Commentaire de l’Évangile du jeudi 1er novembre 2007
Qui sont les saints ?
Depuis longtemps les scientifiques envoient des signaux dans le cosmos, dans l’attente de réponses de la part d’êtres intelligents vivant sur une planète perdue. Depuis toujours l’Église dialogue avec les habitants d’un autre monde, les saints. C’est ce que nous proclamons lorsque nous disons : « Je crois à la communion des saints ». S’il existait des êtres vivants en dehors du système solaire, la communication avec eux serait impossible car entre la question et la réponse il y aurait des millions d’années. Ici en revanche la réponse est immédiate car il existe un centre de communication et de rencontre commun qui est le Christ ressuscité.
Peut-être aussi en raison du moment de l’année auquel elle a lieu, la Toussaint a quelque chose de particulier qui explique sa popularité et les nombreuses traditions qui y sont liées dans certains secteurs du christianisme. Saint Jean explique pourquoi dans la deuxième lecture : « dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons ne paraît pas encore clairement » ; nous sommes comme l’embryon dans le sein de la mère, qui aspire à naître. Les saints sont ceux qui sont « nés » (la liturgie appelle le jour de la leur mort « jour de naissance », dies natalis) ; les contempler, c’est contempler notre destin. Alors qu’autour de nous la nature se dépouille et les feuilles tombent, la fête de tous les saints nous invite à lever les yeux ; elle nous rappelle que nous ne sommes pas destinés à nous décomposer dans la terre comme les feuilles.
L’Évangile est celui des béatitudes. Le choix de ce passage a été motivé par une béatitude en particulier : « Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés ! ». Les saints sont ceux qui ont eu faim et soif de justice, c’est-à-dire, dans le langage biblique, de sainteté. Ils ne se sont pas résignés à la médiocrité, ils ne se sont pas contentés de demies mesures.
La première lecture de la fête de la Toussaint nous aide à comprendre qui sont les saints. Ce sont ceux qui ont « lavé leurs vêtements… dans le sang de l'Agneau ». La sainteté se reçoit du Christ ; elle ne vient pas de nous. Dans l’Ancien Testament, être saint signifiait « être séparé » de tout ce qui est impur ; dans le sens chrétien, cela signifie plutôt le contraire, c’est-à-dire « être unis », au Christ. Les saints, c’est-à-dire les sauvés, ne sont pas seulement ceux qui figurent dans le calendrier ou l’album des saints. Il y a aussi les « saints inconnus » : ceux qui ont risqué leur vie pour leurs frères, les martyrs de la justice et de la liberté, ou du devoir ; les « saints laïcs », comme quelqu’un les a appelés. Sans qu’ils le sachent, leurs vêtements ont également été lavés dans le sang de l’Agneau, s’ils ont vécu selon leur conscience et ont eu à cœur le bien de leurs frères.
Une question vient spontanément à l’esprit : « Que font les saints au paradis ? La réponse se trouve, ici encore, dans la première lecture : les sauvés adorent, jettent leurs couronnes devant le trône, et proclament : « Louange, gloire, sagesse et action de grâce… ». La véritable vocation humaine, qui est d’être la « louange de la gloire de Dieu » (cf. Ep 1, 14), se réalise en eux. Leur chœur est dirigé par Marie qui, au ciel, poursuit son cantique de louange : « Mon âme exalte le Seigneur ». C’est dans cette louange que les saints trouvent leur béatitude et leur allégresse : « Mon âme exulte en Dieu ». L’homme est ce qu’il aime et ce qu’il admire. En aimant et en louant Dieu, on s’identifie à lui, on participe à sa gloire et à son bonheur à lui.
Un jour, un saint, saint Simon le Nouveau Théologien, eut une expérience mystique de Dieu tellement forte qu’il se dit en lui-même : « Si le paradis n’est que cela, ça me suffit ! ». Mais la voix du Christ lui dit : « Tu es bien médiocre si tu te contentes de cela. La joie que tu as éprouvée, comparée à celle du paradis, est comme un ciel peint sur une toile comparé au vrai ciel ».
Commentaire de l’Évangile du 3ème dimanche de l'Avent - Année C
Réjouissez-vous sans cesse
Le troisième dimanche de l’Avent est entièrement imprégné du thème de la joie. On l’appelle traditionnellement le dimanche « laetare », le dimanche « réjouissez-vous », selon les paroles de saint Paul dans la deuxième lecture : « Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous ». Dans la première lecture nous entendons les paroles du prophète Sophonie : « Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël ! Réjouis-toi, tressaille d'allégresse, fille de Jérusalem ! ». Dans le psaume, cet extraordinaire vocabulaire de la joie s’enrichit encore d’autres termes : « Ma force et mon chant, c’est le Seigneur ; il est pour moi le salut. Exultant de joie, vous puiserez les eaux aux sources du salut. Jubilez, criez de joie, habitants de Sion ».
Arrêtons-nous sur cette parole. (L’Évangile est la suite du message de Jean-Baptiste que nous avons commenté dimanche dernier). Dans le poème « Le samedi du village », Giacomo Leopardi a exprimé le concept selon lequel, dans la vie présente, la seule joie possible et authentique est la joie de l’attente, la joie du samedi. C’est le jour rempli de joie précisément parce qu’il est rempli d’espérance. L’attente de la fête est plus belle que la fête elle-même. La possession d’un bien ne fait qu’engendrer la désillusion et l’ennui, car tout bien fini, se révèle inférieur à l’attente, et lasse ; seule l’attente est génératrice de joie authentique. C’est le cas précisément de la joie chrétienne dans ce monde : joie du samedi, qui prélude au Dimanche sans fin qui est la vie éternelle. Saint Paul dit que les chrétiens doivent être dans « la joie de l’espérance » (Rm 12, 12), ce qui ne signifie pas seulement qu’ils doivent « espérer être heureux » (après la mort), mais qu’ils doivent « être heureux d’espérer », heureux dès maintenant pour le simple fait d’espérer.
L’apôtre ne se limite toutefois pas à donner le commandement de se réjouir ; il indique également comment doit se comporter une communauté qui veut témoigner de la joie et la rendre crédible aux autres. Il dit : « Que votre sérénité soit connue de tous les hommes ». Le mot grec que nous traduisons par « sérénité » [traduit par « affabilité » en italien, ndlr] signifie tout un ensemble d’attitudes qui vont de la clémence à la capacité de savoir céder et de se montrer aimable, tolérant et accueillant. Nous pourrions le traduire par « gentillesse ». Il est nécessaire de redécouvrir avant tout la valeur humaine de cette vertu. La gentillesse est une vertu à risque ou même en voie d’extinction dans la société dans laquelle nous vivons. La violence gratuite dans les films et à la télévision, le langage délibérément vulgaire, la compétition à qui pousse le plus au-delà des limites du tolérable en matière de brutalité et de sexe explicite en public, créent en nous une accoutumance à toute expression de laideur et de vulgarité. La gentillesse est un baume dans les relations humaines. On vivrait tellement mieux en famille s’il y avait un peu plus de gentillesse dans les gestes, dans les paroles et avant tout dans les sentiments du cœur. Rien n’étouffe davantage la joie d’être ensemble que la grossièreté du style. « Une aimable réponse apaise la fureur, une parole blessante fait monter la colère « (Pr 15, 1-4). « Une bouche agréable multiplie les amis, une langue affable attire maintes réponses aimables » (Si 6, 5). Une personne gentille laisse une traînée de sympathie et d’admiration partout où elle passe.
Parallèlement à cette valeur humaine, nous devons redécouvrir la valeur également évangélique de la gentillesse. Dans la Bible, le terme « doux » n’a pas le sens passif de « soumis », « docile », mais le sens actif d’une personne qui agit avec respect, courtoisie, clémence envers les autres. La gentillesse est indispensable surtout pour celui qui veut aider les autres à découvrir le Christ. L’apôtre Pierre recommandait aux premiers chrétiens d’être toujours « prêts à la défense contre quiconque (leur) demandent raison de l'espérance qui est en (eux) », mais il ajoutait immédiatement : « Mais que ce soit avec douceur et respect » (cf. 1P 3, 15 s), ce qui signifie, avec gentillesse.
Commentaire de l’Évangile du 4ème dimanche de Carême - Année C
« le père ne sait plus comment exprimer sa joie »
Jésus et les pécheurs
L'Evangile du quatrième dimanche de Carême est l'une des pages les plus célèbres de l'Evangile de Luc et de l'ensemble des quatre Evangiles: la parabole du fils prodigue. Tout est surprenant dans cette parabole; jamais Dieu n'avait été ainsi décrit aux hommes. Cette parabole a touché plus de coeurs à elle seule que tous les discours des prédicateurs réunis. Elle a un pouvoir incroyable sur l'esprit, le coeur, l'imagination, la mémoire. Elle sait toucher les cordes les plus diverses : le regret, la honte, la nostalgie.
La parabole est introduite par ces paroles : « Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l'écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : 'Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux !'. Alors Jésus leur dit cette parabole » (Lc 15, 1-2). En suivant cette indication penchons-nous sur l'attitude de Jésus envers les pécheurs, en parcourant l'ensemble de l'Evangile, en conservant l'objectif que nous nous sommes fixés dans ces commentaires des Evangiles du Carême, de mieux comprendre qui était Jésus, de voir ce que nous savons de lui sur le plan historique.
On sait l'accueil que Jésus réserve aux pécheurs dans l'Evangile et l'opposition que cela lui valut de la part des défenseurs de la loi qui l'accusaient d'être « un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs » (Lc 7, 34). L'un des dictons de Jésus et qui fait historiquement le plus autorité est : « Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs » (Mc 2, 17). Se sentant accueillis par lui et pas jugés, les pécheurs l'écoutaient volontiers.
Mais qui étaient les pécheurs, quelle catégorie de personnes était désignée ainsi ? Dans l'intention de justifier pleinement les adversaires de Jésus, les pharisiens, certains ont affirmé que ce terme désigne « les transgresseurs délibérés et impénitents de la loi », en d'autres termes les criminels, les hors-la-loi. S'il en était ainsi, les adversaires de Jésus avaient parfaitement raison de se scandaliser et de le considérer comme une personne irresponsable et dangereuse sur le plan social. Ce serait comme si aujourd'hui un prêtre avait l'habitude de fréquenter les mafieux et les criminels et acceptait leurs invitations à dîner, sous prétexte d'en profiter pour leur parler de Dieu.
En réalité, les choses sont différentes. Les pharisiens avaient leur propre vision de la loi et de ce qui y est conforme ou contraire et considéraient comme réprouvés tous ceux qui ne se conformaient pas à leur interprétation rigide de la loi. Pour eux, étaient en somme pécheurs, tous ceux qui ne suivaient pas leurs traditions et leurs décrets. Dans cette même logique, les Essènes de Qumran considéraient les pharisiens eux-mêmes comme injustes et violateurs de la loi ! Ceci se produit aujourd'hui également. Certains groupes ultra-orthodoxes considèrent automatiquement comme hérétiques, tous ceux qui ne pensent pas exactement comme eux.
Voici ce qu'écrit un écrivain célèbre à ce propos : « Il n'est pas vrai que Jésus ait ouvert les portes du royaume à des criminels endurcis et obstinés, ou qu'il ait nié l'existence de 'pécheurs'. Jésus s'opposa aux barrières qui étaient érigées dans le corps d'Israël, à cause desquelles certains israélites étaient traités comme s'ils n'appartenaient pas à l'alliance et exclus de la grâce de Dieu » (James Dunn).
Jésus ne nie pas l'existence du péché et des pécheurs. Le fait de les appeler « malades » le montre. Sur ce point il est plus rigoureux que ses adversaires. Si ceux-ci condamnent l'adultère de fait, il condamne même l'adultère de désir ; si la loi disait de ne pas tuer, il dit que l'on ne doit pas même haïr ni insulter son frère. Il dit aux pécheurs qui s'approchent de lui : « Va, et ne pèche plus » ; il ne dit pas : « Va et continue comme avant ».
Ce que Jésus condamne c'est le fait d'établir seul la véritable justice et de mépriser les autres en leur niant même la possibilité de changer. La manière dont Luc introduit la parabole du pharisien et du publicain est significative : « Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres » (Lc 18, 9). Jésus était plus sévère envers les personnes méprisantes qui condamnaient les pécheurs qu'envers les pécheurs eux-mêmes.
Mais le fait le plus nouveau et le plus inédit dans la relation entre Jésus et les pécheurs n'est pas sa bonté et sa miséricorde à leur égard. Ceci peut s'expliquer humainement. Il y a quelque chose dans son comportement que l'on ne peut expliquer humainement, c'est-à-dire en partant du principe que Jésus fut un homme comme les autres : le fait de remettre les péchés.
Jésus dit au paralytique : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés ». « Qui peut remettre les péchés sinon Dieu seul ? » crient horrifiés ses adversaires. Et Jésus répond : « Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de pardonner les péchés sur la terre, je te l'ordonne, dit-il au paralysé : Lève-toi, prends ton brancard et rentre chez toi ». Personne ne pouvait vérifier si les péchés de cet homme avaient été remis ou non, mais tous pouvaient constater qu'il se levait et marchait. Le miracle visible attestait le miracle invisible.
L'examen des relations de Jésus avec les pécheurs contribue donc également à fournir une réponse à la question : qui était Jésus ? Un homme comme les autres, un prophète, ou quelque chose de plus et de différent ? Au cours de sa vie terrestre Jésus n'a jamais affirmé être Dieu, de manière explicite (et nous avons également déjà expliqué pourquoi), mais il agit en s'attribuant des pouvoirs qui appartiennent exclusivement à Dieu.
Revenons maintenant à l'Evangile de ce dimanche et à la parabole du fils prodigue. Il y a un élément commun qui unit entre elles les trois paraboles racontées successivement au chapitre 15 de Luc : la brebis perdue, la pièce d'argent perdue et le fils prodigue. Que dit le pasteur qui a retrouvé la brebis perdue et la femme qui a retrouvé sa pièce d'argent ? « Réjouissez-vous avec moi ». Et que dit Jésus à la fin de chacune des trois paraboles ? « Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de conversion ».
Le leitmotiv des trois paraboles est donc la joie de Dieu. (« Il y a de la joie chez les anges de Dieu » est une manière bien juive de dire qu'il y a de la joie « en Dieu »). Dans notre parabole, la joie déborde et devient fête. Ce père ne sait plus comment exprimer sa joie et qu'inventer : il ordonne d'aller chercher un riche vêtement, l'anneau avec le sceau de la famille, de tuer le veau gras, et dit à tout le monde : « Mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ».
Dans l'un de ses romans, Dostoïevsky décrit une scène qui a tout l'air d'une scène observée dans la réalité. Une femme du peuple tient dans ses bras son enfant de quelques semaines, lorsque celui-ci - pour la première fois, selon elle - lui sourit. Le coeur contrit, elle fait le signe de croix et répond à qui lui demande la raison de ce geste : « Voilà, comme une mère devant le premier sourire de son enfant, Dieu se réjouit chaque fois qu'un pécheur se met à genoux et lui adresse une prière du fond du coeur (L'idiot, Milano 1983, p. 272). En écoutant cela, quelqu'un décidera peut-être de procurer enfin à Dieu un peu de cette joie, de lui sourire avant de mourir...
Commentaire de l’Évangile du 1er dimanche de Carême - Année C
Il fut mis à l'épreuve par le démon
L’évangile de Luc que nous lisons cette année fut écrit, comme Luc le dit lui-même dans l’introduction, afin que le lecteur croyant puisse se rendre « bien compte de la sûreté des enseignements » qu’il avait reçus. Cette tentative est d’une actualité extraordinaire. Face aux attaques de toutes parts à l’historicité des évangiles et aux manipulations sans limite de la figure du Christ, il est plus que jamais important que le chrétien et tout lecteur honnête de l’évangile se rende aujourd’hui compte de la solidité des enseignements et des nouvelles qui y sont rapportées.
Pour cela, j’ai pensé utiliser les commentaires aux évangiles allant du premier dimanche de Carême au dimanche in Albis. En partant chaque fois de l’évangile du dimanche, nous étendrons le regard à tout un secteur ou un aspect de la personne et de l’enseignement du Christ qui y est lié, pour découvrir qui était vraiment Jésus, s’il était un simple prophète et un grand homme ou quelque chose d’autre et de plus. Nous voudrions, en d’autres termes, faire également un peu de culture religieuse. Des phénomènes comme celui du Da Vinci Code de Dan Brown, avec les imitations et les discussions qu’il a suscitées, ont montré l’alarmante ignorance religieuse qui règne parmi les personnes et qui devient le terrain idéal pour n’importe quelle opération commerciale sans scrupule.
L’évangile de ce premier dimanche de Carême est celui des tentations de Jésus dans le désert. Selon le plan annoncé, je voudrais partir de cet évangile pour élargir le discours à la question plus générale de l’attitude de Jésus envers les puissances diaboliques et les personnes possédées par le démon.
C’est un fait indéniable et parmi les plus sûrs sur le plan historique, que Jésus a libéré de nombreuses personnes du pouvoir destructeur de Satan. Nous n’avons pas le temps de rappeler tous les épisodes. Nous nous limiterons à souligner deux choses : tout d’abord l’explication que Jésus donnait de son pouvoir sur le démon ; deuxièmement, ce que ce pouvoir nous dit de lui et de sa personne.
Devant la libération éblouissante d’une personne possédée, opérée par Jésus, ne pouvant nier le fait, ses ennemis déclarent : « C’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il expulse les démons » (Lc 11, 15). Jésus montre combien cette explication est absurde (si Satan était divisé en lui-même, son règne serait fini depuis longtemps, en revanche il prospère). L’explication est autre : il expulse les démons avec la main de Dieu, c’est-à-dire l’Esprit Saint, et ceci montre que le royaume de Dieu est arrivé sur la terre.
Satan était « l’homme fort » qui tenait l’humanité en son pouvoir, mais quelqu’un de « plus fort que lui » est arrivé et est en train de le dépouiller de son pouvoir. Ceci nous enseigne une chose formidable sur la personne du Christ. Avec sa venue, une nouvelle ère a commencé pour l’humanité, un changement de régime. Une telle chose ne peut être l’œuvre d’un simple homme, ni même d’un grand prophète.
Il est important de remarquer le nom et le pouvoir avec lequel Jésus chasse les démons. La formule habituelle avec laquelle l’exorciste s’adresse au démon est : « Je te conjure par… » ou « au nom de… je t’ordonne de sortir de cette personne ». C’est-à-dire que l’on fait appel à une autorité supérieure qui est en général celle de Dieu, et pour les chrétiens celle de Jésus. Jésus ne fait pas ainsi : il dit sèchement au démon « je t’ordonne ». Je t’ordonne ! Jésus n’a pas besoin de faire appel à une autorité supérieure ; c’est lui l’autorité supérieure.
La défaite du pouvoir du mal et du démon faisait partie intégrale du salut définitif (eschatologique) annoncé par les prophètes. Jésus invite ses adversaires à tirer les conséquences de ce qu’ils voient de leurs yeux : il n’y a donc plus à attendre, à regarder devant soi ; le royaume et le salut sont au milieu d’eux.
L’affirmation tant discutée sur le blasphème contre l’Esprit Saint s’explique à partir de là. Attribuer à l’esprit du mal, à Béelzéboul, ou à la magie ce qui était si manifestement une œuvre de l’Esprit de Dieu signifiait fermer obstinément les yeux devant la vérité, se mettre contre Dieu lui-même, et donc se priver soi-même de la possibilité de pardon.
Le fait de vouloir donner une dimension historique et éducative à ces commentaires de Carême ne doit pas nous empêcher de tirer également chaque fois une réflexion pratique de l’évangile du jour. Il y a beaucoup de mal autour de nous aujourd’hui également. Nous assistons à des formes de méchanceté qui dépassent souvent notre entendement ; nous sommes effarés et restons sans voix devant certains faits divers. Le message réconfortant qui découle des réflexions que nous venons de faire est qu’au milieu de nous il y a quelqu’un qui est « plus fort » que le mal. La foi ne nous met pas à l’abri du mal et de la souffrance mais nous assure qu’avec le Christ nous pouvons transformer même le mal en bien, le rendre utile pour notre rédemption et celle du monde.
Dans leur propre vie ou chez elles, certaines personnes font l’expérience d’une présence du mal qui leur semble être d’origine purement diabolique. Parfois, ceci est certainement le cas (nous savons que les sectes et les rites sataniques sont répandus dans notre société, surtout parmi les jeunes), mais il est difficile de comprendre dans les cas individuels, s’il s’agit véritablement de Satan ou de troubles d’origine pathologique. Il n’est heureusement pas nécessaire d’arriver à une certitude sur les causes. Il faut s’attacher au Christ par la foi, l’invocation de son nom, la pratique des sacrements.
L’évangile de ce dimanche nous suggère un moyen pour mener ce combat, important à cultiver surtout en temps de Carême. Jésus n’est pas allé dans le désert pour être tenté ; son intention était de se retirer dans le désert pour prier et écouter la voix de son Père.
Tout au long de l’histoire, une foule d’hommes et de femmes ont choisi d’imiter ce Jésus qui se retire dans le désert. Mais l’invitation à suivre Jésus dans le désert ne s’adresse pas seulement aux moines et aux ermites. De manière différente, elle s’adresse à tous. Les moines et les ermites ont choisi un espace de désert, nous devons au moins choisir un temps de désert. Passer un temps de désert signifie faire un peu de vide et de silence autour de nous, retrouver le chemin de notre cœur, se soustraire au vacarme et aux sollicitations qui nous entourent, pour entrer en contact avec les sources les plus profondes de notre être et de notre foi.
Commentaire de l’Évangile du dimanche 30 septembre, proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.
Un homme riche vêtu de pourpre et de lin fin
L’élément essentiel à souligner à propos de la parabole du mauvais riche que propose l’Évangile de ce dimanche est son actualité. Cette histoire se répète aujourd’hui, au milieu de nous, aussi bien à l’échelle mondiale que locale. Au niveau mondial, les deux personnages représentent en réalité les deux hémisphères : le mauvais riche représente l’hémisphère nord (l’Europe occidentale, l’Amérique, le Japon) et le pauvre Lazare, l’hémisphère sud, à quelques exceptions près. Deux personnages, deux mondes : le premier monde et le « tiers-monde ». Deux mondes de grandeur inégale : celui que nous appelons le « tiers-monde » représente en effet les « deux tiers du monde ». La coutume de l’appeler ainsi : non pas « tiers-monde » (third world) mais « deux tiers du monde » (two-third world) est d’ailleurs en train de s’affirmer.
Cette même opposition entre le mauvais riche et le pauvre Lazare se répète au sein de ces deux groupes de pays. Il y a des mauvais riches qui vivent au coude à coude avec des pauvres Lazare dans les pays du tiers-monde (là, d’ailleurs, leur luxe solitaire est encore plus criant, au milieu de la misère générale) et il y a des pauvres Lazare qui vivent au coude à coude avec les mauvais riches dans les pays du premier monde. Dans toutes les sociétés dites du « bien-être », il y a des personnes du spectacle, du sport, de la finance, de l’industrie, du commerce, qui ne comptent leurs gains et leurs contrats de travail qu’en millions d’euros, et ceci devant le regard de millions de personnes qui se demandent comment elles parviendront à payer leur loyer, les médicaments et les études de leurs enfants, avec leur maigre salaire ou leur allocation chômage.
La chose la plus odieuse, dans l’histoire racontée par Jésus, est l’ostentation du riche, l’exhibition sans retenue de sa richesse, devant le pauvre. Celle-ci se manifestait surtout dans deux domaines : la nourriture et les vêtements : le riche banquetait généreusement et revêtait des vêtements de pourpre et de lin fin, qui étaient à l’époque les étoffes des rois. Le contraste n’est pas seulement entre qui abonde de nourriture et qui meurt de faim, mais également entre qui change de vêtement tous les jours et qui n’a même pas un haillon à se mettre sur le dos.
Un vêtement fait entièrement de feuilles d’or pur d’une valeur de plus de 500.000 euros, fut un jour présenté, chez nous, lors d’un défilé de mode. Il ne faut pas avoir peur de le dire : le succès mondial de la mode italienne et le business qu’elle suppose, nous est monté à la tête ; nous ne faisons plus attention à rien. Tout ce qui se fait dans ce domaine, y compris les excès les plus flagrants, jouissent d’une sorte de traitement spécial. Les défilés de mode qui, à certaines périodes, remplissent les journaux télévisés du soir, souvent au détriment de nouvelles bien plus importantes, sont comme des représentations théâtrales de la parabole du mauvais riche.
Mais jusqu’ici, il n’y a, au fond, rien de nouveau. Le caractère nouveau et unique de la dénonciation faite par l’Évangile dépend entièrement de l’angle sous lequel on observe l’histoire. Dans la parabole du mauvais riche, tout est vu comme rétrospectivement, de l’épilogue de l’histoire : « Or le pauvre mourut, et les anges l'emportèrent auprès d'Abraham. Le riche mourut aussi, et on l'enterra ». Si l’on voulait porter cette histoire à l’écran, on pourrait très bien partir (comme on le fait souvent dans les films) de cette fin dans l’au-delà, et reparcourir toute l’histoire en flashback.
Tout au long des siècles on a dénoncé ainsi la richesse et le luxe, mais aujourd’hui ces dénonciations passent ou bien pour de la rhétorique et pour quelque chose d’irréalisable, ou pour de la commisération affectée et anachronique. Après deux mille ans, cette dénonciation conserve tout son caractère explosif. La raison en est que celui qui la prononce n’est pas un homme qui prend partie, qui est pour les riches ou pour les pauvres, mais un homme qui se trouve au-dessus des parties et se préoccupe aussi bien des riches que des pauvres, peut-être d’ailleurs davantage des premiers que des seconds (qu’il sait moins exposés au danger !). La parabole du mauvais riche ne naît pas d’une rancœur envers les riches ou d’un désir de prendre leur place, comme tant de dénonciations humaines, mais d’une préoccupation sincère pour leur salut. Dieu veut sauver les riches de leur richesse.
Commentaire de l’Évangile de ce dimanche proposé par le père Raniero Cantalamessa OFM Cap, prédicateur de la Maison pontificale.
Un regard d’historiens sur la Passion du Christ
Le dimanche des Rameaux, nous écoutons dans sa totalité le récit de la passion selon saint Luc. C’est pour répondre à la question cruciale que nous nous posons, que les Évangiles ont été écrits : pourquoi un tel homme a-t-il fini sur la croix ? Quelle est la raison et qui sont les responsables de la mort de Jésus ?
Selon une théorie qui a commencé à circuler suite à la tragédie de la Shoah des juifs, la responsabilité de la mort du Christ est attribuée principalement, peut-être même exclusivement à Pilate et aux autorités romaines, ce qui indique que sa motivation est davantage d’ordre politique que religieux. Les évangiles ont disculpé Pilate et accusé les chefs juifs pour calmer les autorités romaines sur leur compte et en faire des amies.
Cette thèse est née d’une préoccupation juste que tous partagent aujourd’hui : supprimer à la racine tout prétexte à l’antisémitisme qui a fait tant de mal au peuple juif de la part des chrétiens. Mais le plus grand tort que l’on puisse faire à une cause juste est de la défendre avec des arguments erronés. Il faut donner un fondement plus solide à la lutte contre l’antisémitisme qu’une interprétation discutable (et discutée) des récits de la Passion.
L’absence de responsabilité du peuple juif en tant que tel dans la mort du Christ repose sur une certitude biblique que les chrétiens ont en commun avec les juifs, mais qui a été étrangement oubliée pendant de nombreux siècles : « Celui qui a péché, c’est lui qui mourra ! Un fils ne portera pas la faute de son père ni un père la faute de son fils » (Ez 18, 20). La doctrine de l’Église ne connaît qu’un seul péché qui se transmet de façon héréditaire de père en fils, le péché originel, aucun autre.
Après avoir clairement établi le refus de l’antisémitisme, je voudrais expliquer pourquoi on ne peut accepter la thèse de l’absence totale de responsabilité des autorités juives dans la mort du Christ et donc du caractère essentiellement politique de celle-ci. Dans la plus ancienne de ses lettres, écrite autour de l’an 50, Paul donne la même version fondamentale de la condamnation du Christ que les évangiles. Il dit que les juifs ont mis à mort Jésus le Seigneur (cf. 1 Th 2, 15), et il devait être mieux informé que nous aujourd’hui sur les faits survenus à Jérusalem peu de temps auparavant, ayant lui-même à une époque, approuvé et défendu « avec acharnement » la condamnation du Nazaréen.
On ne peut lire les récits de la Passion en ignorant tout ce qui les précède. Les quatre évangiles attestent, on peut le dire à toutes les pages, une opposition religieuse croissante entre Jésus et un groupe influent de juifs (pharisiens, docteurs de la loi, scribes) sur l’observance du sabbat, sur l’attitude envers les pécheurs et les publicains, sur le pur et l’impur.
Une fois que l’on a démontré l’existence de cette opposition, comment peut-on penser que celle-ci n’ait joué aucun rôle au moment du règlement de compte final et que les autorités juives aient décidé de dénoncer Jésus à Pilate uniquement par peur d’une intervention armée des Romains, presque à contrecœur ?
Pilate n’était pas une personne sensible à des raisons de justice au point de se préoccuper du sort d’un juif inconnu ; c’était une personne dure et cruelle, prête à réprimer dans le sang le moindre signe de révolte. Tout cela est véridique. Cependant, il ne tente pas de sauver Jésus par compassion envers la victime mais uniquement par entêtement contre ses accusateurs avec lesquels il était secrètement en guerre depuis son arrivée en Judée. Cela n’atténue bien sûr en rien la responsabilité de Pilate dans la condamnation du Christ qui retombe autant sur lui que sur les chefs juifs.
Au-delà de tout, il ne sert à rien de vouloir être « plus juif que les juifs ». Les nouvelles sur la mort de Jésus présentes dans le Talmud et dans d’autres sources juives (même si elles sont tardives et se contredisent sur le plan historique) font ressortir le fait que la tradition juive n’a jamais nié une participation des autorités religieuses de l’époque à la condamnation du Christ. Elle ne s’est pas défendue en niant le fait mais tout au plus en niant que le fait, du point de vue des juifs, puisse constituer un délit et que sa condamnation ait été une condamnation injuste.
Après toutes les recherches et alternatives proposées, à la question : « Pourquoi Jésus fut-il condamné à mort ? », il faut par conséquent encore donner la réponse que donnent les évangiles. Il a été condamné pour un motif essentiellement religieux, qui fut cependant habilement formulé en termes politiques pour mieux convaincre le procureur romain. Le titre de Messie sur lequel était basée l’accusation du Sanhédrin dans le procès devant Pilate devient « Roi des juifs » et ce sera le titre de condamnation qui sera accroché à la croix : « Jésus de Nazareth Roi des juifs ». Jésus avait lutté toute sa vie pour éviter cette confusion mais à la fin c’est précisément cette confusion qui décidera de son sort.
La question reste ainsi ouverte sur l’utilisation que l’on fait des récits de la Passion. Dans le passé ils ont souvent été utilisés de manière impropre (par exemple dans certaines représentations théâtrales de la Passion), avec des interprétations antisémites forcées. Ceci est aujourd’hui fermement condamné par tout le monde même s’il reste peut-être encore quelque chose à faire pour supprimer de la célébration chrétienne de la Passion tout ce qui peut offenser la sensibilité de nos frères juifs. Jésus fut et reste, malgré tout, le plus grand don que le judaïsme ait fait au monde. Un don qu’il a entre autre payé cher…
La conclusion que nous pouvons tirer des considérations historiques que nous venons de faire est donc que le pouvoir religieux et le pouvoir politique, les chefs du sanhédrin et le procureur romain, participent ensemble, pour des raisons diverses, à la condamnation du Christ. Il faut ajouter immédiatement que l’histoire ne dit pas tout, ni même l’essentiel sur ce point. Sur le plan de la foi, c’est nous tous qui avons, par nos péchés, mis Jésus à mort.
Laissons maintenant de côté les questions historiques et consacrons quelques instants à Le contempler. Comment se comporte Jésus lors de la Passion ? Dignité surhumaine, patience infinie. Pas un seul geste, une seule parole, qui démente ce qu’il avait prêché dans son évangile, spécialement dans les Béatitudes. Il meurt en demandant le pardon pour ceux qui l’ont crucifié.
Et pourtant, il n’y a rien en lui qui ressemble au mépris orgueilleux de la souffrance du stoïque. Sa réaction à la souffrance et à la cruauté est profondément humaine : il tremble et sue du sang à Gethsémani, il voudrait que le calice passe loin de lui, il cherche le soutien de ses disciples, il crie sa désolation sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? ».
Dans la passion, il y a surtout un trait de cette grandeur surhumaine du Christ qui me fascine : son silence. « Mais Jésus se taisait » (Mt 26, 63). Il se tait devant Caïphe, il se tait devant Pilate que son silence agace, il se tait devant Hérode qui espérait le voir faire un miracle (cf. Lc 23, 8). « Insulté il ne rendait pas l’insulte, souffrant il ne menaçait pas » dit de Lui la première Lettre de Pierre (2, 23).
Il ne rompt le silence qu’un instant avant sa mort, par ce « grand cri » qu’il pousse en expirant sur la croix et qui arrache au centurion romain la confession : « Vraiment, celui-ci était fils de Dieu ».
Commentaire des lectures de la Pentecôte - Année C
Envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre
Jésus, au cénacle, le soir de Pâques, « répandit sur eux son souffle et… leur dit : ‘Recevez l'Esprit Saint’ ». Ce geste du Christ rappelle celui de Dieu qui, lors de la création « modela l’homme avec la glaise du sol, insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant » (cf. Gn 2, 7). Par ce geste, Jésus signifie donc que l’Esprit Saint est le souffle divin qui donne vie à la nouvelle création, comme il donna vie à la première création. L’antienne du psaume souligne ce thème : « Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre ! »
Proclamer que l’Esprit Saint est créateur signifie affirmer que son champ d’action n’est pas uniquement limité à l’Église mais s’étend à toute la création. Aucun moment, aucun lieu n’est privé de sa présence active. Il agit dans la Bible et en dehors de la Bible ; il agit avant le Christ, à l’époque du Christ et après le Christ, même s’il n’agit jamais sans lui. « Toute vérité, quelle que soit la personne qui la prononce – a écrit saint Thomas d’Aquin – vient de l’Esprit Saint ». L’action de l’Esprit du Christ en dehors de l’Église n’est certes pas la même qu’à l’intérieur de l’Église et dans les sacrements. Dans le premier cas il agit par sapuissance, dans le deuxième, par sa présence, en personne.
Cependant, le plus important, à propos de la puissance créatrice de l’Esprit Saint n’est pas de la comprendre ou d’en expliquer les implications mais d’en faire l’expérience. Et que signifie faire l’expérience de l’Esprit comme créateur ? Pour le découvrir, partons du récit de la création. « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. Or la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l’abîme et un souffle de Dieu agitait la surface des eaux « (Gn 1, 1-2). Nous en déduisons que l’univers existait déjà au moment où l’Esprit Saint intervint, mais il était encore sans forme et plongé dans les ténèbres, un chaos. C’est après son action que la création assume des contours précis ; la lumière se sépare des ténèbres, la terre ferme de la mer et tout prend une forme définie.
L’Esprit Saint est donc celui qui fait passer la création du chaos au cosmos, qui fait d’elle quelque chose de beau, d’ordonné, de propre (cosmo vient de la même racine que cosmétique et signifie beau !), il en fait un « monde » au deux sens du terme. La science nous enseigne aujourd’hui que ce processus a duré des milliards d’années mais ce que la Bible veut nous dire, à travers son langage simple et imagé, est que la lente évolution vers la vie et l’ordre actuel du monde n’est pas le fruit du hasard, qu’elle n’est pas l’obéissance à des impulsions aveugles de la matière mais qu’elle est le fruit d’un projet placé dans le monde dès le commencement, par le créateur.
L’action créatrice de Dieu n’est pas limitée à l’instant initial ; il est toujours en train de créer. Appliqué à l’Esprit Saint, cela signifie qu’il est toujours celui qui fait passer du chaos au cosmos, c’est-à-dire du désordre à l’ordre, de la confusion à l’harmonie, de la difformité à la beauté, de la vieillesse à la jeunesse. Ceci à tous les niveaux : dans le macrocosme comme dans le microcosme, c’est-à-dire dans l’univers tout entier comme en toute personne individuelle.
Nous devons croire qu’en dépit des apparences, l’Esprit Saint est à l’œuvre dans le monde et le fait progresser. Pensons à toutes les nouvelles découvertes, non seulement dans le domaine physique mais également sur le plan moral et social ! Un texte du Concile Vatican II affirme que l’Esprit Saint est à l’œuvre dans l’évolution de l’ordre social du monde (cf. Gaudium et spes, 26). Il n’y a pas que le mal qui grandit, le bien grandit également, avec la différence que le mal s’annule, finit avec lui-même mais le bien s’accumule et demeure. Il y a encore certes beaucoup de chaos autour de nous : un chaos moral, politique, social. Le monde a encore tant besoin de l’Esprit de Dieu ! Pour cette raison, nous ne devons pas nous lasser de l’invoquer avec les paroles du psaume : « Ô Seigneur, envoie ton Esprit qui renouvelle la face de la terre ! »