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Audience du Pape Paul VI, 26 mai 1976
LA RÉSURRECTION GARANTIE DES PROMESSES DU CHRIST
Chers Fils et Filles,
Durant cette période qui a suivi la fête de Pâques nous avons médité quelque peu au sujet de la transfusion du mystère de la mort et de la résurrection du Christ dans ses disciples, au moyen de la foi (Rm 10,9) et au moyen du baptême (Rm 6,3-11). Une vie nouvelle, non seulement morale, mais réelle, surnaturelle, nous est conférée ainsi par notre effective insertion dans le corps mystique du Christ : Lui, il est la Tête, et nous, nous sommes les membres ; Lui il est la Vigne, nous nous sommes les sarments. Nous sommes des créatures nouvelles (2Co 5,17). Nous ne pourrons jamais apprécier suffisamment cette élévation à un nouvel état de vitalité, de dignité, de bonheur, en plus de celui d’engagement moral auquel nous avons été conduits du fait de notre baptême qui, précisément, nous transmet, non seulement le nom mais aussi l’état de « chrétien ».
Ici, la réflexion théologique et ascétique possède un champ assez vaste et intéressant à explorer, en déduisant de ce principe qu’est le baptême, les effets merveilleux de la nouvelle vie que nous avons obtenue, comme la purification du péché originel, (et jusqu’à quel point persistent en nous certaines de ses conséquences comme la douleur, le désordre des passions et l’inconstance dans le bien ? voir st thomas III, 69, 3) ; puis, et spécialement la grâce et les dons de l’Esprit (ib. 4-5) ; et, donc, le caractère indélébile (cf. 2Co 1,22 st thomas III, 2Co 63) ; et toute la spiritualité et la sainteté qui sont le propre de ceux qui sont véritablement chrétiens. Exploration magnifique, mais qui fait surgir, presque par surprise, une grande objection : même pour le chrétien, associé à la résurrection du Christ, la mort demeure, la mort, la grande ennemie demeure implacablement victorieuse ! notre communication vitale avec la résurrection du Christ n’a pas réussi à la vaincre ? La Vierge a-t-elle eu seule ce privilège de ne pas subir les effets de sa « dormition » et d’être admise immédiatement, également corporellement, à cette nouveauté, à cette plénitude de vie qui est promise à la résurrection des morts ! Oui. Mais la résurrection des morts, si elle n’est pas une réalité actuelle pour les défunts dans le temps, est une réalité promise à tous : différée mais promise, mais assurée, mais garantie par la Parole du Christ, prêchée, dès les premiers jours du christianisme, par l’Église pèlerine sur la terre, mais en marche vers une immortalité à laquelle non seulement nos âmes qui en jouiront déjà, mais aussi ces pauvres membres corporels destinés à se corrompre, à se réduire en cendres, seront restitués.
Comment ? Comment ? notre méditation sur le mystère pascal est parvenue à cette difficile ligne d’arrivée. Difficile parce qu’il nous manque même le pouvoir d’imaginer comment une palingénésie de ce genre peut se réaliser ; mais non pas infranchissable pour celui qui conclut son acte de foi avec les victorieuses paroles de notre Credo : « je crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle ». Ceci n’est pas une idée fantastique et triomphaliste qui se présente à l’esprit, parce que celui-ci rebelle à l’idée du néant dans lequel devrait se dissoudre notre être et parce qu’il est disposé à imaginer une revanche finale sur notre intolérable faiblesse. C’est la Parole du Christ qui s’exprime ainsi, avec un tout puissant accent de défi et de victoire. Elle résonne dans l’Évangile (cf. Mt 22,23-33 Jn 6,39-40 Jn 11,23-25 etc. ), elle forme le thème de la première prédication évangélique (Ac 4,2 Ac 17,31-32 Ac 23,6) et elle s’élève à la plénitude d’une leçon dans la première épître de Saint Paul aux Corinthiens ; écoutons à nouveau quelques-unes de ses affirmations : « Le Christ est ressuscité des morts, prémices de ceux qui se sont endormis. Car la mort étant venue par un homme, c’est par un homme que viendra également la résurrection des morts. De même en effet que tous meurent en Adam, tous aussi revivront dans le Christ (1Co 15,20-23)... On sème de la corruption et il ressuscite de l’incorruption ; on sème de l’ignominie, il ressuscite de la gloire ; on sème de la faiblesse, il ressuscite de la force ; on sème un corps physique, il ressuscite un corps spirituel... » (ibid. 42-44).
La question est si importante et si complexe que dans la littérature chrétienne elle a eu immédiatement son énoncé et son apologie (cf. Athénagoras, Tertullien). Saint Augustin nous offre trois sermons sur ce thème (40-241-242 ; PL 38, 1130 et ss.) et de nombreuses autres références (par ex. Enchir. 34, PL 40, 272 ; etc. ; cf. michel, Diction. Théol. Catholique, XIII, II 2501-2571).
Oui, le mystère pascal aboutit à cette eschatologie, c’est-à-dire à cette doctrine de notre destin final. Ici, nous en célébrons, dans l’histoire évangélique, le moment de la plénitude dans le Christ ; nous en réalisons pour nous la première phase d’application dans le temps de notre vie ecclésiale et liturgique ; mais ce n’est pour nous qu’une première période initiale ; son accomplissement se réalisera le jour ultime.
On demeure stupéfait et heureux mais c’est ainsi, il en sera ainsi ! Rendons gloire au Seigneur.
Avec notre Bénédiction Apostolique !


Audience du Pape Paul VI, 23 juin 1976
PRIEZ COMME CECI...
Chers Fils et Filles,
Répondant à vos dispositions spirituelles avides en ce moment, pensons-nous, d’entendre notre parole, nous vous inviterons une fois de plus à réfléchir à la prière ; il nous semble que c’est dans cet acte que se synthétise pratiquement la vie spirituelle à laquelle les récentes célébrations liturgiques nous ont prédisposés.
Le renouvellement de notre vie morale, c’est-à-dire cette conversion, cette manière droite d’orienter toutes nos actions, cette metanoia dont parle l’Évangile et à laquelle on se réfère souvent, puis encore le rapport confiant et affectueux rétabli avec Dieu par l’approche aux sacrements pascals et, finalement, une expérience, prudente et dangereuse du moment social historique que nous vivons, tout cela nous met dans le cœur et sur les lèvres une prière spontanée et filiale. Nous nous trouvons probablement dans des conditions idéales pour prendre le vol vers le mystère de Dieu, un mystère qui n’est plus celé, qui n’est plus effrayant, mais qui est avalisé par la foi et étayé par quelque joyeuse expérience intérieure.
21 Quelle sera alors notre prière ? Demandons-le au Divin Maître lui-même, à Jésus Notre Seigneur : « apprends-nous à prier » (Lc 11,1). Et voici la formule, première et suprême par antonomase, de notre colloque avec Dieu, celle que le Christ nous a enseignée : le « Notre Père ». Elle est l’expression la plus simple, la plus heureuse, la plus profonde de notre religion. Nous le savons tous.
Mais nous ferions bien d’y consacrer une réflexion toute spéciale, précisément pour nous rendre compte — ne serait-ce même que cela — du bonheur que nous avons de pouvoir prier ainsi ! Nous n’oserions pas vous en dire plus en ce moment. Qu’il suffise que nous vous invitions à réfléchir au moins au rapport religieux que cette prière établit entre nous, minuscules atomes dans l’océan de l’univers, et le Créateur de toute chose, l’Etre infini, éternel, ineffable, omniprésent et mystérieux, le Dieu du ciel et de la terre. Cette première constatation est déjà suffisante pour fixer notre pensée : Sommes-nous devenus si grands que nous pouvons nous arroger le titre de fils de Dieu ? ou est-ce Dieu qui a daigné se pencher vers nous jusqu’à nous permettre de le considérer, de le savoir notre Père ? C’est là le cœur de l’Évangile ; c’est la perspective, familière et exceptionnelle, que nous offre la révélation chrétienne. Pensons-y ; pensons-y ; car tout aussitôt nous sommes emportés vers l’horizon incommensurable de l’univers : Notre Père (souvenons-nous : notre Père, le nôtre !) qui êtes aux cieux ; le climat du mystère rend au Père cette face qui échappe à toute tentative de contemplation, mais ne nous enlève pas la certitude et la joie de nous être emparés de son vrai nom, de son nom si doux : Notre Père, principe vivant et amoureux de notre être, petit certes, mais merveilleux qui, baigné de la Lumière présente et invisible du soleil divin, se révèle à notre conscience comme son image à Lui ; Dieu dit, à l’origine : « faisons l’homme à notre ressemblance » (Gn 1,26) ; et alors in lumine Tuo videbimus lumen (Ps 35,10) — c’est par ta lumière que nous voyons la lumière —. Il suffirait de cette première annonce du dialogue rendu possible entre l’homme et Dieu, pour dire merci au Christ, pour lui dire la joie, imprévue et extatique, de notre esprit : « Maître, nous nous trouvons bien ici » (Mc 9,5).
Mais ceci n’est que l’atrium de notre conversation, devenue, déjà au seuil de son entrée dans le royaume des cieux, une conversation céleste (cf. Ep 3,20). Vous savez comment elle se poursuit, suivant un double dessein symétrique et trinitaire. Avec trois envolées ascendantes, vers le nom, vers le royaume, vers la volonté de Dieu ; célébratives les premières ; les trois suivantes implorantes, demandant le pain, le pardon, la protection nécessaire à notre fragile existence ; tendues les unes et les autres vers l’effort possible pour l’humble mais indispensable causalité humaine, de telle sorte que la prière ne soit pas la pusillanime et fataliste résignation aux accablantes difficultés du monde hostile, obscur qui nous cerne, mais au contraire qu’elle soit tournée vers la supérieure, mais compatissante causalité divine, que la prière filiale implore pour résoudre nos insolubles besoins. C’est ici que nous avons le point de liaison et de rencontre de la souveraine efficience divine à laquelle s’ouvre et sur laquelle se greffe, humble mais disponible et pleine de bonne volonté, l’efficience humaine. Tant d’aspects de la sagesse religieuse sont résumés ici pour nous enseigner et nous réconforter ! Et comme elle nous rend humbles, comme elle nous fait grands, la prière du « Notre Père » que nous a enseignée le Maître unique et souverain lui-même, Jésus-Christ (cf. Mt 23,8) ! et quelle profondeur subjective et personnelle elle creuse au-dedans de nous, quelles harmonies communautaires elle exige et encourage !
N’en disons pas plus mais nous voudrions que cette reine des prières devienne notre prière préférée. Et qu’elle soit, parfois, l’objet d’une spéciale, d’une attentive méditation. Il existe toute une littérature sur cette « Oraison dominicale », sur cette prière que le Seigneur nous a lui-même enseignée (Parmi les commentaires classiques les plus accessibles : Tertullien, De oratione, P.L.I. 1149-1196 ; saint Cyprien, De or. dom., PL 4, 519-543 ; Cat. Rom. Trident., De or. dom., etc., parmi les commentateurs les plus récents : Carnelutti, etc.).
Expression de notre insuffisance, de notre faiblesse, de notre culpabilité, la prière du Seigneur peut devenir notre force, notre confiance, notre espérance : « Demandez, et il vous sera donné » a dit le Seigneur. « Qui d’entre vous, quand son fils lui demande du pain, lui remettra une pierre ? ou, s’il lui demande un poisson, lui remettra-t-il un serpent ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les deux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l’en prient » (Mt 7,9-11).
Priez donc ; priez toujours.
Avec notre Bénédiction Apostolique.


Audience du Pape Paul VI, 10 novembre 1976
L’EVANGILE NOUS OUVRE DEUX FENÊTRES L’UNE SUR LE CIEL, L’AUTRE SUR LA TERRE
Chers Fils et Filles,
La fin de l’année liturgique qui aura sa conclusion dans deux semaines avec la célébration de la fête du Christ-Roi pour la Couronner, nous inspire le désir d’en faire la synthèse — ce qui correspond à la manière de penser actuelle — et de grouper autour d’une idée centrale tout ce qui a fait l’objet de notre réflexion religieuse au cours de cette année. Après l’Année Sainte, et toujours sous le faisceau de lumière du Concile, quel est, cette année-ci, l’aspect religieux qui semble le mieux refléter notre foi ? Le Christ, sans aucun doute ; le Christ est toujours le centre rayonnant qui attire notre pensée, qui inspire notre prière, qui guide notre conduite si nous restons fidèles à l’engagement qui, nous en donnant le titre, a fait de nous des chrétiens. Toujours désireux de condenser notre pensée dans des propositions brèves et fondamentales, nous nous sommes déjà demandé — on s’en souviendra peut-être — qui est le Christ en soi et Qui est-il pour nous ? Nous voulons croire que parmi ceux qui nous auront écouté, il se trouvera des fidèles en mesure d’y donner comme réponse les formules exactes et très denses, extrêmement importantes, de cette catéchèse conclusive de notre observance liturgique annuelle. Mais ce n’est pas tout !
37 Afin que cette synthèse puisse saisir un autre aspect de notre participation religieuse au message chrétien dominical, nous pensons à une autre question, inéluctable, qui jaillit du fond de notre âme ; une question, elle aussi formidable : soit : quel est, en substance, l’enseignement qui me vient du Christ, que me propose-t-il de croire, de savoir, de penser ? En d’autres mots : l’Évangile que j’ai écouté à la messe du dimanche ou dont j’ai été informé peu importe comment, que m’apporte-t-il de spécifique, de fondamental, d’inéluctable, de beau ?
Cette révision ultérieure de l’écoute évangélique n’est pas du tout superflue si l’on veut éviter de tomber dans ce nominalisme creux qui utilise l’épithète « chrétien » pour qualifier mille choses de manière purement conventionnelle, superficielle, extérieure, en sans ressentir cette vibration intérieure que devrait toujours susciter le recours à un tel nom. Et il est d’autant moins superflu de remettre l’enseignement chrétien à la place qui lui revient dans l’échelle des valeurs spéculatives et actives qu’il comporte, s’il est vraiment religieux ou, mieux encore, s’il est vérité religieuse et s’élève aux sommets des principes qui déterminent l’ordre humain et l’équilibre spirituel. Si féconde, indispensable et inépuisable que soit et doive être l’impulsion que le christianisme confère à la promotion humaine, on ne peut l’exploiter en faveur d’une conception de la vie — on parle aujourd’hui de « christianisme pour le socialisme » — d’une conception, disons-nous, qui contredit, idéologiquement et pratiquement, le christianisme même. Il y aurait lieu ici de faire un long discours : pour l’instant il nous suffit d’y faire allusion.
Ce qui nous importe et nous suffit en ce moment c’est de déterminer ce qu’est, en substance, cette doctrine qui se définit chrétienne et qui a fait l’objet de notre réflexion religieuse et liturgique au cours de cette année, proche de sa conclusion. Nous alignant sur un mode aujourd’hui habituel nous pouvons nous aussi, pour exprimer les orientations sommaires de la spiritualité, et pour situer la doctrine chrétienne, parler d’un double plan, un plan vertical et un plan horizontal, c’est-à-dire orienté vers le grand mystère de Dieu et vers le mystère infiniment plus restreint, mais quand même un mystère inépuisable, celui de l’homme. C’est-à-dire : l’enseignement du Christ, son Évangile nous ouvre deux fenêtres, l’une sur le ciel, l’autre sur la terre. Celui qui fréquente l’école du divin Maître jouira d’une science, d’une sagesse, d’une révélation incomparable et béatifique au sujet du Dieu infini et ineffable, transcendant et immanent ; et il lui sera permis de lui donner le plus auguste et le plus familier des noms : celui de Père : « Vous, donc, nous enseigne le Christ, vous prierez comme ceci : Notre Père qui es dans les cieux... » (Mt 6,9). Théologie admirable dont l’humanité ne saurait être jamais rassasiée, dont elle ne pourra plus jamais se passer une fois qu’elle l’aura découverte, qu’elle en aura fait l’expérience intérieure. Oh ! Puisse la philosophie humaine essayer de balbutier quelque parole sublime au sujet du « Dieu inconnu » sans se laisser emporter par le doute et la peur ; qu’elle nous dise si jamais vision plus parfaite et plus rassurante a été offerte au regard, aux lèvres et au cœur de l’homme ! Oh ! nous ne voulons pas méconnaître la grandeur de la poésie humaine, les spéculations des mystiques de toute religion, de toute orientation, les gémissements de tant d’esprits, provoqués par les expériences les plus vives de l’amour et de la douleur ; mais nous ne pouvons manquer de remercier le divin Maître de nous avoir enseigné son incomparable et sublime prière, — la nôtre désormais — qui jaillit d’âmes devenues intrépides parce qu’elles ont su accueillir le grand et premier commandement de l’amour auquel se rattache toute la Loi ainsi que les prophètes » (cf. Mt 22,37 et suiv.) sur l’œuvre de l’homme ; une prière qui monte des lèvres des tout-petits éduqués à la conversation divine (cf. Mt 11,25 et suiv.). Cela, c’est l’enseignement vertical (cf. les Pensées de Pascal, 521, 537, 547, 548...).
Et l’enseignement horizontal ? la théologie au sujet de l’homme ; nous la lisons avec celle qui concerne Dieu. Avant tout : « Qui me voit, voit le Père » dit Jésus à Philippe, son disciple qui s’était risqué à demander : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit » (Jn 14,8-9). De Jésus rayonne une double vision : une vision divine, celle de la perfection infinie ; une vision humaine, dans sa dégradation multiple ; c’est dire que dans toute souffrance humaine se révèle, en transparence pour qui sait le découvrir, le mystère de l’homme, souffrant et déchu, mais qu’il ne faut plus mépriser, et, au contraire, rechercher et aimer, d’un amour supérieur, d’un amour religieux (cf. Mt 25,35).
C’est cela, la religion de Jésus. Il faut que nous y insistions. Il semble qu’aujourd’hui ce soit la mode ; et c’est très bien. Mais n’oublions pas : aussi longtemps qu’il y a l’Évangile ! La civilisation, même la plus experte, la plus raffinée, ne saurait soutenir le vrai, fort et cohérent amour de l’homme pour l’homme si le Christ ne nous enseigne pas ce qu’est l’homme et pourquoi il faut l’aimer (cf Jn 2,25 L. Grandmaison, Jésus-Christ, II, Jn 85 et suiv. ; Christus, Rousselot-Huby, Jn 982 et suiv. ).
Avec notre Bénédiction Apostolique.


Audience du Pape Paul VI, 24 novembre 1976
JÉSUS DE NAZARETH, ROI DES JUIFS
Chers Fils et Filles,
Comme vous le savez, cette semaine prend fin l’année liturgique, c’est-à-dire la recherche de Dieu dans l’histoire où le Christ est entré le jour de sa Nativité. À sa manière, il se révèle dans l’humilité de l’Évangile, dans la réalité concrète de son humanité (cf Jn 1,1-3), avec cette Parole incisive, tranchante comme une épée (He 4,12), chargée de vertus miraculeuses qui guérissent (cf Mt 8,3) et dominent les flots (Mt 8,26). Il nous apporte l’enchantement de ses Béatitudes (cf Mt 5,3 et ss.) et l’avertissement de ses malédictions (Mt 11,21 Mt 18,7, 23, Mt 14). Finalement il nous apporte la Révélation du Père, de Lui-même et de l’Esprit (Jn 16,13 Mt 28,19) ; Il est mort crucifié, est ressuscité et monté au ciel. Il a disparu (Ac 1,19)... Il nous a dit qu’il reviendra... (Ac 1,11). Mais comment ? Quand ? En attendant voilà que douze mois se sont écoulés ; l’année de la prière répartie dans le temps est finie. Comment allons-nous conclure cette période spirituelle ?
Ici s’impose une synthèse, qui, sera en quelque sorte l’expression de notre attitude à l’égard du Christ. Prêtons l’oreille un instant à une voix étrangère qui va nous secouer comme des naufragés dans la tempête : Jésus... « Ce n’est qu’un petit Juif, der kleine Jude, disait Nietzsche et, comme lui, le disent aussi certains parmi les hommes les plus sages, les plus célèbres, les plus forts du monde... ». Il est pauvre, nu, méprisé, insulté, couvert de crachats, une vermine et non un homme... Mais s’ils regardent attentivement son visage, ils trembleront de peur et tomberont à ses pieds comme le démoniaque du pays de Gadara : « Je t’en prie, par Dieu, ne me tourmente pas ! » (Merezkovskij, Gesù sconosciuto, p. 314). Qui est Jésus-Christ ? Voilà, nous voulons toujours à l’École de l’Église et toujours en rappel de notre catéchisme, résumer notre théologie en un titre qui dit tout en un seul mot, le titre que l’Ange, annonçant sa venue au monde, lui reconnut — en un langage biblique — par droit de naissance : « Tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et on l’appellera Fils du Très-Haut... Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père ; il régnera sur la maison de Jacob à jamais et son règne n’aura point de fin » (Lc 1,31-33). C’est ce titre qu’un jour, après le sensationnel miracle de la multiplication des pains, la foule heureuse et exaltée voulait lui conférer, celui de roi, mais avec une équivoque signification messianique, temporelle et prophétique en même temps ; Jésus refusa (Jn 6,15), en se soustrayant à la foule. C’est encore ce titre qui lui était attribué par l’opinion publique presque comme un chef d’accusation et auquel, devant Pilate, Il s’acharna à rendre son vrai sens transcendant : « Tu es le Roi des Juifs ? demandait Pilate, intrigué par la dénonciation d’une foule déchaînée ; et Jésus de répondre : « Mon règne n’est pas d’ici-bas ». Le Procureur Romain insista : « Donc, tu es Roi ? ». Et alors « Jésus répond : tu l’as dit ; Je sui Roi »... Et cette réponse vaut à Jésus, après la flagellation, par divertissement cruel des soldats, d’être couronné d’épines (Jn 19,20) ; puis, sur la Croix, Pilate fait mettre un écriteau qu’il avait rédigé lui-même pour expliquer la condamnation. Il portait ces mots, en hébreu, en latin et en grec : Jésus de Nazareth, Roi des Juifs (Jn 19,20). Jésus fut Crucifié comme Roi, parce que Roi. Et comme Roi, Jésus ressuscita et fut glorifié et Roi, Il l’est pour l’éternité : « ... le manteau qui l’enveloppe est trempé de sang et son nom est Verbe de Dieu, nous révèle l’Apocalypse (...) ; un nom est inscrit sur son manteau et sur sa cuisse ; Roi des Rois et Seigneur des Seigneurs » (Ap 19,16). Oui, le Christ est Roi.
Nous sommes moins sensibles aujourd’hui à ce titre suprême. Il faut que nous entendions résonner sa signification biblique et actuelle, en relisant et en étudiant le document pontifical qu’à la fin de l’Année Sainte 1925 le Pape Pie XI, avec son Encyclique Quas primas, voulut adresser à l’Église en instituant la Fête du Christ-Roi (acta Apost. Sedis, vol. XVII, 1925, p. 503 et suiv.). La royauté du Christ synthétise liturgiquement et spirituellement le cycle de notre culte annuel et propose à notre vie religieuse une méditation d’ensemble merveilleuse et sans limite. Notre christologie se fait christocentrique. Elle est la clé pour comprendre l’Évangile si vraiment l’Évangile est, comme nous le savons, l’annonce et l’inauguration du règne de Dieu dans le temps, dans l’humanité, dans la vie de l’Église ; la royauté est la voie qui nous permet de pénétrer le mystère du Christ dans sa profondeur ineffable (cf Ap 1,12 et ss.), dans son extension cosmique (voir la page éclatante écrite par Saint Paul dans son Epître aux Col 1,15-23) ; dans sa formulation théologique (cf le tomus du Pape Léon I, Denz. Schoen., 290 et ss. ; cf L. bouvier, Le Fils éternel, Réflexions, p. 469 et sv.). Dans la célébration de la royauté du Christ nous trouverons des motifs pour l’adorer dans sa divinité, pour nous rapprocher de Lui dans son humanité ; nous y trouverons, certes, sa majesté et son pouvoir, mais aussi le centre d’où émanent l’effusion sanctifiante de l’Esprit et le centre d’attraction de toute destinée humaine. Nous y trouverons le Chef, le Maître, le Pasteur, le Sauveur, le Verbe Incarné, l’Agneau de Dieu, Prêtre et Victime d’infinie bonté.
Et cette rayonnante figure du Christ-Roi qui nous permet d’avoir de Lui, par participation et pour autant que nous puissions la percevoir, une vision eschatologique et céleste, ne l’éloigné pas de nous, de chacun de nous : car le miroir dans lequel nous pouvons contempler sa vivante image, c’est la foi, cette foi que chacun comme un œil intérieur et spatial, au plus intime de soi-même, là où, comme nous le dit Saint Paul et tel que nous le confirme notre expérience religieuse même ; là, donc, où Lui, le Christ « habite en nous » (Ep 3,17).
Tout cela nous donne l’impression d’un monde nouveau, d’un tourbillon indéfinissable mais c’est la réalité, en puissance aujourd’hui, réelle demain si nous nous laissons vraiment sauver par le Christ.
Avec notre Bénédiction Apostolique.


Audience du Pape Paul VI, 5 janvier 1977
NOËL, ÉCOLE DE PAUVRETÉ - DIEU S’EST FAIT HOMME !
Chers Fils et Filles,
La pensée du Noël récemment célébré occupe encore nos esprits, constituant un double stimulant social. Le premier est relatif au fait de la naissance de Jésus à Bethléem et donc au cadre de la crèche qui ne cesse d’absorber notre esprit avec le charme de sa pastorale simplicité et de son angélique poésie ; le second est relatif à l’efficacité pédagogique de la révélation du Christ par la manière miséreuse dont il s’est présenté à l’humanité, incontestablement dans une intention de modèle, d’exemple.
En d’autres termes, si nous voulons comprendre la signification essentielle du grand événement qu’est la venue du Christ dans le monde, la venue du Fils même de Dieu qui, restant tel, assume en même temps une nature humaine, pour se faire dans le même temps Fils de l’homme, nous ne pouvons manquer de rester stupéfaits devant cette pauvreté que le Christ a assumée en venant dans le monde.
Noël est une incomparable leçon de pauvreté. C’est ainsi que Dieu s’est fait homme. La perception de cet aspect du mystère de l’Incarnation nous pénètre non seulement par les circonstances dans lesquelles un tel mystère s’est historiquement et pratiquement célébré à Bethléem, mais aussi parce qu’il ne s’agit pas d’un simple épisode aussitôt fondu dans un cadre historique correspondant mieux à l’exceptionnelle dignité du Dieu-Homme entré dans la scène de l’humanité. C’est le style, la forme voulue et cohérente, choisis par le Christ pour vivre parmi nous, mieux, pour accomplir sa mission de salut : l’Enfant-Jésus de la crèche allait mourir sur le Calvaire, dans la douleur et l’humiliation de la Croix. La pauvreté de l’Incarnation sera consumée dans la Rédemption et tout le message évangélique, qui s’étend de la naissance à la mort du Christ est une annonce, une apologie de la pauvreté, choix proverbial que le Christ a fait pour se manifester au monde.
Pauvreté du Seigneur ! Le grand obstacle à son acceptation par une humanité qui s’attendait à bien autre chose de la venue spectaculaire et victorieuse du Messie ; et, en même temps, voilà le grand secret de l’attrait du Christ apparu dans l’humanité.
Lisons, un peu au hasard, des pages du Nouveau Testament, quelques textes qui imposent le thème de la pauvreté évangélique comme sujet essentiel du fait chrétien. Qui ne se souvient de la voix vibrante de la première béatitude « bienheureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux leur appartient » (Mt 5,3) ? Alors, ce Jésus de Bethléem et de Nazareth, il est le prophète des pauvres ? Il est celui qui a révélé leur dignité, leur priorité, leur bonheur ? Ce n’est pas démagogie ; c’est la réhabilitation dans l’excellence terrestre et dans l’espérance ultra-terrestre des déshérités des biens de la terre.
Puis, vous souvenez-vous de cette page célèbre de Saint Paul sur la pauvreté totale et volontaire « Epître aux Philippiens » (2, 5-8). Il écrit : « Ayez entre vous les mêmes sentiments qui furent dans le Christ Jésus : Lui, de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit lui-même, prenant condition d’esclave et devenant semblable aux hommes. S’étant comporté comme un homme, il s’humilia plus encore, obéissant jusqu’à la mort, et à la mort sur une croix ! ». Et, Saint Paul encore, écrivant aux Corinthiens pour les inciter à assister leurs frères de Jérusalem : « Vous connaissez la libéralité de Notre Seigneur Jésus-Christ, comment de riche il s’est fait pauvre pour vous, afin de vous enrichir par sa pauvreté » (2Co 8,9).
3 Impossible de tout dire sur cet immense aspect du christianisme. Qu’il nous suffise de le soumettre à l’admiration de ceux qui, célébrant Noël, se sont rendus compte de l’exaltation de la pauvreté humaine qui découle de cette fête.
Mais il est tout aussi impossible de passer sous silence l’importance et l’intérêt des enseignements qui, surtout après le Concile, nous sont, non pas seulement proposés, mais même imposés, au sujet de la pauvreté, l’aspect que le Christ a assumé pour habiter parmi nous (cf. L’Église de Vatican II, II° volume, PP 339-372 pp. 339-372 ; J. Dupont, L’Église et la pauvreté).
Nous pouvons tenter de faire un classement de la doctrine du Christ sur quelque chose que tout le monde sait.
Voici le premier point, celui qui se réfère au critère théologique de l’Évangile sur la pauvreté. Pourquoi la pauvreté ? Pour donner à Dieu, au royaume de Dieu, la première place dans l’ordre des valeurs qui sont l’objet des aspirations humaines. Jésus a dit : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice » (Mt 6,33) ; et il l’a dit en comparaison avec tous les autres biens temporels, même nécessaires et légitimes, qui généralement attirent les désirs de l’homme. La pauvreté du Christ rend possible ce détachement concernant les choses terrestres pour hisser le rapport avec Dieu au faîte des aspirations humaines.
Second point : le critère ascétique : la pauvreté comme dégagement des liens des intérêts temporels pour dédier nos facultés à la soumission à l’Évangile, à l’accomplissement des devoirs de la vie chrétienne. Que Saint François nous enseigne !
Et troisième point, le critère bénéfique : « Donnez et il vous sera donné » (Lc 6,38 Lc 11,41). Ceci est également bien connu : « la pauvreté, la privation de quelque fraction de notre avoir doit se transformer en pain pour nos frères. C’est la source sociale, qui jaillit de la pauvreté et qui sait valoriser le travail, l’épargne, la richesse et le généreux renoncement au relatif afin de maintenir la charité, de soutenir l’amour entre les hommes, l’assistance fraternelle. Cette leçon de pauvreté est aujourd’hui d’actualité ! Que chacun l’écoute donc d’un cœur capable d’aimer, en méditant une parole dont Saint Paul nous dit qu’elle nous vient des lèvres mêmes du Christ : « Il y a plus de joie à donner qu’à recevoir » (Ac 20,25).
Avec notre Bénédiction Apostolique.


Audience du Pape Paul VI, 2 février 1977
S’OFFRIR AU CHRIST C’EST LE RECEVOIR
L’audience du mercredi 2 février a revêtu cette fois-ci le caractère particulier que lui donnait sa conjonction avec la fête liturgique de la Présentation de Jésus au Temple. C’est l’occasion pour le Pape de bénir les cierges que lui présentent le cardinal Archiprêtre de St-Pierre, Paulo Marella, les délégués du Chapitre, le Cardinal Préfet des Religieux et Instituts Séculiers Edouard Pironio, les représentants des Congrégations Religieuses et Instituts séculiers, les délégués des universités, collèges et séminaires. La cérémonie a donc commencé par une liturgie de la parole, rappelant l’événement que l’Église célèbre et sa signification. Le Pape devait d’ailleurs s’y référer dans son allocution.
Un très nombreux public assistait à cette célébration et à cette audience qui ont eu lieu en la Basilique Saint-Pierre. Voici la traduction du discours prononcé par le Souverain Pontife en italien :
Chers Fils et Filles,
À la fête que nous célébrons aujourd’hui et qui termine la période de Noël, on attribue différents noms et différentes significations : Purification de Marie, en relation avec le rite de la Loi ancienne (cf. Ex 13, 2, 12, 15 ; Nb 8,17 Lv 2, 6, Lv 8) ; Présentation de Jésus avec le vieux Siméon et la prophétesse Anne, plus qu’octogénaire, c’est-à-dire la rencontre de l’Ancien Testament avec le Nouveau qui a débuté avec la naissance de Jésus (Lc 2, ibid) ; Chandeleur, un nom qui lui vient de la procession qui, à la fin du IV° siècle se faisait à Jérusalem et nous est rappelée dans le célèbre écrit d’Etérie la pèlerine sur les liturgies locales (cf. Duchesne, Origines du culte chrétien, p. 519) ; et, à la même époque, à Rome, mais avec une autre signification, pénitentielle et purificatrice (cf. P.L. 96, 277 ; Polycarps Rado, Enchir. Litur., II, 1139) ; à Milan, avec la letania qui, de l’église S. Maria Beltrade, accompagnait la procession entourant un portatorium avec l’image de la Vierge portant l’Enfant-Jésus dans les bras (cf. M. Righetti, Manuale di St. Lit. II, 87). C’est donc une magnifique collection de rites variés et dévots, qui dans la liturgie actuelle, que nous pouvons considérer comme authentique et centrale par rapport aux autres, trouve finalement son point focal, fixe, dans l’oblation biblique de Jésus à Dieu, Père et maître de la vie humaine, dans l’expression messianique qui se situe au centre de l’histoire de l’humanité et du difficile destin du salut comme « signe en butte à la contradiction » (Lc 2,34).
Bossuet nous l’explique : « Nous savons que le premier acte de Jésus entrant dans le monde fut de se donner à Dieu et de se mettre à la place de toutes les victimes, de n’importe quel genre, pour accomplir Sa volonté quelle qu’elle soit » (Élévations sur les Mystères, Œuvres, II, 336). Dans cet épisode évangélique se trouve la profession fondamentale : la philosophie de la vie commence ainsi : l’homme ne s’appartient pas ; il est une créature ; il naît libre mais dans le cadre d’un dessein divin qui engage son destin et son devoir radical (cf. Ep 1,3 et ss.). Parole bien connue de celui qui a découvert la clé de la vocation humaine qui est celle du Christ même : « Voici, je viens (...) pour faire, ô Dieu, ta volonté » (He 10, 7, 9 ; cf. Ps 39,8 Is 53,7). D’où vient que la relation tout entière entre l’homme et Dieu se noue en une série ascendante de mouvements qui se font prière, dialogue, amour, oblation ; qui se font sacrifice également, mais destinés à déboucher dans l’océan de la vie et de la béatitude.
Cet engagement initial, cette offrande de nous-mêmes que nous faisons à la volonté de Dieu, mérite que nous méditions à fond cette fête toute particulière de notre foi en Dieu et dans le Christ, notre Maître et notre Sauveur. Nous sommes le Peuple de Dieu ; et comme transportés par une coutume historique dont nous ne pourrons jamais assez reconnaître et bénir la fortune gratuite, nous sommes parvenus à la rencontre avec le monde religieux, avec le royaume de la foi et de la lumière. Avons-nous compris notre destin merveilleux ? Avons-nous répondu à la dignité de cette élévation communautaire qui incorpore notre microscopique existence à celle universelle du Christ total qui s’appelle Son Corps mystique, l’Église ? Nous sommes-nous rendus compte du fait que dans cette communion démesurée, qui nous fait tout-un dans le Christ, notre minuscule vie, loin de perdre sa personnalité, l’acquiert et la magnifie ? Notre ego prend-il des proportions incalculables et se prévaut de cette transfigurante « société de l’esprit » (Ph 2,1) pour parvenir à cette plénitude que nous cherchons vainement dans la possession du royaume de la terre, de la nature, de la pensée elle-même, et, que peut-être inconsciemment, nous désirons profondément : la possession infinie du Dieu vivant.
S’offrir au Christ c’est le recevoir. Evoquer le Christ, c’est conquérir le Dieu Infini.
Quel bonheur pour nous, si cette offrande découlant de notre baptême, s’est maintenue avec fidélité, si elle s’est approfondie avec la conscience de ses proportions démesurées ; et si, au lieu de rayonner dans l’effort de se faire minime et avare, elle s’est rendue plus généreuse et plus active. Si elle est devenue totale et chrétienne.
Il nous souvient en ce moment, au point presque de nous transporter de joie, qu’il y a, précisément aujourd’hui, trente ans l’Église catholique célébrait un événement qui a communiqué à nombre de ses fils le charisme de cette fête de la Présentation de Jésus au Temple, c’est-à-dire de l’offrande du Christ à la volonté du Père.
Nous désirons en effet, rappeler un anniversaire qui tombe aujourd’hui : il y a trente ans, le 2 février 1947, l’Église reconnaissait une forme nouvelle de vie consacrée, lorsque notre Prédécesseur Pie XII promulgua la Constitution Apostolique Provida Mater.
Une forme nouvelle, différant de celle de la vie religieuse non seulement par une autre manière de réaliser la « sequela Christi » mais aussi par une façon diverse d’assumer le rapport Église-monde, certainement essentiel pour toute vocation chrétienne (cf. Gaudium et Spes, GS 1).
Trente années, ce n’est pas beaucoup, mais la présence des Instituts séculiers est déjà très importante dans l’Église, et nous vous convions à vous unir à nous dans nos remerciements au Père des cieux pour ce don qu’il nous a fait.
Et nous voulons envoyer à tous et à chacun, homme ou femme, nos salutations, empreintes de bénédictions, que nous étendons à tous ceux qui nous apportent aujourd’hui leur cierge bénit, symbole de leur vie et de celle de leurs frères et sœurs associés dans une semblable oblation au Seigneur. De tout cœur nous les étendons à tout le Peuple de Dieu, fidèle à sa propre oblation au nom et à la profession chrétienne.
Avec notre Bénédiction Apostolique.
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