Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - Fête du Saint Sacrement – Année A - Dimanche 26 juin 2011 – Cathédrale Notre-Dame de Paris
Qui sauvera l’homme de la mort ? Dans l’offrande du Christ sur la croix, Dieu ouvre pour toujours sa vie à l’humanité. Par le pain eucharistique, pain vivant descendu du ciel et corps du Christ, nous communions à son sacrifice de manière non sanglante et recevons la vie éternelle.
Frères et Sœurs,
Au cours de la traversée du désert vers le pays que Dieu lui a promis, le Peuple d’Israël est confronté à la faim, à la soif, aux piqures de serpent et ultimement à l’épreuve de la mort. Ces épreuves sont autant d’occasions de chercher à comprendre ce que Dieu veut pour lui. Le Peuple sera souvent tenté de reprocher au Seigneur de l’avoir arraché à l’Égypte où, au moins, il avait à manger et à boire. Sur la prière de Moïse, Dieu va donner le pain du Ciel : la manne. Ce pain assurera la subsistance du peuple tout au long de la route de l’Exode. Mais ce pain qui vient de Dieu ne va pas garantir à Israël un rassasiement indéfini. Chaque jour, il ne reçoit que sa ration quotidienne. Il ne peut pas faire de provision, car il doit avoir foi en Dieu, qui seul le nourrit.
Cet épisode de la traversée du désert est une sorte de parabole du déroulement de l’histoire humaine à travers les siècles et du cheminement de chaque chrétien au long de son existence. À travers les temps, l’humanité cherche à s’orienter, souvent dans l’obscurité, sans bien comprendre le but et le terme de toute l’histoire humaine, et sans savoir identifier le dessein que le Seigneur a pour elle. Et de même, chacune et de chacun d’entre nous avance à la suite du Seigneur, jour après jour et année après année, en passant par les épreuves, le doute ou l’inquiétude.
Au fond, la question ultime de chaque vie humaine est une question de foi : Qui peut sauver l’homme ? Qui peut permettre à l’humanité d’échapper à la destruction et à l’anéantissement ? Le Seigneur, qui a sauvé Israël de la mort lors de sa traversée du désert, annonçait par ce geste ce qu’il voulait réaliser pour l’ensemble de l’humanité : Dieu veut que l’homme vive et il met tout en œuvre pour cela. Ainsi, par delà le temps de notre vie terrestre, nous saisissons petit-à-petit que Dieu nous offre la promesse de vie éternelle.
En la personne de Jésus, Fils bien-aimé envoyé par le Père, nous découvrons que cette promesse ne s’accomplit pas simplement à travers des moyens que Dieu nous donne pour subsister en ce monde : la manne, ou les pains et les poissons que Jésus a multipliés pour nourrir la foule. Tout ceci annonce le véritable Pain de Vie qui assure le Salut de l’homme. Dieu nous donne vraiment la vie éternelle dans le sacrifice que Jésus fait de sa vie : nous vivons parce qu’Il est mort pour que nous vivions. Mais nous ne pouvons pas atteindre la plénitude de vie à laquelle Dieu nous appelle, sans passer d’une certaine façon par la mort et de la résurrection du Christ. C’est ce que nous faisons quand nous mangeons le pain eucharistique « donné pour que le monde ait la vie » (Jn 6, 51), et c’est pourquoi Jésus dit aux juifs, dans la synagogue de Capharnaüm : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle » (Jn 6, 54).
Quand le Christ se désigne lui-même comme celui qui est le pain venu du Ciel, le vrai pain de vie, il ne parle pas d’une nourriture semblable à la manne ou aux pains et aux poissons. Il se désigne lui-même comme l’origine de la vie et la source du Salut de toute l’humanité. S’il peut donner son corps en nourriture et son sang en boisson, c’est parce qu’il donne toute sa vie pour la vie du monde.
Dès lors, nous pouvons comprendre que cette condition qu’il pose : « Celui qui ne mange pas mon corps n’aura pas lé vie en lui » (Jn 6, 53) est pierre de scandale pour les juifs, comme pour beaucoup d’autres. Comment un homme peut-il dire qu’il donne sa chair en nourriture et son sang en boisson alors que toute la tradition juive a consisté précisément à échapper aux rituels païens des sacrifices ? Doit-on y voir quelque trace d’anthropophagie ? Nous comprenons que l’esprit humain résiste à cette parole !
Mais nous ne sommes pas associés à la mort et à la Résurrection de Jésus par un sacrifice sanglant semblable aux sacrifices humains des religions païennes, ni même par un sacrifice du même ordre que les sacrifices des animaux dont on répandait le sang dans le sanctuaire dans la tradition d’Israël. L’offrande de Jésus sur la croix accomplit une transformation complète du sens du sacrifice. Elle ne vise pas à obtenir la bienveillance de Dieu, mais elle est la plénitude de l’amour de Dieu manifestée dans l’offrande qu’il fait de son Fils. Ce n’est pas nous qui sacrifions quelque chose, c’est Dieu qui s’offre lui-même.
Ainsi, le sacrifice de la messe n’est pas un rite païen pour obtenir les faveurs de Dieu, mais l’actualisation du sacrifice que Dieu fait de lui-même en la personne de Jésus de Nazareth, qui ouvre le salut à l’humanité entière et nous donne de pouvoir communier à la vie divine. Pour nous, cette communion ne vient donc pas d’un rite sanglant, mais elle se réalise à travers le sacrement dans lequel le Corps et le sang du Christ sont rendus présents dans le pain et le vin que nous consacrons. L’un et l’autre ne changent pas d’apparence. Ils demeurent physiquement du pain et du vin. Mais dans la foi, ils sont pour nous chair et sang du Christ, et nous les recevons comme le moyen excellent qui nous est donné pour communier physiquement au sacrifice du Christ.
Nous connaissons bien d’autres manières authentiques d’être en communion avec le Christ et de recevoir sa grâce : la prière intérieure, la méditation, la lecture de sa Parole, la vie de l’Église ou les relations que nous avons les uns avec les autres. Mais la communion eucharistique donne sens, récapitule et mène à son achèvement toutes ces formes de communion. Ce geste touche notre être physiquement et profondément. Lorsque nous mangeons ce pain et que nous buvons à cette coupe, toute notre personne, cœur, corps, âme et esprit est associée au sacrifice du Christ et accueillie et installée dans la communion de l’Église. Même si, à certains moments de notre vie, il nous est impossible de participer effectivement à la communion eucharistique, nous devons néanmoins nous y unir le plus possible par l’intention de notre cœur, par le désir qui nous habite ou par la joie que nous avons de savoir que le Christ vient visiter toute l’humanité.
Quand nous célébrons l’eucharistie, nous faisons mémoire du sacrifice du Christ qui s’offre pour toute l’humanité, qui fonde la communion ecclésiale et qui vient toucher chacun et chacune d’entre nous dans son cœur, son intelligence, sa liberté et jusque dans sa chair. Quand nous mangeons le pain qui est le Corps du Christ, quand nous buvons le vin qui est son sang, nous sommes assimilés au Christ lui-même et nous communions en lui à la vie divine et trinitaire à laquelle nous avons été appelés par le baptême.
Voici pourquoi nous recevons le commandement de célébrer l’eucharistie du Seigneur chaque dimanche, et de participer à cette célébration en ce jour de la Résurrection. Par ce sacrement, nous sommes pleinement associés à la vie nouvelle que Jésus a rendue possible en faisant le sacrifice de sa propre vie. Par le pain que nous mangeons, Dieu infuse sa vie à notre corps et à notre personnalité. Rendons grâce au Seigneur qui nous donne la possibilité de vivre ce mystère d’amour.
Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris
Homélie du Cardinal André Vingt-Trois lors de la messe de la Solennité de l’Assomption de la Vierge Marie - Barcelone - JMJ 2011 - Basilique de la Sagrada Familia à Barcelone - JMJ 2011
L’Assomption de Notre-Dame est la reprise en Dieu de toute sa vie. La vocation chrétienne ne consiste-t-elle pas à regarder et à vivre toutes les réalités de ce monde, non comme un chemin de mort, mais comme le lieu ou germe et grandit la présence et l’action de Dieu, pour en devenir signe et témoin ?
En cette fête de l’Assomption, le cardinal Vingt-Trois présidait la messe dans la basilique de la Sagrada Familia à Barcelone où étaient rassemblés 3500 jeunes parisiens participant aux JMJ et leurs aumôniers.
Cette terre est rude, chaude, aride ! La terre où nous devons vivre de notre premier à notre dernier jour nous tire vers le bas. Elle nous tient, nous fatigue, nous immobilise. Et depuis cette terre où nous sommes plantés, comment pouvons essayer d’imaginer quelque chose de la réalité de Dieu qui est aux Cieux ?
Le livre de l’Apocalypse nous révèle les choses de Dieu à travers des visions ou des images qui disent vraiment quelque chose de la réalité de Dieu. Ainsi par exemple, parler d’une femme couronnée d’étoile est une manière bien humaine de dire quelque chose qui dépasse cependant notre expérience. Et comment pourrions-nous mieux comprendre cette possibilité d’exprimer la réalité de Dieu dans un langage humain que depuis cette basilique de la Sagrada Familia où nous nous trouvons ? Ici, tout tourne nos regards vers le haut. Les matériaux et les expressions artistiques sont comme transformés et aspirés pour exprimer quelque chose de la présence de Dieu sur la terre des hommes. Au cœur de la ville de Barcelone, cette réalisation visionnaire ne constitue-t-elle pas le signe évident et incontournable que l’expérience humaine ne peut se limiter à ce qui est de la terre ?
Nous voyons donc que l’expression de la présence de Dieu au milieu de nous passe nécessairement par les réalités de l’existence humaine. C’est bien ce que dit la première épitre de Jean : ‘’Comment peut-on aimer Dieu que l’on ne voit pas, sans aimer son frère que l’on voit ?’’ (1 Jn 3, 20). Dieu ne peut manifester sa présence dans l’histoire humaine qu’en venant y demeurer dans la personne du Fils.
Ainsi cette terre aride et dure peut d’un côté nous empêcher de tourner les yeux vers Dieu. Mais elle est en même temps celle sur laquelle nous devons porter un regard neuf pour y découvrir la présence de Dieu. Ce monde dans lequel nous vivons a son origine et son sens dans l’Alliance que Dieu a voulu conclure avec l’humanité. Dieu a appelé toute chose à la vie, et n’a d’autre but que de rassembler les hommes et les femmes de ce monde en un peuple unique, qui soit son Peuple. Ce Peuple est immergé dans l’histoire des siècles. Mais comme cette basilique établie au cœur de cette ville, il y manifeste qu’une autre espérance travaille l’histoire des hommes comme le levain fait lever toute la pate, et comme le sel donne goût à toute la nourriture.
Etre chrétien aujourd’hui, c’est reconnaitre cette présence de Dieu au cœur de l’humanité, et la laisser transformer nos vies pour que celles-ci deviennent vraiment signe visible de ce que le Ciel est venu sur la terre et de ce que toute existence humaine est appelée à être divinisée par la présence du Christ.
Chers jeunes, sur votre route vers Madrid, vous n’êtes pas simplement à la recherche d’expériences plus ou moins exceptionnelles : Vous êtes avant tout témoins de ce que dans votre vie, il y a quelque chose de plus important que ce qui se voit. Vous êtes le signe visible de ce que l’amour de Dieu est venu rejoindre l’aventure humaine. Le signe de ce rassemblement ecclésial marquera votre existence, mais aussi celle de chacune de vos paroisses, de notre Église de Paris, de vos lieux d’études ou de travail. Il va devenir un ferment des réalités d’en haut au cœur des réalités d’en bas.
Frères et soeurs, désormais, nous sommes tous appelés à contribuer à la visibilité de cette présence de Dieu au milieu de l’histoire des hommes. En ces jours de vie spirituelle plus intense, vous pouvez entendre l’appel que Dieu vous adresse pour prendre votre part de ce témoignage en ce monde, que ce soit par le métier que vous choisirez, en fondant une famille, en répondant à l’appel de tout quitter pour le service de l’Évangile ou en devenant prêtre de l’Église. À chacune et chacun d’entre-vous, Dieu adresse aujourd’hui, comme à Elisabeth, un appel : ‘’la mère de mon Seigneur est venu me visiter. Qu’est-ce que cela va changer dans ma vie ?’’ Comment vais-je reconnaître, à travers cette visitation de la Vierge Marie, la visitation de Dieu à toute l’humanité ? Comment vais-je en rendre raison en laissant la réalité de Dieu transformer toute réalité humaine et transformer ma vie ? Dieu a manifesté son Mystère d’amour pour que la réalité du Christ transforme mon existence au service de la mission. Que le Seigneur nous donne la joie d’entendre cet appel et d’y répondre.
Amen.
+André cardinal Vingt-Trois
Homélie du Cardinal André Vingt-Trois, lors du 150e anniversaire de l’Évangélisation de l’Église locale du Bénin par les Missionnaires de la Société des Missions Africaine de Lyon à l’occasion du Pèlerinage marial national du Bénin - Dimanche 21 août 2011 - Sanctuaire de Dassa-Zoumé (Bénin)
À l’occasion du Jubilé des 150 de l’évangélisation du Bénin, cette homélie propose une méditation sur la foi qui nait de l’accueil de la Parole de Dieu, et transforme la vie de chaque chrétien, pour donner vie au Corps du Christ qu’est l’Eglise.
Frères et sœurs très chers,
1. La gloire de Marie.
Comme nous comprenons bien l’admiration de cette femme dans la foule quand elle entend les paroles de Jésus, son enseignement de force et de sagesse, et quand elle sait les signes qu’il a donnés par ses miracles ! Peut-être qu’elle pense aussi à ses fils, à ceux qui ont bien réussi à conduire leur vie, mais aussi à ceux qui n’ont pas réussi. Comme toutes les mères du monde, elle pense qu’elle a un peu de mérite pour ce qu’ils ont fait de bien. Elle les a bien élevés. Elle a aussi peut-être un peu de responsabilité pour ce qu’ils ont fait de mal ou ce qu’ils font de mal. Elle n’a pas toujours su ou elle n’a pas toujours pu faire ce qui était le mieux pour eux. Mais, en tout cas, elle croit bien qu’il y a une transmission du bien et du mal d’une génération à l’autre. Comme si la sainteté se transmettait comme un métier ou une terre que l’on possède et qu’on lègue à ses enfants.
Nous la comprenons bien cette femme parce que nous aussi nous avons souvent le sentiment que nous sommes à l’origine de la réussite ou de l’échec des enfants, à l’origine de leurs qualités ou de leurs défauts. Nous avons pu penser aussi que la foi est un bien collectif que nous nous passons les uns aux autres. Et ce n’est pas complètement faux. Marie et Joseph ont appris à Jésus enfant à devenir un homme, un bon juif. Ils lui ont appris les prières de chaque jour et ils lui ont appris ce qui est le bien et ce qui est le mal. Mais tout ça, qui a permis à Jésus d’atteindre sa taille d’homme, n’est pas la source de ce qu’il dit et de ce qu’il fait comme Sauveur du monde. Ce n’est pas Joseph qui a appris à Jésus à faire le Messie comme il aurait fait le charpentier. Ce n’est pas Marie qui lui a donné les mots du salut. C’est Dieu lui-même qui l’a envoyé comme celui qui porte la parole de Dieu. « Ce que je vous dis, je ne le dis pas de moi-même… » (Jean 12, 48).
Ainsi le cri d’admiration de cette femme envers Marie, la mère de Jésus, nous le partageons et nous le chantons aussi : Bienheureuse la Vierge Marie qui a mis au monde et éduqué le Fils du Père éternel. Mais pourquoi devons-nous l’admirer et lui chanter notre amour et notre joie ? Pas parce que Jésus a tété son sein et bu son lait, parce qu’il a de son sang dans ses veines, pas parce qu’elle l’a aimé et accompagné, même pas parce qu’elle l’accompagnera jusqu’à la croix. Tout ça, c’est vrai, mais ce n’est pas le plus important. Le plus important, c’est que Marie a écouté la Parole de Dieu, qu’elle l’a gardée et qu’elle l’a mise en pratique. Nous connaissons bien comment elle a entendu la parole de Dieu, puisque nous le disons chaque fois que nous disons le Je vous salue Marie. « L’ange du Seigneur apporta l’annonce à Marie et elle conçut du Saint-Esprit ». Tout cela a été possible parce que Marie a dit : « Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole. » (Luc 1, 26-38)
La gloire de Marie, ses mérites pour lesquels nous l’admirons et nous l’aimons, comme une Mère très chère, c’est d’avoir écouté la Parole de Dieu et de l’avoir mise en pratique. Oui, nous sommes heureux de venir à son sanctuaire de Dassa-Zoumé pour reconnaître avant tout la foi de Marie et son obéissance à la Parole de Dieu.
Ô Marie, notre Mère, toi qui as accueilli la Parole de Dieu et qui l’a mise en pratique, apprends-nous à écouter ce que Dieu nous dit dans les Écritures et à travers l’enseignement de son Église ; apprends-nous à « faire tout ce qu’il nous dira » (cf. Jean 2, 5) et à mettre les mots en pratique. Aide-nous à devenir bienheureux avec toi parce que nous sommes des fidèles de la Parole de Dieu.
2. La Parole de Dieu est venue chez vous.
Cette parole de Dieu est venue chez vous. Il y a 150 ans, quelques prêtres des Missions Africaines de Lyon ont été envoyés de France dans votre pays pour reprendre le travail du semeur qui avait été commencé bien avant, mais sans encore atteindre toutes les parties de votre pays. Ils ont quitté les bords de l’océan et se sont enfoncés dans les terres pour aller à la rencontre de vos grands-parents et leur porter la joie de la Bonne Nouvelle du salut. Ils ont porté la parole de Jésus avec confiance et avec amour. C’est grâce à eux que votre pays a été touché par la graine de la foi et que cette graine a pu germer et porter du fruit, un fruit abondant. Si votre Église est si vivante en beaucoup d’endroits, c’est grâce à cette Parole qui a été reçue et mise en pratique. Ce n’est pas vous qui avez trouvé le Christ, c’est le Christ qui vous a trouvés et qui est venu chez vous à votre rencontre. Comme il est venu chez nous en France par des apôtres envoyés de Jérusalem et de Rome. Comme il était venu à Bethléem pour apporter l’espérance à l’humanité entière, il est venu au Bénin pour vous apporter l’espérance. Il est venu par la médiation de ces premiers missionnaires et par leur ministère la lumière est venue pour illuminer vos aïeux de la lumière de la foi. Comme le disait le prophète Isaïe : un fils nous a été donné et il a fait grandir la joie.
Cette parole, vos pères l’ont écoutée, cette lumière, ils l’ont accueillie et vous devez être reconnaissants à vos ancêtres, pas seulement parce qu’ils vous ont transmis la vie et parce qu’ils vous ont appris à vivre, mais d’abord parce qu’ils ont accueilli la Parole de Dieu et qu’ils ont appris à la mettre en pratique. Ils sont bienheureux, pas seulement parce qu’ils vous ont légué un beau pays, mais surtout parce qu’ils ont accueilli la foi au Christ et qu’ils lui ont été fidèles. Ils étaient souvent pauvres et ils n’avaient pas beaucoup de biens terrestres à vous donner. Ils ont souvent du vous apprendre à vivre dans les difficultés de toutes sortes, mais ils vous ont donné ce qu’ils avaient de plus précieux : leur amour et leur foi. Si nous sommes ici si nombreux aujourd’hui à fêter ce 150° anniversaire et à chanter notre joie avec Marie, c’est grâce à ces quelques dizaines de missionnaires venus d’un autre pays apporter leur témoignage de foi et grâce à vos ancêtres qui les ont reçus et écoutés. Nous savons bien que ça n’a pas été tout seul. Il y a eu des erreurs, il y a eu des résistances, il y a eu des refus et des violences.
Comme dans la vie de chacun d’entre nous, l’arrivée de la Parole de Dieu soulève des résistances, des refus, des erreurs. On peut être pécheurs, faire le mal, on peut se tromper, suivre de mauvais bergers, mais ce qui compte, c’est si nous recevons la Parole de Dieu et si nous laissons transformer notre vie par cette parole. Bienheureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la mettent en pratique.
Ô Seigneur Jésus, nous te bénissons parce que tu es venu visiter les hommes et leur apporter la réconciliation avec Dieu. Nous te rendons grâce parce que tu as envoyé tes apôtres porter cette Bonne Nouvelle à tous les peuples de la terre. Nous te rendons grâce pour les missionnaires qui ont annoncé l’Évangile dans nos pays, en France il y a bien longtemps et ici, au Bénin depuis 150 ans.
3. Mettre l’Évangile en pratique.
Cet Évangile, il ne suffit pas de l’entendre ni même de le garder, il faut aussi le mettre en pratique. Nous l’avons reçu des missionnaires qui nous l’ont apporté. Nous l’avons reçu de nos ancêtres et de nos parents qui nous ont fait entrer dans l’Église du Christ. Nous l’avons reçu par le catéchisme et les nombreux catéchistes de vos communautés. Mais je vous pose une question que faisons-nous de cet Évangile que nous avons reçu ? Est-ce que nous le gardons comme un trésor caché dans le secret de nos familles ? Comme on garde un souvenir précieux de la famille mais un souvenir qui ne sert à rien pour notre vie de tous les jours. On le sort pour les grandes fêtes, on le regarde, on l’admire peut-être, mais on ne s’en sert pas. Est-ce que, pour vous, l’Évangile est juste un souvenir de vos ancêtres, un trésor sans force et sans utilité pratique ?
Être chrétien, ce n’est pas seulement avoir de beaux souvenirs qu’on montre aux enfants mais qui ne changent rien dans la vie. Être chrétien, c’est mettre l’Évangile en pratique, c’est faire ce que nous dit Jésus comme les serviteurs aux Noces de Cana. Aujourd’hui, nous nous réjouissons et nous rendons grâce pour les merveilles que Dieu a faites pour nous. Et c’est bien, mais il faut aussi nous demander : aujourd’hui qu’est-ce que, moi, je fais pour lui ? Comment sa parole transforme ma vie ? Je ne peux pas répondre à votre place. Personne ne peut répondre à la place de personne. Ni vos évêques, ni vos prêtres, ni les autorités de votre pays ou de votre ville ou de votre village. C’est chacun qui doit répondre lui-même à Jésus. Je dois répondre à Jésus ; les évêques, les prêtres doivent répondre à Jésus, chacun de vous doit répondre à Jésus. L’Évangile nous appelle à une décision personnelle. Je ne suis pas chrétien parce que mon père était chrétien. Je ne suis pas chrétien parce que ma femme est chrétienne, ou parce que mon mari est chrétien. Je suis chrétien parce que, moi, j’ai été appelé par mon nom et que je veux répondre à cet appel. Qu’est-ce que ça change pour vous d’être chrétien ?
Je peux seulement vous aider un peu à répondre à cette question en posant quelques questions sur différents aspects de votre vie.
1. Être chrétien dans votre vie personnelle. Comment vous êtes attachés à votre Église, comment vous l’aimez ? Comment vous vivez votre foi en Dieu ; comment vous priez ? Comment vous participez à la confession et à la Messe ? Comment vous refusez de croire à toutes sortes d’esprits avec lesquels on veut vous faire peur ; ou à des prophéties extraordinaires avec lesquelles on veut vous attirer ?
2. Être chrétien en famille. Comment votre famille est un lieu d’expérience de la foi ? Comment vous vivez la fidélité et le respect entre le mari et la femme ? Comment vous vivez votre responsabilité de parents, comment vous élevez vos enfants ? Comment vous prenez soin des plus faibles de vos familles, spécialement les anciens ? etc.
3. Être chrétien dans le travail. Comment vous essayez de faire votre travail le mieux possible ? Comment vous êtes attentifs au respect de la justice, surtout si vous êtes chef ou patron ? Comment vous respectez le bien d’autrui en refusant de prendre ce qui n’est pas à vous ou de vous faire payer par les pauvres en profitant de leur misère par la corruption.
4. Être chrétien dans la société. Comment vous regardez les hommes et les femmes qui vous entourent ? Voyez-vous en eux tous, je dis bien tous, des enfants de Dieu, quelles que soient leur ethnie, leur tribu ou leur religion ? Comment vous pouvez contribuer à la paix publique en refusant les moyens de la corruption et de la violence ? Comment vous soutenez les hommes et les femmes qui sont honnêtes dans la vie publique ? Comment vous pouvez être des artisans de paix dans votre pays et dans les relations avec les pays voisins ?
Ainsi nous pouvons accomplir ce que saint Paul écrit à Timothée : garder l’Évangile dans toute sa pureté grâce à l’Esprit qui habite en nous. Ainsi nous pouvons prendre notre part de la mission de l’Église, sans avoir honte de rendre témoignage à notre Seigneur.
Ô, Esprit-Saint, Esprit de Dieu, tu as mis en nos cœurs la joie de connaître le Fils unique de Dieu, Jésus-Christ, et, par lui de connaître le Père. Tu nous as fait entendre l’appel du Christ à vivre selon l’Évangile, ne permets pas que nous ayons honte de nous déclarer disciples de Jésus. Donne-nous ta force et ta lumière pour que nous prenions part à la Mission de l’Église.
4. Missionnaires de la Bonne Nouvelle.
L’Évangile nous devons le mettre en pratique dans notre vie personnelle, familiale et sociale. Mais aussi nous devons le mettre en pratique dans notre vie ecclésiale. Cela concerne principalement deux aspects de notre vie ecclésiale : la vie communautaire et la vie missionnaire qui sont étroitement unies.
Si nous sommes convaincus que seule l’Église du Christ a pu nous conduire à l’Évangile, nous vivons une grande reconnaissance à l’égard de cette Église. Peut-être elle n’a pas toujours bien fait ce qu’elle devait faire, mais elle a assuré l’essentiel de sa mission. Nous devons regarder l’Église comme notre mère puisqu’elle nous a engendrés à la vie chrétienne. Regardez votre mère, ou votre grand-mère, vous verrez qu’elles ont des rides ou des cicatrices ou des taches sur leur peau. Ce sont les traces des épreuves de leur existence. Notre Église aussi a des rides, des taches et des cicatrices. C’est vrai de l’Église catholique dans sa totalité, comme l’a rappelé le Pape Benoît XVI. C’est vrai de chacune de nos Églises particulières. C’est vrai de notre Église en France. On y parle souvent de l’éveil de la mission, mais beaucoup de chrétiens continuent de dormir. C’est vrai aussi de votre Église du Bénin. Elle a traversé des rudes épreuves : épreuves dans les relations avec l’État dans une certaine période de votre histoire, épreuves des faux pas de certains de ses propres enfants : évêques, prêtres religieux, religieuses et laïcs. La sainteté n’est jamais acquise pour toujours, elle est toujours un combat à mener.
Mais, ridée, tachée ou blessée, votre mère reste votre mère et vous continuez de l’aimer. Ridée, tachée ou blessée, notre Église reste notre mère et nous devons continuer à l’aimer, à la servir et à travailler à sa purification. Celui qui accable sa mère accable son propre sang. Il se coupe des sources de la vie. Notre communion à la vie de l’Église s’étend au-delà de chacune de nos communautés particulières. C’est vrai à l’échelle du monde où nous vivons tous de notre communion les uns avec les autres. Je suis d’autant plus heureux de vous le dire que des béninois, vos compatriotes, sont paroissiens dans des paroisses parisiennes et que des prêtres béninois viennent en France, soit pour étudier, comme un certain nombre à Paris, soit comme prêtre Fidei Donum pour trois ou six ans. N’est-il pas beau que cet évangile que nous vous avions apporté, il y a 150 ans, des Français le reçoivent aujourd’hui de béninois missionnaires chez nous ?
Votre communion à l’Église doit être vraie aussi dans votre pays. Comme toujours, certaines paroisses ont plus de facilités, plus de personnes capables d’assurer leur vie, plus de moyens, en raison de leur environnement économique. Il n’est pas trop difficile de trouver des prêtres ou des catéchistes pour ces paroisses bien pourvues. Mais quand les communautés sont fragiles, implantées dans des régions plus pauvres ou plus difficiles, il est plus difficile de trouver des missionnaires pour se donner gratuitement à la tâche, sans espérer beaucoup de soutien. Pourtant, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, en ville ou dans les villages, est-ce que vous n’êtes pas tous béninois ? Est-ce que vous n’êtes pas tous frères dans la même Église ?
Votre Église est justement fière de sa vitalité. Personne n’a oublié le cher cardinal Gantin. Personne n’oublie les nombreux témoins de la foi qui ont fait front dans les années difficiles. Personne n’oublie les nombreux prêtres et séminaristes de votre pays, ni non plus les religieux et les religieuses. Pourquoi ne seriez-vous pas fiers d’accueillir bientôt le Saint Père Benoît XVI qui a choisi vote beau pays pour promulguer l’exhortation apostolique de la session du synode des évêques pour l’Afrique ? Ce n’était pas un synode de l’Afrique, mais un synode de toute l’Église sur l’Afrique et c’est un événement important que la promulgation de ses conclusions ait lieu en Afrique et spécialement au Bénin. Le Pape veut certainement montrer la place importante de l’Église qui est en Afrique dans la vie de toute l’Église.
Bienheureux êtes-vous si vous écoutez la Parole de Dieu aujourd’hui et si vous la gardez pour la mettre en pratique. Bienheureux êtes-vous si vous participez à la mission de l’Église dans votre pays tout entier. Bienheureux êtes-vous si vous participez à la mission de l’Église dans le monde entier.
Ô Bienheureux Jean-Paul II, toi qui a visité ce pays et qui a aimé tous ses habitants et plus encore les chrétiens, regarde avec amour cette Église vivante qui fête l’anniversaire de son accueil de l’Évangile. Intercède pour elle. Que Dieu bénisse ce pays tout entier ! Que Dieu bénisse les catholiques du Bénin, leurs évêques, leurs prêtres, leurs religieux, leurs religieuses, leurs catéchistes et tous les fidèles du Christ !
AMEN !
+ André cardinal Vingt-Trois, Archevêque de Paris, Président de la Conférence des Évêques de France.
Homélie du Cardinal André Vingt-Trois - Messe solennelle de fondation à l’occasion du 67e anniversaire de la Libération de Paris - Dimanche 28 août 2011 - Cathédrale Notre-Dame de Paris.
Le rêve d’un Messie triomphant du mal par la force rejoint l’illusion de la résolution des problèmes par la force. Le chemin ouvert par le Christ est le seul qui transforme le monde, celui du don de sa vie pour la vie des autres.
Frères et Sœurs,
C’est de propos délibéré que l’évangile de saint Matthieu, comme les autres évangiles synoptiques, rapprochent la belle profession de foi de Pierre sur la route de Césarée de Philippe et ce dialogue dans lequel Pierre semble se poser comme un obstacle à l’accomplissement de la mission du Christ. Il y a un vif contraste entre la déclaration de Pierre « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16) et le passage qui vient d’être proclamé. Cet écart met en évidence la contradiction entre deux conceptions du Messie pour Israël, mais il éclaire aussi notre propre manière de suivre le Christ. Au fond, nous nous trouvons ici devant deux conceptions de la mission de Jésus, deux conceptions du Salut, et finalement deux conceptions de l’histoire de l’humanité.
Le Salut
Le rêve spontané de Pierre est celui d’un Messie triomphant qui va venir à bout de ses ennemis par la puissance de sa force et qui fera triompher le règne de Dieu sur les empires humains. Et nous le savons, un signe attendu de cette victoire messianique serait que l’envahisseur romain soit chassé de Palestine. Cette vision de Pierre ne lui est pas seulement personnelle. Elle traverse les Écritures et l’histoire d’Israël. Mais toute autre est la mission du Messie souffrant à laquelle Jésus a essayé de préparer ses disciples tout au long des mois et des années de son ministère public. Cette figure du Messie est, elle aussi, présente à travers les Écritures : le Messie apporte le salut non pas en écrasant ses ennemis, mais en livrant sa propre vie. Et sa victoire n’est pas le fruit de la violence mais le fruit de l’amour.
L’histoire humaine
Derrière ces deux figures messianiques, il y a deux attentes complètement différentes par rapport à la mission de Jésus, mais aussi deux visions de l’histoire de l’humanité. Les siècles qui nous ont précédés ont vu naître, croître, se combattre, disparaître et se succéder des empires et des règnes dont les histoires manifestaient à leur façon l’illusion que le monde peut être dominé par la violence. Les tristes souvenirs du XXe siècle ne sont pas faits pour nous détromper. On peut penser au projet fantasmatique de la domination raciale telle que Hitler l’a mise en œuvre dans les conquêtes du IIIe Reich, ou bien à l’illusion du salut de l’humanité par l’engendrement d’un homme nouveau que Staline a imposée durant plusieurs décennies. Ces deux desseins illusoires reposaient sur la même conception du salut de l’humanité par la force.
Certes, on arrive quelquefois à mobiliser des forces plus puissantes pour écraser ces projets de domination par la violence. C’est ce qui s’est passé à la fin de la Deuxième guerre mondiale. On peut aussi soutenir les résistances qui ébranleront cette volonté de puissance, et c’est ce qui a provoqué la fin de l’empire soviétique. Mais dans un cas comme dans l’autre, ces victoires de la force sur la force, même si elles étaient nécessaires, n’ont pas changé radicalement les données du problème. Le nazisme a disparu et le communisme a largement sombré, mais la volonté de puissance est demeurée intacte. Nous en voyons sans cesse des résurgences à travers le monde.
Entrer dans le chemin du Christ
Nous sommes ainsi devant une certaine conception du salut de l’homme et nous devons essayer de comprendre pourquoi il nous en coûte tant d’accepter cette révolution de l’amour que le Christ annonce. Qu’est-ce qui résiste dans le cœur des hommes pour entrer dans le dynamisme de ce que le Christ va vivre pour lui-même et qu’il appelle ses disciples à partager ? La vraie question n’est pas idéologique : chacun préfère la paix à la guerre, l’amour à la haine et le respect au mépris. La question que l’Évangile nous renvoie est la suivante : quel prix sommes-nous prêts à payer pour que l’amour surmonte la haine, pour que la paix remplace la violence et pour que l’espérance se substitue au désespoir ? Jusqu’où sommes-nous prêts à aller ? Et jusqu’où allons-nous ? Car choisir réellement la paix, l’amour et le respect suppose qu’il y ait des hommes et des femmes capables de suivre le chemin indiqué par Jésus et capables de faire le don d’eux-mêmes pour la vie des autres. « Celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la gardera » (Mt 16, 25).
L’amour change le cours de l’histoire
Ainsi, la leçon que nous pouvons tirer des événements dont nous faisons mémoire aujourd’hui, est précisément l’exemple de ces hommes et de ces femmes qui ont été jusqu’au bout du don de leur vie, non pas pour se sauver eux-mêmes, mais pour contribuer au salut des autres. C’est là le sens le plus noble du sacrifice. Et nous comprenons ainsi que le levier qui va changer le cours de l’histoire du monde, n’est pas seulement la « supériorité mécanique », comme disait le Général de Gaulle dans ses mémoires, mais surtout la supériorité morale. Le triomphe du bonheur de l’homme vient de sa capacité à faire l’offrande de ses biens, de ce à quoi il tient et de ce qu’il est.
Apprendre à discerner
Nous le savons, ces décisions qui aboutissent au don de soi ne sont pas des décisions faciles. Dans les situations complexes du conflit armé ou du conflit politique, l’identification du chemin dans lequel on va s’engager est délicate. Il nous faut, comme saint Paul le disait dans l’épître aux Romains, apprendre à « reconnaître quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui est parfait » (Rm 12, 2). Acquérir cette aptitude au discernement du bien, cette capacité de le vouloir et cette disponibilité pour en payer le prix nécessite une conversion. Pour que le bien triomphe du mal, « transformez-vous en renouvelant votre façon de penser » (Rm 12, 2) nous dit saint Paul.
Comme Pierre et les apôtres, nous devons quitter une vision simpliste qui envisage la victoire du bien sur le mal par une sorte d’exercice magique de la puissance divine. Nous devons prendre conscience que l’accomplissement de la volonté de Dieu à travers le choix des libertés humaines suppose un renouvellement de notre regard, une conversion de notre cœur, et une ouverture de notre générosité. Nous pouvons nous inspirer de celles et de ceux qui ont eu un cœur assez ouvert pour identifier ce qui était bien, une force de caractère assez enracinée pour choisir de le faire et une liberté assez grande à l’égard de ce qu’ils possédaient et de leur propre existence pour donner tout jusqu’à leur vie. En faisant mémoire de ces hommes et de ces femmes, nous prions le Seigneur, pour qu’Il renouvelle notre façon de penser et nous apprenne à reconnaître quelle est la volonté de Dieu. Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris