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Homélie à des élus de la nation
Personne ne peut taxer Jésus de démagogie. Il monte vers Jérusalem. De grandes foules le suivent. C'est un succès, direz-vous. Il se retourne et leur adresse cette parole déroutante que nous venons d'entendre. Jésus propose, comme condition pour venir à sa suite, l'exigence d'un choix sans partage, d'un renoncement absolu.
Cette parole est spécifiquement chrétienne. Le Christ la dit à ceux qui sont appelés par l'Esprit à devenir ses disciples. Mais avez-vous remarqué que, pour leur faire saisir la radicalité du choix qu'il leur propose, Jésus utilise comme parabole, comme lieu symbolique, « le champ politique », représenté ici par la construction de la tour et par la décision de faire la guerre ou la paix. En effet, en ces deux situations, toutes les énergies humaines sont engagées. Au prix de la mort et de la vie, le destin de l'homme s'y exprime, s'y noue et s'y résout, traçant son échec et son succès. De la sorte, le Christ met en lumière l'horizon vers lequel il nous invite à tourner nos regards. Il nous fait considérer le véritable enjeu des choix de l'existence. Il nous fait découvrir les véritables finalités que nous devons poursuivre pour le salut de l'homme.
Il peut n'y avoir là, penserait-on, que rencontre fortuite. Il ne me le semble pas car s'il est un domaine particulièrement noble dans l'activité humaine, c'est bien l'activité politique puisque, en elle, s'assume et se résume la totalité de l'existence collective et individuelle. Et, bien qu'elle ne puisse pas prétendre à totaliser l'existence, faute de quoi elle devient tyrannique, totalitaire, la politique est cependant le lieu où s'expriment le mieux les enjeux de la vie, les jugements de valeur, les fondements véritables du destin de chaque homme, du destin de tout homme, du destin de tous les hommes ensemble.

1. Élus du peuple, c'est votre fonction et votre mission d'exercer le pouvoir. À ce titre, une grande partie de votre énergie est mobilisée pour gérer l'immédiat, disons le court terme, puisque vous êtes dépendants du terme de votre mandat et que c'est bien là aussi que chacun de vous est attendu par ses électeurs. Les débats quotidiens, les conflits mis à vif par l'information immédiate, les oscillations de l'opinion publique interfèrent comme un incessant correctif sur les choix et les décisions d'un parlementaire.
À cette pression du court terme vient se superposer, je l'imagine, une lancinante et grave interrogation à laquelle il n'est pas facile de répondre : que valent les choix du court terme au regard du long terme ? Car, désignés par vos électeurs, vous êtes solidairement les élus de la nation. La démocratie est le régime de la responsabilité partagée et non pas de l'irresponsabilité.
C'est pourquoi vous devenez dépositaires des raisons de vivre de la nation, des valeurs suprêmes qui dépassent le particularisme de chacun. Alors que votre mandat limité est inscrit dans le court terme, il vous est impossible d'écarter la responsabilité du long terme.
Ceci demande un courage certain. Car, ainsi qu'il en va déjà dans toute existence personnelle, le long terme et le court terme pourront se trouver en contradiction quelles que soient les ressources d'intelligence et d'expérience déployées pour élaborer un consensus. Le courage politique trouve alors sa source dans les qualités morales, dans la solidité du jugement éthique des hommes et des femmes capables de subordonner leur parole et leur action à ce qu'ils pensent être les enjeux du futur plutôt qu'aux satisfactions immédiates.
Mais parler de long terme par rapport au court terme n'est pas suffisant et ne va pas au fond des choses. Car on ne prend en considération qu'une certaine durée. On tente d'anticiper le cours des choses pour un avenir prévisible ou du moins imaginable. Or, nous le savons tous, les prévisions sont toujours démenties par les faits.
Jamais les anticipations ne sont vérifiées par l'événement puisque c'est toujours l'inattendu qui arrive. L'histoire, même pour ceux qui ont le sentiment de la faire, prend toujours un tour surprenant, ne serait-ce que parce que l'homme est mortel.

2. En vérité, quand j'ai ainsi parlé du long terme, j'avais en tête les interrogations que nous avons entendues de la bouche du Christ : le véritable long terme c'est le terme radical, le terme ultime. Ce n'est pas un moment intermédiaire dans le cours du temps mais c'est le terme, « l'heure », nous dit saint Jean où la vérité juge et fait apparaître la bonté, la beauté en lesquelles consiste la vie vraiment humaine. Être capable de prendre ce terme ultime en considération pour décider l'action de ce jour, voilà ce qui fait qu'un homme est digne d'être homme, voilà comment se manifeste l'humanité de l'homme. Et c'est en cela aussi qu'apparaît la raison de vivre, la consistance véritable d'une nation digne de ce nom. Ce n'est donc pas seulement le savoir-faire ou la ténacité des responsables politiques que met en jeu l'arbitrage du long terme et du court terme, mais aussi leur sagesse au sens le plus complet du mot. Le vrai politique est aussi l'homme de conscience, l'homme moral qui a le courage d'être pour une nation le témoin des valeurs qui la constituent au-delà des fluctuations de sa sensibilité et de l'opinion.
Difficile problème dans une nation divisée comme la nôtre. Débats interminables quand les structures mêmes des partages idéologiques ou des conflits rendent un tel arbitrage quasi impossible ou vain parce que réglé d'avance. Pourtant est-il utopique, chimérique, est-ce faire preuve d'impardonnable naïveté que de croire, non pas à la bonté naturelle de l'homme, mais à la force « surhumaine » de la bonté et de la vérité ? Chacun connaît les limites de sa conscience, les défaillances de ses choix. Chacun sait combien ses désirs et ses ambitions peuvent le rendre partisan. Mais chacun se sait capable, cependant, de marcher vers la vérité. Dès lors, chacun doit être capable de reconnaître que tout homme, fut-il l'adversaire, peut vouloir lui aussi servir la vérité.
Il y a là, me semble-t-il, un rôle spécifique des chrétiens. C'est l'un des motifs qui me rendent précieuse cette rencontre annuelle à l'occasion de la rentrée du Parlement.

3. Lors de cette messe célébrée chaque année depuis la fondation de la République, des parlementaires catholiques et les amis qu'ils invitent veulent ainsi se retrouver librement quelle que soit la diversité de leurs appartenances politiques.
Cela indique déjà assez clairement où le croyant peut trouver le fondement absolu des valeurs qui donnent sens à la vie politique. Il l'accueille de la Parole même du Christ qui, à la fin des Béatitudes dans l'Évangile de saint Matthieu, nous nomme, nous ses disciples, des « prophètes », tout en nous annonçant les persécutions. Est prophète non pas celui qui invective. Est prophète non pas celui qui prétend voir plus clair ou prédire l'avenir. Est prophète celui qui a le courage de porter en lui-même le poids de la Parole de Dieu, même si elle le déchire, même si elle l'expose. Est prophète celui qui "a la passion de la Vérité, c'est-à-dire celui qui se laisse saisir par elle et celui qui accepte de souffrir pour elle et par elle.
Certains de ces humbles et véridiques prophètes ont été du nombre des plus hautes consciences qui sont l'honneur de notre République. Ce que l'histoire retient, ce n'est pas forcément la réussite dans la gestion du court terme, mais le courage du long terme dont nous venons d'entrevoir la signification. La destinée d'une nation repose dans cette commune fidélité de ses responsables à la Vérité, quelles que soient leurs opinions ou leurs appartenances religieuses.
Quant à vous, mes frères et mes sœurs dans le Christ, je prie Dieu pour qu'Il purifie vos vies et qu'Il vous donne ainsi la force d'être les témoins d'une telle espérance. Ils sont minoritaires dans notre pays, ceux qui ont le courage de regarder vers ces horizons qui semblent lointains et conditionnent cependant notre survie nationale. Ne craignez pas d'arracher à de fausses quiétudes nos concitoyens trop souvent plongés dans leurs problèmes immédiats.

Au milieu des affrontements que connaît notre époque, ce n'est pas respecter l'identité nationale dans sa durée que de tracer une ligne de conduite en additionnant les préoccupations du moment.
Certes, le discours politique doit trouver ses enracinements dans les particularités familiales, sociales, économiques et aussi dans les intérêts de chaque groupe. Mais il doit aussi faire éclater la revendication illusoire de sécurité dans laquelle, individuellement ou en corps constitué, nous risquons de nous enfermer dangereusement au mépris de la vie.
Cela suppose que chacun d'entre vous soit assez libéré non seulement de ses passions, de son intérêt privé ou personnel, mais aussi des réactions et consignes de groupe, pour faire entendre la voix de la conscience que tout homme doit écouter. C'est ce que je demande à Dieu pour chacun de vous et pour tous ceux qui sont vos compagnons de travail, de lutte, d'action.


Homélie à des élus de la nation
J'ai reçu hier une lettre de l'un de vos anciens collègues ; il m'a fait une confidence qui vous est destinée à vous aussi, me semble-t-il. Après de nombreuses années dépensées au service du bien public, des années de luttes, de débats, de travail, il me disait son regret d'avoir par trop « séparé le spirituel du temporel », reprenant une formule de Péguy : le regret de ne pas avoir donné une place suffisante, en ses préoccupations et en sa conscience, aux convictions intimes de sa foi comme moteur de son action, comme principe de clarification, de purification, de vérité pour conduire sa vie personnelle et assumer ses responsabilités politiques. « On aurait dû, terminait-il, nous le dire ou me le dire, me secouer vigoureusement pour me permettre de prendre la mesure d'enjeux que, maintenant, en retraite, avec le temps de réfléchir et de faire le bilan, je découvre si importants et décisifs ».
Cet examen de conscience fait par l'un des vôtres est aussi, comme en miroir, un examen de conscience pour le pasteur que je suis. Votre collègue s'est fait le porte-parole providentiel de vos préoccupations, de vos questions. C'est pourquoi je vous invite, ce matin, à découvrir quelle chance et en même temps quelle exigence représentent, pour vous et votre tâche, la parole du Christ, la lumière de Dieu, la force de l'Esprit.

1. Au terme du Sermon sur la montagne, Jésus nous invite à construire notre maison en la fondant« sur le roc ». C'est la maison des hommes fidèles à la volonté de Dieu, délivrés, sauvés, rassemblés dans la cité ultime. La maison fondée sur le sable est au contraire bâtie par les hommes qui, récusant toute autre ressource que leur propre faiblesse, s'épuisent dans leurs projets. Ils n'ont pas su édifier leur existence sur le roc inébranlable de la vérité, de l'amour, de la paix, de la sainteté. Et pourtant, seules ces valeurs défiant l'injustice, le temps et la mort laissent apparaître au milieu des obscures ambiguïtés de l'action humaine, la beauté de Dieu et la grandeur de l'homme. Faisant mien l'appel de votre collègue, je vous invite, pendant vos trop rares moments de loisir, de paix, de solitude, à lire et méditer les chapitres 5 à 7 de saint Matthieu. Ils commencent par les Béatitudes et se poursuivent par le commentaire du Christ sur la sainteté de la vie de l'homme et les exigences requises de ses disciples pour agir en ms du Père, habités par l'Esprit Saint.
Je vous invite aussi à prêter une attention réfléchie aux paroles par lesquelles le pape Jean-Paul II a répondu au Président de la République, cet été, sur l'aérodrome d'Ossun : « Je devine les difficultés que la nation française rencontre et auxquelles chacun doit faire face selon ses responsabilités spirituelles et civiques. Sans nier la complexité des problèmes économiques et sociaux, il convient de mesurer en premier lieu le grave enjeu spirituel qui leur est sous-jacent.
Leur solution correcte suppose la fidélité de chacun à sa conscience, une conscience bien formée à discerner le bien et le mal, éprise de justice, d'amour et de vérité ». De cela, vous, chrétiens, parlementaires chargés du bien public, vous devez, plus que d'autres, être conscients.
Les grands mécanismes de l'économie, de la politique, de la vie sociale, leurs pesantes inerties et leurs implacables déterminations collectives semblent fonctionner selon une logique autonome avec sa cohérence propre. N'est-il pas naïf d'espérer les infléchir par la décision d'un seul ?
Certes, un homme isolé n'échappe pas au conditionnement et aux nécessités de la société dans laquelle il vit. Mais ce serait une erreur grave et mortelle de croire que ces réalités sociales échappent complètement aux personnes ou suppriment leur responsabilité personnelle. Rappeler que la société elle-même et ses fonctionnements sont au service des personnes et que les personnes existent et sont responsables, ce n'est pas nier le fait social ni ses lois. Être homme responsable c'est d'abord accepter sa solitude, dans le secret, devant Dieu, et pouvoir alors porter non seulement le poids de sa propre vie, mais aussi la responsabilité de tous. S'il est vrai que chaque homme est solidaire de tous, chaque homme, dans sa détermination la plus personnelle, joue sa part du sort de tous. La solidarité des hommes entre eux, loin de gommer la responsabilité personnelle, ne fait que l'accentuer.
Tel est le sens du mystère de la condition humaine que nous révèle le mystère du Christ.
En lui seul se joue le sort de tous et en lui seul chaque homme se rend solidaire du salut de toute l'humanité.

2. Je touche ici, je le sais, à un problème aigu pour vous. Tous les personnages publics le connaissent inévitablement. Votre responsabilité n'engage pas seulement votre personne, mais des intérêts collectifs. Votre responsabilité joue non seulement sur le désintéressement de votre conduite privée, mais aussi sur la manière dont, dans votre tâche, vous aurez usé de votre intelligence et de votre perspicacité, dont vous aurez su vous défendre de l'orgueil et de la suffisance pour demeurer conscients de vos limites.
Quelle force ne vous faut-il pas pour obéir, en toute loyauté, devant Dieu et devant Dieu seul à la lumière de la vérité ! Quelle pureté, quelle ténacité dans la quête du vrai ne vous faut-il pas pour ne pas céder à la pression, toujours complice ou intéressée, de l'opinion ! Demandez à Dieu, dans la prière, la rigueur du jugement, la sûreté du discernement pour que vos choix soient faits en toute conscience.
Quel courage, quelles exigences ne vous faut-il pas pour vous faire vous-mêmes votre jugement et non vous en remettre aux idées toutes faites, fussent-elles celles des hommes et des femmes dont vous êtes solidaires dans vos options ou vos partis ! Car la réponse que vous donnez à vos concitoyens aujourd'hui, vous aurez à en répondre un jour devant Dieu !
Quelle force, quel courage, quelle foi ne vous faut-il pas pour vivre chaque jour dans la vérité, le pardon et l'amour, de sorte que vous traitiez tout homme, y compris votre adversaire, comme un frère aimé ! Bien plus, chrétiens, vous avez reçu la même foi, vous êtes rassemblés dans l'unique Corps du Christ, partageant le même Pain, buvant la même Coupe, habités par le même Esprit. Quelle que soit l'opposition de vos convictions, vous êtes dépositaires d'une force qui transgresse toutes les frontières et tous les conflits. Elle vous demande d'être fidèles à la vérité dont le caractère absolu relativise toutes les querelles partisanes. Quelle force ne faut-il pas pour que des adversaires se reconnaissent frères, même au cœur d'un conflit ?
Quelle courageuse fidélité à la vérité et à l'amour ne vous faut-il pas pour admettre que les enjeux véritables de la vie des hommes reposent sur des droits imprescriptibles car le fondement de ces droits ne réside pas dans la qualification légale que leur attribuent ceux qui les défendent ou ceux qui les combattent. Il n'y a pas un bien « de droite » ou un bien « de gauche », une vérité bonne à dire ou une vérité bonne à taire. Il y a un droit, un bien, une vérité, même si les hommes sont infirmes à les reconnaître, hésitants à les formuler. Vous devez avoir le courage de vous unir dans la vérité, quoi qu'il en coûte, sans agressivité, sans ressentiment, sans prétentions « prophétiques », sachant que la seule chose que nous devrions craindre de perdre, c'est notre honneur et notre salut, mais aussi l'honneur et le salut de tous, dont votre mandat vous fait responsables.

Un tel courage, quel qu'en soit le prix, peut se rencontrer, grâce à Dieu, chez tout homme digne de ce nom. Quant à nous, demandons à Dieu avec assurance et insistance cette vertu chrétienne comme une grâce. Demandons la sagesse pour avancer humblement en ce monde mouvant et instable, non comme des fanatiques ou des partisans, mais comme des hommes qui savent que la vérité est le fruit d'une longue et pénible recherche sans cesse reprise ; que l'amour est nourri de pardon ; que le courage est fait de lâchetés sans cesse surmontées. Des hommes qui savent qu'ils doivent sans cesse prier, humblement, filialement, pour obtenir du Père des cieux la force d'accomplir leur labeur, jour après jour. Des hommes qui savent que, dans ce dur combat, ils ont le droit de recevoir du Christ lui-même les bénédictions, les béatitudes promises à ceux qui, dans ces conditions, gardent les yeux fixés sur la lumière de Dieu.
Puisse l'invitation à prier que je vous transmets aujourd'hui, nous aider les uns et les autres à remplir la mission reçue de Dieu. La responsabilité qui pèse sur vos épaules ne vous laisse pas seuls, abandonnés. Vous êtes assistés, accompagnés par l'amour et la puissance de Dieu qui veut que nous accomplissions ainsi l'œuvre de sainteté et de justice sans laquelle l'homme ne trouve pas sa vraie grandeur.


Homélie à des élus de la nation
Pour nous, chrétiens, le service de la nation est l'une des plus hautes formes de l'amour du prochain. La conscience chrétienne permet de voir en pleine clarté le but éthique de l'action politique pour tout homme digne de ce nom. Mais la conscience chrétienne apporte aussi un surcroît d'exigence. Elle peut conduire aux situations extrêmes que le Christ décrit d'avance à ses disciples dans le passage de l'Évangile que nous venons d'entendre. Cette lecture, pas plus que celle de l'Apocalypse, n'a été choisie pour la circonstance. Ces textes sont proposés par la liturgie de ce jour. Ils peuvent paraître particulièrement provocants alors que nous rassemble la Messe pour la rentrée du Parlement. En effet, la situation singulière - j'allais dire impossible - à laquelle le disciple du Christ est parfois conduit y apparaît en pleine lumière.
Beaucoup en sont déconcertés, choqués. Comment, en effet, comprendre qu'une persécution aussi implacable doive s'abattre sur les chrétiens ? Ils n'auront aucun recours, nous dit Jésus.
En raison de leur fidélité à Dieu, ils seront, malgré eux, complètement rejetés - le Christ va jusqu'à dire« haïs de tous » -, persécutés et mis à mort. Et Jésus rend courage à ses disciples par la promesse d'une victoire au-delà de la mort.
« C'est par votre persévérance que vous gagnerez la vie ».
Ce comportement ne mérite-t-il pas le nom de fanatisme ? N'est-ce pas celui des hommes et des femmes tellement persuadés d'avoir raison qu'ils n'entendent aucune raison ? Ils sont prêts - avec une logique, oserais-je dire, quasi terroriste -, à tout mettre en jeu pour aller jusqu'au bout de leurs convictions. Le Christ nous demande-t-il une telle assurance« fanatique » dans nos affirmations ?
Pour se comporter de la sorte, il faut des tempéraments singuliers. La plupart d'entre nous, même s'ils ont une pensée assurée, ne se sentiraient pas capables de mettre en jeu leur existence pour des certitudes que certains estimeraient après tout subjectives, des convictions bien relatives. Et pour le moins, il faut le reconnaître, être haïs de tous n'est pas un idéal qui convient à des élus du peuple ... puisque, par définition, pour être élu il faut rassembler sur son nom une majorité de suffrages. N'y a-t-il pas là une contradiction fonctionnelle qui rend ces paroles de Jésus inadéquates, inadaptées à la situation dans laquelle vous vous trouvez ? N'êtes-vous pas en droit de dire : cet Évangile est sans objet pour nous ?
Remarquez d'abord que le Christ adresse ces avertissements à tous ses disciples. À vous aussi par conséquent.
Quel est, en second lieu, l'objet de son propos ? S'agit-il de la fidélité d'un homme à ses convictions et à son idéal ? Non. Il s'agit de la fidélité des disciples du Christ à la volonté de Dieu. Cherchons dans le Nouveau Testament comment éclairer ce que Jésus nous dit du cours de l'Histoire et du sort à venir de ses disciples.

1. Les Actes des Apôtres nous rapportent l'arrestation de Pierre parce qu'on veut lui interdire de parler du Christ. Les autorités civiles et religieuses lui disent : « Tu sèmes le désordre ; cesse de parler de Jésus ». Pierre se défend sereinement et pacifiquement, explique ses convictions, se justifie. Devant l'interdiction qui lui est faite il déclare à ses juges : « Il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes ». Cette réponse de Pierre met prodigieusement en lumière l'origine de la liberté et son caractère inaliénable. Pierre se trouve dans la situation de l'homme sans droit.
C'est alors qu'il atteste le garant absolu du droit de l'homme et donc de sa conscience et du devoir qu'elle dicte : c'est à Dieu que Pierre doit obéir.
Nous dirions aujourd'hui qu'apparaît ici la revendication de la liberté religieuse, fondement et garant de toutes les libertés. La force de la foi de Pierre ne consiste pas en ce qu'il défend avec obstination des convictions personnelles. Pierre montre la force de sa foi en devenant, au milieu de la relativité de toutes choses, le témoin de l'Absolu. Pierre met sa vie en jeu, il risque la mort. Par là, il ne fait pas preuve de fanatisme.
Mais il donne la preuve de ce que, en ce monde et dans l'homme, l'Absolu mérite que l'on risque tout pour lui, car cet Absolu est la seule caution de la dignité de l'homme.
Vous me direz qu'il est difficile d'en juger. Ce que je tiens, moi, pour l'absolu de Dieu, peut très bien être considéré par un autre, non croyant, comme du fanatisme. Où est la différence ?
Cela est clair dans la confrontation de Jésus et de Pilate, qui est très exactement la confrontation du Rédempteur et du politique. Méditez ce dialogue tel que saint Jean nous le rapporte.
Le Christ ne se substitue pas à l'autorité politique dont il accepte la juridiction. Mais il affirme le droit absolu de Dieu qui jugera Pilate, celui-là même qui le juge. Telle est la façon dont Jésus, au nom même de Dieu, son Père, revendique son droit. Et de plus, par le don qu'il fait de sa vie, Jésus sauve Pilate. Jésus pardonne, ouvre la porte de l'espérance à son juge qui n'est qu'un homme parmi les hommes. Car, même s'il exerce une autorité souveraine en ce monde, même s'il représente César, après tout, Pilate n'est pas Dieu. Et le Christ, jugé par un homme, révèle à son juge - au nom de Dieu - ce qu'est le bien de chaque homme et de tout homme.
Comme agit Jésus le Messie, ainsi agira Simon-Pierre, ainsi devront agir, dans les incertitudes de l'histoire, les disciples à qui l'Esprit Saint est donné.

2. Représentants de la Nation, vous devez honorer, voire exécuter d'une certaine façon, le mandat qui vous a été confié par ceux qui vous ont députés. Mais de par la loi elle-même, vous êtes au service d'un bien qui dépasse tous les biens particuliers : le bien de la nation. Comme chrétiens, tout comme citoyens, vous avez le devoir, dont vous répondrez devant Dieu et non pas devant vos électeurs, d'agir en conscience quand il s'agit du bien ou du mal, de la vérité ou du mensonge.
Pour un chrétien, la raison d'État ne peut être la raison souveraine de l'action, supérieure à la loi morale et divine. Aucune raison d'État ne permet un crime contre l'homme, contre Dieu. Je ne vous dis là rien de nouveau. La conscience chrétienne n'a cessé de l'attester. Aucune raison d'opportunité dans l'accomplissement de votre tâche ne peut être opposée à la morale ni à la loi divine. Le bien n'équivaut pas au mal, ni la vérité au mensonge, ni l'amour à la haine.
Disciples du Christ, nous devons oser encourir, en ce choix, le risque extrême, le pire pour le cynisme de la « Realpolitik », c'est-à-dire le risque de perdre. À première vue, du moins. Car cette parole de Jésus que Pierre met en pratique : « Mieux vaut obéir à Dieu qu'aux hommes », si elle nous met en situation dramatique, nous fait rendre aux hommes le meilleur service. Sinon, quelle « responsabilité » aurions-nous remplie ?
Être « responsables », en l'occurrence, c'est être capables de « répondre ». Devant les hommes ?
Oui, mais aussi, nous le croyons et le savons, devant Dieu.
Vous êtes la « représentation nationale ». On peut entendre cette expression en deux sens : ou bien vous êtes un miroir passif qui va au gré des nuages « refléter » le vent qui passe, « représenter » les flux de l'opinion ; ou bien votre mandat vous donne une mission active de représentation. Et il vous appartient de donner à la nation une image réfléchie de ce qu'elle doit être et d'exprimer ce qu'au fond elle veut dire. Et vous avez été élus pour cela, c'est-à-dire en raison de votre aptitude à remplir cette mission et afin que vous la remplissiez.
Élus, vous devenez personnellement garants du bien commun de la Nation. Dès lors, pour juger du bien et du mal, votre lumière doit être non l'opinion commune mais votre conscience. Je vous le dis à tous et chacun dans la fidélité au Dieu unique, à l'unique Rédempteur et à l'unique Esprit. S'il y a une Vérité, s'il y a un Bien, s'il y a un Amour, il est l'unique et le même pour tous. Il exige de chacun un acte de foi courageux. Il peut amener aux choix difficiles et radicaux qu'évoque l'Évangile.
Ne subordonnez donc pas le respect de la Vérité à des dérives partisanes. Ne l'utilisez pas à des fins qui la détournent de son but. Ne soumettez pas l'appréciation du Bien à des considérations d'opportunité. Soyez des hommes de vérité, de rigueur, d'honneur. C'est cela qu'on attend de nous, chrétiens. De sorte que, si notre pays rencontre des moments difficiles et dramatiques, nous ne soyons pas pris par surprise.
Pardonnez-moi ces propos trop longs ou trop rudes. Soyez assurés de ma prière pour vous tous, comme de la prière des chrétiens pour ceux qui portent la responsabilité politique de notre pays.
Que cette prière, celle de l'Église entière, soit votre force, votre source de courage et d'espérance.


Homélie lors de la cérémonie d'Appel des catéchumènes à Saint Sulpice :
Oui, mes amis, les temps sont accomplis. Voici venu pour vous le moment où votre vie trouve un autre sens.
L'appel que Jésus nous a adressé : "Convertissez-vous", nous l'entendons mal aujourd'hui, nous en faussons le sens comme s'il s'agissait de changer d'opinion, de référence, d'appartenance ou de passer d'une nationalité à une autre, d'un parti à un autre, parfois même d'une religion à une autre. Lorsque Jésus dit : "Convertissez-vous", il veut dire : "Retournez-vous". Vers qui ? vers quoi ? Vers Dieu. Par conséquent, cet appel du Christ signifie que nous tournions tous le dos à Dieu. Nous tournions le dos à la lumière et donc nous étions dans l'obscurité. Nous tournions le dos à la route et donc nous ne trouvions plus le chemin. Nous tournions le dos à la Vérité et donc nous ne reconnaissions plus le mensonge. Nous tournions le dos à l'Amour et donc nous pensions n'être aimés de personne. Or, un jour, nous avons été retournés.
Non que nous ayons changé d'idées, changé d'avis, changé d'opinion.
Mais nous avons été retournés vers Celui qui nous fait exister et nous garde sous son regard, retournés vers la Vérité qui déchire notre mensonge et nos faux-semblants, retournés vers la Vie qui nous arrache à la mort. Nous avons été retournés vers l'Amour qui nous aime et nous donne d'aimer. La Parole de Jésus : "Convertissez-vous" nous a saisis et nous a comme forcés à laisser faire ce que nous n'osions pas faire et n'imaginions même pas.
Ce n'est pas nous qui nous sommes retournés. C'est lui, le Verbe de Dieu, qui nous a retournés vers son Père et notre Père.
Alors, nous sommes remplis d'hésitations, nous demandant : "Qui est-il, celui qui m'appelle ? Où va-t-il me mener ? Quelle est cette lumière trop éblouissante ? Pourrai-je y arriver ?". Nous sommes pris de vertige à l'idée de cette vie d'enfants de Dieu, de cette vie où nous devrions être capables d'avancer dans la vérité et l'amour, délivrés de nos lâchetés et de nos mensonges, renonçant aux servitudes auxquelles nous sommes soumis comme nos contemporains. Il n'est que d'ouvrir les yeux autour de nous ou de penser à ce qu'a été votre vie jusqu'à ce jour : que d'esclavages, de faiblesses, que d'épreuves ! Ce monde est impitoyable. Pour quelques beaux gestes de fraternité, souvent que de duretés dans les rapports mutuels au travail, en famille, entre proches. Si le pardon existe, souvent l'amour-propre se rebiffe ; on ne laisse pas passer la méchanceté et on donne libre cours à la vengeance.
C'est difficile de vivre pauvres dans un monde qui ne pense qu'à l'argent. C'est difficile de renoncer à toutes les drogues (de l'alcool aux désirs des sens) dans un monde si désaxé que "trop, c'est trop". C'est difficile d'être fidèles et droits, à la suite du Christ, alors qu'autour de nous règnent tant de légèreté, d'inconstance, de trahison.
C'est difficile d'être véridiques alors que mentir et tricher deviennent monnaie courante, voire la norme commune.
Cependant, le Seigneur nous a retournés vers lui. Et nous, les hommes et les femmes que la Parole de Jésus a atteints, nous parfois si faibles, si fragiles, si inconstants, voici que nous devenons pour d'autres un point de repère, un point d'ancrage. Voici que nous devenons les garants d'une solidité et d'une espérance que nous n'éprouvons peut-être pas nous-mêmes, mais que nous recevons de Dieu. Nous qui avons perçu cette lumière de Dieu si éblouissante qu'elle nous laisse encore hésitants au seuil du chemin à parcourir, voici que maintenant, peu à peu, nous tenons des certitudes de Celui qui, face à nous, se laisse approcher sans pour autant se laisser voir. Voici que nous découvrons, comme l'exprime l'arche du déluge, que ce monde d'où nous sortons, ce monde si dur qui tue et semble fait pour la mort, est fait pour la vie. Ce monde dont nous craignons qu'il ne se détruise et ne saute, ce monde si fragile entre nos mains devenues cruelles, Dieu veut qu'il vive ; il a donné sa parole, il a fait alliance. Oui, Dieu veut que nous vivions et que toute l'humanité vive.
Dieu l'a promis : "Aucun être vivant ne sera plus détruit". Dieu veut sauver ce monde comme malgré lui, mais pas sans lui. Voilà pourquoi vous êtes choisis. Si, tout à l'heure, je vais vous appeler par votre nom, vous invitant ainsi à prendre votre place dans l'arche du salut, ce n'est pas pour vous sauver, mais pour que, avec Dieu, dans le Christ, par l'Esprit, vous travailliez à donner au monde la certitude qu'il est sauvé s'il accepte de se laisser atteindre par le salut, qu'il est aimé s'il accepte de se laisser toucher par l'amour.
Enfin, en ce premier pas que vous faites, ne soyez pas inquiets pour la suite. Non par insouciance ni par légèreté, mais en raison de votre foi en Celui qui vous a donné de faire ce premier pas : Dieu fidèle, il ne cessera de vous guider jusqu'au bout du chemin. Comme le rappelle l'apôtre Pierre : "Le Dieu de toute grâce qui vous a appelés à sa gloire éternelle en Christ vous rétablira lui-même après que vous aurez souffert un peu de temps ; il vous raffermira, vous fortifiera, vous rendra inébranlables" (1 P 5, 10).
Vous avez raison de douter de vous-mêmes, mais ne doutez pas de Dieu qui vous fait confiance. Puisqu'il vous fait confiance, il vous donne dès aujourd'hui la force de faire chaque jour un pas de plus et d'accomplir ce qui vous paraît impossible, à condition que vous gardiez les yeux fixés sur lui, que vous croyiez en la Bonne Nouvelle qui déjà vous a retournés.
Vous qui êtes égoïstes, comme tout homme, Dieu veut vous apprendre à aimer. Vous qui êtes violents, Dieu veut vous apprendre à pardonner.
Vous qui êtes si inquiets de vous-mêmes, Dieu veut vous apprendre la compassion même du Christ pour tous ses frères malheureux, enfants bien-aimés du Père des cieux. Vous qui êtes blessés dans votre dignité, Dieu veut vous apprendre à témoigner de la grandeur de l'homme, de tout homme.
Vous qui tombez, Dieu veut sans se lasser vous relever. Vous qui êtes seuls, sans affection, Dieu veut vous donner la fraternité sans frontière des disciples du Christ et la joie sans limite de la communion de l'Église. Vous qui avez peur, vous qui êtes lâches, Dieu veut faire de vous des hommes et des femmes pleins de l'assurance de la foi, quoique tremblants, rondes fanatiques ou des gens péremptoires, mais des enfants de Dieu humblement assurés par l'Esprit Saint d'être dans la main de leur Père des cieux.
Oui, mes frères, mes amis, vous que Dieu a convertis, croyez en la Bonne Nouvelle. Oui, les temps sont accomplis. Oui le Règne de Dieu s'est approché de vous.


Réflexion sur le sacerdoce
La vocation sacerdotale est d'abord le mystère ecclésial du sacrement de l'Ordre qui nous saisit en notre existence de baptisés, nous associe à la mission apostolique du Fils, l'Envoyé du Père, et fait de nous des prêtres du Christ, l'unique Médiateur (1 Tim 2, 5), prêtre suprême et éternel (He 5, 1sq).
Ce sacrement est pour nous source de sainteté.
Dans le récit de la première pêche des Apôtres (Lc 5, 1-11), la vocation apostolique nous apparaît comme les prémices de l'appel à la sainteté. "Je ferai de vous des pécheurs d'hommes" dit Jésus.
Voici que Jésus appelle les apôtres à être les ouvriers de l'action de Dieu. Il les met à l'œuvre alors qu'eux-même sont pris par surprise, presque à revers, et qu'ils n'ont pas encore suivi Jésus. Le partage de la mission du Christ sera donc pour eux à l'origine de leur conversion "baptismale" et de leur appel à la sainteté ; et parce qu'ils sont d'abord constitués apôtres, ils seront associés à la Passion du Christ.
D'avance les Douze sont mis à part et constitués têtes de file des douze nouvelles tribus d'Israël, du peuple nouveau de J'Église, foule innombrable appelée à changer la gloire de Dieu. L'expérience de nos vies est la même que celle des apôtres. Il n'est pas absurde de percevoir l'appel à la sainteté à travers l'appel à la mission. Ce n'est pas absurde d'accepter de jeter le filet pour le salut du monde. Parce que ce monde est fait pour la vie, il faut lui donner la vie. Parce que des hommes sont faits pour connaître la Parole d'espérance, il est besoin de porte-parole, d'hommes qui acceptent que la Parole les saisisse jusqu'au font d'eux-mêmes et que Dieu se serve de leur bouche pour faire retentir sa voix, de leur faiblesse pour faire apparaître sa force, de leur vie obscure pour faire resplendir sa lumière. Ces hommes, alors, reçoivent eux-mêmes une grâce venue de l'Église entière. Portés par ceux-là qu'ils appellent à naître, ils en touchent en quelque sorte le bénéfice sous la forme d'un appel à la sainteté.
Gardons-nous de l'oublier. L'expérience de la nuit pendant laquelle "nous avons peiné sans rien prendre" est inhérente à la vocation sacerdotale qui est la nôtre - clergé, prêtres diocésains -, fondée sur le sacrement de l'Ordre, source de notre sainteté.
Nous le savons bien, nous passons la nuit de notre vie à peiner sans rien prendre, mais nous sommes les témoins de la foi dont Dieu nous donne la force : "Sur ta parole, Seigneur, je jetterai le filet". Nous attestons que de notre absence de puissance, de notre faiblesse, de notre nuit, Dieu fait sortir la pêche miraculeuse. Non celle que nous escomptions, mais celle que Dieu destine à sa gloire et au salut du monde. Nous sommes témoins que les filets sont pleins à se rompre et à notre tour nous appelons des compagnons restés sur la rive : "Venez nous aider à ramener la barque à terre. " Nous sommes témoins que J'Église nous appelle pour son service afin de répondre à sa vocation auprès de tous les hommes.
Oui, le Christ nous appelle à témoigner de l'amour de Dieu par la sainteté de notre action et de notre vie, par notre prière et notre ministère.


Homélie lors d'une Messe pour le 6è congrès de la Fédération européenne des associations de médecins catholiques
« Comme le Père m'a aimé », comme je vous ai aimés", ce "comme" exprime la vérité et la liberté de l'amour que le Christ nous commande. "Aimez-vous les uns les autres" est la révélation d'un mystère qui nous dépasse, bien plus que l'expression d'une bienveillance réciproque. Pour concevoir que l'amour vient de Dieu et que Dieu est Amour, notre cœur est trop étroit. Pour nous éclairer et nous fortifier, le Christ est venu,
Il est né, Il a souffert, Il s'est fait obéissant jusqu'à la mort de la Croix : "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime". Librement.
Pour comprendre l'amour auquel nous sommes appelés, - et cet Amour met au large -, il nous faut reconnaître l'amour miséricordieux du Père manifesté en son Fils Jésus. Il faut laisser l'Esprit nous guérir de notre suffisance et rendre notre cœur à nouveau capable d'aimer. Librement.
À la suite du Christ mort et ressuscité, l'amour n'est ni complaisance ni indulgence irresponsable. Il est exigence et source du respect inconditionnel de tout homme : "Dieu ne fait pas acception des personnes", rappelle l'apôtre Pierre. Cet amour n'est pas démission complice ni rabais soi-disant philanthropique, il est la reconnaissance courageuse de la dignité inaliénable de la personne humaine à tous les stades de son existence, de la conception à la mort.
Au milieu des tensions de notre monde, puisse la lumière de la Croix vous éclairer et vous guider sur les chemins d'une pratique toujours plus conforme à votre vocation médicale et à l'Évangile. Puissiez-vous avec l'Église porter un témoignage, contagieux et libérateur, de l'amour du Dieu vivant pour chacun de ses enfants.
Que les plus blessés, les plus malades, images de son Fils souffrant, à jamais ressuscité avec Lui dans la Gloire, vous apparaissent comme les témoins de la bonté vulnérable et inépuisable de Dieu notre Sauveur.

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