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Homélie à l'Ordination de huit diacres du 30 septembre 1984 à Notre-Dame de Paris
Mes Amis,
À vous tout particulièrement que j'ai appelés pour être diacres je voudrais dire la joie de l'Église de Paris de pouvoir vivre ce moment.
Sans doute avez-vous du mal à le mesurer, car vous n'avez pas en mémoire toute la longue histoire, en sa diversité, de ce diocèse dont maintenant vous devenez les ministres en participant à la mission de l'évêque et en recevant part au sacrement de l'Ordre. Mais sachez que vous êtes reçus comme un don de Dieu pour notre Église, pour cette Église particulière de Paris. Il n'y a d'accès à l'Église catholique que par et dans une Église particulière puisqu'il n'est d'Église qu'apostolique. Vous êtes désormais liés par l'ordination au ministère de l'Archevêque de Paris pour ce diocèse. Vous êtes désormais enracinés dans la tradition sacerdotale inscrite par l'histoire en notre sol parisien L'amitié des prêtres qui vous ont précédés et qui vous précèdent vous y accueillent aujourd'hui avec joie.
Et dans cette particularité même vous atteignez l'universel.
Par mes mains, la mission apostolique à laquelle vous avez part, c'est la mission du Christ à ses apôtres qui vous est confiée, particulière à chacun, universelle pour tous.
Cette joie, notre joie, je voudrais qu'elle soit aussi la vôtre et que vous puissiez deviner avec quelle puissance d'espérance et de prière le diocèse vous porte bien au-delà de votre faiblesse.
Vous serez le signe du Christ pour une Église ; vous serez exposés comme le Christ pour son Église. Dans les épreuves et les difficultés vous rencontrerez la solitude. C'est pourquoi vous devez savoir combien vos frères innombrables -connus ou inconnus- vous aiment et prient pour vous et avec vous. En cet instant, j'ai le devoir de vous en donner le témoignage au nom de tous mes frères les prêtres. Tous, tôt ou tard, nous avons fait l'expérience que Luc rapporte dans les Actes au sujet de l'apôtre Pierre : dans sa prison, il savait que c'était la prière de l'Église qui le soutenait. Il en va de même pour nous aujourd'hui. Et c'est cette prière qui, aussi, nous garde unis par notre ministère, nous qui sommes institués pour le service de l'unité de l'Église. Que cette certitude soit pour vous une source de joie. Sur le chemin qui désormais vous est ouvert par l'appel de l'Église et l'ordination, la prière de l'Église sera votre plus grande ressource, votre force. Et je m'adresse maintenant à vous, mes frères, fidèles de l'Église de Paris. J'ai fait à ces futurs diacres une promesse en votre nom. En promettant votre prière, je vous en impose donc le devoir par amour et par action de grâce.

Nous avons entendu la parabole des deux fils dans laquelle le Christ à la veille de sa Passion, met en parallèle l'attitude contradictoire de l'homme qui doit être sauvé. Deux fils : celui qui dit qu'il va à la vigne et n'y va pas, infidèle à la grâce reçue ; et celui, pécheur, qui dit : "Je n'y vais pas", mais qui cependant y va, se convertissant aux signes de la grâce.
De fait, un jour ou l'autre, un jour après l'autre, nous sommes soit le premier, soit le second fils. Sans cesse nous sommes appelés à nous retourner vers Dieu et à reconnaître que son appel à l'aimer, le servir, vivre avec lui est un don gratuit, immérité.
Mais il y a un troisième fils dont Jésus ne parle pas : celui qui dit qu'il y va et qui le fait. Ce troisième fils, c'est Jésus lui-même, le Sauveur et non l'homme pécheur qui doit être sauvé. Le passage de l'épître aux Philippiens que nous avons lu nous décrit ce chemin du Fils unique qui consent à la volonté du Père et l'accomplit dans l'obéissance parfaite. Le chemin même sur lequel, dans l'histoire du salut, Marie précède son fils donné par Dieu : "Qu'il me soit fait selon ta volonté", chemin parcouru dans la foi et la remise de soi à Dieu jusqu'en l'obscurité de la Passion dont les ténèbres contiennent déjà la gloire du salut.
Mes amis, chrétiens et pécheurs, vous êtes nécessairement tantôt le premier, tantôt le second fils, tantôt celui qui dit qu'il y va et n'y va pas, tantôt celui qui refuse d'y aller et y va malgré tout dans la grâce de la conversion. Et désormais, par la consécration que vous recevez, vous serez le signe et la présence de celui, l'Unique, qui dit au Père : "Père, qu'il me soit fait selon ta volonté" et qui accomplit cette volonté en s'écriant sur la Croix : "En tes mains, Seigneur, je remets mon esprit". Puisqu'il vous donne d'être ses ministres, ses porte-parole puisque, une fois ordonnés prêtres, c'est par votre bouche que le Christ fera retentir sa parole, vous prononcerez le "Je" du Christ. Quand vous direz à vos frères : "Je te pardonne tous tes péchés au nom du père, du Fils et du Saint Esprit", c'est Dieu lui-même qui parle, le Père, par le Fils, dans l' Esprit. Quand vous direz : "Prenez et mangez-en tous, ceci est mon Corps livré pour vous ... Ceci est mon Sang versé pour vous", c'est Jésus lui-même qui parle à son Église.
Mission qui dépasse les mesures de l'expérience humaine, mission écrasante si on la prend comme quelque chose dont on serait digne. Or, sans cesse le sentiment de votre indignité devra être une source supplémentaire d'action de grâce et de remise à Dieu. Sans cesse vous devrez dire : "Seigneur, puisque je ne puis pas par moi-même faire ce que tu me demandes, puisque je n'en suis pas digne, Toi, agis et rends-m'en digne. Toi, fais ce que tu me demandes de faire. Toi, donne ce que tu me demandes de donner. Toi, Seigneur, montre en ma vie ce que tu me demandes de montrer. Toi, Seigneur, agis puisque tu es le Sauveur des hommes, celui dont je suis désormais le témoin".
Ainsi identifiés au Christ "lui, qui était de condition divine et qui s'est humilié jusqu'à la mort de la Croix", en ce monde qui s'étouffe parce qu'il ne sait pas que Dieu existe, vous devenez les messagers de Dieu, l'Unique, invisible, source de toute vie et de tout amour. Vous êtes donnés à l'Église pour que l'Église soit la preuve vivante que Dieu est et qu'il aime l'homme. L'épreuve de notre temps est une épreuve de salut. L'homme se perd parce qu'il perd Dieu et ne sait pas que Dieu l'aime et le sauve. L'homme ne sait plus qui il est parce qu'il ne sait pas qui est Dieu. Or, vous êtes aimés du Père des Cieux, témoins de l'amour créateur et rédempteur, et vous êtes ainsi donnés au monde pour être ceux par qui le Père veut révéler de quel grand amour il nous aime.
C'est pourquoi, par l'appel de l'Église, vous êtes unis au Christ souffrant et rédempteur et le Fils vous unit à sa propre Passion pour que vous soyez les ministres et les serviteurs de la Rédemption de l'homme.
Désormais, diacres, marqués comme diacres pour toute votre vie, vous êtes consacrés à être le signe de Celui qui se fait notre Serviteur.
Par le partage, dans l'amour et la bienveillance, de toute souffrance, de toute misère, pour la guérison de tout péché et de tout mal, vous serez le signe sans cesse donné au monde du Christ rédempteur et ressuscité, lui qui vous fait vivre et vous accorde la force, en votre faiblesse, d'avoir part à sa Passion pour que vos frères soient sauvés de leur péché et de leur perte. Vous devenez les témoins du salut du monde pour manifester jusqu'où peut aller l'amour sans limite du Christ notre Sauveur.

La puissance de l'Esprit Saint qui nous habite et qui rassemble l'Église en un seul corps, la puissance de l'Esprit Saint que dans quelques instants je vais invoquer sur vous, voilà la force divine qui vous permet d'accomplir une telle mission. Désormais, vous êtes les témoins, pour ce monde, de l'amour créateur du Père, de la Passion rédemptrice du Fils et de la vie de Dieu qui désormais anime l'Église. Voilà ce qui nous permet de faire face au défi de ce temps, au défi de l'homme qui se perd.
Voilà ce qui fait de nous les témoins, pour ce monde, de l'espérance qui s'achèvera au jour où s'accomplira en plénitude l'histoire des hommes sauvés et aimés.
Ainsi, par cette ordination pour le service de vos frères, votre vie prend-elle une ampleur bien plus grande que tous les profils de carrière professionnelle que vous avez pu abandonner. Non que cela ait été méprisable. Mais désormais, vous êtes "inclassables" dans les professions des hommes. Désormais votre première référence, c'est la création du monde.
Désormais le terme de votre carrière, c'est d'être témoins pour l'humanité entière de l'achèvement du monde. Désormais la mesure de votre vie, c'est
Celui que Paul décrit : "Lui qui était de condition divine ...". Désormais votre biographie est inscrite dans la vie du Verbe éternel fait chair, Rédempteur de l'homme dont nous attendons la venue dans la gloire.
De cette histoire, la plus réelle, la plus significative, celle du salut des hommes, vous êtes désormais les témoins, puisque Dieu fait de vous les serviteurs de la Parole, de la charité et de la sainteté, de la communion des chrétiens.
Mes amis, béni soit Dieu qui vous a appelés. Remettez-vous à lui puisqu'il veut, par vous, manifester au monde le grand amour dont il nous aime.


Homélie à la veillée de prière de l'Aide à l'Église en Détresse, Saint-Sulpice, Paris, 16 novembre 1984.
Pardonner avec le Christ persécuté
Ces paroles de Jésus en saint Jean sont étranges, voire accablantes, car elles prédisent aux disciples non le bonheur mais la persécution.
Peut-être certains parmi nous, moins nombreux qu'on ne le pense, estiment-ils que c'est un sort exceptionnel, qui ne risque pas de les atteindre, si ce n'est par un accident de l'histoire ou de la vie. li reste, et j'y faisais allusion au début de notre prière, que l'univers dans lequel nous vivons est un univers impitoyable, même lorsqu'il ne se fait pas persécuteur des chrétiens. Impitoyable, car partout et sans cesse un défi est jeté à la volonté de bonheur inscrite dans le cœur de l'homme. Ce défi, c'est la haine, sous toutes ses formes, qui traverse les sociétés comme chaque être humain. Et c'est là pour tout homme une insupportable énigme.
J'ose cependant affirmer que pour nous, chrétiens, la haine n'est pas incompréhensible ; nous connaissons son vrai visage : le péché. Son premier masque, c'est la haine de l'homme ; le second, la haine de Dieu, le refus de Dieu. Et derrière ce double masque, ultime conséquence du péché : la mort. Seuls ceux qui savent ce qu'est l'amour, la sainteté et la vie, donc le bonheur, peuvent mieux comprendre ce qu'est le malheur de la haine et de la mort et en triompher. Le mal désespérant qui étreint le monde serait une victoire absolue de l'absurde si, de fait, il n'était pour notre foi un reflet inversé du dessein d'amour de Dieu et de la dignité à laquelle il appelle tout homme par vocation.

L'Église, Jésus et ses disciples persécutés sont constamment affrontés à ce monde déchiré pour qu'il se réconcilie, à cette puissance de mort pour que la vie soit donnée, à cet homme défiguré par le péché pour que soit restaurée en lui sa ressemblance avec le Père des Cieux, à cette humanité insensée dans sa révolte pour qu'elle devienne filiale par l'amour du Fils. La persécution des chrétiens n'est pas un malheur accidentel qui survient de temps à autre en des circonstances particulièrement mauvaises. C'est la condition normale de l'Église et des chrétiens identifiés au Christ. Condition nécessaire, d'une certaine façon, à la mission que nous accomplissons, au combat dont nous sommes chargés.
Si ce n'est par une persécution extérieure qui nous blesse - mal affreux - en notre liberté, notre dignité, parfois en notre corps, le chrétien sait que, sous quelque forme que ce soit, il doit être uni à la Passion de son Seigneur.
En vous disant cela - vous le sentez bien -, j'accepte, par honnêteté d'un homme parmi les hommes, que nous portions notre regard jusqu'au fond de la misère des hommes ; j'accepte que nous assumions l'affreux pessimisme qui peut résulter d'une vision réaliste de l'humanité. Je l'accepte non pour m'y résigner ; je l'accepte pour que nous nous battions, mais avec les armes véritables, celles de l'Esprit du Père et du Fils. De même, j'accepte ce soir - et je voudrais qu'ensemble nous acceptions - la parole de Jésus qui nous annonce que notre sort sera semblable au sien et que nous aurons part à sa propre Passion. Je veux l'accepter et je voudrais qu'ensemble nous l'acceptions, parce que c'est un appel à entendre non avec désespoir ou pessimisme, non avec résignation ou abdication, mais d'après les mots mêmes de Jésus à ses apôtres dans l'Évangile selon saint Jean : avec la paix que personne ne peut nous arracher, avec la joie que lui-même a promise à ses disciples, avec la force de l'Esprit Saint. Car le mystère de la Passion du Christ est aussi le mystère de la délivrance des hommes et de la gloire rendue à Dieu.

Pourquoi le Christ est-il persécuté, selon ses propres paroles (Jean 15, 20; cf. aussi Matthieu 10, 25) ? Il apparaît pourtant, lui, le Juste, l'Innocent, le Saint, l'Homme pur et vrai, qui obéit en tout à Dieu, l'Homme parfait, l'Enfant de Dieu en sa condition chamelle. Et sa seule présence est pour les pécheurs que nous sommes une provocation et un révélateur.
Nous ne pouvons pas supporter le regard de l'Innocent. Pourquoi ? Parce qu'en nous tout n'est pas innocence. Nous ne pouvons pas supporter le regard de celui qui est toute compassion. Pourquoi ? Parce qu'en nous habite la haine. Nous ne pouvons pas supporter le regard de celui qui dit la vérité. Pourquoi ? Parce qu'en nous se tapit le mensonge. Nous ne pouvons pas supporter celui qui, appartenant totalement au Père des cieux, donne tout. Pourquoi ? Parce qu'en nous se cache le voleur par lequel nous nous approprions le monde pour en faire notre dérisoire possession. Nous ne pouvons pas supporter le Saint de Dieu. Pourquoi ? Parce qu'en nous règnent la domination du péché et le refus de Dieu.
Alors notre péché se transforme en accusation, en haine, en mensonge, en volonté homicide, en blasphème dont cet Innocent, Jésus, devient la victime. Sa justice révèle notre injustice ; sa sainteté révèle notre péché ; son amour révèle notre refus d'aimer. Révélateur du péché qui nous habite, il en supporte toutes les conséquences. Tandis qu'on le dénude de ses vêtements, lui, de ses mains ensanglantées, enlève peu à peu les voiles de notre cœur enténébré. Au fur et à mesure que nos mensonges l'accablent, lui, il fait la vérité en nous.
Mais l'accomplissement de la Passion de Jésus, le Messie de Dieu et notre frère selon notre nature humaine, est d'accorder au nom de Dieu le pardon que donne un frère à ses frères : le pardon de Jésus, fils de Marie, fils de David, fils d'Abraham, fils d'Adam, s'adresse à tous les fils d'Adam dont il révèle le péché et la haine. Et en même temps, c'est le pardon du Fils unique de Dieu, le Verbe né avant tous les siècles : le pardon de Dieu à tous les hommes.
Il nous révèle que notre haine contre nos frères, tout frère, que nos péchés envers les hommes, tout homme, sont en fait péché envers Dieu.
À tout prendre, il n'est de péché qu'envers Dieu. Car pécher envers l'homme, c'est pécher envers Dieu, puisque l'homme est, par amour, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu et puisque Dieu aime l'homme et le veut saint comme il est saint. Le Fils de Dieu fait homme nous révèle ce qu'est notre péché au moment même où il nous en donne le pardon.
Pourquoi fallait-il qu'Il souffrît avant d'entrer dans sa gloire ? Intolérable question, qui tourmente les apôtres auxquels Jésus ressuscité pourra répondre (Luc 24, 26-27): « Ne fallait-il pas que le Messie endurât ces souffrances ? ». Parce qu'il est le pardon de Dieu fait homme en l'humanité de Jésus. Parce qu'il est la rédemption de l'homme, donnée par le Père éternel. Parce qu'il est celui qui « s'est fait péché pour nous afin de nous rendre saints » (cf. 2 Corinthiens 5, 21). Parce qu'il est celui qui nous a délivrés dans le mystère de sa Pâque ; celui qui fait jaillir à nouveau la source de l'amour dans notre cœur desséché ; celui qui mène le grand et unique combat dont l'homme reçoit à nouveau sa pleine et unique dignité. Parce que le cri du sang qui de la terre s'élève vers Dieu, le sang versé d'Abel le juste, le sang versé des hommes jusqu'au terme de notre histoire - cri que nos cœurs pécheurs transforment en cri de vengeance contre les assassins et de révolte contre Dieu -, ce cri est proféré en une clameur puissante et des larmes par Jésus qui rend sa vie au Père (Hébreux 5, 7). Pour nous, il est, nous le savons, miséricorde, pardon, réconciliation, vie sauvée.
Le Seigneur Jésus nous donne le pardon d'un frère et le pardon du Fils unique de Dieu, le pardon de notre Père des cieux, Il nous permet ainsi de vivre dans la joie d'un cœur réconcilié avec Dieu et avec nos frères.

Pourquoi, dès lors, devons-nous, nous aussi, être persécutés ? Pourquoi, si le Christ nous délivre, subir à notre tour sa Passion ? Est-ce pour l'aider, ajouter quelque chose à ce qu'il a fait ? Saint Paul a cette formule presque intolérable d'audace : « J'accomplis en ma chair ce qui manque à la Passion du Christ pour son corps qui est l'Église » (Colossiens 1, 24). Dans la prédiction de Jésus à notre égard : « S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront aussi » (Jn 15, 20), nous touchons du doigt ce qu'est notre mission en ce monde. Le malheur et le péché du monde sont une réalité à laquelle personne ne peut échapper. Qui que vous soyez, vous avez été blessés par d'autres ou par votre propre faiblesse : ce que vous êtes à vos yeux ou ce que vous avez fait à autrui est peut-être votre honte secrète. Vous serez aussi blessés par l'échec, la mort, l'injustice. Vous ne pouvez pas échapper au fait que, dans le monde, des millions d'hommes meurent de faim ou succombent sous la violence d'autres hommes. Ces hommes sont des pécheurs ? Soit, si vous vous prétendez justes ! Ils n'en sont pas moins vos frères. N'y eût-il dans le monde qu'un homme, qu'un seul enfant qui mourrait injustement, ce serait un péché suffisant pour accabler tous les hommes. Tous, nous nous tenons. Aucun de nous ne peut être homme s'il se retire de l'ensemble de l'humanité créée par l'unique Père des cieux. Que vous croyiez en Dieu ou non, vous avez à faire face au mal et à la mort : cela est inscrit dans notre histoire tant que vivront les hommes, tous fils d'Adam.
Mais, désormais, nous n'avons plus à désespérer des hommes, puisque le Sauveur du monde a accompli son œuvre. En Jésus, l'espérance nous est donnée qui surpasse tout espoir. Désormais, par l'Esprit-Saint qui nous est donné, nous pouvons permettre au Messie, Fils de Dieu fait homme, ressuscité d'entre les morts, d'agir en nous pour continuer ce combat en nous et pour nos frères.
La prédiction de Jésus à ses disciples est un suprême réalisme. Elle ne décrit pas un univers misérable et accablé. Elle ne pousse pas à la révolte des esclaves d'avance vaincus. Elle ne prépare pas un opium pour les peuples. Elle est la révélation extraordinaire de la force de Dieu à l'œuvre, avec la puissance de la charité, dans une humanité que défigure le péché ; de la force du pardon qui passe désormais par nos mains, nos lèvres, toute notre vie ; de la force du Ressuscité qui passe par notre mort. Le Père des cieux rend visible sa gloire à travers ce que nous faisons (cf. Jean 15, 8). Dieu, par son Esprit, nous associe à l'œuvre du Christ, Fils unique, pour faire traverser à toute l'histoire ce chemin du salut, du pardon, de la miséricorde.
Désormais, nous sommes en lutte - j'allais dire « à mort » -? Mais comprenez bien quelle lutte et ne vous trompez pas d'armes. Nous luttons par l'amour, le pardon, par le mystère de la Croix dans lequel nous voyons le mystère de la vie. Nous luttons par les armes de la paix qui sont les armes de l'Esprit. Armes invincibles, car elles sont les armes de Dieu. Armes que personne ne peut arracher de nos mains. Le martyr qui livre sa vie et son sang, en cette extrême faiblesse, devient le plus puissant. Le plus pauvre, le plus méprisé, le plus anéanti devient un témoignage du pardon et de l'amour qui atteint celui-là même qui se fait bourreau. Car nous devons aimer jusqu'à nos ennemis.
Désormais, rien ne peut nous faire peur, puisque le Christ nous a recommandé : « Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage. J'ai vaincu le monde » (Jean 16, 33). Désormais, nous le savons avec l'apôtre Jean : « La victoire qui a vaincu le monde, c'est notre foi » (1 Jean 5, 4).

Mes frères, cette vision du monde que le Christ ouvre devant nos yeux et devant laquelle nous pourrions reculer terrorisés, nous sommes capables de l'affronter avec joie et espérance. L'Esprit consolateur habite en nous et nous rassemble en Église. Esprit du Dieu saint et fort, il nous permet de faire ce travail de délivrance de l'homme, de tous les hommes.
L'Église en détresse, l'Église persécutée, c'est l'Église qui, en chemin, prend sa part de la Passion du Christ, joyeuse déjà de la force de la Résurrection dont elle est le témoin, le gage - mieux : le sacrement.
L'Église en détresse, c'est l'Église à qui Jésus en sa gloire accorde la grâce de participer à l'œuvre du salut.
Que le Seigneur vous donne à tous cette force de Dieu, cette joie de la Croix, qui n'est pas perverse mais réaliste. Le Christ nous a choisis comme compagnons pour aller avec lui jusqu'au point où lui seul peut aller.
Accomplissons notre mission en sachant que le serviteur n'est pas plus grand que son Maître et en espérant que le Maître qui s'est fait notre serviteur, nous guidera et nous confortera, lui qui est notre Sauveur.


Homélie de la veillée de Noël, Notre-Dame de Paris, 24 décembre 1984.
En cette nuit il faut que nous regardions cet Enfant. En cette nuit il faut que nous fixions notre regard sur ce nouveau né pour comprendre qui est Dieu et qui est l'homme. Cet enfant, Pilate, un jour, dira en le montrant, au terme de sa Passion : "Voici l'homme".
En nos jours, nous ne savons plus ce qu'est l'homme parce que nous ne savons plus ce qu'est Dieu ; nous ne voulons plus savoir qui est homme parce que nous ne voulons pas savoir qui est Dieu.
Nous ne voulons pas savoir ce qu'est l'homme lorsque nous ne nous portons pas les uns aux autres l'infini respect que nous nous devons puisque Dieu nous a créés à son image et à sa ressemblance. Nous refusons de savoir ce qu'est l'homme lorsque nous ne sommes pas capables, ou nous ne voulons pas nous aimer les uns les autres de l'amour dont Dieu nous aime ; lorsque nous nous haïssons les uns les autres alors que Dieu nous pardonne ; lorsque nous nous piétinons les uns les autres pour nous disputer la terre que Dieu nous a donnée comme à des rois et à des fils ; lorsque nous méprisons la vie de l'homme à qui Dieu donne sa propre vie, car la vie de l'homme ce n'est pas seulement en cette pauvre chair fragile où pulse le sang, ce qui nous est commun sur cette terre avec tous les êtres animés, mais c'est notre existence personnelle et la vocation unique et irremplaçable qui fait de nous, êtres de chair et de sang, créés à l'image et à la ressemblance de Dieu les "Fils du Très Haut" (Luc 6, 35).

Oui, regardez l'Enfant pour savoir ce qu'est l'homme ; regardez cet Enfant. Car cet Enfant, est un fils d'Adam créé à la ressemblance de Dieu, l'un de nos frères. Cet enfant est aussi la demeure et le temple du Dieu saint et invisible, il est le Verbe éternel de Dieu fait chair. Oui, tout homme a le droit de vivre parce que en recevant la vie de ses parents il a reçu de Dieu d'exister comme personne humaine. Oui, tout homme est digne d'être aimé sans condition parce que infiniment aimé de Dieu en son Fils unique. Oui, tout homme doit être respecté parce que c'est Dieu qui, en son Fils, vient le sauver. Oui, tout homme est le frère de tous parce que en cet enfant Jésus, le Fils unique de Dieu s'est fait notre 'frère à tous. Oui, l'homme est sacré, car dans le Fils éternel de Dieu fait homme, il est appelé à devenir temple de Dieu.
En cet enfant nous est révélé qui nous sommes et de quel amour Dieu nous aime. L'amour n'est donc pas théorie ; c'est l'engagement de Dieu en ce monde pour nous, sa créature. En cet enfant l'amour s'annonce comme un combat qui nous entraînera à la suite du Crucifié. En cet enfant le combat de l'amour nous promet un achèvement qui nous sera donné par le Ressuscité.

Oui, regardez l'Enfant né de Marie, fils d'Adam, et vous saurez aussi qui est Dieu. Dieu est celui qui nous a créés à son image et à sa ressemblance. Dans l'énigme de l'homme comme en un miroir, vous pouvez découvrir l'infini de Dieu. Dans l'intelligence de l'homme comme en un miroir, vous voyez briller l'éclat de la souveraine sagesse divine. Dans le pauvre amour qui nous habite, vous pouvez voir comme en un miroir l'infinie puissance de l'amour qui nous rachète.
Regardez cet enfant né de Marie, fils de Dieu, vous verrez la sagesse divine elle-même qui a pris chair, notre chair ; alors vous verrez l'infinie sainteté du Père manifestée dans le Fils. En le contemplant, c'est le Dieu trois fois saint que vous approchez. En regardant cet Enfant livré pour notre rassasiement et pour notre joie, vous voyez l'amour qui se livre pour nous délivrer, vous recevez, dévoilé, le mystère infini de Dieu qui est amour. Regardez l'Enfant, vous saurez qui est l'homme, vous saurez qui est Dieu.

Regardez l'Enfant, vous deviendrez des hommes et vous deviendrez des enfants de Dieu. Regardez l'Enfant et accomplissez votre mission, vous qui êtes nés d'En-Haut, qui êtes enfantés par l'infinie Sagesse divine afin qu'en ce monde l'homme sache qu'il est aimé, l'homme comprenne qu'il est sauvé, l'homme reçoive l'amour qui lui est donné.
Dieu manifeste sa présence en ce temple saint qu'est l'humanité sainte du Fils ; en cette humanité dont nous sommes nous-mêmes les membres ; en ce corps saint du Fils né de Marie, dont nous sommes nous-mêmes participants, pour qu'en ce monde, comme en un écrin, resplendisse la beauté de Dieu dans la splendeur de sa créature.
Puisse, ce soir, l'intercession de Marie, Mère, nous donner le courage fidèle et indéfectible de ceux qui accueillent Jésus, le nouveau-né, et reçoivent la grâce de leur nouvel enfantement. Puisse Marie donner à notre humanité la joie de cette naissance d'En-Haut.
Puisse la prière maternelle de la Vierge nous accorder les uns pour les autres la tendresse et le respect dont tous les hommes ont besoin.
Chrétiens, forts de la force du Christ, habités par l'Esprit Saint, que le Seigneur vous donne la dignité dont le Messie souffrant nous a dévoilé la grandeur. Car désormais, en la nuit de ce monde, le chant des anges 'gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur terre paix aux hommes ses bien-aimés' retentit pour la joie du monde et la joie de Dieu.


Homélie du jour de Noël, Notre-Dame de Paris, 25 décembre 1984.
Avec l'apôtre saint Jean nous croyons fermement que cet Enfant, né de la Vierge Marie, est le Verbe éternel de Dieu, la Lumière née de la Lumière et venue en ce monde. Nous le croyons, et en même temps nous mesurons qu'il y a là une paradoxale et insupportable provocation pour notre foi. En effet, comment l'Absolu, l'Eternel, le Tout-Puissant peut-il ainsi partager la condition humaine, comme s'y enclore et s'y enfermer ? Et quand nos pensées trébuchent sur ce mystère, les mots qui nous viennent à l'esprit et aux lèvres, sont tentés de dire la faiblesse de Dieu, l'impuissance de Dieu, la limitation de Dieu. Nous le voyons bien, ces mots sont presque blasphématoires.
Le Verbe de Dieu, le Fils éternel de Dieu se serait-il fait homme pour s'engloutir en cette condition humaine ? Condition perdue aux yeux de beaucoup par la faiblesse, l'ignorance, le péché, la mort ...
En effet, ce matin, en cette fin d'année 1984, alors que bientôt nous allons entamer une nouvel l'Année, nous ne pouvons pas considérer notre humanité avec une grande fierté tellement nous voyons de drames, d'humiliations, d'espérances déçues, d'agressions, d'indignités de toute espèce. Et cela renforce notre difficulté à croire que Dieu s'est fait homme. Qu'est-il venu donc faire chez nous ?

Si Dieu s'est fait homme, c'est pour nous sauver. Présence de Dieu parmi les hommes, son Fils est le gage du salut des hommes. Celui qui a été conçu dans le sein de la Vierge Marie et qui ira plonger jusqu'en les abîmes de la mort, c'est celui qui est ressuscité de la terre où il a été enfoui, de même qu'il est né de ce corps virginal.
C'est celui dont le tombeau a ouvert ses portes, car le Père l'a relevé d'entre les morts, lui, notre Frère, lui, notre Sauveur.
Le salut qu'il nous a donné nous fait disposer d'un pouvoir inouï que nous avons du mal à concevoir. "Le pouvoir - comme le dit l'apôtre Jean - de devenir enfants de Dieu", pouvoir donné à nous qui croyons en lui, nous qui, de la sorte, "ne sommes nés ni d'un pouvoir d'homme, ni de la chair et du sang, ni d'une volonté charnelle, nous qui sommes nés de Dieu". Croire que "le Verbe de Dieu s'est fait chair et a habité parmi nous", croire que celui qui s'est fait homme est le Sauveur des hommes, c'est en même temps recevoir ce pouvoir de devenir enfants de Dieu. Et c'est là toute notre dignité. C'est là l'Absolu qui nous permet de comprendre ce qu'est notre vie, ce qu'est notre vocation.
Hier, quelqu'un se faisait le porte-parole de ceux qui n'ont pas la foi, et me demandait : "Ne craignez-vous pas que la foi chrétienne paraisse illusoire, qu'elle semble un rêve pour ceux qui sont dans la misère ou le besoin ?" J'ai répondu et je vous réponds au nom de ceux qui ont connu le désespoir et qui le connaissent encore ; au nom de ceux qui sont dans la plus extrême épreuve, celle du mépris et du déni du droit, l'épreuve de l'insécurité la plus totale. Je vous réponds au nom de ceux dont la vie est menacée, de ceux qui sont dans l'angoisse de la mort, de ceux qui n'ont plus aucun recours en ce monde. Et je vous dis la dignité que personne ne peut nous enlever, la force dont personne ne peut nous déposséder, c'est celle que nous donne Dieu lui-même dont le Fils s'est fait homme. L'homme le plus avili, parce que d'autres hommes l'ont dégradé, parce que ses péchés l'ont défiguré ; l'homme le plus écrasé sous le mépris des autres, sous la souffrance, sous la maladie, l'homme privé de tous ses droits garde encore le droit le plus souverain, celui que nous recevons grâce à l'Enfant né à Bethléem de la Vierge Marie, le pouvoir de devenir enfant de Dieu. L'homme devient roi, car il devient fils du Roi du monde, de Dieu lui-même. 'Tout homme est capable, en ce monde, dans la pire extrémité, de se conduire divinement, en enfant de Dieu. Dans la pire des déchéances aux yeux des hommes, parfois dans le pire mépris de soi-même, c'est là la divine royauté de l'homme.
La foi nous en donne la certitude.

Voilà pourquoi désormais, nous devons d'abord avoir un infini respect de nous-mêmes alors même que, à nos propres yeux, nos faiblesses, nos déchéances, l'usure de notre corps, l'échec de notre vie, peut-être nos péchés, nous entraîneraient au mépris de nous-mêmes ou au désespoir.
Pourtant Dieu nous accorde sans condition ce pouvoir de devenir enfants de Dieu puisque c'est sans condition que le Verbe de Dieu s'est fait enfant des hommes.
Voilà pourquoi désormais nous devons aimer tout être humain d'un amour inconditionnel et sans limites. Tout être humain, quel qu'il soit l'enfant qui n'a pas encore vu le jour et que porte sa mère ; l'homme dont nous différencient la langue, la race, la classe, la nation, les opinions ; celui qui est défiguré en son esprit ou en son corps ; celui qui semble n'avoir ni sa raison ni son intégrité ; celui dont la vie semble perdue ; celui que nous jugeons criminel ; celui que tous méprisent ou que tous haïssent ; quelqu'homme que ce soit est digne d'amour parce qu'il est dans le dessein de Dieu destiné à devenir enfant de Dieu, parce qu'il a en lui ce pouvoir inamissible donné par Dieu de devenir enfant de Dieu.
Voilà pourquoi, dès lors, nous devons nous aimer du même amour, de l'amour même dont nous aime celui qui nous donne cet infini pouvoir.
Nous devons nous aimer les uns les autres comme Dieu nous aime. Et vous dire cela, en ce matin de Noël, ce n'est pas vous faire un sermon, ce n'est pas évoquer de bons sentiments. Aimer, c'est un devoir, c'est une tâche, c'est une mission. Cela coûte d'aimer. C'est le plus héroïque des devoirs. C'est la plus héroïque des missions. Cela coûte d'aimer, cela coûte le prix de la vie. L'Enfant qui est là, ainsi que l'évangile lu cette nuit nous l'a dit : "Marie le dépose dans la mangeoire", est livré comme nous est donné le Corps du Christ pour notre nourriture. Corps livré, Sang versé, Vie donnée pour la vie du monde. Il coûte l'amour manifesté en ce Fils unique qui nous est donné, ce Fils qui a reçu sur ses épaules le pouvoir royal. Il livre sa vie pour nous sauver, lui par qui nous est ainsi donnée la vie divine, grâce surabondante, amour sans mesure qui, désormais, nous habite.
Oui, la dignité absolue de l'homme, c'est ce pouvoir qui vient de Dieu et que personne ne peut nous arracher, pouvoir de devenir enfants de Dieu par la foi au Fils unique, pouvoir qui est la source du respect que nous devons nous porter, pouvoir qui est la source de l'amour dont nous devons nous aimer.


Commentaire de la Liturgie du premier dimanche de l'Avent - Année A
Je souhaite pour ma part, vous accueillant ainsi à Paris, rassemblés que vous êtes de tous les coins de France, je souhaite que, tous, vous ayez encore plus aiguë dans le temps présent, conscience d'un appel de Dieu qui motive fortement la générosité dans la foi, la persévérance dans la prière, un amour renouvelé pour vos frères, de telle sorte que le mystère de l'Église, je dis bien, le mystère de l'Église, dont vous êtes vous-mêmes les témoins, soit rendu présent à vos frères et qu'ainsi s'accomplisse la mission que Dieu vous demande.
Quel est donc ce mystère de l'Église, tel que nous sommes en droit aujourd'hui de le regarder en ce premier dimanche de l'Avent ?

Voilà que vont surgir des hommes de réconciliation et de paix
Tout d'abord, au 2e chapitre d'Isaïe, apparaît cette promesse qui ne cesse d'habiter nos cœurs et nos esprits, quand Dieu révèle au Prophète, au sujet de Juda et de Jérusalem. qu'un jour il adviendra que la montagne du Temple sera placée à la tête des montagnes et dominera les collines et que tous les peuples afflueront vers elle, tous les peuples se mettront en marche et reconnaîtront le Dieu unique et véritable ...
Voilà la promesse qui ne cesse de retentir en nous ; et la conséquence qui en découle immédiatement, c'est que Dieu lui-même fera la vérité parmi tous les peuples et que, du coup, les hommes, de leurs épées feront des socs de charrue, de leurs lances des faucilles, qu'on ne lèvera plus l'épée nation contre nation, et qu'on ne s'entraînera plus pour la guerre. De la connaissance de Dieu, de l'amour de Dieu, de la fidélité à Dieu, surgiront des hommes de réconciliation et de paix.
Voilà plus de deux millénaires que ces paroles ont été prononcées, et pour tout dire, c'est encore une belle image, une belle espérance !
Mais quand donc se réalisera-t-elle ?

Des hommes qui vivent de l'esprit de Dieu
Écoutons ce que nous dit Saint Paul dans l'épître aux Romains : « Vous dormez. Vous ne vous rendez pas compte de ce qui se passe ... Réveillez-vous ! L'heure est venue de sortir de votre sommeil. Le salut se rapproche de vous, plus que jamais. Vous êtes dans la nuit et déjà, c'est l'aube. Le jour est tout proche ! » La nuit, c'est la condition de l'homme perdu. de l'homme désespéré, de l'homme qui n'obéit pas à Dieu, de l'homme qui n'a point d'amour : c'est le temps présent. Mais vous, vous devez agir dans cette nuit, comme des hommes qui déjà, à l'horizon, voient poindre la lumière et devancent le jour, agissent comme des hommes de lumière et donc, comme des hommes qui vivent de l'esprit, de l'Esprit que Dieu donne ...
Si vous, vous ne croyez pas au soleil, comment les hommes de l'ombre l'espéreront-ils ? Si vous qui avez reçu l'Esprit de Dieu, vous ne croyez pas à la Lumière, à quelle obscurité allons-nous ?

Des hommes Qui voient ... l'invisible
Écoutez maintenant la parole de Jésus-Christ dans l'Évangile de Saint Matthieu au sujet de l'avènement du Fils de l'homme, quand paraîtra le Messie, le Fils de Dieu, qui a épousé notre propre condition et qui est entré dans notre nuit : nuit de sa naissance, nuit de sa passion, nuit de son agonie, ténèbres de sa mort, dans l'obscurité du tombeau ... Lui qui est entré dans notre monde, il nous dit qu'un jour viendra où les choses seront dévoilées, où la vérité éclatera ; et il ajoute - et là, permettez-moi cette malice à des Cheminots - « Vous ne savez ni le jour, ni l'heure ». Regardez : des gens ne se sont doutés de rien, et déjà autre chose se passait. Deux hommes sont au travail, dans les champs, et il y en a un qui est laissé ; deux femmes sont au moulin, elles font leurs tâches ordinaires, rien ne les différencie, l'une est prise, l'autre laissée.
Ce que Dieu nous demande de faire en ces temps-ci, c'est de voir ce que les hommes ne voient pas ; c'est d'entendre ce que les hommes n'entendent pas ; c'est d'attendre ce que les hommes n'attendent pas !
Sur quoi devons nous avoir les yeux fixés ?
Sur ce qui est invisible et pourtant présent : l'amour que Dieu nous donne par la présence de son Fils, son Corps livré, son Sang versé.
Qu'est-ce que nous devons écouter que les hommes de notre temps n'entendent pas ? La Parole de Dieu qu'il annonce en nos cœurs, en nos libertés. Parole d'amour qui nous fait relever la tête, qui nous fait vivre, qui nous donne l'espérance. Qu'est-ce que nous devons attendre que les hommes n'attendent pas ? Notre délivrance, le salut des hommes. En quoi devons-nous croire auquel les hommes ne croient pas ? Que la vérité vient de Dieu, que l'amour est le plus fort, que la justice est pour tous et que la paix est possible !
On a tout à gagner pour soi et pour les autres, et du coup, nous qui sommes de pauvres gens souvent faibles comme les autres, on est, malgré nous, une source de force pour nos frères, une source de paix, une source d'amour. Ce que nous voyons et qu'ils ne voient pas ?
L'Amour ! Nous en devenons les témoins. Ce que nous entendons et que les hommes n'entendent pas ? Les paroles que l'Esprit murmure aux hommes ! Nous en devenons les témoins. Ce que nous espérons et que les hommes n'espèrent plus : la paix, la justice, la sainteté, la puissance du pardon ! Nous en devenons les artisans !
Notre mission de Catholiques est écrasante, mais elle est belle. Elle est écrasante, si c'est nous qui la faisons ! Mais quelle joie, si nous nous laissons saisir par le Christ ! Combien c'est beau finalement l'histoire des hommes, parfois pourtant laide et révoltante. Mais quelle beauté qu'il y ait tant de solidarité, tant d'amour, tant de foi, tant d'espérance, tant de fidélité. Et quelle grandeur lorsqu'un homme dans le Christ en devient capable !
C'est beau le monde, c'est beau quand nous ne nous éloignons pas de Dieu ! Alors, frères, mes amis, nous ne savons ni le jour. ni l'heure, mais nous devons nous tenir prêts, car c'est à cela que nous sommes appelés ; c'est cela notre mission ; c'est de cela dont nous témoignons !

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