VI, 29 décembre
NOËL NOUS INVITE À CHERCHER DIEU
Chers Fils et Filles,
Nous sommes dans le temps liturgique qui prolonge la fête de Noël. Par conséquent, nous vous parlerons aujourd’hui encore de la Nativité.
Nous y sommes invités par le mystère de l’Incarnation qui, à Noël, manifeste son avènement, s’insère dans l’histoire, se situe dans un lieu déterminé de la terre, à Bethléem, foyer des prophéties messianiques, source de la tradition chrétienne qui s’est répandue dans le monde et est arrivée jusqu’à nous. Ajoutons à cela les richesses théologiques spirituelles, folkloriques qui font de cette fête de Noël l’une des plus belles et des plus solennelles de l’année.
Mais comprenons-nous réellement son sens doctrinal si complexe ? Après nous avoir ravis par là beauté de la scène évangélique où simplicité, pauvreté, poésie, terre et ciel, lumières et ténèbres se rencontrent, Noël nous pose de graves problèmes tant pour sa compréhension doctrinale que pour les bienfaits dont il comble tous ceux qui osent timidement s’en approcher, leur offrant même un motif de distraction : manifestations profanes qui définissent Noël dans les coutumes populaires et même mondaines.
Au cours de cet entretien, notre intention n’est pas de donner une preuve d’érudition ou encore moins de vous apprendre quelque chose de nouveau ou d’original. Nous voulons vous parler brièvement des trois aspects principaux de Noël qui peuvent être classés dans trois périodes de l’histoire de l’Église.
Pendant les trois premiers siècles du christianisme, — c’est la première période — Noël n’avait pas une célébration liturgique propre, sa date variait et son seul but n’était pas d’exalter la naissance du Christ mais de remplacer la fête païenne du soleil (« soleil invincible » en l’honneur duquel l’Empereur Aurélien fit édifier à Rome un temple magnifique 274 a. J.C.) par celle du Christ, Soleil de l’humanité. Mais, assez rapidement, l’idée doctrinale mise en valeur par la naissance du Christ est celle de Sa divinité ; c’est l’apparition du Fils de Dieu fait Homme qui attire l’attention. L’Église contemple le mystère de l’union hypostatique, c’est-à-dire de la double nature du Christ, divine et humaine, vivant dans l’Unique Personne du Verbe. Ainsi ont fait St. Jean Chrysostome, St. Augustin et St. Léon Le Grand. Noël est défini par une théophanie : Le Christ dans l’humilité c’est Dieu avec nous (cf. st. augustin, Sermones in Natale Domini ; PL 38, 995 ss. ; Humilis Deus, de cath. rud. IV ; PL 40, 366). Les paroles de tendresse pour l’Enfant Jésus ne manquent pas dans cette littérature magnifique, par exemple St. Ambroise s’exprime ainsi en commentant l’Évangile de St. Luc : « Me illius infantiae vagientis abluunt fletus, mea lacrymae illae delicta laverunt », les larmes de cet enfant en pleurs lavent mes fautes (PL 15, 1649). La célébration de Noël est fondée entièrement sur la divinité du Christ : le Concile de Nicée (325) affirme contre les Ariens, la divinité du Christ ; ceux de Constantinople (381), d’Éphèse (431) et de Chalcédoine (451) offrent le tableau théologique de la divinité (Dieu, Un et Trine), celui de la Maternité humaine et divine de la Vierge, celui de la christologie dans sa formule essentielle et complète. C’est la source principale de la liturgie de Noël.
La piété médiévale, sans rien ôter au contenu doctrinal est caractérisée par l’attraction envers l’humanité du Christ, de l’enfant Jésus ; cette théologie éclaire la personnalité humaine du Sauveur, une affectivité plus grande caractérise Noël. La scène de la crèche éveille l’intérêt des fidèles. Déjà St. Jérôme, dans l’éloge funèbre de Paule, veuve romaine établie en Palestine, décrit la piété de la pèlerine qui visite Bethléem, entre dans la grotte de la Nativité « in specum Salvatoris », regarde avec les yeux de la foi « oculis fidei » et imagine « infantem pannis involutum, vagiantem in praesepi », l’enfant Jésus enveloppé dans ses langes qui vagit dans la crèche (Ep 108,10 PL Ep 22,66). Le modèle de la crèche déjà esquissé par St. Luc, s’impose. La crèche n’est pas un élément figuratif de la liturgie mais une représentation populaire qui manifestera toujours la foi, la piété, l’art et le sentiment du peuple chrétien et fera la joie des enfants, des pauvres, des humbles, des familles et des Saints.
Qui peut oublier que c’est dans la nuit de Noël 1223 à Greccio, que St. François a mis dans une grotte un bœuf, un âne, un peu d’avoine, composant ainsi la première crèche où il ne manquait que les personnages de l’Évangile. La messe a été célébrée près de la grotte (cf. Tommaso da Celano 1, 84-87). La dévotion à la crèche a des antécédents historiques importants : le Pape Sixte III, constructeur de Sainte Marie Majeure, dite Sancta Maria ad praesepe, en a reproduit une dans un oratoire et son successeur, Sixte V l’a faite transporter par Fontana dans la Chapelle du St. Sacrement où, du reste, elle se trouve encore. Il existe toute une tradition d’écrivains et de Saints séduits par l’enfance de Jésus et parmi eux St. Bernard (cf. Sermones ; PL 183, 87-152 ; 383, 398). Ce sentiment de cordialité à l’égard du Christ, de l’Enfant Jésus, caractérise notre piété actuelle. C’est bien. C’est un sentiment plein de sympathie, de familiarité, de poésie et cela fait honneur à l’humanité du Christ. Pensons à l’Enfant Jésus de Prague et ici, à Rome, à celui de l’Aracoeli.
73 La dévotion à l’enfance du Christ marque la troisième période, la nouvelle spiritualité qui se dégage du mystère de la crèche. Le Cardinal Pierre de Bérulle (1575-1629), grand maître spirituel, fidèle à son principe d’associer le dogme à la piété, mettra en valeur la dévotion au Verbe Incarné et fondera l’école spirituelle, enseignant ainsi à contempler « les états » de Notre Seigneur dans sa vie temporelle et éternelle, bien avant ses actions. L’un de ces premiers états est l’enfance qui dans l’âme chrétienne doit être le reflet de la contemplation et de l’assimilation de cet état de vie. Nous savons que « tous Ses jours et tous Ses moments sont adorables », mais désormais, la dévotion à l’Enfance de Jésus a trouvé chez Bérulle son promoteur. D’autres disciples l’ont suivi (cf. H. Brémond, Histoire litt. du Sent. Rel., volume III).
Disons maintenant un mot de celle qui a su nous enseigner « l’esprit d’enfance », Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. L’enfance spirituelle représente l’un des courants les plus vivants de la religiosité de notre temps. Il n’a rien de puéril ni d’affecté. Il s’exprime simplement, d’une manière innocente selon la parole paradoxale mais toujours divine de Jésus : « Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux » (Mt 18,3). Et Jésus a donné d’autres paroles d’apologie de l’enfance (Mt 11,25 Mt 18,4 Mt 19,14 Mt 25,40). Le fondement évangélique de cette spiritualité ne saurait être plus autorisé et celle-ci se développe dans une humilité non seulement morale mais théologique et métaphysique, semblable à celle de la Vierge (Lc 1,38-48) ; humilité de la sagesse qui a le sens de la transcendance de Dieu et de la dépendance absolue de la créature envers son Créateur ; humilité d’autant plus justifiée que nous sommes une chose, puisque tout dépend de Dieu et que la comparaison de toute chose avec l’Infini nous oblige à baisser la tête. Et cette école spirituelle unit la confiance à l’humilité car Dieu nous a donné d’innombrables signes de sa bonté et de son amour. Si Dieu veut être appelé Père, notre esprit doit se remplir de sens filial, d’une filiation, d’une enfance pleine de foi et d’abandon. C’est l’enfance spirituelle qu’à l’École de la Tradition, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus résume ainsi : « C’est le chemin de la confiance et de l’abandon total ».
Retenons ces paroles comme fruits de Noël.
Nous avons contemplé le mystère de Noël, mystère de bonté et d’humanité. Nous déplorons d’autant plus les événements du monde qui en ces jours nous offre le triste spectacle de conflits irréductibles, de vengeances, de bombardements, de violence, comme si cela pouvait servir à préparer la paix.
Face à cette misère de l’humanité à tant de menaces de dépravation de la valeur des biens suprêmes, face à cette souffrance des populations innocentes, nous devons élever vers Dieu de nouvelles prières pour la concorde et la recherche de voies pacifiques de réconciliation, sans jamais oublier la Loi du Christ « Bienheureux les doux car ils posséderont la terre » (Mt 5,4).
Avec notre Bénédiction Apostolique.


Audience du Pape Paul VI, 2 février 1972
L’OFFRANDE : HOMMAGE D’OBEISSANCE ET DE FIDELITE
Chers Fils et Filles !
L’Église nous invite à célébrer aujourd’hui une double fête : la Purification de Marie et la Présentation de Jésus au Temple (Lc 2,22 ss.), selon le rite hébraïque (cf. Lv 12,2-8 Ex 13,2). La commémoration de cet événement qui, dans la tradition chrétienne, s’est développé sous des formes et dans des périodes différentes, tant sur le plan liturgique que populaire, se prête à des considérations spirituelles variées. Le rite de la bénédiction des cierges est demeuré pour nous le trait le plus caractéristique de cette solennité. Cela est dû, sans doute, à l’importance donnée à Jérusalem à cette célébration, dès la fin du IV° siècle, ou peut-être à la procession nocturne instituée par le Pape Gélase pour remplacer les cérémonies de purification païennes que l’on célébrait au mois de février (cf. mj righetti, Manuel de St. Lit., II, 84). Aujourd’hui, ce rite est transformé. Il est devenu offrande, une offrande que vous venez déposer et à laquelle nous voulons conférer la plus haute des valeurs : le cierge devient le symbole d’une oblation sacrée, en souvenir de celle de l’enfant Jésus présenté à Dieu, ainsi qu’il est écrit dans la Loi du Seigneur : “ Tout garçon premier né sera consacré au Seigneur ” (Lc 2,22). Cette oblation sacrée veut professer l’hommage d’obéissance et de fidélité à l’Apôtre Pierre, en la personne de son successeur, l’Évêque de Rome.
Si nous voulons arrêter un instant notre attention sur cet aspect de la cérémonie, nous devons comprendre l’intention et le sens d’une oblation. Une oblation qui voit dans le cierge son symbole, son langage si simple et si profond. Que représente le cierge dans la liturgie ? La religion catholique sait s’emparer magnifiquement des signes matériels ; elle en fait son trésor sacramentel, artistique et, de surcroît, mystérieux et sacré. Un cierge est une lumière. Vous rappelez-vous la cérémonie du Samedi Saint, lorsque dans l’Église obscure et vide de la présence du Christ, les fidèles vibrent d’étonnement et de joie quand, au moment de l’allumage du cierge, le diacre crie par trois foi : Lumen Christi ! ? Ainsi, la lumière est cet instant de la vie chrétienne, de la révélation divine qui resplendit dans les ténèbres de l’univers et dans la cécité infinie de l’esprit humain. C’est une lumière qui met l’homme en rapport avec les choses, avec les autres hommes, avec le temps, avec la vie. Relisez le prologue de St Jean : “ La vie était la lumière ” (Jn 1,14). Et rappelez-vous la théologie évangélique de la lumière : la lumière, c’est le Christ ! “ Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde ” (Jn 9,5). Et c’est nous qui sommes la lumière, nous-mêmes qui la recevons de Lui. “ Vous êtes la lumière du monde ” (Mt 5,14) nous dit Jésus.
Mais comment recevons-nous cette lumière et comment la faisons-nous resplendir ? Le cierge qui brûle et qui, en brûlant, se consume, nous le dit. Flambée rapide, rayon d’amour, sacrifice inévitable, c’est l’histoire de la vie chrétienne qui s’accomplit dans ce cierge, alors que lui-même, nous diffusant sa lumière, s’éteint en silencieux sacrifice. Comment la tradition chrétienne pourrait-elle trouver une expression aussi lyrique, aussi dramatique ? Qui pourrait mieux symboliser ce “ sacerdoce royal ” que le Concile a rappelé à notre foi et à notre piété, le retrouvant dans chaque chrétien régénéré par le Baptême ? Ce sacerdoce royal qui se manifeste au nouveau chrétien par le cierge sacré, aussitôt remis après son incorporation au Corps Mystique du Christ, l’Église, par cette même Mère et Éducatrice !
8 Mais dans cette cérémonie, le cierge exprime l’oblation de l’offrant au Christ et à Son Église. Il veut être une preuve de soumission. Et, alors, le cierge, symbole d’une offrande de la vie, intègre le symbole de la lumière. Il l’unit au symbole d’un témoignage, d’un programme de vie, d’un choix qui décide de l’orientation et de l’usage de l’existence. Ce don veut dire : Oui, je reconnais la domination absolue de Dieu, sur le monde, la puissance du Christ, l’autorité de l’Église. C’est un acte d’humilité, de fidélité, d’obéissance qui s’accomplit dans l’offrande du cierge. Si nous voulions approfondir cette analyse, nous éprouverions peut-être la crainte d’accomplir un geste trompeur, car il serait contraire à cette conscience de l’autonomie, de la liberté, de la dignité qui domine aujourd’hui dans la psychologie moderne. Et ce sentiment d’indépendance est si enraciné en nous, disciples de la doctrine du Christ, qu’il nous est pénible de constater que l’hommage religieux requis dans l’économie ecclésiale, est non seulement conforme à la vraie liberté des fils de Dieu, mais il en est le fondement et la garantie. Nous craignons de devenir les victimes d’une théocratie anachroniste et insupportable.
Mais, à la lumière dé notre foi, il ne doit pas être bien difficile pour nous de constater que la soumission réclamée par cette loi théologique et existentielle est à la base de notre état d’hommes, de chrétiens, de catholiques, élus à la suite du Christ. Servire Deo regnare est : ce n’est pas là un proverbe ascétique ; c’est la synthèse d’une métaphysique religieuse qui met en lumière sa sagesse et sa béatitude lorsque, comme dans la maison de Dieu à laquelle nous sommes admis par la foi et la grâce, nous constatons que ce service que nous voulons rendre à Dieu et à tout ce qui conduit à Dieu, n’est ni esclavage, ni dégradation, ni perte de la liberté, mais plutôt le meilleur-usage de cette liberté ; c’est la voie qui mène à la conquête et à là jouissance des valeurs suprêmes de la vie ; c’est l’union à l’amour de ce Dieu qui est Père et qui se dit Amour ; c’est la marche à la suite du Christ, la participation à cette communion qui définît l’Église.
Oui, c’est un service. Ce mot acquiert, aujourd’hui, une grandeur sans pareille s’il se réfère à la conscience idéale de vie et à la réalité sociale de notre temps. Il devient une vocation. L’homme a besoin de servir une cause, une cause pour laquelle il vaille la peine de renoncer à là vie présente. Aujourd’hui, les hommes protestent, peut-être parce qu’ils ne savent pas qui et quoi servir. La légende de St Christophe devrait être racontée à notre génération. Tant de jeunes n’attendent sans doute qu’on les appelle à consacrer leur vie (cette vie qui serait vide, égoïste et vouée à la déception) à un idéal, à une Réalité qui engage toutes leurs forces et les encourage à faire don d’eux-mêmes à la Croix, porte souffrante et glorieuse de la vraie résurrection.
Notre entretien pourrait se prolonger, mais nous l’arrêterons là, certain d’avoir donné la juste interprétation à l’offrande des cierges.
Avec notre Bénédiction Apostolique.


Audience du Pape Paul VI, 16 février 1972
LE DEVOIR DE LA PÉNITENCE
Chers Fils et Filles,
Les Cendres : pour nous, catholiques, ce mot renferme une grande richesse d’éléments doctrinaux plus ou moins connus de tous. Le rite de l’imposition des cendres est un rite de pénitence qui, dans la liturgie actuelle, nous conduit à un double considération. Tout d’abord, la fragilité extrêmement éphémère de l’existence humaine qui doit nous amener à une prise de conscience de la hiérarchie des vraies valeurs de la vie afin qu’elles deviennent le but de tous nos efforts vers le bien. Avant que la mort ne réduise en poussière notre existence, nous devons conquérir ces titres, ni vains ni désuets, c’est-à-dire nos mérites devant Dieu qui, seuls, peuvent garantir le bonheur éternel et nous tirer de l’erreur d’une recherche anxieuse du péché, de ces biens à la fois offerts et dévorés par le temps. C’est une méditation réaliste et sévère sur le nihilisme de la vie temporelle auquel la mort nous condamne tous. C’est une secousse psychologique et morale très efficace dont nous devrions faire humblement et sincèrement l’expérience. Envoûtés comme nous sommes par l’activisme et l’hédonisme de la vie moderne, il est utile que nous sachions apprécier l’appel austère que l’Église nous adresse pour nous tirer d’une torpeur funeste et éveiller en nous le véritable sens de l’existence vouée inexorablement à la mort et à une destinée inconnue.
L’autre considération, sur laquelle nous nous arrêterons davantage et qui mérite une longue méditation, est celle de la pénitence. Pénitence veut dire expiation, renouveau. Expiation de la faute qui a troublé nos rapports avec Dieu, qui a rompu le lien unissant notre vie et notre destin à la source de la vraie Vie qui est Dieu. Cette rupture se nomme péché, le plus grand malheur qui puisse frapper l’homme puisqu’il engendre sa mort éternelle, encore à venir, mais certaine. L’homme ne pourrait, à lui seul, combattre tant de maux. L’homme, de lui-même, sait se perdre, mais non se sauver. La pénitence se réfère au péché et le péché à notre séparation du Dieu Vivant. C’est, là, un thème très grave auquel nous devons réfléchir profondément, surtout pendant le prochain Carême qui est justement dirigé vers la recherche d’une réparation de nos fautes et cette recherche conduit à la chance extraordinaire et sublime du Salut voulu, pour nous, par le Christ : elle nous conduit au mystère pascal. Le mystère pascal, rédemption accomplie par le Christ, c’est la vie pour nous. Oui, le Christ nous sauve. Il est la seule cause du mérite de notre justification. Si nous arrivons jusqu’à Lui, nous atteignons le Salut. N’oublions pas cette doctrine fondamentale : Seul le Christ nous sauve. St Paul l’explique clairement dans sa lettre aux Romains et aux Galates : “ Le Christ est nécessaire, le Christ est suffisant ”. Mais ceci dit, une question se pose : Comment arriver jusqu’au Christ ? La foi suffit-elle ? Oui, elle suffit d’elle-même à l’efficacité de sa miséricorde agissante ; mais à son tour, la foi implique certaines conditions qui dépendent de notre libre volonté, de notre coopération sous l’influence de la grâce. Le Christ est la cause ; la foi est la première condition qui en entraîne une autre que nous appelons pénitence.
Que nous enseigne à ce propos la première prédication de l’Évangile ? “ Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche ” (Mt 3,2). C’est une exhortation que le Christ répète et que St Marc traduit ainsi : “ Les temps sont accomplis et le royaume de Dieu est tout proche ; repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle ” (Mc 1,15). Ceci indique l’importance de l’action préparatoire de la pénitence, sa nécessité sur le plan logique et pratique du Salut, dans lequel la liberté humaine et une collaboration de notre part ne peuvent faire défaut, si nous voulons que l’action salvifique du Seigneur s’accomplisse en nous. Et cela, non après être justifiés mais comme résultat logique de la grâce vivant dans l’âme. Nous avons toujours besoin de nous exercer à la pénitence et ce, pour une autre raison, plus profonde, bien connue des âmes pénitentes : c’est la solidarité dans l’Économie du Salut. Certains peuvent expier pour d’autres, de façon moindre, mais semblable à celle de Jésus qui, pour nous, s’est immolé sur la Croix. Comme dit St Paul dans sa lettre aux Colossiens : “ Je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ ” (1, 24).
Nous voici donc emportés dans le grand dessein du Salut ! L’Église nous invite et nous pousse à la pratique salutaire de la pénitence ; elle y consacre 40 jours au terme desquels, après une marche exténuante et joyeuse, nous arrivons à Pâques.
Autrefois, le jeûne, l’abstinence des amusements futiles et quelques autres exercices d’ascèse marquaient profondément, même au dehors, cette période de la pénitence chrétienne.
Aujourd’hui, cette discipline canonique est changée et adoucie. Mais le besoin et le devoir de faire pénitence n’ont pas été abolis ; l’humilité, la conscience du péché, la prière, l’écoute de la Parole de Dieu, la charité et toute bonne action peuvent leur donner une expression accessible à tous. Ne laissons pats passer ce “ temps propice ”. Ce temps commence par la tristesse des cendres, se poursuit sur le sentier étroit de la pénitence et s’achève dans la célébration de la résurrection pascale.
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