Peut-on se laisser emporter par la joie de Noël dans les temps que nous vivons ? Sommes-nous victimes d’une naïveté inconsciente ou d’une illusion qui nous permettrait d’oublier, au moins pendant quelques instants, la réalité de l’histoire humaine, ses contraintes, ses violences, sa cruauté ? Vivre ce Noël 2015 à peine quelques semaines après les attentats qui ont ensanglanté notre ville et causé tant de blessures physiques et morales nous accule forcément à nous poser ces questions. Pire encore, faut-il nous laisser circonvenir par les théoriciens de l’athéisme qui imputent aux religions, et spécialement aux monothéismes, la violence qui traverse toute l’histoire de l’humanité ?
1. « La grâce de Dieu s’est manifestée. »
La naissance de Jésus dans la nuit de Bethléem adresse à l’humanité un message d’espérance. Une lumière s’est levée dans la nuit. Mais quelle est donc cette espérance ? C’est la reconnaissance du fait qui nous est rapporté par l’évangile que nous avons entendu : Dieu a visité son peuple. La grande diversité des religions, à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés, nous interdit d’éviter une question : à quel Dieu croyons-nous ?
Pour ceux qui ne croient pas, l’histoire de la naissance de Jésus dans l’insécurité de la nuit de Bethléem peut provoquer un certain attendrissement ou susciter une interprétation politique sur les injustices de notre société. Mais la foi chrétienne nous invite à aller plus loin. Elle nous demande de reconnaître dans cet enfant la réalité de Dieu lui-même. En cela, la foi chrétienne n’est assimilable à aucune autre quand elle affirme que Dieu se fait homme. Notre célébration de la Nativité n’est donc pas simplement un souvenir ému de la naissance de Jésus. Elle est une profession de foi sur le Dieu auquel nous croyons.
Nous croyons que Dieu ne s’est pas contenté de créer le monde et de lancer l’histoire humaine sans plus se mêler de rien. Il est continuellement à l’œuvre dans l’histoire des hommes. Il est le Dieu proche de nous, le Dieu qui se fait proche de l’humanité en risque de perdre la vie, comme nous le présente la parabole du Bon Samaritain. Il est le Dieu qui veut la vie et le bonheur des hommes au point de prendre sur lui les pesanteurs et les drames de l’existence humaine. Il n’est pas le Dieu des morts, mais le Dieu des vivants.
À la lumière de cette révélation de la présence de Dieu à l’humanité, nous comprenons ce que veut dire le Pape François quand il dénonce, en les accusant de blasphème, ceux qui sèment la mort au nom de Dieu. Cette participation de Dieu à la réalité humaine nous aide à comprendre comment la tradition chrétienne a pu susciter une conception de l’être humain d’une exigence extrême. Comment promouvoir le respect absolu de toute personne humaine sans nous appuyer sur cette certitude que toute personne, quel que soit son état physique ou mental, est liée indissolublement à la réalité de Dieu ?
Le Dieu auquel nous croyons n’est pas un Dieu sans communication avec les hommes. Il n’est pas simplement le juge ultime de leurs actions. Il n’est pas le moloch qui exige d’eux des sacrifices sanglants. Il est celui qui nous a tant aimés qu’il a envoyé son Fils, son unique, pour que nous croyons et que nous soyons sauvés. (cf. Jn 3). C’est lui-même qui s’est offert en sacrifice.
2. L’espérance chrétienne.
Notre certitude que l’humanité n’est pas abandonnée aux aléas des événements et ballotée sans indication ni boussole nous permet d’affronter les vicissitudes de l’existence sans être écrasés par ce qui arrive. Nous ne vivons pas comme ceux qui n’ont pas d’espérance et qui ne peuvent compter que sur leurs propres forces. Nous savons que notre humanité est précieuse aux yeux de Dieu. En la personne de Jésus, Dieu nous envoie un sauveur comme l’ange l’annonce aux bergers.
Notre foi en la promesse de Dieu se vérifie par la naissance du Messie et s’approfondit et se fortifie par la connaissance de la vie de Jésus et par les signes qu’il a donnés que le règne de Dieu est proche. Par son enseignement et son action, il a manifesté la réalité du salut jusque dans le don de sa propre vie pour que nous « ayons la vie et que nous l’ayons en plénitude. »
Le récit de l’évangile de la Nativité, comme toute la vie de Jésus de Nazareth, met sous nos yeux la condition nécessaire pour que nous entendions ce message d’espérance. Cette condition, c’est la pauvreté. Quiconque est comblé par des richesses ne cherche et n’attend rien. Quiconque est convaincu d’être juste par lui-même n’a pas besoin de sauveur. Seuls ceux qui éprouvent les manques de leur existence, -qu’il s’agisse de manques matériels ou d’inquiétudes morales ou spirituelles-, seuls ceux-là sont vraiment dans l’attente et le désir d’être secourus.
Rappelons-nous les paroles de Jésus dans l’évangile : « L’Esprit du Seigneur m’a conféré l’onction pour annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres. » (Luc, 4,18) et : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux savants et de l’avoir révélé aux tout-petits. » (Luc 9,21). Cette expérience de la pauvreté peut nous être imposée par les circonstances de la vie. Elle peut aussi être le fruit de notre lucidité sur nos faiblesses et de notre confiance en celui qui est venu sauver ce qui était perdu.
Mais notre véritable conversion, pour laquelle nous devons prier cette nuit, c’est d’accepter de reconnaître le sauveur dans le signe que Dieu a donné aux bergers, comme il nous le donne à nous : « Vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Quel déplacement nous devons opérer pour reconnaître le sauveur tout-puissant dans la réalité de la faiblesse et de la dépendance totale du bébé nouveau-né !
3. L’année de la miséricorde.
Le Christ nous appelle à « vivre dans le temps présent de manière raisonnable et juste », à devenir « un peuple ardent à faire le bien ». Frères et Sœurs, ne nous laissons pas entraîner dans la violence si répandue dans notre société. Nous souffrons de la violence des attentats, mais soyons attentifs à ne pas devenir nous-mêmes des agents de violence. Dans notre vie sociale, en famille, dans notre travail, dans nos loisirs, dans nos relations, ne cédons pas à la tentation de relations polémiques entretenues par des présentations médiatiques excessives. Devenons des artisans de paix et de réconciliation. En ce temps de Noël, pourquoi ne pas chercher avec quelle personne vous pourriez faire la paix ?
Notre célébration de cette année est évidemment marquée par l’appel du Pape François à vivre une année jubilaire : l’année la miséricorde. C’est une joie de mieux prendre conscience de la miséricorde de Dieu et quand pourrions-nous mieux le faire que dans la fête de la Nativité lorsque Dieu nous dévoile à quel point il a aimé le monde et jusqu’où il va pour apporter aux hommes le salut ?
Au moment où nous contemplons le Christ dans sa pauvreté, Dieu nous donne la possibilité d’être touchés par l’amour qu’il nous manifeste, de mesurer combien nous répondons faiblement à cet amour. Comme les auditeurs de Jean-Baptiste, comme les auditeurs de Pierre à la Pentecôte, nous sommes assez ébranlés par tant d’amour que nous pouvons dire : « Que nous faut-il donc faire ? » Et nous devons accueillir la réponse qui nous appelle à la conversion du cœur et à la réception du pardon. Entendons la parole du Pape François : « À quoi bon ouvrir des portes saintes dans les basiliques si nous gardons fermées les portes de nos cœurs ? »
Le pardon que nous pouvons recevoir par le sacrement de la Réconciliation est le premier pas pour mener une vie renouvelée en accomplissant les œuvres de la miséricorde : vivre pratiquement la charité dans nos relations habituelles et aller au secours des pauvres et des démunis.
En fêtant celui qui n’avait pas trouvé de place à l’hôtellerie de Bethléem, pensons à ceux qui ne trouvent pas leur place dans notre société, à ceux qui n’ont plus leur place dans leur pays, à ceux que nous voudrions ne pas voir chez nous où ils sont aussi chez eux.
Que Dieu vous comble de la joie de sa venue en notre chair. Amen.
+André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris
Cette fête de la Nativité que nous célébrons depuis cette nuit et dont nous prolongeons la joie par cette eucharistie est une fête tout à fait exceptionnelle et unique. Les moyens de communications sociales s’efforcent de nous faire croire qu’il y a l’équivalent dans d’autres religions en évoquant la fête d’Hanoukka pour les juifs, qui est la fête des lumières, ou en évoquant l’anniversaire de la naissance du prophète pour les musulmans. Ils oublient simplement qu’il ne s’agit pas de la même chose. C’est un peu comme lorsqu’ils parlent des religions du livre, mais on ne sait jamais de quel livre il s’agit… Si les traditions musulmanes considèrent que le Coran est le livre, les autres religions ne sont pas des religions du Coran !
Quand nous célébrons la naissance du Messie, Fils de Dieu, nous ne sommes pas dans le même registre que les autres religions car aucune, ni le judaïsme, ni l’islam – pour ne parler que des religions monothéistes qui sont proches de nous – aucune n’a jamais prétendu que Dieu se soit fait homme. Au contraire, elles ont établi leur fonctionnement, leur perfection, leur prière sur la certitude que Dieu est tout à fait différent. Nous savons par la tradition juive que la certitude se répandait qu’on ne pouvait pas voir Dieu sans mourir ; sans parler de la tradition musulmane pour laquelle la prière est un geste de foi qui exprime le désir du cœur mais qui n’établit pas de relation personnelle.
Dieu, nous dit l’évangile, personne ne l’a jamais vu. C’est bien ce que pensent et ce que croient les traditions monothéistes. L’incarnation du Verbe éternel dans la personne de Jésus de Nazareth introduit un facteur nouveau tout à fait exceptionnel : le Fils unique, lui qui est Dieu, « Le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu » (Jn 1,1) le Fils unique, lui qui est Dieu, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui nous a fait connaître ce Dieu inconnaissable. C’est pourquoi notre prière et notre vénération pour l’enfant nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire n’est pas un simple geste de compassion, d’émotion, d’attendrissement devant ce qui est attendrissant dans la naissance d’un enfant. C’est un acte de foi auquel les bergers dans la nuit de Bethléem qui ont été les premiers appelés par les anges ont été invités. C’est un acte de foi auquel nous invite le début de l’évangile de saint Jean.
Cet homme, Jésus de Nazareth, dont nous fêtons la naissance et dont nous contemplons les premiers moments de sa vie humaine, cet homme est Dieu. Puisque cet homme est Dieu, notre foi prend dans la contemplation de sa naissance un enracinement et une dimension perceptibles. Nous croyons en un Dieu qui a voulu partager la condition humaine. Nous croyons en un Dieu qui a voulu se faire proche des hommes comme l’illustrera la parabole du bon samaritain qui nous montre comment ce bon samaritain s’approche de l’homme abandonné au bord du chemin et dont la vie s’échappe. Le Dieu auquel nous croyons n’est pas un Dieu inaccessible. Il n’est pas un Dieu sans réaction, indifférent à ce qui arrive à l’homme. Le Dieu auquel nous croyons est celui qui est venu partager notre condition humaine pour que nous puissions partager la condition divine. Nous tous qui avons part à sa divinité, « nous avons reçu grâce après grâce » (Jn 1,16). « A tous ceux qui l’ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, eux qui croient en son nom » (Jn 1,12).
Bien sûr, comme le dira plus tard saint Paul, nous sommes des enfants par adoption. Nous ne sommes pas des enfants par nature. Nous ne sommes pas nés enfants de Dieu, nous avons été adoptés dans le Christ pour partager sa condition de Fils de Dieu. Et donc, le Dieu auquel nous croyons est un Dieu qui veut depuis l’origine la vie et le bonheur de l’homme. Ça ne peut pas être un Dieu de la mort. Ça ne peut pas être un Dieu au nom de qui on met à mort. Ça ne peut pas être un Dieu assoiffé de sang humain. Ça ne peut pas être un Dieu qui se réjouit du sacrifice de ses enfants parce que le seul sacrifice qu’il accepte, c’est le sacrifice qu’il fait de lui-même en la personne de son Fils unique. Il n’attend pas de nous que nous nous suicidions pour lui. Il attend de nous que nous vivions. Le Dieu auquel nous croyons est le Dieu de la vie.
C’est pourquoi en cette Année de la miséricorde, il est si important que nous reprenions conscience de cette volonté de Dieu de conduire l’homme au bonheur malgré les difficultés de l’existence, malgré les combats auxquels il peut être confronté, malgré les échecs, malgré la mort qui nous frappe dans nos proches.
Nous avons vu se lever une lumière dans la nuit et nous savons que Dieu a visité son peuple. Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.
La tradition chrétienne, à la suite de l’évangile de saint Matthieu, a vu dans ces trois mages le symbole des nations qui se réunissent devant le Christ, accomplissant ainsi la vocation universelle d’Israël et de Jérusalem, dont le prophète Isaïe nous a rappelé la dimension prophétique : « de toutes les nations ils viennent vers toi, Jérusalem », parce que c’est là que doit se révéler le mystère du Salut que Dieu veut opérer pour le monde. Ces trois mages représentent donc les nations païennes qui viennent adorer le nouveau-né et ils nous font découvrir quelque chose de neuf dans la nuit de Bethléem. Au moment de sa naissance, le message des anges annonçait un sauveur, c’était parler la langue d’Israël pour désigner le Messie. Ces païens venus de l’Orient cherchent le roi des Juifs, et nous découvrons ainsi que cet enfant couché dans une mangeoire est le Messie sauveur en même temps qu’il est le roi des Juifs. Ainsi, nous découvrons comment à travers sa vie, ses enseignements, les signes qu’il va produire, Jésus accomplit la promesse de Dieu à son peuple de le rassembler comme un berger rassemble son troupeau.
Cette annonce, pleine d’espérance, non seulement pour Israël mais pour le monde entier, nous invite donc, et c’est le sens de cette fête de l’Épiphanie - la manifestation de Dieu parmi les hommes - à ouvrir le champ de notre attention, non seulement aux affaires internes de notre communauté mais aussi aux dimensions du monde entier, ce monde qui est devenu si proche par les moyens de communication dont nous disposons et qui demeure en même temps si lointain et étranger. La bonne nouvelle que nous avons reçue est donnée non pas seulement pour notre salut, pour notre bien-être, pour notre espérance, elle nous est donnée comme une bonne nouvelle destinée au monde. La manière dont le récit de l’évangile de saint Matthieu met en scène cette dimension universelle de la bonne nouvelle, à travers l’adoration des trois mages dans la grotte de Bethléem, est une leçon pour notre manière de vivre simultanément et d’un même mouvement, la communion avec le Christ et l’ouverture aux dimensions du monde. En effet, l’événement de l’adoration des mages est très intime, sans publicité au moment où il se déroule, et pourtant lourd d’une vision universelle, mais qui reste encore implicite. A travers ces trois personnages symboliques, c’est la dimension du monde entier qui est entrée dans la grotte de Bethléem.
De même, quand nous sommes rassemblés par l’Esprit Saint pour célébrer l’eucharistie et que nous essayons, du mieux que nous pouvons, d’entrer dans une relation de communion étroite avec le Christ, tout ce qui existe autour de nous en dehors de notre Église, dans les rues de cette ville, dans les pays du monde, tout cela reste majoritairement indifférent à ce que nous vivons dans cet instant particulièrement intense. Les églises pleines - comme l’est la nôtre aujourd’hui - les églises vivantes comme elles se manifestent non seulement dans notre pays, mais dans beaucoup d’autres pays du monde, à travers la fidélité et le dynamisme des chrétiens, n’intéressent pas l’actualité du monde. Et pourtant, et c’est le but de notre foi, ce que nous vivons dans la discrétion et l’indifférence générale est un événement qui concerne tous les hommes. Ce n’est pas simplement une obligation personnelle qui nous conduit à venir célébrer l’eucharistie, ce n’est pas seulement un rite communautaire de l’Église qui l’incite à se rassembler semaine après semaine, c’est le cœur même de sa mission dans le monde : puiser dans le don que Jésus fait de sa vie, la conviction que ce qu’il a fait, ce qu’il a dit, et ce qu’il vit est destiné à l’univers entier. Ainsi, quand nous nous approchons pour célébrer l’eucharistie, chacune et chacun d’entre nous vient avec ses préoccupations, ses intentions, ses soucis, ses joies aussi. Il porte dans son cœur quelques dizaines de personnes auxquelles il est attaché, et en même temps, il porte dans sa démarche et dans sa prière tous les événements qui marquent la vie des hommes. On ne peut pas célébrer l’eucharistie comme s’il ne se passait rien, comme si rien n’existait en dehors des murs où nous sommes rassemblés. Et non seulement on ne le peut pas, mais ce serait contradictoire avec le geste que nous accomplissons en nous unissant dans la prière. Aussi, consacrer le nouvel autel de cette église comme le signe de la présence du Christ, comme le signe visible de la communion à laquelle nous sommes appelés, ce n’est pas oublier les soucis du monde, c’est les porter dans notre cœur et notre prière avec la conviction que ce que nous entendons de la parole de Dieu, ce que nous accueillons dans le secret de notre cœur, ce que nous partageons dans la communion eucharistique, est le ferment et la source d’une énergie nouvelle pour aller au-devant de nos frères.
Le prophète Isaïe nous disait : « Voici que les ténèbres couvrent la terre, et la nuée obscure couvre les peuples » (Is 60,2). Nous savons que cette vision d’une nuit qui couvre la terre et les peuples n’est pas simplement une vision poétique. Nous savons que dans la réalité, aujourd’hui à travers le monde et même dans notre pays, des multitudes d’hommes et de femmes voient leur vie couverte de ténèbres : ils ne voient pas comment quelque chose pourrait changer dans leur existence, ils ne voient pas quelle lumière pourrait éclairer leur chemin. La mission de l’Église, dans cette détresse permanente et sans cesse renouvelée et réactualisée de l’humanité, est à la fois une mission de proximité, se faire proche de ceux qui souffrent et de ceux qui sont rejetés, et en même temps une mission prophétique manifestée par notre espérance : nous croyons réellement qu’une lumière s’est levée dans la nuit.
Que cet autel qui sera dorénavant le centre de la vie ecclésiale de cette communauté, soit le signe de cette volonté de se faire proche de tous et qu’il soit le signe de la lumière que le Christ apporte au monde.
Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.
La venue des mages depuis l’Orient à la rencontre du roi des Juifs est évidemment un signe très important au moment où l’événement se déroule, et c’est pourquoi l’évangile lui accorde une telle place. Mais c’est aussi un signe très important pour notre propre démarche de foi. En effet, ces trois mages se mettent en route en suivant une étoile. On peut comprendre que, peut-être un peu férus d’astronomie, ils ont scruté le ciel à la recherche d’un signe et que voyant cette étoile extraordinaire, ils se sont mis en route et ont suivi la trace qu’elle dessinait dans le ciel. On pourrait voir dans cette mise en marche du processus, ce que l’on pourrait espérer de mieux de la raison humaine qui cherche le sens, les explications et les solutions aux problèmes de la vie, en mobilisant les capacités de l’intelligence, l’ingéniosité de l’observation, la mémoire des sagesses diverses auxquelles on a accès, pour se mettre en route, pour aller à la recherche… mais à la recherche de quoi ?
Nous l’entendons de la bouche des mages : ils sont à la recherche du roi des Juifs qui vient de naître. A partir de ce moment-là, leur démarche naturelle, alimentée par la curiosité ou par le désir de déchiffrer l’univers, prend un sens nouveau. Il ne s’agit plus simplement de suivre une étoile, il s’agit de reconnaître le roi des Juifs, et tout naturellement, puisque ce sont des gens raisonnables, pour reconnaître le roi des Juifs, ils vont s’adresser à celui qui exerce la fonction au moment où ils vivent : le roi Hérode. Même si la légitimité de sa royauté est sujette à caution, il est le titulaire. On peut dire que c’est lui qui détient le titre de roi des Juifs, et donc ils viennent s’enquérir auprès de lui. Ils sèment la stupéfaction dans l’environnement du roi qui ne pensait pas du tout à la venue d’un roi des Juifs, malgré les prophéties qui avaient été transmises. Et voilà qu’Hérode interroge et que les scribes qui scrutent les Écritures lui disent : il y a un roi des Juifs qui est annoncé, qui sera le berger d’Israël, et qui doit naître à Bethléem. Ce petit épisode nous fait comprendre que, même pour ces représentants symboliques des nations païennes, la découverte, la reconnaissance du roi des Juifs, la démarche qu’ils veulent accomplir auprès de lui, ne peut pas faire l’économie des messages prophétiques qui l’ont annoncé et qui ont été adressés à Israël et transmis par lui. Il ne suffit pas de venir du grand Est pour tout savoir ; il faut accueillir l’annonce prophétique que nous transmet l’Écriture, et donc il faut accueillir, d’une certaine façon, cette tradition que porte Israël et qui doit permettre d’identifier cet enfant.
Vous vous souvenez que dans la nuit de Bethléem, l’identité de l’enfant a été annoncée par des anges aux bergers, c’est-à-dire en fait par Dieu lui-même. C’est Dieu lui-même qui dit aux bergers qu’ils vont trouver un sauveur et leur indique où ils vont le trouver. Pour les mages venus d’Orient, c’est la tradition prophétique qui va leur indiquer que cet enfant ce n’est pas simplement un sauveur indéfini, c’est un sauveur qui porte le titre de roi des Juifs et de berger de son peuple. Cela signifie que la mission du Christ est indissociable de la mission universelle d’Israël telle qu’elle lui a été confiée au moment de l’élection. Dieu a choisi son peuple pour être un signe au milieu des nations afin de porter un message à destination universelle. La reconnaissance par les mages venus d’Orient de cette tradition prophétique et du signe qu’elle indique, confirme cette vocation universelle de la mission d’Israël. Pour nous, qui essayons de reconnaître le Christ, non seulement à travers les signes évocateurs de sa nativité, mais aussi à travers les paroles qu’il a prononcées, les miracles qu’il a faits, il nous faut prendre le même chemin que les mages. Certes nous pouvons exercer notre intelligence pour essayer de mieux comprendre ce que Jésus a vécu, ce qu’il a dit, ce qu’il a fait, mais en sachant que le sens ultime de ces actes, est indissociable de l’annonce prophétique qui les ont préparés. C’est pourquoi c’est toujours une sorte de supercherie, comme il en existe quelques exemples, de proposer une live-story du Christ à la télévision comme si rien n’avait été annoncé auparavant. En tout cas pour nous, c’est le sens de la réforme liturgique que le Concile Vatican II a mis en œuvre en restaurant, à partir la plus haute tradition chrétienne, la lecture du Premier Testament dans la liturgie.
Nous savons que nous ne pouvons pas reconnaître le Christ sans nous inscrire dans l’interprétation que nous en ont proposé les prophètes par leur annonce. Être chrétien, ce n’est pas simplement avoir accompli un chemin original qui nous conduit à tel ou tel acte de foi, c’est nous inscrire dans la tradition d’un peuple et accueillir de cette tradition la lumière qui éclaire ce que nous vivons.
C’est pourquoi l’apôtre Paul dans l’épître aux Ephésiens évoque ce mystère qui était resté caché depuis les commencements du monde : l’élection d’Israël ouvrait à toutes les nations la participation au même héritage, au même corps, à la même promesse.
En vénérant le Christ avec les mages nous nous inscrivons dans cette lecture prophétique de l’Écriture et nous reconnaissons dans l’enfant couché dans une mangeoire, celui qui est envoyé pour être le berger de son peuple, le roi d’Israël, et à travers cette fonction de roi d’Israël, celui qui est envoyé pour rassembler l’humanité tout entière.
Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.
Avec la célébration du baptême du Christ, la liturgie complète la série des fêtes au cours desquelles nous avons célébré la manifestation de l’amour de Dieu pour les hommes : la fête de la Nativité, la fête de l’Epiphanie. Mais alors que dans la nuit de Bethléem, seuls quelques bergers alertés par les anges ont pu se joindre à Marie et à Joseph, alors que pour l’Epiphanie trois mages venus des lointains pays de l’Orient ont pu vénérer celui qu’ils considéraient comme le roi d’Israël, pour le baptême de Jésus, nous franchissons une étape nouvelle, non seulement parce que désormais Jésus est adulte, mais surtout parce qu’il y a là une foule attirée par Jean-Baptiste, et dont l’évangile nous dit qu’elle était « en attente » (Lc 3,15), en attente de celui que Jean-Baptiste annonçait. Et voici que le baptême de Jésus par Jean-Baptiste va être l’occasion d’une manifestation proprement divine. Il ne s’agit plus des anges de la nuit de Bethléem, il ne s’agit plus de l’étoile que les mages ont suivie, il s’agit d’une manifestation de Dieu lui-même : les cieux se sont ouverts, l’Esprit est descendu sous la forme visible d’une colombe et la voix venant du Ciel dit : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie » (Lc 3,22). Dans la nuit de Noël les bergers étaient invités à vénérer le Messie, les mages sont venus vénérer le roi d’Israël, les pécheurs qui sont venus recevoir le baptême de Jean-Baptiste sont invités à reconnaître le Fils bien-aimé du Père, qui lui donne toute sa joie.
Évidemment, nous sommes des esprits logiques, et l’on interroge toujours le texte de l’Évangile avec notre logique humaine. Qu’est-ce que cela peut bien changer pour Jésus ? N’était-il pas déjà le Fils bien-aimé du Père ? En quoi cette manifestation publique ajoute-t-elle quelque chose ? N’était-il pas le Fils de Dieu la veille ? Est-il devenu le Fils de Dieu le lendemain ? Est-ce que le baptême du Christ a changé quelque chose ? C’est compter sans un élément décisif que l’évangile nous rappelle : ce n’est évidemment pas seulement pour le Christ que les cieux se sont ouverts, que l’Esprit est apparu sous la forme d’une colombe, que la voix s’est fait entendre, c’est pour tous ceux qui sont témoins de l’événement. Dans le même évangile de Luc, cela a été répété à plusieurs reprises : l’enfant né de Marie est le Fils de Dieu. Mais qui sait que cet enfant est le Fils de Dieu ? Pas même les bergers, pas même les mages ! Comment son identité de Fils de Dieu va-t-elle apparaître de telle façon que cela ne soit pas simplement une certitude personnelle mais un fait qui touche celles et ceux qui vont être témoins de ses enseignements, des signes qu’il va donner, des guérisons qu’il va opérer, des appels à la conversion qu’il va adresser. Celui qui va parler désormais, à partir du moment de son baptême, sera Dieu lui-même, Fils bien aimé du Père. Cette transformation touche donc non pas l’identité de Jésus mais sa visibilité. Comment la réalité profonde de la personne de Jésus va-t-elle être visible pour tous ceux qui l’entourent ? C’est le sens de l’acte baptismal par lequel Jean-Baptiste provoque l’ouverture des cieux, la venue de l’Esprit et la parole du Père.
Cet événement dans la vie de Jésus est aussi un événement dans notre propre vie. Il est heureux aujourd’hui que par le baptême d’un enfant durant cette messe, nous soyons en situation de mieux comprendre ce qu’est le baptême du Christ. En effet, beaucoup de nos contemporains, et même des chrétiens sincères et probablement convaincus, ne voient pas bien à quoi cela sert de baptiser un enfant. Qu’est-ce que cela change ? N’était-il pas enfant de Dieu dès sa naissance ? Et même bien avant si on en croit le prophète qui nous dit que dès le sein de sa mère, déjà Dieu le voyait et avait un projet pour lui ! Est-ce que cet enfant, avant d’être baptisé est moins fils de Dieu qu’après son baptême ?
Si nous nous plaçons sur ce terrain de l’identité profonde, mystérieuse et invisible, nous n’avons pas de moyen de comprendre. Mais nous sommes des hommes et des femmes qui vivons dans un univers de communication et de signes. Nous ne croyons pas simplement parce que nous sommes convaincus que c’est ainsi, nous croyons parce que des signes sont produits et expriment la réalité. En faisant entrer cet enfant dans l’Église, ses parents manifestent aux yeux de tous et à leurs propres yeux déjà, que cet enfant n’est pas simplement un petit d’homme, mais que c’est un enfant qui a une place dans le peuple de Dieu, dans l’Église de Dieu. Cela veut dire que sa vie « visible » exprime quelque chose que nous ne voyons pas. Mais ce n’est pas parce que nous ne le voyons pas que cela n’existe pas. Ce que nous ne voyons pas, c’est qu’il n’est pas seulement enfant de sa mère et de son père, il est enfant de Dieu et cette identité d’enfant de Dieu va se manifester à travers l’acte de son baptême par lequel il est identifié au Christ lui-même. Aussi, la parole venue du Ciel disant sur Jésus : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie » (Lc 3,22), devient une parole qui repose sur chacune et chacun de ceux qui se présentent au baptême et qui reconnaissent Dieu comme leur Père.
C’est cette démarche qui constitue pour chacun et chacune d’entre nous notre identité de fils de Dieu, non pas simplement comme une identité secrète et enfouie, mais comme une identité qui construit et élabore une relation entre les membres de l’Église. Puisque nous sommes tous enfants de Dieu, nous sommes tous unis dans le Christ, nous sommes tous frères dans le Christ. Par conséquent, le baptême constitue un moment important pour la vie de cet enfant -même s’il n’en n’a pas encore conscience-, pour la vie de ses parents qui le portent -et qui eux en ont conscience-, mais encore pour la vie de toute l’Église qui reconnaît à travers lui le don que Dieu fait aux hommes dans la personne de Jésus.
Nous sommes entrés, depuis le mois de décembre, dans l’Année de la Miséricorde. Nous y sommes entrés avec confiance, avec générosité, parfois sans trop bien savoir ce que cela veut dire mais c’est le mystère de la richesse des mots qui peuvent porter beaucoup de sens. Nous sommes entrés dans l’Année de la Miséricorde, cela veut dire que nous sommes entrés dans un temps pour nous ouvrir de façon plus complète aux manifestations de l’amour de Dieu à l’égard de l’humanité, de ceux et celles qu’il a choisis pour devenir les membres de son Église, mais au-delà d’eux, à l’égard de toutes celles et tous ceux qui cherchent à connaître une vie meilleure, comme nous le disait l’épître de Paul à Tite : « Pour que nous apprenions à vivre, que nous devenions un peuple ardent à faire le bien » (Tt 2,14). Cet appel à la miséricorde s’appuie historiquement sur les signes que Dieu donne de sa miséricorde, en particulier par la naissance de Jésus dans la nuit de Bethléem, et par son baptême où il reçoit, pour le bien de tous, son identité de Fils unique de Dieu.
Nous savons que Jésus est Fils de Dieu par nature, c’est-à-dire que c’est sa véritable identité, son unique identité. Nous nous sommes fils de Dieu par adoption, c’est-à-dire que nous devenons fils de Dieu en Lui, et que se dévoile ainsi le mystère de la vocation humaine à travers le temps, à partir de la multitude des hommes et des femmes qui ont peuplé le monde et qui le peupleront. Dieu veut se constituer un peuple de fils et de filles pour constituer une famille qui est la famille de son amour. Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.
Avec la célébration du baptême du Seigneur, la liturgie conclut les manifestations préparatoires au ministère de Jésus. Dans la nuit de Bethléem -nous en avons fait mémoire pour la fête de la Nativité- les bergers sont venus adorer le Sauveur. Ensuite les mages venus d’Orient, guidés par une étoile, étaient à la recherche du roi des Juifs auquel ils ont apporté leurs présents. Dans le baptême que Jean-Baptiste confère à Jésus, nous ne sommes plus devant la manifestation mystérieuse d’un enfant mais devant un adulte. Le baptême du Christ va être l’occasion de manifester publiquement l’identité de Jésus. « Tu es mon Fils, mon bien-aimé ». Les bergers avaient été entraînés par les voix des anges, les mages avaient été guidés par une étoile, au moment du baptême du Christ, c’est le ciel lui-même qui s’ouvre et la voix de Dieu qui s’exprime. L’Esprit-Saint apparaît sous une apparence corporelle, descend sur Jésus et une voix venant du ciel déclare : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie » (Lc 3,22). Les évangiles synoptiques, sous des formes différentes, expriment la même déclaration sur l’identité de Jésus comme Fils de Dieu. Il n’est donc pas seulement le Sauveur que le monde attend, il n’est pas seulement le roi d’Israël auquel les mages ont voulu rendre un hommage, il est le Fils de Dieu et il l’est pour le monde. Dans la nuit de Bethléem, il n’y avait que quelques bergers avec Marie et Joseph ; la vénération des mages se déroule dans la même discrétion et dans l’ignorance de tous, sauf d’Hérode qui a été consulté. La déclaration concernant l’identité de Jésus, Fils de Dieu, est un acte public, destiné non pas tant à Jésus qu’à ceux et à celles qui sont témoins de son baptême. Cet homme qui est baptisé, qui a pris rang parmi les pécheurs pour recevoir le baptême de conversion, cet homme-là, c’est le Fils de Dieu. Tout ce qui va suivre, c’est-à-dire l’enseignement de Jésus, les signes qu’il va accomplir, les miracles qu’il va opérer, le don qu’il va faire de sa vie sur la croix, sa résurrection, tout cela ne peut être compris qu’à la lumière de cette identité : c’est le Fils de Dieu, c’est-à-dire Dieu lui-même. C’est Dieu lui-même qui intervient pour le salut des hommes. Ce que vous allez voir et entendre, jour après jour, semaine après semaine, en méditant les lectures liturgiques, ne sera qu’une sorte d’illustration de cette révélation divine portée sur Jésus.
Nous sommes un peu marqués par le rationalisme de notre époque, et l’on entend parfois s’étonner que cette voix venue du ciel s’adresse à Jésus lui-même. Y avait-il quelque chose qu’il ne savait pas et que la voix du Père lui a révélé ? Ou bien ce dialogue entre le Père et le Fils, sous l’ombre de l’Esprit, était-il une révélation destinée aux témoins ? Mais il reste une question pour nous qui participons du baptême du Christ par notre propre baptême : qu’est-ce que cela change ? L’évangile de saint Luc, depuis le début, s’est employé à nous faire comprendre que le Fils qui naîtrait de Marie serait conçu de Dieu, qu’il serait Fils de Dieu, Fils du Très Haut. Fils de Dieu, il l’était, de tout temps, depuis les origines, et même de toute éternité. Fils de Dieu, il l’était dès sa naissance. Pouvons-nous comprendre l’utilité de cet événement ? Ceux qui se présentent au baptême, qu’ils soient adultes ou enfants -je l’entends souvent dire- sont enfants de Dieu. Ils ne deviennent pas enfants de Dieu parce qu’ils sont baptisés. Ils sont enfants de Dieu non seulement depuis leur naissance mais même avant leur naissance. Le prophète nous dit que Dieu a visité son prophète dès le ventre de sa mère. Le baptême ne va donc pas créer de toute pièce ce qui n’existerait pas mais il apporte une manifestation publique, comme nous le célébrons dans l’Église, c’est-à-dire un signe visible et sacramentel d’une réalité qui jusque-là n’apparaissait pas. Il était Fils de Dieu mais personne ne le savait. D’ailleurs, dans la suite des évangiles, il arrivera à plusieurs reprises qu’on fasse grief à Jésus de se considérer comme Fils de Dieu, lui qui n’est qu’un homme. Il apparaît en tout point comme un homme et il est Fils de Dieu. Chacun et chacune d’entre nous, nous apparaissons comme tout le monde, et pourtant nous sommes dépositaires et bénéficiaires d’une identité qui n’est pas de nous, mais qui vient de Dieu. Nous devenons fils de Dieu dans le Fils. Ce qu’il était par nature et par naissance, nous le devenons par adoption. La vie sacramentelle de l’Église donne sa dimension universelle et sociale à un événement individuel qui transforme notre personnalité. Nous ne sommes pas seulement devenus fils de Dieu. Nous sommes devenus fils de Dieu dans l’Église, membre du corps ecclésial. Le sacrement que nous recevons en entrant dans l’Église, en devenant membre du corps ecclésial, manifeste visiblement ce qui est vrai de toute éternité.
C’est pourquoi, notre participation à la vie sacramentelle n’est pas simplement un itinéraire particulier et personnel, c’est un acte constitutif de l’Église à travers notre baptême, à travers notre confirmation, à travers l’eucharistie que nous recevons. C’est le corps du Christ qui se constitue et auquel nous sommes publiquement et visiblement associés. On ne peut pas être chrétien dans le secret. On ne peut pas être fils de Dieu dans le secret. On ne peut pas cacher qui l’on est.
Alors, frères et sœurs, en cette fête du baptême du Christ, nous rendons grâce de ce qu’il nous a associés à sa propre identité de Fils de Dieu, de ce qu’il nous a entraînés dans la manifestation de cette identité à la foule qui l’entoure et de ce qu’il nous appelle aujourd’hui à montrer que, nous aussi, nous avons été appelés à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, en montrant que la parole de Dieu, pour nous comme pour Jésus, a ouvert dans le temps et dans le monde des chemins de vie.
Amen.
+ André cardinal Vingt-Trois, archevêque de Paris.