Jour du Sauveur du monde; 6 août 1978; Lectures : Daniel 7,9-10.13-14; II Pierre 1,16-19; Matthieu 17,1-9.
En Toi, Seigneur, nous rencontrons le véritable sens de notre vie, Tu es la leçon de notre histoire, Tu es la Parole par laquelle Dieu créa les choses et racheta le monde qui était soumis à l’esclavage. Il y a une parole dans la liturgie d’aujourd’hui (Mt 17,1-9) qui nous donne la clé pour comprendre ce mystère du Christ. Clé de l’histoire, de la nature et de nos espérances, la parole est celle-ci : Le Fils de l’Homme.
Quand se termine la vision, le Christ dit aux apôtres : « Ne dites rien de ce que vous avez vu jusqu’à ce que le Fils de l’Homme ressuscite d’entre les morts. » Et la première lecture (Dn 7,9-10; 13-14) nous donne l’explication de cette parole mystérieuse. En commentant aujourd’hui cette Parole de Dieu, pour la plus belle des fêtes de notre patrie, nous découvrons frères dans le Fils de l’homme et dans la splendeur de sa gloire, la lumière qui illumine le peuple qui est en pèlerinage sur cette terre et nous entendons alors, avec toute la logique de Dieu qui connaît mieux que nous qui est ce transfiguré. L’impératif que doit porter chacun de nous comme un message de la transfiguration (Mt 17,5) : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le. » La première chose que j’aimerais vous expliquer est la signification de ce Fils de l’Homme dans la plénitude de sa gloire. C’est une parole et, précisément, la lecture de Daniel qui a été proclamée aujourd’hui nous dit qu’elle fut à l’origine de l’expression que le Christ emploie pour se qualifier lui-même à plusieurs reprises dans l’Évangile : le Fils de l’Homme. En premier lieu, cette expression possède un sens individuel, il n’y avait rien d’étrange en hébreu de dire : Viens Adam, fils de l’humanité, Fils d’Adam, fils de la nature humaine, mais la Bible ajoute – à ce sens que tout homme peut se nommer lui-même, fils de l’humanité, fils de l’homme – un sens d’éminence. Fils de l’Homme, Dieu nomme le prophète qui parle ici.
Le Fils de l’Homme est un homme éminent, un homme mystérieusement singulier, c’est pourquoi il porte avec lui un sens collectif que le prophète Daniel explique merveilleusement dans la lecture d’aujourd’hui : le peuple des saints du Très-Haut est ce panorama eschatologique d’un jugement où se préparent de nombreuses places où vont s’asseoir les fils de la sainteté du Très-Haut et du Fils de l’Homme qui vient parmi les nuées, une seule cause : Le Peuple des élus. Le Fils de Dieu entouré d’hommes qui ont été dociles à son enseignement. La sainteté qui sera couronnée et selon laquelle Dieu jugera l’histoire.
Le Christ annonce aussi que ceux qui le suivent s’assoiront à l’endroit des tribus d’Israël pour juger les habitants de ces tribus et tous les habitants du monde. Le Fils de l’Homme possède alors un sens de collectivité, c’est le Christ tête, modèle exemplaire de toute une race de rachetés. C’est le Christ avec son peuple sauvé. C’est pourquoi, cette expression du Fils de l’Homme, autant dans son sens individuel que collectif, possède une profonde signification messianique. Le Christ emploie cette expression lorsqu’Il parle de sa gloire, face au tribunal des prêtres Il annonce qu’ils verront le Fils de l’Homme descendre parmi les nuées revêtu de la majesté de Dieu. Et une autre fois, Il dit : vous verrez le Fils de l’Homme humilié, comme le serviteur de Yahvé, sur lequel Dieu déposa les péchés de l’humanité pour racheter ce peuple. C’est un peuple humilié, c’est un peuple glorifié qui s’identifie à sa tête : le Christ, de sorte que nous pouvons dire que le Christ est le Fils de l’homme et tout le christianisme avec Lui à sa tête.
Espérance de Rédemption et couronnement de gloire, tout cela signifie ce matin notre divin transfiguré. Quand sur le sommet du mont Thabor se présente le Fils de l’Homme, Il nous donne l’éclair de cette nuit de prière : l’espérance, le désir ardent de félicité, d’allégresse, de Salut que le peuple porte en son cœur. […]
C’est pourquoi la seconde lecture (II P 1,16-19) correspond à ma deuxième réflexion : Le Fils de l’Homme, lumière du peuple qui est en pèlerinage sur la terre. Ainsi, je me réjouis de voir maintenant ce peuple, provenant de toutes les communautés de l’archidiocèse et même d’au-delà de ses limites, venu pour baigner son espérance, sa foi, dans la lumière du Christ. Il semble que saint Pierre a écrit pour nous les Salvadoriens, cette merveilleuse épître de laquelle nous avons extrait cette parole d’exhortation : demeurons fidèles à l’enseignement qui nous a été donné, nous appuyant sur la gloire du Christ et sur le témoignage vivant des apôtres qui virent de leurs propres yeux la majesté du Rédempteur qui vient confirmer le témoignage des prophètes. Là, nous avons tout l’Ancien Testament avec Moïse et Élie, et tout le Nouveau Testament avec Pierre, Jacques et Jean faisant face aux fables ingénues, aux doctrines des hommes, aux fausses rédemptions que les hommes promettent, pour qu’ils croient en Lui. Cette foi, dit saint Pierre, est comme une lampe allumée dans la nuit : elle éclaire les ténèbres jusqu’à se lève l’astre du matin (cf. II P 1,19).
C’est la nuit de notre histoire, c’est le chemin de notre temps, ce sont des heures difficiles comme celles que vit notre patrie, qui paraît semblable à une nuit obscure alors que le soleil de la Transfiguration se fait lumière et espérance chez le peuple chrétien, soleil qui éclaire notre chemin. Continuons d’y être fidèles!
C’est pourquoi l’Église qui se sent ainsi : Lumière de Dieu, lumière qui provient du visage illuminé du Christ pour éclairer la vie des hommes, la vie des peuples, les complications et les problèmes que les humains créent dans leur histoire. L’Église ressent l’obligation de parler, d’éclairer comme la lampe dans la nuit, elle sent le besoin d’éclairer les ténèbres. C’est pourquoi je veux vous annoncer en ce contexte glorieux du 6 août 1978 où nous allons distribuer, comme l’année dernière à pareille date, une lettre pastorale dans laquelle nous traitons des problèmes de notre peuple : les organisations populaires et le problème, pour ne pas dire la tentation, de la violence. […]
Dans cette lettre pastorale nous présentons ces deux problèmes et nous donnons en annexe de nombreuses règles doctrinales sur les Saintes Écritures et sur le Magistère des Papes qui illuminent et qui donnent matière à réflexion pour que nous continuions de réfléchir sur ces réalités. Le point central de cette Pastorale est de présenter l’identité et la finalité de l’Église : l’évangélisation. […]
L’Église est une lampe qui éclaire et qui doit pour cela s’immerger dans ces réalités pour pouvoir éclairer l’homme qui chemine sur cette terre. À partir de cette compétence qui est la sienne – et cela n’est pas sortir de son domaine, mais accomplir son difficile devoir d’éclairer les réalités –, l’Église défend le droit d’association et elle fait la promotion de l’action dynamique de la conscientisation et de l’organisation des secteurs populaires pour obtenir la paix et la justice. L’Église à partir de l’Évangile, appuie les justes objectifs que poursuivent les organisations et elle dénonce également les injustices et les violences que peuvent commettre ces mêmes organisations. C’est pourquoi l’Église ne peut s’identifier avec aucune organisation, même avec celles qui se disent et se sentent chrétiennes. L’Église n’est pas une organisation, ni l’organisation est l’Église.
Si dans un chrétien ont grandi les dimensions de la foi et de la vocation politique, on ne peut identifier sans plus, les tâches de la foi à une tâche politique déterminée, ni encore moins l’on ne peut identifier l’Église à une organisation. On ne peut affirmer que seulement à l’intérieur d’une organisation déterminée peut se développer l’exigence chrétienne de la foi. Ce ne sont pas tous les chrétiens qui possèdent une vocation politique, ni la cause politique n’est la seule qui comporte une tâche de justice. Il existe d’autres moyens de traduire la foi dans un travail de justice au service du bien commun.
On ne peut pas exiger de l’Église ou des symboles ecclésiaux qu’ils se convertissent en mécanismes d’activité politiques. Pour être un bon politicien, il n’est pas nécessaire d’être chrétien, mais le chrétien qui s’engage dans des activités politiques a l’obligation de confesser sa foi en Jésus-Christ, et d’employer les méthodes qui sont en accord avec sa foi. Et si en cela surgit un conflit entre la loyauté à sa foi et la loyauté à son organisation, le chrétien véritable doit préférer et démontrer que sa lutte pour la justice est pour la justice du Règne de Dieu et non pour une autre justice.
Il est naturel qu’en travaillant pour une évangélisation incarnée dans la réalité du pays que les prêtres et les laïcs appelés à une collaboration hiérarchique de l’Église, sentent davantage de sympathie pour un parti ou pour une organisation que pour une autre. Mais ils doivent savoir que l’efficacité de la mission de l’Église dépend de leur fidélité à sa propre identité, ils auront comme premier but de leur travail pastoral, d’être des animateurs, des orienteurs dans la foi et dans la justice et ils laisseront les tâches concrètes qui proviennent de l’activité politique ordinaire, à ceux qui sont davantage qualifiés dans l’analyse et la conduite de ces problèmes spécifiques.
En traitant le problème de la violence, il est triste de présenter le spectacle qu’aujourd’hui nous offrons au Divin Sauveur du Monde. Un contexte sanglant, de désolation, d’angoisse, et pour cela nous réaffirmons devant le Divin Sauveur du monde et à la face de la patrie avec toute la force de notre foi, que nous croyons dans la fécondité de la paix qui est notre idéal chrétien : non à la violence, oui à la paix. Mais en même temps nous analysons, avec la morale traditionnelle de l’Église, le problème de la violence. Ce n’est pas si simple, il y a tant de nuances qui distinguent la violence institutionnalisée : celle qui est déjà devenue le mode de vivre l’oppression pour la majorité. L’on parle également de la violence répressive de l’État qui maintient par la force des armes une paix qui n’est pas véritable. On parle aussi de la violence révolutionnaire : celle que le Pape nomme « les tentations de la subversion. » C’est lorsqu’un peuple opprimé tente de se soulever pour atteindre cette liberté à laquelle il est appelé. Il existe aussi la violence spontanée : quand survient un outrage à la justice dans une institution, dans une manufacture, spontanément, ce que les hommes portent en eux d’agressivité, surgit dans une violence qui n’est pas organisée, qui répond spontanément à une circonstance. Et finalement, il y a une violence qu’on qualifie de légitime défense, lorsqu’un innocent est outragé et qu’il se doit de défendre sa vie et ses biens.
Nous donnons un jugement moral sur ces diverses classes de violence et nous faisons une analyse de la situation du pays. Analysant les causes de tant de violences dans ce contexte de désolation et de mort, nous disons que ce sont les mêmes causes que celle de la misère actuelle. L’intransigeance des uns, la répression violente, aggrave ce conflit. Cela peut justifier une autre violence et cela est très dangereux. Tant que l’on n’enlèvera pas les racines d’où provient la violence, même injuste, est injuste également sa racine et nous avons l’obligation de travailler pour établir des racines d’où puisse naître la paix.
La paix doit être l’œuvre de la justice. Nous répudions une violence organisée qui s’apparente à une certaine mystique de guérilla ou de terrorisme qui divinise la violence comme source unique de justice. Cela fait croître davantage la spirale de la violence. Cela ne peut être la solution à nos problèmes. Nous exhortons les gens à utiliser leur potentiel d’agressivité que Dieu leur a donné, pour travailler à la justice et à la paix.
Il est curieux, frères, qu’en ce matin de la Transfiguration, nous regardions les personnages qui entourent le Christ, ce sont tous des personnages violents : Moïse tua un Égyptien quand il vit son peuple opprimé en Égypte; Élie égorgea les faux prophètes, ceux qui maltraitaient la dignité du Dieu véritable; Pierre dégaina son épée lorsqu’on voulut arrêter le Christ au jardin de Gethsémani; Jacques et Jean furent appelés par le Christ lui-même d’hommes impétueux parce qu’un jour ils souhaitèrent qu’il pleuve du feu sur un village, parce qu’il ne voulut pas recevoir le Christ et ses disciples. Ici, nous les voyons avec toutes leurs capacités de violence, avec toute leur agressivité, mais dociles au Christ. L’agressivité des êtres humains est un instinct que Dieu leur a donné, mais s’ils ne savent pas l’éclairer… Le Christ ne mutile pas les forces de l’homme, mais les oriente pour la force chrétienne. Et l’Église fait également cet appel quand elle dit : « Le chrétien est pacifique, ne rougissez pas de cela, il n’est pas un simple pacifiste parce qu’il est capable de combattre, mais il préfère la paix à la guerre. Il sait que les changements brusques et violents des structures sont trompeurs, inefficaces, fragiles et non conformes à la dignité du peuple. »
C’est pourquoi nous exhortons, dans notre Pastorale, les forces qui s’organisent, à une lutte honorable avec de légitimes moyens de pression. À ne jamais mettre leur confiance dans la violence, à ne jamais laisser s’envenimer leurs justes réclamations par des idéologies de violence. L’Église est une lampe dans la nuit, qui illumine non seulement les problèmes sociaux actuels, mais qui éclaire également l’intimité morale des couples, l’intimité morale d’où provient la source de la vie. L’Église est contre l’avortement, elle est contre les immoralités, contre le vice, contre ce qui constitue les ténèbres et conduit l’homme vers des chemins de perdition. Cette lampe du Christ Transfigurée veut transfigurer notre peuple.
C’est pourquoi je termine en vous rappelant l’impératif de Dieu ce matin : « Ipsum audite », écoutez-le. Lui qui prêcha également la violence, mais la violence de la Rédemption, Celui qui fit de son corps la victime de la violence pour payer les péchés de tous les crimes et de tous les péchés des hommes. Ce Christ est celui qui nous parle ce matin et je voudrais interpréter vos lèvres – fermées et attentives en cet instant – comme une prière qui s’élève vers le Christ Transfiguré pour lui dire : Seigneur, regarde le triste contexte de notre patrie que nous t’offrons. Retourne-Toi mystérieux Sauveur et cette espérance qu’en Toi nous mettons, nous rendra la paix que nous avons perdue parce qu’il n’y a pas de justice en ce pays.
C’est pour cela aussi que le Christ se retourne et je me risque à interpréter sa parole de ce matin : en premier lieu le peuple, celui qui souffre, celui qui porte la croix d’une tribulation pour lui dire : fais-moi digne de l’amour de Dieu. Ce n’est pas simplement pour se faire pauvre que l’Église est avec les pauvres, c’est parce qu’elle doit également réclamer du pauvre lorsqu’il revendique pour ses droits et oublie ses devoirs. C’est que le pauvre doit se promouvoir également, il doit s’instruire et se surpasser. C’est que la pauvreté ne consiste pas seulement à ne rien posséder, mais également à être disposé à tout recevoir de Dieu. Cela veut dire aussi à ceux qui vivent dans l’abondance, d’apprendre à partager, notre divin Rédempteur, en ce matin qui anticipe le matin du jugement final, nous offre encore cette opportunité : tout ce que vous avez fait pour eux, c’est à moi que vous l’aurez fait. Ce n’est pas l’aumône qui est demandée, c’est la justice qu’Il réclame.
À tous ceux qui sont parvenus à un degré de direction dans le peuple, professionnels ou par leurs capacités d’organisation, possèdent des postes clés, à tous ceux que nous pouvons appeler dirigeants, même s’il s’agit d’un secteur modeste, nous leur disons, frères, au nom du Christ, aidez à éclairer la réalité, recherchez des solutions, ne fuyez pas devant votre vocation de dirigeant. Sachez que ce que vous avez reçu de Dieu ce n’est pas pour le cacher dans les commodités d’une famille, d’un bien-être. La patrie a surtout besoin de votre intelligence. Des partis politiques, des organisations corporatives, coopératives ou populaires, le Seigneur veut leur inspirer la mystique de sa divine Transfiguration pour transfigurer aussi, à partir des forces organisées, non pas avec des méthodes ou des mystiques des violences inefficaces, mais avec une libération authentique.
Tenez compte de ce spectacle de ce matin : un peuple qui croit, un peuple qui espère en Dieu. Ne sous-estimons pas ce sens religieux de notre peuple, n’importons pas de forces étrangères où l’on ne connaît pas de merveilles comme celles du Salvador. Savons rencontrer dans l’âme de notre propre peuple la force que le Christ lui donne pour sa propre libération. À ceux qui portent sur leurs mains ou dans leur conscience le poids du sang, de l’outrage des victimes innocentes ou coupables, mais toujours victimes dans leur dignité d’hommes, Il leur dit : convertissez-vous! Vous ne pouvez pas rencontrer le Christ par ces chemins de tortures et d’outrages. Dieu se rencontre sur les chemins de la justice, de la conversion et de la vérité.
Et à ceux qui ont reçu la terrible charge de gouverner, au nom du Christ je vous rappelle l’urgence de trouver des solutions et des lois justes devant cette majorité qui vit des problèmes vitaux de subsistance, de terre, de salaire. Le bien pour tous, le bien commun, doit être l’impulsion comme la charité pour le chrétien. Tenez compte de droit de participation que tout le monde désire parce que chacun peut apporter quelque chose au bien commun de la patrie et c’est ce dont nous avons besoin aujourd’hui plus que jamais. Une autorité forte, mais non pas pour unir mécaniquement ou despotiquement, sinon comme une force morale basée sur la liberté et sur la responsabilité de tous, pour que toutes ces forces puissent converger, malgré le pluralisme des opinions et jusque dans les oppositions, au bien-être de la patrie. Donnez l’opportunité au peuple de s’organiser, abolissez les lois injustes, amnistiez ceux qui ont transgressé ces lois contraires au bien commun, cessez d’intimider le peuple, principalement dans les campagnes, libérez ou faites comparaître devant les tribunaux ceux qui ont disparu ou qui sont détenus injustement, permettez le retour au pays de ceux qui sont exilés et qui ne peuvent revenir pour des motifs politiques.
Et finalement, frères, la voix du Christ se fait plus intime pour ceux qui forment son Église. J’ai bien fait la distinction, le peuple de Dieu qui un jour doit devenir le peuple des saints dans l’au-delà ne s’identifie pas au peuple profane auquel l’Église vient en aide. C’est un peuple plus intime du Christ, qui constitue presque le vêtement du Christ. Ce sont ses évêques, ses prêtres, ses religieux, ses catéchistes, les communautés qui s’alimentent de la Parole de Dieu et qui tentent de suivre intimement le Seigneur. Pour nous plus que tout autre, la Parole du Christ est un impératif pour que nous soyons véritablement l’Église qui éclaire comme une lampe dans la nuit.
L’Église qui ne se confond pas avec ces autres lumières, pour pouvoir donner cette pure lumière du Christ, une Église où transparaît le Christ Transfiguré. Un mot, chers frères, Salvadoriens ou étrangers, nous sommes tous le peuple de Dieu. Formons, au milieu du peuple salvadorien, un peuple de Dieu qui soit vraiment l’Église du Divin Sauveur. 06/08/78, p.107-114, V.
Dix-neuvième dimanche du temps ordinaire; 13 août 1978; Lectures : I Roi 19,9a.11-13; Romains 9,1-5; Matthieu 14,22-23.
Je dis que la Parole de Dieu illumine merveilleusement ces deux événements, même si cette semaine pourrait être qualifiée de semaine grise. D’autres événements de portée nationale se sont produits dont je parlerai à la fin. Cependant, ces deux événements m’apparaissent centraux, ils sont comme des rayons de lumière qui peuvent illuminer toute cette semaine et tout ce paysage gris que nous présente notre histoire concrète. Sachons distinguer ce qu’est le Peuple de Dieu : l’Église. Ceux qui forment par leur baptême un engagement de notre foi pour cette lumière qui est le Christ avec cette colonne de la vérité qui se dresse en ce monde et qui se nomme le Magistère du Pape. À partir de cette solidarité avec le Christ et avec son représentant sur Terre, nous devenons chaque jour davantage un peuple lumineux. Même si nous partageons la triste histoire du peuple profane qui est entremêlée de tant de choses qui ne sont pas aussi claires que le Règne de Dieu, sachons être ce que le Christ désira que nous soyons : Sel de la Terre et Lumière du monde.
Mon homélie d’aujourd’hui s’intitule : Le Divin Sauveur et le Pape, signe de Dieu avec nous. Sachons exploiter ces signes, et sachons devenir lumineux avec la lumière du Divin Transfiguré, lumineux avec la bonté et la vérité de la tête visible de l’Église. Mon idée est de développer ces trois idées :
1) Désir de Dieu et capacité des hommes pour se rencontrer mutuellement
2) Signes de la présence de Dieu parmi nous
3) Le Pape, le grand signe de l’Église, le grand sacrement de l’Église
1) Désir de Dieu et capacité des hommes pour se rencontrer mutuellement
Dans la première lecture (I R 19,9-13) on décrit de façon merveilleuse cette première pensée, le désir que Dieu a d’être avec les hommes; de se sentir présent dans l’humanité, que les hommes et les femmes le sentent par cette capacité qu’a l’être humain de capter cette présence de Dieu en ce monde. Élie, un des personnages qui apparaît avec le Christ, s’est enfui d’une persécution pour avoir défendu les droits de Dieu. Il a traversé le désert, une marche difficile de 40 jours, pour finalement arriver au mont Horeb. Cette montagne c’est le mont Sinaï, où l’autre personnage de la transfiguration Moïse, des siècles avant Élie, avait conversé avec Dieu et avait reçu de Dieu les dix commandements. […]
Ce qui arriva avec Moïse se produisit également avec Élie. Dieu dit à Moïse qu’il se prépare parce qu’il allait voir le passage de Dieu et Moïse se couvrit le visage parce que personne ne peut voir le visage de Dieu sans mourir, dit la Bible, pour signifier sa transcendance, sa majesté infinie. Et seulement lorsqu’Il est passé devant Moïse, ce dernier peut voir le dos de Dieu. C’est toujours ainsi que cela se produit, nous ne pouvons voir Dieu de face, comme non plus nous ne pouvons regarder le soleil en face. Parce que si nous le regardons, nous souffririons les effets du soleil. Dieu non plus nous ne pouvons le regarder en face. Nous sommes trop petits, nos pupilles sont trop limitées, mais nous pouvons le voir de dos, son passage, ses traces. C’est ce qu’Élie nous présente dans la théophanie de ce matin en nous présentant Dieu de la manière suivante (I R 19, 11-13) : « Sors et tiens-toi dans la montagne devant Yahvé. » Et voici que Yahvé passa. Il y eut un grand ouragan, si fort qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, en avant de Yahvé, mais Yahvé n’était pas dans l’ouragan; et après l’ouragan un tremblement de terre, mais Yahvé n’était pas dans le tremblement de terre; et après le tremblement de terre un feu, mais Yahvé n’était pas dans le feu; et après le feu, le bruit d’une brise légère. » C’est là que se trouvait le Seigneur.
Il semble que c’est de cela que nous parle le Concile Vatican II lorsqu’il énonce les deux classes de révélations que Dieu a faites aux hommes. Dieu s’est révélé sous une forme naturelle : la Création et la conservation de la Création. Le Concile qualifie cette Révélation de témoignage éternelle de la Présence divine. Qui observe la Création, qui regarde la conservation si équilibrée et si merveilleuse de la nature, même celui qui sent l’ébranlement d’un tremblement de terre, la chaleur des incendies, les forces des ouragans, la beauté de la création et le sublime des phénomènes que l’homme peut seulement admirer sans pouvoir les contrôler. La tempête que saint Pierre lui-même sentit sur le lac de Génésareth. Combien petit se sent l’homme devant ces manifestations de l’omnipotence du Créateur dans sa Création. C’est le témoignage de sa Présence. Témoignage éternel, peu importe où nous tendons l’oreille ou ouvrons les yeux, nous captons le murmure de la création, Dieu nous parle. C’est cela, la révélation naturelle, c’est pourquoi saint Paul disait qu’aucun homme n’est excusable ni ne peut être pardonné de nier l’existence de Dieu. Il est nécessaire d’être très stupide ou très prétentieux pour affirmer que Dieu n’existe pas. Dieu se laisse voir même si c’est de dos au cœur de sa Création. Le Seigneur passe… Quelles belles poésies ont écrites les poètes qui voient dans les créatures, comme l’empreinte du Créateur qui passe, comme lorsqu’on remarque qu’un homme est passé en observant l’empreinte de ses pieds dans le sable, on sent que Dieu est passé lorsque l’empreinte de sa Création et de sa conservation est continuellement présente en notre monde, si près de nous.
Mais lorsque Dieu distingue la brise légère comme sa manifestation la plus exquise, le Concile nomme cela la révélation surnaturelle. Il a voulu nous révéler et nous manifester le mystère de sa volonté. Par le Christ et par son Esprit, les hommes et les femmes peuvent parvenir jusqu’au Père et participer à sa nature divine. Dieu parle aux humains comme les amis parlent entre eux. Qui a un ami comprend cette belle distinction.
Là où il n’y a pas de secret, où règne la confiance, où existe la liberté d’expression, où les secrets se communiquent sans peur d’être dénoncés; c’est ainsi que parle Dieu, ses secrets, ses desseins sur la Création, sur les hommes, sur son Église. Qu’est-ce que Dieu attend de l’humanité? Il est le Seigneur de l’Histoire! Qu’il est merveilleux de se sentir comme Adam au paradis, où la Bible dit que Dieu descendait pour parler avec lui. Ce sont là les moments savoureux que le Christ, le Fils de l’Homme, sentit. En ce moment qu’est-ce que nous a révélé l’Évangile d’aujourd'hui? Il est monté seul sur la montagne pour prier. Nous découvrons souvent le Christ en dialogue avec son Père. Est-ce qu’Il voulait nous enseigner à vivre en constante communication avec Lui? Qu’il nous faut vivre de la vie de Dieu? Qu’il ne faut pas vivre du péché, du mensonge, qu’il faut nous renier nous-mêmes dans la beauté, dans la sublimité de Dieu afin de Lui rendre grâce pour les faveurs obtenues; pour Lui demander pardon pour nos infidélités; pour lui demander, lorsque nos limites se heurtent devant l’impuissance de la grandeur qu’Il nous demande. Il est nécessaire de comprendre que nous avons cette capacité et que Dieu a le désir de remplir cette capacité.
C’est le beau côté de la prière et de la vie chrétienne lorsque l’homme parvient à comprendre qu’un interlocuteur divin l’a créé et l’a élevé avec une capacité pour pouvoir parler en égal. Que ne donnerions-nous pas pour avoir ce pouvoir de nous créer un ami à notre goût et, par un simple souffle de notre vie, avoir la capacité de nous comprendre mutuellement et de converser si intimement avec lui, de sentir qu’il est véritablement un autre moi? C’est ce qu’a fait Dieu. L’être humain est l’autre « moi » de Dieu. Il nous a élevés pour pouvoir discuter avec nous et partager avec nous ses joies, ses largesses et ses grandeurs. Quel interlocuteur plus divin? Comment est-ce possible que nous puissions vivre sans prier? Comment est-ce possible que l’être humain puisse passer toute sa vie sans penser à Dieu, qu’il garde vide cette capacité du divin sans jamais la remplir. Si je ne parvenais qu’à cela dans mon homélie d’aujourd’hui, qu’à éveiller l’intérêt de découvrir ce qui peut-être n’a jamais été découvert.
Comme celui qui monte à l’étage pour rencontrer le Christ et converser avec Lui. Quelle chance de pouvoir le rencontrer! Peut-être ne sommes-nous pas encore montés à l’étage? C’est pourquoi nous vivons au ras du sol, en parlant seulement des misères des hommes, des mensonges et nous ne montons pas à cet étage où comme le Christ à la montagne pour parler seul à seul avec notre Dieu. Ce second plancher nous l’avons ici à l’intérieur de nous, dit le Concile, Dieu a créé pour l’homme et la femme la conscience comme un sanctuaire intime où Il descend pour s’entretenir seul à seul avec nous et où l’être humain décide de son propre destin.
Ne soyons pas les esclaves de personne. N’appelez personne maître sur la Terre, disait le Christ. Voyez, quelle rébellion plus grande! Mais c’est la sainte rébellion de celui qui a rencontré le seul qui puisse être appelé Seigneur. Lorsque quelqu’un a fait la rencontre de ce Seigneur et Maître qui illumine la vérité dans l’intimité de la propre conscience, cette personne est libre en vérité. Ils peuvent dire les choses avec la sécurité de ceux qui se savent appuyés de Dieu. Puisse Dieu, mes frères, que notre peuple, dévot du Divin Sauveur du Monde, sache comprendre cette grandeur, ce dessein pour lequel Dieu nous a créés avec la capacité de l’entendre, pour parler avec Lui, et surtout, pour comprendre le désir qu’Il a de converser avec nous et de partager sa Vie avec nous. 13/08/78, p.117-120, V.
2) Signes de la présence de Dieu parmi nous
Comment savons-nous que Dieu vit en ce monde? C’est ma seconde réflexion. Les signes de la Présence de Dieu. En plus de ces signes naturels desquels nous parlions comme les empreintes de Dieu qui passe, la révélation naturelle, nous avons des signes merveilleux de la révélation surnaturelle. Et ici je fais allusion à la seconde lecture où saint Paul commence à affronter en ce neuvième chapitre de l’Épître aux Romains (1-5), un problème qui le fait énormément souffrir. Il en arrive à dire qu’il voudrait être lui-même anathème pour que les gens le comprennent.
Lorsque Paul est arrivé à converser avec Dieu et à comprendre que son peuple Israël est un signe de Dieu qui veut venir nous sauver; lorsqu’il regarde ses compatriotes israéliens qui ont rejeté le moment où Dieu est venu en Jésus-Christ, Paul souffre énormément de voir que ses compatriotes continuent de suivre la loi de Moïse dans les œuvres de la loi et qu’ils croient davantage dans les institutions humaines qu’en l’amour d’un Dieu qui nous a envoyé son propre Fils. Celui qui a eu la chance de connaître le Christ qui est le sommet des révélations de l’Ancien Testament, sait que toutes les escales de celui-ci n’étaient rien de plus que des échafaudages, que des appuis. Maintenant que le Christ est venu, avec sa mort et sa résurrection, Il a rempli la plénitude des promesses de Dieu et a sauvé le monde. Ni la circoncision, ni le temple de Jérusalem, ni le sacerdoce d’Aaron, ni toutes les lois de Moïse ne sont plus nécessaires. Ce fut là le grand conflit que Paul vécut si intimement au point d’en arriver à dire (Rm 9,3) : « Car je souhaiterais d’être moi-même anathème, séparé du Christ, pour mes frères, ceux de ma race selon la chair. »
Israël est le signe de Dieu parmi nous. Israël avec ses privilèges dont nous a parlé la seconde lecture. Alors que saint Paul avait déjà abandonné la loi mosaïque et s’était fait chrétien, il dit avec joie : « Comme chrétien que je suis, je vais être sincère, ma conscience illuminée par l’Esprit saint m’assure que je ne mens pas. » Pauvre Paul, lorsqu’il se fit chrétien, ils le traitèrent comme on traite les juifs qui se font chrétiens, traîtres, anathèmes, un objet de malédiction, c’est ce qu’est devenu Paul parce qu’il s’était fait chrétien. Mais il dit (Rm 9,1-3) : « Je dis la vérité dans le Christ, je ne mens point – ma conscience m’en rend témoignage dans l’Esprit saint. J’éprouve une grande tristesse et une douleur incessante en mon cœur, car je souhaiterais être anathème, séparé du Christ. »
C’est ici que commence l’énumération des raisons pour lesquels Israël est le signe de Dieu parmi les hommes et pourquoi ils furent adoptés comme fils. À aucun peuple Dieu ne dit tu es mon fils comme Il le dit aux descendants d’Israël.
Deuxièmement, ils ont la Présence de Dieu. En aucun autre peuple qui traversa l’Histoire ne se fit aussi présente la Gloire de Dieu, comme lorsque Israël, en marchant au désert, sentait que Dieu descendait dans la luminosité d’un nuage qui illuminait la nuit et qui durant le jour les protégeait du soleil. Et lorsque l’on consacra le temple de Jérusalem, une grande fumée et une grande lumière le remplissent. La Clarté de Dieu, la Présence de Dieu se fait sentir en ce peuple.
Troisièmement, l’Alliance. Nous sommes sur le mont Sinaï, cette semaine précisément, avec Élie, avec Moïse, avec le Divin Transfiguré et nous savons que sur une montagne Dieu a parlé au peuple : « Vous serez mon peuple et je serai votre Dieu. Cela est ma loi. » Et lorsque le Christ inaugure l’Eucharistie que nous sommes en train de célébrer ce matin, il transmet toute cette richesse de l’Alliance à notre autel. Ceci est mon sang qui a été versé comme signe de l’Alliance avec vous, Alliance du Nouveau et de l’Éternel Testament. Il n’y aura plus d’autres alliances, mais celle du Sinaï préfigure celle de l’autel que nous célébrons. Aujourd’hui, chers frères, la cathédrale et les communautés qui sont en syntonie, nous sommes le peuple d’Israël en alliance avec Dieu, célébrant notre alliance.
Quatrièmement, la Loi. Cet autre privilège, aucun peuple, dit la Bible, n’a reçu une loi si sage parce qu’elle provient de la Sagesse même de Dieu. En tant que peuple, Israël connaissait la loi que voulait Dieu et que ne voulait pas Dieu. Saint Paul fait l’éloge de la Loi, mais il dit : « La Loi ne suffit plus, parce que le Christ est venu compléter la Loi et nous donner la force pour l’accomplir. Mais la Loi est toujours un don, parce que même si c’est dans l’Ancien Testament que nous avons reçu la Loi, elle demeure encore effective aujourd’hui. Celui qui croit en Jésus-Christ, plénitude de la Loi, a aussi l’obligation du Décalogue de l’Ancien Testament. La loi est un privilège, elle nous révèle la vérité sur ce que veut Dieu et ce qu’Il ne veut pas. »
Le culte est un autre des privilèges d’Israël. Le culte, c’était toute cette organisation et cette législation que Dieu inspira à Moïse de choisir une famille pour faire des prêtres et accomplir les rites qui se déroulaient dans le Temple de Jérusalem. Ces liturgies étaient de véritables merveilles où Dieu se faisait présent pour recevoir des hommes, représentés par les prêtres, l’humble hommage des Actions de grâce et des prières de repentir. Du temple, Dieu bénissait ce peuple qui continuait de se sentir comme le peuple de Dieu, qui sentait en son temple comme l’âme de sa nationalité.
Les promesses. Saint Paul nous dit qu’elles sont un autre des privilèges de l’Ancien Testament. Elles sont un signe que Dieu est présent parmi les hommes. Lorsqu’un peuple a été élu pour que lui soit dicté des promesses aussi sûres, aussi efficaces, nous pouvons dire ceci : «Aucun homme n’a pu écrire sa biographie avant de naître sauf un, cet homme c’est Jésus-Christ.» Les prophètes annoncèrent depuis des siècles la physionomie, la figure, l’esprit, ce que Christ viendrait réaliser. Ce sont les promesses de Dieu. Et c’est pourquoi saint Paul, lorsqu’il parle du Christ, Le nomme l’Amen, l’accomplissement des promesses de Dieu. C’est pourquoi saint Paul souffre autant de voir que son peuple ait refusé d’accepter l’accomplissement pour demeurer avec les promesses de l’Ancien Testament. Il sent de la peine pour son peuple davantage attaché à son culte, une institution humaine, qu’à l’amour de Dieu qui inspire ce culte. Et la liste continue.
Les patriarches. Même dans le Nouveau Testament on se réjouit lorsqu’on prononce : Le Dieu d’Abraham, le Dieu de Jacob, le Dieu d’Isaac. Ces hommes que notre tradition théologique appelle les bénis de Dieu, ces hommes qui sont comme le sommet de l’humanité, touchèrent Dieu, ils se nommèrent les amis de Dieu et ils reçurent les premières promesses. Ils sont comme les pères de notre foi. C’est ainsi que les chrétiens appellent encore Abraham, le père de notre foi.
Et pour finir, le Christ, le Messie. Qui est au-dessus de tout. Dieu bénit par les siècles. Saint Paul qui a placé au sommet de cette montagne de privilèges, les Patriarches et le Christ. Comme si déjà le peuple, l’humanité, a touché le divin et, une fleur de cette humanité privilégiée : Marie, la Vierge, recueille dans ses entrailles le Verbe de Dieu et le fait homme qui apparaît en ce monde, Fils de nos patriarches, Fils des promesses de Dieu. C’est ce Christ que nous devons recevoir, nous dit saint Paul. Le Christ est celui qui incarne la Présence de Dieu dans l’histoire d’Israël. Dieu était présent au cours de toute l’histoire d’Israël, parce qu’elle se déroulait comme une histoire porteuse du Fils de l’Homme. Elle Le portait comme fécondée par la divinité de Dieu en promesse, jusqu’à ce qu’elle donne le jour en cette sainte nuit de Bethléem. La Vierge n’est pas seulement une femme, c’est toute une race. C’est tout un peuple privilégié qui dans les promesses de Dieu a rencontré une Incarnation, ici, en Marie.
Mais en plus d’Israël, en plus des promesses faites à Israël et le Christ qui est la fleur de cette promesse, frères en ces jours où l’Église devient une nouvelle de première importance, je voudrais vous dire avec une joie immense que l’Église est aujourd’hui à partir du Christ, l’accomplissement des promesses. L’Église prolonge la présence de Dieu parmi les hommes. Paul nomme ce peuple chrétien qui est réuni aujourd’hui en cette cathédrale : l’Israël de Dieu. Israël ne vaut pas tant parce qu’il est le fils d’Abraham, il vaut parce qu’il est le fils des promesses de Dieu. Il vaut parce qu’il a été chargé d’apporter le Christ. Et le nouvel Israël, l’Église est aujourd’hui aussi celle qui est chargée de rendre présent Notre Seigneur et Sauveur : Jésus-Christ. 13/08/78, p.120-122, V.
3) Le Pape, le grand signe de l’Église, le grand sacrement de l’Église
C’est ainsi que nous arrivons à notre troisième réflexion de mon homélie. L’Évangile de saint Matthieu (14,22-23), déjà présent dans les communautés chrétiennes, dans le nouvel Israël, est le fruit de profondes réflexions. Lisez saint Matthieu et vous y trouverez constamment : ceci s’accomplit afin que s’accomplisse ce qu’avaient annoncé les prophètes. De sorte que Matthieu est comme le transfuge du vieil Israël pour le peuple chrétien. Et précisément dans le passage d’aujourd’hui, nous rencontrons une description de l’Église, parce que – et il est bon que vous preniez cela en compte, surtout ces communautés qui étudient beaucoup l’Évangile, si vous le voulez je vous l’enverrai par écrit – si tout l’Évangile de saint Matthieu est comme un poème chanté au Règne de Dieu qui vient, Règne des cieux le nomme Matthieu, qui vient en ce monde et se fait présent parmi les hommes en un Enfant-Messie, par une promulgation de ce que va être son Esprit dans les Béatitudes. Lors des derniers dimanches, dans ses paraboles, le Christ nous décrivait le Règne des cieux avec son humilité, mais dont personne ne peut empêcher sa venue malgré les obstacles des mauvaises herbes et des mauvais poissons.
Toute cette réflexion nous conduit maintenant à réfléchir sur les chapitres 13 à 18 de saint Matthieu. Ils nous parlent de la communauté humaine, où ce Règne de Dieu commence déjà à se faire réalité. En cette communauté humaine, concrète, il y a un sujet principal qui se distingue comme la tête. C’est ici dans ces trois chapitres, trois passages qui font référence à saint Pierre, un de ceux-ci est celui d’aujourd’hui, où il apparaît sur ce navire comme le capitaine. Mais le bateau en soi, où vont quelques apôtres et dont le Christ se tient tout près, même s’ils ne le sentent pas, même s’ils le confondent avec un fantôme, cette embarcation, selon saint Matthieu, représente l’Église, la communauté des hommes qui croient au Christ et qui possèdent l’autorité que le Christ leur a laissée. Les apôtres, parmi lesquels se distingue le chef, le prince des apôtres qui est en son successeur, le Pape actuel.
Il est merveilleux de penser ce matin comme nous l’avons si souvent fait en notre Église persécutée. D’autant plus que l’on nie cette évidence, cela continue d’être la vérité. On persécute la communauté chrétienne qui tente d’être fidèle et de s’identifier au Christ. C’est la bourrasque, la tempête qui veut faire apparaître le Christ comme un fantôme. Qui fait sentir le Christ avec la peur, c’est pourquoi plusieurs s’en éloignent. Mais c’est ici que le Christ nous demande de vaillantes preuves de foi, où Pierre apparaît comme celui qui est le plus éprouvé dans sa foi. C’est qu’il lui est nécessaire d’avoir une foi spéciale. C’est pourquoi Pierre entre dans une relation très personnelle que n’ont pas les autres apôtres avec le Christ. Celui-ci lui tend la main pour lui signifier l’unité entre le Christ et Pierre et l’Église qui marche avec Pierre.
Dans la Constitution du Concile sur l’Église on décrit quelque chose qui me semble très important maintenant et dont nous avons déjà parlé avec le problème de saint Paul. Si Israël était le signe de la présence de Dieu dans l’Ancien Testament et si l’Église chrétienne est le signe de la présence de Dieu parmi nos contemporains, pourquoi alors l’Église n’est-elle pas sainte? Et pourquoi malgré tout, l’Église demeure-t-elle nécessaire?
Je voudrais vous proposer ces trois principes. Gardons cela à l’esprit en ces heures où l’Église est en conflit.
Premièrement : Dieu est dans le Christ et le Christ est dans l’Église, mais le Christ déborde l’Église, c’est-à-dire que l’Église ne peut prétendre posséder entièrement le Christ. L’expression qui dit : seuls ceux qui sont dans l’Église sont des chrétiens n’est pas exacte. Il existe de nombreux chrétiens de cœur qui ne connaissent pas l’Église, mais qui sont peut-être meilleurs que ceux qui appartiennent à l’Église. Le Christ déborde, comme lorsque l’on met un seau dans un puits rempli d’eau, le récipient déborde d’eau, mais ne contient pas tout le puits. Il y a encore beaucoup d’eau au dehors du seau. C’est ce que dit le Concile. Il existe de nombreux éléments de vérité et de grâce qui appartiennent au Christ et qui ne sont pas dans l’Église. C’est une des grandes révélations ou redécouvertes d’une grande vérité pour ceux qui se font une vaine gloire d’appartenir à l’Église. Sachez que nous pouvons dire : « Ici, on ne trouve pas tous ceux qui le sont et nous n’y retrouvons pas non plus tous ceux qui lui appartiennent. »
On n’y trouve pas tous ceux qui le sont. Il y a de nombreux chrétiens qui ne sont pas membres de notre Église. Béni soit Dieu qu’il existe plusieurs bonnes personnes, très bonnes, au-dehors des limites de l’institution ecclésiale : protestants, juifs, musulmans, etc. Un événement comme celui que nous avons vécu cette semaine nous fait sentir cela. La mort du Pape a ébranlé non seulement la communauté institutionnelle qui se nomme l’Église. Cet événement a transcendé, a débordé l’Église parce qu’ils sentent dans le Pape une présence qu’eux-mêmes à leur manière pressentent.
Le second principe est celui-ci : l’Église est le signe de la Présence de Dieu et c’est pourquoi elle est nécessaire. Même si l’Église ne contient pas tout le Christ, elle est un signe que le Christ est en ce monde. Revenons à notre comparaison. Le seau d’eau que l’on remplit à la source est le signe que cette eau est de cette source, qu’il existe une source de laquelle on peut tirer de l’eau. Écoutez ce que dit le Concile : « À cette société qu’est l’Église sont incorporés pleinement ceux qui possèdent l’Esprit du Christ, qui acceptent la totalité de son organisation et tous les moyens du Salut qu’Il a établis, et en son corps visible sont unis au Christ, lequel est régi au travers du Pontife Suprême et des évêques par les liens de la profession de foi, des sacrements, du gouvernement et de la communion ecclésiastique. Ne se sauvent pas cependant, même s’ils sont incorporés à l’Église, ceux qui ne persévèrent pas dans la charité, qui demeurent au sein de l’Église de corps, mais non de cœur. » On peut appartenir à l’Église de corps, on peut être présent de corps à la sainte messe à la cathédrale, mais ne pas y être de cœur. On peut être dans l’Église, mais ne pas être de l’Église parce que le cœur n’y est pas. Il ne suffit pas de dire : je suis d’une famille de baptisés. Si je ne vis pas conformément au christianisme, je n’appartiens pas de cœur à ce corps mystique qu’est l’Église.
Les fils de l’Église ne doivent pas oublier qu’ils ne doivent pas attribuer leur excellente condition à leurs propres mérites, mais plutôt à une grâce singulière du Christ, à laquelle, s’ils ne répondent pas en pensées, en paroles et en acte, loin de se sauver, ils seront jugés avec une plus grande sévérité. Cela veut dire que nous les catholiques, nous avons la chance d’avoir connu les moyens du Salut que le Christ a apportés. En ce seau qui se nomme l’Institution Église est le Pape, la hiérarchie, les sacrements qui sont les instruments de Dieu pour nous donner le Salut. Mais il ne suffit pas d’avoir tout cela à notre disposition. Et ces mêmes instruments (les prêtres) peuvent également être condamnés parce que nous pouvons bien être les instruments de la grâce de Dieu et ne pas l’utiliser pour nous-mêmes.
C’est pourquoi maintenant nous parlons du Pape et de l’Église comme institution, gardons cela à l’Esprit. Que ni les prêtres, ni les évêques, ni le Pape, ni les sacrements, ni les organisations ecclésiales ne contiennent tout le Christ. Mais ils sont nécessaires pour rendre présente comme un signe perceptible, la Présence de Dieu parmi nous.
C’est pourquoi le troisième principe est celui-ci : ce ne sont pas tous les membres de l’Église qui possèdent et irradient le Christ. Saint Paul se plaint justement de ce qu’un peuple aussi privilégié n’a pas voulu accepter le Christ. Et il dit : « Grâce à Dieu, il demeure toujours un reste. » La Vierge, les apôtres, les premiers chrétiens convertis du judaïsme sont le reste qui fut fidèle à la promesse et accepta le Christ. Par contre, l’immense majorité du peuple continua de croire en son institution. Faisons très attention, nous catholiques, en commençant par nous les ministres de Dieu, ne croyons pas que parce que nous sommes évêques ou prêtres et parce que nous appartenons à l’institution ecclésiastique, nous sommes les meilleurs chrétiens. Nous sommes un signe, mais nous pouvons être comme la cloche qui sonne et appelle, mais qui demeure au-dehors. C’est ici comment le Christ attire l’attention de tous ceux qui forment cette institution, le visible du christianisme, pour que nous nous efforcions d’être de véritables signes d’une présence de Dieu en ce monde.
C’est pour cela que le Pape que j’appelle le grand signe de l’Église.
Ubi Petrus ibi celesia, dit la théologie. L’Église se trouve là où est Pierre; c’est là une des plus belles révélations de cette semaine.
Nous avons senti où se trouvait le centre du catholicisme. Ce que ne peuvent montrer d’autres confessions chrétiennes. Ce que ne peuvent montrer d’autres religions. C’est pourquoi je dis qu’il est nécessaire que l’institution existe. Le Pape dans son humilité se croyait inutile. Et cependant, lui-même face aux protestants de Genève a dit : mon nom est Pierre. Je suis Pierre. Le Christ a voulu que mon humble personne soit le signe de sa présence, le centre de son Église.
Lorsque le Concile Vatican II, en s’inspirant aussi du Concile Vatican I, nous enseigne sur ce qu’est le Pape, il nous dit : « Pour que l’épiscopat soit un et indivisible, il mit à la tête des autres apôtres le bienheureux Pierre qui institua en sa personne le principe et le fondement perpétuel et visible de l’unité de la foi et de la communion. » Cette doctrine sur l’institution, perpétuité, pouvoir et raison d’être de la sainte primatie du Pontife Romain et du magistère infaillible, le Saint Concile la propose à nouveau comme objet de foi inamovible de tous les fidèles.
Ce dogme de foi a été défini lors du Concile Vatican I en 1870, à savoir que le Pape détient un primat qui est infaillible, qui est l’autorité suprême du peuple de Dieu universel.
C’est pourquoi, mes frères, la mort de Paul VI nous dit, à la lumière des Paroles de Dieu d’aujourd’hui, que Dieu aspire à être avec les hommes et que ceux-ci possèdent la capacité d’être avec Dieu jusqu’au point de pouvoir construire une organisation humaine qui se nomme l’Église, où Dieu vit avec les humains. Et le signal de vérité de cette Présence de Dieu dans son Église, c’est le Pape. Il est fantastique de penser à cette figure, à cette physionomie. Combien riche est le pontificat romain qui confie à un seul homme la charge de maintenir le fondement et l’unité de son Église. Le pontificat prend la physionomie, les caractéristiques si propres, selon la personnalité de l’homme qui est choisi par cette institution. Plusieurs d’entre nous peuvent se souvenir de Papes comme Pie XI, Pie XII, Jean XXIII, et Paul VI, quelles figures plus distinctes de l’être humain. Et lorsque Jean XXIII, revêtu de l’habit papal, montait au balcon de saint Pierre pour annoncer au monde comme Pasteur universel, il dit : « Plusieurs se demandent comment sera le nouveau Pape; sera-t-il un homme d’État, un diplomate, ou un organisateur? Tous se sont trompés, dit le Pape, toutes ces choses peuvent servir comme garnitures. Mais ce que l’on doit rechercher c’est un Pape, c’est un pasteur. Et j’essayerai d’être le Pasteur, représentant du Bon Pasteur.
De Paul VI, je disais à mes prêtres bien-aimés, durant nos réunions, qu’il possédait ce charisme de pouvoir parler du Christ et de l’Église, qu’il défendit l’identité de l’Église malgré l’audace avec laquelle il amena l’Église jusqu’aux frontières, jusqu’aux limites qu’elle ne pouvait passer. Cet aggiornamento, cette mise à jour dans la théologie et dans les problèmes de l’humanité, cette primatie du spirituel, ce dialogue ouvert avec le monde, etc. La physionomie change avec chaque homme qui accède au pontificat romain, mais l’institution demeure la même. Tu es Pierre et sur cette pierre je construirai mon Église. 13/08/78, p.123-126, V.