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Seizième dimanche du temps ordinaire; 23 juillet 1978; Lectures : Sagesse 12,13.16-29; Romains 8,26-27; Matthieu 13,24-34.
L’Esprit de Dieu parmi les homme
Seul un maître divin comme Jésus-Christ pouvait gagner l’attention d’un auditoire à ses paraboles si simples, mais si certaines. Non seulement l’auditoire qui l’entourait il y a vingt siècles, sinon les multitudes qui, tous les dimanches, à travers les siècles, continuent d’apprendre ici sous forme d’anecdotes, de comparaisons, comme le faisaient les rabbins de son temps, une doctrine divine, merveilleuse comme l’est notre foi. Je me réjouis et je sens l’honneur immense d’être l’humble répétiteur de cette doctrine de Jésus-Christ. Je remercie mon cher auditoire pour l’attention qu’il accorde à ma prédication.

Dans les trois précieuses lectures d’aujourd’hui (Sg 12,13.16-19; Rm 8,26-27; Mt 13,24-34), j’ai trouvé ce titre pour mon homélie de ce matin : L’Esprit de Dieu parmi les hommes. Et comme de coutume, je vais le subdiviser en trois pensées :
 
Plan de l’homélie :
1) L’Esprit de Dieu
2) La Vocation humaine
3) L’Église, signe de l’Esprit de Dieu parmi les hommes
 
1) L’Esprit de Dieu

À la lumière de ces trois réflexions de la Parole de Dieu, nous allons éclairer le contexte réel de notre histoire au cours de cette semaine. Mais avant tout, élevons notre foi jusqu’au sommet de Dieu pour écouter dans la première lecture du Livre de la Sagesse (12,13.16-19), l’Esprit de Dieu. Ce livre est probablement le plus récent de l’Ancien Testament, il est le produit d’un Israélite qui dut méditer l’ensemble de la Bible dans un contexte dangereux, celui d’Alexandrie des temps antérieurs et contemporains du Christ. La Parole de Dieu courait le danger d’être sécularisée, de perdre sa force pour n’être plus qu’une sagesse humaine, grecque, cosmopolite. Et nous avons de cet homme qui écrivit le Livre de la Sagesse, le modèle de celui qui fait une homélie. C’est un livre homilétique, tout au moins pour ce qui est de sa seconde partie parce qu’il narre l’histoire d’Israël, surtout l’Exode, mais non pas comme une histoire du passé, sinon en l’actualisant au temps d’Alexandrie. C’est ce que fait l’homélie, elle apporte la Bible à l’actualité, elle incarne la Parole Éternelle de Dieu dans l’histoire contemporaine des hommes. Dans le Livre de la Sagesse, nous avons un modèle d’homélie.

Tandis qu’il réfléchit sur la puissance de Dieu qui fait sortir Israël de l’esclavage en Égypte après les sept plaies et lui fait traverser le désert avec des signes merveilleux de sa présence jusqu’à ce qu’il parvienne à la Terre promise, l’auteur applique cela à l’Égypte de son temps. À l’époque quasi contemporaine du Christ où l’auteur exhorte le peuple d’Israël à ne pas perdre sa foi dans le Dieu véritable. Ici, nous rencontrons le Dieu de la Bible, celui qui appela Moïse pour conduire le peuple à la liberté. Celui qui inspira aux patriarches une espérance de Rédemption.. C’est ce même Dieu qui des siècles plus tard est adoré par les Israélites au milieu d’une cité païenne. Comme nous pourrions dire également, ce même Dieu d’aujourd’hui, de 1978, ici au Salvador, c’est le Dieu qui ne change pas, c’est le Dieu éternel. Regardons avec quels traits précieux nous le présentent les Saintes Écritures pour que, non pas de ma pauvre parole, mais de la grande homélie du Livre de la Sagesse, nous apprenions qui est notre Dieu.

En premier lieu, dit le Livre, c’est un Dieu unique. Il n’y a pas d’autre dieu. Comme la Bible affirme avec force ce cri d’unité de Dieu. On entend ici comme un des derniers échos de l’Ancien Testament, avec toute la vigueur de la révélation. Il n’existe qu’un seul Dieu et tous ceux qui se disent dieux ou autre chose, pèchent, offensent, parce qu’ils se font idolâtres. Il est certain qu’ici, en 1978, le Livre de la Sagesse changerait quelque peu, ce n’est plus le danger de l’idolâtrie des temps de l’Alexandrie fleurissante, mais c’est le Dieu du Salvador qui est menacé devant ces fausses idoles : Idoles de l’argent, idoles du pouvoir, idoles de la luxure et du plaisir. Combien d’idolâtries menacent notre civilisation, comme chez les Israélites d’Alexandrie, qui nous enlèvent du cœur le Dieu véritable. Tu n’adoreras pas d’autre dieu, ni ne serviras d’autre dieu, parce que ton Dieu est unique. Il possède, nous l’a révélé aujourd’hui le Livre de la Sagesse, une souveraineté universel, un pouvoir total. Il peut être comme Il le veut : Puissant, souverain, tous ces qualificatifs que nous avons entendus aujourd’hui de ce Dieu de la révélation.

Un autre titre de Dieu qui apparaît dans la première lecture : Il est un Dieu providence, un Dieu qui prend soin de tous, un Dieu qui nous gouverne. Comme il est précieux de se sentir gouvernés par Dieu, sous la souveraineté de Dieu. Ainsi s’explique quand la Sainte Bible nous dit qu’il n’y a pas de pouvoir qui ne vienne de Dieu et qu’il faut obéir au pouvoir parce qu’il vient de Dieu. Mais cela signifie aussi que le souverain, celui qui dirige, ne doit pas diriger en dehors de ce que Dieu veut et que si une autorité doit être respectée, c’est parce qu’elle reflète la sainte puissance de Dieu. Quand le pouvoir des hommes devient un abus contre la Loi de Dieu, contre le droit, la liberté, la dignité humaine, alors c’est l’heure de crier comme saint Pierre dans la Bible qu’il faut obéir à Dieu avant d’obéir aux hommes. Tout pouvoir vient de Dieu et c’est pourquoi le gouvernement ne doit pas user du pouvoir selon ses caprices, sinon selon la volonté du Seigneur. C’est la providence de Dieu qui veut gouverner les peuples et les gouvernants sont ses ministres, serviteurs de Dieu comme toutes ses créatures.

Aussitôt après, la Bible nous dit qu’il est un Dieu juste. Il ne juge pas injustement, son pouvoir est un principe de justice. Voyez comme est riche ce concept de justice. La justice est une manifestation du pouvoir, un pouvoir n’est pas authentique s’il est injuste. Dieu lui-même peut faire ce qu’Il veut, Il n’abuse pas cependant de ce pouvoir parce qu’Il est juste, Il est la justice par excellence. Le pouvoir de Dieu est comme illuminé par sa justice infinie. Jugez avec modération, c’est la sainteté éternelle de Dieu, ne soyez pas impatient, c’est Dieu qui détient les rennes de tous les peuples et de tous les humains. C’est pourquoi sa justice est modérée, c’est une justice sereine et sainte.

Vient alors un autre titre dans la lecture d’aujourd’hui : Un Dieu de miséricorde. Ta souveraineté universelle Te fait pardonner à tous. Tu nous gouvernes avec une grande indulgence puisque Tu peux agir comme bon te semble. Cela semble paradoxal. Précisément pour cela, parce qu’Il pourrait faire comme bon lui semble. Il pourrait nous humilier, nous piétiner, nous torturer, nous traiter cruellement, mais non, précisément parce qu’Il peut faire ce qu’Il veut, Il nous aime. Il possède les ressources pour être miséricordieux et attendre que les êtres humains reviennent sur le bon chemin. Comme est différente la justice des hommes.

Combien d’hommes, lorsqu’ils parviennent à obtenir du pouvoir, s’en servent pour outrager? Combien y a-t-il de tortures, de grossièretés? Vous pouvez faire ce que vous désirez et c’est pourquoi vous me traitez ainsi. Comme ces mots ont dû être dits dans ces antres horribles qui sont la honte de notre civilisation : chez la police, chez la Garde Nationale, partout où ont lieu des tortures. Les puissants, ceux qui ont des armes, ceux qui ont des bottes pour frapper, parce qu’ils peuvent faire comme bon leur semble, mais le pouvoir des faibles se convertit en cruauté. C’est un complexe d’infériorité conduit à la grossièreté. Dieu n’a pas de complexes d’infériorité. Lui seul peut faire ce qu’Il veut et ce Dieu nous gouverne avec bonté. Dieu peut tout et c’est pourquoi Il juge avec bonté et miséricorde ces pécheurs et ces accusés, mais ce Dieu juste et miséricordieux sanctionne également parce que la miséricorde n’est pas de la faiblesse.

Dieu démontre sa force à ceux qui doutent de son pouvoir total et réprime l’audace de ceux qui ne le reconnaissent pas. Cela oui, quand l’homme insolent se retourne contre Dieu, pauvre de lui! Là la puissance de Dieu se fera sentir devant le vantard, devant l’orgueilleux, devant celui qui désobéit à ses Lois, la toute-puissance de son châtiment. Dieu châtie également, mais seulement quand sa patience s’est épuisée. Dieu est juste, mais avant tout, Il est infiniment miséricordieux.

Chers frères, voilà notre Dieu. Ne l’oublions pas, respectons-le et sachons que c’est de là que proviennent toute l’allégresse et la confiance de notre foi. Puisions-nous toujours servir ce Dieu qu’est venu nous révéler Jésus-Christ comme Père, comme Providence, comme bonté, non par peur, mais par amour.

Vous savez qu’il existe deux sortes de peur : la peur servile et la peur filiale. La peur servile, ou encore la peur des serviteurs, la peur de ceux qui craignent le châtiment, la peur de ceux qui font les choses pour ne pas être punis, est une peur mesquine, pauvre, hypocrite, souvent d’apparences. Mais la peur filiale est celle du fils, filiale parce qu’il a peur d’offenser son père. C’est une peur qui naît de l’amour, c’est la peur de la fille qui ne veut pas faire de la peine à sa mère, c’est la peur de ceux qui s’aiment et ne veulent pas se faire du mal. C’est cette peur que nous devons avoir pour Dieu. C’est un Dieu d’amour, de bonté et de miséricorde, c’est pour cela que je te sers, non pas parce que je crains le châtiment sinon parce que je te désire. Comme dit cette belle poésie : « Tu n’as pas besoin de me donner quelque chose parce que je te désire, parce que même si le ciel n’existait pas je t’aimerais, et même si l’enfer n’existait pas je te craindrais, de même que je te veux, je te voudrais. »

Comme est précieux le cœur de l’être humain lorsqu’il parvient à cette indépendance et qu’il sait qu’il aime Dieu non pas par crainte et qu’il Le sert et Lui obéit non pas parce qu’une chose est péché ou une autre ne l’est pas. Le péché demeurerait comme un second frein. La peur de l’enfer serait une réserve qui demeure nécessaire, mais cela ne doit pas être la motivation première. Cette motivation doit d’abord provenir de notre relation avec Dieu, relation d’amour et de gratitude envers le Seigneur. 23/07/78, p.80-83, V.
 
2) La Vocation humaine

Passons maintenant au second point de notre réflexion. C’est le dessein de Dieu qui veut venir vivre au milieu des hommes et des femmes. Ce Dieu a créé l’homme et la seconde pensée est la suivante : quelle est la vocation de l’être humain? Et je la vous résume en ces mots : La vocation de l’homme c’est d’être à l’image de Dieu. C’est de participer de sa vie et de sa gloire. C’est de collaborer au Salut de tous les hommes.

En premier lieu, je vous ai dit que la vocation de l’homme c’est d’être à l’image de Dieu. La vocation à la bonté et ici je vais me prévaloir de la parabole du blé et de l’ivraie. Mais auparavant, écoutons comment se termine la première lecture (Sg 12,19). Elle dit : « En agissant ainsi, tu as appris à ton peuple que le juste doit être ami des hommes et que tu as donné le bel espoir à tes fils qu’après les péchés tu donnes le repentir. »

Quand les apôtres demandèrent au Christ de leur expliquer la parabole du blé et de l’ivraie, Jésus leur dit clairement (Mt 13,37-38) : « Celui qui sème le bon grain, c’est le Fils de l’homme; le champ, c’est le monde; le bon grain, ce sont les sujets du Royaume; l’ivraie, ce sont les sujets du Mauvais. » Ce n’est pas que Dieu veuille avoir en ce monde des hommes bons et d’autres mauvais. Quand les semeurs demandèrent au propriétaire (Mt 13,27-28) : « Maître n’est-ce pas du bon grain que tu as semé dans ton champ? D’où vient donc qu’il s’y trouve de l’ivraie? Il leur dit : « C’est quelque ennemi qui a fait cela. »

J’ai rencontré le plus beau commentaire de ce texte évangélique, dans un texte du Concile Vatican II, dans la Constitution de l’Église dans le monde de ce temps qui dit (G.S.11.1) : « La foi, en effet, éclaire toutes choses d’une lumière nouvelle et nous fait connaître la volonté divine sur la vocation intégrale de l’homme, orientant ainsi l’esprit vers des solutions pleinement humaines. » Il parle des valeurs que l’humanité actuelle valorise grandement. Entre autres, par exemple, comme ces valeurs sont appréciées : le respect, la liberté, la dignité, l’autorité bien comprise, la fraternité, etc. Ce sont là des valeurs que tout homme porte dans son cœur. (G.S. 11,2) : « Car, dit le Concile, ces valeurs, dans la mesure où elles procèdent du génie humain, qui est un don de Dieu, sont fort bonnes; mais il n’est pas rare que la corruption du cœur humain les détourne de l’ordre requis; c’est pourquoi elles ont besoin d’être purifiées. »

C’est cela le commentaire du bon blé et de l’ivraie. Dieu a semé la bonté. Aucun enfant n’est né mauvais. Nous avons tous été appelés à la sainteté. Ces valeurs ont été semées par Dieu dans le cœur des humains, valeurs que nos contemporains estiment tant. Il ne s’agit pas là de pierres précieuses ou de choses qui naissent spontanément. Pourquoi y a-t-il donc alors autant de méchanceté?

Parce que ces valeurs ont été corrompues par la mauvaise inclination du cœur humain et elles besoins d’être purifiées. La vocation de l’homme, donc, première et originelle, c’est la bonté. Nous sommes tous nés pour la bonté. Personne n’est né avec des inclinaisons de séquestrer, d’être un criminel, un bourreau, un assassin, nous sommes tous nés pour être bon, pour nous aimer, pour nous comprendre. Pourquoi alors Seigneur, a-t-il poussé autant d’ivraie dans ton champ? C’est l’ennemi qui a fait cela, dit le Christ. L’être humain a laissé croître dans son cœur la méchanceté, les mauvaises fréquentations, les mauvaises inclinations, les vices.

Très chers jeunes, vous qui êtes sur le point de choisir votre vocation, avant de prendre votre décision, pensez que nous sommes tous appelés à la bonté et je déplore que nous, les plus âgés, nous vous laissions autant d’égoïsme et de méchanceté en héritage. Vous renouvelez, comme du blé nouveau, comme une semence nouvelle, les champs encore frais, avec la main de Dieu. Enfants et jeunes, tâchez d’être un monde meilleur. Obéissons tous par contre à cette seconde vocation qu’est la conversion.

Voyez, comme nous l’a dit la première lecture, que Dieu attend la conversion des hommes et dans la parabole du blé et de l’ivraie, le Christ, Dieu parmi les hommes, annonce qu’il ne faut pas arracher l’ivraie, qu’il faut attendre l’heure de la récolte. Même le plus vieux peut se convertir. Le bon larron condamné lui aussi à être crucifié sur le Calvaire, se convertit et à la dernière heure il reçoit le pardon et le ciel. Il n’est jamais trop tard pour se convertir. Je voudrais faire appel ici, avec la vocation de Dieu, aux pécheurs pour qu’ils se convertissent de leur mauvaise vie. Combien de fois, depuis cette cathédrale et dans les circonstances difficiles de notre prédication, cette voix a-t-elle été celle avec laquelle se terminaient les dénonciations de l’Église? Nous n’avons jamais dénoncé par ressentiment, nous n’avons jamais semé la haine. […]

L’amour du Christ exige des renoncements. L’amour du Christ exige des choses qui parfois dérangent et c’est pourquoi on nous accuse d’être subversifs et de semer la haine alors que nous ne faisons rien d’autre que de prêcher la conversion. Chaque fois que nous terminons une dénonciation, nous demandons que ceux qui ont commis ce mal se convertissent. Dieu ne veut pas les perdre, Dieu les espère.

Dans ces antres mystérieux où ont disparu tant de nos frères, combien savent ce terrible secret, combien ont les mains tachées de sang ou d’outrages, combien de mauvaises graines. Dieu les espère, ne les enlever pas, dit le Christ, attendez. Je voudrais dire à tous ses amis et ses frères qui ont une conscience inquiète parce qu’ils ont offensé Dieu et leur prochain qu’ils ne peuvent pas être heureux ainsi. Que le Dieu de l’amour les appelle, qu’Il veut leur pardonner, qu’Il veut les sauver.

C’est la parabole du blé et de l’ivraie et cela doit nous amener à comprendre le mystère de l’iniquité qui est à l’œuvre également dans l’Église. Si elle est la semence du blé de Dieu. Les évêques, les prêtres, les religieuses, les laïcs, les couples, les jeunes, les collèges catholiques ne devraient-ils pas tous être saints? C’est sûr que oui. Le sont-ils? Nous devons tristement reconnaître qu’ils ne le sont pas. Alors, l’Église est fausse? Non plus! S’il existait une Église qui se glorifie que tous ses membres soient saints, cela ne serait pas l’Église véritable, parce que le Christ a dit que son Église est semblable à ce champ où pousse côte à côte le blé et l’ivraie. Tant que nous vivrons dans cette Église en pèlerinage, nous aurons ensemble le blé et l’ivraie. Non pas pour que nous devenions tous de l’ivraie sinon pour que celle-ci devienne du blé afin que lorsqu’arrivera l’heure nous puissions tous être des citoyens du Règne de Dieu, pour que nous puissions tous apparaître semblables à des soleils dans le Royaume du Père. Tant que nous ne serons pas de bons chrétiens, nous ne serons rien de plus que de l’ivraie, même si nous sommes dans le temple et que nous célébrons la messe. Tant que nous ne serons pas ce que nous devons être, nous ne sommes pas l’idéal de Dieu, mais Dieu endure et espère.
C’est cela la voix authentique de l’Évangile. Celle qui ne tente pas de se dire meilleure que les autres, mais qui fait appel à la conversion de tous. Parce que la conversion qui est juste aux yeux de Dieu, nous répète l’Apocalypse, que non seulement les pécheurs doivent abandonner leurs péchés pour devenir saints, sinon, comme nous dit cette parole exigeante : « Que celui qui est saint se sanctifie davantage, et que celui qui est juste se justifie encore plus. » Qui sait quel est le degré de sainteté que Dieu va nous demander, à moi et à chacun de vous? Et si nous ne l’avons pas atteint, nous devrons nous purifier avant d’entrer dans ce Royaume où se réalisera la citoyenneté des enfants de Dieu.

Il est temps, frères, que nous ne profitions plus de la vie pour faire ce dont nous avons envie. Tu détiens le pouvoir pour tout faire, dit la Bible en parlant de Dieu, mais précisément parce que tu as ce pouvoir, tu n’es pas libre de faire le mal. Dieu ne peut pas faire le mal, malgré le fait qu’Il soit libre, parce que la bonté, la liberté véritable, consiste toujours à faire le bien. Non par la force, sinon comme Dieu le fait, librement. L’homme aussi, que Dieu a fait à son image, possède la capacité de commettre le mal, mais non pour le réaliser. Oui, il possède des mains pour frapper et il peut frapper, mais il ne doit pas le faire. Tes mains doivent servir à donner avec amour. Si tu as des pieds, c’est pour marcher sur les chemins et si Dieu t’a donné la capacité d’aller sur les chemins du mal, mais tu ne dois pas y aller, ni ne dois te servir de tes pieds pour battre le pauvre torturé, mais pour marcher librement sur les chemins du bien. La liberté, Dieu l’emploie pour le bien absolu et ses fils, les images de Dieu, sont également libres et ils doivent user de cette liberté non pour pécher, non pour vivre dans le péché qui offense Dieu et qui est un abus de la liberté, sinon pour faire le bien.

Très chers frères, pour être citoyen du Règne, la vocation de l’humain est de participer à la vie et à la gloire de Dieu. Je me prévaudrais ici de la seconde lecture d’aujourd’hui (Rm 8,26-27). Saint Paul qui nous a offert l’épître aux Romains, nous fait cette grande révélation, puisions-nous ne pas l’oublier. La révélation selon laquelle, dès cette vie le chrétien a été justifié, a été pardonné, quand il est devenu véritablement chrétien par un baptême bien vécu. Que cette vie chrétienne qui nous a faits fils et filles de Dieu, créatures nouvelles, se révélera et nous donnera aussi la gloire du corps que nous attendons. Ce corps porte déjà en lui les germes de l’Esprit de la vie nouvelle et il va ressusciter. Ce que le Christ nous a dit aujourd’hui : « Vos corps et vos esprits brilleront aussi comme des soleils dans le Royaume du Père. » […]

En cette heure, il se peut que le plus pécheur brille plus en apparence que le plus saint, mais quand resplendiront les véritables valeurs qui valent aux yeux de Dieu, alors,  dit saint Paul, l’Esprit rendra témoignage qu’ils sont des fils de Dieu. Et cet Esprit de Dieu qui nous a été donné dans l’épître d’aujourd’hui nous offre une autre fonction très précieuse, celle de nous enseigner à prier.
Très chers frères, si nous voulons vraiment montrer cette création nouvelle que Dieu a faite en nous, qu’Il nous a donné son Esprit et qu’Il nous a rendus participants de son goût divin, laissons-nous conduire par l’Esprit pour être prière. Saint Paul l’a dit aujourd’hui (Rm 8,26-27) : « L’Esprit lui-même intercède pour nous en des gémissements ineffables, et Celui qui sonde les cœurs sait quel est le désir de l’Esprit et que son intercession pour les saints corresponds aux vues de Dieu. » Comment est-ce possible que Dieu, pour établir un dialogue intime avec l’être humain, ait élevé ce dernier pour le mettre sur la même plate-forme divine et pour parler son propre langage? Et, pour l’élever sur cette plate-forme divine, Il lui a donné son Esprit. Prier, c’est parler avec Dieu. Il existe une comparaison précieuse du Concile Vatican II qui dit que Dieu a donné à l’homme le sanctuaire intime de sa conscience pour qu’il puisse entrer dans cette cellule privée pour s’entretenir seul à seul avec Dieu pour décider de sa propre destinée. Nous avons tous une église à l’intérieur de nous : notre propre conscience. Là se trouve Dieu, son Esprit. Bienheureux celui qui ne laisse pas ce sanctuaire abandonné et qui prie. Bienheureux celui qui entre souvent pour parler seul à seul avec Dieu. Essayez cela, frères, et même si vous vous sentez pécheur et souillez, entrez plus que jamais pour dire : Seigneur corriges-moi j’ai péché, je t’ai offensé; ou lorsque vous sentez l’allégresse d’une bonne action : Seigneur, je te rends grâce parce que ma conscience est heureuse et Tu me félicites; quand vous êtes angoissé et que vous ne rencontrez personne pour vous dire une parole de réconfort, entrez dans votre sanctuaire intime pour que Dieu vous oriente; quand vous êtes tristes, comme tant de mères qui ne retrouvent plus leurs fils disparus, entrez seul à seul avec Dieu et dites-Lui : « Seigneur, Tu sais où il se trouve, Tu sais comment on le traite, parlez-Lui-en. » Comme est belle la prière quand elle se fait vraiment avec l’Esprit de Dieu à l’intérieur de nous, participants de la vie de Dieu.

Il y a dans le Livre de la Sagesse une précieuse prière du gouvernant qui demande à Dieu sa sagesse et que nous pourrions tous dire : « Dieu de nos pères, Seigneur de miséricorde qui par ta parole fit tout, Toi qui par ta sagesse donna à l’homme le pouvoir de dominer les créatures sorties de tes mains pour qu’il gouverne le monde avec sainteté et justice, donne-moi la sagesse qui partage ton trône et ne me rejette pas du nombre de tes enfants. » Après il dit : « Envoie ta sagesse pour qu’elle travaille avec moi et que je sache te rendre grâce. Elle me guidera prudemment dans mes entreprises et me protégera par son pouvoir. Mes œuvres te rendront grâce et je gouvernerai ton peuple avec justice. »

Lorsque je lis cette prière, cela me rappelle énormément celle que disent les Alcooliques anonymes qui semble être un résumé de cette prière du Livre de la Sagesse : « Oh, Dieu! Enseigne-moi la sérénité pour accepter les choses que je ne peux changer, le courage pour changer celles que je peux et la sagesse pour reconnaître la différence. » Je crois que maintenant cette prière devrait être non seulement celle des groupes d’Alcooliques anonymes, mais qu’elle devrait être une prière pour tous ceux qui désirent le changement dans le monde. Donne-moi la sagesse pour avoir le courage de changer ce qui doit changer et la sérénité pour supporter ce qui ne peut pas l’être. Combien de bien cette prière a-t-elle produit chez les alcooliques? Il sait qu’il peut changer cette vie et moi qui ai entendu tant de témoignages, je vous dis la joie que donne la sagesse de Dieu lorsqu’elle prend possession d’un homme, même s’il s’agit du plus vicié, il se convertit en l’artisan de son propre changement. Ce n’est déjà plus un alcoolique, il est dorénavant la joie de sa famille. Pourquoi chacun de nous, pécheur, n’en ferait-il pas autant?

L’égoïste qui pense qu’il ne peut pas vivre en partageant avec les autres, tous ceux qui croient qu’ils ne peuvent rien changer, que les choses doivent demeurer ainsi. Des changements sont nécessaires, mais non pas des changements sans sagesse. Donne-moi la sagesse pour connaître la différence. L’homme qui a été appelé pour participer à la vie, à la pensée, à l’intelligence de Dieu, comment ne serait-il pas capable de faire un monde meilleur? Les Salvadoriens qui se lamentent parce qu’ils sentent qu’ils marchent sur un chemin sans issu, pourquoi ne prient-ils pas? et ne font-ils pas leur possible pour changer les choses dans la mesure de leurs moyens. Pourquoi ne demandons-nous pas au Seigneur le courage de changer ce qui peut l’être et la sérénité aussi de supporter ce qui ne peut l’être immédiatement.

Je dis également que la vocation de l’homme est la vocation à cette vie éternelle. Ils brilleront comme des soleils dans le Règne de mon Père. N’oublions pas cette dimension eschatologique, cet au-delà de la mort. Nous ne devons pas rechercher le Salut de l’être humain seulement sur la Terre. Un monde meilleur doit être illuminé par cet au-delà qui ne sera jamais atteint dans cet en-deçà, parce qu’ici les choses demeureront toujours imparfaites, mais le cœur humain doit lutter pour les rendre moins imparfaites, pour qu’elles soient un chemin vers la perfection infinie de l’absolu de Dieu qui nous espère. Je dis également que la vocation de l’homme est une vocation à collaborer. Collaborer dans le Salut des autres et ici vient la parabole qui a été lue également aujourd’hui (Mt 13,33) : « Le Règne des Cieux est semblable à du levain qu’une femme a pris et enfoui dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que le tout ait levé. » C’est cela le chrétien selon le Christ : un ferment. Les boulangères savent ce qu’est ce petit morceau que l’on met au milieu de la pâte et qui permet à celle-ci de fermenter. Et le chrétien devrait être comme cela, un ferment qui aussitôt transforme sa famille, transforme son quartier, sa communauté, son peuple, le pays entier, le monde entier. Nous sommes un ferment sans force, c’est pourquoi nous ne faisons pas fermenter la pâte. Cette réflexion nous amène à comprendre cette responsabilité qu’est la nôtre, de notre vocation chrétienne pour que nous soyons aussi des apôtres, des ferments au cœur de notre société. 23/07/78, p.83-89, V.
 
3) L’Église, signe de l’Esprit de Dieu parmi les hommes

(Mt 13,31-32) « Le Règne des Cieux est semblable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et semé dans son champ. C’est bien la plus petite de toutes les graines, mais, quand il a poussé, c’est la plus grande des plantes potagères, qui devient même un arbre, au point que les oiseaux du ciel viennent s’abriter dans ses branches. » C’est une image de l’Église, comme signe dans le monde. Ainsi comme le petit arbre qui est un signe de protection pour l’oiseau qui vole en recherchant l’ombre, l’Église c’est cela : un signe où les hommes rencontrent la plénitude des moyens apportés par Dieu. Je disais avant que nous ne devons pas espérer de tous ceux qui répartissent la vie de Dieu, la sainteté qu’ils devraient avoir – que nous devrions savoir –, mais oui, sachons, comme disait Manssonni, ce grand écrivain italien : « Quand je m’agenouille devant un confesseur, peu m’importe de savoir si cet homme a davantage besoin que moi du pardon de Dieu. Ce qui m’importe c’est qu’à ce moment il est le signe du pardon.» Je t’absous, même si c’est un pécheur qui m’absout au nom de Celui qui me pardonne et qui veut convertir les humains. C’est un signe.

Cette cathédrale, par exemple, avec vous ici à l’intérieur, est le signe de ceux qui cherchent la Parole, l’Eucharistie du Seigneur. Signe de toute manifestation de l’Église. Chers frères, soyons comme le grain de sénevé et faisons croître ce signe. Soyons de véritables instruments, des signes par où l’homme rencontre son Salut. Que tout homme d’Église, tout citoyen du Règne, soit vraiment, au milieu du monde comme une invitation du blé à l’ivraie pour qu’il se convertisse et que chaque jour la récolte du Règne des Cieux soit mieux remplie. 23/07/78, p.89, V.


Dix-septième dimanche du temps ordinaire; 30 juillet 1978; Lectures : I Rois 3,5.7-12; Romains 8,28-30; Matthieu 13,33-57.
Le Règne de Dieu est la véritable richesse de l’être humain
L’Évangile qui marque la lecture principale continue de puiser dans ce précieux chapitre de saint Matthieu (13,33-57) qui s’appelle : « Les Paraboles du Règne ». Vous vous rappelez que depuis trois dimanches nous disions : Le Règne des Cieux, cela nous a donné l’opportunité de comprendre à quel règne nous appartenons. C’est le centre de la prédication du Christ; c’est un immense honneur pour la communauté chrétienne de savoir que même si on l’interprète mal, nous ne faisons pas autre chose que d’assimiler individuellement et communautairement cette mystique du Règne des Cieux.

Nous tenterons de méditer également, avec cette limpidité de foi et d’intention. Sachons être au-dessus de toutes ces suspicions, de toutes ces peurs que cette Parole de Dieu suscite dans le monde. Il est nécessaire, si nous voulons être des chrétiens véritables, que nous captions et que nous nous efforcions de vivre tout ce que le Christ a cherché à nous dire en nous convoquant à ce Règne. Il nous a appelés pour ceci : Je ne veux pas un Évangile mystifié, Je ne veux pas des chrétiens accommodés. Celui qui est comme cela n’est pas avec moi. Il s’agit d’une attitude tranchante qui dit beaucoup de mal de ceux qui désirent un Évangile qui ne suscite aucun conflit ni difficulté, alors que nous vivons une heure si conflictuelle et si difficile. Il est très difficile de marcher comme une anguille en fuyant les conflits que la Parole de Dieu se doit d’éveiller, si en vérité l’on vit cette plénitude du Règne, cette conséquence, cette logique selon laquelle le jour de notre baptême, nous avons accepté d’appartenir à ce Règne. C’est le centre de la prédication du Christ et cela caractérise les qualités authentiques de la véritable Église.
 
Plan de l’homélie :
1) La véritable richesse
2) Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ
3) L’Échec de la fausse richesse
 
1) La véritable richesse

En cette heure où la richesse s’érige en idole, il serait bon de demander comme Salomon dans la première lecture (1 R 3,5; 7-12) : « Seigneur, donne-moi la sagesse » pour connaître la différence entre la vérité et la fausseté, pour ne pas adorer comme un idolâtre une richesse qui a seulement des pieds d’argile, pour être un véritable adorateur de Dieu et pour savourer la richesse de la Terre dans sa valeur relative, sachant que la valeur absolue n’appartient qu’à la véritable richesse qui nous a été apportée par le véritable riche : le Christ Notre Seigneur.

Quelle est la véritable richesse? C’est ce à quoi se réfèrent les deux paraboles où le Christ dit (Mt 13,44) : « Le Royaume des cieux est comparable à un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme a découvert : il le cache à nouveau et, dans sa joie, il s’en va, met en vente tout ce qu’il a, et il achète ce champ. » Il s’agit de quelque chose de très oriental où il se produit continuellement des invasions de pillards; des invasions politiques. Les propriétaires d’une petite ou d’une grande fortune l’enterraient généralement dans des vases et ils devaient s’enfuir avant l’invasion. Plusieurs ne revenaient jamais, et c’est ainsi que demeurèrent cachés de nombreux trésors, dans les champs du Moyen-Orient. Alors, quelqu’un, creusant, trouva un de ces vases, un trésor, une urne pleine de pièces d’or ou quelque chose d’autre, mais il s’agit d’un trésor richissime, et il se dit : Je le cache et je vais acheter ce terrain. Il l’achète à bas prix et il devient propriétaire d’un trésor. Le Christ ne veut pas justifier ici cette escroquerie, le mensonge qui est caché dans cette transaction, mais Il cherche à nous enseigner la diligence qu’a un homme lorsqu’il découvre un trésor.

La parabole de la pierre précieuse nous dit également (Mt 13, 45-46) : « Le Royaume des cieux est comparable à un marchand qui cherchait des perles fines. Ayant trouvé une perle de grand prix, il s’en est allé vendre tout ce qu’il avait, et il l’a achetée. » Que cherche à nous dire le Seigneur par cela?
 
Déjà sans parabole, la première lecture (I R 3,5-12) nous parle de ce sens du discernement entre le vrai et le faux. Dieu apparaît en rêve à Salomon, le roi le plus sage : « Demande-moi ce que tu désires et je te le donnerai. » Pour un homme au milieu de l’idolâtrie du pouvoir et de la richesse, la tentation aurait été : donne-moi beaucoup d’or, donne-moi beaucoup de pouvoir, livre-moi mes ennemis, permets-moi de dominer les peuples, donne-moi une longue vie. Je me demande, mes frères, ce que nous aurions demandé au Seigneur si, lors d’une de ces nuits, Il s’était présenté à nous pour nous dire : je vais te donner ce que tu me demandes. Ici, nous connaissons le critère de l’homme. Combien à notre époque demanderaient plus d’argent, davantage de pouvoir? Face à la terrible tentation d’un gouvernant, Salomon fait honneur à son père et il élève au Seigneur cette précieuse prière (1 R 3,8-9) : « Seigneur, Tu sais tout, Tu m’as constitué gouvernant de ce peuple si nombreux, si difficile. Ce que je te demande, c’est un cœur docile pour gouverner ton peuple, pour discerner entre le bien et le mal; un cœur sage et intelligent. » C’est le marchand qui apprécie la véritable pierre précieuse. C’est l’homme prudent qui découvre un trésor et le garde.

Quel enseignement plus sage que celui de l’Évangile d’aujourd'hui! Le discernement entre le principal et ce qui ne vaut rien. Le discernement entre le Dieu véritable des richesses et les fausses richesses adorées par les humains. Alors, la réponse de Dieu est précieuse (I R 3, 11-12) : « Parce que tu ne m’as pas demandé une longue vie, ni les richesses, ni la vie de tes ennemis, mais que tu m’as demandé le discernement pour savoir écouter et gouverner, J’acquiesce à ta demande. Ton cœur sera dorénavant sage et intelligent comme personne ne l’a été auparavant ni ne le sera jamais plus après toi. »

Cet enseignement, saint Paul, dans la seconde lecture d’aujourd’hui (Rm 8,28-30), le ramène à la véritable richesse du Royaume. Saint Paul, dans ce chapitre 8 que nous lisons depuis trois dimanches, nous enseigne que la véritable richesse du cœur de l’homme est la justification et la glorification que l’être humain, toujours en pèlerinage sur cette Terre, ne vaut rien, si ce n’est, parce que Dieu fait de lui son fils, sa fille. Par cette Rédemption, Dieu nous a sortis du péché et nous a rendus dignes d’être devant Lui, comme ses enfants. Après cela, nous connaîtrons la vie éternelle, la joie du Royaume de Dieu, le Règne de Dieu dans sa phase définitive, le Règne de Dieu où chacun de nous - nous disait la semaine dernière la parabole du blé et de l’ivraie : « Va briller comme le soleil dans le Royaume du Père. » Ce destin éternel de l’être humain, cette vie surnaturelle de la personne humaine appelée à être enfant de Dieu, cette justification, c’est la véritable richesse du Règne de Dieu.

Mes frères, je voudrais insister beaucoup sur ce grand enseignement, parce que l’Église n’est pas sur la Terre pour recevoir des privilèges, pour s’appuyer sur le pouvoir et sur la richesse, pour bénéficier des faveurs des grands de ce monde. L’Église n’est pas non plus ici pour ériger de grands temples matériels ou des monuments. L’Église n’est pas sur Terre pour enseigner la sagesse de la Terre. L’Église est le Règne de Dieu qui nous donne précisément ceci : la filiation divine. Il est grand, dans le Royaume de l’Église, celui qui vit la sainteté. Il est grand celui qui, comme Salomon, peut sentir dans son cœur la sagesse et l’union avec Dieu. Ils sont grands, les hommes ou les femmes qui se font, par leur repentir, par leur conversion, véritables enfants de Dieu qui peuvent participer à l’allégresse de ses sacrements, à la félicité dont seulement jouissent les âmes qui ont conservé leur innocence ou, s’ils l’ont perdue, qui l’ont récupérée par la pénitence. Félicité que seul possède le saint. Seul le saint est véritablement libre. Est uniquement libre celui qui n’a pas peur des choses de la Terre, parce qu’il ne possède qu’une seule peur : perdre l’amitié avec Dieu, et conserver cette amitié de Dieu est son unique trésor. Toutes les autres amitiés lui apparaissent superflues lorsque Dieu lui dit : tu es mon ami, tu es mon enfant; tu es destiné en tant que cohéritier avec le Christ à posséder mon Royaume, ma félicité. Moi-même, dit-Il à son ami Abraham, Je serai ta récompense. 30/07/78, p.96-98, V.

Frères, cela n’est pas une utopie. C’est la grande vérité qui devrait remplir le cœur des humains. Lorsque saint Paul nous a dit aujourd’hui, remontant jusqu’à la préhistoire (Rm 8,29-30) : « Avant que tu n’existes, Dieu t’aimait et te prédestina à être semblable au Christ. Et c’est cette ressemblance au Christ qui te justifie. Dans ce Christ glorifié, tu seras également glorifié. » Regardez comment la sagesse de Dieu, embrasse la personne humaine bien avant qu’elle n’existe et au-delà de sa mort. Qu’est-ce que cette vie de peu d’années, lorsque Dieu ne remplit pas cette Histoire, qu’Il ne m’enveloppe pas dans son amour?

Quelqu’un ne s’émeut pas à l’idée que, neuf mois avant sa naissance, il y avait une femme qui l’aimait affectueusement. Elle ignorait ce à quoi cet enfant allait ressembler, mais elle l’aimait déjà parce qu’elle le portait dans ses entrailles. Et lorsqu’elle lui donna naissance, elle le serra dans ses bras parce qu’il ne s’agissait pas d’un nouvel amour; il était né bien avant dans ses entrailles. La mère aime et c’est pourquoi l’avortement est si abominable parce que la mère qui avorte n’est pas fidèle à cet amour qu’elle doit avoir comme Dieu qui, de toute éternité, bien avant que ne naisse cette créature, aime. Dieu est cette belle image de la femme enceinte. Dieu me voyait dans ses rêves, Il m’aimait et me prédestinait, Il connaît déjà le nombre de mes jours. Ce qui doit m’arriver maintenant ne m’importe pas, Dieu le sait déjà. N’ayons pas peur, frères, nous vivons une période de difficiles vicissitudes. Nous ignorons si, aujourd’hui même, nous ne serons pas arrêtés ou tués. Nous ne savons pas ce que vont faire de nous les forces du mal. Mais je sais une chose : même les disparus, même ceux qui pleurent dans le mystère d’une séquestration, Dieu les connaît et les aime. Et si Dieu permet ces disparitions, ce n’est pas parce qu’Il est impuissant. Il m’aime, Il continue d’aimer, Il aime aussi notre histoire et Il sait par où vont déboucher les chemins de la Rédemption de notre Patrie.

Ne perdons pas confiance en cette grande vérité. C’est le véritable trésor du Règne de Dieu : L’espérance, la foi, la prière, la force intime qui m’unit à Dieu. C’est ce que nous demandons, mes frères, comme Salomon : Seigneur, ne me donne pas de richesses, ni une vie longue ou courte; ne me donne pas des pouvoirs sur la Terre qui enivrent les hommes; ne me donne pas ces folies d’adorer les fausses idoles de ce monde. Seigneur purifie mes intentions et donne-moi la véritable sagesse du discernement pour savoir distinguer entre le bien et le mal; donne-moi la conviction qu’avait saint Paul de se sentir aimé de Toi. 30/07/78, p. 98, V.
 
2) Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ
 
Cela nous amène à un des grands problèmes qui a surgi au cours des siècles dans la théologie : la prédestination.

Saint Paul dit dans l’épître aux Romains (8,28-30) : « Dieu m’a appelé et me prédestina pour être semblable à son Fils, à être glorifié avec Lui. » Cela ne signifie pas que nous sommes prédestinés. C’est la triste vérité. Lorsque le Christ dit : « Plusieurs sont appelés et peu nombreux seront les élus. » Saint Paul a dit aujourd’hui des élus : « Ceux qu’il aima, Il les garda. » L’angoisse demeure dans le cœur de l’homme : serais-je, moi aussi, de ceux qui vont être rejetés par Dieu? Cette grande angoisse se convertit en un grand problème théologique : les grandes discussions de la prédestination. Précisément dans les années du Concile de Trente et de ceux qui suivirent surgirent ces deux grands mouvements des théologiens dominicains et jésuites, distinguant et défendant ces courants différents qui tentaient de coordonner ces deux grandes vérités qui, à notre entendement, sont impossibles à coordonner : la grâce de Dieu qui veut me sauver et la liberté humaine qui peut rejeter cette grâce de Dieu. Pourquoi se condamnent-ils étant donné que Dieu veut les sauver tous? Pourquoi dit-on que Dieu veut tous les sauver si quelques-uns vont se condamner?

Frères, je voudrais à tout le moins semer cette parole : l’insécurité. Personne ne doit se sentir sûr d’être un élu. Tous, nous devons prendre comme étant nôtre la grande recommandation de saint Paul : « Réaliser votre Salut avec peur et tremblement. » Ce qu’enseignait Luther est faux : « Une foi dans mon Salut me donnera le Salut. » Si vous n’œuvrez pas pour le bien, souvenez-vous de ce que disait le Christ : « Celui qui m’aime, qu’il garde mes commandements. » Et souvenons-nous surtout de ce que nous a dit saint Paul aujourd’hui pour savoir si nous marchons sur le chemin du Salut ou sur celui de la perdition : « Je t’ai choisi pour que tu sois semblable au Christ. L’homme qui rejette le Christ, ses engagements et son Église, s’il ne se convertit pas, marche sur le mauvais chemin. »

Dans un instant, je vais vous signaler un ensemble d’événements qui se sont produits cette semaine afin que vous puissiez vous-mêmes analyser parmi ceux qui se produisent dans notre histoire, lesquels sont prédestinés et ceux dont nous ne pouvons affirmer qu’ils sont prédestinés à moins qu’ils ne se convertissent à Dieu. Craignons! Et ici, je fais appel à tous ceux qui veulent se jouer de l’Église. Fiez-vous à la parole de l’Église. Ce n’est pas pour vous faire peur ni pour vous imposer un faux respect. C’est que je sens que je n’accomplirais pas mon devoir si je ne vous disais pas que la prédestination est un mystère d’incertitude et, qu’uniquement un grand sens de l’amour, de la communauté, de la justice et de l’imitation de Jésus-Christ peuvent le résoudre. Ce serait une fausse sécurité si je vous disais : « Oui, nous allons tous nous sauver. Vivons à notre guise sur cette Terre. Le Règne de Dieu c’est précisément le Christ qui nous appelle. » Croyez-vous que le Christ serait mort dans les souffrances sur une croix si le problème du Salut n’était pas une chose si sérieuse? Comment allons-nous regarder avec indifférence un Rédempteur des hommes qui a payé avec tant d’amertume et de douleurs le péché des êtres humains? Nous sommes si indifférents au péché dans toutes ses manifestations, surtout dans ses manifestations d’injustices sociales. Comment peut-il rire de Dieu, celui qui est complice de toutes ces injustices et qui n’essaie pas d’améliorer le pays pour que les images du Christ, les personnes humaines appelées à être semblables au Christ, se différencient tant, non pas entre favoris de Dieu et exclus, mais entre riches et pauvres, étant donné que là n’est pas le critère de la véritable sagesse, mais de penser comme Dieu ou de ne pas penser comme Lui?

C’est pourquoi, mes frères, ces grands problèmes théologiques se résolvent en une chose. Il serait intéressant de repasser ces courants d’opinions théologiques qui tentèrent de résoudre le problème de la prédestination. Aujourd’hui alors qu’on fait de la théologie moderne, qu’on découvre des causes nouvelles qui s’éloignent quelque peu du traditionnel, on arrive à dire, par exemple, ce qu’a dit saint Paul sans tant d’implications théologiques modernes : « Dieu prédestina ceux qu’Il aima, à être semblables au Christ, premier-né parmi de nombreux frères. » Ici, nous avons une clé. Le Christ est en même temps Dieu et homme. En tant que Dieu, Il est celui qui prédestine ou condamne, mais en tant qu’homme, Il a assumé la responsabilité de tous les humains, même celle des grands pécheurs. Si ceux-ci s’identifient au Christ, ils se sauvent parce qu’Il a payé dans sa chair d’homme, les péchés de tous et Il a construit une grande communauté qui se nomme son Église, son Royaume.

Suis-je en train de m’identifier à ce Christ et à sa communauté ou suis-je en train de lutter contre cette communauté et contre ce Christ? En fin de compte, Dieu ne condamnera pas celui qui L’accepte; mais Il rejettera celui qui Le rejette.
C’est pourquoi, en dernière instance, cela dépend de notre volonté. Une volonté qui s’emplit d’espérance et embrasse le Christ et qui reconnaît le Seigneur, même si j’ai été un grand pécheur, je me lave avec son Sang et je m’unis à Lui, à sa Chair qui paya sur la Croix pour racheter mes péchés. Je me suis incorporé à cette Église où il y a des bons et des mauvais, mais je tenterai d’être bon. C’est cela la grande espérance du Salut que le chrétien porte, tentant de ressembler au Christ notre Seigneur.

Ici, mes frères, j’ai le grand plaisir de me souvenir d’une belle page du Concile Vatican II, lorsque dans la constitution de l’Église dans le Monde Actuel, dans le numéro 22, on présente le Christ comme la grande révélation du mystère de l’homme : « Nul ne connaît sa propre vocation si ce n’est en connaissant le Christ. » Un homme, une femme, qui ne connaît pas le Christ, ni n’essaie de le faire sien, est un être myope, mutilé, incomplet, c’est un être sans critère de totalité. La figure du Christ a été préfigurée par Adam, mais après, ce premier Adam a détruit l’image de l’homme par le péché, vint le second Adam : Jésus-Christ, Dieu et homme en même temps, pour indiquer à l’humain quelle est sa vocation intégrale afin qu’il se réchappe du péché d’Adam et se fasse membre de cette seconde génération. En vérité, en vérité je te le dis, dit le Christ à Nicodème, tu ne peux pas entrer au Royaume des Cieux si tu ne renais d’abord de nouveau. Comment?, Lui répond Nicodème. Comment un vieil homme peut-il entrer de nouveau dans le sein de sa mère et renaître? Je ne te parle pas ainsi, ne l’entends pas matériellement, je te parle d’une renaissance spirituelle. Celui qui ne naît pas de l’eau et de l’Esprit, celui qui ne fait pas sien l’Esprit du Christ; celui qui ne s’incorpore pas à mon Règne où il y a des exigences terribles que Je te demande pour que tu appartiennes à mon Royaume, celui-là ne peut pas être sauvé. En cela, remplissons-nous de joie parce que cette vocation de l’être humain en Jésus-Christ n’appartient pas seulement aux chrétiens. Prenez garde de vous sentir orgueilleux d’être chrétiens. Ne sommes-nous pas alors comme les Israélites lorsqu’ils disaient au Christ : « Ne nous renie pas, nous sommes les fils d’Abraham. » Et le Christ leur répondit : « Peu importe d’être fils d’Abraham parce que Dieu peut faire de ces pierres des fils d’Abraham, ce qui importe c’est la justice de Dieu. »

Ne nous glorifions pas non plus de venir à l’Église, d’être chrétiens, parce que nous savons qu’en dehors des limites du christianisme, il existe plusieurs hommes et plusieurs femmes qui adorent peut-être de fausses idoles, mais avec une conscience morale si pure qu’il n’y a pas de doute que le Christ les sauvera. Je me souviens que, lorsque j’étais étudiant à Rome, le Pape Pie XI reçut ce grand philosophe et humaniste, Mahatma Gandhi. Enveloppé dans une étole et avec une chèvre, il marchait dans les rues de Rome. Pie XI dit dans un discours : « Nous avons connu un saint païen. » Quelle belle expression! Dans le paganisme, il y a des saints. Peut-être plus saints que dans notre Église catholique, parce que le Christ, qui est la révélation de l’homme, peut être connu. Mahatma Gandhi disait : « Comment les chrétiens peuvent-ils avoir un livre si beau, l’Évangile, et ne pas vivre la grande révolution de la sanctification et de la libération du monde? »

Nous ne donnons pas vie à ce que nous avons. Nous connaissons le Christ et nous ne le vivons pas. Mais il n’y a pas d’autres chemins, mes frères, et c’est la solution à ces grandes frayeurs. Me sauverai-je ou me condamnerai-je? N’hésitons pas, tentons plutôt de connaître mieux Jésus-Christ et d’appartenir intimement à son Église. Et, au lieu de la combattre, tâchons de comprendre sa logique et ses conséquences douloureuses. N’essayons pas de faire un christianisme à notre goût, ne cherchons pas à domestiquer l’Évangile, mais plutôt à y devenir dociles en tentant de suivre le Christ authentique si nous voulons vraiment être sauvés. À cause de toutes ces idolâtries du pouvoir et de l’argent, plusieurs n’entreront pas au Royaume des cieux, parce qu’ils ne tenteront pas de s’identifier au plan de Dieu qui consiste en cela : Il m’a prédestiné pour me rendre semblable au Christ et par Lui être justifié et être glorifié pour former une communauté de frères et de sœurs. Puisions-nous être ainsi dans notre Église une communauté de frères.

Puisse Dieu, que nous sentions véritablement que notre prochain est également notre frère; lorsque je le regarde au travers du Christ mon grand frère et que je tente d’être comme le Christ pour être digne d’être appelé son frère, et pour pouvoir appeler frères tous les humains, qu’ils soient riches ou pauvres, parce que tous nous sommes aimés du Seigneur. 30/07/78, p.99-101, V.
 
3) L’Échec de la fausse richesse

Ma troisième réflexion porte sur l’échec de la fausse richesse. Pauvres idolâtres de la fausse richesse, ils adorent une idole aux pieds d’argile. Et Jésus-Christ le compare, dans l’Évangile d’aujourd’hui (Mt 13,47-48) : « Le Royaume des cieux est comparable à un filet qu’on jette en mer et qui ramène toutes sortes de poissons. Quand il est plein, on le tire sur le rivage, puis on s’assied; on ramasse dans des paniers ce qui est bon et l’on rejette ce qui ne vaut rien. » C’est la même chose qu’avec le blé et l’ivraie. Ne soyons donc pas effrayés qu’en ce filet qu’est l’Église pêcheuse d’hommes, il y ait plusieurs bons poissons, grâce à Dieu, mais il existe aussi plusieurs chrétiens que l’on peut comparer aux mauvais poissons qui seront jetés au feu, à l’heure du jugement.
Le problème de la prédestination est un problème d’accueil ou de rejet du Règne de Dieu prêché par le Christ. Nous sommes en train de vivre une heure de lutte entre la vérité et le mensonge, entre la sincérité, en qui plus personne ne croit, et l’hypocrisie et l’intrigue. Ne nous effrayons pas, mes frères; tentons d’être sincères, tentons d’aimer la vérité, tentons de nous édifier en Jésus-Christ. C’est une heure en laquelle nous devons posséder un grand sens de sélection, de discernement. C’est un des dons de l’Esprit saint et nous devons le demander beaucoup en cette heure, comme le demanda Salomon : « Donne-moi un cœur qui sache distinguer entre le bien et mal.» 30/07/78, p.101-102, V.

Très chers frères, comme vous voyez, la Parole de Dieu, dans ses beaux enseignements de la vraie et de la fausse richesse, nous amène à bien distinguer les événements de la semaine pour savoir découvrir, comme Salomon inspiré par Dieu : Où est le bien, la sagesse, le Christ, le chemin du Salut? Où se trouvent l’ennemi de Dieu, la perdition, les larges chemins qui mènent à l’abîme? Alors, ayant devant nous non seulement une parole théorique qui nous illumine, mais aussi des faits concrets vers où se dirigent des hommes concrets, des chemins de Salut et des chemins de perdition, nous crions de la voix du Seigneur : Convertissez-vous, Dieu ne veut pas vous punir, revenez dans le droit chemin.

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