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Conférence de Carême 2005 le jeudi 10 février 2005 à Notre Dame de Pentecôte.
"Tentations du Christ, combats de l'homme."
L'office des lectures du 1er dimanche de Carême nous propose une page de saint Augustin commentant le psaume 60. L'évêque d'Hippone cite le récit de la tentation du Christ et dit : « Le Christ a voulu nous préfigurer, nous qui sommes son corps dans lequel il est mort, il est ressuscité et monté au ciel... Il nous a donc transfigurés en lui, quand il a voulu être tenté par Satan ...
Dans le Christ, c'est toi qui étais tenté ...
Si c'est en lui que nous sommes tentés continue saint Augustin, c'est en lui que nous dominons le Diable. Tu remarques que le Christ a été tenté, et tu ne remarques par qu'il a vaincu ?
Reconnais que c'est toi qui es tenté en Lui et alors, reconnais que c'est toi qui es vainqueur en Lui ».
Une meilleure connaissance de la Bible nous a fait découvrir le rapport entre les quarante années du Peuple de Dieu au désert et les quarante jours de la tentation du Christ. Jésus remporte la victoire là où la faiblesse des hommes a cédé devant la tentation et l'épreuve.
En revanche, nous sommes beaucoup moins familiers avec ce que nous rappelle saint Augustin : dans les tentations du Christ, ou plutôt la tentation du Christ, nous découvrons aussi ce qu'est la tentation des chrétiens, les tentations des chrétiens.
Pour comprendre aussi notre propre vie, arrêtons notre regard spirituel sur ce moment initial de la mission de Jésus qui vient proclamer le Royaume de Dieu et accomplir le salut des hommes.

I- Qu'est donc la tentation de Jésus qui est aussi la nôtre ou la nôtre qui est aussi la tentation de Jésus ?
Le Christ est tenté, mis à l'épreuve pendant quarante jours par le démon. Cette tentation est un combat. La tentation n'est pas seulement la séduction, l'attrait, l'attirance d'une réalité qui serait interdite ou mauvaise ; elle est le combat contre le Tentateur. C'est bien ainsi que, d'un bout à l'autre de l'Évangile, Jésus démasque - pour le vaincre - celui qui tient l'homme prisonnier, esclave de la mort et du péché. Combat spirituel qui se poursuit à Gethsémani dans « l'agonie » de Jésus. Vous savez que ce mot signifie « combat ». Qui se poursuit par les défis adressés à Jésus crucifié, reprenant les tentations du désert : « Si tu es le Fils de Dieu, sauve-toi toi-même ... » Combat spirituel, donc.
Comment Jésus peut-il être tenté ? Ceci nous paraît étrange. Nous le croyons, sa condition humaine est parfaite, divine ; puisque sa nature humaine est assumée par la personne même du Fils éternel de Dieu. Comment pourrait-il donc être tenté à la manière dont nous le sommes ?
Son épreuve porte sur les dons reçus de Dieu. Il nous faut ici redoubler d'attention.
En effet, le Diable, tentant Jésus, lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu ». Voilà le point décisif.
Nous devons comprendre et même traduire : « puisque tu es le Fils de Dieu ... , dis à ces pierres de se transformer en pains ». La tentation, l'épreuve, le combat portent non pas sur la séduction du mal - ce qui n'a aucun sens pour Jésus - , mais sur ce que Dieu lui-même a donné. Cette tentation va au plus intime de la grâce et de la liberté, là où l'être même de Jésus, mystérieusement, est comme pressenti par l'Adversaire, là où notre foi trébuche à le reconnaître, jusqu'à ce qu'il nous en donne la grâce par le don de l'Esprit.
Pour nous aussi, la tentation va au plus intime de la grâce et de la liberté, au plus secret du meilleur de chaque existence. Où nous avons le plus reçu, là nous sommes le plus tentés.
Dès lors, nous voyons comment la tentation est possible. Elle consiste non pas à être séduit par le mal pour lui-même, mais à être fasciné par la splendeur du don reçu au point d'en oublier le Donateur. Céder au tentateur, c'est s'emparer du don de Dieu en oubliant Dieu qui le donne ? Dès lors, nous comprenons que la tentation est à la mesure des dons reçus. Jésus nous le laisse entendre dans le Sermon sur la Montagne (Mt 7, 2) : « C'est à la mesure dont vous vous servez que vous serez mesurés ». Il y a une logique de la surabondance de l'épreuve : plus les dons sont élevés, plus l'épreuve est décisive.
Ainsi, saint Paul au début de l'Épître aux Romains déploie, en les distinguant soigneusement, les tentations des païens et les tentations des juifs. Les péchés des uns et les péchés des autres sont à la mesure du don reçu. Les païens ont adoré la création plutôt que le Créateur qui s'y fait connaître. Leur idolâtrie les mène à l'esclavage et à la mort. Le peuple de Dieu est tenté, lui, sur le don qui lui est fait : la Révélation de la Loi et de la grâce.
Il nous faut découvrir dans le Christ ce qu'est la tentation de ses disciples. La tentation sur les dons reçus de Dieu, tentation par laquelle le Diable éprouve le Christ en lui demandant d'oublier celui qui les lui donne, est aussi la tentation des chrétiens.
Comprenons-le bien : la tentation qui est un combat est aussi, pour nous, dans le Christ, un combat victorieux : le Christ a vaincu pour que nous vainquions en lui. Si la tentation conduit l'homme blessé et perdu à l'esclavage et à la mort, pour nous la lutte et le combat nous conduisent, dans le Christ, à la liberté et à la vie.
Ce combat nous révèle la mission que Jésus va confier à ses apôtres. « La Tête a pénétré la première là où les membres sont certains de pouvoir le suivre » dit encore saint Augustin.
Dans le Christ, son Église entière est déjà présente. Chacun de nous est déjà dans l'épreuve et invité à vaincre. Ainsi le Christ, par son Église, accomplit sa mission de salut pour l'humanité entière.
Les apôtres seront tentés, eux aussi, sur les dons reçus, sur leur fidélité même au Christ. Mais, jusqu'au bout, ils sont portés par la prière de leur Seigneur et Maître. « Simon, Simon, dit Jésus à Pierre, voici que Satan vous a réclamés pour vous cribler comme le froment ; mais moi, j'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas » (Le 22, 32). Au-delà de l'épreuve, au-delà de la croix, ils sont envoyés en mission précisément pour remporter cette victoire et permettre à tous ceux que Dieu appelle, d'y avoir part.
Aujourd'hui encore, tous ceux qui participent à ce ministère apostolique, les évêques successeurs des apôtres, et en premier lieu le Successeur de Pierre, éprouvent dans leur existence ce combat qu'ils ont à poursuivre, eux pécheurs. Ils reçoivent la grâce de dévoiler la tentation et d'ouvrir le chemin de la vie pour les fidèles du Christ que le Père confie à leur mission.

II- Comment comprendre ces tentations dans l'existence qui est la nôtre aujourd'hui ?
Sans doute avez-vous fait attention à la remarque de l'évangéliste : « Ayant épuisé toutes les formes de tentation, le démon s'éloigna de Jésus jusqu'au moment fixé » c'est-à-dire le moment de la Passion, cet instant où l'Esprit mauvais entre en Judas (Le 22, 3 et Jn 13, 27).
« Ayant épuisé toutes les formes de tentation » : ainsi dans les tentations du Christ sont contenues toutes les tentations possibles au sens où je l'entendais plus haut. Nous ne sommes pas habitués à une telle perspective. Nous aurions plutôt tendance à faire défiler toutes les tentations en un nouveau récit de la « tentation de saint Antoine » à la Flaubert, où l'imaginaire sulfureux essaierait de cataloguer la multiplicité des formes du mal et de leurs séductions.
Ce n'est ni comprendre la tentation ni nous éclairer sur la manière d'en remporter la victoire.
« Toutes les formes de tentation », qu'est-ce à dire ? Reprenons brièvement chacune des trois tentations. À chaque fois, le Christ en triomphe par la puissance de la Parole de Dieu qu'il cite.

• « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne à cette pierre de devenir du pain. » Sur quoi porte cette tentation ? Qu'englobe-t-elle ?
Essentiellement, la vie. « Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre » répond ici Jésus, saint Luc écourtant la citation du Deutéronome (8, 3) déployée en st Matthieu (4, 4) : « mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». La vie est le premier don de la créature, et de la créature graciée. Vie en plénitude qui est un don de Dieu, non seulement la vie au sens biologique, mais la vie de l'être humain créé à l'image et ressemblance de Dieu.
Vie qui nous fait entrer dans l'intimité même du mystère trinitaire et nous rend participants de la vie divine dans le Fils par le don de l'Esprit.
C'est donc sur la vie, et a contrario sur la séduction de la mort, que porte l'épreuve.
« Ordonne à cette pierre de devenir du pain », autrement dit : donne-toi à toi-même la vie ; sois maître et créateur de ta vie.
Si l'humanité, au long de son histoire, progresse en conscience de son destin, on peut dire qu'elle est tentée à la mesure de ce qu'elle considère des progrès. Peut-être cette tentation sur la vie est-elle, sous toutes ses formes, l'épreuve majeure de notre temps, l'époque moderne, la modernité, disons-nous.
L'humanité - singulière espèce ! - divine quand elle sort de la main du Créateur, divine par vocation, est tentée sur cela même qui la fait humaine. Inutile ici de voir à quel point cette tentation se déploie dans les méandres, les ressauts, les ambitions de notre siècle : puissance de construction et de destruction, maîtrise de la vie et de la mort, pouvoir de nourrir et d'affamer ...
Mais il serait utile de revoir à la lumière de cette parole du Christ le cours des événements de ce siècle, de ce millénaire qui s'achève pour les comprendre chrétiennement, comme le Pape vient de nous y inviter. Ainsi par la lucidité de la foi et de la prière, nous pourrons être délivrés de l'aveuglement dans lequel nous retombons sans cesse. Tentés d'oublier la source et l'auteur de la vie pour nous emparer de la vie, nous sommes conduits à mourir plutôt qu'à vivre.
Rappeler aujourd'hui à tous les hommes - et d'abord aux disciples du Christ » ensevelis dans sa mort par le baptême et ressuscités avec lui pour une vie nouvelle » (Rm 6, 4) - cette grâce inouïe qui nous confond d'action de grâce d'être hommes, vivants, cette grâce de reconnaître en tout être, enfant d'Ève, mère des vivants, la même grâce, le même don de Dieu, demande aux apôtres et à leurs successeurs le courage de la foi.

• Deuxième tentation : « Les royaumes de la terre : ils m'appartiennent. Si tu te prosternes devant moi ... » Nommons cela d'un mot : l'idolâtrie.
Nous connaissons bien « la gloire de ces royaumes » où se déploie l'agir humain, individuel et social : le pouvoir, l'accumulation des biens, la connaissance, le savoir, et sans doute la renommée publique, l'opinion si vous voulez. Dieu sait ce que nous sommes capables d'idolâtrer !
Toutes ces idoles qu'il faudrait accepter de nommer ainsi, ne deviennent idoles en vérité qu'à partir du moment où nous nous laissons fasciner par ces richesses en nous détournant de Dieu, où nous nous en emparons en les coupant de Dieu qui nous les donne.
Or, c'est Dieu qui confie le monde à l'homme pour qu'il y exerce sa souveraineté propre d'intendant de Dieu, de lieu-tenant de Dieu ; chacun des biens nous est confié pour que nous servions notre Créateur et Père et que nous ayons part à la condition filiale du Christ.
À nouveau, nous sommes tentés de nous contenter du don en oubliant le Donateur, bien plus, de substituer le don au Donateur. C'est-à-dire finalement, d'en faire notre propre idole. Et l'homme devient ce qu'il adore : il devient sa richesse, son pouvoir, sa renommée. Il est dévoré par son idole. L'homme, dévoré par l'ambition, n'est plus que cette ambition et il en meurt. L'homme, accaparé par son image, est dévoré par son image et il en meurt. L'homme, possédé par sa richesse, est dévoré par sa richesse et il en meurt. Alors qu'il est fait pour vivre de Dieu.
Méfions-nous des fausses évidences. Nous décrivons l'indifférence, le matérialisme dans lesquels vit notre société séculière comme le résultat d'une évolution inéluctable des sociétés qui passeraient de l'état sacral à la sécularité. Cette analyse trop pauvre nous prive de la lumière que le Christ nous donne pour identifier l'idolâtrie de notre temps.
Nous nous souvenons de ce qu'on été les idoles des païens : elles sont faciles à voir et nous les désignons aisément, telle la paille dans l'œil du voisin. Nous remplissons nos musées des statues de pierre, d'or ou d'argent dont déjà se moque le psalmiste. Mais nous ne voyons pas la poutre qui est dans notre œil.
Quelle est donc l'idolâtrie des chrétiens ? Jésus nous avertit sans précaution dans le discours sur la fin des temps : « Tenez-vous sur vos gardes de crainte que vos cœurs ne s'alourdissent dans l'ivresse, les beuveries et les soucis de la vie » (Le 21, 34). Je me suis souvent demandé pourquoi le Seigneur nous mettait en garde contre des tentations aussi peu raffinées. En vérité, une fois détruites les idoles des païens pour faire place à l'adoration de Dieu, l'Unique et le Seul, voilà l'idolâtrie grossière dans laquelle nous risquons de tomber, si nous oublions Dieu.
La grâce de Dieu nous a appelés à entrer dans le chemin de la vie que le Christ ressuscité nous ouvre par sa Passion. En lui nous recevons plus encore que tous les royaumes de l'univers, leur puissance et leur gloire. Car, comme nous le dit saint Paul, « Tout est à vous, vous êtes au Christ et le Christ est à Dieu » (1 Co 3, 23).

• Enfin, Jésus placé sur le pinacle du Temple. Le démon lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : il donnera pour toi à ses anges l'ordre de te garder ; et encore : ils te porteront sur leurs mains de peur que ton pied ne heurte une pierre ». Tentation de soumettre Dieu à notre volonté, à la volonté de l'homme au lieu de nous soumettre à la volonté de Dieu, en s'emparant de la puissance de sa Parole. La phrase de saint Paul, si difficile à traduire, vient ici à la mémoire : « Le Christ qui est de condition divine n'a pas considéré comme proie à saisir d'être à égalité avec Dieu ... » (Ph 2, 6).
Toute l'aventure spirituelle de l'humanité est concentrée en cette tentation ; s'il y cède, l'homme, à nouveau, se détruit.
Il nous faut ici nous interroger sur ce que nous pourrions appeler l'apostasie chrétienne : ce sont les cultures chrétiennes qui ont inventé le véritable athéisme, c'est-à-dire la négation de Dieu, l'Unique, transcendant et vrai. Oui, notre athéisme « postchrétien » est l'inversion de la transcendance révélée. Il est aux antipodes de ce que nous désignons, avec une grosse équivoque, comme un athéisme dans les civilisations asiatiques marquées par le bouddhisme.
Il nous faut le comprendre : nous sommes ici au cœur du combat spirituel de notre siècle et au cœur de notre mission. Nous sommes appelés, pour notre salut et pour celui du monde, à suivre le Christ dans le chemin de la vie en déjouant cette tentation majeure qui porte à nouveau sur le plus haut don reçu : Dieu lui-même. « Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu » : cette parole divine du Deutéronome que Jésus oppose à Satan est aussi l'arme qu'il remet entre nos mains.
Là encore, nous mesurons le courage du successeur de Pierre qui nous appelle à nommer les choses, à identifier la nature de ce combat à nous réveiller alors que nous nous assoupissons, à entrer dans le chemin de la vérité qui rend l'homme à sa liberté, à nous arracher aux « filets de la mort » comme le disent les psaumes. Le pape Jean Paul II nous invite au courage parce que le Christ a vaincu le Malin et qu'il veut vaincre en nous.
Oui nous sommes capables de mener ce combat parce que le Seigneur lui-même combat en nous. Rappelez-vous la phrase de saint Augustin : « Tu remarques que le Christ a été tenté et tu ne remarques pas qu'il a vaincu ? Reconnais que c'est toi qui es tenté en lui, et alors reconnais que c'est toi qui es vainqueur en lui ».
La victoire que nous annonçons reste souvent secrète et solitaire. Mais elle est l'enjeu décisif du millénaire qui vient, comme le Pape nous l'a redit. Car c'est un temps de grande épreuve pour l'humanité et, plus encore, pour les chrétiens. Épreuve à la mesure des dons reçus et de l'espérance qu'ils ont éveillée dans le cœur des hommes.

Frères et sœurs, avec reconnaissance, demandons à Dieu de nous ouvrir les yeux, de nous ouvrir le cœur pour que, généreusement, sans craindre d'être conduits au désert avec le Christ, sans craindre d'affronter le combat et l'épreuve, nous acceptions ce chemin du plus grand et véritable amour, le seul chemin de salut pour l'humanité.
Sinon, elle sombrera sous les coups de sa propre violence ; elle sombrera dans la mortelle illusion de pouvoir se donner à elle-même la vie ; elle sombrera dans l'avidité du désir et de la possession au détriment des frères ; elle sombrera dans les errances spirituelles où l'homme lui-même abîme le plus haut don reçu.
Laissons jaillir pour nous-mêmes et pour nos frères la vraie source de la vie : la connaissance de notre Père des cieux dans le Fils et la grâce de l'Esprit Saint qui nous donne la force et le courage d'aimer comme il nous aime.
Amen !


Homélie du cardinal Lustiger à Pistoia, le dimanche 20 novembre 2005
Toute la vie de Giorgio La Pira a été marquée par l'amour des pauvres, des exclus, des souffrants, par la miséricorde qui réconcilie les adversaires et fait la paix.
Et n'est-ce pas ce que Jésus nous propose aujourd'hui comme le point décisif sur lequel le monde sera jugé ?
« Ce que vous avez fait à l'un de ces petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait », Cette phrase de Jésus a inspiré toutes les générations de chrétiens qui veulent voir dans le pauvre une figure du Christ. Mais, le Christ serait-il plus présent dans le pauvre et le souffrant que dans son disciple, bien portant et heureux, qui le prie et fait sa volonté ? Mais, ne risque-t-on pas de substituer la figure humiliée du pauvre à la figure de Jésus et faire du pauvre le sujet messianique de l'avenir de l'humanité ? C'est la mission que le marxisme a assignée au prolétariat. La foi ardente de Giorgio La Pira avait clairement identifié cette dérive historique. En quoi le pauvre est-il donc une figure de Jésus ?
Saint Paul vient de nous dire : « C'est en Adam que meurent tous les hommes, c'est dans le Christ que tous revivront. » (I Cor 15, 22). Dans le Christ, tous les hommes sont comme portés et assumés par l'incarnation rédemptrice du Fils. La venue du Christ révèle que tout homme, chaque homme, infiniment aimé du Père est sauvé par le Christ. Aimer le pauvre parce que le Christ l'aime et parce que le Christ porte sa souffrance et ses péchés, c'est voir par la foi dans le pauvre l'action du Christ Rédempteur. Bien plus, le Seigneur demande au chrétien d'unir sa liberté à la liberté de l'Agneau de Dieu pour porter avec lui le péché du monde.
Mais avons-nous ainsi compris cette parabole ? Examinons ce qu'elle veut nous enseigner.

« Quand viendra le Fils de l'homme dans sa gloire et tous les anges avec lui alors il s'assoira sur son trône de gloire », Quand viendra-t-il ? Nous savons que ce sera la fin des temps, la fin de l'histoire. Il vient dans sa gloire, non plus dans sa condition humiliée de crucifié dans laquelle il est monté dans la gloire du Père ; il vient dans la figure du Fils de l'homme annoncé par le prophète Daniel.
Il est le Roi « à qui fut donné souveraineté, gloire et royauté, les gens de tous peuples, nations et langues le servaient » (7, 13 s.qq).
Alors que les nations viennent d'elles-mêmes se rassembler devant le Fils de l'homme, celui-ci séparera les hommes les uns des autres, comme le fait le berger pour son troupeau. Ici, Jésus reprend les paroles d'Ezéchiel que nous avons entendues en première lecture. Le prophète annonce le jugement des troupeaux et non plus le jugement des pasteurs. Mais Jésus bouscule encore davantage l'image traditionnelle pour qui le troupeau de Dieu, c'est le peuple d'Israël. Ici, Jésus désigne comme troupeau les nations païennes qui n'ont pas reçu la Révélation de la Parole de Dieu et de la Bonne Nouvelle. Entendant la sentence du Fils de l'homme, les païens, étonnés, lui répondent : « Seigneur, quand t'avons-nous vu affamé ... , assoiffé ... Quand t'avons-nous vu étranger ... ?
Quand t'avons-nous vu infirme ou en prison ... ? » Le centre de leur réaction, c'est de dire « Nous ne t'avons pas vu, nous ne t'avons pas connu ».
Alors, le roi répond « Amen, je vous le dis » - c'est donc une déclaration très solennelle - « dans la mesure où vous l'avez fait à un de mes frères, les plus petits que voilà, c'est à moi que vous l'avez fait. ». La manière de s'exprimer du Roi appelle un geste pour désigner des gens qui sont présents. Où sont-ils placés ces plus petits, ces frères du Roi ? Ils ne sont pas parmi les nations païennes. Si on veut mimer la scène, il faut nous représenter deux groupes face à face. Les petits, les frères du Roi sont à ses côtés où ils ont rejoint les anges (Mt 18, 10) et, devant eux, les nations païennes. Les plus petits, c'est ainsi que Jésus appelle ses disciples avec qui il ne fait qu'un. Déjà, dans la vision de Daniel (7, 13-18) il Y a cette même identification entre le Fils de l'homme et les Saints du Très Haut.
Nous voilà à notre tour bien embarrassés par cette place que Jésus assigne à ses disciples ; quand avons-nous eu faim en étant identifié au Christ ? « J'ai eu faim » dit-il. Quand avons-nous eu soif avec lui ? Quand avons-nous été étrangers ? Nus, malades en prison avec lui ? Notre malheur aurait-il plus de valeur que le malheur des autres hommes ?
Jésus nous a avertis que les disciples seront persécutés de la même manière que lui-même l'aura été et pour les mêmes raisons. Ainsi, dans la description de la fin des temps que saint Matthieu nous rapporte au chapitre 24, Jésus nous dit « Alors ils vous livreront à l'affliction, ils vous tueront et vous serez haïs par toutes les nations en raison de mon nom ». Et un peu plus loin « Cette Bonne Nouvelle du Royaume sera proclamée dans l'univers entier en témoignage pour toutes les nations et alors viendra la fin ».
Rapprochez cela de la dernière parole de Jésus ressuscité à ses Apôtres. « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre, allez donc et faites des disciples de toutes les nations, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai commandé. Et voici, je suis avec vous jusqu'à l'achèvement de ce temps-ci. » (Mat 28, 18-20). Ce temps-ci, c'est le temps où Jésus est caché à la droite du Père, le temps de la prédication aux nations païennes.
Souvenez-vous aussi des Béatitudes, ces bénédictions paradoxales que Jésus prononce sur ses disciples et que St Matthieu place en prologue au grand enseignement sur la montagne. « Heureux ceux qui pleurent ils seront consolés, heureux ceux qui ont faim et soif de la justice ... heureux êtes-vous lorsque l'on vous insulte, que l'on vous persécute et que l'on dit faussement contre vous toute sorte de mal à cause de moi. Soyez dans la joie et l'allégresse car votre récompense est grande dans les Cieux ; c'est ainsi en effet qu'ils ont persécuté vos prédécesseurs, les prophètes » (Mt 5, 1-11). Si les disciples sont dans cette situation de détresse, c'est qu'ils vivent le mystère de la Passion du Christ, par fidélité au Christ et pour le salut des hommes.
Quand Jésus a envoyé les Apôtres en mission auprès des brebis perdues de la Maison d'Israël, il tient déjà le même propos. « Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups » (Mt 10, 16). Et il conclut ses instructions par cette affirmation « Qui vous accueille, m'accueille moi-même, qui m'accueille, accueille Celui qui m'a envoyé ... Qui abreuvera un de ces petits seulement d'une coupe d'eau fraîche en nom de disciple, amen je vous dis, il ne perdra pas son salaire ». (Mt 10, 40-42). C'est exactement ce qu'ont fait les hommes des nations païennes.
Ainsi, cette parabole qui nous décrit le jugement des nations nous décrit aussi la mission dans le monde des disciples de Jésus pour le salut des nations, que les nations le sachent ou non. Dans la mesure où nous sommes unis au Christ, nous sommes témoins de sa parole et de son amour. Dans la contradiction et la persécution, nous sommes la présence du Christ pour le salut des hommes qui nous traitent avec bienveillance même s'ils ignorent qui nous sommes.
Bien plus, le Fils de l'homme, qu'enfin ils connaissent, leur déclare : « Venez les bénis de mon Père, héritez du Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde ». Cette formule est tout à fait extraordinaire. Saint Paul, dans une grande prière d'action de grâce, dit à son tour« qu'Israël a été choisi dès avant la fondation du monde pour être saint et immaculé devant sa face » et ainsi rendre témoignage à son amour. Et il conclut que tous les disciples de Jésus reçoivent la même grâce. (Col 1, 5-13). Notre parabole nous révèle de manière frappante l'universalité du dessein de Dieu qui veut que tous les hommes soient sauvés. Le Roi messianique nomme les justes des nations « Bénis de mon Père », il leur dit « Héritez du Royaume » dans les mêmes termes où il a dit « Heureux les doux, ils hériteront la terre promise ». (Mt 5, 4).
Les doux c'est-à-dire ceux qui s'appuient non sur la force des hommes, mais sur l'amour de Dieu. Aux hommes des nations païennes, il donne donc la même récompense, la même bénédiction qu'à ses disciples et qu'à ceux qui ont été choisis pour remplir cette mission. « Des premiers seront des derniers et des derniers seront des premiers », Ainsi, cette parabole sur le jugement des nations nous montre la mission sacerdotale et apostolique du peuple de Dieu dans ce temps de l'histoire « jusqu'à ce que soit accomplis les temps des païens » (Lc 21, 24).
Souvenons-nous ici de ces deux petites paraboles où Jésus nous décrit la mission de son Église, le sel qui souligne sa mission de rédemption, la lumière qui souligne sa mission de témoignage (Mt 5, 13-16).
Comment comprendre le jugement de condamnation. « Allez loin de moi, maudits, au feu éternel préparé pour le diable et pour ses anges » ? Rappelons-nous seulement que cette annonce du jugement n'est pas le jugement. Nous n'en connaissons ni le jour ni l'heure. En tout ce temps de l'histoire, notre temps, cette parole de Jésus retentit, non comme la menace d'un châtiment, mais comme un rude appel, dans l'obscurité de la vie humaine, à ouvrir les yeux à la lumière du salut, à agir selon la miséricorde pour recevoir miséricorde. Son but n'est pas de condamner par avance les hommes, mais de les éclairer sur le chemin de la vie. Et donc de les appeler à choisir la vie.

Ce mystère de la rédemption et du Christ rédempteur agissant par ses petits qui sont ses frères, Giorgio La Pira l'a vécu intensément. Là, est le secret de son amour des pauvres infiniment plus fort que la simple émotion affective. Il s'agit de l'amour qui donne sa vie pour ceux qu'il aime, de l'amour qui saisit les disciples unis au Christ Jésus, Sauveur des hommes. Voilà le message qui est la source de la paix et la source de la réconciliation des hommes entre eux. Là aussi est le secret de la vision mystique de la politique qui a guidé Giorgio La Pira. « Heureux les faiseurs de paix, Dieu les appellera ses fils » (Mt 5, 9). Saint Paul nous dit que Jésus « a fait la paix par le sang de sa croix » (Col 1, 20). La volonté de paix et de réconciliation qui a habité avec un étonnant courage toute la vie de Giorgio La Pira s'est entièrement nourri par cette union avec le Christ faiseur de paix, rédempteur des hommes, prêtre éternel et Roi de l'Univers.
C'est ainsi que seront rassemblés tous les hommes en son règne sans limite et sans fin : règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d'amour et de paix.
Amen


Messe votive d’Edith Stein, patronne de l’Europe, à Sarrebruck, Katholikentag, le vendredi 26 mai 2006
Au Puits de Jacob, cette femme de Samarie reconnaît en Jésus un prophète parce qu’il vient de porter à la lumière le mensonge dont elle enveloppe sa vie. Aussitôt, elle dévie la discussion vers le thème, usé et ressassé, de la polémique entre les Juifs et les Samaritains. Où doit-on se prosterner, c’est-à-dire célébrer le culte ? Sur le Mont Garizim comme le disent les Samaritains ou bien à Jérusalem comme le disent les Juifs ? La manière dont elle formule cette discussion se réduit, somme toute, à un conflit de légitimité entre deux lieux de culte.
Jésus va dévoiler l’enjeu véritable de cette querelle. Tout d’abord, il nomme celui à qui s’adresse le culte : se prosterner « devant le Père », adorer le Père, dit Jésus. Le Père, mystère insondable de Dieu auquel nous introduit Jésus, le Fils. Voilà donc ce dont il s’agit, la relation au Père. Il lui dit : « Vous vous prosternez vous, samaritains, devant ce que vous ne savez pas.
Nous nous prosternons, nous, juifs, devant ce que nous savons. »
Là, est la différence décisive qui arbitre la querelle des lieux.
Jésus explicite encore cette différence par une parole saisissante : « car le Salut vient des Juifs ». Le « savoir » des Juifs comme l’ignorance des Samaritains n’exprime pas ici un privilège ou une supériorité mais une grâce donnée par Dieu au peuple qu’il a choisi. En effet, la phrase de Jésus en dit beaucoup plus. « Le salut vient des Juifs. » Cette connaissance du mystère du Père dévoile et accomplit dans l’histoire humaine l’œuvre du Salut de Dieu pour tous les hommes. Le chemin de ce don passe par la mission du peuple juif. « Le salut vient des Juifs ». Plus littéralement, il faudrait traduire : « Le salut est venant des Juifs. »
Il énonce d’abord une autre dimension de cet événement, touchant non plus le lieu, mais le moment, le Kairos, ou plus exactement l’Heure où Dieu ainsi se manifeste. L’heure vient et elle est là maintenant. C’est donc un événement qui s’inscrit dans la continuité du don irrévocable de l’œuvre du Salut confiée au peuple juif.
Jésus poursuit ses paroles prophétiques. À quelle condition les hommes pourront-ils se prosterner devant le Père en le connaissant ?
En entrant dans un lieu nouveau, d’une nature nouvelle, dans l’Esprit et dans la Vérité. Il nous faut prêter une attention redoublée pour comprendre cette expression surprenante et énigmatique. On a souvent compris – et peut-être plus particulièrement à notre époque – cette adoration en Esprit et en Vérité comme le renvoi dos à dos du culte des Juifs et des Samaritains. À leur place, on imagine un culte détaché de toute détermination historique et concrète, voire même dogmatique. À vrai dire, son contenu est aussi vague que celui dessiné par certaines formes actuelles de soi-disant spiritualité. Tel n’est pas le sens de ce que Jésus vient de nous dire. Il désigne le contenu même de la relation au Père et du chemin qui y mène. Allant jusqu’au bout de ce que signifient ces expressions, il est légitime de reconnaître dans l’esprit, l’Esprit Saint et dans la Vérité, la Parole éternelle, le Verbe lui-même : comme le dit le psaume 119 « Ta Parole, Seigneur est Vérité ». Ce qu’évoque aussi cette réponse de Jésus aux disciples, dans le discours après la Cène, « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ». Il faut passer par Lui pour accéder au mystère du Père, tout comme il faut passer par les Juifs pour accéder au don de l’Esprit et à la Révélation de la Vérité. Le prophète Osée, que Jésus cite, annonce déjà le culte véritable, qui pour autant reste indissociablement lié à l’engagement de Dieu dans son Alliance avec son Peuple.
Le caractère paradoxal de ces quelques phrases de Jésus dans son dialogue avec la femme de Samarie nous surprend tellement qu’il n’est pas rare de séparer ces affirmations conjointes, celle qui affirme que le Salut vient des Juifs et celle qui affirme que les adorateurs cherchés par le Père sont ceux qui se prosternent dans l’Esprit et la Vérité.
Telle est bien ce que, par sa vie et par sa mort, nous enseigne admirablement Edith Stein, Sœur Thérèse Bénédicte de la Croix.
En sa vie et sa mort, elle poursuit jusqu’au bout l’adoration du Père dans l’Esprit Saint et dans la Vérité du Verbe fait chair. Totalement solidaire du destin du peuple juif, en cette heure de l’épreuve et de la nuit, elle n’a pour seule force que l’Esprit Saint.
Dans l’obscurité, dans le scandale d’un tel crime, elle témoigne à son tour en sa chair, unie à la Vérité faite chair, que le salut pour toute l’humanité vient des Juifs. Elle nous aide ainsi à connaître ce prodigieux mystère du Salut offert à tous les hommes dans l’Esprit Saint et la Vérité.


Messe votive d’Edith Stein, patronne de l’Europe, à Sarrebruck, Katholikentag, le vendredi 26 mai 2006
Au Puits de Jacob, cette femme de Samarie reconnaît en Jésus un prophète parce qu’il vient de porter à la lumière le mensonge dont elle enveloppe sa vie. Aussitôt, elle dévie la discussion vers le thème, usé et ressassé, de la polémique entre les Juifs et les Samaritains. Où doit-on se prosterner, c’est-à-dire célébrer le culte ? Sur le Mont Garizim comme le disent les Samaritains ou bien à Jérusalem comme le disent les Juifs ? La manière dont elle formule cette discussion se réduit, somme toute, à un conflit de légitimité entre deux lieux de culte.
Jésus va dévoiler l’enjeu véritable de cette querelle. Tout d’abord, il nomme celui à qui s’adresse le culte : se prosterner « devant le Père », adorer le Père, dit Jésus. Le Père, mystère insondable de Dieu auquel nous introduit Jésus, le Fils. Voilà donc ce dont il s’agit, la relation au Père. Il lui dit : « Vous vous prosternez vous, samaritains, devant ce que vous ne savez pas.
Nous nous prosternons, nous, juifs, devant ce que nous savons. »
Là, est la différence décisive qui arbitre la querelle des lieux.
Jésus explicite encore cette différence par une parole saisissante : « car le Salut vient des Juifs ». Le « savoir » des Juifs comme l’ignorance des Samaritains n’exprime pas ici un privilège ou une supériorité mais une grâce donnée par Dieu au peuple qu’il a choisi. En effet, la phrase de Jésus en dit beaucoup plus. « Le salut vient des Juifs. » Cette connaissance du mystère du Père dévoile et accomplit dans l’histoire humaine l’œuvre du Salut de Dieu pour tous les hommes. Le chemin de ce don passe par la mission du peuple juif. « Le salut vient des Juifs ». Plus littéralement, il faudrait traduire : « Le salut est venant des Juifs. »
Il énonce d’abord une autre dimension de cet événement, touchant non plus le lieu, mais le moment, le Kairos, ou plus exactement l’Heure où Dieu ainsi se manifeste. L’heure vient et elle est là maintenant. C’est donc un événement qui s’inscrit dans la continuité du don irrévocable de l’œuvre du Salut confiée au peuple juif.
Jésus poursuit ses paroles prophétiques. À quelle condition les hommes pourront-ils se prosterner devant le Père en le connaissant ?
En entrant dans un lieu nouveau, d’une nature nouvelle, dans l’Esprit et dans la Vérité. Il nous faut prêter une attention redoublée pour comprendre cette expression surprenante et énigmatique. On a souvent compris – et peut-être plus particulièrement à notre époque – cette adoration en Esprit et en Vérité comme le renvoi dos à dos du culte des Juifs et des Samaritains. À leur place, on imagine un culte détaché de toute détermination historique et concrète, voire même dogmatique. À vrai dire, son contenu est aussi vague que celui dessiné par certaines formes actuelles de soi-disant spiritualité. Tel n’est pas le sens de ce que Jésus vient de nous dire. Il désigne le contenu même de la relation au Père et du chemin qui y mène. Allant jusqu’au bout de ce que signifient ces expressions, il est légitime de reconnaître dans l’esprit, l’Esprit Saint et dans la Vérité, la Parole éternelle, le Verbe lui-même : comme le dit le psaume 119 « Ta Parole, Seigneur est Vérité ». Ce qu’évoque aussi cette réponse de Jésus aux disciples, dans le discours après la Cène, « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ». Il faut passer par Lui pour accéder au mystère du Père, tout comme il faut passer par les Juifs pour accéder au don de l’Esprit et à la Révélation de la Vérité. Le prophète Osée, que Jésus cite, annonce déjà le culte véritable, qui pour autant reste indissociablement lié à l’engagement de Dieu dans son Alliance avec son Peuple.
Le caractère paradoxal de ces quelques phrases de Jésus dans son dialogue avec la femme de Samarie nous surprend tellement qu’il n’est pas rare de séparer ces affirmations conjointes, celle qui affirme que le Salut vient des Juifs et celle qui affirme que les adorateurs cherchés par le Père sont ceux qui se prosternent dans l’Esprit et la Vérité.
Telle est bien ce que, par sa vie et par sa mort, nous enseigne admirablement Edith Stein, Sœur Thérèse Bénédicte de la Croix.
En sa vie et sa mort, elle poursuit jusqu’au bout l’adoration du Père dans l’Esprit Saint et dans la Vérité du Verbe fait chair. Totalement solidaire du destin du peuple juif, en cette heure de l’épreuve et de la nuit, elle n’a pour seule force que l’Esprit Saint.
Dans l’obscurité, dans le scandale d’un tel crime, elle témoigne à son tour en sa chair, unie à la Vérité faite chair, que le salut pour toute l’humanité vient des Juifs. Elle nous aide ainsi à connaître ce prodigieux mystère du Salut offert à tous les hommes dans l’Esprit Saint et la Vérité.

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