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Audience du Pape Paul VI, 17 mai 1972
NECESSITE FONDAMENTALE D’UNE VIE CHRETIENNE ANIMEE PAR L’ESPRIT-SAINT
Chers Fils et Filles,
Nous nous préparons à célébrer la Pentecôte, c’est-à-dire à revivre en quelque sorte, s’il plaît à Dieu, la descente de l’Esprit-Saint sur les Apôtres, réunis au Cénacle de Jérusalem avec la première communauté des fidèles du Christ ; cent vingt personnes, quelques femmes, dont Marie, Mère de Jésus, le Maître, le Messie, mort sur la Croix, ressuscité et monté au Ciel. Cet événement-mystère de la Pentecôte est bien difficile à raconter malgré les signes extérieurs qui le caractérisèrent : le tonnerre retentit, le vent se leva, remplit toute la maison, des langues de feu vinrent, une à une, se poser sur chacun des assistants ; tous furent alors envahis et enivrés d’une force et d’une joie sans pareilles, saisis d’un ardent désir de proclamer les louanges de Dieu, louanges jaillies de leur cœur, telles des poésies prophétiques. C’était l’Esprit-Saint, l’Amour vivant qui procède de Dieu, le Père, du Fils, le Verbe et de Dieu Lui-même, Troisième Personne de la Sainte Trinité, le Dieu Unique révélé dans le mystère de Sa Vie Infinie, abîme de richesse, ouvert à tous les hommes ; une Vie infime si nous la comparons à la réalité Infinie du Dieu “ Un ” et “ Trine ”, mais débordante de lumière, de joie et de sagesse par rapport à l’intelligence humaine (cf. Rm 11,33-36). C’est à cet instant que naquit l’Église ; son corps, composé d’hommes, fut tout entier pénétré de l’Esprit-Saint, d’une force surnaturelle qui donna la vie à cette communauté que nous avons appelée Église. Et aussitôt, un même Esprit conféra à chaque membre de la communauté ecclésiale sa fonction propre, son ministère, toujours en vue du bien commun. Dès cette première heure, l’Église naquit, Une, Unique, Hiérarchique et Communautaire (1Co 12,4 ss.).
Si cet événement est vrai, réel, comme il le fut jadis et comme il l’est aujourd’hui, son importance ne peut nous échapper. L’Œuvre de l’Esprit-Saint est fondamentale pour la religion chrétienne ; elle élève et transfigure les hommes qui pénètrent dans sa zone d’influence ; elle est décisive pour notre Salut. Cependant, l’OEuvre de l’Esprit-Saint est mystérieuse et dépasse nos capacités intellectuelles. Les interprétations douteuses dont elle a fait l’objet (utopie, imagination, folie, inspirations diaboliques) ont fait écrire à l’Apôtre Jean : “ Bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils viennent de Dieu, car beaucoup de faux prophètes sont venus dans le monde ” (Jn 4,1). Saint Paul dit : “ N’éteignez pas l’Esprit : ne dépréciez pas les dons de prophétie, mais vérifiez tout ; ce qui est bon, retenez-le ” (Th 5, 19-21).
Idéalisme, psychanalyse, psychiatrie, magie etc. sont à l’ordre du jour, mais il est un domaine que nous n’avons peut-être pas encore assez approfondi : la théologie de l’Esprit-Saint et les réalités qui dérivent de son action sur notre âme. L’Esprit-Saint nous remplit de Sa grâce, de Ses dons, de Ses fruits. Pour parvenir jusqu’à Lui, Il nous indique la voie de la prière et des sacrements, porteurs de la grâce, c’est-à-dire de son action en nous (Rm 5,5 1Co 3,16 etc.).
Le catéchisme nous l’enseigne et il est fondamental pour une conception exacte de la vie chrétienne, surtout en ce qui concerne certains points que nous voulons rappeler aujourd’hui.
“ L’Esprit souffle où il veut ”, dit Jésus à Nicodème (Jn 3,8). Nous ne pourrons jamais tracer des lignes doctrinales et pratiques quant aux interventions de l’Esprit-Saint dans la vie des hommes. Il peut se manifester sous les formes les plus libres et les plus imprévisibles. “ Il s’ébat sur la surface de la terre ” ; l’Hagiographie nous narre les magnifiques aventures des Saints ; tout directeur spirituel en sait quelque chose. Mais il existe une règle à suivre pour celui qui veut rencontrer l’Esprit-Saint : c’est l’intériorité. C’est dans notre âme qu’est fixé le rendez-vous avec l’Hôte ineffable. Dulcis hospes animae, dit le chant liturgique de la Pentecôte. L’homme est “ le temple ” de l’Esprit, nous répète Saint Paul (1Co 3,16-17 1Co 6,19 2Co 6,16 Ep 2,22). Quoique l’homme moderne, le chrétien et même le prêtre tendent à se séculariser, ils ne pourront pas et ne devront pas oublier cette nécessité fondamentale d’une vie chrétienne animée par l’Esprit-Saint : l’intériorité.
Les Apôtres ont fait leur neuvaine de Pentecôte. Le silence intérieur est indispensable pour écouter la Parole de Dieu, pour sentir Sa Présence et entendre Son Appel. Aujourd’hui notre psychologie est tout orientée vers l’extérieur. Ce monde extérieur qui attire toute notre attention et nous chasse de notre “ chez nous ”. Nous ne savons pas méditer, nous ne savons plus prier ; envahi par les intérêts du monde, le tumulte des passions, notre cœur ne laisse aucun espace à la flamme de la Pentecôte. Nous prétendons être dotés de “ charismes ” particuliers qui nous permettent de revendiquer une soi-disant autonomie aux caprices spirituels de nos instincts. Nous n’essayons pas de ramener nos sentiments et nos pensées à leur authentique inspiration divine. Conclusion ? Donner à la vie intérieure sa juste place dans notre existence tourmentée ; une place de premier ordre, silencieuse et pure. Nous devons retrouver nous-mêmes si nous voulons être prêts à recevoir l’Esprit vivifiant et sanctifiant. Sinon, comment écouter son “ témoignage ” ? (Rm 8,7).
Nous aurions d’autres considérations à ajouter à propos de l’accueil de l’Esprit-Saint en nous. Par exemple, quel rapport peut-il y avoir entre la voix de l’Esprit, la voix du cœur habité par le Paraclet, notre défenseur, notre Maître intérieur et la voix naturelle — elle aussi délicate et noble — de notre conscience ? Socrate possédait un “ démon ” qui inspirait sa conscience comme une voix divine (cf. Platon, Apol., 29-30) ; Gandhi obéissait à sa “ still small voice ” (cf. Fusero, Gandhi, 511). Mais, laissons de côté les exemples les plus frappants ; tout homme possède en lui une source de pensée et de sentiment. Nous nous demanderons alors : cette voix est-elle contraire, différente ou semblable à celle qui inspire le divin Paraclet ? C’est un problème dont l’étude appartient aux savants. Limitons-nous, pour l’instant, à considérer les effets d’un rapprochement entre la théologie de l’Esprit-Saint et la psychologie de l’homme. Nous voudrions aussi dire quelques mots au sujet d’un vieux problème, celui de l’opposition entre la religion de l’autorité et la religion de, l’esprit. Cette dernière est choisie par les adversaires de l’Église, institutionnelle et hiérarchique, pour revendiquer la liberté d’une Église démocratique, vivant selon l’esprit, religieux de la communauté. Nous connaissons tous un peu les manifestations de cette prise de position critique. Nous estimons qu’une telle attitude au sein de l’Église Catholique porte atteinte non seulement à l’existence même de l’Église, mais éteint la vraie flamme de la Pentecôte, fausse la pensée du Christ et la Tradition (cf. Congar, Mystère de l’Église, p. 146 ss.).
Célébrons comme il faut la Pentecôte, fusion de l’Esprit-Saint avec Son Église.
Avec notre Bénédiction Apostolique.


Audience du Pape Paul VI, 31 mai 1972
L’EUCHARISTIE, SIGNE D’UNITE ET DE PAIX
Chers Fils et Filles,
Nous célébrerons demain la Fête-Dieu, la fête de l’Eucharistie dont l’institution a déjà été commémorée par l’Église le Jeudi Saint ; la Dernière Cène du Seigneur est si étroitement liée au drame de la Passion que les fidèles n’accordent pas assez de temps à la méditation du mystère de la présence réelle de Jésus dans l’Église et ne réfléchissent pas assez profondément au renouvellement du sacrifice du Christ dans l’Eucharistie. La Fête-Dieu est donc un rappel de cet événement, de ce mystère.
Au XIIIe siècle, dans la région des Flandres, des fidèles fervents instituèrent la fête du “ Corpus Domini ” ; en 1264, après le miracle de Bolsena, le Pape Urbain IV, par la Bulle “ Transiturus ” (nous en avons célébré LE 7 le 7e centenaire voici quelques années) introduisit la Fête-Dieu dans la liturgie de l’Église universelle.
La valeur théocentrique du Mystère Eucharistique, c’est-à-dire de la présence sacramentelle du Christ vivant et vrai, de Sa représentation sacrificielle, méritait un tel rappel, une commémoration particulière ; la Grâce qu’il nous fait de Son Omniprésence, afin que nous puissions, en tous lieux, célébrer Son ineffable Mémoire, exigeait une Apologie du Christ immolé, source de Salut et de Vie pour chaque homme et pour toute la communauté des fidèles.
Ces quelques mots sur la Fête-Dieu suffisent pour l’instant : pour nous pèlerins en marche vers le Ciel, l’Eucharistie est le foyer où brille de tous ses feux la Vérité de notre religion chrétienne, c’est-à-dire la présence de l’Emmanuel, — Dieu avec nous —, la Rédemption d’une victime divine pour nous et enfin, le dessein de communion divine en nous. Plus le mystère de l’Eucharistie semble obscur et inaccessible à notre esprit profane (souvenez-vous du discours dans la synagogue de Capharnaüm : “ ce langage est trop fort ! qui peut l’écouter ? ” (Jn 6,60), plus il devient clair, logique et béatifiant pour celui qui croit et aime Jésus-Christ. L’Eucharistie : Lui est là !
Fils très Chers, la situation intérieure et extérieure de l’Église d’aujourd’hui exige un approfondissement du mystère de l’Eucharistie ; pensons au Christ présent sous les apparences du pain et du vin, à Sa réalité vivante et vraie que la théologie catholique appelle “ transsubstantiation ”. Que la Cène du Seigneur ne veuille pas dire pour nous seulement “ repas ” mais sacrifice réel, immolation non-sanglante du corps et du sang du Christ, renouvelée dans l’offrande du pain et du vin (cf. M. de la taille, Myster. Fidei, p. 457 : “ L’Eucharistie n’est sacrement que dans le mesure où elle est sacrifice ”). Comment accomplir un mystère si prodigieux sans l’aide de la puissance divine, d’un pouvoir ministériel et sacerdotal conféré par Dieu ? L’âme doit être lavée de tout péché avant d’accéder au repas eucharistique (Mt 22,12 1Co 11,28-29) ; l’amour et l’unité sont l’effet premier de l’Eucharistie, sacrement ecclésial par excellence (n’oublions pas les exclamations de Saint Augustin : O sacramentum pietatis ! o signum unitatis ! o vinculum caritatis ! (Jn Tract 26, 13 ; PL 35, 1612-1613) ; Saint Thomas voit cet effet, la grâce, la “ res ” de l’Eucharistie dans l’unité du Corps Mystique et sans elle, il ne peut y avoir de salut ; en fait, la porte du Salut n’est ouverte à personne hors de l’Église (ST. th., III, 73, 3).
Nous voulons revendiquer, contre certaines négations entendues ça et là, la permanence de la présence réelle du Christ dans les espèces eucharistiques, même en dehors de la messe au cours de laquelle elles sont consacrées. Le Christ demeure. C’est pourquoi le culte eucharistique, en dehors de la Messe, est admis et même exigé ; l’Église par sa foi et sa piété l’a toujours professé et le célèbre avec de plus en plus de solennité (cf. Faber, The blessed Sacrament ; voir Instruction Eucharisticum mysterium AAS 1967, p. 539 ss.). Ainsi, le culte de l’Eucharistie, l’adoration publique et privée du Saint Sacrement, la procession et la cérémonie de la Fête-Dieu (nous la célébrerons demain, si Dieu veut, dans la paroisse du Saint Sacrement), les congrès eucharistiques ont leur raison d’être de par la foi, la théologie, la liturgie, la piété individuelle et collective.
Fils et Frères, accordons une large place à l’Eucharistie, à la Messe surtout ! Elle est le cœur de notre religion et dans la communion avec le Christ, pain de vie, nous donnons à notre foi son expression la plus haute ; nous donnons à l’Église sa vitalité propre, à nos âmes la nourriture qui sanctifie et au monde la lumière de l’unité et de la paix ! (cf. Vonier, La clef de la doctrine eucharistique, p. 247 ss.).
Nous vous y exhortons vivement.
Avec notre Bénédiction Apostolique.


Audience du Pape Paul VI, 7 juin 1972
L’ACTION DE L’ESPRIT SAINT DANS L’EGLISE
Chers Fils et Filles,
Que notre entretien soit aujourd’hui encore une méditation sur la fête de la Pentecôte !
N’avons-nous pas célébré récemment la descente de l’Esprit-Saint sur la première communauté des disciples du Christ ? Ne vous souvenez-vous pas que par la venue de l’Esprit-Saint, l’âme a pénétré le Corps Mystique du Christ qui s’est ensuite étendu à toute l’humanité ? N’est-ce pas ainsi qu’est née l’Église ?
Essayons à notre tour de voir l’Église telle que la voyait et la voit Jésus du Ciel : envahie, embrasée et sanctifiée par Son Esprit. Jésus la voit dans toute sa beauté, comme une Épouse. Écoutons Saint Paul : “ Le Christ a aimé l’Église ; il s’est livré pour elle afin de la sanctifier en la purifiant par le bain d’eau qu’une parole accompagne ; car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride, ni rien de tel, mais sainte et immaculée (Ep 5,25-27). Saint Ambroise veut que le Christ voie les âmes toutes revêtues de candeur, aussitôt après le Baptême (toute âme baptisée reflète en soi la splendeur de l’Église (cf. de Lubac, Med., p. 270), “ car dans sa beauté, l’Esprit-Saint est descendu du Ciel ” (De Mysteriis, 7, 37 ; CSEL, p. 104).
Chez l’homme, la beauté engendre l’amour ; dans le Christ, l’amour précède et engendre la beauté de l’Église, c’est-à-dire de l’humanité qu’il a aimée et rachetée, la ramenant ainsi à la perfection première, à l’ordre idéal de la Création, rayonnante de splendeur. L’Église, incendiée par l’Esprit-Saint, est comme une lampe allumée et c’est ainsi que nous devrions la voir.
Mais ici, une difficulté se présente. Même après la Pentecôte, l’Église reste composée d’hommes et ceux-ci ne resplendissent pas toujours de lumière divine. Les plus vertueux, ceux que nous appelons “ saints ”, ont aussi leurs défauts ; un grand nombre parmi eux sont des naufragés sauvés à travers des expériences imprévues, souvent dramatiques, ramenés sur le rivage du Salut par la miséricorde divine ou, comme nous avons coutume de dire, par les bienfaits du hasard. Et hélas ! Bien des chrétiens qui se professent tels, ne sont pas en réalité de vrais chrétiens ; les ministres de l’Église et les théologiens ne confirment pas toujours par l’exemple la mission qui leur a été confiée. L’histoire même de l’Église nous offre à ce propos des pages très peu édifiantes.
La difficulté existe dans toute sa complexité. Aussi bien les adversaires que les fidèles en sont scandalisés. Où est-elle, cette beauté de l’Église ? Cette sainteté suprême, où se reflète-t-elle ? La contestation, qui aujourd’hui s’élève de toutes parts, n’a-t-elle pas une raison d’être ? L’exigence de renouveau dans l’Église n’est-elle pas juste et légitime ? La nature même de l’Église n’autorise-t-elle pas le rejet des structures et des formes institutionnelles pour laisser une priorité exclusive et parfois radicale aux seules valeurs spirituelles qu’elle prétend renfermer ?
La difficulté existe et demanderait une longue et prudente réponse (cf. congar, Vraie et fausse réforme de l’Église, Cerf 1968).
Mais notre entretien est si bref que nous nous contenterons de vous donner quelques indications quant à la solution, de vous en indiquer les voies ou bien de vous conseiller l’état d’esprit le plus adéquat, car nous pouvons juger l’Église de deux manières : avec hostilité et avec sympathie.
L’attitude hostile, tout en faisant abstraction des préjugés moraux, est aujourd’hui, très répandue, imposée presque par les mentalités laïques et profanes. Dans son domaine propre, elle peut être légitime, lorsqu’elle ne s’octroie pas, à priori, le droit de rechercher la vérité dans d’autres domaines où il lui est possible de se déplacer.
Celui qui, avec courage, agit dans la vérité, voit resplendir tôt ou tard, et avec l’aide de Dieu, une lumière nouvelle, cette même lumière que donne peut-être une vieille lampe usagée ; il entrevoit dans l’Église quelque chose qu’il ne comprendra pas au premier abord, mais qu’il ne jugera pas de manière tout à fait négative et définitive. Son regard intérieur sera peut-être saisi par l’image d’une humanité toute proche et à peine perçue, resplendissant d’une forme idéale (cf. De Moribus ecclesiae catholicae, Saint Augustin ; PL 32, 1336-37).
Examinons, maintenant, l’attitude amicale, filiale, notre attitude, qui n’est ni ingénue ni flatteuse, mais demeure objective, critique et même sévère s’il le faut ; cependant toujours filiale ; elle est dictée par l’amour, comme toute attitude du Christ ; elle n’est pas orientée, a priori, vers la recherche et la diffusion des défauts, vers la contestation et la médisance (N’existe-t-il pas, de nos jours, des publications soi-disant catholiques, tout entières consacrées à cette profession ingrate) ? “ La charité est... serviable, dit Saint Paul dans son hymne au premier des charismes... elle ne tient pas compte du mal et ne se réjouit pas de l’injustice ” (1Co 13,4). Cette vision du Christ, à l’égard de son Église, ne se réfère qu’en partie et “ in fieri ” à notre Église en marche dans ce monde pécheur ; elle ne se réfère qu’aux innocents, à ceux qui ont reçu la grâce, aux fidèles unis au Christ dans l’Eucharistie (Saint Jean Chrysost., Humil. XX), en un mot, aux “ saints ” (ils sont certainement beaucoup plus nombreux que ceux que nous vénérons sur les autels). Mais la vision du Christ, qui a modelé dans une beauté parfaite son Épouse, se réfère au Paradis, une réalité presque “ irréelle ” pour nous à l’heure actuelle, mais qui suffit à nous remplir d’enthousiasme pour l’Église d’aujourd’hui et de l’éternité ; l’Église de l’Apocalypse, celle où “ l’Esprit et l’Épouse disent : Viens ! ” (Ap 22,17).
Oui, l’Esprit et l’Épouse du Christ, l’Église, notre Église en marche et parfois pécheresse, invoquent ensemble aujourd’hui, dans un élan de charité, l’avènement de la charité dernière.
Que cela suffise à affermir notre fidélité et notre amour à l’égard de notre Mère, notre Éducatrice, l’Église, Une, Sainte, Catholique et Apostolique.
Avec notre Bénédiction.


Audience du Pape Paul VI, 28 juin 1972
PIERRE, FONDEMENT D’UNITE
Chers Fils et Filles,
Nous commémorerons, demain, la fête du Premier Apôtre que Rome célèbre avec celle de Saint Paul depuis le troisième siècle. La fête de “ Saint Pierre au Vatican, celle de Saint Paul sur la Via Ostiense, la fête de Saint Pierre et Saint Paul aux catacombes ”, où se trouve actuellement la basilique de Saint Sébastien (cf. Kirsch Jahrbuch f. Lithurgiewiss, 1923, 38 ; Martyrologe Saint Jérôme ; M. guarducci, la Tombe de Pierre, p. 141 ss.).
Grande fête, donc surtout à Rome. C’est comme si la Ville Éternelle revivait son passé glorieux, ses vénérables souvenirs devenus d’autant plus chers à notre cœur que les fouilles et les études récentes ont confirmé l’authenticité du tombeau et des reliques de l’Apôtre Pierre, conservées sous la coupole de la Basilique Vaticane.
Mais parfois, l’émerveillement et la vénération de certains objets, ou d’événements habituels et proches de nous, risquent de s’atténuer, si nous ne réfléchissons pas assez à leur vrai sens et à leur vraie valeur. Il faut réfléchir. Une telle réflexion exigerait naturellement une consultation des Écritures, de la Théologie, de l’Histoire, de l’Hagiographie et surtout de l’Ecclésiologie ; mais elle nous est facilitée, du moins dans ce bref entretien, grâce à la richesse des symboles qui caractérisent l’Apôtre,
Le nom
Pensez au nom même de Pierre ; c’est le premier symbole. Vous connaissez le récit évangélique (Mt 16,18). Qui a donné ce nom à Simon, Fils de Jean ? Car tel était son nom. C’est Jésus lui-même, après les paroles que l’Apôtre lui avait adressées. Tu es le Christ, Fils du Dieu Vivant s’exclame le disciple, et Jésus de répondre : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église. Simon devient Pierre ; Pierre devient la pierre angulaire de l’édifice projeté par le Christ. Quel est le sens de cette transformation ? Pourquoi le Christ a-t-il réservé à Pierre la place qui lui revenait de droit, à Lui, le Seigneur ? (Mt 21,42 Ac 4,11 Rm 9,33 1P 2,6). Quel dessein divin, le choix d’un tel nom révèle-t-il ? Quelles prérogatives confère le choix d’un tel nom imposé par le Seigneur à Son disciple qui, au regard des hommes, n’était peut-être pas le plus indiqué ? Quels devoirs réclame-t-il ? Quelle Ecclésiologie veut-il établir ? Quel prodige historique annonce-t-il ? Pensez-y ! (Saint augustin, Sermo 295 ; PL 38).
Les clés
Le Christ annonce à Pierre la remise des clés du Royaume des Cieux. C’est le deuxième symbole. Les clés du Royaume des Cieux, dit le Seigneur. Que signifie cela ? Les clés sont le symbole de la puissance ; elles permettent d’ouvrir et de fermer, sur l’ordre du Maître, la porte d’une demeure. De quelle demeure ? Le Royaume des Cieux, c’est-à-dire, l’Économie du Salut, le rapport surnaturel instauré par le Christ entre Dieu et les hommes (Col 1,26 Ep 1,7 ss. ). “ Remettre les clés, c’est conférer le pouvoir ” (Lagrange ; Mt 16,19). Pierre et, avec lui tous les apôtres, sert donc d’intermédiaire indispensable pour accéder au Royaume des Cieux... Ce symbole si simple et si clair est toutefois riche de sens. Il invite à la réflexion.
Le filet
Et le filet ? Vous pouvez en voir sa reproduction stylisée sur la porte de la Basilique, reproduction étrange, sans doute, mais symbolique ! Le filet rappelle l’humble profession de Simon Pierre : il était pêcheur. Jésus a choisi le métier de son disciple et de tous ceux qui, comme lui, le pratiquaient, pour en faire le symbole de la mission qui leur était destinée. Après la pêche miraculeuse, Jésus, en effet, leur dit : “ Je vous ferai pêcheurs d’hommes ” (Mt 4,19). Pêcheurs d’hommes ! Cela veut dire approcher les hommes, apprendre à connaître leurs coutumes, s’adapter à leurs exigences, savoir les attirer, les aimer, les convaincre. C’est, là, la mission apostolique, l’exercice d’un ministère patient ! La perspective d’une diffusion universelle du message évangélique ! Voilà la promesse silencieuse du Christ : cette action téméraire de convertir le monde s’accomplira avec succès, non par habileté humaine, mais par la grâce divine et ce, malgré la résistance obstinée des hommes.
La barque
Lorsque nous pensons à Pierre pêcheur, comment ne pas penser à un autre signe : la barque ? Cette barque dans laquelle Jésus monte, s’assoit et, comme du haut d’une chaire, parle à la foule “ rassemblée sur les bords du Lac de Génésareth ” (Lc 5,3). C’est dans cette même barque que Jésus commande aux disciples de lancer les filets. Ceux-ci se remplissent de poissons à tel point qu’une autre barque s’avère nécessaire. Pierre comprend aussitôt qu’il s’agit d’un miracle et, tombant à genoux devant Jésus, il s’exclame : “ Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur ” (Lc 5,8) (Marc nous raconte, informé peut-être par Pierre, qu’un coussin se trouvait dans la barque). Sur ce coussin Jésus s’endort mystérieusement. Mais voici que tout-à-coup, la tempête se déchaîne. Les disciples, saisis de terreur, réveillent leur Maître ; Jésus se lève et, d’une main, apaise la fureur du vent et des eaux ; le calme se fait soudain (Mc 4,35-41). Cette barque est devenue le symbole de l’Église en mouvement, qui vogue sur les flots du temps et de l’histoire. Cette barque est l’emblème de Pierre ; elle figure encore sur le sceau apposé pour authentifier les documents de l’Église marqués de “ l’anneau du pêcheur ”.
Le coq
L’histoire de Pierre nous offre un autre symbole : le coq. Ce coq implacable qui chante la nuit du reniement de Pierre, la nuit du procès de Jésus, ainsi qu’il l’avait prédit : “ Je te le dis Pierre, le coq ne chantera pas aujourd’hui, que par trois fois tu n’aies nié me connaître ” (Lc 22,34).
33 Pierre nous apparaît dans toute la complexité de son caractère et dans toute sa faiblesse humaine ; il est bon, sincère, exubérant ; transporté par son enthousiasme, il se fie à lui-même. Mais c’est le démon qui l’emporte, et alors, la peur envahit Pierre qui renie la fidélité et l’amour : “ Non, je ne le connais pas ” (Mt 14,71). Par bonheur la bonté de Jésus est sans limite. Le Christ se tourne vers son disciple et ce geste suffit à bouleverser l’Apôtre qui s’enfuit mais ne désespère pas. Jésus lui avait prédit qu’il se ressaisirait et qu’il aurait pour mission “ d’affermir ses frères ” (Lc 22,32).
Nous pouvons conclure cette série de symboles en vous en rappelant le dernier, celui du Pasteur, autre titre propre à Jésus que le Seigneur Ressuscité a conféré à Pierre ; après avoir éprouvé par trois fois sort amour, par trois fois, Il lui a confié Son Troupeau, Son Église (Jn 21,15 ss.). Méditez : Pierre, Pasteur ! Son successeur le Pape est “ le principe éternel et visible, le fondement de l’unité ” (Lum. Gent. 23) dans la foi, l’espérance et la charité !
Celui qui, en cet instant, s’adresse à vous, exulte et frémit à cette évocation de Pierre par laquelle l’Église veut, aujourd’hui, honorer Jésus-Christ. Vous en savez la raison. Fils et Frères très chers, priez donc pour Nous, indigne mais véritable successeur de Pierre. De tout cœur, Nous vous bénissons.


Audience du Pape Paul VI, 21 mars 1973
LE CARÊME, TEMPS DE REFORME
Chers Fils et Filles,
De quoi vous parlerons-Nous ? La période liturgique, à laquelle, en vue de la fête de Pâques, l’Église attache tant d’importance, s’impose à notre pensée ; pour notre vie religieuse et morale, elle nous soumet une série de thèmes fondamentaux qui, même si on ne peut s’y arrêter qu’un instant au cours d’un colloque aussi bref, sont capables cependant de nous conduire à la découverte des points décisifs de la mentalité moderne positive à propos de notre profession chrétienne.
Nous pouvons préciser immédiatement que cette profession chrétienne est étroitement liée au cours du temps : chaque jour a son horaire. Il existe une « liturgie des heures » ; chaque bon chrétien consacre chaque jour un moment à la prière. Et chaque semaine comprend son jour du Seigneur, le dimanche, qui doit être marqué d’un acte religieux de grande valeur, de grande signification, la Sainte Messe ; et ainsi toute l’année est jalonnée de fêtes qui célèbrent les mystères du Christ et des Saints. Le calendrier de l’Église n’est pas seulement un fait de coutume habituelle ; il est un programme de vie spirituelle. Et maintenant, la période présente, que nous appelons Carême, requiert une attention toute spéciale de la part de celui qui veut être fidèle à la pédagogie religieuse de l’Église ; elle exige, cette période, que nous mettions plus de zèle à considérer, à observer ce qu’elle propose à chaque âme en particulier ainsi qu’aux diverses communautés. Appliquons nos pensées intérieures à ces paroles que la Liturgie met en relief précisément au début de cette période d’intensité spirituelle et qui sont empruntées à Saint Paul : « Nous, comme collaborateurs (du Christ), nous vous exhortons à ne plus recevoir en vain la grâce divine, selon la parole : Au moment propice je foi exaucé ; au jour du salut, je te suis venu en aide (Is 49,8). Or voici maintenant le moment propice entre tous, voici le jour du salut » (2Co 6,1-2).
Donc, première chose : avoir le sens du temps, eh liaison avec notre destin ; nous devons avoir le sens de l’opportunité, avoir l’esprit présent dans l’actuel et savoir quand vient le bon moment, quand sonne l’heure de la grâce, quand se produit « le passage du Seigneur » (voir Ex 12,11). Celui qui a dit : « timeo transeuntem Deum » — je crains le Dieu qui passe — a imposé à la conscience un thème à considérer avec gravité : notre sort peut dépendre de circonstances décidées par un dessein providentiel et qui peuvent ne plus se représenter.
12 Nous, les hommes modernes, dont la vie est encastrée dans le mécanisme extrêmement compliqué de l’organisation structurelle et sociale, nous avons continuellement devant les yeux la mesure du temps, les échéances de nos droits et de nos devoirs, la durée de nos actions, les exigences de nos calendriers, les calculs de nos horloges et de nos chronomètres ; nous ne devrions donc pas nous sentir vexés par le soin que met l’Église à employer le cours du temps pour attirer notre esprit à suivre ponctuellement le rythme de ses manifestations. Du reste, l’avertissement au sujet de l’heure qui est fixée d’avance pour l’accomplissement de son dessein messianique ne se répète-t-il pas fréquemment dans les paroles mêmes du Christ ? (voir particulièrement l’Évangile selon Saint Jean). Et si la conscience est ainsi attentive dans l’attente de l’heure favorable, une question se pose tout naturellement : l’heure favorable, mais pour quoi faire ?
À cette question fait écho la réponse qui caractérise le temps du Carême, mais qui s’impose pendant toute la durée de notre existence temporelle : pour se convertir. Pour se convertir ? Oui ! Cette heure est l’heure de la conversion. Mais ne sommes-nous pas déjà convertis ? C’est-à-dire : ne sommes-nous pas déjà dans l’ordre du salut ? C’est-à-dire de la foi, de la grâce, de l’Église ? Nous ne sommes peut-être pas catholiques ?
Cette parole « conversion » mérite de la part de nous tous une méditation toute spéciale. Les exégètes nous diront que dans notre cas, c’est-à-dire dans le langage biblique, qui est passé dans le langage liturgique, le terme « conversion » a une parenté étroite, est presque synonyme, avec deux autres termes qui sont : la pénitence (en grec : metanoia) et orientation nouvelle (en grec : épistrofé). Voici comment, selon Saint Marc l’Évangéliste, Jésus commença sa prédication : « Il disait : les temps sont accomplis et le royaume de Dieu est proche : faite pénitence (c’est-à-dire : convertissez-vous) et croyez à l’Évangile (à la bonne nouvelle) ».
Nous pouvons maintenant nous contenter de traduire en termes pratiques cette austère parole « conversion », en l’appelant « réforme intérieure ». C’est à cette réforme que nous sommes appelés ; et celle-ci nous fait aussitôt comprendre de multiples choses. La première concerne l’analyse intérieure de notre esprit ; oui, une sorte de psychanalyse religieuse et morale ; nous devons nous replier sur nous-mêmes pour rechercher quelle est la vraie direction principale de notre vie, quel est le mobile habituel et dominant de notre manière de penser et d’agir, quelle est notre raison de vivre, quel est le style moral de notre personnalité : pouvons-nous nous considérer comme des hommes honnêtes ? Des chrétiens cohérents et fidèles ? Le timon de notre roue est-il orienté vers l’objectif juste ? Ou bien, la direction n’a-t-elle pas besoin d’être rectifiée ? Voilà la première conversion ; et personne ne voudra contester l’opportunité d’un tel contrôle. Et même à ce propos, la vie profane offre un modèle qui peut servir à la vie spirituelle : ne faisons-nous pas chaque année le bilan de notre situation économique ? N’examinons-nous pas comment vont nos affaires ? Et alors, les affaires de la vie religieuse et morale ? La discipline du Carême, spécialement si elle est corroborée par des « exercices spirituels », n’est-elle pas complètement orientée vers le contrôle de la droiture fondamentale de notre vie ?
Puis, cette étude de nous-mêmes nous mettra en mesure de découvrir l’enchevêtrement de notre psychologie : nous trouverons peut-être des péchés, ou tout au moins des faiblesses qui auraient besoin de pénitence, de réforme profonde. Nous constaterons, par exemple, que certains traits saillants de notre personnalité sont moins que louables, spécialement là où nos passions nous donnent le goût d’agir et, pour ce motif, l’illusion d’être libres alors qu’en fait nous sommes victimes de nous-mêmes, c’est-à-dire victimes de ces énergies instinctives, aveugles et indignes d’un homme parfait, et plus indignes encore d’un disciple du Christ ; et ainsi, nous nous rendrons finalement compte de l’énorme influence que le milieu extérieur dans lequel nous vivons a sur le choix libre et raisonnable de nos idées et sur le gouvernement personnel de nos actions. Combien de crises — principalement juvéniles — mises au compte de l’émancipation, ne sont rien moins que libres ; ce sont des moments intérieurs de conformisme et parfois de bassesse devant la domination de la mode, de l’intérêt et de la force !
La conversion, à laquelle la révision répétée d’avant-Pâques nous invite, nous offre l’occasion et, en même temps, les moyens nécessaires, de procéder à une psychothérapie rénovatrice. Même de la glaise dont est fait le « vieil homme » que nous sommes — spécialement si nous nous laissons aller aux jeux corrompus de notre être déchu — peut sortir, à l’exemple et avec l’aide du Christ qui est mort et ressuscité pour nous, « l’homme nouveau » prédestiné à des destins heureux, éternels. Nous le souhaitons à vous tous, avec notre Bénédiction Apostolique.


Audience du Pape Paul VI, 15 août 1973
IMITER MARIE DANS LA PURETE ET DANS LA CHARITE
Le jour de l’Assomption le Saint-Père a célébré la messe en l’Église paroissiale de Castel Gandolfo, comme il le fait chaque année.
Après la lecture de l’Évangile, le Pape a adressé à l’assemblée des fidèles l’homélie dont nous reportons ci-après les pensées principales.
Paul VI a d’abord salué les autorités ecclésiastiques et civiles présentes, soulignant le caractère spirituel particulier de la rencontre, une réunion différente de toutes celles qui, en diverses occasions, ont lieu pendant son séjour à Castel Gandolfo. Il s’est attaché ensuite à décrire la prodigieuse Assomption de Marie, montée au Ciel au terme de sa vie temporelle. La contemplation de ce grand mystère nous confirme qu’il existe un autre monde au-delà et en dehors de notre univers mesurable. Dans ce royaume mystérieux où Elle règne et où le Christ ressuscité est assis à la droite du Père, participant à sa gloire infinie, Dieu a voulu appeler sa Mère près de Lui, sans attendre la fin des temps.
Il y a certains aspects de ce merveilleux événement sur lesquels l’Église ne s’est pas prononcée. On s’est demandé si la Vierge était morte réellement ou si Elle était entrée, vivante encore, dans le royaume éternel. D’autres ont supposé que Marie subit le drame de la dissociation de son être, de la séparation de l’âme d’avec le corps. Dans l’Église Orientale on célèbre, précisément le jour de l’Assomption, la fête de la Dormitio Virginis, la fête de la dormition de la Vierge. Or, Jésus lui-même a voulu subir la tragédie de la mort ; alors, pourquoi Marie, qui a tout partagé avec le Christ, n’aurait-elle pas partagé également ce moment de séparation de son corps bienheureux et virginal et de l’âme incorruptible et immortelle ? Mais cette séparation, combien de temps a-t-elle duré ? Nous l’ignorons, mais nous devons croire que c’est immédiatement que s’est refaite l’unité, la plénitude de son corps et qu’Elle est montée au Ciel.
Où cela s’est-il passé ? Nous ne le savons pas. À ce propos le Pape, a rappelé sa visite aux ruines d’Éphèse, lors du voyage qu’il fit en 1967 en Turquie pour s’y rencontrer avec le Patriarche Athénagoras. Il semble en effet qu’après que les disciples de Jésus se furent dispersés par toutes les voies du monde, Saint Jean l’Évangéliste alla s’établir à Éphèse où il écrivit son Évangile et d’où il envoya quelques épîtres que nous possédons encore. Saint Jean avait reçu du Seigneur le mandat d’assister Marie comme si Elle était sa propre mère et ainsi, il l’aurait conduite à Éphèse, où s’élève aujourd’hui un Sanctuaire dédié à la Vierge, précisément à l’endroit où Marie aurait vécu ses dernières années ici-bas. D’autres prétendent qu’au contraire la Mère de Jésus vécut à Jérusalem ; et là aussi s’élève un Sanctuaire mariai. Nous ne savons rien d’autre ; mais il est un fait que nous connaissons en tout cas avec certitude, a dit Paul VI, c’est que Marie est montée au Ciel, corps et âme, dans l’intégrité de son corps recomposé, et qu’Elle y jouit de la plénitude de la vie de l’esprit et du rayonnement vital de Dieu qui inonde tous ceux qui ont l’incomparable fortune de se sauver. La Vierge qui vit en cette plénitude, fait la liaison entre le Ciel et la Terre ; Elle sert d’intermédiaire entre notre vie présente et l’autre vie qui est l’étape finale, la vraie demeure dans laquelle nous devrons vivre éternellement.
Cette scène, ce mystère du passage à l’autre vie — a dit le Saint-Père — est une grande leçon pour nous, fils de notre temps, imbus que nous sommes de l’idée qu’il n’y a d’autre vie que celle-ci, la vie présente. Nous faisons mille efforts pour être heureux, pour jouir des plaisirs et des satisfactions que la vie nous concède, comme si nous étions tacitement convaincus que tout finit ici-bas. Mais c’est là une illusion — a dit Paul VI — une illusion purement matérialiste. Il n’est pas vrai que la mort marque la fin et que le tracé de notre vie finisse dans le temps. Il existe une autre vie, il y a un avenir qui nous attend dans l’au-delà. Celui qui a conscience de cette vérité, comprend ce que l’homme est en réalité. Et voilà pourquoi nous nous penchons tous sur la source de la vie ; c’est parce que la vie est tellement sacrée qu’elle est destinée à l’éternité. Il y a ceux qui seront élus et ceux qui seront bannis. Il y a ceux qui seront bienheureux au Paradis et ceux qui seront condamnés à la ruine éternelle. Le Seigneur nous a accordé la vie terrestre pour que nous la remplissions de bonnes actions, de bonnes œuvres. C’est de cela que dépend notre sort futur. Nous pouvons nous sauver, nous pouvons nous damner. Marie qui est déjà parvenue à la plénitude de la vie éternelle se trouve à la première place de la création. Le fait d’avoir donné au Christ la vie dans le monde lui a valu une gloire indicible. Marie est comblée de biens préternaturels, Elle est la Reine du Ciel, la Mère du Christ, la Mère de l’Église ; Elle est notre Mère. La pensée de Marie doit nous induire à modifier, à perfectionner notre mentalité, notre façon de concevoir la vie. Nous devons peiner, nous devons souffrir, et nous devons jouir également des bonnes choses de la vie, mais en tant que pèlerins, comme des voyageurs en transit, des gens qui ne font que passer, qui ne s’enracinent pas. Le temps présent est un moment qui fuit, parce que nous sommes destinés à l’au-delà. Mais cet instant fugace, nous devons le combler de bonnes œuvres. Que restera-t-il de notre vie, en fin de compte ? Saint Paul nous le dit : il restera uniquement le bien, la charité. La charité ne disparaîtra jamais. Pourraient passer la foi, passer l’espérance, passer toutes les choses de ce monde, les événements, l’histoire, la politique, les conquêtes si grandes soient-elles. Mais restera l’amour de Dieu, l’amour du prochain. Et ce sera notre salut. Voilà, a conclu le Pape, le secret de l’Assomption de Marie. L’amour que la Vierge a eu pour le Christ et pour les hommes avec qui Elle a souffert, avec qui Elle a vécu, voilà la clé qui nous fait comprendre pourquoi Dieu l’a élevée, Elle la première, avant le temps, à la gloire éternelle. Nous devons vivre en imitant Marie dans sa foi, dans son espérance, dans sa pureté surtout, dans son amour. Nous devons témoigner d’une grande confiance à l’égard de la Vierge. « Alors — a conclu le Saint-Père — notre vie sera vraiment chrétienne, et dès à présent elle sera heureuse ».
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