Messe de la nuit de Noël 1999 (Année B) célébrée à la Cathédrale Notre-Dame de Paris le 24 décembre 1999
Chers amis,
Vous êtes venus remplir Notre-Dame de Paris : merci d'avoir répondu à mon invitation. Ce soir, l'Église a besoin de vous, le monde a besoin de vous. Vous me direz : mais pour quoi faire ?
Eh bien, aujourd'hui un Sauveur nous est né ! Aujourd'hui, l'événement de Bethléem est vécu dans l'Église et dans le monde. Aujourd'hui, le salut arrive aux hommes. Et qui sont les premiers à être prévenus ? Les bergers, des gens qui vivent à part, des gens qui sont souvent exclus, des gens qui travaillent la nuit, des pauvres dont la vie est dure. Pourquoi Dieu veut-il que ce soit eux les premiers prévenus ?
Peut-être Dieu veut-il nous faire signe grâce à eux. Il nous dit que, pour accueillir l'amour, il ne faut pas trop se défendre ; pour accueillir la richesse de Dieu, il ne faut pas avoir les mains pleines de son or ou de son argent, mais avoir les mains ouvertes ; pour pouvoir accueillir le Sauveur des hommes, il faut savoir ce qu'est la souffrance, savoir aussi ce qu'est la pitié, mais surtout ce qu'est la compassion, le respect de celui qui est dans le malheur. Il faut avoir été méprisé, peut-être, pour commencer à comprendre combien Dieu aime l'homme en se faisant homme.
Alors, vous qui avez bien voulu répondre à mon invitation, vous êtes aujourd'hui pour l'Église les bergers de la crèche ; vous devez être, comme eux, les premiers prévenus et écouter ce message bouleversant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes, car Dieu les aime. »
Mais cela ne suffit pas. L'Évangile nous raconte que les bergers, après avoir entendu cette acclamation qui touche le monde entier, se disent : « Allons à Bethléem. » Ils trouvent Marie, Joseph, le nouveau-né dans la mangeoire. Après avoir vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit au sujet de cet Enfant. Tous ceux qui les entendirent étaient étonnés ; quant à Marie, elle gardait tous ces événements, toutes ces paroles dans son cœur et les méditait. Puis, les bergers s'en retournèrent, chantant la gloire de Dieu pour tout ce qu'ils avaient entendu et vu, en accord avec ce qui leur avait été annoncé.
Eh bien, vous êtes les bergers d'aujourd'hui. Vous êtes venus jusqu'au lieu où le Christ veut se faire connaître, son Église. Et si, cette nuit, le Seigneur vous annonce la même paix et la même joie, vous devez témoigner de l'amour dont vous êtes devenus les témoins. Comme les bergers, vous rendrez gloire à Dieu pour que les hommes de ce monde, à leur tour, puissent, grâce à vous, s'émerveiller de ce que Dieu fait pour nous.
Car, c'est un amour immense dont Dieu nous aime. Peut-être sommes-nous frappés par les malheurs qui accablent l'humanité. Aujourd'hui même, nous avons entendu raconter les malheurs qui éprouvent tant d'hommes et de femmes, en France, en Afrique, en Amérique du Sud, dans l'Est de l'Europe ; inutile de répéter ici, ce soir, les informations. C'est notre pain de misère, c'est ce que nous voyons, de jour en jour.
Alors, nous demandons ce que fait le Bon Dieu dans tout ça ! Ce qu'il fait ? Il nous a appelés, il vous a appelés. Pourquoi ? Parce que, depuis que le monde est monde, l'homme est cruel pour l'homme. Mais, depuis que le Fils de Dieu s'est fait homme et est venu dans notre chair, depuis cette nuit de Bethléem, l'amour est entré dans le monde, comme une force qui soulève ce monde. Et cette force, c'est aux plus faibles qu'elle est confiée, à ceux qui acceptent d'aimer gratuitement, sans espoir de retour et qui ne cessent de combattre, du vrai combat ; non pas le combat qui tue, mais le combat qui donne la vie, le combat de l'amour plus fort que la mort, le combat de l'amour qui vient de Dieu.
Car, désormais, quand nous contemplons l'Enfant dans la crèche, nous voyons déjà Celui qui va porter le péché du monde. Dans cette cathédrale, il y a deux statues de Marie qui porte Jésus. L'une, au pilier : nous voyons l'Enfant, le petit enfant qu'elle tient dans ses bras, nous voyons sur le visage de la Mère un sourire ; l'autre, au fond du chœur : Marie est assise au pied de la croix, les bras levés, et elle accueille sur ses genoux le corps mort de son Fils. Ce mystère n'est pas seulement le mystère d'une mère qui subit un destin tragique. C'est le mystère de l'amour qui va plonger jusqu'au plus profond de la condition humaine et de son malheur pour en sortir l'homme. Parce que Dieu lui-même, dans sa tendresse, porte nos souffrances, nos péchés. Dieu lui-même se fait l'un d'entre nous pour nous donner la force d'aimer comme il nous aime, afin qu'à notre tour, par notre amour, nous soulevions le monde, puisque le Seigneur de tous est venu jusqu'à nous et nous donne sa vie.
Voilà, frères, la grande joie que, ce soir, je demande à Dieu pour vous, quelles que soient vos épreuves. Je souhaite de tout mon cœur que cette joie vous habite et que vous la communiquiez aux autres. Si vous êtes pauvres, avec cette joie vous possédez une richesse plus grande que tout l'or du monde. C'est la richesse de la vraie vie ; c'est la richesse de la vraie dignité humaine ; c'est la richesse du pardon ; c'est la richesse de l'Espérance.
Et si vous, vous espérez, le monde le désespérera pas.
Mes amis, soyez, en cette nuit de Noël, les bergers grâce à qui ce grand chant est transmis aux hommes :
« Gloire à Dieu au plus haut des cieux ; et paix sur la terre aux hommes, car Dieu les aime. »
Sur la Colline de Sion en la basilique de la Dormition, célébration du Jeudi saint - Jeudi 17 février 2000
FAIRE CE QUE JÉSUS ACCOMPLIT, AIMER, DONNER SA VIE
Comme nous le faisons le Jeudi saint, selon la tradition de notre liturgie, je vais laver les pieds de douze prêtres. Certains voient dans ce geste de Jésus lavant les pieds de ses apôtres un lien avec le ministère apostolique et sacerdotal. Dans les paroisses, on choisit parfois des laïcs.
Pourquoi ce mimétisme ? Pourquoi faire littéralement le geste même de Jésus, ce qui se produit dans très peu de cas ? Parce que le lien entre Jésus et nous avec ce geste historique est non seulement symbolique mais réel, à un point tel que, d'instinct, l'Église a voulu que certains mots, certains gestes traversent les siècles et réunissent toutes les civilisations en dépit des changements et différences.
La fête dont nous faisons mémoire ici est la Pâque.
Comme au Jeudi saint, nous avons entendu, tiré du livre de l'Exode, le récit de la première Pâque célébrée par le peuple d'Israël. Et nous, célébrons-nous, à notre tour, cette liturgie que Jésus a célébrée ? Non, le peuple juif, lui, continue aujourd'hui de fêter Pèsah, la fête de la Pâque, non pas comme autrefois car il n'y a plus de Temple ni de sacrifice d'agneau, mais dans une liturgie aussi proche que possible de la tradition.
La Pâque de Jésus
Chrétiens, de quoi faisons-nous mémoire ? De la Pâque, de Pèsah que Jésus a célébrée, lui, avant de mourir. C'est en lui que nous' célébrons Pâques, non pas à la place de sa Pâque, mais sa Pâque : à la fois ce qu'il a célébré ce soir-là lors du dernier repas et ce qu'il va accomplir dans les heures qui suivent, à Gethsémani et au Golgotha, par le don de sa vie.
Dans la Première lettre de saint Paul aux Corinthiens, nous avons une expression, parmi les plus anciennes, de la fidélité absolue de l'Église à ce que fait Jésus : « Je vous ai transmis ce que j'ai moi-même reçu de la tradition venant du Seigneur : la nuit même où il était livré, le Seigneur prit du pain ... » (ch. 11, v. 23-25).
Aujourd'hui, en Afrique, certains ont pensé : « Nous, du pain, ce n'est pas notre nourriture. Nous ne cultivons pas le blé mais le mil. On pourrait prendre du mil et de la bière de sorgho ». Tandis qu'en Asie certains ont dit : « La nourriture commune, c'est le riz et le thé ... ». L'Église a répondu : « Non ». Pourquoi ? Parce que la Pâque du Christ a été vécue ici, au temps de Ponce Pilate. Le Seigneur a donné sa vie pour nous, lui et nul autre : « né selon la chair » (Rm 9, 5), « mort selon la chair » (1 P 3, 18), et ressuscité pour que nous vivions. Nous ne pouvons lui substituer une autre figure humaine, quelle qu'elle soit, aussi conforme soit-elle à nos mœurs, à nos intuitions.
Nous n'avons pas le droit d'arranger un Jésus qui nous convienne, un Jésus auquel chaque époque, prête le visage, l'habit, l'allure qui répondent au désir de chacun. Jésus est unique ; c'est lui et lui seul.
Il n'est pas une idole sans vie. Comment le connaissons-nous ? Précisément lorsque nous obéissons à l'ordre qu'il nous donne : « Vous ferez cela en mémoire de moi ». Et c'est bien ce que nous faisons en brisant le pain au cours du repas, et en disant non pas les paroles habituelles : « Ceci est le pain de misère que nos pères ont mangé en Égypte », mais : « Ceci est mon corps livré pour VOUS, prenez et mangez-en tous ». De même en bénissant la dernière coupe et en disant : « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés, vous ferez cela en mon mémorial ». Selon la consigne précise conservée dans le livre de l'Exode, cette Pâque, il faut la célébrer à jamais : « C'est une loi perpétuelle, d'âge en âge vous la fêterez ».
Ce mémorial vivant, nous continuons d'y avoir part en recevant à notre tour le Corps et le Sang du Christ.
Il ne s'agit pas d'un symbole, d'une évocation, d'une pièce de théâtre ; mimer la Cène serait en effet plus simple et plus suggestif ! Mais non, loin de faire cela, nous rendons grâce, nous prions, nous écoutons la Parole de Dieu. Nous réunissons en un seul moment les gestes mêmes de Jésus, sur le pain au début de la Pâque et sur la coupe à la fin. L'Église reconnaît le don qui lui est fait, par l'Esprit, de la vie du Seigneur, son corps et son sang offerts en sacrifice pour devenir notre nourriture.
Sa vie est notre vie, car nous ne faisons qu'un avec lui. Dans notre liturgie, à la fin de la Prière eucharistique, en un très beau geste du célébrant, le pain et le vin consacrés sont élevés ensemble : avec les yeux de la foi, nous adorons le Christ mort et ressuscité pour notre vie.
Une clé pour comprendre
Quant au geste du lavement des pieds, ce n'est pas de la part de Jésus une règle d'hygiène ni même un rite d'hospitalité. Dans certaines régions d'Afrique, d'Asie, d'Amérique du Sud où l'on marche pieds nus, cela a encore un sens, mais non dans nos pays. Ce geste ne sert qu'à évoquer ce qu'a fait le Seigneur.
Encore ne faut-il pas oublier que là-bas, en son temps, cette tâche était réservée à l'esclave : il rendait ainsi un service humble aux hôtes qu'il fallait honorer.
Cette fidélité à l'acte de Jésus, nous devons la vivre, non pas seulement dans un rite liturgique, mais dans toute notre existence. Jésus lui-même explique à ses apôtres que ce geste, où il se fait l'esclave des siens, leur donne la clé pour comprendre ce qu'il accomplira ensuite.
« Ce que je fais, dit Jésus à Simon qui proteste, tu ne peux pas le comprendre maintenant, mais, par la suite, tu comprendras. » Comment Simon pourrait-il comprendre ce qui va se passer et que nous allons célébrer, la Passion de Jésus, l'abandon de tous, sa propre trahison ?
Il ne peut comprendre parce que ces événements ne se sont pas encore passés et parce qu'il n'a pas encore reçu le don de l'Esprit pour entrer dans l'intelligence de cet immense mystère. Mais le Seigneur, en lui lavant les pieds, lui donne d'avance le moyen de comprendre.
Qu'avons-nous donc à comprendre que l'Esprit de Dieu lui-même nous enseignera ? Une des paroles suivantes de Jésus : « Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime », s'applique parfaitement à ce moment de sa vie (cf. Jn 15, 13). Nous l'avons souvent reprise sur les Monuments aux morts. En effet, lorsque, dans les circonstances tragiques de l'histoire d'un peuple, des hommes et des femmes ont eu le courage, les armes à la main, de se dévouer pour défendre les leurs, ou bien lorsque, dans des circonstances périlleuses, certains ont pris le risque de mourir pour en sauver d'autres, on dit : ils ont fait preuve d'un courage étonnant, ils ont donné leur vie, c'est-à-dire : ils sont morts.
« Donner sa vie », tel que Jésus nous l'enseigne, ce n'est pas mourir au sens où nous l'entendons, nous.
C'est aimer, non pas à la manière des hommes, d'un amour toujours fragile, lié à nos sentiments, assujetti à la réciprocité, mais comme le Père nous aime et comme le Fils nous aime, lui qui a pris notre chair pour nous donner la vie. Le point ultime du don de sa vie n'est pas sa mort, mais lorsque ressuscité, il nous donne la vie par son Esprit.
Aimer, c'est faire vivre ceux que Dieu aime. C'est les envelopper de son pardon, de sa puissance, de tous les dons de l'Esprit et les faire entrer dans l'intelligence chrétienne de la vocation du Messie.
C'est laver de nos yeux les larmes du désespoir, pour les faire briller de la joie de la délivrance. C'est la joie de l'espérance d'une vie que ne s'arrête pas l'échec radical de la mort. C'est vivre cette victoire qui rend à l'homme sa dignité et sa liberté d'enfant de Dieu.
Baptême
À la place qui lui est donnée, chacun de nous peut, s'il le veut, recevoir la grâce que Jésus prophétise en lavant les pieds de ses disciples. Il ne s'agit pas d'un tour de passe-passe. Ce que j'ai essayé de vous dire ne trouve son sens que lorsque Dieu vous prend par la main pour vous montrer jusqu'où va un tel amour.
Alors vous n'en avez plus peur. Alors vous comprenez ce qu'est vraiment la vie et qu'« il y a plus de joie à donner qu'à recevoir » (Ac 20, 35). Cette joie n'est pas simplement faite d'héroïsme dans l'oubli de soi-même. Mais elle est plénitude, car cet amour vient de Dieu.
Plus peut-être que tous les autres et parce qu'il a vécu le plus vieux, saint Jean a pu méditer ce que le Seigneur avait livré. Il l'a ruminé et a su l'exprimer dans son Évangile et dans ses lettres, en des formules inoubliables, que nous devons sans cesse reprendre à notre tour.
Souvenons-nous ce soir des paroles du Christ : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? ... Vous m'appelez Maître et Seigneur et vous avez raison ; car je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres ».
Que signifient ces mots ? Que chacun doit être « messie », « Christ » pour les autres. Ce n'est pas simplement être humble, serviable et gentil ! « C'est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j'ai fait pour vous. » Il ne s'agit pas uniquement ici du lavement des pieds, mais de tout le mystère que ce geste annonce et donc de tout ce que Jésus a accompli et continue d'accomplir pour nous.
L'apôtre Pierre est confondu par cette initiative.
Mais Jésus lui en a par avance livré le sens, qui est celui du baptême : « Du baptême dont je vais être baptisé, vous serez baptisés » (Mc 10, 38). C'est ce baptême qui lui pèse « jusqu'à ce qu'il soit accompli » (Le 12, 50). Mais, comme l'annonce saint Paul aux Colossiens : « Ensevelis avec lui dans le baptême, avec lui vous êtes ressuscités » (Col 2, 12).
Nous recevons la grâce immense de nous remémorer ce grand amour en cet instant et surtout en ce lieu.
Ubi caritas et amor, Deus ibi est: « Où il y a charité et amour, c'est là que Dieu est ». Cette hymne ancienne, qui a bercé tant de prières, laissons-la chanter en nos cœurs. Et demandons au Père, au Christ, à l'Esprit de nous ouvrir à ce qu'elle signifie.
Seigneur, peut-être ne comprendrai-je que plus tard, comme tu l'as dit à Simon-Pierre. Mais donne-moi ce soir d'en saisir quelque chose. Aide-moi à aimer puisque tu m'aimes.
Messe pour l'Église - Mardi 4 avril 2000 - basilique Saint-Jean de Latran
MYSTÈRE DU CHRIST, MYSTÈRE DE L'ÉGLISE
Saint Paul est prisonnier ; bientôt il va mourir martyr, ici, à Rome. Ses paroles sont étonnantes ; elles nous donnent la vision la plus profonde, la plus réelle, la plus forte qui soit de l'Église. Selon son habitude, l'apôtre commence par des recommandations pratiques pour les chrétiens d'Éphèse : « Je vous encourage à suivre fidèlement l'appel que vous avez reçu de Dieu : ayez beaucoup d'humilité, de douceur, de patience ; supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez à cœur de garder l'unité de l'Esprit par le lien de la paix ».
De fait, les chrétiens, comme les autres hommes et toutes les familles, sont tentés de se disputer et de se séparer. L'argument de Paul pour exhorter la première communauté chrétienne à vivre dans l'amour est de garder l'unité dans l'Esprit, l'Esprit Saint, l'Esprit de Dieu, par le lien de la paix. La paix ne veut pas dire rester tranquille, chacun dans son coin, sans bouger.
La paix, c'est le don de Jésus à ses disciples lors de son dernier entretien avec eux avant sa Passion :« Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix, non pas comme le monde la donne »(Jn 14, 27). Paroles de Jésus que je redirai tout à l'heure, avant de vous inviter a partager « la paix du Christ ».
Un seul Corps
Voici comment saint Paul l'explique à la communauté de la ville d'Éphèse : « Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance. » Quelle est donc cette espérance qui nous rassemble et qui est unique ? Une autre formule de saint Paul (Tite 2, 13) nous le dit clairement :« la bienheureuse espérance », c'est d'avoir part « à la résurrection du Christ et à la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur Jésus Christ ». C'est ne faire qu'un avec lui ; non pas chacun pour soi, mais former en lui ce corps uni dans l'amour, en partageant sa vie plus forte que notre mort que Jésus Christ a vaincue pour nous donner la vie en plénitude.
« Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance. » Votre vocation, quelle est-elle ?
D'être appelés à entrer dans le mystère du Christ en ne faisant qu'un avec lui, en mourant avec lui et en ressuscitant avec lui, comme nous le chantons à la suite des premiers chrétiens :« Souviens-toi de Jésus Christ ressuscité d'entre les morts ... Si nous mourons avec lui, avec lui nous vivrons ; si nous souffrons avec lui, avec lui nous régnerons »(2 Tm 2, 8.11-12).
« De même, il n'y a qu'un seul Corps » (Ep 1, 4). Quel est ce corps ? On peut employer ce mot en un sens très simple en français. Par exemple, le corps des sapeurs-pompiers, pour désigner un ensemble de personnes qui exercent la même fonction ou la même mission. Mais ce n'est pas de cela qu'il est question ici. L'apôtre saint Paul parle de l'unique Corps du Christ.
Comment penser que Jésus, né de la Vierge Marie, ressuscité d'entre les morts, fait de nous les membres de son Corps et qu'il n'y a qu'un seul Corps ? Ce Corps c'est lui : il en est non seulement la tête, mais la totalité puisque, greffés en lui, nous sommes son Corps. Laissons cette image surprenante pénétrer notre esprit. Un seul Corps, un seul Esprit, l'unique Esprit Saint. Chacun de vous a été ou sera confirmé.
L'évêque ou le prêtre vous appellera personnellement par votre nom de baptême. C'est bien vous qui êtes baptisé, confirmé et recevez l'Esprit Saint. Pourtant, il n'y a qu'un seul Esprit, l'unique Esprit de Dieu qui habite en chacun de nous et nous réunit en cette plénitude divine qui dépasse tout ce que l'homme peut concevoir. Pour Paul, la demeure de Dieu est ce corps ecclésial où réside l'Esprit comme dans le corps humain de Jésus.
« Il n'y a qu'un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui règne au-dessus de tous, par tous et en tous. » Cette expression est encore plus éblouissante et confondante que les précédentes !
« Un seul Dieu », le Père de Jésus Christ, le Père éternel du Fils éternel et « Père de tous. » Nous pouvons, comme Jésus nous l'a enseigné, dire : « Notre Père », comme lui disait : « Abba, Père », parce que nous sommes le Corps du Christ, parce que l'unique Esprit habite en nous.
« Qui règne au-dessus de tout », car il est le Créateur, « par tous ». Donc, par nous ! Nous le disons lorsque nous prions comme Jésus : « Notre Père que ton règne vienne ». Si nous sommes le Corps du Christ, si nous sommes habités par l'Esprit Saint, le Règne de Dieu qui est en Jésus est parmi nous, - au milieu de nous - et passe par notre vie. Dieu agit par nous dans son amour pour tous.« Chacun d'entre nous a reçu le don de la grâce comme le Christ nous l'a partagée. »
De Paul à Vatican II
Saint Paul a nommé le Père, le Fils et l'Esprit pour exprimer le mystère de notre union à Dieu et ce mystère de l'Église. Le dernier Concile de Vatican II a repris des formules anciennes qui sont inséparables pour désigner l'Église :
Peuple de Dieu
Le Père l'a rassemblé et « ne cesse de le rassembler afin qu'il présente partout dans le monde une offrande pure », comme nous le rappelons dans la troisième Prière eucharistique.
Corps du Christ
Cette image est développée par l'apôtre Paul. Jésus lui-même l'annonce dans son discours sur le Pain de Vie (Jn 6, 22 sq). Saint Luc (2, 7) souligne, de son côté, que le Corps du Christ, livré en nourriture, est déposé à sa naissance dans une « mangeoire. »
Devenir semblable à un petit enfant, naître d'En-Haut, mais aussi connaître les douleurs de la femme dans l'enfantement, telle est la vocation de l'Église. Elle est à la fois le peuple de Dieu, enfanté dans l'eau baptismale et l'Esprit de Pentecôte, et la mère qui enfante dans la souffrance de la Passion.
Reconnaître l'Église Corps du Christ, c'est croire qu'elle ne peut se dissocier du Christ-Tête dont nous sommes les membres. Cette union est rendue perceptible aux yeux de la foi dans l'Eucharistie.
Temple de l'Esprit
Temple nouveau prophétisé par Ézéchiel (chapitres 40-48). Œuvre divine, temple composé de pierres splendides et saintes,« pierres vivantes »(IP 2, 5) des hommes et des femmes baptisés dans le Christ, peuple nouveau assemblé en une seule demeure de Dieu : l'Église. Temple saint tout entier, car non seulement Dieu y fait sa demeure, mais les pierres elles-mêmes sont habitées par l'Esprit Saint.
Ainsi, pour parler en vérité de l'Église, il faut employer conjointement ces trois images : Peuple de Dieu, Corps du Christ, Temple de l'Esprit. Car l'Église reçoit son existence et sa vie du Père, par le Fils, dans l'Esprit.
« Je » et « nous »
« Une seule foi », dit saint Paul. Ce n'est pas simplement l'unité de la foi, que l'Église exprime par la formule baptismale : « Je crois », que nous reprenons dans le renouvellement de notre profession de foi, chaque Samedi saint, à la vigile pascale, et comme nous le ferons tout à l'heure lorsque chacun répondra « Je crois » aux trois questions sur le Père, le Fils, l'Esprit.
Pourquoi « je » crois ? Pourquoi cette première personne au singulier, alors que nous sommes nombreux, plus de quinze cents ? C'est parce que chacun dit « je » en son propre nom, s'il le peut. Car même si ma foi est faible et vacillante, c'est l'Église qui parle par ma bouche, c'est la foi de l'Église que je professe, comme le rappelle la prière pour l'unité après le Notre Père où le prêtre dit au nom de tous et de chacun : « Ne regarde pas nos péchés, mais la foi de ton Église », et non pas « ma foi, ma pauvre foi »
Nous croyons si mal, si peu, parce que nous n'aimons pas assez. C'est la foi de l'Église qui nous porte, nous enfante, nous fait vivre. « Une seule foi »: l'acte par lequel Jésus remet tout à son Père et nous entraîne avec lui à tout remettre à notre Père des cieux de qui nous recevons cette grâce de croire.
« Un seul baptême. » Parce que chacun de nous est baptisé dans l'unique Christ, mort une fois pour toutes pour le salut de tous les hommes, ressuscité une fois pour toutes pour que nous vivions de la vie divine. Il y a « un seul baptême » non pas en raison d'une seule formule baptismale, mais en raison du seul acte baptismal - la mort et la Résurrection du Christ - dans lequel nous sommes plongés.« En mourant, c'est au péché que le Christ est mort une fois pour toutes ; vivant, c'est pour Dieu qu'il est vivant. De même vous aussi, considérez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus Christ. »(Rm 6, 10-11).
Messe pour l'Église - Mardi 4 avril 2000 - basilique Saint-Jean de Latran
MYSTÈRE DU CHRIST, MYSTÈRE DE L'ÉGLISE
En Lui nous sommes un
Méditons, frères, les paroles du Seigneur Jésus au terme de son entretien avec ses apôtres, après la Cène. avant d'aller à Gethsémani : « Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là (Pierre et les autres), mais encore pour ceux qui accueilleront leur parole et croiront en moi ».
Paroles prodigieuses de Jésus ! Nous ne pouvons nous imaginer ce dont il les charge lorsqu'il les prononce en cet instant. Mais chacun de nous peut se dire, en vérité et avec certitude : « Le Seigneur a prié et prie pour moi aussi, pour chacun de nous puisque nous sommes de ceux qui accueillent la parole des apôtres afin de croire au Christ Jésus »,
Ainsi la foi de l'Église est-elle portée par la prière même de Jésus et non par notre peu de foi. nos hésitations, nos péchés qu'il prend sur lui. Et il ajoute : « Que tous soient un comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi : qu'ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m'as envoyé ».
Souvent, lorsque nous méditons ces paroles, nous avons l'impression que le Seigneur les dit sur le ton d'un gémissement, comme s'il regardait ce qui se passe actuellement dans notre monde et voyait les chrétiens divisés. Peut-on estimer un seul instant que la prière du Fils, le Père ne l'exauce pas ? Quel sens aurait cette prière si elle était inefficace ?
Sans doute nous faisons-nous une idée fausse de l'unité que le Fils demande à son Père des cieux. En effet, quelques instants auparavant, Jésus a dit à ses apôtres : « Tout ce que vous demanderez au Père en mon Nom, il vous l'accordera » (Jn 15, 16). Et, lors de la résurrection de son ami Lazare, il avait dit :« Père, je savais bien que tu m'exauces toujours »(Jn 11, 42).
Tous, de par notre baptême, nous sommes un dans le Christ, comme le Père est dans le Fils et comme le Fils est dans le Père. Nous sommes un : l'unité nous précède. C'est le Christ lui-même notre unité. Sinon, il n'y a pas de foi chrétienne. Unité du seul Père de tous, de l'unique Corps du Rédempteur et Sauveur, le Fils éternel fait chair, de l'unique Esprit répandu dans nos cœurs.
Ce qui blesse l'unité
Dès le moment où nous entrons dans le mystère du Christ, nous sommes placés dans cette communion d'amour. Mais nous nous en écartons, nous la divisons par nos péchés. Or, la prière toute-puissante de Jésus est faite de miséricorde et de pardon. Il nous rassemble comme le berger parti à la recherche de la brebis perdue et il nous pardonne.
L'unité n'est pas au bout de nos négociations, de nos compromis, de nos accommodements les uns avec les autres. Nous ne disposons pas du Christ comme des négociateurs de richesses qu'ils se céderaient, nous ne discutons pas de l'unité comme des belligérants à une frontière. Nous ne faisons pas de compromis avec le Christ. Souvent aujourd'hui, nous sommes fascinés par la pacification de conflits, hélas sanglants, surtout depuis ces quinze dernières années : dans les Balkans, en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud. Certes, il est bien de faire des compromis pour faire cesser les conflits. Mais telle n'est pas l'unité dont Jésus nous parle. Celle-ci n'est autre que le mystère de l'Église. Ce n'est pas une unité dont nous disposerions. Nous n'avons pas à négocier entre chrétiens, mais à nous retourner vers Dieu, en frères, enfants du même Père.
L'unité est première et ce sont nos péchés qui la blessent. Par conséquent, l'unité des chrétiens, sans cesse menacée au cours des siècles par notre manque d'amour, sans cesse retrouvée par le pardon de Dieu, dépend de la conversion de chaque chrétien. Disciples de Jésus, les chrétiens doivent écouter à leur tour la recommandation de Jésus à Pierre :« Toi, quand tu seras revenu -quand tu seras converti de ton péché -, affermis tes frères »(Le 22, 32).
Quand la diversité enrichit l'unité
Frères chrétiens divisés, lorsque nous nous serons retournés vers Dieu, alors nous nous placerons à nouveau dans l'unité du seul Seigneur, de la seule foi, du seul baptême, du seul Dieu et Père, du seul Corps, du seul Esprit. Alors, nous serons capables de comprendre que diversités, écarts, divergences, tout ce que l'histoire a inscrit dans les cœurs et les esprits des hommes peut être perçu comme autant de richesses à mettre en commun. De même, c'est en nous tournant vers Dieu que nous pourrons nous repentir de nos péchés, guérir de nos blessures, répandre la miséricorde que nous recevons nous-mêmes.
« Moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée. » Quelle gloire ? La présence même de Dieu, le temple de son corps : « Pour qu'ils soient un, comme nous sommes un, comme tu es en moi et moi en toi.
Que leur unité soit parfaite : ainsi le monde saura que tu m'as envoyé et que tu les as aimés comme tu m'as aimé ». Le dernier mot, le maître-mot, c'est l'amour dont le Père aime Jésus et dont il nous aime. Nous sommes aimés et cet amour est tout-puissant. Voilà le mystère de l'Église : l'Église, notre Mère, l'Église, Corps du Christ, dont nous recevons la vie dans le baptême.
Au cours de cette Eucharistie, nous prierons pour que ce mystère de l'Église continue dans le temps l' œuvre de salut que le Père a confiée à son Fils.
Messe de saint Pierre, apôtre - Mercredi 5 avril 2000 - basilique Saint-Pierre du Vatican, sur la tombe de Pierre
ÉLUS, CHOISIS, VOULUS PAR DIEU
Aujourd'hui, Pierre nous accueille dans ce lieu où, ce matin, le Pape nous a introduits. Pierre nous accueille au premier moment de sa vocation, rappelé dans cette page de l'Évangile selon saint Luc, évoqué aussi par l'apôtre lui-même au commencement de sa Première Lettre. Ce premier moment de la vocation de Simon-Pierre, de son frère André et des autres apôtres nous permet de comprendre notre vocation de membres de l'Église et donc de l'Église elle-même.
Aujourd'hui, avec les progrès de la communication entre les hommes et de la circulation entre tous les continents, on se rend mieux compte des différences qui séparent les nations, les langues, les cultures. La nourriture, la manière de vivre comme les niveaux de vie ne sont pas les mêmes.
Quant aux religions, on peut se dire : « Si je suis chrétien, c' est parce que je suis né dans un pays chrétien ou dan une famille catholique ; si j'étais né dans un autre continent où le christianisme n'est pas majoritaire, sans doute aurais-je eu la religion dominante de ce continent ». Après tout, l'appartenance religieuse fait partie des réalités que l'on hérite de l'histoire, de son pays, de sa famille.
Les uns naissent avec l'accent de Marseille parce qu'ils sont originaires de Marseille ; les autres avec l'accent de « ch'nord » parce qu'ils sont originaires du Nord ; on n'y peut rien ! On ne choisit pas ses parents, ni sa langue maternelle ; on ne choisit pas de préférer tel mets dès lors qu'on l'a goûté dès son enfance.
Donc, on ne choisirait pas davantage sa religion qui ne serait qu'une des fatalités de la vie. Peut-être ce raisonnement est-il valable pour les religions strictement liées aux cultures.
Regardons comment Jésus se comporte à l'égard de Simon et comment Pierre s' adresse à ses premiers disciples.
La barque de Pierre
Saint Luc rapporte ici le début de l'appel de ceux qui deviendront le groupe des Douze : Simon, devenu Pierre, sera le roc de fondation sur lequel Jésus bâtira son Église, comme il le lui promet après sa confession de foi à Césarée de Philippe (Mt 16, 18).
Jésus vient de Nazareth, du haut pays. Il est descendu dans la région de Capharnaüm. Il marche au bord du lac et voit des pêcheurs laver leurs filets. Il y a du monde, car la renommée de Jésus est déjà grande. Alors, il monte dans la barque qui appartient à Simon et lui dit :« Éloigne-toi un peu du rivage ».
Jésus s'assied et, de là, il enseigne la foule sous ses yeux.
Arrêtons-nous sur cet épisode, parce qu'il y est déjà question de l'Église : c'est la « barque de Pierre ».
Peut-être n'est-elle pas très propre. Peut-être est-elle encombrée de harpons et de filets. Et elle sent probablement le poisson ! C'est une barque comme n'importe quelle barque, peut-être écaillée à certains endroits. Ce n'est pas une barque de plaisance, mais une barque de travail, comme toutes les barques de pêcheur.
Jésus s'installe et la barque de Pierre devient la barque de Jésus, d'où il pourra parler aux hommes et aux femmes rassemblés au bord du rivage. Voilà pourquoi la tradition désigne l'Église en l'appelant « la barque de Pierre » et non pas la barque de Simon ni la barque de Jésus. La barque de Pierre ? Parce que « Pierre » est le nouveau nom que Simon reçoit de Jésus pour signifier sa vocation de « pêcher des hommes ».
Oui, c'est l'Église, notre barque à nous, marquée de nos faiblesses, de nos péchés, de nos erreurs peut-être, mais barque dans laquelle Jésus veut monter. C'est aussi la barque de nos œuvres, de nos vies, dont Jésus se sert comme d'une tribune pour annoncer le salut à une foule qui nous déborde et nous dépasse.
Un prodigieux coup de filet
Après avoir parlé aux gens qui sont sur le rivage, Jésus se tourne vers Simon et tout commence. Il ne lui a pas demandé s'il voulait bien ; cela allait de soi, malgré les filets à nettoyer avec son frère André. Jésus lui a dit : « Avance au large et jette les filets pour prendre du poisson ». Le plus étonnant est la réponse de Simon : « Maître, nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre, mais. sur ta parole, je vais jeter les filets ».
Que savent-ils de Jésus ? Sans doute ce que Jean Baptiste en a dit, mais surtout, ils savent que Jésus est de Nazareth. de là-haut dans les collines où il n'y a que des champs, des laboureurs et des artisans ! Jésus n'est pas un pêcheur, c'est un homme de Galilée, de la famille de Joseph le menuisier.
Alors, pourquoi Simon obéit-il à cet ordre de Jésus ? Nous ne le saurons jamais vraiment. Parce que c'est Jésus et parce que c'est Simon ! Ils ont peiné toute la nuit, ils n' ont rien pris, leur travail semblait inutile' ils n'ont pas gagné leur vie. Et voilà qu'ils vont au large et ils ramènent des filets tellement pleins qu' Ils se déchirent : ils doivent appeler à l'aide leurs compagnons de l'autre barque pour recueillir tous les poissons, si nombreux que les deux barques s'enfoncent !
Simon-Pierre, note alors sain Luc, est stupéfait à cette vue et il se rend compte que Dieu lui-même est intervenu. La parole de Jésus a la puissance de la Parole de Dieu. Ce n'est pas possible ! Ce coup de filet dépasse toute son expérience de pêcheur ! Alors, il tombe à genoux et dit : « Seigneur, éloigne-toi de moi. car je suis un homme pécheur ! » Il mesure la distance entre son indignité d'un tel amour et la grandeur de Dieu.
Pêcheur d'hommes
Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte ... désormais ce sont des hommes que tu prendras ». Jésus promet-il à Simon-Pierre de prendre des hommes comme d'autres prennent une clientèle, des disciples, des partisans, comme un chef quelconque - par conviction politique, philosophique ou économique - rameute des compagnons pour une aventure ? Nous en sommes loin !
Dans la Bible, l'image de la pêche évoque le jour où Dieu viendra pour juger le monde et révéler la vérité des cœurs, le jour où le mystère du mal sera un peu moins incompréhensible parce que Dieu jugera ; l'amour de Dieu apparaîtra plus grand que toutes nos souffrances, parce que les péchés seront pardonnés, parce que Dieu se rendra visible et présent. Rappelez-vous la parabole de Jésus en saint Matthieu : "le Royaume des cieux est comparable à un filet qu'on jette dans la mer et qui ramasse toutes sortes de poissons : on le tire sur le rivage et on trie les bons et les mauvais poissons ; on garde les bons pour les manger et on rejette dans la mer ce qui ne vaut rien" (Mt 13, 47-50).
Que signifie ce tri ? L'heure de vérité arrive et désormais les hommes doivent savoir le sérieux de leur existence. Nous ne vivons plus dans le rêve ou l'incertitude, mais sous une lumière qui situe notre vie dans la perspective de son vrai sens, avec son poids véritable.
Désormais le monde est en train d'accomplir son achèvement. Désormais nous pouvons mesurer à cette parole ce que nous sommes en train de faire. Nous sommes appelés à répondre, avec le don de la force divine, à la Parole de Dieu pour atteindre ce que Dieu attend de l'homme : le bonheur qu'il lui destine.
Le secret de Dieu
L'appel de Simon et d'André, son frère, par Jésus, a-t-il quelque chose à voir avec le fait d'être catholiques parce qu'on est né de parents catholiques ou dans un pays catholique ?
Simon a été choisi par Jésus. Il n'a rien demandé : il lavait ses filets. Jésus est passé puis est monté dans sa barque. Jésus a pris Simon. Pourquoi lui ? C'est le secret de Dieu ! Parce que Simon se trouvait là, peut-être était-ce providentiel ? Il avait une barque là, ce jour où Jésus en avait besoin ... On peut échafauder maintes réponses, sans jamais avoir « la » réponse. La Bible nous la donne :« Je t'ai choisi parce que je t'aime, parce que tu es le plus petit, le plus jeune comme David, le dernier fils de Jessé et non pas l'un de ses sept frères »(cf. 1 S 16, 8 sq).
Qu'importe les raisons de Dieu, toutes sont gratuites. Dieu choisit Simon sans raison, ou plutôt avec une seule raison : la gratuité de son amour.
Par son amour pour Simon, Jésus exprime son amour pour la multitude d'hommes qu'il prendra et dont nous faisons partie. Après avoir choisi Simon, il l'appelle à le suivre et lui donne le nom de Pierre. Simon est choisi,« élu » selon le mot biblique qui traduit le choix de Dieu et son amour de prédilection.